dimanche 7 février 2010

Nicolas Sarkozy, futur accusé du Karachigate ?

L'affaire du Karachigate a discrètement rebondi la semaine dernière. Six familles de victimes avaient déposé une nouvelle plainte, pour corruption et entrave à la justice, cette fois-ci. Maître Morice, leur avocat a annoncé, que le parquet avait ordonné une enquête préliminaire.

Bref rappel des faits : en mai 2002, un attentat coûtait la vie à 14 personnes à Karachi (Pakistan) dont onze ingénieurs français. Il y a un an, les juges chargés de l'enquête laissaient entendre que cet attentat était une représaille pakistanaise, contre l'arrêt des versements de commissions occultes, dues par le gouvernement français à l'issue de la vente (à perte) au Pakistan de sous-marins nucléaires français. A l'époque, Edouard Balladur était premier ministre, et Nicolas Sarkozy son ministre du budget. Ce dernier avait autorisé le versement des commissions. On soupçonne cette vente d'avoir également donné lieu à des "rétrocommissions" en faveur du camp balladurien pour financer sa campagne présidentielle de 1995. Nicolas Sarkozy était directeur de campagne d'Edouard Balladur.

L'avocat, maître Morice, avait été menacé par l'Elysée de représailles, après une conférence de presse en décembre dernier où, comme le rappelle notre confrère clavésien, il déclara notamment : « La difficulté qu’il y a dans ce dossier, c’est que M. Sarkozy est au cœur de la corruption parce qu’elle a été validée lorsqu’il était au ministère du Budget».


Jean-Claude Marin, le fameux procureur de Paris auteur de l'appel contre la relaxe de Dominique de Villepin dans l'affaire Clearstream il y a dix jours, a été donc saisi d'une plainte.

Lire aussi: 

Sarkozy flatte la Corse à coup de milliards d'euros

Je serais Corse, je me méfierai. L'homme qui a condamné, avant procès, Yvon Colonna, promet maintenant des milliards d'euros pour que la droite conserve le conseil régional à l'issue du scrutin de mars...

samedi 6 février 2010

144ème semaine de Sarkofrance: la France a peur

Cette 144ème semaine de Sarkofrance fut finalement calme, inaudible et distante pour le président français. La Franee a peur, et lui le premier. Son camp se déchire, l'UMP est démotivée, la stratégie d'union a enfermé la droite présidentielle, et l'absence de projet fédérateur pour la seconde moitié du mandat sarkozyen n'arrange rien. Alors, Sarkozy vide son agenda, et se réfugie, une fois de plus, dans les sujets diplomatiques.

Sarkozy a peur
Nicolas Sarkozy est un homme qui aime que l'on croit qu'il travaille beaucoup. Aussi, quand son agenda «officiel» présidentiel apparaît plutôt vide, on peut mesurer l'ampleur de son désarroi. Cette semaine fut exemplaire: deux petits rendez-vous lundi, un voyage en Corse le mardi, un conseil des ministres franco-français et un court rendez-vous avec le prince-héritier du Qatar mercredi; un conseil franco-allemand et un «entretien de travail» avec le ministre des affaires étrangères chinois (y-a-t-il des entretiens «de détente» ?), et, vendredi, Nicolas Sarkozy n'avait qu'un maigre entretien à midi avec les autorités andorranes. A 13 heures, le monarque pouvait partir en week-end jusqu'à lundi matin, où son premier rendez-vous n'avait été calé prudemment qu'à midi... On imagine Franck Louvrier s'échiner à trouver comment «remplir» l'agenda présidentiel.

Pour Sarkozy, cette semaine devait être diplomatique. Comparer les déclarations d'une semaine à l'autre - ne tentez pas l'exercice sur plus d'un mois - est révélateur de son inconstance. A chaque discours, Sarkozy trouve un nouveau sujet p-r-i-o-r-i-t-a-i-r-e. Un psy dirait qu'il a du mal à prioriser. Un observateur étranger dirait qu'il a du mal à se concentrer. Un électeur déçu dirait qu'il n'a plus d'idées.
Lundi, sa rencontre avec le dictateur turkmène Gourbangouly Berdymouhamedov fut peu commentée par les communicants de l'Elysée. Au Turkménistan, ne vous avisez pas de critiquer le président élu à vie. C'est l'une des dictatures les plus fermées du monde, souvent comparée à la Roumanie de Ceaucescu. Culte de la personnalité, enfermements ou disparitions d'opposants, presse muselée, 60% de chômeurs, 25% de pauvres, tout y est. Mais le pays est riche en gaz. Lundi, notre Monarque élyséen a signé 6 contrats avec son homologue turkmène. Human Right Watch appelle cela «la diplomatie silencieuse». La Sarkofrance hurle contre l'Iran ou les talibans Afghans, mais signe ses contrats avec le Turkménistan. Où était passé le Sarkozy qui s'adressait, le soir du 6 mai 2007, «à tous ceux qui sont persécutés par les tyrannies et par les dictatures» ? On le cherche toujours.

Mercredi, c'était au tour du fiston de l'émir du Qatar de recevoir les honneurs élyséens. Cheikh Tamim al-Thani, revenait de Téhéran, où il avait rencontré un autre de ses clients, le président Mahmoud Ahmadinejad. L'Iran partage le gisement gazier de Doha avec le Qatar. Sarkozy attendait des nouvelles de Clotilde Reiss, la jeune française détenue puis retenue en Iran depuis plus de 8 mois.

Jeudi, Nicolas Sarkozy recevait en grandes pompes Angela Merkel et son gouvernement, pour un conseil des ministres que le président français voulait décisif. Face à une Europe en panne sur tous les sujets, il faudrait relancer le couple franco-allemand. La mise en scène fut impeccable, avec son défilé de ministres des deux pays, deux par deux, dans la cour de l'Elysée, devant les caméras et photographes. Mais Sarkozy et Merkel ont commis une triple erreur : primo, le catalogue de 80 mesures "concrètes" dévoilé jeudi n'est qu'un fourre-tout de belles intentions.  80% des 80 annonces sont des voeux pieux, sans engagements de moyens ni obligation de résultat, une simple succession de «nous voulons», «nous intensifierons», ou «nous développerons». On évoque la paix, la croissance et le climat. Au mieux, on se promet de créer 200 classes bilingues. En France, on parle surtout de fermetures de classes...

