vendredi 7 mai 2010

L'abécédaire des promesses non tenues de Nicolas Sarkozy (2007-2010)

Sarkozy président a donc soufflé sa troisième bougie à l’Elysée. Depuis son élection, jamais cet anniversaire n’a véritablement été fêté comme il se doit. Coincé par un mauvais bilan, le Monarque a préféré masquer l’évènement dès la première année. Toutes les élections intermédiaires ont été perdues (municipales en 2008, européennes en 2009, régionales en 2010). Une lente descente aux enfers qui pousse au questionnement jusque dans les rangs même du camp présidentiel. Il faut avouer que la liste des promesses non tenues s’allonge à fur et à mesure que l’on s’avance dans la mandature. La rupture n’est pas venue, exceptée dans l’outrance médiatique et la vulgarité politique.

Voici donc une mise à jour de l’abécédaire des promesses non tenues, réalisé une première fois en décembre 2008, une forme de réponse incomplète et subjective au court feuillet d'auto-justification publiée par les communicants de l'Elysée sur les trois années d'action écoulées. Les citations de Nicolas Sarkozy émanent de son propre abécédaire des promesses à tenir (que vous pouvez retrouver, au cas où l'UMP se décide à le retirer sur le site Intox2007).

Agriculture
« Je soutiendrai l’agriculture et l’industrie agroalimentaire » C’est dit. Mais rien n’est fait. L’agriculture subit la crise de plein fouet. En août 2009, Bruno Le Maire prévient que les producteurs de fruits et légumes devront rembourser des aides européennes. Les mesures de soutien financier se font attendre. L’UMP perd un soutien électoral décisif.

Allocations Familiales

« J’aiderai les familles à chacune des étapes de leur existence. En particulier, j’allouerai des allocations familiales dès le premier enfant. » Dès avril 2008, les familles en furent pour leurs frais, en apprenant que les bonifications accordées pour les adolescents ne seraient plus versées dès les 11 ans, mais après 14 ans.

Banlieues
« Si je suis élu je mettrai en œuvre un grand plan Marshall de la formation pour tous les jeunes de nos quartiers, pour qu’aucun ne soit laissé de côté, pour que chacun puisse tenter sa chance, pour que chacun ait un emploi
Le plan Marshall n’est jamais venu. Fadela Amara, secrétaire d’Etat à la Ville, a tout tenté, du site web participatif (en juin 2007) bien vite oublié au «plan anti-glandouille » (août 2007), à l’annonce d'un plan « Banlieues Espoirs » en février 2008 soi-disant doté d'un milliard d'euros ! Elle s’abrite derrière le plan ANRU (34 milliards d’euros) pour la rénovation urbaine décidé … en 2004 ! Pour exister, Amara parle toujours banlieues, burqa et délinquance.

Bouclier Fiscal
« Pour redonner confiance aux investisseurs, (…) il faut d’abord réconcilier la France avec la réussite. Or, au-delà de notre culture collective, nous savons que l’une des difficultés concrètes est fiscale. C’est pour cela que j’ai toujours défendu l’idée d’un bouclier fiscal qui limite à un pourcentage donné les prélèvements qui peuvent s’accumuler, une année donnée, sur le revenu d’un même contribuable. Je crois à un bouclier fiscal à 50 % intégrant la contribution sociale généralisée (CSG) et la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS). Autrement dit, nul ne paiera au fisc plus que la moitié de ce qu’il a gagné.»
Mesure phare du paquet fiscal, l’abaissement du bouclier fiscal de 60% à 50% des revenus, ajouté à l’intégration de la CSG et de la CRDS dans son assiette, n’a pas produit les effets escomptés : les exilés fiscaux ne sont pas revenus en masse en France. Les investissements étrangers en France n’ont pas varié. Au printemps 2010, le bouclier fiscal est même devenu le symbole de l’incohérence et l’inéquité fiscales du gouvernement Sarkozy. Protégeant massivement quelques très riches contribuables, il s’adosse à un principe présidentiel, le seul que Nicolas Sarkozy semble bizarrement s’évertuer à respecter malgré la conjoncture : ne pas augmenter les impôts. On découvre que le bouclier fiscal profite d’abord aux rentiers. Surpris ?

Capitalisme

« Je n’accepte pas, et des milliers d’entrepreneurs avec moi, que le travail salarié et l’esprit d’entreprise soient bafoués par les rémunérations et les privilèges excessifs que s’octroie une toute petite minorité de patrons. Je n’accepte pas qu’au niveau mondial, pour des raisons de pur profit, on joue avec les salariés et avec les usines comme on déplace des pions sur un jeu de société. » Contre les délocalisations, Sarkozy s’est réfugié derrière ses incantations. Sur la régulation du capitalisme mondial, ses discours aux accents gauchistes ont fait rire à l’étranger. Et chaque année depuis 2007, le Monarque promet qu’il édictera une loi sur le partage de la valeur ajoutée. On attend toujours.

Chômage
« Depuis vingt-cinq ans, on vous dit que le plein emploi est impossible et que le chômage est une fatalité. Rien n’est plus faux. »
La défiscalisation des heures supplémentaires, mise en œuvre en octobre 2007, a accéléré la destruction de l’emploi intérimaire. En avril, le gouvernement ajoutait la diminution des indemnités chômage pour les sans-emploi qui refuseraient plus de « deux offres raisonnables », effectif depuis octobre 2008. La crise achève de détruire les espoirs d’une reprise de l’emploi. Le chômage n’a jamais baissé en Sarkofrance. On compte près de 5 millions de chômeurs. Quelques 500 000 personnes sont toujours « sorties » des statistiques chaque mois, alors que les offres collectées dépassent à peine les 200 000. Pire, le nombre de fins de droits s’est accru et Sarkozy a ignoré le problème pendant 6 mois. En avril, il lâche une aumône (460 euros par mois), un « filet de sécurité exceptionnel » à celles et ceux qui accepteront une formation ou un contrat aidé.

Croissance
« Ma stratégie économique, c’est de libérer les forces de travail en France pour créer ce point de croissance qui nous permettra de résoudre les questions de déficit.»
En 2007 et 2008, le gouvernement Sarkozy a menti, en surévaluant systématiquement ses prévisions de croissance. L’éclatement de la bulle spéculative des subprimes et l’inflation du cours des matières premières a plongé le monde et la France dans la récession puis la croissance molle. La France résiste grâce à un modèle social que Sarkozy voulait détruire. En mars dernier, la Commission européennes critique une nouvelle fois les prévisions françaises de croissance pour 2010-2013.

Déficits publics
« La maîtrise de nos finances publiques est un impératif moral autant que financier. Les jeunes générations ne peuvent accepter que les générations actuelles vivent à leur crédit .»
Avant même le déclenchement de la crise mondiale au second semestre, les déficits publics s'envolent et la promesse d'équilibre budgétaire en 2012 devient obsolète. Le paquet fiscal de l’été 2007, prévu à 15 milliards d’euros, en coûte toute de même la moitié, et pour aucun résultat. En mars 2008, Fillon suspend la promesse de réduire de 68 milliards d'euros pendant la mandature les prélèvements obligatoires. Le déficit public est passé de 3,4 % du PIB en 2008 à environ 8 % en 2009; il est encore prévu à 10% en 2010. Et la dette publique a franchi la barre symbolique des 1 500 milliards d’euros. A bout de souffle (budgétaire), Sarkozy lance un « Grand Emprunt » de 23 milliards d’euros fin 2009, pour des « grandes » priorités.

Droits de l'Homme
« Je veux être le Président d’une France qui se sente solidaire de tous les proscrits, de tous les enfants qui souffrent, de toutes les femmes martyrisées, de tous ceux qui sont menacés de mort par les dictatures et par les fanatismes.»
Dès juin 2007, Sarkozy est allé saluer, conforter la quasi-totalité des dictatures du monde, au nom des intérêts bien compris de Sarkofrance. Qui n'a pas sa centrale nucléaire ou ses avions Dassault ? La Françafrique continue. A la faveur d’un remaniement gouvernemental en juin 2009, le secrétariat aux droits de l’homme est purement et simplement supprimé.

