samedi 7 août 2010

170ème semaine de Sarkofrance : la diversion ratée de Nicolas Sarkozy

Il croyait avoir bien fait: une déclaration sécuritaire qui surprit tout le monde où, à partir d'un fait divers opposant police et truands, il réussit à mêler intégration, immigration, Roms, et déchéance de nationalité pour certains Français récents. Las, Nicolas Sarkozy pouvait constater, 8 jours plus tard, que la partie était loin d'être gagnée.

Enfin les vacances ?
Il est enfin arrivé au Cap Nègre, mercredi avec épouse, vélo offert par Martine Aubry, et lectures de vacances. Un collectif l'attendait, manifestant pour l'abolition des privilèges. Il faut avouer qu'atterrir le jour anniversaire de la nuit du 4 août 1789 était particulièrement maladroit, après deux mois de polémiques sur les conflits d'intérêt et cadeaux fiscaux de son gouvernement.

En début de semaine, Nicolas Sarkozy pensait pouvoir quitter Paris avec le sentiment du devoir accompli : ses propos «toni-truands» sur l'insécurité vendredi à Grenoble avaient surpris la plupart des observateurs: à partir d'un fait divers affrontant policiers et truands dans une banlieue de l'Isère, Sarkozy a tout sorti, tout amalgamé, tout mélangé : les sans-papiers, l'échec de l'intégration des immigrés depuis 50 ans, la déchéance nationalité pour les criminels violents d'origine étrangère, les Roms, et même la suppression des allocations déjà votée. Le Figaro nous expliquait que l'affaire avait été préparée de longue date. Claude Guéant avait multiplié les contacts avec certains hauts perchés de la police pour alimenter le président et ses proches en anecdotes sécuritaires pour tout l'été. Dimanche, un supplétif des Alpes Maritimes du nom d'Eric Ciotti, et dont l'épouse a été casée dir com' adjointe d'Estrosi à la mairie de Nice, annonçait qu'il prévoyait une peine de prison ferme pour les parents d'enfants délinquants qui ne suivraient pas le parcours probatoire délivré par le juge. Brice Hortefeux promettait d'étendre la déchéance de nationalité à des cas d'excision ou de polygamie. Lundi, Eric Besson complétait que cela ne serait pas constitutionnellement si difficile. Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, ajoutait jeudi que «la délinquance, chacun sait qu'il y a des liens avec l'immigration». Xavier Bertrand défia Martine Aubry en duel médiatique, lui proposant un débat public sur le sujet. Et le Figaro complétait l'affaire d'un sondage jeudi soir qui affirmait que les Français, même de gauche, plébiscitaient les propositions présidentielles. Qu'importe si ces résultats s'appuyaient sur une poignée de centaines de sondés, pour ce qui concerne les élucubrations assénées par le Figaro sur les désirs profonds du «peuple de gauche». Qu'importe si les «sans-opinions» ne sont pas comptabilisés. Il n'y avait qu'à lire les chroniques de l'été 1940 dans les pages estivales du Monde pour se rappeler qu'un sondage similaire sur les premières mesures du gouvernement Pétain contre les juifs et les étrangers auraient eu le même assentiment populaire. Quelle infamie ! Ces dérapages ne sont malheureusement pas nouveaux. La même droite «républicaine», déstabilisée par le Front National dans les années 80, usait et abusait de ces mêmes outrances. On croyait que l'électrochoc d'avril 2002 avait servi de leçon. Visiblement pas pour tout le monde. Michel Rocard s'est étonné de telles annonces, inédites selon lui depuis ... les Nazis. Bravo, Nicolas !

Ratage sécuritaire
Depuis 8 jours, toute la Sarkofrance s'est ensuite essayer à attirer la France et l'opposition dans cette funeste surenchère : alors, t'es cap' ou t'es pas cap' ? On ne savait pas que la conduite des affaires de la Nation pouvait se résumer ainsi à des comportements, par ailleurs irresponsables, indignes même dans une cour d'école.

A l'étranger, l'image de la France est affaiblie. Le New York Times, dans son édition du 6 août, expliquait à ses lecteurs que Nicolas Sarkozy réveille de dangereux sentiments xénophobes pour un gain politique à court terme. A Londres, le Guardian parle d'incitations à la haine raciale. Faut-il qu'il soit inquiet, Nicolas Sarkozy, pour se rabaisser ainsi ? L'affaire pourrait se révéler finalement dangereuse... pour lui. Son propre bilan de lutte contre l'insécurité est désastreux. Depuis 2002, il prend chaque fait divers violent en exemple pour pondre une nouvelle loi. Et c'est justement la délinquance violente qui ne cesse de progresser depuis 2002. Fait remarquable, même les syndicats de police ne sont plus dupes: à force de sabrer les effectifs et les moyens, les policiers en ont marre de ce caïd de pacotille qui joue les fiers-à-bras sitôt descendu de son jet présidentiel.

L'opération sarkozyenne du weekend dernier a ainsi triplement échoué. Primo, l'ensemble des médias ont autant traité de la diversion que du fonds des propositions. Même le Figaro, dans l'un de ses premiers articles, nous dévoilait toute la tactique électorale et médiatique à l'oeuvre depuis l'Elysée pour sortir la fin de mandat de Sarkozy du sale climat des affaires. Secundo, chacun s'est amusé à rappeler le propre bilan de Nicolas Sarkozy en matière de lutte contre l'insécurité : à la manoeuvre depuis 2002, le président français n'est pas parvenu à juguler cette délinquance violente qu'il dénonce pourtant sans discontinuité. Les violences aux personnes ont cru pour atteindre le nombre record de 460 000 à fin juin dernier, leur taux d'élucidation s'est dégradé sous la barre des 60% (alors qu'il atteignait 70% en 2002). Mercredi, caméras et journalistes étaient conviés à l'aube à Grenoble pour assister à 4 interpellations de suspects, une centaine de policiers à l'appui. L'opération fut un échec.  Faute de preuves, les quatre furent relâchés. Le lendemain, Hortefeux installait le nouveau groupement régional d'intervention, basé à Grenoble. Trente-huit policiers auraient été attribués en renfort, pour l'essentiel de la bleusaille, et de toute façon insuffisants pour compenser les départs prévus.

