13 décembre 2010

Copé/Baroin : les deux jokers de Sarkozy

La droite s'inquiète. Marine Le Pen chasse avec plaisir et efficacité sur ses terres. Les sondages se multiplient, et stressent à répétition. Officiellement, on n'ose pas incriminer l'échec de Sarkozy : contre la lutte contre la délinquance, le bilan de Sarkozy est mauvais, et depuis 2007. Il a fallu attendre 2009-2010 pour le réaliser. Et l'image d'une Présidence des Riches, habile à défendre ses privilèges et le pantouflage, n'arrange rien. Samedi, Jean-François Copé promettait un retour aux fondamentaux aux cadres du parti réunis en Conseil national. Dimanche, François Baroin promettait un Etat exemplaire et une chasse à la fraude efficace. Un double exercice médiatique largement insuffisant.

Les valeurs de Copé
Ce fut la couverture du JDD ce weekend. A l'UMP, on observe la poussée du Front National, et, surtout, de Marine Le Pen dans tous les sondages d'opinion. La fille de Jean-Marie attire. Des élus UMP craignent déjà pour les prochaines élections cantonales de mars 2011. En 2012, le scenario-catastrophe d'un 21 avril à l'envers se propage dans les esprits. Les réponses proposées pour contrer le FN sont habituelles : des élus UMP regrettent que le discours sécuritaire et anti-immigration de l'été dernier ait été aussi rapidement remisé au placard. « Je constate sur le terrain une très forte montée de l’intolérance à l’immigration. Les gens pensaient qu’on maîtriserait les flux, ils ont été déçus. Ce problème est ravageur dans l’opinion publique » expliquait le député UMP Alain Gest au JDD dimanche dernier. Le député-maire du Raincy, îlot bourgeois en Seine-Saint-Denis s'inquiète : « Sur les marchés, j’entends contre l’UMP des choses que je n’avais pas entendues depuis longtemps : voleurs, etc. Les gens ne parlent plus du FN, ils parlent de Marine. On va dérouiller aux cantonales de mars. Nous avons été godillots. Il est temps de retourner sur le terrain.» Certains élus UMP sont plein d'idées pour « faire du FN sans le FN » : on suggère ainsi de retirer  la nationalité « aux naturalisés en cas de peine de prison ferme supérieure à trois mois» (Damien Meslot), ou d'expulser les délinquants sur le modèle suisse (Alain Gest).

A l'UMP, Jean-François Copé promet un « retour aux valeurs ». Le nouveau secrétaire général de l'UMP désigné par Nicolas Sarkozy lors du remaniement gouvernemental veut montrer qu'il a conscience du danger. Sur le fond, il tend des perches : « Le FN monte quand les gens expriment des inquiétudes et qu'ils ont le sentiment que sur les fondamentaux, on doit en faire plus (...) Revenir aux fondamentaux, c'est montrer qu'on est déterminé sur les grands principes de la République, comme la sécurité et l'immigration (...) et qu'on doit faire les grandes réformes vitales pour le pays ». Sur la forme, il montre qu'il écoute. Lors de son premier « conseil national » samedi 11 décembre, il a innové : les cadres du parti avaient le droit de poser des questions aux dirigeants UMPistes. Copé appelle cela du « management participatif. » La tartuferie est amusante : la direction du parti est désignée par l'Elysée, le programme de 2012 sera établi par des experts d'opinion, mais les « militants » ont désormais le droit de poser des questions ... en 2 minutes par personne pas plus.

En, fait, le camp sarkozyste réalise un peu tard le double échec de son Monarque. Et on appelle cela une gueule de bois.


