25 décembre 2010

190ème semaine de Sarkofrance : les bonnes affaires de Noël de Sarkozy

Il y a un an, Nicolas Sarkozy terminait son année sur l'échec du sommet de Copenhague, malgré plusieurs mois d'efforts, et l'annulation de la taxe carbone par le Conseil constitutionnel. On savait l'année 2009 mauvaise, l'année 2010 débutait sous les pires auspices. Un an plus tard, rien n'a changé, ou presque. Sarkozy prépare certes sa candidature, mais ses efforts de « présidentialisation » patinent. Pour cette semaine de Noël, il a bien fait adopter en conseil des ministres la loi sur le référendum populaire et la clarification de son statut pénal. Il a même encouragé des infirmières, accompagné de Carla. Mais le scandale du Mediator a mis en lumière ses relations anciennes avec le président-fondateur Servier; dans l'affaire de Karachi, on a découvert comment il avait fait négocier en coulisses, l'an dernier, le silence du dirigeant de la société HEINE par qui transitait les commissions versées aux intermédiaires. Et quelques députés UMP, emmenés par son nouvel allié Copé ont trouvé judicieux de limiter les sanctions à l'encontre des députés menteurs volontaires sur leur patrimoine.

Joyeux Noël !

Carla, exhibée pour la bonne cause
Qu'il ne s'étonne pas si l'on s'attaque à sa vie privée à nouveau. Tout occupé à travailler son image de président protecteur, Nicolas Sarkozy exhibe régulièrement son épouse Carla lors de manifestations officielles. Début décembre, les 4 jours de périple indien furent une ode à la beauté glamour de la Reine. On apprenait même que Carla voulait un fils. Mi-décembre, Carla confiait à quelques journalistes que son mari réfléchissait beaucoup à sa prochaine candidature. Puis cette semaine, Sarkozy l'a embarquée pour la visite d'un hôpital tout neuf à Avignon. Le Monarque s'est ainsi fait filmé 11 minutes durant, micro à la main au milieu du personnel médical, et Carla à ses côtés. Les deux caméras étaient officielles, affrétées par les services de la Présidence. Les journalistes qui suivaient le cortège avaient été écartés de la séquence. il fallait faire spontané, zen, et souriant. En Avignon, Sarkozy voulait parler respect aux infirmières : « on vous a respecté en vous disant vraiment, non pas la vérité, mais en vous disant avec sincérité les choses telles qu'elles sont.» Même Carla fut mise à contribution : « tout le monde me dit... Carla la première d'ailleurs, les hôpitaux manquent de personnel, mais est-ce qu'on ne peut pas faire davantage, ... je vous le dis, on fera 3% de plus. Mais la France ne doit pas être un pays dans la situation de certains en Europe aujourd'hui.» Même Carla a compris que la rigueur, c'est nécessaire.

Comme un cadeau de Noël bienvenu, l'agence de notation Standard & Poor's a confirmé deux jours plus tard sa meilleure note à la France, le fameux « AAA ».A la fin de l'année, la dette de la France devrait dépasser 1.600 milliards fin 2010 (83,2% du PIB), soit quelque 25.000 euros par habitant.

Karachi, l'enquête secrète de l'Elysée
Fidèle à son habitude, Nicolas Sarkozy choisit les sujets qu'il commente. Ainsi, la progression des investigations officielles ou officieuses sur l'affaire de Karachi ne suscite plus aucune réaction publique. On devine pourtant que l'Elysée y est attentif. Lors de son déplacement à Avignon, Carla Bruni s'est permise de critiquer publiquement un journaliste du Monde présent dans le cortège accompagnant pour un article publié sur les contrats de Karachi. Faut-il qu'elle soit inquiète ou énervée pour oser s'exprimer ainsi !