Deuxio, l'Europe y est reléguée au second plan. Elle doit se plier à leurs décisions, et pas l'inverse. Elle n'est qu'un cadre de travail ou une incantation. On se croirait revenu en 1950. Dans leur conférence de presse commune, Sarkozy et Merkel trompent l'assistance : ils annoncent leur «volonté de mettre l’Allemagne et la France au service de l’Europe et d’une nouvelle régulation dans le monde». Mais où sont les propositions ? Ils ne soutiennent pas l'Europe, ils l'encadrent en fonction de leurs objectifs bi-nationaux. La présidence européenne n'est pas évoquée une seule fois.

Tertio, les deux dirigeants n'ont pas commenté l'évènement international de la semaine: les marchés financiers attaquent l'euro, inquiets des déficits publics européens. Ceux-là même qui ont failli couler, et entrainer dans leur chute les épargnes des ménages et des entreprises occidentales, décrochent à nouveau. Portugal, Grèce et Espagne sont considérées comme des maillons faibles de l'union monétaire européenne. L'Espagne affiche une dette publique de 55% de son PIB. En France, l'endettement est prévu à 86% l'an prochain, dans la note transmise par le gouvernement Fillon-Sarkozy à Bruxelles lundi dernier. Jeudi, dettes, déficits ou endettement étaient des réalités oubliées du discours présidentiel. Sarkozy a peur. L'équation financière de sa politique est impossible.

L'UMP a peur
Mardi, Nicolas Sarkozy s'est rendu en Corse. Il est en campagne. Il faut sauver l'UMP en Corse. Oublié le mensonge électoral du 25 janvier dernier, quand il déclarait à Laurence Ferrari sur TF1 que ce n'était pas «le rôle du président de la République» que de s'impliquer dans la campagne. L'ensemble du gouvernement est mobilisé. Il multiplie les annonces, comme ce coup contre les Fonctionnaires pour rassurer son électorat conservateur. Lundi, la révélation d’un projet de décret permettant le licenciement d’un fonctionnaire sans affectation après trois refus de postes (sans conditions), a effectivement fait l’effet d’un choc. L’application du décret est annoncée pour avril ou mai. Mercredi, Chantal Jouanno (Ecologie) et Bruno Le Maire (Agriculture) trouvent 134 millions d'euros contre les algues vertes, pour créer une filière de ramassage de ces algues toxiques qui prolifèrent en Bretagne à cause de la pollution des sols par l'agriculture intensive. Quarante-huit heures après la publication d'un rapport accablant sur le mal-logement par la Fondation Abbé Pierre, leur collègue Benoist Apparu déniche un budget de 4,7 milliards d'euros d'aides en 2010 (versus 4,2 en 2009 et 3,7 en 2008), à travers le versement de 624 millions d'euros aux organismes HLM au titre d'aides à la pierre et 4 milliards sous forme d'aides et d'exonérations fiscales (TVA, taux d'intérêts préférentiels et taxe foncière). On oublierait presque que les aides directes ont été réduites de 25% en deux ans par le gouvernement Sarkozy ! En Corse, Sarkozy a aussi trouvé des milliards (deux pour être exact), dans sa malette de candidat permanent.

Le camp présidentiel a la trouille, la peur de perdre ces élections, et surtout la suivante, la grande, la vraie, celle de 2012. Un sondage annonce Dominique de Villepin à 10% des intentions de votes. Dominique Bussereau dérape contre Ségolène Royal et les harkis en Poitou-Charente. Valérie Pécresse et Eric Raoult se déchirent en Ile-de-France. Mercredi, Michèle Alliot-Marie a écrit une lettre à Brice Hortefeux d'une rare violence. L'assassinat d'un couple de personnes âgées avait conduit Brice Hortefeux à annoncer un prochain durcissement de la loi contre les auteurs de crimes contre les personnes âgées. L'ex-ministre de l'Identité Nationale s'est souvenu que deux tiers des plus de 50 ans avaient voté Nicolas Sarkozy en 2007. Il a appelé son plan «Tranquillité Senior». La Garde des Sceaux n'a pas apprécié qu'on marche ainsi, à tort, sur ses plates-bandes: «Les propositions en matière pénale sont faites soit par le ministre de la Justice, soit par les parlementaires» a-t-elle recadré, le week-end dernier. Puis, mercredi, elle balance sa lettre. Le texte de sa missive a été publié par Le Parisien, jeudi 4 février. Elle accuse son collègue d'être inefficace dans la lutte contre les violences dans les stades, et notamment le «nombre insuffisant de procédures faisant suite à des interpellations à l'issue des matches». Le «cher Brice» a répliqué, lui aussi par écrit, le lendemain. Et il accuse les services de sa collègue de la Justice de laxisme... L'ambiance est bonne au gouvernement !

La peur des retraites
Avec la réforme des retraites, le président français pense qu'il a une belle carte à jouer. Depuis des années, les gouvernements sont parvenus à culpabiliser et inquiéter les Français. La France a peur pour ses retraites. Personne n'y comprend rien, et personne ne prend la peine d'expliquer. La peur est un accessoire électoral toujours très efficace. Et les retraites sont un sujet qui peuvent, selon Sarkozy, placer la gauche en difficulté, après le récent cafouillage de Martine Aubry. Le débat démarre mal. Le camp présidentiel répète à l'envie que le coût des retraites est trop lourd, qu'il faudra allonger l'âge de départ à la retraite, que les Fonctionnaires devront s'aligner sur le régime privé, et qu'un consensus national est nécessaire. Il faut faire flipper l'électeur !

L'âge de départ à la retraite n'est pourtant pas le premier sujet. Qu'on parte à 60 ou 65 ans est une question inopérante si l'on omet de discuter de l'assiette et des modalités de calcul de cette solidarité nationale. L'espérance de vie est liée aux conditions de travail, mais la pénibilité est souvent le point d'échec des négociations. Pour financer les retraites, il faudra augmenter les cotisations, leur assiette (aux revenus financiers) et les salaires, trois pistes rarement évoquées à droite. Pensez-vous, il faudrait revenir sur les niches fiscales créées depuis 2002 ! Enfin, notre système de retraites ne tient pas compte des précarités nouvelles, des périodes de chômage, de temps partiel, des changements de postes et de filières qui sont le lot commun d'une majorité de Français. Mais de tous ces sujets, on ne parle pas, ou peu.