L'échec sécuritaire de Nicolas Sarkozy est désormais connu. En 2007, le candidat et ministre de l'intérieur avait pu faire illusion : la baisse générale de la délinquance depuis 2002 était portée à son crédit. On sait, depuis, que cette réduction des actes de délinquance ne concernait que les atteintes aux biens (3 millions d'actes en 2002 ; 2,2 millions à fin juin 2010), et que, pour partie, elle est générale dans tous les pays grâce aux progrès technologiques (dispositifs anti-vols notamment). Les violences aux personnes, elles, ne cessent de franchir des records : à fin octobre, elles avaient encore progressé de 5 800 sur 12 mois, pour atteindre 462 350. En 2004, on ne dénombrait que 391 857 actes de violences aux personnes. Sarkozy a usé et abusé de chaque fait divers, qu'il incarnait aussitôt par une loi ou un décret (anti-bandes, anti-cagoules, rétention à vie, peines plancher, etc). Cette boulimie réglementaire, contradictoire avec la politique de réduction des effectifs des forces de l'ordre, n'a servi à rien sauf à encombrer le discours et les repères. Dans son dernier bilan de la délinquance, l'ONDRP avouait par exemple son incapacité à mesurer correctement le phénomène des bandes, tout en livrant des chiffres ridicules ( 341 affrontements entre bandes depuis janvier 2010, contre 292 sur la même période de l'an passé !). On attend les statistiques sur les infractions au port de la cagoule... « Depuis 2002, je suis en première ligne dans la lutte contre l'insécurité » avait déclaré Sarkozy dans son discours de Grenoble, le 30 juillet dernier. Il est temps de régler l'addition.
 
Nicolas Sarkozy paye aussi, à droite comme à gauche, le prix de sa gestion monarchique : pantouflages des uns,  conflits d'intérêt des autres, la République des Riches a fait autant de dégâts dans le pays qu'auprès de l'électorat « populaire » chéri par Sarkozy en 2007. Pour faire social-conservateur, Nicolas Sarkozy mise beaucoup sur ses réformes de la dépendance, un sujet qui inquiète les plus âgés, et de la fiscalité du patrimoine. C'est là qu'intervient François Baroin.

La rigueur de Baroin
François Baroin, ministre du Budget, est le second joker de Sarkozy. Dans un entretien à l'hebdomadaire du dimanche, il a repris les formules de Nicolas Sarkozy de l'été dernier : la réduction du nombre de véhicules de fonction et des dépenses de fonctionnement concernera les opérateurs de l'Etat, soit environ 500 entreprises para-publiques. On cherche le symbole de l'Etat exemplaire.

Baroin a surtout repris, ce dimanche, l'antienne de son prédécesseur Eric Woerth, la chasse à la fraude fiscale et sociale. Il s'est félicité que ses services aient pu rapatrier quelques 7 milliards d'euros de capitaux évadés et récolter un milliard d’euros de droits et de pénalités. Faites vous-même ce calcul grossier : 1 milliard prélevés, sur 7 milliards de capitaux évadés rapatriés... cela donne un taux d'imposition (pénalités comprises !) de ... 14%. On savait, depuis avril, que les services du fisc avaient reçu des instructions de clémence hors normes pour traiter ces évadés repentis... Sur la fameuse liste de 3000 évadés fiscaux brandie au cours de l'été 2009 par Eric Woerth, « plus d'un millier de contrôles sont engagés.» Et pourquoi seulement un millier sur les 3000 fraudeurs identifiés ? On ne sait pas.

Mardi 14 décembre, Baroin réunit le comité national de lutte contre la fraude. Ce comité à vocation médiatique a été créé en octobre 2007 par Nicolas Sarkozy, pour regrouper les différents ministres concernés par la chasse à la fraude. A l'époque, la lettre de mission, signée le 14 octobre de cette première année de mandature, était très explicite quant aux objectifs : le gouvernement de Sarkofrance visait moins les évadés fiscaux, souvent jolis contributeurs du Premier Cercle de l'UMP comme l'a révélé l'affaire Woerth/Bettencourt, que la fraude dite sociale, c'est-à-dire le travail clandestin et l'arnaque aux aides et subventions publiques et sociales: « Nous devons agir, en premier lieu, dans le champ de la fraude aux prélèvements obligatoires, qui recouvre toutes les formes de fraude fiscale et sociale, notamment le travail non déclaré.» écrivait Sarkozy. « Les Français nous attendent particulièrement, en second lieu, sur la lutte contre la fraude aux nombreux régimes d'aides publiques ou de prestations sociales que compte notre pays, notamment l'assurance-chômage, l'assurance-maladie, les prestations familiales ou de vieillesse, l'aide au logement, les minima sociaux, mais aussi les régimes de subvention aux entreprises ou à l'agriculture. » A cette fin, une Délégation nationale à la lutte contre la fraude (DNLF) avait été installée. Son premier rapport d'exercice, au titre de 2009, n'est pas fameux. Les données chiffrées sont rares, les résultats inexistants : une réunion de 600 contrôleurs de diverses administrations le 5 mai 2009 ; 7 400 heures de formation attribuées aux agents concernés; beaucoup de circulaires nouvelles, création de comités locaux de lutte contre la fraude, « intensification » des échanges d'informations entre les administrations...

