mardi 23 novembre 2010

Karachigate : Sarkozy et les pédophiles.

Après l'emballement médiatique sur l'affaire Karachi la semaine dernière, jusqu'aux déclarations de Dominique de Villepin vendredi soir, on assiste à un bel exercice quasiment coordonné de rétropédalage, notamment de Dominique de Villepin. Faut-il y voir une volonté de réconciliation chez Jacques Chirac ? L'ancien chef de l'Etat attend son procès sur les emplois fictifs de la Maire de Paris, au printemps prochain. Il a été soutenu par Nicolas Sarkozy qui a négocié, pour le compte de l'UMP, une conciliation avec la Mairie de Paris en septembre dernier.

«Amis pédophiles, à demain.»
Vendredi dernier, Nicolas Sarkozy était passablement énervé qu'on l'interroge sur le Karachigate. Des propos « off », rapportés par l'Express, en témoignent. Au cours d'une rencontre informelle dans la soirée, le président français, qui pourtant parlait au micro devant plusieurs journalistes, s'est énervé qu'on ait pu le présenter comme trésorier de la campagne d'Edouard Balladur de 1995, une qualification rarement usitée dans les commentaires et analyses sur cette affaire.

Un journaliste lui demanda alors de préciser son rôle à l'époque, après le témoignage de Charles Millon. Nicolas Sarkozy, exagérant pour faire comprendre son propos, a alors complètement dérapé, en s'adressant ainsi à l'auteur de la question : « Mais écoutez, on est dans un monde de fous. Il n'y en a pas un seul parmi vous qui croit que je vais organiser des commissions et des rétro-commissions sur des sous-marins au Pakistan? C'est incroyable et ça devient un sujet à la télévision. Et vous, j'ai rien du tout contre vous. Il semblerait que vous soyez pédophile... Qui me l'a dit? J'en ai l'intime conviction. Les services. De source orale. Pouvez-vous vous justifier? Et ça devient ''je ne suis pas pédophile'. Mais attends. Faut être sérieux quand même. Soit vous avez quelque chose et dans ce cas là j'y réponds bien volontiers. Soit vous avez rien et parlez-moi de choses intéressantes...  » Ces propos présidentiels ont été enregistrés. Après 10 minutes de diatribe « survoltée », Sarkozy quitte la salle avec un «Amis pédophiles, à demain », laissant les journalistes présents « interloqués ». Des membres de l'entourage présidentiel reviennent alors pour demander qu'on efface les bandes.

Cette altercation, terrorisante et invraisemblable de la part du « président de la cinquième économie du monde » aide à comprendre la timidité des journalistes, le lendemain, lors de la conférence de presse au sommet de Lisbonne. Dans l'unique question posée sur l'affaire Karachi, un journaliste de France 2 tendait en fait une perche à Nicolas Sarkozy en lui demandant son sentiment sur l'affaire, et non pas de s'expliquer sur des points précis. Cette sortie de Sarkozy témoigne surtout d'une absence totale de self-contrôle.

Depuis vendredi soir, l'Elysée a tenté de riposter avec trois arguments largement relayés par la presse lundi matin :  (1) il n'y a pas de preuve de l'existence de rétro-commissions dans le cadre des deux contrats de ventes d'armes (à l'Arabie Saoudite puis au Pakistan); (2) il n'y aurait pas de lien entre l'arrêt du versement des commissions pakistanaises et l'attentat de Karachi ; (3) le gouvernement Sarkozy a toujours fait preuve de la transparence nécessaire dans cette affaire.

L'entrave se confirme
De ces trois arguments, le dernier a du mal à convaincre. Depuis 18 mois, les exemples d'entrave à l'action des juges en charge des différents volets de l'affaire ne manquent pas. Et, comme l'a rappelé l'avocat des familles de victimes ce weekend et encore lundi sur RMC, expliquer aujourd'hui que le gouvernement donnera les documents nécessaires à l'enquête « en temps et en heure » (dixit Nicolas Sarkozy) sonne comme un aveu d'entrave. Maître Morice réclame d'ailleurs l'audition d'Alain Juppé,  la transmission à la justice de plusieurs documents, dont le « rapport Nautilius, établi à la demande de la DCN dès 2002, quelques semaines après l’attentat, et qui fait référence à une note des services français sur les relations financières existant entre Monsieur Edouard Balladur et Monsieur Abdul Rahman el-Assir, un intermédiaire, un trafiquant d’armes », et une copie des documents rédigés après les délibérations du Conseil constitutionnel « sur l’approbation des comptes de campagne d’Edouard Balladur, alors même que des rapporteurs du Conseil demandaient le rejet de ces comptes de campagne soient transmis à la justice ».  Il suggère surtout à Nicolas Sarkozy d'« arrêter de mentir. »