La semaine prochaine, Nicolas Sarkozy poursuivra sa campagne... dans les campagnes, avec un déplacement, mardi, «sur l’avenir des territoires ruraux». Gageons que cette fois-ci, ses communicants lui auront écrit un vrai nouveau discours. La dernière fois qu'il s'était exprimé sur le sujet, on avait découvert qu'il s'était contenté de répéter des paragraphes entiers d'une précédente allocution... La réflexion est souvent paralysée par la peur.

Ami Sarkozyste, as-tu peur ?

vendredi 5 février 2010

Un conseil des ministres franco-allemand, gadget contre-productif

Jeudi 4 février 2010, un conseil des ministres franco-allemand s'est tenu dans le Palais de l'Elysée. On a expliqué, depuis longtemps déjà, que cette initiative était un progrès du rapprochement franco-allemand. Progrès ou gadget ?

L'Europe est-elle disqualifiée ?
L'Europe a mal. Sans que Nicolas Sarkozy puisse en être jugé pour totalement responsable, l'union politique des Européens ne cesse de reculer depuis 2007. L'unique accomplissement, brandi comme un trophée par les zélotes du Monarque élyséen, fut l'adoption du Traité (modifié) de Lisbonne. Un progrès rapidement oublié. Pendant la crise de l'automne 2008, l'Europe s'est dispersée, contrairement à ce qu'en dit l'Elysée. La présidence française de l'Union européenne a été davantage marquée par ses dépenses outrancières, un sommet inutile pour l'Union de la Méditerranée, et l'échec d'une concertation des politiques économiques. En 2009, ce fut pire. Le sommet de Copenhague a été l'illustration suprême de l'inexistence européenne. La désignation, en catiminie, du Président de l'UE et de sa chef de la diplomatie, deux personnages visiblement sans envergure, a achevé l'idée d'une renaissance politique. Plus récemment, l'administration américaine a infligé un sérieux camouflet à l'UE: Barack Obama a annoncé, il y a quelques jours, qu'il ne viendrait pas au sommet Europe-Etats Unis organisé à Madrid en mai prochain. La raison invoquée ? Cela ne sert à rien.

Conseil franco-allemand, un gadget ?
Ce conseil des ministres franco-allemand a toute les apparences d'un gadget. Deux jours auparavant, Nicolas Sarkozy avait tenu son vrai conseil des ministres franco-français habituel, à l'Elysée. De surcroît, des conseils européens réunissent régulièrement les chefs d'Etat ou leurs ministres. Quel intérêt à cette amitié franco-allemande surjouée et surmédiatisée ? Au pire, elle affaiblit un peu plus l'union politique européenne. Ce conseil est d'ailleurs le 12ème du genre. Fidèle à son habitude, l'Elysée a promis un programme boulimique pour cette réunion médiatisée. C'est souvent la meilleure solution pour éviter de décider de quoi que ce soit : "stratégies coordonnées de sortie de crise", énergie, climat, immigration, défense, régime matrimonial, recherche, éducation, ... Que manquait-il à cet inventaire à la Prévert ? La déclaration commune, à l'issue de la rencontre, fut bien belle : les deux dirigeants français et allemands ont réaffirmé leurs "valeurs communes" et objectifs partagés : la paix, une "croissance forte et durable", ou encore la sécurité énergétique de l'Europe et "lutter efficacement contre le réchauffement climatique". Imaginait-on ces deux dirigeants prôner la guerre, la pollution et la récession ?

Il n'y a que l'AFP et le Figaro pour considérer que la multitude de projets annoncés "dope" l'axe Paris-Berlin. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont dévoilé un catalogue de 80 propositions "concrètes", livrées en avant-première par le Figaro... Evidemment. Tout y est. Près de 80% des 80 annonces sont des intentions ou des voeux pieux, sans engagements de moyens, une succession de "nous voulons", "nous intensifierons", "nous développerons", etc.

Citons la convergence des politiques économiques pour "renforcer leur croissance et celle de l’Europe en poursuivant les réformes structurelles, en approfondissant le marché intérieur européen et en faisant des propositions communes sur la stratégie économique européenne pour 2020 afin de renforcer la coordination des politiques économiques au sein  des instances européennes appropriées et d’améliorer la contribution des politiques de l’UE à la croissance" (ouf !); "la diversification du mix énergétique, des sources et de l’acheminement de l’énergie"; la coordination des projets eco-responsables en Afrique (??) ; " faire avancer un système de transport efficace, durable et productif"; doubler nombre des cursus bilingues dans l’enseignement supérieurd'ici 2020; développer la formation professionnelle franco-allemande vers les apprentis; favoriser " l’apprentissage de la langue du partenaire" (sic !) ou "établir des règles du jeu équitables sur le marché de la défense entre partenaires européens et transatlantiques" (qui est contre ?).

Les annonces réellement concrètes sont rares et, à l'exeption de la mise en oeuvre du paquet énergie-climat (adopté voici ... plus d'un an !),  de vrais gadgets, comme la création de 200 écoles maternelles bilingues franco-allemandes, la création d'un "Office franco-allemand des énergies renouvelables" en 2010, la mise en place du "premier projet de démonstration transfrontalier" autour du véhicule électrique, le développement du "réseau d’experts sur la sécurité d’approvisionnement pour le gaz",

Lors d'une conférence de presse, Nicolas Sarkozy n'avait pas de mots assez volontaristes : "Nous avons la volonté de mettre l'Allemagne et la France au service de l'Europe et d'une nouvelle régulation dans le monde". Noyer le citoyen sous une avalanche de projets a un double avantage : on noie le poisson, et on fait semblant d'agir.

Grippe A : soupçon de connivence... Et oui !

jeudi 4 février 2010

Sarkozy poursuit sa campagne électorale

Les élections régionales approchent, le 1er tour est pour le 14 mars. La droite espère que l’affaire Frèche coûtera la région Languedoc-Roussillon à la gauche, après la désignation, mardi 2 février, de la mairesse de Montpellier, Hélène Mandroux comme tête de liste socialiste. Excepté cette éclaircie, le camp présidentiel est sous pression : la popularité de Nicolas Sarkozy a encore touché le fond, et les sondages (improbables pour des élections locales) créditent les listes de l’UMP et ses supplétifs d’un maigre 28% en moyenne…

En Corse, Sarkozy fait campagne. A Paris, Lancart s'agite pour prouver sa révolution. Et Fillon se réveille.

