dimanche 7 mars 2010

Au salon de l'Agriculture, Sarkozy s'est donc caché

Une semaine de suspense incroyable. les conseillers du Monarque élyséen cherchaient comment faire venir leur patron au Salon de l'Agriculture sans couacs ni manifestations hostiles. Ils ont finalement trouvé la parade : une arrivée avant le public, très tôt. Puis une table ronde cloitrée dans une cabine à l'écart.

Samedi 6 mars, Nicolas Sarkozy a débarqué au Salon de l'Agriculture à 8h30, par une porte derrière. Sa visite était annoncée pour 9 heures et demi. Mais à 8h30, le président français a pu déambuler tranquillement dans les allées, sans risquer de croiser de visiteur hostile. Le public patientait devant les grilles de l'entrée, Porte de Versailles. Les journalistes n'étaient même pas arrivés. Le Figaro s'en est ému:
"Nicolas Sarkozy est-il tombé du lit ? Le chef de l'Etat est arrivé très en avance sur son programme samedi matin au Salon de l'agriculture à Paris. Alors que rendez-vous avait été donné à la presse à 9h00, pour une arrivée prévue entre 9h30 et 10h00, le président a pris tout le monde de court en arrivant à 8h30."
Sarkozy pu se faire prendre en photo souriant au milieu de quelques agriculteurs. A 8h30, on ne pouvait pas exiger de lui qu'il goute à toutes les rillettes, bières locales et pâtés de terroir disposés sur les stands. La visite du Monarque fut "light". Les services de sécurité étaient "tendus", à en croire le Figaro.

Ensuite, le président s'est enfermé dans une large cabine aux couleurs marron, avec une trentaine de représentants de la profession agricole. Les caméras de la Chaîne Parlementaire étaient là pour enregistrer "l'évènement", retransmis en direct. Aucun journaliste ne fut admis dans l'enceinte. La presse fut invitée à suivre cette rencontre à partir de la salle de presse voisine. Chacun sa cabine !

Ce fut ensuite  l'occasion pour quelques annonces. L'Etat va augmenter l'enveloppe de prêts bonifiés pour les agriculteurs en difficulté de quelques 800 millions d'euros. Le coût réel pour les finances publiques n'est que de 50 millions d'euros. Nicolas Sarkozy a laissé chacun s'exprimer. L'air grave, il avait surtout l'air de s'emmerder. Le contraste était saisissant entre cette discussion "au calme" et l'image habituelle du Salon de l'Agriculture. Quiconque s'est rendu sur place sait combien les allées grouillent de monde, d'animaux, d'animations. Dans la cabine "marron", on n'entendait même pas le brouhaha de la foule voisine.

Samedi, Nicolas Sarkozy paraissait agacé d'avoir été traité de poule mouillée. «Ce n'est pas au nombre de mains serrées qu'on va régler le problème des agriculteurs» a-t-il déclaré, semblant répondre à la visite triomphale de Jacques Chirac la veille, ou à celle de Dominique de Villepin qui dura plus de neuf heures.

Cet "évènement" est illustratif de Sarkofrance, du décalage entre le discours et les actes. Il est même terrible à cet égard. Car au Salon de l'Agriculture, la personne du Monarque, son courage, sa détermination furent prises en défaut. Nicolas Sarkozy aime donner des leçons, fustiger les absents, attaqué les faibles et les anonymes. Au Salon de l'Agriculture, il avait l'occasion unique de faire ses promesses "en public". Même là, il a esquivé.

SARKOZY : "Merci de m'avoir dit merci..."

Mardi dernier, Nicolas Sarkozy s'est surpassé devant une assemblée de fonctionnaires, sélectionnés sur dossier par l'Elysée auprès des administrations locales de l'Aisne. Voici deux videos concoctées par l'excellent Politistution.


SARKOZY : "Merci de m'avoir dit merci..."
envoyé par politistution. - L'info internationale vidéo.

Et encore celle-ci :


Sarkozy : "Soyez fier d'être fonctionnaire..."
envoyé par politistution. - Regardez les dernières vidéos d'actu.

samedi 6 mars 2010

148ème semaine de Sarkofrance : la poule mouillée du Salon de l'Agriculture

Les élections régionales approchent. Les sondages restent mauvais. Nicolas Sarkozy met les bouchées doubles pour soutenir « ses » listes UMP. Cette semaine fut hyper-active pour le président français. Il fallait faire oublier son absence remarquée au Salon de l'Agriculture. Toute la semaine, on n'a pourtant pensé qu'à ça.

Sarkozy aimait les zones inondables
Lundi, Nicolas Sarkozy s'est précipité dans l'Ouest de la France. Malgré les alertes préalables, la tempête Xynthia a ravagé les côtes et tué 53 personnes. «Une catastrophe nationale» a commenté François Fillon, dimanche soir. L'émotion est énorme. Le président français voulait éviter le syndrome Katrina, du nom de ce cyclone qui, en août 2005, a dévasté la Floride. George Bush avait perdu des semaines avant de se rendre sur place. Dans l'après midi de dimanche, quand le nombre de morts fut annoncé à plus de 40, Nicolas Sarkozy a compris qu'il devait se rendre sur le terrain, caméras embarquées et quelques millions d'euros de promesses dans la poche. On pouvait le voir, dès lundi midi, survolant les zones dévastées comme George W. Bush en son temps au-dessus de la Floride, le visage sombre et sérieux. Il promet alors un «plan digues», un décret sur la catastrophe nationale dès mardi, une table ronde avec les ostréiculteurs, et 3 millions d'euros d'aide d'urgence. Les assureurs évaluent les dommages à 1,2 milliards d'euros. Sur place, Sarkozy s'emporte contre les éléments et les défauts de sécurité: «On ne peut pas transiger avec la sécurité». Vraiment ? On s'interroge en effet sur la politique d'aménagement du littoral, les constructions de logements modestes sur des zones mal protégées, le faible renforcement des digues. Avant cette catastrophe, Sarkozy tenait des propos très différents. Il fallait déréglementer, assouplir, libérer. Pendant la campagne électorale de 2007, Sarkozy promettait d'assouplir la loi Littoral. Une fois élu, il a fustigé la réglementation trop contraignante pour la construction. Pire, en avril 2009, il demandait de »rendre constructible les zones inondables pour des bâtiments adaptés à l’environnement et au risque».

Comme souvent, comme toujours, il faut une catastrophe et ses victimes pour que Nicolas Sarkozy change de discours.  Pendant une journée au moins, on a oublié son absence au Salon de l'Agriculture.


