15 novembre 2010

Remaniement : et Fillon se fit avoir une seconde fois.

C'est fait. Nicolas Sarkozy a consulté, rencontré, conspiré, et ... décidé. Il a pris de court son clan. François Fillon a démissionné dès samedi, Nicolas Sarkozy l'a reconduit dans ses fonctions le lendemain matin. La France s'en fiche, mais la Sarkofrance était inquiète, presque fébrile.

Les dernières heures...
Samedi, le premier ministre est allé voir son patron, le matin, à l'Elysée, par une porte dérobée. L'après-midi, Fillon remit sa démission, évidemment acceptée. Sarkozy le raccompagna sur le perron pour se faire filmer lui serrant longuement la main. Le lendemain matin, dès 10h, le monarque le reconduit, sans attendre lundi. Quel maîtrise du suspense ! Pendant la nuit de samedi à dimanche, la France n'avait donc pas de gouvernement.
« En application de l'article 8 de la Constitution, M. François FILLON a présenté au président de la République la démission du gouvernement.  Le président de la République a accepté cette démission et a ainsi mis fin aux fonctions de M. François FILLON. »
Présidence de la République, samedi 13 novembr
« En application de l'article 8 de la Constitution, le président de la République a nommé M. François FILLON, Premier ministre. Le président de la République a demandé au Premier ministre de lui proposer un nouveau gouvernement. »
Présidence de la République, dimanche 14 novembre  
Fillon publia dans la foulée un communiqué de presse exagérément laudateur : « Je mesure l’honneur qui m’est fait de pouvoir continuer à servir la France. Je mesure aussi la responsabilité qui m’incombe en cette période difficile. La décision du Président m’oblige envers tous les Français.» Mieux : « La fidélité de mon engagement aux côtés de Nicolas Sarkozy, en réponse à sa confiance, s’inspire de ma profonde estime personnelle et de mon adhésion à son action pour le pays.» Décryptez cette dernière phrase, qui conclut le communiqué: la fidélité de Fillon est une réponse à la confiance de Sarkozy. Donnant-donnant. On l'a échappé belle !

« Le remaniement, c'est comme une mise à jour iTunes : tu vois pas la différence, mais tu as le sentiment de te faire baiser ». Ce commentaire, lu sur Twitter en fin de matinée dimanche 14 novembre, résumait bien le sentiment général. Sarkozy a pris de vitesse son propre camp, en accélérant le remaniement dès ce weekend. Pris de court, Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP, l'était assurément.  Invité d'Anne-Sophie Lapix à Dimanche+, il devait user de toutes les contorsions verbales imaginables pour éviter tout commentaire définitif. Incertain sur son propre sort (« j'irai là où le président de la République me jugera le plus utile »), il ne pensait sans doute pas avoir à commenter un remaniement en cours : « le choix, c'est celui du Président de la République (...) Je ne suis pas là pour livrer un scoop. ». Il avait du mal à expliquer en quoi ce remaniement changerait quoique ce soit : « je n'ai pas vocation à commenter ». Y aura-t-il changement de cap ? « la volonté du président de la république, c'est qu'on travaille jusqu'au bout.»

En cours d'émission, Xavier Bertrand a tenté une diversion, en se félicitant de la libération de la dissidente birmane Aung Suu Kyi, prix Nobel de la Paix 1991. Anne-Sophie Lapix a saisi la balle au bond : « et Liu Xaobo, le prix Nobel de la Paix 2010 ? » Le secrétaire de l'UP devient tout rouge, bégaye quelques phrases de bois : « avec les Chinois, le plus efficace, ce sont les entretiens directs » plutôt que la médiatisation. Anne-Sophie Lapix insiste : « c'est l'accord qui vous lie avec leparti communiste chinois qui vous empêche de féliciter Liu Xaobo pour son Nobel.» Bertrand s'étrangle : « Mais pas du tout ! Avec les autorités chinoises, c'est le dialogue qui donne les résultats les plus efficaces. »

Sur RTL, un autre (ancien) proche du président commente son propre sort. Eric Woerth, défait par son affaire Bettencourt depuis juin dernier, épuisé par les polémiques, aimerait rester. On s'en doute. Il n'est même plus trésorier de l'UMP. « J'ai toujours dit que je désirais rester (...). Je pense que j'ai été un ministre du Budget efficace, et un ministre des Affaires sociales également. C'est au président de choisir, ses décisions seront les bonnes, par principe.» 

On se croirait en Corée du Nord.