Le mensonge électoral
Il n'y eut que quelques éditorialistes professionnels pour se laisser égarer par Nicolas Sarkozy, et prendre au pied de la lettre ses propos le 25 janvier dernier à propos de la campagne des élections régionales :
Ferrari : "Allez-vous vous impliquez dans cette campagne ?"
Sarkozy : "Ce n'est pas le role du président de la République."
Le Figaro, mercredi 3 février, a rarement été plus clair: «Sarkozy se bat pour garder la Corse à droite». Effectivement, le président français n'était descendu en Corse mardi 2 février que pour une raison: conserver la Corse à droite. Même Bruno Jeudy du Figaro ne le cache plus. Il n'a pas fallu attendre une semaine pour voir le Monarque élyséen trahir sa déclaration d'un soir. Le 25 janvier, les communicants du Président avaient en tête le nouveau décompte du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel. En évitant de parler des élections régionales, en niant son implication pourtant évidente, Nicolas Sarkozy cherchait simplement à éviter que ses 150 minutes de conversation télévisée ne soient décomptées sur le temps de parole dévolu à l'UMP. Rien de plus, rien de neuf. En Corse, Nicolas Sarkozy a la trouille. Les deux rivaux à gauche, Émile Zuccarelli, maire de Bastia, et Paul Giacobbi, député de Haute-Corse,semblent vouloir s'allier au second tour.
«En Corse, Nicolas Sarkozy a remis son habit de président en campagne. Il y a huit jours, le chef de l'État assurait sur TF1 que son rôle n'était pas «de faire campagne pour élire les présidents de région». Mardi, il a profité de son troisième déplacement dans l'île depuis son élection pour défendre son bilan et celui de ses amis UMP. L'enjeu est de taille pour Nicolas Sarkozy. La Corse, où il a recueilli plus de 60% des voix en 2007, est l'une des deux seules régions gérées par la droite. Le chef de l'État, qui entretient un lien particulier avec l'île de Beauté, suit de très près la préparation des élections territoriales. Pas question que la Corse bascule à gauche comme le prévoit un sondage Ifop paru mardi. Dans cette enquête, la liste UMP serait largement en tête (30%) au premier tour, mais au second tour, 41% des électeurs souhaitent la victoire de la gauche, contre 39% qui souhaitent celle de la droite.»
Le gouvernement mobilisé pour la campagne
Le gouvernement, de son côté, sort ses cartouches pour convaincre l’électorat. Mercredi matin, François Fillon est entré dans l’arène, sur Europe 1 : il a assume, contraint et forcé par un Sarkozy agacé de le voir autant en retrait, «[sa] part de risque en assumant la direction de la campagne». Lundi, la révélation d’un projet de décret permettant le licenciement, sans indemnité, d’un fonctionnaire sans affectation après trois refus de postes (sans conditions), a fait l’effet d’un choc. Avec cette annonce, le gouvernement cherche aussi à rassurer son cœur de cible électoral conservateur. L’application du décret est annoncée pour avril ou mai… Qu’en pense Nicolas Sarkozy qui proposait, à demi-mots le 25 janvier dernier sur TF1, de titulariser définitivement les centaines de milliers d’agents précaires de la Fonction Publique ? Poche droite, poche gauche ?

Mercredi, François Fillon débloquait 134 millions d’euros pour éliminer les algues vertes en Bretagne. La polémique dure depuis des années. Les autorités peinaient à reconnaître la réalité du problème : la pollution des sols, générée par l’agriculture intensive, est jugée responsable de la prolifération de ces algues vertes qui submergent certaines plages bretonnes. En 2008, deux gros chiens, puis, l’été dernier, un cheval avaient trouvé la mort dans la région de Saint-Michel-en-Grève, (Côtes d'Armor). Le plan, préparé par Chantal Jouanno et Bruno Le Maire, prévoit d’abord la création d’une filière de ramassage et de traitement des algues, soit 40 millions d’euros pour 2010 et 2011. Il prévoit aussi d’encourager la limitation du taux de nitrates à 10 mg par litre dans les rivières (versus 50 mg admis pour la consommation humaine). Par quels moyens ? Rien n’est précisé. Pour les élus locaux et les associations écologistes, le plan ménage la filière agricole : le gouvernement tente de corriger les dégâts, mais ne traite pas la source du problème.

Mercredi toujours, le gouvernement a réagi dans l’urgence au rapport « accablant » (dixit Le Point) de la Fondation Abbé Pierre sur l’ampleur du « mal-logement ». Comme par hasard, il a trouvé de quoi financer la construction de 140.000 logements sociaux cette année : «C'est le plus gros effort consenti en matière de logement social en France depuis 35 ans », a expliqué Benoist Apparu. Près de la moitié de ces logements seront prévus en Ile-de-France, Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d'Azur où la demande est la plus forte. Trois régions dont la droite espère récupérer la gestion des exécutifs.

D’où vient l’argent ? Benoist Apparu justifie un budget de 4,7 milliards d'euros d'aides en 2010 (versus 4,2 en 2009 et 3,7 en 2008), à travers le versement de 624 millions d'euros aux organismes HLM au titre d'aides à la pierre et 4 milliards sous forme d'aides et d'exonérations fiscales (TVA, taux d'intérêts préférentiels et taxe foncière). La ficelle est un peu grosse : pressé par l’actualité et les élections, Benoist Apparu a fait un peu de cosmétique fiscale et budgétaire avec les chiffres du budget 2010 voté depuis bien longtemps. Les subventions directes, avancées à 624 millions cette année, étaient de 800 millions en 2008, soit une baisse de 22% ! Quant aux 4 milliards restants, il ne s’agit en fait que de défiscalisations diverses et variées votées il y a plusieurs mois. L’ampleur de la tartufferie est plus flagrant sur le nombre de rachats de logements vides par l’Etat (avec les organismes HLM des collectivités locales !) : « 3000 en Ile-de-France » a prévu Benoist Apparu. Sur cette seule région, l’INSEE estime à 300 000 le nombre de logements vides (dont 130 000 à Paris), sur un total de 1,8 à 2,5 millions. Et comment l’Etat va-t-il procéder pour « forcer » les propriétaires de ces logements à vendre leur bien ? Avec des exonérations fiscales ! Le gouvernement va ainsi proposer aux particuliers une "exonération des plus-values", et aux entreprises une réduction de 33,33% à 16,5% de leur taux d'imposition de la plus-value.