En 2008 et 2009, l'Elysée, via Bernard Delpit, adjoint de François Pérol alors secrétaire général adjoint de la présidence, commanda même une mission à Alain juillet, ancien numéro deux de la DGSE. L'homme, qui travaillait à l'époque à Matignon, dut négocier le silence de Jean-Marie Boivin, directeur de l'officine HEINE, comme l'ont confirmé Mediapart puis Libération. Cette société-écran avait été créée à l'automne 1994 pour procéder au paiement des commissions de deux contrats, Agosta (les sous-marins vendus au Pakistan) et Sarawi 2 (des frégates pour l'Arabie Saoudite). On a obtenu, depuis, la preuve que Nicolas Sarkozy avait validé le montage quand il était ministre du Budget. Alain Juillet, auditionné par le juge Renaud Van Ruymbeke, n'a pas caché sa surprise quand il appris, plusieurs mois après la fin de sa mission, que le dit Boivin avait finalement obtenu 8 millions d'euros en janvier 2009, et non 3, comme Juillet le recommandait, de la part du gouvernement Fillon, pour « services rendus

Le journaliste Benoît Collombat, de France Inter, a aussi publié divers documents, jeudi 23 décembre, qui redonnent quelque crédit à l'hypothèse d'un lien entre l'attentat de Karachi de mai 2002 et l'arrêt du versement des commissions occultes, via HEINE, à divers intermédiaires de la vente des sous-marins pakistanais. Selon plusieurs documents consultés, la Direction des Constructions Navales s'inquiétait entre juillet 2000 et janvier 2001, des conséquences de cette cessation des paiements 4 ans plus tôt. Les documents confirment aussi les doutes quant à la réalité des services rendus par les intermédiaires, ceux-là mêmes soupçonnés d'avoir versé à leur tour des rétro-commissions au camp Balladurien :  « L’accord n’a pas clairement et précisément défini les obligations contractuelles pesant sur le Consultant. » peut-on lire. .

Mediator, la nouvelle affaire du premier cercle
Jacques Chirac fut accusé d'enrichissement personnel, de frais de bouche excessifs à la Mairie de Paris, de détournements à des fins autres que politiques. On ne sait pas, d'ailleurs, comment l'appartement qu'il occupe actuellement fut payé. Avec Nicolas Sarkozy, le registre est différent. L'un des faits marquants de cette année 2010 fut la mise à jour de l'imbrication sans gêne ni complexe des relations d'affaires au coeur du pouvoir sarkozyen. De riches donateurs, un Premier Cercle à l'Ump créé pour eux, des renvois d'ascenseur professionnels, des légions d'honneur en cascade, chaque mois qui passe voit son lot de révélations.

Après Patrice de Maistre et Eric Woerth, Eric de Sérigny et Moleix, les relations du jeune Proto avec le monde du pari en ligne, voici que même l'affaire du Mediator dérape du côté de Nicolas Sarkozy. On croyait au simple scandale médical, suffisamment grave pour provoquer l'indignation. On découvre, ou fait semblant de redécouvrir, que Nicolas Sarkozy et Jacques Servier, le président et fondateur des laboratoires éponymes qui fabriquent le Mediator sont de vieilles connaissances. Sarkozy, jeune avocat à l'aube des années 80, a conseillé le petit laboratoire de l'époque, tant pour organiser sa structure actionnariale, via la mise en place d'une fondation, qu'optimiser sa fiscalité. Client historique de Nicolas Sarkozy, Jacques Servier devient client du cabinet que ce dernier fonde avec deux associés en 1987. Les laboratoires Servier deviennent aussi clients d'AEC Partners, la société de conseil spécialisé dans le secteur médical où officie François, frère de Nicolas. En juillet 2009, Nicolas Sarkozy en personne décore Jacques Servier :« Je me souviens de notre première rencontre en 1983. C’était déraisonnable, c’est là que je vois que vous êtes enthousiaste, vous pensiez déjà à l’époque que je serai Président de la République. Incorrigible Jacques Servier ! » Incorrigible Sarkozy, si prompte à remercier le premier cercle de ses amis ! Des années durant, le Mediator fut considéré comme médicalement inutile, avant qu'une médecine, Irène Frachon, ne dévoile un tout autre scandale. Mais, des années durant, le Mediator a continué d'être généreusement remboursé par la Sécu, 423 millions d'euros en 10 ans nous dit-on ! Une belle affaire.