Lundi, le juge Marc Trévidic, qui enquête sur l'attentat de Karachi, a écrit à Alain Juppé, ministre de la Défense, pour demander, une nouvelle fois, la déclassification de certains documents. Mais surtout, le juge se plaint que sa précédente demande, datée du 5 mai dernier et adressée à Hervé Morin, soit restée lettre morte durant plus de 6 mois. La demande de déclassification n'avait même été soumise à la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN), alors que le délai de saisine de la CCSDN est habituellement de 2 mois. L'agence Reuters précise que les documents demandés sont des «enquêtes administratives sur le versement des commissions et d'un rapport réalisé par Dominique Castellan, un dirigeant de la Direction des constructions navales (DCN) sur l'arrêt du versement des commissions.»

Lundi, on apprenait également que le nouveau premier ministre François Fillon avait refusé, vendredi (la veille du speech sarkozyen à Lisbonne), une perquisition des locaux de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) au juge Renaud Van Ruymbeke : « La déclassification temporaire de tout ou partie des locaux de la DGSE (...) ne peut recueillir mon accord , compte tenu en particulier de l'avis défavorable émis ce jour par le président de la Commission consultative du secret de la défense nationale.» a écrit Fillon. De qui se moque-t-on ? Van Ruymbeke enquête sur le financement de la campagne de Balladur.

Le lien avec l'attentat
Sur l'absence de lien entre l'arrêt du versement des commissions pakistanaises et l'attentat de Karachi, on s'en tient désormais à une poignée de témoignages (un ancien secrétaire général de l'Elysée, un ancien patron de la Sofresa). Croyons-les sur parole. Mais croyons alors les autres témoignages, des mêmes personnes et de quelques autres, qui maintiennent les accusations de rétro-commissions en faveur du camp balladurien.

Dimanche, Alain Juppé et François Baroin ont relayé les éléments de langage présidentiel, précisant que tous les documents nécessaires à l'enquête seront transmis. Juppé a ajouté qu'il ne se souvenait de rien, et qu'il n'y avait pas de preuves sur ces accusations de rétro-commissions. Il est dans son rôle d'ancien chiraquien devenu voici 8 jours ministre de Nicolas Sarkozy. Il est peu crédible car il fut au coeur du sujet : ministre des affaires étrangères quand les ventes de sous-marins furent signées, il fut interpellé, révèle le Point, quand un arbitrage fut demandé à Matignon pour inclure dans le contrat un équipement « très sensible » : le missile antinavires Exocet SM39 à « changement de milieu » tiré en plongée. Premier ministre sous Chirac, quand ce dernier demanda une enquête sur les dessous du contrat, il a quand prétexté ne pas avoir souvenir des écoutes téléphoniques demandées sur l'entourage de l'ancien ministre de la Défense François Léotard.

Mais le vrai rétropédalage est venu de Dominique de Villepin.

Dimanche, Villepin avait en effet lui-même « nuancé » ses propos, expliquant qu'il n'avait pas trouvé, quand il était secrétaire général de l'Elysée avant 2002 « de preuve formelle de rétrocommissions » mais seulement des « soupçons ». « Je n’ai aucun élément sur le financement de la campagne d’Edouard Balladur. Et tout cela ne fait pas une vérité. Je mets en garde tous ceux qui veulent s’amuser à faire des amalgames » » a-t-il ajouté. « Je comprends d’autant plus la colère du président de la République que j’ai vécu moi-même à l’aune de la rumeur et de la suspicion et de l’instrumentalisation de la machine judiciaire. Donc je suis d’autant plus sensible à cet aspect des choses. La vérité des faits, il appartient aux magistrats de l’établir. Il appartient à tous ceux qui, à l’époque, ont eu une connaissance sur ce dossier, d’apporter leur connaissance, d’apporter leur information. Il ne m’appartient pas à moi de porter des jugements et des conclusions ». L'ancien premier ministre précisa enfin qu'aucune enquête judiciaire n'avait été lancée pour valider l'existence et l'identité des bénéficiaires des rétro-commissions. Rappelons que ces rétro-commissions étaient, déjà à l'époque, .... illégales. Rappelons également que Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy se sont « réconciliés » en septembre dernier, quand Sarkozy accepta de faire payer 1,6 million d'euros d'indemnisation à la Mairie de Paris dans le cadre du procès pour emplois fictifs qui doit se tenir au printemps prochain.