Sarkozy n'aime pas les autorités indépendantes
Nicolas Sarkozy n'aime pas les contre-pouvoirs. Il l'a même explicitement rappelé au Conseil Constitutionnel lundi dernier:  «Autant la séparation des pouvoirs est indispensable à toute démocratie, autant la notion de contre-pouvoir est étrangère à notre conception de l'Etat et de la République». Tout au plus supporte-t-il les autorités indépendantes quand elles sont dociles. Prenez l'exemple des OGM. Sarkozy ne s'est jamais pressé pour les condamner. Il y a trop d'argent, trop d'emplois. Son Fond Stratégique d'Investissement vient d'ailleurs d'attribuer une belle dotation de 150 millions d'euros au semencier Vilmorin. L'Agence Européenne de Sécurité des Aliments, soutenue par la Commission européenne, a autorisé une patate génétiquement modifiée, un modèle vieux de 12 ans. La coordinatrice du groupe OGM de cette agence vient d'être recrutée par l'un des plus gros semenciers du monde. En France, le gouvernement n'a rien d'autre à dire qu'il attend les conclusions du Haut Conseil des biotechnologies (HCB), un collège d'experts créé en 2008. D'autres pays, comme l'Autriche et l'Italie, n'ont pas attendu l'interdire. L'autorisation de cet OGM est douteuse. Les seules analyses transmises à l'autorité européenne étaient réalisées par le fabricant BASF lui-même.

Quand il s'agit du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA) ou de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations (Halde), l'indépendance est difficilement supportée par le Monarque. Le CSA a été dépossédé de son pouvoir de nomination des présidents de l'audiovisuel public. Louis Schweitzer rend son mandat de président de la Halde le 8 mars. L'Elysée aimerait y placer le socialiste Malek Boutih, trop ambitieux pour résister, mais trop hésitant pour se décider. Le Monarque souhaite surtout placer la Halde sous tutelle, en la rattachant au futur « défenseur des droits », créé par la réforme constitutionnelle de juillet 2008. La nomination de Malek Boutih permettrait de faire médiatiquement avaler la pilule. Depuis des mois, la Halde subit des attaques coordonnées par l'Elysée. Quand Sarkozy était sur TF1 le 25 janvier dernier, il a violemment taclé Louis Schweitzer, ancien président de Renault, qui aurait accéléré la délocalisation de sa production à l'étranger. Au moment de l'examen de la loi de finances, des députés UMP ont tenté de réduire le budget de la Halde. On appelle cela de la déstabilisation. La Halde a agacé Sarkozy, en promouvant le CV anonyme, ou en soutenant les plaintes d'assurés sociaux contre la subordination des allocations familiales à la régularisation de leurs titres de séjour.

On se souvient aussi de l’annonce, il y a un an déjà, par Nicolas Sarkozy de la suppression du juge d’instruction, puis le rapport de la Commission Léger quelques mois plus tard. L’indépendance des enquêtes judiciaires meurt lentement, très lentement. La Garde des Sceaux fait elle de la résistance ? Michèle Alliot-Marie a décidé de reporter l’examen du projet de loi sur la réforme de l’instruction au premier semestre 2011. Elle préfère que le Parlement examine d’abord la garde de vue, dont les excès ne cessent de créer des polémiques. C'est tout à son honneur. Concernant l’instruction, la Garde des Sceaux a démarré une nouvelle « concertation ». Dans son projet, le parquet ne sera pas plus indépendant qu'actuellement, mais il aura en plus tout contrôle sur la conduite des enquêtes: « Les magistrats du ministère public sont placés sous la direction et le contrôle de leurs chefs hiérarchiques et sous l'autorité du garde des sceaux ». C’est là tout le problème, maintes fois répétés par les opposants à la réforme, syndicats de magistrats et d’avocat en tête. Pour répondre (imparfaitement) aux critiques, Michèle Alliot-marie a proposé de créer un « devoir d’obéissance » à la vérité pour les procureurs, qui, selon ce principe, ne devraient « pas exécuter des instructions individuelles qui seraient contraires à l'exigence de recherche de la manifestation de la vérité et de conduite des investigations à charge et à décharge. » Quelle garantie !

Sarkozy fait campagne
Nicolas Sarkozy ne fait pas campagne. Ce n'est pas son rôle, avait-il expliqué le 25 janvier dernier sur TF1. Nicolas Sarkozy fait campagne, mais ne l'avoue pas. Mardi dernier, il a reçu Valérie Pécresse et son équipe de campagne. Nathalie Kosciuscko-Morizet, qui était présente, ne s'en cache même pas : cette rencontre «était en fait un point de campagne sur le fond». Luc Chatel a loué la « transparence » de son patron. Transparence ? L'hypocrisie n'a-t-elle pas de bornes en Sarkofrance ? Quelques heures plus tard, on apprend que le fichier STIC d'Ali Soumaré, le candidat socialiste du Val d'Oise accusé d'être multi-récidiviste par l'UMP d'Ile-de-France il y a 15 jours, a été consulté une quarantaine de fois.

Mardi, le Monarque s'est aussi rendu dans l'Aisne, en Picardie, une région que la droite espère arracher à la gauche. Il voulait parler de la réforme de la Fonction Publique. Dans la rue, il exhibe Carla Bruni à quelques badauds enchantés. Puis il enchaîne avec une table ronde, et quelques mots doux: « on ne parle pas bien des fonctionnaires. On ne respecte pas assez vos compétences. On ignore les difficultés qui sont les vôtres». L'assistance est docile. L'Elysée l'a sélectionnée sur dossier, et même les questions posées avaient été préparées à l'avance. Jeudi, Sarkozy file en région PACA parler de l'industrie. Ses efforts paraissent vains. Les sondages restent mauvais, comme ce dernier d'entre eux publié jeudi. Le rapport droite/gauche reste très favorable à l'opposition sur fond d'abstention record.

Mardi soir, Nicolas Sarkozy n'a pu éviter les photos de son dîner de gala avec le président russe, en visite à Paris pour trois jours. La chanteuse Mylène Farmer s'est cassée un orteil en trébuchant sur le tapis rouge. Et Carla Bruni s'est affichée en robe de soirée sans soutien-gorge. Dimitri Medvedev est un bel allié. La France va lui vendre un porte-avion.

Là n'est pas l'important. On attend la visite de Nicolas au Salon de l'Agriculture.

Sarkozy industrialise ses annonces
Jeudi, le Monarque parlait industrie. Depuis mai 2007, la politique industrielle s'est résumée à un « plan de relance » (prime à la casse), un « fonds stratégique d’investissement » pour se substituer imparfaitement aux institutions financières dont le crédit faisait défaut ; et des convocations de patrons à chaque annonce médiatisée de fermetures d’usines. Cette fois-ci, Sarkozy clôturait les Etats Généraux de l’Industrie (EGI), en visitant une usine d’Eurocopter à Marignane dans les Bouches du Rhônes. A 10 jour des régionales. Il a énoncé des objectifs invérifiables :  augmenter de 25% la production industrielle d’ici 2015, pérenniser l’emploi industriel « sur le long terme », retrouver « une balance commerciale industrielle (hors énergie) durablement positive d’ici à 2015 », et gagner « plus de 2% » de part française dans la production industrielle de l’Europe. Pourquoi pas plus ? Quels sont les moyens pour atteindre ces sommets ? Sarkozy a ensuite noyé l'assistance sous une avalanche d'annonces-gadgets et de propositions colbertistes. Désormais, Sarkozy industrialise ses effets d'annonces: 22 mesures, synthétisant les« 1000 propositions d’actions en faveur de l’industrie » des 11 groupes de travail thématiques et des 22 ateliers régionaux. On trouve de tout : 500 millions d'euros de prêts bonifiés «verts»  (gérés par OSEO), 300 millions d'euros pour la «structuration des filières» industrielles;  200 autres millions en «primes à la relocalisation» des entreprises en France (qu'en pensera l'Europe ?); la création d'une « conférence de l’industrie », d'une « semaine de l’industrie », d'un « ambassadeur pour l’industrie », de « comités stratégiques filières », d'un « médiateur de la sous-traitance »; la nomination d'administrateurs de l'Etat dans les entreprises publiques qui soient « passionnés par l’industrie ». La seule idée qui vaille est le lancement en septembre d'une sorte de Livret A pour l'industrie, un « produit d’épargne » défiscalisé pour favoriser les placements financiers vers l’industrie française.