Les petits arrangements démocratiques
Les conflits d'intérêts semblent être la marque de fabrique de cette droite décomplexée au pouvoir. Chaque effort pour faire oublier une affaire est chassé par un nouveau scandale. Cette semaine, le nouveau président du groupe UMP à l'Assemblé, Christian Jacob, a cru bon de porter deux amendements concoctés par son mentor Jean-François Copé sur le projet de loi sur la transparence financière des élus : le premier devait supprimer la sanction de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende prévue à l'encontre d'un député ayant sciemment omis « de déclarer une part substantielle de son patrimoine ou de ses revenus ». Echec et mat ! Même à droite, le tollé fut grand. Mais le second, taillé sur mesure pour éviter des révélations gênantes comme celles lâchées par Martin Hirsch dans son ouvrage sur les conflits d'intérêts, fut lui adopté : il permet de punir la divulgation publique des déclarations de patrimoine des députés. On n'est jamais trop prudent.

Mardi, la loi Loppsi II était votée par une majorité de députés UMP. Ses dégâts se mesureront plus tard. Son inefficacité également. Brice Hortefeux se fait discret. Entre ses bourdes sur la neige et sa deuxième condamnation, il vaut mieux... Le lendemain, le dernier Conseil des ministres a adopté deux mesures longtemps promises, qu'il voulait présenter comme des progrès démocratiques: le fameux référendum d'initiative populaire, une belle promesse démocratique - quasiment la seule - de la réforme constitutionnelle de juillet 2008, sera bientôt permis dans nos lois. En fait, son usage sera très encadré : initiative parlementaire obligatoire (avec 184 élus minimum), nombre de signataires à réunir très important (4,5 millions d'électeurs), sujets restreints à trois domaines (organisation des pouvoirs publics, politique sociale et économique du pays, ratification de traités internationaux), et ... interdiction d'un tel référendum dans l'année précédent une élection nationale. Aucun risque, donc, que cette « formidable » avancée soit utilisée avant le prochain scrutin présidentiel. ce n'est qu'une médaille démocratique que Sarkozy voulait s'accrocher au blason avant de partir en campagne...

L'autre prétendue avancée est la clarification du statut pénal du chef de l'Etat. Il y avait urgence. Les affaires s'accumulent. Et qu'a décidé Nicolas Sarkozy ? D'élargir son irresponsabilité pénale, déjà acquise et entière pour tout acte accompli en sa qualité de chef de l'Etat (d'après l'article 67 de la Constitution) à tout acte, commis dans le cadre de ses fonctions ou pas, jusqu'à la fin de son mandat. En « contre-partie », la modification constitutionnelle précise que le président de la République peut être mis en cause « en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat », et plus simplement haute trahison. Sarkozy, cependant, s'est bien gardé de s'interdire la faculté de porter plainte. Bref, le Président reste inattaquable, mais peut attaquer.

Nicolas et Carla Sarkozy ont filé dès jeudi à Marrakech, au Maroc. On ne sait pas qui paye l'escapade. Parions que son avion n'a pas été bloqué par quelques centimètres de neige. Mais ce départ permet à Sarkozy d'éviter d'avoir à commenter les derniers chiffres du chômage. Même officiels, ils sont mauvais. Au gouvernement, on les attendait plus favorables. C'est une vraie déconvenue : 21 300 sans-emplois de plus ont été enregistrés en novembre chez pôle emploi. Comme toujours, il faut lire en détail les statistiques publiées. Dans toutes les catégories, le nombre de chômeurs a progressé.

Il était temps de partir.

En un an, rien n'a changé, ou presque.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

10 commentaires:

  1. c'est en attendant le passage du père noël que vous avez écrit cette synthèse, JUAN, au coin de l'hortefeu?
    vraiment pas de quoi remonter le moral ce matin quand même...

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  2. Merci Juan pour les cadeaux quotidiens que vous nous faites, en effet vos analyses très documentées apportent ce qu'il faut savoir sur la façon dont ce pays est ou fut gouverné.
    Pour ce qui est du moral, plutôt bas certes, qui en découle, vous ne pouvez en être tenu pour responsable, c'est bien la teneur des informations données qui affete. Que les choses changent et nous seront plus souriants !

    Merci encore.
    Prenez soin de vous en cette fin d'année festive mais très glissante...

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  3. bonjour Juan et joyeux Noël, quoique......

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  4. Une médecine ?

    Vous y allez pas un peu fort, là, tout de même ?