Le soupçon demeure
Deux informations et rappels sont également venus contredire la réplique élyséenne : le quotidien Libération a publié lundi 22 novembre le témoignage de Richard Mazens, ancien directeur de la Sofresa, déjà cité par le Nouvel Obs jeudi dernier : ce dernier précise qu'il ne croit pas à un lien entre l'attentat et l'arrêt des commissions : « l'attentat s'est déroulé longtemps après cet épisode ». En revanche, il confirme les soupçons de rétro-commissions, après enquête des services de renseignements. Et il rappelle que le gouvernement Balladur avait imposé trois intermédiaires étrangers non pakistanais, baptisé le « réseau K », bien après la conclusion des ventes de frégates de combat à l'Arabie Saoudite (« Sawari II ») et de sous-marins au Pakistan (« Agosta »). Ce réseau récupéra ainsi 1,5 milliards de francs sur ces deux contrats.

Libération précise également que si Nicolas Sarkozy a validé la création d'une société offshore, il se serait un temps opposé à la vente des trois sous-marins au Pakistan « pour cause de déséquilibre économique du projet ». Le quotidien fait référence à une note d'un haut responsable de Bercy datée du 22 mars 1993. Effectivement, la vente de ces sous-marins était loin d'être rentable, comme en témoignent diverses notes de la DCN de l'époque. Mais cette note évoquée par Libération était en fait signée par Thierry Aulagnon, directeur de cabinet de Michel Sapin, ministre socialiste des finances de 1992 à 1993, avant l'arrivée de Balladur au gouvernement. Mediapart l'avait publiée en intégralité le 15 octobre dernier. M. Aulagnon s'inquiétait de la fragilité financière du Pakistan et du niveau d'encours français vis-à-vis de ce pays jugé déjà élevé, suggérant de limiter la vente à un seul sous-marin (trois furent finalement cédés). 

Dimanche, Mediapart a rappelé les différents documents impliquant Nicolas Sarkozy dans cette affaire, contrairement aux déclarations rapides de Claude Guéant vendredi dernier : primo, une société-écran baptisée HEINE a été créée le 18 novembre 1994. Son installation a été validée, « directement » selon la police luxembourgeoise dans un rapport de janvier dernier, par Nicolas Bazire, directeur de cabinet du premier ministre Edouard Balladur, et par Nicolas Sarkozy, alors ministre du budget.

Ce mardi, Nicolas Sarkozy a prévu de se rendre au 93ème Congrès de l'Association des Maires de France. L'an dernier, il avait séché l'évènement, après ses venues aux deux éditions précédentes. Il craignait les sifflets, et avait prétexté un empêchement international. En fait, il était parti en vacances avec Carla en Arabie Saoudite.

En Arabie Saoudite... 



10 commentaires:

  1. Bonjour,

    Je découvre votre site et je suis un peu ... interloqué.
    Je trouve cela vraiment très peu constructif que le "fil rouge" ou la ligne éditoriale de ce site soit la haine a Nicolas Sarkozy.
    J'aurais préféré "tomber" sur un site qui expose le programme de tel ou tel autre candidat mais bon, il faut que la haine se déverse.
    Je zap, et vite : bonne vocifération

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  2. je ne sais quoi répondre : vous vous attendiez à un site qui ... n'est pas du tout le mien. bon.

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  3. bon vent à Anonyme! et bonne lecture du figaro...
    mais méfiance Juan et gare à votre ordinateur.

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  4. La haine ? Eh beh quel mot ! Une argumentation construite, une confrontation entre l'homme ministre puis candidat puis président, un décorticage des relations entre les différentes milieux économico-politique de cet homme, un énorme rappel de mémoire entre ses promesses de 2007 et les fait en 2010 (bien étayé). la confrontation entre le discours qu'il tient et les faits ... vous appelez ça de la haine ?