Il faut se rappeler le rapport de la Cour des Comptes, de juillet 2010, sur le contrôle fiscal, pour mesurer la vacuité médiatique des propos de François Baroin : la Cour pointait la stabilité de la collecte de droits et de pénalités (à 16 milliards d'euros par an), le trop faible recouvrement des sommes dues, les très faibles moyens consacrés à l'évasion fiscale à l'étranger et à l'ISF. On imagine que si François Baroin, ce dimanche, avait des évolutions notables à communiquer, il l'aurait fait. Et bien non, il a préféré recycler des informations pour l'essentiel déjà évoquées par son prédécesseur. En janvier dernier, on savait déjà qu'un millier de contrôles fiscaux étaient engagés sur la liste des 3000. On savait aussi qu'environ 700 millions d'euros d'impôts, hors pénalités, avaient été récupérés en 2009; et que les avoirs rapatriés se chiffraient déjà à 6 milliards d'euros.

Avec Copé pour renouer avec les valeurs de la droite à l'UMP, et Baroin pour défendre l'Etat exemplaire au gouvernement, Sarkozy peut dormir sur ses deux oreilles.


3 commentaires:

  1. France 24 : Christine Ockrent désavouée par la direction.

    La direction de la chaîne d'infos internationale France 24 refuse de participer aux réunions en présence de Christine Ockrent.

    Dans un courriel, le directeur Jean Lesieur informe la rédaction qu'il a signé lundi, "ainsi que l'ensemble des Directeurs et Directeurs adjoints" de la chaîne, une lettre remise à Christine Ockrent.

    "Nous y soulignons que le lien de confiance entre elle et nous ayant disparu, nous ne souhaitons plus participer aux réunions en sa présence".

    Christine Ockrent est directrice déléguée de l'Audiovisuel extérieur de la France (AEF), entité qui coiffe France 24, RFI et une partie de TV5 Monde, présidée par Alain de Pouzilhac. Ses relations avec ce dernier sont pour le moins tendues depuis des mois.


    Une affaire d'espionnage.

    La situation s'était aggravée avec la révélation d'une affaire d'espionnage dans laquelle une proche collaboratrice de Christine Ockrent a été licenciée début décembre.

    Des experts mandatés par la direction de l'Audiovisuel Extérieur de la France (AEF) ont découvert que Candice Marchal espionnait les principaux dirigeants de l'AEF. Elle avait dans son ordinateur 2,5 millions de fichiers, dont certains remontaient à novembre 2008, provenant de cinq serveurs de l'AEF.

    Selon Le Point, cette salariée a "bénéficié de la complicité d'un prestataire informatique, Thibault de Robert, qui lui a donné les codes des serveurs de l'AEF". Or, le recrutement de ce prestataire a été recommandé par Christine Ockrent. Et, toujours selon Le Point, ce prestataire a longtemps travaillé pour le compte de BK Conseil, la société de conseil de Bernard Kouchner, dont Christine Ockrent est la compagne.

    Mme Ockrent a démenti à plusieurs reprises tout lien avec Candice Marchal. Elle se défend d'être à l'origine de ces espionnages, affirmant qu'elle va "poursuivre en diffamation" Marianne et son site web qui a révélé les dessous de l'affaire.


    Rapports tendus depuis des mois entre Ockrent et Pouzilhac.

    Entre les deux dirigeants de l'AEF Alain de Pouzilhac et Christine Ockrent, le feu couve depuis plusieurs mois. L'été dernier, M. de Pouzilhac a rétrogradé Mme Ockrent au poste de directrice générale déléguée, elle qui était jusqu'en juillet directrice générale.