Lancart, révolutionnaire instable
A l'UMP, cette récente video de Benjamin Blancar, dénichée par notre confrère Marc Vasseur, mérite un peu d'attention. Le président des jeunes «populaires» s'affiche «révolutionnaire», aidé par quelques camarades et Frédéric Lefebvre. Oublions le visage tremblotant du jeune militant. L'UMP version jeune veut coûte que coûte se montrer «décomplexée». Qu'en est-il des privilèges du moment qu'il faudrait abroger ? Benjamin Lancart manque sans doute d'histoire et de culture. Pas un mot sur la précarité sociale, les inégalités de revenus, les retraites chapeau. 

Police partout, justice nulle part !

mercredi 3 février 2010

Avion, fonctionnaires, identité, justice : le prix à payer en Sarkofrance.

On savait que Nicolas Sarkozy s'était commandé un Airbus A330.

On savait que Jean-Claude Marin n'est pas un magistrat indépendant.

On savait que le gouvernement voulait licencier plus facilement ses fonctionnaires.

On savait que le débat sur l'identité nationale était vicié.

Le vrai coût de l'avion de Sarkozy
La semaine dernière, la révélation, non confirmée, que Nicolas Sarkozy souhaitait le faire équiper d'un "four à pizza" a amusé et énervé les internautes. Ce n'est pas tout. L'important est ailleurs.

1. L’achat et l’aménagement de l’Airbus A330, ainsi que l’acquisition d’un second Falcon 7XL pour les besoins de la flotte présidentielle, ont été budgétés à 185 millions d'euros. Les seuls aménagements intérieurs sont évalués à 28,5 millions d'euros. Outre le récent "four à pizza", l'avion sera doté d'une baignoire... Un dispositif rarissime et très coûteux, habituellement réservé à quelques émirs.

2. A cause de cet avion, l'aéroport de Villacoublay, en banlieue parisienne, a dû aussi faire l'objet de travaux. La piste a été mise hors service pour plus de 6 mois. Elle ne pouvait supporter le futur Airbus du président. Surtout, il se murmure que le président français ne supportait plus devoir descendre sur le tarmac. Il lui faut un couloir protégé. Les aménagements sont conséquents, comme le rapportait Le Point en octobre dernier : "réfection complète de la piste et allongement de 1.850 à 2.000 mètres, réfection et élargissement des pistes de roulage (taxiways), mise aux normes de la loi sur l'eau (bassins de rétention), nouvel éclairage, etc."

Jean-Claude Marin, magistrat dépendant
Il a mal pris, paraît-il, les accusations de soumissions à l'exécutif présidentiel, suite à «sa» décision de faire appel de la relaxe de Dominique de Villepin dans l'affaire Clearstream: «Tout ceci me blesse, touche ma famille, a-t-il confié au Monde. Tous ces gens-là ne me connaissent pas, ne savent pas les combats que j'ai menés pour cette justice financière.» Au journaliste du Monde, le procureur blessé y est allé en confidences, rappelant ses joutes avec Nicolas Sarkozy («J'ai eu deux épisodes violents avec lui, alors qu'il était ministre de l'intérieur.»), son indépendance politique, ses faits d'armes divers et variés. Il confie ses convictions sur l'affaire Clearstream, défend son intégrité («Ce n'est pas un acharnement sarkozyste, je n'ai aucune agressivité dans l'exercice de mon métier. Je ne souhaite pas transformer un match Sarkozy contre Villepin en un duel Marin contre Villepin. Cette affaire est un piège, j'essaie de tracer mon sillon.»). Sait-il que sa personne n'est pas en cause ? L'affaire Clearstream est d'évidence une affaire politique, avant d'être pénale. N'en déplaise à la chanteuse de l'Elysée.
Lundi 1er février, interrogé sur Europe 1, Robert Badinter a expliqué qu'il trouvait normal et logique la décision d'appel. Il a surtout rappelé que les procureurs, comme M. Marin, ne sont pas indépendants. En juillet 2008, la Cour Européenne des Droits de l'Homme a considéré que les procureurs n'étaient pas des autorités judiciaires, car ils ne sont pas indépendants du pouvoir exécutif. C'est tout.

Virer les fonctionnaires
Le gouvernement a préparé un décret qui fait débat. Il a été présenté aux syndicats lundi 1er février. Il prévoit qu’un fonctionnaire dont le poste est supprimé puisse être licencié après 3 refus de postes alternatifs. Plus précisément, le décret met en place une période de « réorientation professionnelle », pendant laquelle il est « tenu de suivre l’ensemble des actions d’accompagnement prévues par son projet personnalisé et de répondre présent aux convocations de l’administration pour le suivi de la mise en œuvre de son projet. ».
« Le fonctionnaire dont l’emploi a vocation à être supprimé dans le cadre d’un projet de réorganisation ou d’évolution de l’activité du service dans lequel il est affecté peut être placé en réorientation professionnelle en l’absence de possibilité de réaffectation sur un emploi correspondant à son grade au cours de la période couverte par ce projet. »
Cette période de réorientation est d’une durée indéterminée. Elle se termine dans deux cas de figure : en cas de nouveau poste, ou «à l’initiative de l’administration, après avis de la commission administrative paritaire, après que le fonctionnaire ait refusé successivement trois offres d’emplois dans les conditions prévues à l’article 44 quater de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. » Le fonctionnaire est alors mis en disponibilité, sans salaire ni traitement ni emploi. Le décret prévoit ensuite la possibilité de le licencier ou de le mettre en retraite d’office: « Le fonctionnaire qui refuse successivement trois postes qui lui sont proposés en vue de sa réintégration peut être licencié après avis de la commission administrative paritaire ou s’il a droit à pension, admis à la retraite. »

Aucune autre motivation à ce licenciement n’est définie. Aucune condition n’est imposée aux postes proposés, tels l’éloignement géographique ou le statut. Cette mesure est « profondément normale» explique Eric Woerth.