... pour rien...
En fin de journée, à 20h15, Claude Guéant, sur le perron de l'Elysée, a pris sa voix grave pour annoncer un à un le nom des heureux élus, les membres du « gouvernement de combat » tel que Sarkozy le qualifiait voici 6 mois, pour cette ultime séquence politique avant le scrutin de 2012. Depuis samedi, on commente les allées et venues. Jean-François Copé aurait refusé l'intérieur. A 16h40, Jean-Louis Borloo annonce qu'il refuse de rester ministre. Un peu plus tard, Hervé Morin, ex-ministre de la Défense, fait de même. Les centristes lâchent Sarkozy. Un vrai gâchis, et du vrai théâtre.

Voici donc les ministres de ce troisième gouvernement Fillon, chargé de 30 ministres ou secrétaires d'Etat. On compte dix arrivées et dix-sept départs, mais finalement peu de changements.

Ceux qui partent :
Eric Woerth, déchiré, quitte le gouvernement. Il y a 6 mois, on le croyait futur premier ministre. L'affaire Bettencourt est passé par là. Fadela Amara, inutile fausse grande gueule, et Jean-Marie Bockel, débauché du PS en 2007, cire-pompe jusqu'au bout, sont éjectés, sans strapontin de secours. Bernard Kouchner, usé par son inefficacité, est remercié. Rama Yade, gaffeuse systématique, part aussi. Christian Estrosi, maire cumulard et « motodidacte » deviendrait président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, en remplacement de Copé devenu secrétaire de l'UMP.

Ceux qui changent de porte-feuille :
1. Michèle Alliot-Marie dure, mais aux Affaires Etrangères, un ministère sans envergure car sous contrôle étroit de l'Elysée.
2. Nathalie Kosciusko-Morizet remplace Borloo à l'Ecologie et au développement durable, sans avoir le titre de ministre d'Etat de son prédécesseur. Et elle perd l'Energie. Un comble !
3. Michel Mercier, l'inexistant ministre des Territoires débauché du Modem l'an dernier reprend la Justice
4. Brice Hortefeux conserve l'Intérieur mais récupère l'immigration. Un ministère sur-mesure depuis le discours de Grenoble. Le grand ministère de l'Identité nationale ... disparaît. Incroyable ! On croyait que c'était une innovation majeure de Nicolas Sarkozy.
5. Chantal Jouano, adepte du jogging et ex-champion de karaté passe ... aux Sports.
6. Roselyne Bachelot-Narquin, Solidarité et Cohésion sociale, s'occupera de la dépendance. Il lui faudra soigner les plus âgés des séniors, c'est-à-dire le coeur de cible électoral de Sarkozy pour 2012.
7. Eric Besson récupère l'Industrie et l'Economie numérique (qu'il avait en charge en 2007-2008).
8. Henri de Raincourt reprend le très stratégique ministère de la Coopération (Françafrique, etc).
9. Laurent Wauquiez, ex-secrétaire d'Etat au chômage, s'occupera d'Europe.
10. Nadine Morano lâche la Famille pour l'Apprentissage. Une promotion ?
11. Pierre Lelouche abandonne l'Europe (on se souvient de ses saillies anti-Roms) et devient secrétaire d'Etat chargé du Commerce Extérieur.
12. Norah Bera, inexistante aux Aînés, récupère la Santé et la gestion de la grippe.
Ceux qui ne changent pas : 
1. Christine Lagarde : Economie et Finances.
2. Luc Chatel : Education nationale
3. François Baroin : Budget et réforme de l'Etat, et ... porte-parole du Gouvernement
4. Valérie Pécresse : Enseignement supérieur
5. Bruno Le Maire : Agriculture
6. Frédéric Mitterrand : Culture
7. Benoist Apparu: Logement
8. George Tronc: Fonction Publique
9. Marie-Luce Penchard : Outre-Mer

Ceux qui arrivent : 
1. Alain Juppé, ministre d'Etat, en charge de la Défense, est la « grosse » prise chiraquienne du moment, numéro deux du gouvernement.
2. Maurice Leroy, porte-parole du Nouveau centre, arrive à la Ville. C'est l'un des rares centristes du gouvernement.
3. Xavier Bertrand arrive au Travail, en remplacement d'Eric Woerth. Il reprend aussi la Santé, dont il a déjà été ministre sous Chirac. Il a surtout été éjecté de l'UMP, à peine 18 mois après sa nomination, faute de résultats.
4. Patrick Ollier (compagnon à la ville de Michèle Alliot-Marie) : ministre des Relations avec le Parlement. Le couple au gouvernement, Sarkozy neutralise d'éventuelles fuites dans l'affaire Clearstream.
5. Marie-Anne Montchamp, à la Solidarité, sous Bachelot, un strapontin technique pour une villepiniste pure souche, le signe que Sarkozy a peur, vraiment peur de l'offensive Villepin.
6. Thierry Mariani, aux Transports. Le député sudiste, grande gueule et toujours prolixe en matière insécuritaire, est remercié... par un strapontin.
7. Frédéric Lefebvre parvient enfin à ses fins, aux Commerce, Artisanat, Tourisme et professions libérales.
8. Jeannette Bougrab prend la Jeunesse. Elle lâche la Halde, qui disparaîtra bientôt.
9. Philippe Richert, président de l'unique région UMP de France (l'Alsace) devient ministre des Collectivités locales.