Environnement
« Le développement durable doit devenir une dimension essentielle de toute l’action publique. Ce n’est pas un choix, c’est une urgence, une nécessité
Sarkozy a cru qu’il pouvait récupérer la problématique environnementale à son profit : pacte écologique de Nicolas Hulot, création d’un super-ministère du développement durable (mais sans l’agriculture ni l’énergie), organisation d’un Grenelle de l’environnement en octobre 2007. Mais dès décembre, il fallut une grève de la faim de José Bové pour obtenir un moratoire contre la culture d'un maïs transgénique. Le malus-bonus écolo pour l'acquisition de voitures début 2008 fait patienter jusqu’à la « première loi Grenelle », un catalogue de bonnes intentions dont le financement fut reporté à l'examen d'une seconde loi votée en octobre 2009 par le Sénat. La loi de finances 2010 est légèrement teintée de vert pour faire bonne figure, mais le plan de relance de 2009 a dédié davantage de moyens financiers aux infrastructures polluantes (autoroutes, etc) qu’au développement durable. Cette boite à outils se révèle très contraignante alors que l’échec aux régionales a refroidi et droitisé les députés UMP qui se penchent sur le projet depuis le 4 mai. En décembre 2008, Sarkozy obtient in extremis un compromis minable sur l'engagement européen à l'horizon 2020 (à peine 4% de réduction des émissions carbone sur son territoire). Le sommet de Copenhague en décembre 2009 est un échec, et la taxe carbone franco-française, forfaitaire et injuste, est retoquée en décembre par le Conseil Constitutionnel avant d’être abandonnée en mars. « L’environnement, ça commence à bien faire » explique Sarkozy aux agriculteurs…

Europe
« L’Europe doit nous permettre de faire à plusieurs ce que seuls nous faisons moins bien: notamment la politique migratoire et le développement, la politique industrielle et la recherche, le développement durable.»
L’histoire bégaye. Le traité simplifié de Lisbonne, ratifié en janvier, retoqué par un référendum irlandais en juillet, fut charcuté en décembre suivant. La présidence française de l’union européenne n’a pas servi la cause européenne. Sarkozy a joué les Etats (et surtout la France), contre l’Europe ; et troublé le couple franco-allemand avant de tenter de le conforter. L’Europe reste un nain politique, qui a révélé son impuissance à chaque occasion : crise financière de l’automne 2008, récession économique ensuite, sommet de Copenhague en décembre 2009, défaillance de la Grèce en avril 2010.

Finances
Les banquiers et les traders se sont invités au menu de la présidence sarkozyenne. Sarkozy a grondé, crié, promis. Suppression des paradis fiscaux ? Ils sont toujours là, ils ont simplement changé de nom. Restriction des bonus de traders ? La « super-taxe » a été adoptée trèèèèèès tardivement (en décembre 2009), sous la contrainte de l’exemple britannique. Régulation de la finance ? Sarkozy a repris à son compte quelques mesures britanniques bien timides exigeant l’étalement des versements de bonus aux traders.

Fiscalité
Début 2009, sous la contrainte de manifestations monstres, Sarkozy lâche 2,6 milliards d’euros d’allègements et aides sociales, dont la suppression du deuxième tiers de l’impôt sur le revenu. Les déficits publics sont tels qu’on imagine mal comment éviter, évidemment après 2012, une vaste cure d’austérité.
Le paquet fiscal de l’été 2007 permet de défiscaliser certains investissements dans les PME innovantes. C’est bien la seule mesure « économique ». Pour le reste, la France compte toujours 500 niches fiscales, pour un coût annuel de 74 milliards d'euros. Début 2010, la Cour des Comptes accuse Sarkozy d’avoir plombé de 6 milliards d'euros d'exonérations fiscales supplémentaires le budget de l'Etat en 2009, soit 0,3 points de PIB. Dernier cadeau en date, la baisse de la TVA sur la restauration. Sarkozy protège les niches (qu’il plafonne en pourcentage des revenus imposables, ce qui signifie qu'un gros revenu aura droit à une grosse niche...) et exonère un peu plus les droits de succession. Une politique pour les rentiers.

Golden Parachutes
« Si je suis élu président de la République, je ferai voter dès l'été 2007 une loi qui interdira la pratique détestable des golden parachutes. » Cette mesure ne fut jamais votée, ni même proposée.

Gouvernement resserré

« Si je suis élu, mon gouvernement sera limité à 15 ministres pour être plus efficace. »
A chaque remaniement, le gouvernement a grossi de nouveaux secrétaires d’Etat. Il compte aujourd’hui 40 membres, sans compter le nombre record de collaborateurs les cabinets ministériels (+400 personnes dès 2007).

Identité nationale
« J’aime cette France de toutes les couleurs et de toutes les religions où s’entremêlent tant d’histoires, de souvenirs et de cultures. J’aime cette France de la diversité, des différences et des mélanges
Grand ministère régalien créé en mai 2007 avec Brice Hortefeux, l’identité nationale est devenue un funeste débat, lancé le 2 novembre 2009. A droite comme à gauche, on n’y a vu qu’une opération politique pour récupérer l’électorat frontiste. Elle a fait chou blanc : dérapages verbaux, mise en scène préfectorale ridicule, propositions inutiles, et surtout, succès électoral du Front National en mars dernier. Eric Besson est prié de se taire. 


En 2008, Brice Hortefeux fait adopter un pacte européen interdisant les régularisations massives. Début 2009, son successeur Besson flanche avec la polémique sur le délit de solidarité réactivé par le film Welcome de Philippe Lioret. L'immigration, thème majeur de Sarkozy en campagne, reste une diversion qui n’intéresse plus grand monde. Sous couvert de quelques nominations symboliques au gouvernement (Rachida Dati, Rama Yade et Fadela Amara) Sarkozy s'est permis ce que jamais la France n'a connu depuis la France de Vichy: création d'un ministère de l'Identité nationale, regroupement familial durci jusqu'aux tests ADN, tests de Français, quotas ethniques par métier, rafles et traques jusque dans les écoles, industrialisation de la rétention, affaiblissement de la Cimade dans la gestion des CRA, et ... tribunaux pour étrangers. En juin 2009, Sarkozy se saisit de la burqa et annonce 9 mois plus tard, lui qui prêchait le contraire il y a 5 ans, qu’il faudra l’interdire. Besson doit toujours trouver 27 000 sans-papiers à expulser (dont 17 000 à Mayotte), mais aussi 5 000 « aidants ». Le coût des expulsions est évalué à 25 à 27 000 euros l’unité.

Insécurité
La lutte contre l’insécurité est l’ADN politique de Nicolas Sarkozy. Ici aussi, son bilan est contestable. Les violences aux personnes ne cessent de progresser. La police souffre d’une politique du chiffre inutile et stressante. Et, « révision des politiques publiques » oblige, les effectifs des forces de l’ordre sont diminués. En 2008, on ne comptait pas davantage de policiers et gendarmes qu’en 1998… Forfaiture ? Vous avez dit forfaiture ? Les faits divers violents se sont multipliés depuis : incendies ou caillassage de bus en Seine-Saint-Denis, et même meurtres d’élèves qui relancent la polémique sur la violence en milieu scolaire. Sarkozy répond « video-surveillance » pour les uns comme pour les autres. Il a même dû laisser Michèle Alliot-Marie créer, en janvier 2008, des "unités territoriales de quartier", une police de proximité qui n’avoue pas son nom.

Immobilier

« Je propose que ceux qui ont des rémunérations modestes puissent garantir leur emprunt par la valeur de leur logement
En 2007, Nicolas Sarkozy nous vantait les vertus du crédit hypothécaire. Votées dès 2007, les mesures de soutien à la propriété se révèlent inutiles, coûteuses et anachroniques. La crise des subprimes a éclaté. La France manque de logements. La défiscalisation des intérêts d'emprunts n'a servi à rien. Les faillites boursières et le resserrement général du crédit ont achevé les ambitions présidentielles.

Logement
« Enfin, je souhaite mettre en place concrètement le droit au logement opposable. Une personne qui travaille doit pouvoir se loger autrement que dans sa voiture ou dans un camping. »
Sarkozy promettait de résoudre le problème des SDF d’ici à 2008. Engagement des plus démagogiques du candidat, le 18 décembre 2006. Près de 350 d'entre eux meurent toujours de froid chaque année. En janvier 2008, Fillon lance un plan pluri-annuel pour prévenir les expulsions locatives et un programme de «réhabilitation des centres d'hébergement et d'augmentation des capacités.» En mars 2010, Benoist Apparu, son secrétaire d’Etat au Logement, préfère créer une « hotline » téléphonique. Le droit au logement opposable, qui fêtait sa seconde bougie à l’automne dernier, est resté lettre morte pour plus de 80% de ses bénéficiaires potentiels.

Pauvreté
« S’agissant des personnes pauvres, je mettrai en place la réforme proposée par Martin Hirsch, président d’Emmaüs France : la création d’un revenu de solidarité active au profit de ceux qui reprennent un emploi.»
Grande (et unique) mesure sociale de la mandature, le Revenu de Solidarité Active a été mis en œuvre en juillet 2009, avec deux ans de retard. Son financement (1,3 milliards d’euros) ne concerne que les classes moyennes, bouclier fiscal oblige. L’ampleur du flicage requis pour contrôler les bénéficiaires ne lasse pas de surprendre. En 2009, ces derniers étaient 1,1 million, dont plus de 500 000 émargeaient avant au RMI. La pauvreté n’a pas reculé pour autant. Martin Hirsch quitte le gouvernement en mars 2010.