Tertio, la diversion n'a pas effacé la polémique sur les conflits d'intérêt qui entourent le gouvernement, et notamment Eric Woerth.

Conflits d'intérêt élargi
Ce dernier a été pris dans une nouvelle affaire. Mercredi, le quotidien Libération l'accuse, lettre d'avril 2008 à l'appui, d'avoir abandonné 27 millions d'euros d'impôts, ainsi que toutes les pénalités afférentes, à l'exécuteur testamentaire du sculpteur Cesar, qui serait par ailleurs un fidèle donateur de l'UMP. Entre amis, on se comprend. Il n'y eut que Jack Lang, décidément en mal de notoriété, pour louer l'intervention de Woerth. Quand le ministre et le donateur accusent Libération de désinformation et d'amalgame, le quotidien réplique en publiant la lettre, et ... rappelle l'affaire Guy Wildenstein : un ami du Président, fondateur du Premier Cercle, et patron des UMPistes de la Côte Ouest des Etats-Unis, est accusé par sa belle-mère d'avoir subtilisé des milliards d'euros d'oeuvres d'art de son père décédé. La justice a reconnu l'évasion fiscale, «un héritage familial». La veuve a écrit au ministre Woerth l'an dernier, sans réponse... Il ne faut pas déranger l'ami Guy, comme l'appelle Nicolas Sarkozy.

On s'intéresse également au proche cabinet d'Eric Woerth aux ministères du Budget puis du travail. Il semblerait que tout le Premier Cercle y est ses entrées : le jeune et doué Sébastien Proto, fidèle conseiller de Woerth, n'est autre qu'un ami proche d'Antoine Arnault, fils de Bernard Arnault, et beau-fils de Patrice de Maistre... La publiciste Anne Meaux, qui gère depuis juin la communication de crise du ministre accusé et acculé confirme la proximité des deux hommes. Proto passe ses vacances en Corse dans la villa Arnault et sur leur yacht, immatriculé dans un paradis fiscal, alors que de Maistre et Woerth sont impliqués dans une même affaire judiciaire. En Sarkofrance, l'amitié n'a pas de frontière, fusse-t-elle celle du conflit d'intérêt. Bref, Eric Woerth a du mal aujourd'hui à maintenir qu'il connaît à peine le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt.

Patrice de Maistre, justement, a démenti certaines affirmations d'Eric Woerth lors de son interrogatoire de complaisance le 29 juillet dernier : oui, il a bien reçu Florence Woerth, à la demande de son mari, après l'élection de Nicolas Sarkozy, pour la «conseiller» sur sa carrière. Quatre mois plus tard, elle était embauchée. Et dans les enregistrements pirates de ses conversations avec Liliane Bettencourt révélées par Mediapart, on pouvait l'entendre affirmer à sa patronne qu'il n'aurait pas dû l'embaucher pour faire plaisir à Woerth...

Autre proche d'Eric Woerth à récolter enfin quelques attentions cette semaine, Eric de Sérigny, gestionnaire de fortune, est aussi conseiller d'Eric Woerth, en charge des «relations avec le monde économique». Le titre est officiel mais sa nomination aux ministères du Budget puis du Travail n'a jamais été publiée au Journal Officiel. A en croire le Canard Enchaîné, c'est grâce à lui qu'Eric Woerth recrute pour le Premier Cercle. Il a aussi usé de son entregent pour glisser le nom de Patrice de Maistre dans la liste des légionnés d'Honneur. Sérigny est aussi administrateur «non indépendant» d'Imérys, le leader mondial des minéraux industriels, dont l'actionnaire de référence est Albert Frère, autre proche du président. Un autre administrateur d'Imérys est Robert Peugeot, descendant de la famille du constructeur automobile. Selon le JDD, ce dernier a dîné avec Eric Woerth le lendemain d'un cambriolage à son domicile, le 5 décembre 2009, pour s'éviter un redressement fiscal sur 500 000 euros de lingots d'or dérobés et déclarés pour 150 000 euros seulement au fisc. Pour compléter l'affaire, le directeur général adjoint d'Imérys n'est autre que le mari de Valérie Pécresse. Et l'ancien directeur général du Fond Stratégique d'Investissement, ce «machin» créé par Sarkozy et co-détenu par la Caisse des Dépôts et Consignations pour incarner la politique de relance industrielle de la France début 2009, vient d'être recruté par Imérys.

Le mari de Christine Lagarde, Xavier Giocanti, se fait lui aussi épinglé: il dirigeait, de 2003 à 2005, une association de création d'entreprises, laquelle vient de se voir réclamer le remboursement d'un million d'euros de subventions européennes perçues à l'époque. La cour européenne de justice n'a pas apprécié la légèreté avec laquelle le caractère non lucratif de l'association était gérée: soutien logistique et humain de la mairie voisine de Marseille, gestion des aides mal ficelé, etc, l'accusation est sévère. Pas très loin de Marseille, à Nice, on s'étonne de la gestion très familiale et iconoclaste de la mairie de Christian Estrosi : ce dernier a embauché l'épouse du député Eric Ciotti, si virulent contre les parents d'enfants délinquants. Il vient aussi d'annuler un appel d'offre de 153 millions d'euros pour les cantines scolaires de la ville, après avoir été épinglé pour favoritisme par le procureur local.