... et les vraies leçons
On imagine le bonheur de Fillon. Depuis samedi, tout le monde commente son succès, sa résurrection, son habileté. Bridé puis étouffé par l'omni-président depuis 2007, donné partant il y a 6 mois, il s'est lâché en confidences (« Nicolas Sarkozy n'a jamais été mon mentor ») et petites phrases (« il n'est pas question de changement de cap »). Puis, voici 10 jours, il a pulvérisé Jean-Louis Borloo, le prétendant sorti du bois trop tôt, trop maladroitement, trop brutalement. François aurait réussi à s'imposer à Nicolas.

Vraiment ? Sa reconduction à la tête du gouvernement a plusieurs significations.

1. Ce remaniement n'intéressait que l'UMP. Il s'agissait de souder un clan pour préparer la prochaine élection. Les Français ont d'autres préoccupations. Ce remaniement n'a aucune signification pour l'action gouvernementale des mois à venir. Sarkozy voulait consolider sa base. Il l'a rétréci, au fil des échecs et des surenchères.

2. Ce remaniement n'inquiétait que l'UMP : ministres démotivés, conseillers en recherche d'emploi, Nicolas Sarkozy est parvenu à geler l'activité gouvernementale pendant 6 mois, à deux exceptions majeures prêts, la réforme des retraites et le budget 2011. Pour le reste, les agendas des ministres et secrétaires ont été gelés par ce suspense sans intérêt. A droite, on parle de cauchemar, ou on craint le statu-quo. Sarkozy est même parvenu à créer une compétition inutile et improbable entre Fillon et Borloo. Le management du changement s'apprend dans les écoles de commerce. Tout est question de dosage. Mais Sarkozy a montré cette fois-ci et une fois de plus qu'il était un piètre manager de ses propres troupes.

3. Sarkozy a peur de son bilan. En nommant Fillon, il créé une distance. Co-responsable des promesses non tenues, des revirements et des échecs, Fillon le dégage de l'action quotidienne. En langage élyséen, on appelle cela une « re-présidentialisation ». En fait, Sarkozy normalise son positionnement.

4. Plus que jamais, Sarkozy conservera le monopole de la parole. On a du mal à croire qu'il abandonne quoique ce soit. Narcissique, agité et extraverti, il ne pourra s'empêcher de revendiquer sa place de Chef, de tirer en permanence la couverture à lui.

En confirmant Fillon à Matignon, Sarkozy s'achète surtout son silence et une tranquillité politique interne évidente. Il le cornaque bel et bien. Fillon, une seconde fois, s'est fait avoir.



9 commentaires:

  1. Comme je l'ai dit en comm' sur un de tes billets sur Facebook, le fait de reconduire Fillon dans sa fonction fait certainement croire à sarko qu'un jour, peut-être, il sera plus populaire que son 1er ministre. En tout état de cause, voilà un gouvernement "fillon III" qui va encore faire de la figuration et rien d'autre. Quoi que... Avec l'excité de service (f.lefebvre) on risque d'entendre des remarques à la gomme plus souvent encore qu'avant... Y'a des doigts d'honneur d'or qui se préparent et la lutte va être rude pour départager l'or, l'argent et le bronze.

    RépondreSupprimer
  2. Il me paraît contradictoire de dire que Sarkozy entend, d’une part, se dégager de la responsabilité de l’action politique quotidienne et, d’autre part, conserver le monopole de la parole.

    Si l’objectif de Sarkozy est bien une « représidentialisation », je pense que la nomination de François Fillon, doublée d’un remaniement de surface, est une très mauvaise décision qui ne dupe personne.

    Le président de la République aurait dû nommer à Matignon un visage nouveau (je ne pense donc pas à Borloo !), c’est-à-dire un technicien, un besogneux des dossiers si possible peu connu du grand public qui aurait à la fois suscité l’intérêt et la curiosité des médias et permis au locataire de l’Elysée de prendre un second souffle dans la perspective de 2012. Bruno Lemaire aurait été parfait : ancien directeur de cabinet de Villepin, jeune, relativement méconnu des Français, jouissant d’une assez bonne réputation (sauf auprès des agriculteurs).