Pouvoir d'achat


Cf. "Travailler plus pour gagner plus."

Prisons
« Je suis également partisan d'une grande loi pénitentiaire permettant à notre démocratie de définir ce qu'elle attend de ses prisons et de se donner les moyens de sa politique dans ce domaine. » La rénovation des prisons et des conditions de détention est l'un des grands échecs de la présidence Sarkozy. Les records de surpopulation sont dépassés de mois en mois.

République irréprochable
Ce mandat fut celui de tous les excès : augmentation du traitement présidentiel de 172% en janvier 2008, nouvel avion, dérapage des frais de la Présidence, multiplication des déplacements d'ordre privé, légions d'honneur de complaisance, nomination des patrons de l'audiovisuel, grâce présidentielle pour Marchiani et Tapie, nomination de proches à la tête de banques, cumul des salaires pour le patron d’EDF. 



Retraites

« Le droit à la retraite à 60 ans doit demeurer, de même que les 35 heures continueront d’être la durée hebdomadaire légale du travail. Que ce soit un minimum, cela me va très bien. Ce que je n’accepte pas est que cela soit aussi un maximum.»
La « grande » réforme des retraites est pour cette année. Au début du mandat, le gouvernement Sarkozy a dégradé le régime par petites touches: suppression des pré-retraites de 57 à 60 ans, revalorisation a minima des pensions ( moins que l'inflation en 2008), et … défiscalisation des intérêts d'emprunts immobiliers et des heures supplémentaires (pour ne citer que les deux plus importantes) qui creusent le besoin de financement des caisses des retraites de quelques 2,5 milliards d'euros par an...
Sarkozy n’aura tenu qu’une promesse, celle de revaloriser de 25% en 5 ans le minimum vieillesse. Mais à quel prix ?

Santé
« Je ne pense pas qu’il y ait matière à beaucoup d’économies dans la santé. Compte tenu de l’allongement de la durée de la vie, du progrès médical et de l’aspiration bien naturelle de nos concitoyens à vivre en bonne santé, l’investissement dans la santé sera forcément majeur. »
 Le 1er janvier 2008, Sarkozy créé de nouvelles franchises médicales entrent pour économiser quelques 650 millions d'euros par an sur le dos des malades. S’ajoutent environ deux cents déremboursements de médicaments supplémentaires et une augmentation de 5% du tarif des mutuelles cette année.


Seniors

« Je mets d’ailleurs les entreprises devant leurs responsabilités. On doit garder les quinquagénaires dans les entreprises »
Les entreprises avaient jusqu’au premier janvier pour conclure un plan d’emploi des seniors, sans contraintes ni engagements. Pire, en mai 2008, les (futurs) retraités apprenaient que (1) leur pension n'augmenterait que de 1,9%, (2) les pré-retraités de 57 à 60 ans devraient pointer prochainement au chômage, (3) la durée de cotisation retraite passerait mécaniquement à 41 ans et (4) qu'ils risquent d'être radiés du chômage après deux refus d'emploi comme tout chômeur. 60%* des seniors (55 à 65 ans) ont été ainsi précarisés en quelques jours.


Travail le dimanche
Nicolas Sarkozy, travaille lui-même rarement le dimanche, mais il aime faire du shopping sur les Champs-Elysées. Adoptée à l’été 2009, la loi sur le travail le dimanche n’a servi à rien si ce n’est fragiliser un peu plus le petit commerce.



Travailler plus pour gagner plus
Ce slogan méritait un blog à lui tout seul. Votée dans l'urgence dès juillet 2007, la loi TEPA exonérait les heures supplémentaires d'impôt et de cotisations sociales. Effet d'aubaine, les entreprises ont pu en profiter. Le marché de l'intérim s'est effondré dès le mois d'avril. En 2007 déjà, les Français n'ont pas travaillé plus. Le pouvoir d'achat a-t-il cru pour autant ? Non. L'envolée des prix de l'énergie et des matières premières, conjuguée à une faible augmentation des salaires, a sabordé l'efficacité du dispositif. En 2008, le pouvoir d'achat des Français a baissé, le chômage technique s'étend, les destructions d'emploi se multiplient. En 2009, la crise est là. Mais Sarko s'obstine. Comme nous l'écrivions voici presque deux ans, on ne cherche pas à travailler plus, mais à travailler tout court.

Ami sarkozyste, où es-tu ?



Et merci à Politistution pour sa vigilance video.

Frédéric Lefebvre et la méthode Coué



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jeudi 6 mai 2010

Frégates de Taïwan, scandale d'Etat



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6 mai 2007-6 mai 2010 : pourquoi Sarkozy ne sera jamais un Président

Pour « devenir » président, il s’est refermé. Il a peur des fuites, restreint le cercle des participants à ses réunions, cache son agenda au maximum, préfère « déléguer ». Trois ans après son élection, Sarkozy apparaît usé, reclus, et craintif. Il n’a devant lui aucune « politique de civilisation » à défendre, aucun projet idéologique fort. Le rêve a disparu. Les cauchemars restent. Sarkozy veut changer. Il reste tel qu'il est. On ne change plus à 55 ans.

Que pourra-t-on retenir du (premier ?) mandat de Nicolas Sarkozy ? Un sentiment d'échec, une agitation qu'on a confondue avec du volontarisme, le caractère impulsif d'un Monarque sans charisme. Théoriquement, il ne reste qu'un an d'action politique, avant qu'une nouvelle séquence électorale, décisive celle-là, s'ouvre à nouveau en 2011. Théoriquement, car Sarkozy s'est déjà glissé dans la peau du candidat: déplacements à l'étranger (après la Chine, bientôt l'Inde) ou au contact des Français, le Monarque veut prendre de la hauteur. Il a d'ailleurs déjà prévenu ses proches et ses élus : l'année 2011 «on ne fera que de la politique». Les conseillers élyséens propagent dans la presse les éléments de langage du moment : Sarkozy se re-présidentialise. Il va changer.

En complément d'une prochaine mise à jour de notre abécédaire des promesses non tenues, voici les six traits permanents du caractère d'un homme qui a confondu la conquête du pouvoir avec son exercice.

Six traits permanents et immanents qui l'ont empêché, l'empêchent et l'empêcheront de devenir présidentiable, fût-il élu.

Compulsif
Nicolas Sarkozy croit que son style est en cause. Ses proches tentent de le convaincre au calme. Au lendemain de l'échec aux élections régionales, on a pu assister à une séquence incroyable: les uns après les autres, des ténors de l'UMP sont allés de leurs commentaires et conseils contre le style du Monarque: qu'il se calme, qu'il devienne enfin présidentiel. Une démarche quasi-infantilisante. Pourtant, ce n'est pas le style, mais bien l'homme lui-même qui est cause. La situation institutionnelle du pays impose que le président sache maîtriser ses nerfs. Le Général de Gaulle était l'homme du 18 juin 1940. François Mitterrand était tenu par sa maladie, Jacques Chirac par sa bonhommie. Sarkozy est compulsif. La moindre attaque personnelle, surtout intime, déclenche sa rage.

C'est un trait de caractère incompatible avec la fonction présidentielle.

Incompétent
En 2007, on a confondu agitation et volontarisme, annonce avec action. Une réforme, surtout si elle d'envergure, se travaille, se prépare, se met en place sur la durée. Le programme de Nicolas Sarkozy était riche en promesses de lendemains qui chantent. La récession de 2008 n'est pas responsable des revirements sarkoyens. L'excuse est trop facile. Combien de réformes gâchées, de précipitation inutile ? Combien de couacs, de polémiques inutiles ? Sarkozy sait transformer l'or en plomb. Trop bravache, il se lâche. Il encourage le couac, la bévue, le dérapage. Incapable de patience, persuadé d'avoir toujours raison, il oublie l'objectif pour la forme et la gloriole de l'instant.

Menteur
Nicolas Sarkozy n'a pas le monopole du mensonge. Mais il a beaucoup promis. Il semble avoir oublié qu'il a été élu pour appliquer un programme ou, à défaut, d'expliquer pourquoi il a dû en changer. Il a même fait des promesses qu'il savait pertinemment qu'il ne tiendrait pas. Prenez la politique étrangère. En 2007, le candidat attaquait la repentance, mais louait les droits de l'homme. Il n'a pas fallu attendre plusieurs mois pour constater les premiers renoncements. En Afrique, Sarkozy a soigné les vieux réseaux, les anciennes amitiés, les sales compromissions. Il s'est voulu donneur de leçons contre l'Iran et les Talibans afghans, mais il assumait, schizophrène, les embrassades avec les dictateurs syrien ou libyen. Sarkozy, qui a promis plus que d'autres avant lui, s'est révélé menteur, plus que d'autres.