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  5. "Nicolas Sarkozy exhibe régulièrement son épouse Carla lors de manifestations officielles"

    ==> depuis le début de cette idylle trop parfaitement mise en scène, trop glamour pour être sincère, je me demande si en fait il ne s'agit pas d'un contrat de travail proposé à une escort girl de luxe pour occuper en catastrophe une place désertée par l'officielle ! Le contrat de travail/mariage fut signé le 4 févr. 2008 ... "Le chef de l'Etat et sa nouvelle compagne ont célébré samedi leur mariage à l' Elysée, devant le maire du VIIIe arrondissement de Paris". Dans la plus grande discrétion ! Surprenant pour un mariage d'amour fou (dans le story telling/la version officielle il s'agit d'un coup de foudre) !

    Par ailleurs, étant donné l'âge de la première dame de France (j'avais initialement commis un lapsus en quatre lettres à la place de "dame" que je me suis empressé de corriger. En effet, puce ça fait un peu familier !), donc étant donné l'âge de la première puce de France qui naquit fin 1967, il est plutôt recommandé de ne pas trop tarder pour mettre en route le fruit d'un tel amour ! Or ça ne venait pas, jusqu'à cette déclaration comme quoi la puce Carla voudrait un enfant ! Faut vraiment être des parents égoïstes pour envisager pareil projet ! Gageons qu'il ne s'agit là que d'un énième développement du story telling élyséen pour humaniser et glorifier aux yeux d'une populace de France attendrie le président le plus insignifiant et le plus impopulaire qu'ait connu la Ve République !

    L'équation est simple en termes de communication marketing politique :

    la mise en scène de la première Dame de France est un des éléments centraux retenu dans le dispositif pensé pour produire une image populaire de la présidence capable d'occulter, de masquer, de faire oublier, de reléguer au second plan voire aux oubliettes les effets d'une politique hautement impopulaire. Le lavage de cerveau va aller se renforçant avec l'exhibition de la saga Carla - Nicolas relayée par des médias attendris et les ravages de la politique destructrice intitiée sous la férule de l'UMPereur qui entend désormais délégué ces basses besognes à son gouvernement. Fini de mettre les mains dans le camboui ! C'est contre-indiqué pour s'afficher dans les rubriques pipoles et glamour ! Maintenant Sarkozy quitte le navire de guerre sociale pour embarquer sur la croisière s'amuse ! Dans les limites de la décence qu'impose le contexte de crise bien sûr !

    Ca c'est le scénario idéal du story telling que la réalité socio-économique et judiciaire est suscpetible de venir contrarier à tout moment ! Qui de la réalité ou du story telling sera le plus fort ? Sachant que le story telling fait partie de la réalité dont il essaie de se jouer !! Là on marche sur les plattes bandes de dedefensa.org qui place au coeur de sa grille d'analyse le concept de psychopolitique où la politique consiste à soutenir un réel défayant par sa manipulation par la communication (communipulation) aux fins d'imposer la susbtitution d'une vision virtuelle du réel à une vision "conforme" du réel.

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  6. Pascal ça vous excite d'écrire vos conneries sur Carla. Pauvre type. Dégénéré du sopalin, allez vous faire soigner.

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  7. Félicitation pour votre travail quotidien, toujours aussi impressionnant, mais un bémol quand même pour votre phrase de conclusion, rien n'a changé depuis un an, si la France est couverte de honte, nous sommes la risée du monde entier, la fable de Karrachi, l'affaire Woerth-Bettencourt, les journalistes écoutés, ordinateurs volés.
    Les "larbins" qui interrogent le président ont de plus en plus de mal à cacher leur embarras devant les réponses affligeantes de Sarkozy. Les journalistes indépendants ont de plus en plus de mal à faire leur boulot, la démocratie a beaucoup de plomb dans l'aile. Et cela n'est pas rien.
    Et l'indifférence de la population et sa résignation est inquiétante pour 2012

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  8. Proposition de vote par référendum:
    "Voulez vous que soient rétablies sur tout le territoire Français des élections contrôlables par tout électeur, reposant sur la preuve matérielle de chaque vote rigoureusement confidentiel et surveillé par tous, et accessoirement de permettre des économies considérables?" Évidement le résultat ne serait probant que si n'importe quel électeur pouvait le vérifier... Cordialement -- dona.ferentes

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  9. Merci d'exister..! Joyeuses Fétes de fin d'année. 2011 mal partie pour effacer le gout de dictature en velours qu'avaient les précédentes. Allez les ventres mous, dépouillez les gros zozos.Cordialement

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