Dès vendredi, la quasi-totalité de ces annonces étaient oubliées. On attendait la visite de Nicolas au Salon de l'Agriculture.


Le chômage n'a jamais baissé
Doc Gyneco est au chômage... Le « chanteur » icône des soutiens (ratés) de Nicolas Sarkozy pour l'élection présidentielle, s'est inscrit à pôle emploi, dans les Hauts de Seine. La France compte 10% de chômeurs, un niveau jamais atteint depuis 10 ans. N'en déplaise aux promesses du Monarque de janvier dernier, la dégradation de l'emploi n'a jamais été aussi forte. Le ministère du travail publie chaque mois des statistiques tronquées du nombre de demandeurs d'emploi inscrits à pôle emploi. Le 26 février dernier, Laurent Wauquiez a tenté d'expliquer que le nombre de radiations administratives est en baisse (ce qui est faux, il est stable à un peu plus de 40 000 par mois environ). Il a surtout omis de commenter la très forte augmentation depuis un an des « cessations d'inscriptions » (plus de 200 000 par mois !). Cette fois-ci, l'INSEE a livré ses estimations du non-emploi, plus complètes, plus terribles : la France compte bien 4,7 millions de chômeurs. Un million d'entre eux vont perdre leur allocation chômage cette année. Vendredi, Laurent Wauquiez a reçu pendant trois heures les partenaires sociaux sur le sujet. Cette réunion «technique» n'a servi qu'à minorer le nombre des précaires à secourir. Il y a 8 jours, il avait promis «plusieurs centaines de millions d'euros». En fait, l'Etat va «travailler» et «expertiser la situation» de 360 000 personnes seulement. 

Vendredi, Nicolas Sarkozy reçoit des banquiers. Les représentants de la profession ont promis de réserver 96 milliards d'euros de financement aux PME : 38 milliards déjà promis en février pour les crédits à moyen et long terme, et 56 nouveaux milliards pour les crédits de trésorerie à court terme. Les sommes paraissent incroyables... pour qui ne lit pas les Echos. Le quotidien économique rappelle en effet que cela représente une hausse de leurs crédits de ... 3%. Eh oui. Pas plus.

Là n'est pas l'important. On attend la visite de Nicolas au Salon de l'Agriculture.

Sarkozy a la trouille agricole
Il avait la trouille d’aller au Salon de l’Agriculture. Notre président, d’habitude si bravache, avait séché l’inauguration du Salon samedi dernier, préférant sa retraite dorée au Cap Nègre. Lui qui a pris le parti d'incarner sa rupture dans le nombre de déplacements, en France ou à l'étranger, il s'est caché, terré, débiné. Ses rapports avec le monde agricole sont difficiles et les agriculteurs ont terriblement souffert de la crise l'an passé. Bruno Le Maire a dû compenser l’absence de son maître. Il s’est rendu deux fois cette semaine, sans son patron. Mercredi, Nicolas Sarkozy a reçu des représentants de la filière agricole à l’Elysée. Il leur a promis d'être attentif à leur cas, et qu’il viendrait samedi, pour tenir une table ronde, protégée, bouclée et castée, « sur la situation de l’agriculture française avec les représentants des filières agricoles et agro-alimentaires françaises. ». Depuis des mois, les conseillers du Monarque cherchent un moyen de faire venir leur patron, « à l’improviste », comme à Gandrange en novembre, afin d’éviter les couacs et les manifestations hostiles. Entre-temps, la quasi-totalité des ténors politiques est venue narguer Sarkozy en se rendant sur place sans problème : Martine Aubry, Dominique de Villepin, Jacques Chirac, et même François Fillon n'ont pas lésiné sur le bain de foule.

Samedi, Nicolas Sarkozy est bien venu au Salon de l'Agriculture, mais avant son ouverture au public. Même le Figaro s'est demandé si le président n'était pas tombé du lit. Il a arpenté les allées vides de public, puis est allé se cacher dans une cabine, loin des foules, pour sa « table ronde » avec une trentaine de représentants du secteur. La rencontre est diffusée sur La Chaîne Parlementaire. On y voit le Monarque attentif, sérieux, écoutant les questions d'une assistance encore une fois triée sur le volet. Où sont les représentants de la Confédération Paysanne ? Sarkozy promet quand même. Qu'avait-il dans sa besace ? Une augmentation de 800 millions d'euros les prêts bonifiés en faveur des agriculteurs en difficultés. Il faut s'acheter la paix sociale. Sur l'environnement et l'agriculture, «ça commence à bien faire». Il veut que les normes environnementales françaises ne soient pas plus dures contre l'agriculture intensive qu'ailleurs en Europe. Les écologistes apprécieront. «Le maître mot, c'est le pragmatisme».

Samedi, le pragmatisme du chef de l'Etat exigeait donc qu'il se cache.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

Pour Sarkozy, l'hôpital ne manque pas de personnel

C'était mardi dernier.


Sarkozy: "L'hopital manque de personnel ?...c'est faux!"
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vendredi 5 mars 2010

Quand Sarkozy industrialise les effets d'annonce...

Jeudi 4 mars, Nicolas Sarkozy clôturait les Etats Généraux de l’Industrie (EGI), en visitant une usine d’Eurocopter à Marignane dans les Bouches du Rhônes. Que pouvait-on attendre d’une telle réunion médiatique à 10 jours avant les élections régionales ? Des effets d’annonces, encore une fois. Le Monarque « veut » une « véritable politique industrielle ». Mais qu’attend-t-il, lui qui fut élu voici bientôt trois ans ?

Le Monarque « veut »
Jeudi, Nicolas Sarkozy a fixé quatre objectifs ambitieux à l’industrie française. Il veut augmenter de 25% la production industrielle d’ici 2015, pérenniser l’emploi industriel « sur le long terme », retrouver « une balance commerciale industrielle (hors énergie) durablement positive d’ici à 2015 », et gagner « plus de 2% » de part française dans la production industrielle de l’Europe (Europe à 15). Concernant la production, Sarkozy aurait pu dire 30%, ou 40% ou même 50% d'augmentation de la production. Ensemble, tout est possible, n'est-ce pas ? Il aurait pu fixer son horizon à 2014, ou 2017 ou même 2020. Plus loin est l’échéance de ses promesses, plus grosse peut être la tartufferie. Comme sur d’autres sujets, on a toujours quelque peine à identifier les moyens qu’il se donne pour atteindre un tel sommet. Comme sur d'autres sujets, Sarkozy noie le poisson sous l'avalanche des propositions futiles. Il industrialise les effets d'annonces.