Flemmard
Sarkozy est un flemmard. Il s'était forgé une image d'hyperactif, à coups d'annonces quotidiennes et de déplacements permanents. Mais la réalité est bien différente. Même lors de sa première année à la présidence, les week-ends de repos étaient systématiques, les escapades privées - souvent maquillées sous de faux prétextes de déplacements officiels sans motif - étaient légions : son union avec Carla Bruni, à la fin de l'année 2007, a réactivé cette urgence toute sarkozyenne à prendre du bon temps. Quand il n'est pas au Cap Nègre, il se repose à la Lanterne, près de Versailles. Il se moquait du "Roi Fainéant" qu'était Jacques Chirac. On devrait lui retourner le compliment.

Narcissique
Il faut une bonne dose d'estime personnelle, voire d'orgueil, pour prétendre à la magistrature suprême. Sarkozy a simplement poussé le bouchon vers des limites que nous ne connaissions pas : il ne s'en cache pas. Qu'importe le sujet ou l'occasion, le Monarque a besoin de tirer la couverture à lui, se dresser couronnes et fleurs, s'auto-congratuler en permanence. A l'étranger, la presse se gausse, s'amuse, s'agace parfois.

Cupide
On a trop vite oublié les premiers mois bling bling de la présidence sarkozyenne, les Ray Bans et la Rolex. Mais ce goût du bling bling n'est pas qu'un besoin d'apparat. Sarkozy aime l'argent, rêve d'argent, pense argent. Bref, il est cupide. Accepter des cadeaux (voyages, hébergement) ne le dérange pas. Ne pas en recevoir l'énerve. Sa commande d'un nouvel Airbus est très symptomatique de ce défaut : Sarkozy voulait son "gros" avion, équipé d'une baignoire (une gageure dans un appareil volant). Et qu'importe si l'aéroport présidentiel de Villacoublay, incapable d'accueillir un Airbus A380, doit être refait en conséquence.

Trois ans après son élection, Nicolas Sarkozy découvre qu'il devrait devenir président. Le logiciel est cassé. L'espoir n'est plus là. L'homme a des ressources, des moyens. Mais il ne changera pas. Compulsif, menteur, flemmard, narcissique, et cupide, il restera.

Ami sarkozyste, avais-tu voté pour cela ?




Crédit illustration FlickR CC Galerie de Môsieur J

mercredi 5 mai 2010

Chouette ! Sarkozy a la trouille !

Mardi 4 mai, Nicolas Sarkozy est allé parader devant un gros navire tout neuf de la Marine nationale. Une frégate dénommée l'Aquitaine, devant laquelle il a rappelé la « vocation industrielle de la France ». Sarkozy se chiraquise à une vitesse grand V. 

Peur de Karachi
Le Karachigate fait peur à Sarkozy. Philippe Broussard résumait dans l’Express le propos d'un récent ouvrage, « Le Contrat », écrit par Fabrice Lhomme et Fabrice Arfi, deux journalistes de Mediapart. Il rappelle le fameux contrat AGOSTA, la vente pour 829 millions d’euros de 3 sous-marins français au Pakistan, conclu à l’automne 1994. Le journaliste précise : « Pour en mesurer les enjeux, il suffit d'ouvrir ce livre. Les auteurs y détaillent la mise en place, en marge d'Agosta, d'un système de "rétrocommissions" visant à financer la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995. Des "intermédiaires", rémunérés en toute légalité pour faciliter l'obtention du marché, rétrocédaient - en toute illégalité, cette fois - une partie de ces sommes à des "politiques" français. » Les deux enquêteurs balancent effectivement beaucoup sur le financement du camp Balladur en 1995, rappelant notamment qu'Edouard Balladur aurait imposé deux intermédiaires à la DCN en toute fin d'opération.

A la même époque, Nicolas Sarkozy, alors ministre du budget, a validé la création d’une société off-shore dénommée HEINE, dont le but était de « faciliter les paiements d'intermédiaires liés au contrat Agosta. » Plus tard, cette société entra en conflit avec l’Etat français. Une transaction fut trouvée, « en toute discrétion, avec l'aval de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, comme le laisse soupçonner un document signé "NS". C'était le 20 novembre 2006, quelques mois avant l'élection présidentielle de 2007. »

Chez Mediapart, les deux journalistes rapportent aussi avoir rencontré l'un des deux intermédiaires imposés par le camp Balladur en janvier 1995 bénéficiant de commissions sur cette vente. Ziad Takieddine nie toute implication, mais reconnaît sa proximité avec Nicolas Sarkozy. Autre révélation, M. Takieddine «révèle également avoir été l'intermédiaire de la France dans l'affaire de la libération des infirmières bulgares, événement majeur du début de la présidence Sarkozy, au mois d'août 2007»

L'affaire des rétro-commissions politiques ne fait que commencer.

On comprend que le Monarque s’inquiète.

Peur du Grenelle
A peine arrivé à l’Assemblée Nationale, le « monument législatif » comme aime à le répéter Jean-Louis Borloo, qu’est la loi « Grenelle 2 » est critiquée pour ses insuffisances. Nous avons déjà relevé la principale lacune de ce texte pourtant volumineux : il ne contraint à pas grand-chose. Mais on pouvait aussi rappeler les autres reculs sarkozyens: la taxe carbone est repoussée aux calendes européennes. L’installation d’éoliennes était freinée par la loi Grenelle 2 (dès mardi, l’UMP a annoncé qu’elle reculait sur le sujet); l'étiquetage vert des produits de consommation (i.e. leur impact carbone) ne sera plus obligatoire (la loi ne prévoit qu'une expérimentation à compter du premier juillet 2011); le retrait d'un pesticide du marché devra attendre l'examen de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments; la taxe poids lourds a été reportée à 2012; et nombre de projets très peu écolo-compatibles ont été validés par l'Etat (terminal charbonnier à Cherbourg, autoroute de contournement de Strasbourg, autorisation des camions 44 tonnes pour l'agriculture, etc)... Qui dit mieux ?

Peur des retraites
Est-ce l’Elysée qui a fait opportunément fuiter, dans les colonnes du Monde, les pistes de réformes des retraite élaborées par Sarkozy ? Nul ne sait. Sans doute un conseiller trop bavard, comme à l’accoutumée. Il a dû se faire tirer les bretelles. A moins qu’il ne s’agisse de Raymond Soubie, qui agit sur ordre sur tout ce qui touche au social. Eric Woerth n’a semble-t-il pas apprécié qu’on lui savonne la planche. Pourtant, la nouvelle n’est pas franchement neuve : Sarkozy pencherait pour un allongement de l’âge minimal légal de départ à la retraite. Depuis des mois, voire des années, cette mesure est visée et défendue par l’UMP. Dimanche dernier sur CANAL+, le ministre du Travail répétait encore qu’on ne pourrait pas y couper puisqu’il s’agit de « sauver le système par répartition ».

Le Monde, donc, ne faisait que confirmer un secret de Polichinelle : « Sans changer la réforme Fillon, qui prévoit d'allonger la durée de cotisation-retraites d'un trimestre par an, il faut reporter l'âge légal de la retraite à 61 ans en 2015, 62 ans en 2020 et 63 ans en 2030. Une telle réforme permettrait d'équilibrer le régime des retraites et c'est, selon des sources concordantes, l'hypothèse de base sur laquelle travaille M. Sarkozy. » Dans cette révélation, la vraie information est ailleurs : pour l’Elysée, ce simple recul sera la panacée, et permettrait d’équilibrer nos régimes de retraites dont le Conseil d’Orientation des Retraites, le 14 avril dernier, prédisait un déficit de plus de 70 milliards d’euros en 2050 (dans l’hypothèse la plus favorable !). Or, dans ce cas de figure, qui supporterait l’essentiel de ce rééquilibrage ? Celles et ceux qui pourraient prétendre à une retraite pleine dès 60 ans. C’est-à-dire celles et ceux qui ont démarré leur carrière professionnelle très tôt. En bref, parmi les plus modestes. Comme le rappelait Le Monde, « L'âge moyen de liquidation des droits à la retraite est aujourd'hui de 61,5 ans ». Et le COR avançait déjà qu’il faudrait aussi une hausse de 6 points des cotisations ou une baisse de 13 points du ratio pension moyenne salaire moyen. Autre piste fumeuse de l’Elysée, « l'idée serait de vider la barrière des 60 ans de sa substance ». Merci qui ?