De copinage en héritage, de conflits d'intérêt en cadeaux fiscaux, la Sarkofrance paraît bien éloignée des clichés qu'elle promeut à longueur de discours sur le travail et le mérite.

Au fait, les deux secrétaires d'Etat soi-disant «démissionnés» du gouvernement en juin dernier pour abus de leur  fonction, Alain Joyandet et Christian Blanc, retrouveront, sans élection, leur siège de député à la rentrée prochaine. Quelle sanction !

Commissions étrangères
Lundi, Sarkozy recevait le président pakistanais. Une vieille connaissance. Asif Ali Zardari était déjà au gouvernement (de son épouse Benazir Bhutto), en 1994 quand la France balladurienne céda 3 sous-marins nucléaires à son pays. A l'époque, on le surnommait «Monsieur 10%», à l'image du pourcentage de commissions occultes qu'il était censé réclamer sur chaque gros contrat. Le Karachigate s'est ainsi invité dans cet avant-dernier jour de travail du Monarque français avant sa trêve estivale.  Depuis l'attentat de mai 2002 qui coûta la vie à 14 personnes, dont 11 employés français de la DCN à Karachi, la piste d'Al Qaida a été remisée au placard. Le juge Trividic en charge de l'affaire soupçonne plutôt une vengeance pakistanaise suite à l'arrêt du versement des commissions occultes décidées par Chirac en 1995. Il soupçonne aussi le clan balladurien, avec Sarkozy en chef de file, d'avoir perçu des rétrocommissions pour financer la campagne d'Edouard. A Sarkozy qui qualifiait ces hypothèses de «fable» en juin 2009, la police luxembourgeoise a depuis rappelé que l'actuel président français avait supervisé la création de la société offshore en charge des commissions pakistanaises quand il était ministre du Budget d'Edouard Balladur.

Cadeaux fiscaux
On aurait pu parler de la politique économique du gouvernement, du taux de chômage qui vient de grimper en juillet à 9,5%, ou des efforts gouvernementaux pour réduire le déficit budgétaire. Justement, Christine Lagarde, la ministre des Finances, vient d'annoncer l'enterrement en première classe de l'une des mesures-phares du programme du candidat Sarkozy en 2007: la défiscalisation des intérêts d'emprunt immobilier, votée en août 2007 au sein du paquet fiscal. Sarkozy voulait stimuler la propriété. la mesure s'est révélée coûteuse et inefficace, aux dires même de la ministre. Prévue à 1,45 milliards d'euros en 2010, elle se chiffrera à 3 milliards d'euros dans deux ans. Pour la remplacer, le gouvernement de Sarkofrance n'a rien trouvé de mieux que d'élargir le prêt à taux zéro, jusqu'ici réservé aux classes modestes, à tout le monde: «le nouveau prêt à taux zéro sera universel, c'est-à-dire sans condition de ressource, mais il sera réservé aux primo-accédants.»... On croit rêver... Ce gouvernement n'oubliera jamais sa clientèle.

Pour les Français, les annonces de hausses de prix se succèdent et se ressemblent: les prix de l'électricité devraient augmenter de 3% en moyenne pour les ménages et de 4% à 5,5% pour les entreprises. L'Agence Internationale de l'Energie a critiqué la France nucléaire : les tarifs d'EDF ne reflèteraient pas le marché. Les primes d'assurance automobile devraient bondir de 3 à 5% l'an prochain. Le prix du blé, et même les tarifs SNCF sont aussi à la hausse. Tout y passe ! La croissance française, elle, a sérieusement ralenti au premier trimestre 2010, avec seulement 0,1% du PIB (après +0,6% trois mois plus tôt). Le déficit commercial s'est creusé à près de 25 milliards d'euros au premier semestre.

Un président outrancier qui pédale sur les rives d'une Côte dorée, ses proches qui dérapent en roue libre, une économie plombée... tout va bien en Sarkofrance. La rentrée est dans dans trois semaines.

Ami sarkozyste, repose-toi.


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vendredi 6 août 2010

Sarko en vacances, ses ténors dérapent tous seuls...

Nicolas et Carla Sarkozy sont enfin arrivés au Cap Nègre. Nicolas est déjà très bronzé, à force de partir en weekend prolongé à répétition (la dernière escapade date de 15 jours, déjà au Cap Nègre). Une petite manifestation les attendait sur place, pour l'abolition des privilèges. Il faut dire que le couple présidentiel avait choisi la date anniversaire du 4 août 1789 pour descendre.

Mais l'été sera sans trêve.

Occuper le terrain...
Au gouvernement, on s'acharne à occuper l'espace médiatique sur le terrain de l'insécurité. Le collaborateur Hortefeux est officiellement descendu à Grenoble jeudi 5 août. Officiellement, car en fait, il est venu en catimini la veille au soir, pour patrouiller en secret dans des rues désertes avec les policiers. Il cherchait sans doute des Auvergnats... La veille également, journalistes et caméras étaient conviés à l'aube dans la banlieue de la ville à filmer et commenter l'arrestation dès 6 heures du matin de 5 suspects suite aux violences d'il y a 15 jours. Le dispositif policier était lourd, plusieurs centaines de policiers, dont des troupes d'élite du RAID et du GIGN. Les cinq ont été relâchés de leur garde en vue, faute d'éléments, avant même le délai maximal de 48 heures. «C'est un succès» s'est obstiné à commenter Brice Hortefeux jeudi, alors qu'il installait le tout nouveau Groupe Régionale d'Intervention de l'Isère promis par Sarkozy. Vendredi dernier, Sarkozy promettait pourtant des résultats rapides pour valider son lien entre immigration et délinquance à Grenoble.