    Le couple Sarkozy/Fillon est en place depuis le début. Son mode de fonctionnement ne peut pas changer. Trop d’habitudes ont été prises au cours de ces trois dernières années.

    Pour le reste, oui, je crois effectivement que ce remaniement vise à calmer la contestation au sein de l’UMP, qui n’est autre que le faux nez du RPR.

    RépondreSupprimer
  3. Belle analyse (comme d'habitude) !

    NB: à corriger: Nora Berra et non Berah
    et M-A Montchamp est secrétaire d'état aux Solidarités (et non aux relations avec le parlement)

    RépondreSupprimer
  4. Entre Borloo qui ne souhaite pas être dans ce nouveau gouvernement souhaitant "reprendre sa liberté de parole" et Hervé Morin (quasiment candidat en 2012) critiquant ouvertement le choix d'un gouvernement qui ressemble plus à une équipe de campagne UMP époque RPR, Sarkozy n'aura certainement pas le soutien des centristes lors du premier tout des présidentielles de 2012 et sur le coup à peut être perdu gros.

    De tout façon la politique du gouvernement ne changera pas, le vrai changement (si changement politique il y a) aura lieu en 2012 si la gauche revient au pouvoir.

    RépondreSupprimer
  5. Je pense que Sarkozy va laisser Fillon s'occuper des affaires de la France jusqu'en 2012 tandis que lui-même voudra apparaître comme s'occupant des affaires du monde.
    Déjà, lors de son élection en mai 2007, Sarkozy mettait en avant le fait qu'il allait diriger l'Europe un an plus tard!
    Cette fois, ce n'est plus de l'Europe que Sarkozy se prend pour le maître mais tout simplement du monde avec la présidence du G20!
    La France est devenue trop petite pour un homme de l'envergure de Sarkozy!
    En laissant le soin à Fillon d'infliger un régime d'austérité sans précédent pour les français (sauf pour les riches), Sarkozy espère ainsi inverser les courbes de popularité (ou d'impopularité)!
    Sarkozy sera encore très présent sur la scène médiatique mais uniquement pour parler du "monde" tandis que Fillon pourra tout à loisir endosser le rôle du père-fouetard-la-rigueur!
    Les français seront-ils à nouveau dupés par des médias serviles?

    RépondreSupprimer
  6. @Juan

    Analyse entièrement partagée sur Voie Militante !

    -> http://www.voie-militante.com/politique/sarkozy/nicolas-sarkozy-nouveau-1er-ministre/

    RépondreSupprimer
  7. @ Jean-Marie Belgique

    Bien vu !

    RépondreSupprimer
  8. Lundi 15 novembre 2010 :

    La Grèce négocie un étalement de ses remboursements.

    La Grèce négocie avec ses créanciers européens un étalement du remboursement du prêt accordé en mai par la zone euro et le FMI, en échange de nouvelles mesures d'austérité dans le budget 2011, tout en excluant un défaut de paiement.

    http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=0c639cceb5e102c06695255a779efd5b

    RépondreSupprimer
  9. Un responsables politique doit être le garant du dévèloppement et de la sécurité du peuple qui la élu.

    On connaît maintenant ce que zarkosy ose faire aux français et à leur modèle social, avec la complicité de sa bande de traitres et de voyus, plus méprisables les uns que les autres.

    sarkosy est tellement stupide et ignorant de l'âme de la France qu'il est décidé à suivre aveuglement les consignes données par LES DECIDEURS DU MONDE dans le sens d'uniformiser les règles pour tous les peuples d'Europe, d'abord, et du monde entier ensuite, pour préserver le modèle capitaliste qui est depuis longtemps mort. QUELS VISIONNAIRES ! QUELS EXCELLENTS LEADERS POUR ASSURER L'AVENIR DE L'HUMANITE !!

    Tous les peuples ont une histoire et un esprit qui ne pourront jamais être gommés impunément par des médiocres pareils.

    Nous prenons donc conscience de la résistence impérative qui s'impose dans ce moment précis où tout est vraiment en train de basculer pour la plus grande honte de l'intelligence de notre espèce.

    RépondreSupprimer

Merci par avance de votre commentaire. Les insultes, les commentaires racistes, antisémites, pornographiques, révisionnistes, sexistes ou en général tout sujet contraire aux valeurs humanistes ne sont pas acceptés.
Les commentaires PEUVENT être modérés et donc censurés.