6 décembre 2010

Sarkozy joue les monarques zen en Inde.

Loin des polémiques franco-françaises, Nicolas Sarkozy peaufine son attitude de Monarque calme et présidentiel en Inde où il reste près de 4 jours. Il prend son temps, nous explique-t-on. De là-bas, même sa réaction vis-à-vis de la crise ivoirienne fut empreinte de retenue. Pour un peu, ce voyage serait une retraite mystico-zen...

Sarkozy, prudent en Côte d'Ivoire
La situation était toujours confuse ce weekend en Côte d'Ivoire. Sept jours après le scrutin, deux présidents se déclarent élus. Le sortant, Laurent Gbagbo s'abrite derrière les 51% des voix que le Conseil Constitutionnel, qu'il a nommé, lui accorde après l'invalidation de résultats dans le Nord du pays. Le challenger, Alassane Ouattara, se fie aux résultats publiés, avec « 6 heures de retard », par la Commission électorale indépendante, qui lui octroie 54% des voix. Les deux ont prêté serment. La communauté internationale s'est rangée sans hésitation derrière Ouattara.

La France de Nicolas Sarkozy s'est montré d'abord très prudente. Jeudi, Nicolas Sarkozy se félicitait de ces élections présidentielles en Côte d'Ivoire qui « se sont déroulées jusqu'à présent dans des conditions qui font honneur à la démocratie ivoirienne.» Vendredi, après la reconnaissance de la victoire de Ouattara par l'ONU et les Etats-Unis, Sarkozy embraye le pas : « le Président de la République prend acte des déclarations du Secrétaire général des Nations Unies et de son Représentant spécial en Côte d'Ivoire, par lesquelles ceux-ci confirment la victoire de M. Alassane Ouattara à l'élection présidentielle ivoirienne.»  Samedi, dans un nouveau communiqué, Sarkozy rapporte qu'il s'est entretenu, depuis l'Inde où il vient d'arriver, avec les différents protagonistes, pour conclure que la France ne reconnaît que Ouattara : « Je me suis entretenu cette nuit longuement au téléphone avec le Secrétaire général des Nations Unies, avec le Président GBAGBO et avec le Président élu Alassane OUATTARA. J'aurai à nouveau aujourd'hui un entretien avec le Président GBAGBO. Un président est élu en Côte d'Ivoire, l'ensemble de la communauté internationale et les Nations Unies l'ont reconnu. Le Président, c'est M. Alassane OUATTARA. La France soutient la démocratie et la volonté libre du peuple ivoirien.»

En Côte d'Ivoire, comme ailleurs en Afrique, l'influence française est en recul. A l'Elysée, on explique que Sarkozy a voulu une rupture avec les mauvaises pratiques néocoloniales du passé, que cette rupture serait une décision politique, presque éthique. En fait, si la rupture a bien eu lieu, elle est surtout économique, budgétaire et contrainte. Le leadership historique de la France sur ses anciennes colonies est mis à mal par la Chine voire Israël. Et les difficultés budgétaires du pays ont conduit Sarkozy à réduire nos implantations militaires. Ce reflux a réjoui les Etats-Unis. Les mémos publiés par Wikileaks confirment que les administrations Bush puis Obama voyaient d'un très bon oeil ce repli : « Les Français accueillent favorablement l'extension de la présence américaine en Afrique comme moyen de contrebalancer l'expansion régionale de la Chine.»

Seul le côté sombre de la Françafrique demeure. Le soutien à quelques chefs d'Etat autoritaires conciliants ne s'est pas démenti. Même le colonel Kadhafi a eu droits aux honneurs de la République dès 2007. Laurent Gbagbo fait presque exception. Ses relations avec Sarkozy ont toujours été exécrables. Pour le reste, le soutien aux dirigeants africains les plus contestables est incontestable. Les diplomates américains ont ainsi souligné dans plusieurs câbles diplomatiques le rôle trouble mais constant de l'avocat Robert Bourgi qui bénéficie de l'appui et de l'écoute de Claude Guéant et court-circuite régulièrement le Quai d'Orsay voire les conseillers diplomatiques de l'Elysée. Romain Sorman, cité dans l'une des notes « Wikileaks » s'agace : « le premier objectif de Bourgi est de faire sa propre promotion en vue de son enrichissement personnel. » Bourgi fut notamment l'entremetteur qui permit au général putchiste Aziz de Mauritanie d'obtenir le blanc-seing français officiel en 2008. En France, le ministère de la Justice s'oppose depuis des années aux plaintes successives déposées contre quatre dirigeants africains pour détournements de fonds. Dans une note diplomatique publiée par Wikileaks, l'ambassade américaine à Paris explique que « les dirigeants africains ont pu amasser des fortunes privées parfois transformées en un vaste patrimoine composé de propriétés immobilières et d'autres biens, en France et ailleurs en Europe, des situations que la presse continue de révéler

Sarkozy hypnotise l'Inde avec Carla
« Quand il veut vraiment réussir une sortie diplomatique, Nicolas Sarkozy s'en tient au respect de deux règles simples: la première est de prendre son temps en visitant des monuments importants, la seconde, de jouer la carte Carla Bruni.» Ce constat du journaliste Charles Jaigu, pour le Figaro, résume bien la démarche de Nicolas Sarkozy en Inde. 