Le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre , fraîchement revenu de vacances, a confié que «la question des étrangers, c'est un problème majeur dans notre pays. La délinquance, chacun sait qu'il y a des liens avec l'immigration, chacun le sait. C'est souvent pas correct de le dire, mais c'est une réalité que chacun connaît. (...) quelque chose comme 10 % des détenus sont étrangers. (...) Les mises en cause pour vol à la la tire, c'est 50 % d'étrangers. Je ne parle pas de gens issus de l'immigration, je parle d'étrangers ».

L'homme est habitué de ce type d'outrances: de la détection des comportements violents en maternelles au travail pendant les congés maladie. Il s'en est déjà expliqué. Le temps médiatique est trop court pour expliquer longuement. Mieux vaut la formule choc, le raccourci, fusse-t-il dangereux. Conseiller régional des Hauts-de-Seine, Frédéric Lefebvre est surtout agacé de constater que le piège sarkozyen ne fonctionne pas. L'opposition en est restée à critiquer le propre bilan de Sarkozy en matière de lutte contre l'insécurité. Dans la presse et sur les blogs, on s'échine à démonter les erreurs de l'argumentation sarkozyenne. Mardi, Nadine Morano fustigeait Elisabeth Guigou qui aurait beau jeu, selon elle, de critiquer l'extension de la déchéance de nationalité alors qu'elle l'aurait elle-même déjà étendue en 1998 quand elle était ministre de la Justice sous Lionel Jospin. Manque de chance... Mme Morano s'est plantée. Cet élargissement date de 1996, quand le Garde des Sceaux s'appelait Jacques Toubon. En 1998, Mme Guigou a au contraire posé quelques limites, comme l'impossibilité de rendre un condamné apatride.

Jeudi soir, le Figaro.fr publiait son brillant sondage du jour avec ce titre triomphant : «Sécurité : les annonces de la majorité plébiscitées». On pouvait y lire que d'après un sondage Ifop, auprès de 1003 personnes, par ordinateur, que Nicolas Sarkozy et sa majorité avaient fait «carton plein» auprès de l'opinion. Et le journal de Sarkofrance d'expliquer que «les dirigeants socialistes, dépassés par leurs troupes, n'ont toujours pas fait leur révolution culturelle, huit ans après l'élimination de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle.» Bizarrement, le journal n'a pas demandé ce que pensaient les «Français» de la politique de Nicolas Sarkozy en matière de lutte contre l'insécurité, de ses résultats depuis 2002. On pourrait rappeler un autre sondage de l'Ifop, pour France Soir celui-là, qui révélait que près des deux tiers des Français considéraient que l'insécurité était en hausse, 8 ans après la nomination de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur. Bizarrement aussi, les sondeurs de l'Ifop ne demandèrent pas aux sondés s'ils trouveraient justifié de retirer la nationalité française aux évadés fiscaux. Bizarrement, le journal ne précise pas la marge d'erreur de ses interprétations sondagières quand il écrit que les électeurs de gauche plébiscitent aussi les propositions sarkozyennes : sur les 1003 personnes interrogées, combien ont été étiquetées «à gauche» ?

... avant qu'il ne nous occupe
Les services d'Eric Woerth avaient violemment attaqué Libération, jugé coupable d'«insinuations», d'«amalgame» et de «désinformation», suite à ses révélations sur l'intervention directe d'Eric Woerth alors ministre du Budget pour alléger de 27 millions d'euros les impôts dus sur la succession du sculpteur Cesar. Sur France 2 mercredi, Alain-Dominique Perrin, l'executeur testamentaire, avait qualifié de faux les extraits du courrier de Woerth publiés par le quotidien. Dans la journée de mercredi, l'intégralité du courrier pouvait être consultée sur le site du journal (cf. notre billet de mercredi). Jeudi matin, Libération en profitait pour relancer l'affaire Wildenstein, en publiant des extraits d'un courrier de la veuve du marchant d'art au ministre du budget de l'époque s'inquiétant de son attentisme. L'un des héritiers Wildenstein, Guy, que la veuve accuse d'avoir dissimulé l'héritage de son père, est un animateur du Premier Cercle (encore un !) et des adhérents expatriés de l'UMP aux Etats-Unis.

En lisant le Canard Enchaîné du 4 août, la moisson était riche en petites et grandes révélations.

1. Le mari de Christine Lagarde, Xavier Giocanti, se fait épinglé pour sa gestion d'un association entre 2003 et 2005. A l'époque, il dirigeait  le Centre de promotion de l'emploi en micro-entreprise (CPEM), association sous le régime de la loi de 1901 qui reçu 1 million d'euros de subventions européennes. Dans une ordonnance datée du 2 mai, révèle le Canard, la Cour européenne de Justice a condamné ladite association à rembourser le million d'euros perçu à l'époque. Motif ? L'association n'était pas à but si non lucratif que cela : soutien logistique caché mais significatif de la mairie de Marseille (8 employés municipaux plus les locaux), «fausses déclarations, violation de la règlementation, gestion fantaisiste. Un festival.» commente l'hebdomadaire satirique.

2. Christian Estrosi, le ministre de l'industrie rattaché à la même Christine Lagarde, n'est pas épargné : trois voitures de fonction; une ex-épouse placée à la tête de l'office HLM en sus de sa fonction d'adjointe au Logement; l'épouse d'Eric Ciotti (ce député qui aimerait sanctionner de deux ans de prison ferme les parents d'enfants délinquants qui ne suivraient pas le plan de probation délivré par le juge) nommée directrice adjointe de la communication de la Ville, en sus de son salaire d'attachée parlementaire de son mari; un job à la communauté urbaine de Nice pour l'un des frères de Fadela Amara;  une Légion d'honneur pour une restauratrice amie ; un marché public truqué pour les cantines scolaires de la Ville (153 millions d'euros à la clé), rapidement annulé par le ministre-maire quand le procureur Eric de Montgolfier rappela par écrit les bonnes règles de procédure; et un budget de communication municipale qui frise les 3 millions d'euros par an...