Depuis 1980, l’industrie française a perdu 2 millions d’emplois, dont 535 000 depuis 2000. La récession depuis 2008 a aggravé l’hémorragie d’emplois. L’analyse du secteur réalisée par les EGI souligne aussi qu’environ la moitié de ces disparitions d’emplois provenaient de l’externalisation de fonctions non industrielles auprès d’entreprises de services (20 à 25%) et les gains de productivité constatés depuis 1980 (30%). La politique industrielle depuis mai 2007 a été inexistante : un « plan de relance » - ou plutôt de « défense » - avec prime à la casse et soutien à la construction ; un « fonds stratégie d’investissement » pour se substituer imparfaitement aux institutions financières dont le crédit faisait défaut ; et des convocations de patrons à chaque annonce médiatisée de fermetures d’usines (Renault, Total, Arcelor, etc.).

Cette fois-ci encore, Nicolas Sarkozy a joué sur les deux tableaux habituels : de l’argent et des « machins » technocratiques et autres gadgets administratifs. Un épais dossier de presse de 42 pages et beaucoup de texte écrit gros a été remis aux journalistes présents pour compléter le propos présidentiel. Il synthétisait en 22 mesures les « 1000 propositions d’actions en faveur de l’industrie » des EGI, ouverts depuis le 15 octobre dernier, et qui se sont appuyés de 11 groupes de travail thématiques, et 22 ateliers régionaux. A quelques mois des élections régionales, des ateliers régionaux étaient bienvenus, non ?

Les mesures d’ordre financier sont les suivantes :

1.  En septembre, un « produit d’épargne » sera lancé spécifiquement agréé et lancé pour financer l’industrie. C'est une nouvelle défiscalisation d’impôt pour favoriser les placements financiers de ceux qui peuvent vers l’industrie française.  Quelques heures plus tard, Christian Estrosi, le maire de Nice et ministre de l'Industrie s'est lâché: « nous allons définir les modalités pour mobiliser environ 300 milliards d'euros d'épargne des Français sur l'industrie». Trois cent milliards d'euros, rien que cela ! Vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué...

2.  Sarkozy a aussi rappelé les 5,5 milliards d’euros financée par l'Etat dans le cadre du grand emprunt pour les entreprises innovantes, les transports et l'espace. Sur ces sommes, 50 millions d’euros seront affectés à un fonds d’investissement pour les brevets (abondés de 50 millions d’euros par la CDC).

3.  Le Monarque ajoute 500 millions d'euros de prêts bonifiés «verts» aux entreprises qui produiront « propres » (gérés par OSEO), 300 millions d'euros pour la «structuration des filières» industrielles et 200 autres millions en «primes à la relocalisation» des entreprises en France (sur 3 ans). On attend la réaction de la Commission Européenne, si soucieuse d’éviter les subventions « protectionnistes ». Ces primes seront des « avances remboursables », principalement pour les entreprises industrielles de moins de 5 000 personnes, et ayant un projet d’investissement d’au moins 5 millions d’euros créant 25 emplois.

4. Sarkozy souhaite également défiscaliser davantage la cession de brevets en France.

Les autres annonces, nombreuses (22 fausses mesures au total) sont du ressort de l’affichage. Les EGI ont identifié les filières industrielles à soutenir, qualifiés de « porteuses des emplois de demain » : le numérique (et notamment Logiciels et contenus numériques ; les composants électroniques et équipements de réseau ; les transactions électroniques et sécurité) ; les Eco industries et industries de l’énergie ; les Matériels de transport ; la Chimie et matériaux innovants ; l’industrie pharmaceutique et autres technologies de santé ; le luxe et la création ; et l’Agroalimentaire et la nutrition. Le fatras de mesures symboliques et déclarations d’intention qui s’en suit est hallucinant. En voici les principales :

- Une « conférence de l’industrie » va remplacer la Commission Permanente de concertation pour l’industrie. Placée sous l’autorité du premier ministre, elle agira comme un observatoire du secteur, et devra notamment proposer (encore) des «mesures concrètes d'allègement et de simplification» de la réglementation. Sa mesure numéro 15 est justement de « simplifier la réglementation », sans préciser quel type de réglementation doit être simplifié: le droit du travail ? Ou la prévention des risques ?

- Au niveau européen, la France veut convaincre, exiger, promouvoir. Ainsi, la France va insister pour « intégrer la définition d’une véritable stratégie industrielle européenne dans les conclusions des Conseils européens de mars et de juin 2010. » Voilà du concret ! Elle va aussi nommer un « ambassadeur pour l’industrie » pour promouvoir un pacte industriel européen auprès des autres Etats membres. Sarkozy souhaite aussi convaincre ces voisins de mettre en place une taxe carbone européenne (une vieille idée que le Monarque n’a pu (ni voulu) promouvoir lors de la Présidence française de l’Union européenne au second semestre 2008) ainsi que « l’inclusion du dumping social et environnemental dans les procédures de défense commerciale », et l’application du principe de réciprocité dans l’accès aux marchés publics. Sarkozy veut aussi convaincre l’UE de simplifier sa réglementation pour les entreprises européennes (avec notamment un brevet communautaire et des juridictions unifiées), et d’utiliser « réellement » l’instrument anti-subvention (contre les Etats-Unis par exemple). Un vœu pieu (question de rapport de force) et contradictoire (cf l’octroi de 200 millions d’euros de « primes à la relocalisation de l’emploi industriel en France»).

- Nous aurons droit à une « semaine de l’industrie » (mesure numéro 4), pour informer « davantage la population sur la réalité industrielle d’aujourd’hui » ( avec manifestations, présentations en milieu scolaire, campagnes de pub TV et presse, etc.), et les élèves des « actions de découverte de l’industrie » (mesure numéro 5)

- Mesure numéro 7, Sarkozy veut nommer des administrateurs publics supplémentaires dans les groupes dont l’Etat est (partiellement) actionnaires (France Télécom, La Poste, Renault, etc), qui soient « passionnés par l’industrie » ; et que des rencontres annuelles soient organisées entre dirigeants d’entreprises et les ministères de tutelle.

- Le Monarque veut aussi créer des « comités stratégiques filières », qui réuniraient des partenaires sociaux, des dirigeants d’entreprises et des représentants de l’Etat, pour discourir sur les difficultés des PME ; et nommer un « médiateur de la sous-traitance » (pour veiller aux « bonnes pratiques »).

Des millions d'euros - à peine plus que le coût du bouclier fiscal -, beaucoup de gadgets de communication... Voici la politique industrielle de la Sarkofrance, à 10 jours des élections régionales.