A peine arrivé à Bangalore, il a livré samedi un discours à l'institut spatial indien. Il s'est félicité de l'excellente réussite indienne. Il a surtout pu rappeler sa position, très populaire en Inde, que ce pays devienne membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU: « L'Inde est obstinément fidèle à son idéal de paix, de liberté, de tolérance et de diversité. Election après élection (...), vous montrez que la liberté et la démocratie ne sont pas l'apanage des nantis (...). Voilà pourquoi la France insiste, avec tant de force, pour que l'Inde rejoigne le Conseil de sécurité comme membre permanent, pour qu'elle occupe toute sa place au sein du G20. » Plus prosaïque, Sarkozy a aussi utilisé cette tribune pour resservir son plaidoyer pro-nucléaire habituel. Il expliqua donc que l'Inde devait pouvoir développer son équipement nucléaire civil, si on devait attendre un engagement écologique significatif. Six EPR franco-indiens devraient fournir d'ici quelques années « 10.000 mégawatts (MW) d'énergie non polluante à l'économie indienne », grâce à un protocole d'accord signé par Areva en février 2009.

Après cette intervention, prévue à 13 heures, le couple Sarkozy avait quartier libre jusqu'au lendemain soir et un dîner officiel. Les autorités indiennes avaient fortement insisté pour qu'il profite de sa journée de dimanche pour visiter le  « monument de l'amour », le Taj Mahal. Sarkozy s'était résolu à ce tourisme imposé. Mais, impatient, il a bousculé le protocole, et avancé sa visite dès le samedi après-midi. Les autorités ont improvisé : « juste avant le coucher du soleil, les barricades ont été sorties, les  sirènes ont retenti, les gens ont dû déserter les rues et le trafic a été  paralysé. Soudain, Agra est devenu calme, très calme.» rapporta un journal local. Aucun journaliste français ne fut accepté lors de cette visite. Le couple Sarkozy en est ressorti « hypnotisé ». « L’Inde est un rêve », a déclaré l'épouse du Monarque français en sortant. Il n'en fallait pas plus.

Nicolas devait exhiber Carla : « elle est là et les Indiens sont très contents de voir Carla Bruni. C’est quelque chose qui est assez fascinant pour les Indiens. » expliqua une journaliste ravie de New Delhi Television (NDTV). «La classe de Carla laisse Bangalore sans voix » rapporta le Sunday Times. Un autre journal évoqua « la romance de l'Inde et de Carla

Un premier couac, dimanche matin, est intervenu quand un quotidien local, Daily News & Analysis (DNA) , a révélé de prétendues consignes de l'ambassade de France aux autorités indiennes : « Une étrange requête du bureau du protocole du ministère des affaires extérieures a déconcerté la police et les agences de sécurité de Delhi. Le ministère a demandé aux agences de rechercher dans un délai de 24 heures du personnel de petite taille pour la sécurité de la visite du président français Nicolas Sarkozy ici dimanche. » Et DNA de préciser : « le bureau du protocole s'est activé intensément après avoir reçu un tuyau de l’ambassade de France selon lequel leur président, qui mesure 5 pieds et 5 pouces, est sensible sur la question de sa taille et pourrait ne pas apprécier d’être entouré de personnel de sécurité de grande taille lorsqu’il rencontre les leaders indiens lundi. » Sacré Nicolas ! Ce casting de taille avait déjà évoqué lors d'une visite de terrain, dans une usine d'un équipementier automobile en 2009.


2 commentaires:

  1. Karachi : Sarkozy informé de l'existence d'une facture.

    L'ancien mandataire des sociétés par lesquelles ont transité des commissions a présenté la note...
    Mediapart publie des documents qui «placent une fois encore Nicolas Sarkozy et la présidence de la République au cœur du volet financier du dossier Karachi».
    Nicolas Sarkozy a été mis en copie le 16 mai 2007, le jour de son intronisation à l’Elysée, d’une facture de 8 millions d’euros présentée par Jean-Marie Boivin, un protagoniste clé de l’affaire Karachi, à la Direction des Constructions navales (DCN). Ces huit millions d'euros sont réclamés pour «services rendus», dit le courrier ; «le prix d’un chantage», assure Mediapart.
    Ce document est entre les mains du juge Renaud Van Ruymbeke, qui l’a récupéré après une perquisition des policiers de la Division nationale des investigations financières au siège de la DCN.

    Jean-Marie Boivin, c’est «l'homme-clé des commissions occultes du contrat Agosta», celui qui «en sait peut-être trop». Il était en effet le mandataire des sociétés luxembourgeoises Heine et Eurolux, par lesquelles transitaient les commissions plus ou moins suspectes sur les contrats des sous-marins nucléaires.
    C'est par ces sociétés, par exemple, que transitaient les fonds promis aux intermédiaires «imposés» à la dernière minute par le gouvernement d’Edouard Balladur comme Ziad Takieddine.
    D’après le site internet Mediapart, Jean-Marie Boivin a décidé de faire chanter l’Etat Français à partir de 2004, date à laquelle son contrat a été rompu par la DCN, contre 610.200 euros d’indemnités. Pas suffisant, pour «M. Commission».

    Libération a révélé le 24 novembre dernier qu’un accord avait été trouvé en janvier 2009 mais d’après l’avocat de Jean-Marie Boivin, son client n’a jamais touché cette somme.
    «Il y a eu des discussions, mais il ne les a jamais touchés», a-t-il déclaré au Monde le 1er décembre.
    Mis en cause par divers éléments dans la presse, Nicolas Sarkozy a toujours dit que l’affaire de l’attentat de Karachi, qui a fait 14 morts en 2002, ne le concernait «ni de près de loin».

    http://www.20minutes.fr/article/634517/societe-karachi-sarkozy-informe-existence-facture

    Pour lire l'article payant de Mediapart :

    http://www.mediapart.fr/journal/france/051210/karachi-des-lettres-et-une-facture-de-2007-impliquent-lelysee

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  2. Ben oui, il est petit. En taille, ce n'est pas un problème quand on a la stature d'un Homme d'Etat. Malheureusement, ce n'est pas son cas car lui, il est également petit dans ses actes, dans ses pensées et dans leur mise en application.

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