Ouf ! Arrêtez là. La liste est suffisamment complète...



Crédit illustration: Sarkofrance, d'après AFP.

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Déchéance de la nationalité... inconstitutionnelle ?


Décheance Nationalite Francaise "inconstitutionnell"...?
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jeudi 5 août 2010

Woerth, Lagarde, Sérigny et Imérys : des cadeaux fiscaux aux amis fiscaux de Sarkozy.

Christine Lagarde a précisé quelques-unes de ses mesures de l'automne: acculé, le gouvernement va supprimer l'une des mesures-phares de la Sarkofrance triomphante de l'été 2007, la défiscalisation des intérêts d'emprunt immobilier. Elle sera remplacée par un dispositif de prêt à taux zéro élargi qui bénéficiera à tous, même aux plus riches !

De son côté, Eric Woerth devait se défendre d'une nouvelle accusation, une intervention fiscale au profit de la succession du sculpteur Cesar. Ses proches collaborateurs font enfin les frais de la curiosité médiatique. D'un cadeau fiscal à un conflit d'intérêt, il n'y a qu'un pas, que la Sarkofrance nous rappelle chaque semaine.

Du paquet fiscal...
Peu à peu, la mesure phare de Nicolas Sarkozy est détricotée. En août 2007, la loi TEPA était adoptée dans l'urgence. Elle mêlait la défiscalisation partielle des heures supplémentaires (traduction du fameux travailler plus pour gagner plus), des intérêts d'emprunts immobilier (la France propriétaire), des investissements ISF dans les PME,  de nouvelles exonérations de droits de succession pour les plus riches, le bouclier fiscal. A l'époque, on craignait qu'elle ne coûte 15 milliards d'euros au budget de l'Etat, pour l'essentiel à cause des heures supplémentaires. En fait, son coût est plus proche de la moitié.

Mardi, Christine Lagarde a annoncé dans une interview aux Echos que la défiscalisation des intérêts d'emprunt immobilier serait prochainement supprimée. Elle coûte cher (1,6 milliards d'euros en 2010, mais 2,6 milliards d'euros prévus en 2013),  et n'a pas stimulé l'accession à la propriété: seules les classes aisées en profitent véritablement, sans qu'elles aient vraiment besoin de ce type de mesure pour décider d'acheter leur résidence. Le gouvernement a simplement oublié que la France souffre d'abord d'une pénurie de logements, d'où des prix élevés, même pendant la crise de 2008-2009. Défiscaliser le coût de l'emprunt ne change rien.

Mme Lagarde a avancé qu'un nouveau dispositif, un unique prêt à taux zéro, le remplacerait, pour un coût estimé à 2,6 milliards d'euros tout de même : en d'autres termes, le gouvernement cherche moins à faire des économies sur ce type d'aide fiscale qu'à supprimer une mesure complètement inefficace: «le dispositif a montré son coût, mais pas son efficacité.» a confirmé Mme Lagarde. L'actuel prêt à taux zéro sera renforcé. Mais le gouvernement Sarkozy n'abandonne pas son coeur de cible électoral : «le nouveau prêt à taux zéro sera universel, c'est-à-dire sans condition de ressource, mais il sera réservé aux primo-accédants.» explique Christine Lagarde. Pourquoi les ménages fortunés auraient-ils besoin d'un prêt à taux zéro pour s'acheter leur résidence principale ? Pour faire bonne figure, Lagarde précise: «L'aide sera concentrée en fonction de trois critères : elle sera accentuée pour les faibles revenus, les zones géographiques d'habitation en forte tension (zone A) et les achats dans le neuf. Sans exclure pour autant les ventes dans l'ancien et les zones B et C. De même, nous allons cibler les faibles revenus, mais aussi les classes moyennes, trop souvent exclues.»

Dans son entretien aux Echos, la ministre justifie également deux récentes nominations: rattaché à la ministre de l'Economie, un nouveau Commissaire Général aux Participations de l'Etat devra gérer le portefeuille de participations publiques dans le secteur privé, en prenant en compte l'emploi, le respect des sous-traitants, la parité homme/femme et les objectifs de politique industrielle.  Ce n'est que de l'affichage. Quand l'Etat est actionnaire marginal, sa voix au sein du conseil d'administration est marginale. Sarkozy joue à Colbert.

Par ailleurs, le Fond Stratégique d'Investissement change de patron: Jean-Yves Gilet a été nommé cette semaine. Il dirigeait la branche Acier inoxydable d'Arcelor-Mittal, membre du comité de direction du groupe depuis avril 2008. Il présidait également une association sobrement intitulée Entreprises pour l'Environnement qui lui a valu d'être porté au grade de Chevalier de la Légion d'Honneur dans la fournée du 14 juillet dernier.

Il remplace Gilles Michel, qui part chez Imérys, une société intéressante à plus d'un titre...

... aux amis fiscaux
Le 12 juillet dernier, la lecture du rapport du patron de l'Inspection Générale des Finances, lui-même nommé par Eric Woerth à son poste en 2008, sur l'éventuelle intervention de son ministre dans le traitement de la situation fiscale de Liliane Bettencourt avait livré au moins une information intéressante : une cellule fiscale existait au sein même du cabinet du ministre. Elle existait avant l'arrivée d'Eric Woerth au ministère du Budget, mais, en deux années de fonction du trésorier de l'UMP, elle avait vu passé 6 247 dossiers fiscaux. Une jolie performance (environ dix dossiers par jour !), alors qu'Eric Woerth, dans sa défense sur l'affaire Bettencourt, expliquait que le ministre qu'il était n'était jamais tenu au cours des dossiers individuels.