Les doutes d'Eric Besson
Le ministre de l'Identité Nationale ne doute jamais. C'est même sa marque de fabrique de nouveau converti sarkozyste. Quand il a confié quelques doutes sur l'intérêt du débat, ce fut la (fausse) surprise. Un récent sondage enterrait les proclamations victorieuses d'Eric Besson sur l'engouement supposé des Français pour ce débat identitaire : un petit 22% des sondés trouvaient le débat constructif. En politique (sondagière), on appelle cela une claque. Surtout après 6 émissions télévisées consacrées, volontairement ou non, sur le sujet depuis novembre: «objectivement, ce n’est pas faux... Ils ont raison.» a commenté le ministre, lundi sur France info. Besson a dégainé une autre parade : un projet de décret interdisant la nationalité française en cas de burqa. Il faut bien s'accrocher aux branches électoralistes qui lui restent.
"Pour répondre à certaines rumeurs, Eric BESSON, Ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, confirme avoir contresigné et transmis aujourd’hui au Premier ministre un projet de décret refusant l’acquisition de la nationalité française par un ressortissant étranger marié à une Française, au motif qu’il est apparu, lors de l’enquête réglementaire et de l’entretien préalable, que cette personne imposait à son épouse le port du voile intégral, la privait de la liberté d’aller et venir à visage découvert, et rejetait les principes de laïcité et d’égalité entre homme et femme."
Si le mari, étranger, force sa femme, étrangère, à porter le voile, on fait quoi ?

Ensemble, tout est possible.

Même le pire.

Quand MAM contredit Hortefeux

La guerre des droites s'est elle déplacée au sein du gouvernement ? L'assassinat d'un couple de personnes âgées avait conduit Brice Hortefeux à annoncer un prochain durcissement de la loi contre les auteurs de crimes contre les personnes âgées.

La Garde des Sceaux n'a pas apprécié qu'on marche ainsi, à tort, sur ses plates-bandes...


Mardi, Brice Hortefeux est revenu à la charge. L'ex-ministre de l'Identité Nationale s'est souvenu que deux tiers des plus de 50 ans avaient voté Nicolas Sarkozy en 2007. Il a aprévu son plan "Tranquillité Senior".

mardi 2 février 2010

Retraites : le vrai débat ?

Sarkozy l'a annoncé: la réforme des retraites est le seul vrai chantier d'importance qu'il s'est fixé de lancer cette année. Dimanche, Xavier Darcos, ministre du Travail, a lâché quelques pistes : « Il faudra tout simplement que nous travaillions plus longtemps ». Il recevait jeudi un rapport du Conseil d’orientation des retraites. Ce dernier évaluait la possibilité, exclue par François Fillon, de passer plus largement à un « système par points » (où les pensions sont proportionnelles au montant total des cotisations versées). On a aussi glosé sur les hésitations socialistes sur le sujet. Le débat a mal démarré.

1. Les éditorialistes professionnels ne cessent de répéter, à l'instar du gouvernement et de l'UMP, (1) qu'il faut un consensus national, (2) qu'il faudra allonger l'âge de départ à la retraite, et (3) que le coût des retraites est trop lourd. Par ailleurs, la crise financière aidant, l'idée, à droite et y compris chez Nicolas Sarkozy, de développer une retraite complémentaire par capitalisation, a été disqualifiée par les dégringolades boursières de 200! et la perte de confiance généralisée dans les marchés financiers. Lundi 25 janvier, Nicolas Sarkozy a ajouté une promesse: le niveau des pensions ne devra pas baisser. C'est un point important, rarement dit, et peu commenté. Le gouvernement n’envisageait que trois pistes principales : primo, augmenter les cotisations. Fin 2008, Fillon avait décidé puis suspendu une hausse des cotisations retraites compensée par une baisse des cotisations chômage. Dimanche, Xavier Darcos a exclu toute augmentation « nette » des cotisations salariales et patronales. « Notre avis est que nous taxons déjà beaucoup et ce n'est pas par là qu'il faut passer. (…) Personne ne pense qu'il faille aujourd'hui augmenter le coût du travail en France. »


Secundo, allonger l’âge légal de départ à la retraite. L’idée est de forcer les salariés ayant démarré à travailler très jeunes à rester plus longtemps en activité. On attend avec impatience de savoir comment le gouvernement entend concilier cette piste avec la prise en compte de la pénibilité dans les modalités de retraites… Tertio, aligner le régime de la Fonction publique sur les régimes privés. Coïncidence, un décret est paru au Journal Officiel le 30 janvier, repoussant de 60 à 65 ans l’âge à partir duquel un salarié de la SNCF ou la RATP peut être mis à la retraite d’office. Pour le secteur privé, cet âge a été repoussé de 65 à 70 ans. La retraite des fonctionnaires est calculée sur les 6 derniers mois, contre les 25 meilleures années dans le secteur privé. L’impact de cette mesure sera … une baisse des pensions des fonctionnaires. Le régime public avantage ses bénéficiaires contre les salariés modestes du privé. Mais, compte tenu d’une échelle des salaires plus resserrée, et de la non-prise en compte des primes dans le calcul des retraites publiques, le constat est inverse si l’on compare les fonctionnaires avec les salariés du privé des catégories supérieures. Autrement dit, cette piste revient à aligner la retraite des fonctionnaires sur les retraites les plus basses du secteur privé.

2. L'âge de départ à la retraite n'est pas le premier sujet. Qu'on parte à 60 ou 65 ans est une question inopérante si l'on omet ou néglige de trancher sur l'assiette et les modalités de calcul de cette solidarité nationale. Dans son projet présidentiel, Nicolas Sarkozy est resté très avare de proposition en matière de réforme des retraites, à l'exception d'une seule, compatible avec son slogan général du "travailler plus":

Le droit à la retraite à 60 ans doit demeurer, de même que les 35 heures continueront d’être la durée hebdomadaire légale du travail. Que ce soit un minimum, cela me va très bien. Ce que je n’accepte pas est que cela soit aussi un maximum. Quelle drôle d'idée que d'interdire aux Français de travailler plus pour gagner plus. (...) La retraite, ce n’est pas un problème d’épargne mais de travail. Si cela vous intéresse de travailler jusqu’à 70 ans et de partir ensuite en vacances plutôt qu’acheter un appartement pour vos petits-enfants, c’est votre droit. Mais en travaillant davantage, vous contribuez à résoudre le problème de l’équilibre des retraites. Source: Promesses de campagne
 3. La France vieillit. Le système de retraites est l'une des preuves les plus fortes de la solidarité nationale. Notre confrère Seb Musset a justement rappelé que (1) la droite aime culpabiliser les foules sur "le péril vieux", (2) l'espérance de vie est liée aux conditions de travail (c'est une évidence, mais la pénibilité est souvent occultée des négociations) et (3) pour financer les retraites, il faudra augmenter les cotisations, leur assiette et les salaires.