Peur de son bilan
L’Elysée a publié un court document pour « défendre » le bilan du Monarque, 3 ans après son élection. Le livret est destiné aux «relais d'opinion» et aux élus. A lire ces nouveaux éléments de langage, on est frappé par une chose : Sarkozy a la trouille. Il cherche l'excuse. Le caïd élyséen tente d'excuser ses échecs, volte-face et reniements : c'est la faute à la crise mondiale ! Le Monarque se justifie: «au second semestre 2008, face à la récession la plus grave que le monde et la France aient connue, l'ordre des priorités a dû être modifié». Sarkozy ne parle qu'à son coeur de cible. Les Français, surtout modestes, doivent être contents qu'il ait renoncé à supprimer la dispense de recherche d'emploi pour les seniors de 58 ans au chômage, que le dispositif d'offre raisonnable d'emploi ait été mis en sommeil, ou que le gouvernement ait été contraint à réintroduire un certain traitement social du chômage pour cause de crise. Sarkozy proclame tout de même que «l'heure n'est pas au bilan. Face à la crise, dont les effets perdurent, le temps demeure résolument à l'action». Bien sûr. Il est aussi tout aussi hypocrite en expliquant qu'il réduira les déficits publics en ramenant en 2012 le nombre de fonctionnaires de l'Etat à ce qu'il était au début des années 1990. Le non-remplacement d'un fonctionnaire partant  la retraite sur deux génère 500 millions d'euros d'économies annuelles. C'est moins que le coût du bouclier fiscal. Et le déficit budgétaire frôle les 140 milliards d'euros.

Il ment, mais cela ne compte pas en Sarkofrance.

Peur de la Grèce.
Dans l’affaire grecque, on n’a trop insisté sur une erreur magistrale des institutions et gouvernements européens : tous savaient depuis des lustres que la situation grecque était bien pire que les statistiques officielles mais erronées du pays ne le laissaient entendre. Tous savaient, depuis 2004 au moins, que les statistiques grecques étaient fausses. Un rapport d'Ecofin de janvier dernierRapport sur les statistiques du déficit et de la dette publique de la Grèce») faisait référence à de précédents rapports en 2004 sur la mauvaise fiabilité des statistiques grecques... déjà à l'époque: «la révision des données notifiées pour l'année 2003 intervenue entre les notifications de mars 2004 et de septembre 2004 était de près de trois points de pourcentage du PIB en ce qui concerne le déficit et de plus de sept points de pourcentage du PIB en ce qui concerne la dette.» (cf. chapitre 3.1.1 Révisions exceptionnelles des notifications PDE de septembre 2004, page 12 du rapport). Le 22 novembre 2004, Eurostat a publié un nouveau rapport complet sur la révision des chiffres du déficit et de la dette publics de la Grèce:  «Il ressort dudit rapport que, durant les années qui ont précédé 2004, les autorités grecques ont commis des erreurs en notifiant les chiffres du déficit à la Commission sans se conformer aux règles du SEC 95. Pas moins de onze problèmes différents d’erreurs dans les données communiquées ont été relevés

En d'autres termes, les gouvernements européens savaient parfaitement que la Grèce manipulait ses statistiques. Pour l'opinion publique française, le gouvernement Sarkozy a servi une autre histoire, celle où tout le monde découvrait l'ampleur des déficits. Rappelez-vous les déclarations de Christine Lagarde en février dernier. Elle s'interrogeait sur le rôle de la banque Goldman Sachs dans la falsification des comptes publics grecs en 2009: «il faut savoir si cela a été du maquillage de comptes et si cela a été légal ou pas à l'époque où cela a été fait, et si c'était légal il faut s'interroger pour savoir si c'était propice pour la stabilité - probablement non - et dans ce cas là comment on peut éviter que ça se reproduise.» Le problème date de bien longtemps.

A l'automne 2004, Nicolas Sarkozy était ministre des finances...


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Quand Jérôme Kerviel parle...




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mardi 4 mai 2010

Environnement : la surchauffe administrative de Borloo

Jean-Louis Borloo est-il en surchauffe ? La loi GRENELLE 2, qui doit être l'application concrète des engagements du Grenelle de l'Environnement d'octobre 2007, parvient enfin à l'Assemblée Nationale ce mardi 4 mai. Le Sénat l'avait adopté en ... octobre 2009. Le projet avait été déposé une première fois en janvier 2009, il y a 14 mois. «Nous sommes à quelques jours de la fin du marathon législatif qui permet de rendre opérationnel l'ensemble des engagements» a-t-il expliqué samedi. Le projet de loi comprend 6 chantiers: «la lutte contre le réchauffement climatique, la préservation de la biodiversité, le développement d'une agriculture durable, la prévention des risques et la protection de la santé, la mise en oeuvre d'une gestion durable des déchets, et l'instauration d'une gouvernance adaptée à cette mutation écologique». En janvier dernier, le projet avait été présenté et adopté en Conseil des ministres.

Le gouvernement met en valeur les avancées du projet, sur six thèmes. Les remarques qui suivent s'appuient sur le texte adopté au Sénat. On a peine à y voir clair. La texte a été adopté il y a 9 mois par le Sénat, et voici l'Assemblée qui s'y colle. Jean-Louis Borloo se défend : «Il n'y a aucun recul politique. Mais ne soyons pas dupes, de telles avancées en si peu de temps n'arrangent pas tout le monde.»  Qu'en est-il véritablement ?  Qui est vraiment gêné par cette masse d'articles ? Les écolos... ou ... les lobbies industriels?

Le titre I relève de l'urbanisme. Son premier chapitre traite de «l'amélioration de la performance énergétique des bâtiments». La loi y amende le code de la construction et de l’habitation pour favoriser la performance énergétique des bâtiments. Elle y ajoute ainsi, dans l'article 1, que le respect de la règlement thermique doit être attesté (pour les constructions neuves) ou évalué régulièrement (pour les bâtiments anciens). L'article 2 est à peine plus contraignant, en imposant des travaux d’amélioration de la performance énergétique dans les bâtiments existants à usage tertiaire ou dans lesquels s’exerce une activité de service public dans un délai de huit ans à compter du 1er janvier 2012. Il autorise des éco-prêts à taux privilégiés en faveur des collectivités locales.

Le second chapitre est dédié à l'Urbanisme. La loi modifie ainsi le code de l'urbanisme, pour y ajouter de nouvelles règles. On s'attendait à de véritables contraintes. On est déçu. L'article 4 précise ainsi qu'un permis de construire ne peut empêcher «l’installation de systèmes solaires thermiques ou photovoltaïques ou de tout autre dispositif domestique de production d’énergie renouvelable, à l’utilisation en façade du bois ou de tout autre matériau renouvelable permettant d’éviter des émissions de gaz à effet de serre ni à la pose de toitures végétalisées ou retenant les eaux pluviales
L'article 6 prévoit que schémas de cohérence territoriale, plans locaux d’urbanisme et cartes communales seront libres de déterminer «l’équilibre entre le renouvellement urbain, le développement urbain maîtrisé et le développement rural ; une utilisation économe des espaces naturels, la préservation des espaces affectés aux activités agricoles et forestières, la protection des sites, des milieux et paysages naturels ; et sauvegarde des ensembles urbains et du patrimoine bâti remarquables». Rien de plus, rien de moins. Les articles suivants poursuivent l'élargissement de l'éventail de ce que collectivités et administrations locales peuvent déterminer pour favoriser le développement durable. Le ministre a raison en expliquant que sa loi est une boîte à outils. L'obligation de les utiliser viendra-t-elle un jour ?

Le dernier traite de la publicité extérieure, des enseignes et pré-enseignes. La pollution visuelle, par les panneaux d'affichage publicitaire, est visée par ce chapitre III. On est heureux de voir (enfin) interdire toute publicité. On est déçu de l'exemption accordée aux «lieux qualifiés “agglomération” par les règlements relatifs à la circulation routière» (article 15), aux environs des aéroports et des gares ferroviaires, ou même «à proximité immédiate des établissements de centres commerciaux exclusifs de toute habitation et situés hors agglomération.»

Le titre II s'attaquait aux transports. Belle promesse ! Les «mesures en faveur du développement des transports collectifs urbains et périurbains» constituent le 1er chapitre. Le code des collectivités territoriales devra soit interdire soit rendre payant le stationnement des véhicules à moteur sur les voies publiques supportant des transports collectifs. Existe-t-il encore des coins sans parcmètres en France ? Le même chapitre autorise la mise à disposition de bicyclettes par une communauté de communes... Sans rire ? Un prochain décret devrait aussi définir les règles de l'auto-partage (déjà en vigueur à Paris notamment). Les futures constructions de parking devront prévoir des équipements de câblage pour véhicules électriques. Et les entreprises qui proposent des parkings à leurs salariés devront les équiper de dispositif de recharge de véhicules électriques ou hybrides avant le 1er janvier 2015. Enfin une contrainte ! Une autre disposition autorise la création de péages urbains, mais rien de contraignant n'est prévu à l'encontre des déplacements en véhicules individuels, ni rien ne prévoit quoi que ce soit en faveur du transport collectif. Au contraire, la loi spécifie que «le péage urbain ne peut être instauré qu’après la mise en place d’infrastructures et de services de transport collectif susceptibles d’accueillir le report de trafic lié à l’instauration du péage.» (article 22ter). Un curieux article (le numéro 20) s'est glissé, qui modifie le code de procédure pénale: il autorise les agents d'exploitants d'autoroute à verbaliser les contrevenants au péage.