Les (anciens) salariés d'Arcelor Mittal à Gandrange apprécieront.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

jeudi 4 mars 2010

Le mythe sécuritaire de Sarkozy

Ce n'est pas un obscur groupuscule antisarkozyste qui l'explique. L'Express a fait sa "une" de la semaine dernière sur ce titre. Quand on critique l'efficacité de la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy, son "ADN politique" depuis 2002, on se voit rétorquer que l'on ne retient que les mauvais chiffres pour oublier un bilan "globalement positif". Voici donc une analyse plus globale, qui rejoint le constat de l'Express, et basée sur les statistiques officielles, le bulletin pour l’année 2009 de l’ONDRP, publié le 14 janvier 2010.

Un mauvais bilan
L'introduction du dossier de l'hebdomadaire est sans détour: "A l'Intérieur puis à l'Elysée, le président a fait de ce dossier un étalon de sa politique. Or, ni les efforts déployés ni certains succès ne sont parvenus à enrayer les tendances lourdes de la violence. Du discours aux résultats, analyse d'un bilan qui interpelle aussi la gauche."

L'hebdomadaire rapporte que le Monarque élyséen en tiendrait rigueur à ses successeurs de la place Beauveau (Michèle Alliot-Marie puis Brice Hortefeux) des mauvais résultats en matière de lutte contre l'insécurité:
"Le président le fait comprendre à plusieurs interlocuteurs: depuis son départ de la Place Beauvau, en 2007, ses successeurs dilapident l'"héritage". Son héritage. Ses deux passages en cinq ans à l'Intérieur (2002-2004, 2005-2007) l'ont marqué."
Pourtant, cet échec - car échec il y a - est le sien.

L'hebdomadaire recense les promesses non tenues, citations à l'appui, comme sur les violences dans les stades ou en milieu scolaire, ou les incendies de véhicules à chaque fin d'année : "Il faut mettre fin à la détestable habitude de brûler des voitures à Strasbourg. Maintenant, il faut que ça cesse." Nicolas Sarkozy promet même d'indemniser les propriétaires de voitures brûlées. Sept ans plus tard, la police en est réduite à restreindre sa période de comptages des voitures la nuit de la Saint Sylvestre... même à Strasbourg.

L'Express reste modeste : "pendant la période 2002-2010, Nicolas Sarkozy n'a pourtant pas lésiné sur les moyens", mais "ce changement n'a pas encore porté ses fruits."A lire l'Express, Nicolas Sarkozy tenterait donc de faire croire que ses successeurs sabordent son travail. La réalité, comme souvent, est tout autre. A relire le bilan détaillé de l’ONDPR, on réalise que le bilan sécuritaire de Nicolas Sarkozy tient du mythe pour les délinquances les plus violentes et sur lesquelles il a le plus insisté lui-même depuis 2002. Un comble !

Primo, l’efficacité de la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy depuis 2002 est en cause : la boulimie législative et réglementaire depuis 2002 n’a pas servi à grand-chose. Pourtant, comme le relève l’Express, Sarkozy s’était donné les moyens ! L’ONDPR souligne, sans son bilan annuel, que le nombre de personnes mis en cause a cru de 30% de 2002 à 2009 pour atteindre 1,175 millions de personnes l’an passé. Les gardes à vue (hors délits routiers) sont passées de 336 000 en 2001 à 580 000 en 2009. Le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) recense 3 463 000 individus (contre 1 597 000 en 2002). Dans le même intervalle, le nombre d’affaires résolues à l’aide du FAED est en hausse mais reste marginale : 9 637 en 2009 (contre 7 000 en 2002). Un autre fichier, mis en place en 2002, le FNAEG (Fichier national automatisé des empreintes génétiques) recense 1 386 000 personnes. D’après l’ONDPR, il aurait permis la résolution de 65 375 affaires en 2009.

Les atteintes aux biens ont bien été réduites, mais les dispositifs de protection mis en œuvre par les fabricants (voitures, maisons, etc) sont aussi responsables de cette améliorations. La totalité des « effets d’annonces » de Nicolas Sarkozy contre la délinquance, sur des faits divers ou collectifs bien précis, n’ont pas été suivis d’effet : incendies volontaires de voitures, violences aux personnes, vols violents contres des femmes en lieu public, etc.

Deuxio, Nicolas Sarkozy était parvenu en 2007 à faire croire que son action avait payé. Le voile est tombé. Les atteintes aux personnes n’ont cessé de progresser depuis 2002. Or cette insécurité-là est la plus agressive, la plus violente, la plus insupportable, et surtout, la plus directement visée par les rodomontades de l’ancien ministre de l’intérieur : peines planchers, durcissement des règles de répression contre les mineurs délinquants, rétention de sûreté, décret anti-cagoules ou mesures anti-bandes, toutes ces dispositions visaient en premier lieu la forme la plus choquante et la plus médiatisée de la délinquance : les atteintes contre les personnes.

La délinquance qui baisse, et celle qui monte.
L'ONDPR découpe la délinquance en trois catégories. Et le bilan n'est pas fameux.

1. Atteintes aux biens (faits constatés de vols et de destructions et dégradations) : 2 708 934 actes en 2004 ; 2 227 649 en 2009, soit une baisse de 18% en 5 ans

Cette baisse significative explique la diminution générale, et relayée par l’UMP, de la délinquance. Dans le détail, les vols représentent l’essentiel de ces atteintes aux biens (1,8 millions). Ils ont été stables, masquant une baisse jusqu’en 2007, puis une reprise en 2008 puis 2009. On se souvient de Brice Hortefeux énervé par la hausse des cambriolages l’été dernier.

L’amélioration des dispositifs de sécurité sur les biens se lit dans la baisse continue des vols de véhicules de 2004 (853 714 actes recensés cette année-là) à 2009 (629 509). Les vols avec violences restent marginaux (environ 107 000 par an sur un total d’environ 1,8 millions de vols), dont 85% sans armes. Mais, là encore, l’efficacité sarkozyenne est à la peine : les résultats sont erratiques : + 5 000 en 2005 ; +3000 en 2006 ; -14 000 en 2007 (année d’élection) ; - 6000 en 2008 ; + 6000 en 2009.

La seconde catégorie d’atteintes aux biens sont les dégradations et destructions. Elles sont en baisse notable (-400 000 actes entre 2004 et 2009), malgré une hausse en 2005 (émeutes de novembre, générant + 28 000 faits constatés).

2. Atteintes volontaires à l'intégrité physique : 391 857 actes en 2004 ; 455 911 en 2009, soit une progression de +16% en 5 ans.

Ces atteintes aux personnes ont progressé de +5% en 2005 par rapport à 2004, +5,6% en 2006 versus 2005 ; de +2,4% en 2008 versus 2007 et de +2,8% en 2009 versus 2008. La seule année épargnée fut, comme « par hasard », l’année 2007 (-0,2% versus 2006).

Quand on rapporte ces évolutions au nombre d’habitants depuis 1996, le constat d’échec est plus sévère encore : l’ONDPR relève que « 7,3 atteintes ont été enregistrées pour 1000 habitants, soit le taux d’atteintes le plus élevé depuis 1996. A cette date, moins de 4 atteintes de type violences ou menaces avaient été constatées pour 1000 habitants ».