4. Le régime des retraites est devenu complexe, notamment à de la variété des parcours professionnels. les alternances de périodes d'activité et de chômage, les changements de statuts ou d'entreprises rendent incompréhensibles et imprévisibles les retraites futures pour nombre de Français. Et si la réforme commençait par une simplification ? Dans son rapport, le COR détaille les 20 régimes de bases, regroupés en 3 grandes familles : salariés du secteur privé (industrie et commerce ; agriculture) ; non-salariés (artisans-commerçants ; exploitants agricoles ; avocats ; professions libérales ; églises) ; et les régimes spéciaux (fonctionnaires, salariés des entreprises publiques, marins, clercs et employés de notaires). S’ajoutent des régimes complémentaires (obligatoires pour les salariés et non-salariés du secteur privé). La complexité s’aggrave dans les modalités de calculs. Les régimes de base calculent les retraites en fonction d’annuités ; les régimes complémentaires par le biais de points. Le montant des pensions de base est le produit de trois paramètres : le taux de liquidation (taux plein décoté ou surcoté en fonction de la durée d’assurance ou de l’âge de départ à la retraite) X un coefficient de proratisation (la durée d’assurance de l’assuré dans le régime divisée par une durée d’assurance de référence), X le Salaire de référence (par exemple, la moyenne des 25 meilleurs salaires dans la limite du plafond de la sécurité sociale, pour le régime le plus pratiqué dans le privé).
Pour mémoire, le taux plein est de 50%. L’âge du taux plein est de 65 ans pour les salariés et non-salariés du secteur privé. Et la durée d’assurance est de 164 trimestres (à compter de 2012).

5. Notre système de retraites ne tient pas compte des précarités nouvelles. Dans son rapport, le COR rappelle quelques constats: ainsi, les écarts d’espérance de vie entre catégories professionnelles ne sont pas pris en compte dans les modalités de calculs de la retraite. Un cadre supérieur a en moyenne 4 ans d’espérance de vie supplémentaire qu’un ouvrier. Cette différence, conséquence des variations de la pénibilité des carrières, est inique. Autre constat, plus général, le COR souligne qu’ « une redistribution importante est ainsi opérée au profit des femmes (en partie du fait d’une espérance de vie plus longue), particulièrement celles qui ont des carrières courtes ou à bas salaires, ainsi qu’au profit des personnes en invalidité. En revanche, la redistribution bénéficie moins aux hommes à bas salaires ainsi qu’aux travailleurs dont le parcours est ponctué de périodes de chômage ou d’inactivité (en partie du fait d’une espérance de vie plus courte). » En d’autres termes, notre système n’avait pas prévu la précarisation d’un nombre croissant de salariés (chômage, temps partiel, etc).

6. Le financement des retraites a été pénalisé par les niches fiscales. Par exemple, la défiscalisation partielle des heures supplémentaires, depuis octobre 2007, coûte 2,5 à 3 milliards d'euros de cotisations retraites, que l'Etat rembourse à la Sécu chaque année. Les revenus de placement financiers contribuent peu au financement des retraites, alors qu'ils ne sont exclus d'autres niches fiscales tel le bouclier fiscal.

7. Le départ en pré-retraite a été le fruit d'une politique délibérée, généralisée, encouragée, pour "renouveler le cheptel", remplacer des salariés jugés trop coûteux par des plus jeunes.  Sous prétexte d'encourager le travail des "seniors", le gouvernement Sarkozy a voulu accroître leur précarité. La dispense de recherche d'emploi est un filet social pour des seniors placés en pré-retraite.


La grande distribution se sucre sur les produits bio...

lundi 1 février 2010

La rentrée diplomatique de Nicolas Sarkozy

Vendredi 22 janvier, Nicolas Sarkozy a adressé ses voeux au corps diplomatique étranger présent à Paris. Quelques jours plus tard, le 27 janvier, il ouvrait le forum économique de Davos par un discours sans surprise. Et cette semaine, il tient un conseil des ministres franco-allemand jeudi à Paris.

Un peu d'autosatisfaction
Le 22 janvier, il eut une pensée pour Haïti: "vous comprendrez que je souhaite adresser un message tout particulier au chargé d’affaires d’Haïti, dont le pays vient de subir une catastrophe sans précédent." Nicolas Sarkozy ne pouvait pas y couper. En Haïti, les opérations de sauvetage avaient mal commencé. Le secrétaire d'Etat à la Coopération Alain Joyandet avait eu l'indécence de qualifier l'intervention humanitaire américaine d'"occupation". Emanant de celui qui sillonne l'Afrique pour conforter les dictatures françafricaines, cette critique est cocasse.

Rapidement, le Monarque repris son propos préféré, l'autosatisfaction: "Certes, 2009 restera graver dans nos mémoires avec le cortège de blessures infligées à nos peuples, les blessures du chômage et de la précarité. Mais 2009 restera aussi comme l’année de décisions marquantes prises par une vingtaine de Chefs d’Etat et de gouvernement : ensemble, nous avons pu arrêter l’implosion financière, refuser le protectionnisme et procéder à une relance budgétaire coordonnée en même temps que nous lancions le mouvement de régulation qui s’imposait. " Sans rire, Nicolas Sarkozy afficha même son contentement quant à la lutte contre le réchauffement climatique: "L’autre grand chantier global, celui de la lutte contre le réchauffement climatique, a permis des avancées, limitées mais absolument sans précédent puisqu’à la différence de Kyoto, ce sont tous les Etats du monde qui se sont engagés.. "

La faute à l'ONU
Seul bémol, Sarkozy avoua qu'aucune crise régionale n'a été résolue en 2009. C'est bien cela. Selon Sarkozy, la gouvernance mondiale a marqué des progrès indéniables sur tous les terrains majeurs. Mais demeurent des conflits "locaux", du "Proche-Orient, au Caucase, au Soudan". Qu'importe si la finance mondiale reste toujours aussi fragile et peu contrôlée, si l'évasion fiscale est toujours bel et bien là. Oublions que le sommet de Copenhague a été un échec retentissant. Sarkozy s'est fixé un objectif, élargir la gouvernance mondiale aux pays émergents ("le groupe des 28"), mais supprimer le fonctionnement consensuel des Nations Unis : Sarkozy rend l'ONU responsable du fiasco de Copenhague: "La principale leçon de Copenhague est qu’il n’est plus possible de négocier à 192 selon les mêmes procédures. " Le président français proposa donc de définir de nouvelles règles, entre "Etats importants", un groupe de 28. Il suggéra aussi d'élargir la composition du Conseil de Sécurité, citant les nouveaux membres auxquels il pense : "l’Inde, le Japon, le Brésil, l’Allemagne, sans doute un ou deux  pays africains."