Le Titre IV traitait de biodiversité. Vaste sujet. Ici encore, la même question : mais où sont les contraintes ? le premier chapitre s'attaque à l'agriculture et ses pesticides. Grande nouvelle, les produits phytopharmaceutiques devront être agréés pour leur distribution, les conseils à leur utilisation, ou leur application. Cet agrément sera délivré par une autorité administrative. Les certificats d'utilisation devront être renouvelés périodiquement. La loi ne précise aucune modalité sur ces dispositions, qui feront l'objet d'un décret ultérieur. La loi assouplit le secret professionnel en obligeant la publicité des caractéristiques techniques des pesticides. La dispersion de pesticides par voie aérienne est proscrite (sauf exception, cf. article 40bis). Petit gadget, un label « issus d’une exploitation de haute valeur environnementale » est créé (article 41). Pour l'agriculture bio, le gouvernement prévoit notamment la publication d'un rapport sur son approvisionnement en restauration collective.
Le chapitre II définit une "trame verte" (espaces verts, espaces naturels, corridors écologiques, etc.) et "une trame bleue" (cours d'eau, etc) au code de l'environnement : «la trame verte et la trame bleue ont pour objectif d’enrayer la perte de biodiversité en participant à la préservation, à la gestion et à la remise en bon état des milieux nécessaires aux continuités écologiques, tout en prenant en compte les activités humaines, et notamment agricoles, en milieu rural.» Pour ces zones, des consultations seront organisées pour définir besoins et objectifs. la loi engendre ses propres sous-Grenelles... les régions devront définir avec l'Etat des «schémas régionaux de cohérence écologique.»

La dernière partie, la plus volumineuse, traitait des risques, de la santé et des déchets. On y prévoit un renforcement de la surveillance de la qualité de l'air, la déclaration obligatoire des nanoparticules, et des restrictions sur l'usage des téléphones portables pour les plus jeunes. La loi spécifie aussi une expérimentation, à partir du 1er juillet 2011, de l'étiquetage de divers produits pour informer le consommateur de leur contenu en équivalent carbone. Nouveau gadget, la loi propose l'autorisation, pour les buralistes, de « distribuer » des cendriers de poche biodégradables d'une valeur inférieure à 7% du prix de vente du tabac acheté. Elle insiste aussi sur l'utilisation du papier recyclés pour les livres scolaires, les affiches administratives et et les tracts lors d'élections. Rappelons que c'est déjà le cas pour ces derniers.

Au total, la lecture de ce «monument législatif», comme le qualifie Jean-Louis Borloo, est inutilement fatigante. Un fatras sans doute nécessaire de procédures, de consultations, d'objets administratifs et autres schémas. Trente mois après la conclusion des rapport du Grenelle de l'Environnement, la France se dote d'une «boîte à outils» volumineuses, mais toujours pas d'engagements contraignants décisifs. Les interdictions, fussent-elles au nom du développement durable ou de la préservation des espèces, sont rares : affichage publicitaire, diffusion aérienne de pesticides, stationnement gratuit, publicité pour les téléphones mobiles pour des enfants de moins de 14 ans. C'est tout. Les obligations sont tout aussi rares.

De surcroît, l'ennemi se cache dans le détail... administratif. En l'occurrence, l'article 34 de la loi Grenelle 2 est un «monument» ... de dissimulation. L'installation d'installations éoliennes est ainsi soumise aux mêmes règles que les installations classées (article L. 511-2 du code de l'environnement), c'est-à-dire «les installations à autorisation, à enregistrement ou à déclaration suivant la gravité des dangers ou des inconvénients que peut présenter leur exploitation». ... à l'instar des usines chimiques.

Certaines associations se félicitent, ou plutôt se contentent de ces premiers pas. Elles espèrent que les députés - de droite - ne détricoteront pas davantage un projet déjà modeste.

Ces associations auraient dû lire, si ce n'est déjà fait, l'interview de Nicolas Sarkozy au magazine France Agricole. Il a rappelé le sens de ses déclarations anti-écolo du dernier Salon de l'Agriculture. «A partir du moment où vous avez une profession dont les plus chanceux ont perdu 35 % de leur revenu et les moins favorisés plus de 50 %, j’ai considéré que ce n’était pas la période pour leur imposer la moindre règle supplémentaire. Est-ce déraisonnable de parler ainsi ?». Mais surtout, Sarkozy a promis d'autoriser les «méga-camions» de 44 tonnes pour le transport de marchandises agricoles et agroalimentaires. Un joli cadeau...

 Ami sarkozyste, où es-tu ?


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lundi 3 mai 2010

Sarkozy, en retard pour la Grèce, se rattrape dans les médias.

«Sarkozy s'affiche à la tête du combat pour sauver la Grèce». Fichtre ! Franck Louvrier, le conseiller en communication du président, a bien bossé. Il semble avoir rédigé lui-même le titre de cette dépêche de l'AFP, rédigée par Laure Fillon et Philippe Alfroy samedi 1er mai.

La semaine dernière, l'absence de l'exécutif français du théâtre des opérations était saisissante. Nicolas et Carla Sarkozy jouaient les touristes diplomatiques en Chine, sans un mot de commentaires avant la journée de jeudi, alors que la Grèce frôlait la faillite, le Portugal et l'Espagne étaient "dégradés" à leur tour par de fumeuses agences de notation de crédit, et la zone euro toute entière tremblait pour sa survie. Il fallait réagir. L'image d'un président absent de la scène diplomatique était chose inconcevable pour les stratèges de l'Elysée. Mercredi, Barack Obama lui-même est intervenu auprès d'Angela Merkel. Une discussion qu'on devine autrement plus décisive que l'agitation sarkozyenne tardive. Obama craint que l'affaiblissement de l'euro ne renchérisse le dollar, et donc nuise aux exportations américaines.

L'ampleur de la spéculation contre l'Euro a permis de convaincre les Etats membres de l'Union européenne d'un dispositif d'aide en faveur de la Grèce. Cette dernière recevra 110 milliards d'euros pour 3 ans et honorer ses remboursements de crédits. En échange, le gouvernement grec va drastiquement réduire son budget de quelques 30 milliards d'euros, et subir une tutelle du FMI pendant 10 ans.

De retour en France, Sarkozy devait reprendre la main, au moins médiatiquement... Qu'a-t-il donc fait ? Lisez le compte rendu des opérations rapporté par l'AFP. On se croirait en Chine ou en Corée du Nord. Les éléments de langage, fournis par les conseillers de l'Elysée, ont été fidèlement reproduits. Bravo !
«A peine descendu de son Airbus, le chef de l'Etat a d'abord fait le point au téléphone sur la mise en oeuvre du plan de soutien de l'Union européenne (UE) avec la chancelière allemande, qui constitue le principal frein aux efforts déployés par Bruxelles pour secourir Athènes.
Puis une bonne heure, il a planché à l'Elysée avec le Premier ministre François Fillon, les principaux ministres concernés, dont celle de l'Economie Christine Lagarde, et ses plus proches conseillers.»
Quel fut le résultat de ce travail bref mais intensif ? Pas grand chose : un petit communiqué de la présidence de la République pour nous informer (1) que Sarkozy s'est félicité de l'accord négocié en son absence, «en vue de l'activation du plan de soutien européen à la Grèce», (2) qu'il était d'accord avec Angela Merkel, (3) qu'il voulait «renforcer la stabilité de la zone euro et la régulation des marchés financiers», (4) qu'il promettait des «initiatives dans les prochains jours» sur les mécanismes de surveillance au sein de la zone euro, la lutte contre la spéculation, la transparence des produits dérivés et la régulation des agences de notation.

Bref, voici un Monarque coincé par son déplacement de 4 jours en Chine qui essaye de rattraper le train en route. Il y aurait pourtant beaucoup à dire sur la situation.

1. La Grèce se voit prêter de l'argent par l'UE et le FMI. En France, François Baroin a expliqué que l'Etat se payait une jolie marge sur les agios qu'il facturera à son collègue grec: il prêtera à 5% alors qu'il emprunte autour de 2,13% à cinq ans.  Le coût social que les Grecs supporteront est ainsi aggravé.