Parmi ces 455 000 violences aux personnes, 240 000 sont « non crapuleuses » (en hausse continue depuis 2004), 112 000 sont « crapuleuses » (en hausse de 2004 à 2006 ; en baisse en 2007, puis stable ensuite) ; 80 000 sont des « menaces et chantages » (en hausse continue depuis 2004) ; et 23 000 sont des violences sexuelles (quasi-stable depuis 2004).

Les violences « non crapuleuses » recoupent celles sans motif de vols. Rapportées à la population, elles ont doublé en 13 ans: 1,7 pour 1000 habitants en 1996 ; 3,8 pour 1000 en 2009. Bravo Monsieur le président ! Sur la période récente 2008-2009, elles sont stables, la hausse s’étant effectué de 1996 à 2001 (de 1,7 à 2,5) puis, avec davantage de vigueur (sic !), de 2002 à 2007 (2,5 à 3,6) quand Nicolas Sarkozy était ministre de l’intérieur.

Parmi elles, les coups et violences volontaires non mortels sont largement responsables de leur hausse continue générale : 138 000 en 2004, 193 405 en 2009. Les viols sont quasi-stables depuis 5 ans, à 10 000 cas recensés par an. Les agressions sexuelles restent figées à 13 000 cas annuels depuis 2005.

3. Escroqueries et infractions économiques et financières : 329 955 en 2004, 370 728 en 2009, soit + 12%

La plus forte hausse se trouve chez les « escroqueries et abus de confiance » (+75 000 sur la période). Là aussi, rapporté à la population, leur taux plus que double depuis 1996. Les infractions liées à des chèques volés sont en chute libre, sans que les falsifications de carte bleue n’explosent en parallèle (en moyenne à 51 000 par an sur la période).

Ces statistiques sont sujettes à caution, car incomplètes. L’ONDRP rappelle lui-même qu’elles « correspondent à la partie de la délinquance qui est portée à la connaissance de la police et de la gendarmerie. Toute assimilation de cette partie à l’ensemble de la délinquance commise revient à ignorer qu’il existe de très nombreuses infractions qui ne sont pas suivies d’une plainte ». En d’autres termes, les faits recensés dans les « mains courantes » n’y figurent pas. L'ONDPR reconnaît que ses propres statistiques, par ailleurs mauvaises, sont incomplètes.

Autre biais statistiques potentiel, la manipulation du recensement d’infractions par les services eux-mêmes : les fameuses « infractions révélées par l’action des services » ont baissé de 3,25% en 2009, après une hausse continue depuis 2001 (219 863 en 2001, 384 784 en 2008, et 372 264 en 2009). Quand il faut afficher de bons chiffres, on lève le pied, n'est-ce pas ?

Lire aussi :

mercredi 3 mars 2010

Quand Sarkozy demandait de construire en zone inondable...

Nicolas Sarkozy n'avait pas de mots assez durs, lundi, contre ... la tempête. Eh oui, en Sarkofrance, le Monarque hurle facilement contre les éléments. Pourtant, il ferait bien de vérifier ses propres propos. Mardi, Nicolas Sarkozy continuait sa campagne électorale des régionales. Le matin, avec Valérie Pécresse, plus tard, lors d'un déplacement surprotégé dans l'Aisne.

Fichues zones inondables
Lundi en Charentes-Maritimes, il s'écriait: "On ne peut pas transiger avec la sécurité". Vraiment ? La polémique naît sur la politique d'aménagement du littoral, les logements modestes rapidement construits sur des zones mal protégés, les digues peu renforcées. Le plus triste et révoltant provient sans doute de ce rappel, une déclaration pas si ancienne que cela (*). Le 29 avril 2009, le Monarque encourageait la construction en zones inondables.
«Le problème c’est la réglementation. Pour libérer l’offre il faut déréglementer, élever les coefficients d’occupation des sols et rétablir la continuité du bâti dans les zones denses, permettre à chaque propriétaire d’une maison individuelle de s’agrandir, d’ajouter une pièce ou un étage, rendre constructible les zones inondables pour des bâtiments adaptés à l’environnement et au risque, utiliser les interstices, les délaissés d’infrastructures... Il faut changer nos procédures, notre façon d’appliquer le droit, sortir du respect passif d’une réglementation de plus en plus pesante, non pour laisser le champ libre au marché mais pour que la ville vive, respire, évolue, se développe en respectant des règles fortes, compréhensibles, efficaces, écologiques. J’ai demandé que soit conduite une réflexion approfondie sur ce changement de philosophie de notre droit de l’urbanisme.»
Discours de M. le Président de la République quant au Grand Paris
L'assouplissement des règles d'urbanisme était déjà l'un des mots d'ordre d'un précédent discours, comme nous le rappelle Politistution. "Je dis aux élus qui sont ici, je sais que ça va faire parler, mais je vous annonce que les contraintes liées au droit de l'urbanisme seront temporairement considérablement assouplies" déclarait-il à Douai, le 4 décembre 2008. "Tout ce qui pourra accélérer les mises en chantiers dans les mois qui viennent sans bouleverser les grands équilibres de notre droit de l'urbanisme sera mis en oeuvre." Et pendant sa campagne présidentielle, le candidat Sarkozy promettait déjà d'assouplir la loi Littoral: "Je crois qu'il faut à la fois la renforcer pour mieux lutter contre les cas de détournement qui ont été constatés, et l'assouplir pour ne pas entraver le développement normal des communes, tout en conservant l'objectif général de protection de l'environnement".

Ce n'est pas la première fois que les déclarations tonitruantes et mal réfléchies du Monarques sont contredites par les faits... et donc par lui-même. En août 2007, il souhaitait le développement de subprimes à la Française. Il s'était aussi prononcé aussi pour les retraites par capitalisation, via fonds de pension interposé, avant de battre en retraite (sic !) après l'effondrement des bourses mondiales. Il a voulu annuler la dispense de recherche d'emploi pour les seniors de plus de 58 ans, avant de suspendre sa mesure dès 200ç pour cause d'envoler du chômage. Et le voici qui réclamait l'assouplissement des règles d'urbanisme, y compris en zones inondables. Rien que ça.

Nicolas sarkozy, pirouette politique ?


Sarkozy et le droit à l'Urbanisme
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Fichue campagne
Les sondages sont de pire en pire. Jean-François Kahn rappelle sur son blog que seuls les plus de 75 ans restent encore satisfaits du Monarque. Dur... Mardi, le Monarque a reçu l'équipe de campagne de Valérie Pécresse à l'Elysée. Pour quelqu'un qui disait qu'il ne s'investirait pas dans les élections régionales... ça fait tâche ou désordre, au choix.