Sarkozy menace donc l'ONU. "Je veux prévenir : si les Nations Unies ne sont pas rapidement en mesure de prendre les décisions nécessaires, alors, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, ce sont des forums informels, tel le G20, qui assumeront seuls cette responsabilité." L'interprétation sarkozyenne fut partielle et douteuse. Le président français fit semblant d'ignorer le rôle prédominant des Etats-Unis.

La langue de bois

Au corps diplomatique, Nicolas Sarkozy a annoncé ses chantiers internationaux: la régulation des monnaies, la résolution du conflit israëlo-palestinien ("des progrès sont possibles au Moyen Orient ! Le Liban nous en donne l’exemple"), l’Union Pour la Méditerranée (une "priorité pour la France"), la reconstruction de l'Irak ("La France est heureuse d’avoir renoué avec l’Irak une coopération multiforme"), la lutte contre le terrorisme, les sanctions contre l'Iran, l'engagement contre le réchauffement climatique. La liste fut longue. Si volontariste habituellement, Nicolas Sarkozy a surpris cette fois-ci (?). Sa langue était de bois, ses orientations floues, ses recommandations sans valeur.

Sur l'Afghanistan, on attendait de savoir si la France était prête à renforcer son contingent (comme le demandent les Etats Unis), ou quelles mesures les Etats occidentaux préconisent-ils pour solidifier le gouvernement local. Sarkozy reste flou. Il espère simplement que la prochaine réunion de Londres permettra de définir "une approche concertée du transfert progressif aux autorités afghanes des responsabilités de sécurité dans les provinces et les districts dès lors que la stabilité y est satisfaisante." Du vrai langage diplomatique ! La France aimerait bien sortir du bourbier afghan, mais ne sait pas comment.

A propos de l'Iran, Sarkozy a joué au pompier-pyromane depuis 2007: lui qui s'épanche régulièrement en faveur des dictatures quand elles le servent (Syrie, Françafrique, Chine), il n'a cessé de donner d'évidentes leçons de morale à l'Iran. Que dit-il cette fois-ci ? Il constate que l'Iran est sourd aux menaces de l'ONU et à la main tendue américaine: "Malgré tous nos efforts et l'engagement nouveau des Etats-Unis, en dépit de nos propositions ambitieuses de coopération, le pouvoir iranien s'enferme dans la voie sans issue de la prolifération et du radicalisme." N'importe quel observateur en concluerait qu'il faut passer à l'action. Sarkozy d'ailleurs proclame: "Hésiter, tergiverser face à un tel enjeu, serait porter une très lourde responsabilité." Que propose-t-il ? Des "mesures fortes" de la part du Conseil de Sécurité et de l'Union Européenne, mais "la porte du dialogue avec l’Iran sera toujours ouverte." On a connu Sarkozy plus direct.

Au sujet de l'Afrique, dont 2010 est l'année, Sarkozy promet un beau défilé, le 14 juillet prochain, de 14 armées africaines, en l'honneur du cinquantième anniversaire de leur indépendance. La Françafrique se porte bien. l'été dernier, le fils Bongo a succédé à son père décédé, lors d'une élection contestée et soutenu par la France. En Guinée, le gouvernement a été pris de court dans son soutien aux militaires putchistes coupables, fin septembre, d'un massacre d'opposants dans un stade de la capitale. Rien de tout cela dans le discours de Sarkozy. Le Monarque français préfère louer la réconciliation à l'oeuvre avec la Mauritanie, le Rwanda et l'Angola, (futures provinces françafricaines ?).

Pour l'Europe, Nicolas Sarkozy souhaite une taxe carbone aux frontières, lui qui l'a carbonisée dans son propre pays: "Ce prélèvement sera imposé aux Etats qui refuseraient de prendre ou qui ne respecteraient pas les engagements indispensables pour sauver la planète d’un désastre". Pourquoi la France n'a-t-elle jamais placé ce sujet à l'ordre du jour européen depuis 2007 ? Sarkozy en parlait déjà en septembre. C'était l'une des conclusions du Grenelle de l'Environnement en octobre 2007. Mais d'Europe politique, pas un mot dans ce discours. Le Traité de Lisbonne est derrière nous. Et un fade président de l'Union a été désigné par ses pairs en fin d'année dernière. On a déjà oublié son nom. Inutile d'insister.

Il n'y a qu'un seul sujet sur lequel Nicolas Sarkozy est réellement direct, invariant, et irresponsable : la prolifération du nucléaire civil. Au nom de la France, le monarque a sillonné le monde pour signer des accords de coopération nucléaire avec toutes les dictatures amies, fussent-elles instables. Récemment, la filière nucléaire française a gravement échoué à Abou Dhabi, perdant un appel d'offre de 20 milliards de dollars. Mais Sarkozy est tenace:  "Je souhaite que de ce débat émergent des convergences sur la renaissance du nucléaire civil dans le monde. Car c'est aussi par une vision partagée de l'accès au nucléaire civil que nous pourrons  répondre aux défis de la sécurité énergétique mondiale."  La renaissance du nucléaire civil, gage de sécurité énergétique mondiale ? Le propos est irresponsable.

A Davos, les vieux discours
A Davos, Sarkozy a ressorti ses vieux discours. Depuis 18 mois, il radote sans agir, utilisant chaque tribune internationale pour dénoncer les fausses statistiques économiques (qui ne mesurent que la richesse, pas les inégalités), ou les ravages du capitalisme.


Jeudi, Nicolas Sarkozy accueille Angela Merkel et ses ministres, pour un conseil bilatéral. Une nouvelle occasion de signifier à tous que l'Europe politique ne compte pas. Indispensable à la construction européenne, le couple franco-allemand n'a pas sû s'effacer au profit de l'Union. Et ne comptez pas sur Nicolas Sarkozy, si soucieux de son image personnelle, pour changer la donne.

Sarkozy accuse Kerviel de détournement

A Davos, le Monarque a pris, encore une fois, des libertés avec la présomption d'innocence. Jérôme Kerviel, le trader de la Société Générale accusé d'avoir planté les comptes de son entreprise de 5 milliards d'euros par des manoeuvres boursières hasardeuses il y a 2 ans, doit être prochainement jugé. Qu'importe ! Pour Nicolas Sarkozy, le procès a déjà eu lieu.