Grâce au quotidien Libération, l'un de ses 6 247 dossiers est plus précisément connu: la succession du sculpteur Cesar, décédé en 1998. D'après le journal, Eric Woerth est directement intervenu pour effacer 27 millions d'euros d'impôts ainsi que toute pénalité de mauvaise foi que la succession de Cesar aurait dû acquitter. Il traitait avec  l'exécuteur testamentaire du sculpteur, Alain-Dominique Perrin, président de la Fondation Cartier pour l'art contemporain, et ... donateur de l'UMP. Libération a publié une lettre datée du 24 avril 2008, signée par le ministre, dans lequel il détaille l'ensemble des abandons fiscaux qu'il accorde. Le jour même, les services d'Eric Woerth ont démenti toute intervention personnelle du ministre qui n'aurait fait que suivre les «recommandations de l'administration fiscale.» Libération a maintenu ses informations. 

Certains s'interrogent aussi sur l'entourage proche d'Eric Woerth à son ministère.

1. Sébastien Proto, qui a suivi Woerth du Budget au Travail, est un ami proche d'Antoine Arnault (dont le beau-père est ... Patrice de Maistre). Nous évoquions son cas il y a deux jours. Cet été, le jeune collaborateur d'Eric Woerth devait passer quelques deux semaines de vacances en Corse, dans la villa et sur le yacht (immatriculé en France ? Non... ) de son ami Antoine, comme l'année dernière.  Que le plus proche collaborateur d'Eric Woerth ait maintenu ses contacts personnels avec le beau-fils de Patrice de Maistre, en pleine affaire Bettencourt, ne choque visiblement personne en Sarkofrance.

2. Un autre proche collaborateur d'Eric Woerth, du Budget au Travail, suscite à son tour quelques questions:  Eric de Sérigny. Au sein du cabinet du ministre, il est en charge des «relations avec le monde économique». D'après le Canard Enchaîné du 30 juin dernier, il «s'occupe de mettre en relation les industriels avec le ministre.» Son rôle, attesté par une carte de visite à l'effigie de la République, n'a jamais été officialisé. Dans le privé, il est gestionnaire de fortune, chez Athema, et également administrateur de la société Imérys, «leader mondial des minéraux industriels» (3,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires), majoritairement détenue par l'homme d'affaires Albert Frère.

3. Le directeur général adjoint d'Imérys est Jérôme Pécresse, le mari de Valérie, ministre de l'Enseignement Supérieur. Imérys vient aussi de recruter Gilles Michel, l'ancien directeur du Fond Stratégique d'Investissement (FSI) tout juste remplacé (cf. ci-dessus). Le FSI vient de seconder la Compagnie Nationale à Portefeuille (CNP), holding d'Albert Frère, pour entrer au capital de l'armateur CMA-CGM, en dépôt de bilan. Un petit actionnaire de la CNP ne voit pas l'intérêt de cet altruisme de la CNP...

4. Au conseil d'administration d'Imérys, Eric de Sérigny côtoie aussi Robert Peugeot. On soupçonne Eric Woerth d'avoir favorisé Robert Peugeot, qui aurait sous-estimé la valeur de ses biens dans ses déclarations fiscales. Le 5 décembre 2009, il dînait avec Eric Woerth, alors ministre du Budget, le lendemain d'un cambriolage qui l'avait vu perdre pour 500 000 euros de lingots d'or, une valeur ramenée à 150 000 euros pour éviter tout redressement fiscal, d'après le Journal du Dimanche du 27 juin dernier.

5. Eric de Sérigny est aussi un ami de Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, et l'un des fondateurs du Premier Cercle des donateurs de l'UMP.

6. Jean-Marie Pontaut et Pascal Ceaux expliquaient, dans l'Express, que cet homme «a aussi contribué à la création d'un club sélect, le W 19 (W pour Woerth et 19 pour le nombre de ses membres). Le but de ce réseau bon chic bon genre est d'appuyer la carrière politique du maire UMP de Chantilly (Oise).»

Où s'arrêtera-t-on ?

A l'Elysée.

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mercredi 4 août 2010

Afghanistan, Al Qaida, ou financement: les petites commissions de Sarkozy au Pakistan

Sarkozy, Grenoble.
Lundi 2 août, Nicolas Sarkozy recevait le président Pakistanais. Le Pakistan a longtemps été accusé de jouer un double jeu dans la lutte contre les Talibans en Afghanistan. Il est surtout une vieille connaissance du président français. Zardiri est l'un de ceux qui soupçonné d'avoir reçu des commissions lors de la vente de sous-marins français au Pakistan en 1994, quand Nicolas Sarkozy était ministre dy budget. Le jour même, le chef d'Al Qaida au Maghreb rappelait que la Sarkofrance avait refusé de négocier la libération de Michel Germaneau qu'elle détenait entre le Niger et le Mali.

Al Qaida dément
Cela ressemble à une erreur, l'une de celles qui peut coûter la vie d'un otage. Et d'ailleurs, Michel Germaneau en est mort. On ne saura jamais la vérité sur son décès. Toujours est-il que deux versions s'affrontent. A l'Elysée, on a expliqué que l'otage français était retenu par des intégristes qui avaient décidé de refuser tout dialogue et programmé l'assassinat de Michel Germaneau. Cette thèse est difficilement compréhensible. Pourquoi conserver un prisonnier comme otage pendant 3 mois si ce n'est pour obtenir quelque chose ? L'échec de l'intervention militaire franco-mauritanienne laissait prévoir que la situation de Michel Germaneau allait s'aggraver. Quatre jours plus tard, son décès était annoncé. Depuis, le gouvernement Sarkozy se défausse. Le 26 juillet, Sarkozy explique que cette mort était «programmée». Son ministre de la Défense en rajoute : «On annonçait la mort de Michel Germaneau à travers un ultimatum [lancé le 11 juillet] sans qu'il y ait la moindre discussion. Nous n'avons jamais eu de revendications précises. Ils ont même refusé toute discussion pour permettre l'acheminement de médicaments dont Michel Germaneau avait besoin pour ses problèmes cardiaques