    Je sais pas moi j'appellerai ça un travail d'observation critique. Celui qu'est censé faire tout citoyen pas trop aveugle et qui vote de façon responsable.

    Maintenant si vous préférez baigner dans votre réalité cher anonyme libre à vous, effectivement la lecture du figaro vous sera recommandé pour ne pas abimer votre monde.

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  5. Je ne trouve aucunement de propos haineux dans cet article.

    J'approuve que qui est dit plus haut .Observation des faits ,rendu dans un exellent article.

    chacun ses opinions -)

    Depuis trois ans j'ai l'impressison de vivre à hallucinoland.
    j'apprecie l'éclairage de ma lanterne -)

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  6. La haine contre ce pouvoir est un bien petit mot pour exprimer ce que je ressens...Encore un courageux anonyme.

    Juan analyse bien ta dernière ligne car elle est capitale pour la suite. On y va tout droit.

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  7. "Ce mardi, Nicolas Sarkozy a prévu de se rendre au 93ème Congrès de l'Association des Maires de France. L'an dernier, il avait séché l'évènement, après ses venues aux deux éditions précédentes. Il craignait les sifflets, et avait prétexté un empêchement international. En fait, il était parti en vacances avec Carla en Arabie Saoudite."

    Cette année il a pris ses précautions, il ne va être reçu que par des Maires UMP (ce n'est pas une blague : entendu dans les questions au gouvernement à l'A.N.)

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  8. La piste d'un chantage évoquée à l'Assemblée au sujet de Karachi.

    http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRPAE6AM0S820101123?pageNumber=1&virtualBrandChannel=0

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  9. Shakespeare il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark. Et dans la démocratie française ?

    Et dans la démocratie française, on vit un moment clef : c'est le glissement dangereux vers son contraire quand la justice, les media d'information sont contrôlés ou rendus impuissants , espionnés par les services secrets et sous la menace -directe et explicite- du Président qui a toujours cherché à intimider les journalistes et menacé les récalcitrants, et quand le Parlement même est réduit à une chambre d'enregistrement, qui vote n'importe quoi contre 80% du pays qui s'exprime. Bref tous les contre-pouvoirs sont affaiblis ou attaqués, sapés lentement.

    Montesquieu dirait que le chemin vers la dictature est devant nous et qu'on s'y trouve engagé.

    Grave que des imbéciles parlent de haine alors qu'il s'agit de défendre la république et l'intérêt général -sauf les BBB : Bolloré, Bouygues, Bettencourt et semblables.

    Mouton de Panurge, anonyme1- encore un effort pour être républicain.

    signé : anonyme 3. qui vous salue bien

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  10. Concernant ces sorties sur les pédophiles, Personne ne s'est posé la question du double sens ?
    Sarko faisait de l'humour, mais il était blême, il bafouillait, ce n'est pas son habitude.
    D'un autre côté, quelques jours avant, Devedjian déclare "Entre Sarkozy et moi il y a son fils", et là aussi, personne ne s'est posé la question du double-sens ?

    Un des fils de Sarkozy - si c'est pas Jean, c'est Pierre - aura été tripoté quand il était petit par un des amis politiques de Sarkozy. Mais celui-ci ne l'a su que très récemment.
    C'est un secret d'État très bien gardé, mais qui fait turbiner les proches du président, qui enfilent les lapsus sexuels les uns derrière les autres.
    Là, on n'est plus dans le lapsus, on est dans le double langage; Sarkozy et Devedjian se défient autour de cette affaire - qui n'implique d'ailleurs très vraisemblablement pas Devedjian, mais un autre ami politique du Président.

    Donc Pierre Sarkozy a dû se plaindre - ou pas d'ailleurs - mais a dû en parler à son frère, qui en a parlé à son père, lequel est authentiquement bien ennuyé : il veut "venger l'honneur de sa famille" mais dans la discrétion, afin de ne pas mettre le projo sur Pierre, qui d'ailleurs n'y attache pas tant d'importance que ça... ce qui inquiète le Président et son fils Jean, qui ne tiennent pas non plus à ce que la rumeur se répande en raison de la quasi indifférence de Pierre.

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