    Ont suivi les départs de plusieurs collaborateurs. Le directeur de la rédaction, Vincent Giret, un proche de Christine Ockrent, a été mis à pied en septembre. Quelques jours plus tard, le directeur adjoint de la rédaction Albert Ripamonti est parti pour i-TELE. Mme Ockrent aurait refusé de le promouvoir à la direction de la rédaction.

    http://info.france2.fr/medias/france-24-ockrent-desavouee-par-la-direction-66384483.html

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  2. Nouvelle enquête judiciaire sur un marché d'armement.

    Le parquet de Paris va ouvrir une information judiciaire sur un marché d'armement conclu dans les années 1990 en Arabie saoudite, appelé "Sawari II", et qui aurait pu donner lieu à une corruption en France, a-t-on appris de source judiciaire.

    Le procureur Jean-Claude Marin a expliqué à Reuters qu'il entendait répondre ainsi au juge d'instruction Renaud Van Ruymbeke qui a demandé à être saisi de ces faits pour compléter la procédure portant sur un autre marché, celui d'une vente de sous-marins au Pakistan en 1994.

    "Il s'agit d'une affaire distincte", a dit le procureur. Le contrat portait sur la vente de frégates par la Direction des constructions navales (DCN).

    Le site d'information Mediapart précise mardi 14 décembre que la procédure sur "Sawari II" serait ouverte pour "abus de biens sociaux et recel".

    En toile de fond de ces affaires, se trouve l'attentat de Karachi, au Pakistan, dans lequel ont péri en 2002 onze Français qui travaillaient à la construction de sous-marins.

    Les juges examinent l'hypothèse selon laquelle cet attentat aurait été commis en raison de l'arrêt des paiements de commissions en marge de ces marchés d'armement, décidé par Jacques Chirac après son élection à l'Elysée en 1995.

    Selon cette hypothèse, le chef de l'Etat soupçonnait un retour frauduleux de l'argent en France pour son rival de la présidentielle Edouard Balladur, opération illégale de corruption appelée "rétrocommissions".

    "SAUCISSONNAGE"

    L'enquête a établi que deux intermédiaires libanais, Ziad Takieddine et Abdul Rahman El Assir, étaient intervenus dans les deux marchés, pakistanais et saoudien.

    Ces intermédiaires libanais devaient toucher 33 millions d'euros dans le contrat des sous-marins et 200 millions d'euros en marge du contrat saoudien, ont déclaré des dirigeants de la DCN aux juges.

    L'argent passait par deux sociétés créées au Luxembourg par la DCN avec, selon un rapport de police luxembourgeois, l'aval d'Edouard Balladur et de Nicolas Sarkozy, ministre du Budget à l'époque. Ce dernier conteste le rôle qui lui est prêté.

    http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRPAE6BD04Q20101214

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  3. Bonjour Juan,

    Tu as dit: "La droite s'inquiète. Marine Le Pen chasse avec plaisir et efficacité sur ses terres."
    C'est l'histoire de la bouteille à moitié vide ou moitié pleine. C'est au choix. Le FN et l'UMP, à ne pas confondre avec l'ancien parti gaulliste, chasse dans la même forêt. Cela explique la montée mécanique d'un Marine la fille se son père, qui profite à fond du débat sur "l'identité nationale", la Burqa, la déchéance de la nationalité....sans oublier les autres affaires délictueuses. On peut dire que ce n'est pas Marine.....qui laboure les terres de la droite mais plutôt L'UMP et l'Elysée qui ont fait une très mauvaise affaire en tentant une OPA sur le FN. L'opération est un fiasco absolu, mais ça n'empêche pas à Copé, le communautariste, de réessayer, ce qui démontre deux choses, ILS sont mal au point de tenter leur va tout, ILS préparent les Français à un scénario à l'israélienne, c'est à dire un gouvernement s'alliant à l'extrême droite pour gagner les élections. Les Français admettront-ils un tel scénario ? Espérons que NON !
    En attendant Marine à l'Elysée, la police a encore été agressée, sauf que l'assaillant y a perdu sa vie, comme d'habitude...

    Billet à lire http://0z.fr/ioHIp


    A2N

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