Lundi 2 août, une nouvelle déclaration du chef d'Al Qaida au Maghreb était diffusée sur Al-Jazira. Ce dernier dénonce: «Nous n'avons jamais eu de revendications précises», «Honte à la France et à son président, qui a lancé son raid alors que des négociations étaient en cours.» «Le président français a lancé une lâche opération alors que des négociations étaient en cours pour libérer Michel Germaneau.» En fait, ces propos faisaient partie de la même déclaration qui annonçait voici 8 jours le meurtre de Michel Germaneau. Bizarrement, ces nouveaux extraits n'ont été rendus publics que cette semaine. Si l'Elysée dément, un haut fonctionnaire, anonyme, aux Affaires Etrangères a bien confirmé que des négociations ont bien eu lieu, mais que les exigences de cette branche d'Al Qaida avait été refusées, à savoir la libération de Boualem Bensaîd et Smain Aït Belkacem, membres du GIA et condamnés à perpétuité pour les attentats à Paris entre 1995 et 1996.

Parole contre parole...

Zardari et Sarkozy
Lundi, Sarkozy recevait le président pakistanais. Officiellement, il s'agissait de discuter de la lutte anti-terroriste et de coopération militaire, notamment en Afghanistan. Officieusement, le président français espérait peut être solder quelques centrales au Pakistan. Cet Etat s'est doté de l'arme nucléaire sans que la communauté internationale n'y puisse grand chose. Sarkozy pouvait parler d'Afghanistan et de la lutte contre les Talibans. La semaine dernière, parmi les 91 000 documents militaires fuités par le site Wikileak concernant la guerre en Afghanistan, le rôle trouble du Pakistan apparaissait évident. Le président pakistanais a mis en garde l'Otan : les Occidentaux sont en passe de perdre la guerre contre les Talibans.

A son homologue pakistanais, Sarkozy pouvait surtout parler de cette affaire qui empoisonne ses coulisses, le Karachigate. Depuis mai 2002 et l'attentat qui coûta la vie à 14 personnes, dont 11 employés français de la DCN à Karachi, la piste d'Al Qaida a été remisée au placard. Le juge Trividic, qui a repris l'enquête, privilégie désormais une vengeance pakistanaise après l'interruption des versements de commissions occultes lors d'une vente de 3 sous-marins au Pakistan en novembre 1994. Le juge d'instruction soupçonne le camp Balladurien d'avoir touché en retour une partie de ces commissions afin de financer la campagne présidentielle du premier ministre d'alors, campagne dont Nicolas Sarkozy en était le directeur. Ce dernier, qui avait traité cette hypothèse de fable en juin 2009, est non seulement au courant, mais directement impliqué: des courriers d'anciens cadres de la société HEINE, la coquille offshore créée en 1995 pour le versement des bakchichs prévus au contrat de vente, adressés à Sarkozy ont été publiés; et la police luxembourgeoise accuse l'actuel président français d'avoir supervisé la création de la dite société HEINE quand il était ministre du Budget d'Edouard Balladur...

En 1994, Asif Ali Zardari, le président pakistanais actuel, sortait tout juste d'une affaire de corruption. Anciennement sénateur, puis même ministre dans le second gouvernement de son épouse, alors Premier ministre, Benazir Bhutto, il avait été arrêté en 1990, accusé d'avoir reçu des commissions de deux hommes pakistanais possédant des comptes en banque offshore. Libéré de prison en 1993,  il s'est vu blanchi quand son épouse est redevenue Premier ministre. Entre 1999 et 2004, il est à nouveau emprisonné, sous inculpation de corruption et de meurtre. A nouveau blanchi, il a été élu président après l'assassinat de son épouse en 2007.

Le nom de Zardari est mentionné dans l'affaire du Karachigate. L'actuel président pakistanais est en effet suspecté d'avoir touché, lui et son réseau, quelques 49 millions d'euros lors de l'achat des 3 sous-marins français. L'un des intermédiaires retenus par le fabricant Thompson CSF était un homme d'affaires libanais, ami proche d'Asif Ali Zardari. En France, le réseau de cet homme d'affaires aurait financé la campagne d'Edouard Balladur, dirigée par Nicolas Sarkozy. Quelques 10 millions de francs (1,5 millions d'euros) avaient été versés en liquide (dont la moitié en billets de 500 francs) sur le compte de campagne de Balladur en avril 1995, quelques jours avant que l'intermédiaire libanais ne parvienne à céder son contrat de commissions à une banque espagnole.

Le président pakistanais a démenti, lundi, tout lien entre l'attentat de 2002 et la vente de sous-marins français. Cette réaction est sans surprise: «cet attentat n’a rien à voir avec le contrat des sous-marins sur lesquels travaillaient les victimes. (...) c’est un pur acte de terrorisme.» Et il précisa: «Quand ces événements sont intervenus, j’étais en prison. Je ne vois pas comment je pourrais avoir un lien avec cette affaire.» Zardari était sorti de prison en 1993. Il n'y retourna qu'en 1999.



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Sarkozy met le paquet sur la sécurité... objectif 2012.


Sarkozy met le paquet sur la sécurité...objectif 2012 ?
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mardi 3 août 2010

Insécurité : Sarkozy a peur de son bilan

La semaine dernière, Nicolas Sarkozy a tout donné pour que l'on cesse de parler de l'affaire Bettencourt, du chômage et de la crise. Roms, immigration, nucléaire, Al Qaida, tout était possible. Avec son discours sécuritaire de vendredi dernier, Sarkozy espérait gagner un peu de répit, et lancer sa campagne de réélection.

Révélations chez Bettencourt
 Pourtant, ces derniers jours ont livré leurs lots de confirmations sur cette affaire de financement politique et de conflit d'intérêt. Eric Woerth a quitté vendredi sa fonction de trésorier de l'UMP. Mais l'affaire demeure.