2. La date du sommet des chefs d'Etats européens est toujours tardive : elle a été calée le 10 mai, soit le lendemain de l'élection dans le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie. Angela Merkel a gagné sa tranquillité.

3. A part la Grèce, d'autres pays européens devraient nécessiter une aide similaire. Des économistes américains chez JP Morgan Chase & Co. and Royal Bank of Scotland Group plc parlent ainsi de 600 milliards d'euros au total.

4. La France contribuera pour bien davantage que les sommes avancées la semaine dernière : 16 milliards d'euros, et non 6,3 milliards. L'Allemagne sera le premier prêteur, avec 22 milliards d'euros. Après la France, suivront l'Italie (18,42 % du prêt total, soit 14,7 milliards d'euros), puis l'Espagne (pour 9,8 milliards  d'euros. La même Espagne a vu sa note dégradée la semaine dernière...


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le Cas Matelly : Camouflet à l'Elysée...

Le gendarme, chercheur, avait été radié et viré de l'armée par décret présidentiel. Le Conseil d'Etat a souhaité, a minima, de préserver ledit gendarme. Et Paf !



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dimanche 2 mai 2010

Les femmes de Sarkozy

Elles sont fidèles, souvent souriantes, jamais bégueules. Cette semaine, les femmes de Sarkozy ont encore soutenu, défendu, loué leur patron. Instinct de survie ? Elles sont rares en Sarkofrance. Le Monarque n'a presque plus que des hommes autour de lui.

Carla est satisfaite.
Elle a beaucoup apprécié son périple chinois. Elle n’a pas été avare en compliments : la réception au Grand Palais du peuple était « éblouissante ». En visitant le pavillon français à l’exposition universelle de Shanghaï, elle s’est même déclarée « fière d’être française ». La presse people a loué ses tenues, toutes plus sexy et distinguées les unes que les autres. On a adoré sa « robe noire à manches longues, escarpins et petit sac noirs » vendredi, ou sa « petite robe noir sans manche » mercredi. Elle a osé les talons (ce qui la grandit encore un peu plus à côté de son mari), et abandonné le chignon pour les cheveux libres et presque bouclés. « Pour Pékin, l'ex-mannequin avait bouclé les pointes de sa chevelure, pour glamouriser l'allure » commentait le Parisien. La fanfare de l’Armée Populaire a même joué deux de ses chansons. Que du bonheur ! En Chine, Carla était le glamour qui manque souvent à Nicolas.

Christine Lagarde est essouflée
La ministre de l’Economie et des Finances a été mise à rude épreuve. Les attaques contre l’euro ont mis à mal la solidarité européenne, et révélé l’inexistence politique de l’Union. Coincée par un collègue récalcitrant et un président absent, la ministre a prêché tout et son contraire. Comme les Allemands, elle a voulu rester ferme contre la Grèce : « Il ne faut pas être complaisant avec la Grèce » ou encore : « Avec ses chiffres erronés et ses politiques économiques inadaptées, la Grèce n’a pas tenu ses engagements. » (dimanche, dans le JDD). Une telle déclaration n’était-elle pas dangereuse alors que les marchés financiers doutaient précisément de la crédibilité du plan européen ? Compatissante (ou effrayée par un effet probable de domino dans la zone euro), elle s’est vite rattrapée quarante-huit heures plus tard, en défendant avec ardeur un soutien effectif à l’Etat grec : « l’aide à la Grèce va restabiliser l’euro ». Elle a aussi loué l’intervention du FMI. Christine Lagarde était-elle en désaccord avec quelqu’un ? Il paraît qu’on appelle cela de la diplomatie. Bizarrement, Christine Lagarde était … en Chine, aux côtés de Nicolas Sarkozy. C’est une belle illustration de la stratégie électorale de Nicolas Sarkozy. Il se cache, se calfeutre, et laisse ses ministres aller au feu.

Ce week-end, elle travaillera encore. Les négociations ne sont pas terminées. L’Eurogroup doit (encore) se réunir. « Les travaux sont en cours et ça se présente bien » a-t-elle commenté vendredi… depuis Shanghaï.

Nadine Morano est gonflée
La ministre de la famille a gentiment gonflé les chiffres de l’absentéisme scolaire : selon elle, « l’absentéisme des enfants, c’est 7 %, c’est 400 000 enfants qui ne vont pas à l’école ». La pauvre ministre ajoutait 120 000 décrocheurs (ces élèves qui sortent du système scolaire) aux véritables absentéistes (280 000). Tout est bon pour justifier la proposition de suspension des allocations familiales prônée par Nicolas Sarkozy.

Fadela Amara est inutile
La secrétaire n’en finit pas de devoir expliquer la réalité de son action. Son plan Espoirs Banlieues est un échec qu’on lui rappelle à chaque occasion d’interview. Aussi préfère-t-elle s’exprimer sur tout et n’importe quoi. Le moindre fait divers de Sarkofrance devient prétexte. Cette semaine, Mme Amara s’est ainsi déclarée choquée par la burqa (qui ne le serait pas ?). Elle est également venue au secours de Brice Hortefeux embourbé dans sa polémique sur la polygamie et un mari intégriste : « On est face, en réalité, à une vraie situation de polygamie qui n'est pas dite tout simplement statutairement et juridiquement ».

Rama Yade est gênée
… qu’on lui parle de la Chine. Jeudi soir sur CANAL+, elle n’a pas pu reconnaître que la Chine était une dictature. « C’est un régime autoritaire ». Concernant le scandale du moment, elle a surpris tout le monde en déclarant que Franck Ribery risquait une mise en examen pour avoir utilisé les services de la fameuse Zahia. Pire, la secrétaire d’Etat aux Sports a déclaré : «le maillot de l'équipe de France est sacré et ne peut être porté par un mis en examen». Eric Besson est venu au secours du footballeur. Une solidarité masculine mal placée ?

Rachida Dati est rancunière.
Elle peut. Dans un entretien à El Païs, elle s’énerve (toujours) contre certains conseillers du Monarque. « Je fais la différence entre le président et son entourage. Je ne sais pas ce qui a poussé son entourage à vouloir me détruire, parce qu'il y a eu une véritable opération de destruction, mais ils ont échoué »



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samedi 1 mai 2010

156ème semaine de Sarkofrance: Sarko et la stratégie du touriste.

Le troisième anniversaire de la mandature approche. Le temps du bilan aussi. Semaine après semaine, la stratégie présidentielle pour la réélection de Nicolas Sarkozy en 2012 se dessine : prendre du recul à l’étranger pour mieux rebondir fin 2011 sur une campagne que l’on pressent « sociale ». Depuis janvier, Nicolas Sarkozy a en effet surpris par la modestie de son programme politique pour l’année. D’ordinaire très boulimique en promesses, le Monarque s’était réfugié derrière un objectif central, la réforme des retraites. La débâcle aux élections régionales l’a conforté dans sa démarche. Sarkozy doit se présidentialiser, voire se chiraquiser, pour éviter les éclaboussures d’une gestion quotidienne qui se révèle inefficace et calamiteuse. On pourrait appeler cela la stratégie du touriste : visiter souvent, commenter toujours, ne jamais agir, ne pas se mouiller. Bref, être candidat.


Touriste diplomatique
Pour cette 156ème semaine de Sarkofrance, le président français s’est envolé pour la Chine. La communication officielle insistait lourdement sur l’importance politique du déplacement : il s’agissait de réconcilier les deux pays, après la (fausse) brouille de 2008 quand Nicolas Sarkozy avait rencontré le Dalaï Lama. Mais le voyage n’était en fait qu’une belle pause touristique : mausolée de l'empereur Qin Shi Huang, Grande Muraille de Chine, pavillon français de l'Exposition universelle de Shanghai, tout y était. On a déjà oublié ce que ce rapprochement franco-chinois signifiait de renoncements vis-à-vis des belles déclarations sarkozyennes en faveur des droits de l’homme. Il faudrait pourtant se remémorer le discours de victoire, au soir du 6 mai 2007. Interrogée sur CANAL+ jeudi dernier, l’ex-secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme Rama Yade ne pouvait reconnaître que la Chine est une dictature, louant même son libéralisme économique…. « C’est un régime autoritaire ». Mais le vrai problème de ce voyage était son timing. Les attaques spéculatives contre la zone euro ont redoublé d’ardeur : la Grèce, puis le Portugal et l’Espagne ont vu leur note de crédit se dégrader. Le « marché » ne croit pas en leur capacité à redresser leurs comptes publics.