Mardi, le Monarque s'est également rendu dans l'Aisne, à Laon, pour parler de la réforme de la Fonction Publique. Le lieu n'est pas choisi au hasard. La Picardie est une région que la droite espère arracher à la gauche, grâce à une triangulaire potentielle (le communiste Maxime Gremetz faisant liste à part). Avec les fonctionnaires, les sujets sont nombreux et potentiellement polémique (retraites, rémunérations, suppressions de postes, réorganisation des services de l'Etat). Sarkozy marchait sur des oeufs. A quelques mois du scrutin, il faut éviter les vagues. Bizarrement, Sarkozy s'est montré conciliant et souriant, s'affichant dans les rues de la ville pour un bain de foule peu escorté, avant une table ronde encadrée: « on ne parle pas bien des fonctionnaires. On ne respecte pas assez vos compétences. On ignore les difficultés qui sont les vôtres» Oubliée sa blague méprisante, en septembre dernier, sur «certains de nos fonctionnaires qui aiment leurs p'tit bureau, avec l'affiche de la Polynésie française pour rêver». Oubliée sa fameuse boutade sur la Princesse de Clèves, en 2006: «un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves


L'assistance était triée sur le volet. Un membre du cabinet d'une grande ville du département a balancé le scoop : «les questions ont été préparées à l’avance. Elles ont été négociées entre la préfecture et l’agent. Tout est verrouillé, mais personne n’est dupe. C’est une mise en scène.» La préfecture de l'Aisne a questionné les administrations locales, leur demandant de lui envoyer des volontaires, fonctionnaires de catégorie A. Les dossiers des candidats ont été étudiés, analysés, triés. Le jour dit, Nicolas Sarkozy était entouré de fonctionnaires conciliants et souriants. 

Evidemment.

Ami sarkozyste, où es-tu ?





(*) Merci à BA, fidèle lecteur, pour le rappel sur ces précédents propos de Nicolas Sarkozy.

mardi 2 mars 2010

Avec Xynthia, Sarkozy, défait, a trouvé sa Katrina.

Fort avec les faibles, faible avec les forts. C'est une maxime que l'on semble suivre en Sarkofrance. Mardi, Nicolas Sarkozy a convoqué Valérie Pécresse et va sacquer Anne Lauvergnon, la patronne d'Areva. Mais lundi, sa journée était hyper-active: un tour en Charentes, un autre au Conseil Constitutionnel, et l'accueil de son ami le président russe Medvedev. Bienvenue en monarchie.

Eviter le syndrome Katrina
Nicolas Sarkozy voulait éviter le syndrome Katrina. En août 2005, le cyclone Katrina dévaste la Floride. George Bush paraît tétanisé. Il s'y rend avec des semaines de retard. On l'accuse de passivité, de racisme. Les victimes les plus nombreuses se comptaient dans la communauté noire. En France, la tempête Xynthia a été dramatique. 59 morts et disparus après une déferlante pourtant annoncée. Les questions se posent. Comment est-ce possible ? Dans l'après midi de dimanche, quand le nombre de morts fut annoncé à plus de 40, Nicolas Sarkozy a compris qu'il devait se rendre sur place, caméras embarqués et quelques millions d'euros. Un déplacement présidentiel se décide au nombre des victimes. On l'a donc vu, dès lundi matin, survolant les zones dévastées comme George W. Bush en son temps au-dessus de la Floride, le visage sombre et sérieux. A terre, les caméras de télévision le filment à hauteur de Monarque. Il promet tout et en même temps pas grand chose : un "plan digues" que doit concocter Jean-Louis Borloo, un décret sur la catastrophe nationale dès mardi, une table ronde avec les ostréiculteurs, et 3 millions d'euros d'aide d'urgence. Trois millions d'euros, pas plus.  "C'est une catastrophe nationale, un drame humain, un bilan épouvantable. L'urgence, c'est d'entourer les familles qui ont des disparus et des morts" a-t-il expliqué à L'Aiguillon-sur-Mer. Sarkozy est tout en compassion. Un rôle qu'il adore : "Il faut qu'on s'interroge pour savoir comment en France, au XXIe siècle, des familles peuvent être surprises dans leur sommeil, mourir noyées dans leur maison". Ne faudrait-il pas s'interroger sur les promesses de l'Etat, il y a un an, après la tempête Klaus, dans les Landes , qui n'ont pas été tenues ?

Sermonner les incompétent(e)s
Sa ministre de l'Enseignement Supérieur peine. Sa campagne aux élections régionales d'Ile-de-France a sombré dans l'affaire Soumaré. Pourtant, Frédéric Lefebvre a maintenu la charge. Il avait expliqué, la semaine dernière, que la droite avait choisi un policier, "lui aussi issu de la diversité", comme tête de liste locale, alors que le parti socialiste avait préféré un "condamné". Patrick Karam, numéro deux de la liste UMP à Paris pour les régionales, a été appelé à la rescousse par les stratèges élyséens. Il a enfoncé le clou, lundi 1er mars, en déclarant :  "On a le droit au pardon oui, Soumaré a le droit aussi de faire une carrière politique, mais en le plaçant comme tête de liste, il stigmatise la diversité".
Pour Pécresse, sa rencontre avec Sarkozy est la "marque d’un soutien, qui m’est précieux, particulièrement dans cette dernière ligne droite difficile". Pourtant, un responsable de l'UMP a confié, anonymement bien sûr, à l'Express, que le président français "est un peu agacé par des personnes qui ne font pas assez campagne ou qui jouent contre leur camp". Roger Karoutchi, rival malheureux à la tête de liste en IdF et déchu du gouvernement en juin dernier, est aussi fortement critiqué à l'Elysée.

La patronne d'Areva va être démise de ses fonctions. Son rival pour la maîtrise de la filière nucléaire française, le fameux Henri Proglio, a eu gain de cause. Le récent fiasco à Abou Dhabi aurait eu raison d'Anne Lauvergnon.  A l'époque, Claude Guéant avait eu des mots très durs pour critiquer le manque de coordination.

Eviter les contre-pouvoirs
Lundi 1er mars, Nicolas Sarkozy est venu saluer le Conseil Constitutionnel. Il vient d'y nommer Michel Charasse. Il venait surtout discourir sur "sa" réforme : "le 1er mars 2010 restera comme la date d'un changement profond de notre système juridique", a-t-il lancé lors d'un discours devant les membres du Conseil constitutionnel. Désormais, tout citoyen pourrait contester devant le Conseil constitutionnel une loi dont il juge qu'elle porte atteinte à ses droits et libertés. Cette histoire est un gadget qui fait joli, une façon d'encombrer le Conseil de toutes sortes de plaintes. "La réforme que nous introduisons aujourd'hui dans notre droit va modifier les équilibres existants. Il va nous en falloir trouver de nouveaux (...) Il faudra faire preuve de plus de sagesse encore" rappelle Nicolas Sarkozy. On retiendra plutôt l'avertissement de Nicolas Sarkozy à l'encontre d'un Conseil qui lui a censuré une taxe carbone, quelques jours avant son entrée en vigueur, et, récemment, le raccordement des caméras de réseaux privés (notamment HLM) à celui de la police. Voici donc Nicolas Sarkozy, président de la République, qui rappelle aux "Sages" du Conseil Constitutionnel qu'ils ne sont pas "une sorte de contre-pouvoir politique."