La Grèce frôle donc la faillite. Les bourses européennes ont dévissé mardi, puis mercredi. On se serait cru en septembre 2008, quand la planète finance tremblait après la disparition brutale de Lehman Brothers. Et comme en septembre 2008 où il était parti passé 3 jours de shopping à New York avec Carla, Nicolas Sarkozy était aux abonnés absents. Juste avant de partir pour la Chine, il avait répété une nième fois qu’il fallait aider la Grèce. Les Grecs attendent de l’argent, pas des paroles. L’Allemagne bloque. Angela Merkel ne voulait pas céder avant les élections dans le Land de Rhénanie du Nord-Westphalie le 9 mai prochain. Ses électeurs ne voudraient pas « payer pour les Grecs ». De Chine, Sarkozy « comprend ». Selon lui, « il est de la plus haute importance de sanctuariser la relation franco-allemande dans cette période troublée »

Mais cette semaine, les ministres des Finances européens ont été contraints à l’action. Ils se sont dépêchés de trouver un accord, 100 milliards d’euros sur 3 ans, afin que l’Etat grec honore ses échéances de remboursement. La France, faussement généreuse, prêtera à l’excellent taux de 5%, des sommes qu’elle empruntera elle-même à 3,5%. On appelle cela une « prime de risque » car, même en famille, il n’y a pas de raison de ne pas faire de bonnes affaires sur le dos des contribuables, fussent-ils grecs. Ces derniers subiront aussi des mesures d’extrême rigueur, avec 24 milliards d’euros de réduction de son budget à la clé : gel des salaires des fonctionnaires, report de l’âge de départ à la retraite, augmentation de la TVA, etc. des agents du FMI sont allés épluchés les comptes publics de l’Etat grec pour mettre au point cette cure d’austérité. La Grèce préfigure-t-elle ce qui attend d’autres pays européens ?

Coincé entre deux commentaires lénifiants sur la beauté des œuvres et monuments chinois, Sarkozy a dû glisser quelques phrases de commentaires sur cette situation d’urgence. Le ton grave, la voix basse, il s’est limité à ses incantations habituelles : « nous ne laisserons pas… », « nous assumerons… ». L’Europe paye son inexistence politique. C’est chacun pour soi, et rien pour les autres. Nicolas Sarkozy est, comme d’autres, responsable de cette situation : son projet européen a toujours été minimaliste. En 2007, il promettait de débloquer le fonctionnement institutionnel de l’UE. Le micro-Traité de Lisbonne, ratifié puis retoqué, puis rabougri, n’a rien changé. Lors de la présidence française de l’Union en 2008, Sarkozy voulait parler immigration, climat, défense et agriculture. Rien sur l’économie. Pire, Sarkozy a affaibli les institutions européennes : il minora l’axe franco-allemand, jouant la Méditerranée et le Royaume Uni, avant de s’y rallier contraint et forcé lors de la crise de l’automne. Le président de l’UE, nommé fin 2009, est un obscur inconnu, sans moyen ni charisme. Au final, l’Union reste un nain politique, incapable de toute réponse coordonnée aux défis du moment, même quand elle est frappée au cœur.

Sarkozy a aussi menti sur la régulation de la finance mondiale. Il suffisait de dire que ce chantier est titanesque, que les menaces de déstabilisation étaient toujours là. Bref, il suffisait de tenir un discours de vérité. Une démarche incompatible avec le narcissisme sarkozyen. Cette crise révèle combien les 18 mois écoulés n’ont pas servi à grand-chose, malgré les rodomontades du Monarque. Les spéculateurs spéculent, les banques d’affaires prospèrent, les agences de notation sanctionnent, les Etats s’endettent et subissent.

Touriste politique
Touriste, Nicolas Sarkozy l’est également devenu en France. C’est son « nouveau style présidentiel ». Depuis 10 jours, le Monarque a déserté l’action politique. Il préfère célébrer la Savoie (il y a dix jours), visiter des musées chinois (cette semaine), ou inaugurer une nouvelle frégate (mardi prochain). Le petit président veut prendre de la hauteur. Il a ainsi laissé son gouvernement s’embourber dans la polémique du jour, un véritable « Niqab-gate » qui a emporté, une fois de plus, l’inefficace Brice Hortefeux. Une jeune conductrice intégralement voilée, sanctionnée de 22 euros pour cause de conduite au volant avec champ de vision rétréci, a protesté publiquement contre sa verbalisation. Hortefeux a joué la surenchère, réclamant à son collègue Besson d’étudier la déchéance de nationalité du mari soupçonné de polygamie. Mal lui en a pris ! Hortefeux a fait une jolie publicité au dit mari qui clama son innocence (il n’a qu’une femme mais trois maîtresses). Eric Besson a dû reconnaître que la loi n’y pouvait rien et qu’il faudrait peut être la changer. La Sarkofrance se ridiculise. Dans quelques jours, l’interdiction du voile intégral, le vacarme du moment, sera un projet de loi. On sait déjà qu’imposer la burqa sera puni d’un an de prison ferme et 15000 euros d’amende. A l’issue de son procès devant la Haute Cour de Justice, Charles Pasqua, l'ancien mentor de Nicolas Sarkozy dans les Hauts-de-Seine, n’a écopé que d’un an avec sursis. Deux poids, deux mesures ?

Même sur les retraites, le Monarque est absent. Il a bien ses idées, mais il préfère voir Eric Woerth mener sa concertation. Cette semaine, le ministre a ainsi rencontré syndicats et partis politiques. A aucun d’entre eux, il n’a dévoilé les réflexions concrètes du gouvernement. Et pour cause. La réforme sera dure, mais elle doit pouvoir être instrumentalisée au profit de la cause électorale de 2012. Il faut donc, sans brusquer les masses précaires, apparaître comme consensuel et, si possible, récupérer quelques idées de l’opposition.

Il n’y a qu’un sujet sur lequel le Monarque ne ménage pas ses efforts: sa réélection. A fur et à mesure de sa dégringolade dans les sondages de popularité, il avait fait croire qu’il hésitait à se représenter. En fait, il ne pense qu’à ça, et ses conseillers sont à l’œuvre. Deux sombres histoires de manipulation électorales sont venues encadrer l’actualité de la semaine.

Le Karachigate a refait surface dans les médias. Il y a un an, les juges chargés de l'enquête laissaient entendre que l'attentat à Karachi en mai 2002, qui coûta la vie à 14 personnes dont onze ingénieurs français, était en fait une vengeance pakistanaise: Jacques Chirac devenu président en 1995 avait interrompu les versements de commissions occultes, dues par le gouvernement français à l'issue de la vente au Pakistan de 3 sous-marins nucléaires français. Lundi dernier, Libération révélait que les comptes de campagne d’Edouard Balladur en 1995 avaient enregistré un coquet dépôt de 10 millions de francs (1,5 millions d’euros) en espèces, dont la moitié en coupures de 500 FF. Le détail est cocasse. A l’époque, les dons de particuliers en espèces étaient limités à 1000 FF. Cet opportun versement coïncidait avec la vente des trois sous-marins nucléaires français. Quatre jours avant la déclaration de candidature d’Edouard Balladur le 28 janvier 1995, le gouvernement imposait en effet à la DCN de verser des commissions à deux intermédiaires, choisis par l’équipe Balladur, qui n’a pas œuvré jusqu’alors dans l’affaire. Sarkozy, ministre du budget, a dû autoriser ces versements occultes. L’ancien premier ministre, qui refusait jusqu’alors de déposer devant la mission parlementaire, s’est précipité dès le lendemain pour témoigner à huit-clos. Sa défense fut au mieux maladroite. Frédéric Lefebvre s’énerve et dénonce les allégations. On oublierait presque qu’Hervé Morin n’a quasiment rien levé du « secret défense » sur les documents militaires entourant cette vente. Le Karachigate se transformera-t-il en Sarkogate ? Pour l’avocat des familles de victimes, la réponse ne fait aucun doute.

En fin de semaine, on apprenait que des entreprises privées sont sollicitées par un banquier d’affaires proche de Sarkozy pour financer la création d’une société d’études et d’enquêtes d’opinion. Julien Vaulpré, le conseiller de Sarkozy en charge des sondages, participait à ces réunions. Un contrat de 5 ans avec l’UMP a été promis à la future société pour pérenniser son affaire. Le scandale semble complet : « manipulation » de l’opinion à coups de sondages occultes ; incompatibilité de ces dépenses occultes réalisées pour le seul bénéfice du président candidat évident à sa réélection avec la réglementation électorale, inquiétudes sur les contreparties promises aux généreux sponsors privés de l’opération.

Nicolas Sarkozy n'a jamais été président, à part peut-être de l'UMP. Le voici déjà touriste, déjà candidat.

Avec 2 ans d'avance.

Ami sarkozyste, prépare-toi.




Crédit illustration FlickR CC, Bluemontains

Ces retraites de ministres et de parlementaires

Eric Woerth a annoncé une réforme du régime spécial de retraite des parlementaires... Dur. Un régime déficitaire et largement plus avantageux que ceux des secteurs privé ou public.


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