 "Autant la séparation des pouvoirs est indispensable à toute démocratie, autant la notion de contre-pouvoir est étrangère à notre conception de l'Etat et de la République"

Cette phrase, prononcée ce lundi 1er mars, par Nicolas Sarkozy est exemplaire de la Sarkofrance. Sarkozy récuse les contre-pouvoirs, et n'en retient qu'un, le sien. "Notre démocratie n'aurait rien à gagner à un conflit permanent entre les différents pouvoirs et autorités à travers laquelle elle s'exprime". 


Cecile Duflot et la tempête KLAUS...
envoyé par politistution. - L\'actualité du moment en vidéo.

lundi 1 mars 2010

La journée sans immigrés, c'est aujourd'hui

A l'instar de mes consoeurs et confrères, je vous rappelle que l'opération "une journée sans immigrés" a lieu aujourd'hui. Nous nous en étions fait l'écho le 8 janvier dernier.


Et puisque l'immigration est, pour une fois, à l'honneur, voici une récente déclaration de Nicolas Sarkozy sur d'autres immigrés, Français ceux-là, expatriés à l'étranger et leurs difficultés à scolariser leurs enfants. Sarkozy cite l'exemple de son fils Louis, qui vit à New York. "C'est bien que les hommes politiques soient confrontés aux mêmes difficultés, ne voient pas cela de trop loin".

Sans commentaires.

Sarkozy et la trouille du Monarque.

Il a eu peur., la trouille, la pétoche. Il s'est d-é-g-o-n-f-l-é. Comment sinon expliquer l'absence du président français à l'inauguration du Salon de l'Agriculture ? Un besoin pressant de Cap Nègre ?

Sarkozy fuit les champs
Cette grande manifestation a ouvert ses portes samedi 27 février. Jacques Chirac mettait un point d'honneur à venir pour chaque inauguration. François Mitterrand ne s'y est jamais rendu. Nicolas Sarkozy a laissé Bruno Le Maire, son ministre de l'agriculture, le remplacer. Il a préféré se reposer dans la résidence de sa belle-famille au Cap Nègre. Il est comme ça, Nicolas Sarkozy. Le chantre du travailler plus, y compris le dimanche, prend toujours soin de préserver ses week-ends, samedi inclus. Du côté des agriculteurs, les syndicats apprécient peu cette absence présidentielle: "manque d'implication", "peur des paysans", absence de propositions. Les critiques ne manquaient pas, samedi dernier. "Les paysans sont des gens respectueux donc il devrait être correctement accueilli, mais il doit en même temps nous donner des signes forts. Les paysans attendent vraiment des actes" a commenté Jean-Michel Le Métayer, président de la FNSEA. Les agriculteurs ne comprennent pas cette absence : primo, leur secteur a durement souffert ces dernières années : envolée des prix de l'énergie, effondrement des cours de production, menace sur les soutiens européens, il y a urgence. Secundo,
Sarkozy adore les déplacements de terrain. A la différence de François Mitterrand ou de Jacques Chirac, qui voyageaient moins, Nicolas Sarkozy a pris son parti d'incarner sa rupture dans le nombre de déplacements, en France ou à l'étranger. La manifestation annuelle de l'agriculture française ne vaudrait-elle pas le détour ?

L'agriculture est un sujet difficile pour le président français. On se souvient davantage de ses bourdes que de ses actes. Tout le monde se rappelle le "Casse-toi Pov'Con", prononcé il y a deux ans par notre Monarque à un visiteur du salon qui refusait de lui serrer la main; ou Sarkozy enjoignant un pêcheur de descendre de la terrasse d'où il criait contre lui; ou encore son discours agricole sur l'identité nationale d'octobre copié-collé sur une précédente intervention de février 2009.

Plus risqué que l'Afghanistan
Le ministre de l'agriculture a tenté de déminer la polémique. Il a promis que Sarkozy serait bien là, samedi prochain, pour faire des propositions. "Il y aura des annonces et il y aura surtout, ce qu'attendent les agriculteurs, le signe très clair de la part du président de la République de sa volonté de s'engager dans le débat européen".


En fait, l'Elysée tient secret l'horaire de la visite. Sarkozy a peur, ses proches aussi. Depuis deux ans déjà, le Monarque ne se déplace que dans des lieux vidés de leurs habitants, sur-protégés par les forces de police, devant des auditoires castés parmi les militants UMP du coin. Porte de Versailles à Paris, rien de tel n'est possible. Pour ne pas perdre la face, le déplacement sera donc secret et éclair. Le Salon de l'Agriculture, comme hier Gandrange, est donc aussi risqué qu'un aller-retour en Irak ou en Afghanistan.

La tempête sauve Sarkozy
Ce lundi, Nicolas Sarkozy se rendra "dans la matinée" en Charente-Maritime et Vendée. Dimanche vers 15H, l'Elysée avait publié un autre communiqué. Compassion de rigueur. "Le Président de la République a appris avec beaucoup d’émotion et de tristesse les décès provoqués par la tempête qui s’est abattue sur l’ouest du pays et qui a frappé plus cruellement les départements de la Vendée et de la Charente-Maritime". Surtout, il demande "au gouvernement d’agir sans attendre", et à Brice Hortefeux, son ministre de l'intérieur, "de se rendre dès demain sur place pour évaluer les dommages subis et commencer à préciser les mesures de soutien à mettre en place." Les conseillers de l'Elysée auraient pu se contenter d'écrire que le gouvernement allait agir sans attendre. Mais pour Sarkozy, c'eut été insuffisant. Le Monarque est partout. Même quand il se repose dans la résidence de Carla Bruni au Cap Nègre, il pense à la place de ses propres ministres, au cas ces derniers auraient oublié qu'il faut secourir les victimes de la tempête. Le Monarque se rendra donc sur place, lourdement accompagnés de ses "collaborateurs" Borloo, Hortefeux et ... Bussereau, le ministre-candidat UMP dans la région. Il n'y a pas de petits profits. L'agenda est calé:  
10h50 Arrivée de M. le Président de la République à La Rochelle et départ pour un survol de la zone sinistrée
  Arrivée à L’Aiguillon-sur-Mer (Vendée)
• Visite du centre ouvert pour les rescapés
• Recueillement au funérarium
• Visite du centre opérationnel des secours (COS)
• Rencontre avec les élus des communes sinistrées à la Mairie

12h15
 Arrivée de M. le Président de la République à Châtelaillon (Charente-Maritime)
 Visite de la commune Les Boucholeurs

13h00
  Réunion de travail avec les services de l’Etat et les représentants des principaux services publics à la Préfecture de La Rochelle

Entre les deux annonces, celle de 15h et celle de 21H, le bilan des morts s'est aggravé : d'une quinzaine, il s'est élevé à 45 en fin d'après midi. La tempête, pourtant annoncée, a tué en masse dans la nuit de samedi à dimanche. Le seul village de l’Aiguillon-sur-Mer a perdu 25 habitants. Les digues ont cédé, comme à l'île de Ré. "Une catastrophe nationale" a commenté François Fillon, dimanche soir.

On attend l'intervention de Carla Bruni-Sarkozy, et de sa fondation. La compassion présidentielle doit se montrer.

Les élections approchent.

Ne vomissez pas.

Sarkozy: "On vous aime, on repart et on oublie..."