Vendredi, Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, a confirmé certains de ses propos. A Eric Woerth qui contestait avoir demandé futur médaillé de la Légion d'Honneur de recevoir son épouse pour faire le point sur sa carrière, alors qu'il était lui-même ministre du Budget, Patrice de Maistre a répondu, par policiers interposés, que le ministre mentait : il a «confirmé ce qu’il avait dit lors de sa première garde à vue, à savoir qu’Eric Woerth lui avait bien demandé de la recevoir, mais pour discuter de son parcours professionnel, pas pour l’embaucher.» Pour l'embauche, on se référera aux écoutes clandestines de ses conversations avec Liliane Bettencourt, authentifiées par la police. Patrice de Maistre a ensuite récusé la validité des carnets de caisse de l'ancienne comptable de son employeur: «Les cahiers de caisse de Claire Thibout démontrent que ce qu’elle dit est faux.»
a déclaré son avocat. Vraiment ?

Autre information, sur l'IGF cette fois. François Baroin, actuel ministre du budget, avait confié à Jean Basseres, directeur de l'Inspection Générale des Finances, et non à l'IGF elle-même, le soin d'évaluer si Eric Woerth avait été informé de la situation fiscale de Liliane Bettencourt [qui employait son épouse], et s'il était intervenu pour empêcher un éventuel contrôle fiscal, notamment vu les informations d'évasion fiscale de François-Marie Banier révélées par le parquet début 2009. En fait, Jean Bassères avait été nommé à son poste de l'IGF par ... Eric Woerth lui-même ! La belle affaire ! Le Nouvel Obs rappelle ainsi que «le décret de nomination du 24 janvier 2008 annonçant le nouveau chef de service est bel et bien contresigné par Eric Woerth, alors ministre du Budget.» En matière d'enquête impartiale... on a vu mieux.

Mais ce n'est pas tout. L'actuel directeur de cabinet d'Eric Woerth, Sébastien Proto, est un ami proche d'Antoine Arnault, dont le beau-père est ... Patrice de Maistre. Rappelez vous les toutes premières déclarations du ministre : il connaissait à peine Patrice de Maistre. Depuis, on a appris qu'il prenait des cafés avec lui, qu'il a dîné avec, qu'il lui a même remis la Légion d'Honneur, et, last but not least, que son fidèle directeur de cabinet (qui l'a suivi du Budget au Travail), était un ami proche du beau-fils de Patrice de Maistre... Au Nouvel Obs, Anne Méaux, qui conseille Eric Woerth dans sa communication de crise via l'agence Image 7, confirme: «Oui, Sébastien Proto et Antoine Arnault se connaissent. Ils n'ont pas à s'en cacher. Mais cela n'a jamais interféré dans le travail de Sébastien Proto.» Thomas Bronnec, de l'Express, rappelle sur son blog que le conflit d'intérêt ne s'arrête pas à l'affaire Bettcncourt/Woerth : Sébastien Proto a beaucoup oeuvré pour l'adoption de la récente loi sur les paris en ligne. Or Bernard Arnault, père de son copain Antoine, possède 10% de Bwin, l'une des sociétés lancées sur le créneau, et sponsorise le dit site...

Manigances à l'Elysée
Au sein du camp présidentiel, on ne trouvait pas grand monde pour commenter ces informations. Les proches du président s'excitaient à surenchérir sur les propos de leur patron de vendredi dernier. C'est un plan, concocté à l'Elysée. Claude Guéant a multiplié les réunions et contacts discrets avec les hauts responsables de la police pour préparer une salve d'annonces sécuritaires tout au long de l'été. le clou du spectacle sera la présentation le 7 septembre par Brice Hortefeux de la loi de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi). Eric Besson suivra de peu avec une loi sur l'immigration. Le hasard du calendrier sarkozyen fait bien les choses, le 7 septembre est la journée retenue par toutes les organisations syndicales pour protester contre le projet de réforme des retraites.

En attendant, les ténors de l'UMP appliquent la feuille de route présidentielle, et délivrent quelques propositions sécuritaires qui «approfondissent» les déclarations de leur patron vendredi dernier.

Brice Hortefeux a ainsi annoncé dès dimanche qu'il voulait aller «plus loin» sur la déchéance de nationalité. Il souhaite étendre les possibilités de déchéance de nationalité aux cas d'excision, de traite d'êtres humains ou d'«actes de délinquance grave». La fraude fiscale à grande échelle est-elle un acte de délinquance grave ? Les services d'Eric Besson avaient confirmé avoir durci certaines dispositions de la prochaine loi sur l'immigration.

Dimanche dernier, Eric Ciotti, l'ancien suppléant de Christian Estrosi, devenu député et secrétaire national de l'UMP en charge de la Sécurité, prépare un texte sur la responsabilité pénale des parents des mineurs délinquants. Sa grande idée est de proposer deux ans d'emprisonnement ferme aux parents qui n'auraient pas fait respecter les obligations auxquelles seront soumis leurs enfants condamnés: «Les parents du mineur encourront alors une condamnation pénale qui pourra aller jusqu'à deux ans de prison» a-t-il expliqué au Journal du dimanche. Il précise d'abord: «Nous voulons que, systématiquement, en cas de condamnation d’un mineur, le magistrat mette en place un plan de probation sous la responsabilité de ses parents.» Et si ces derniers n'obtiennent pas de résultats (scolaires, ou autres pour leur progéniture), et bien Eric Ciotti a prévu l'article qui va bien : «Est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30.000 euros d’amende, le fait par le père ou la mère de laisser son enfant mineur, lorsque celui-ci a été poursuivi ou condamné pour une infraction, violer les interdictions et les obligations auxquelles il est soumis.»


Cette stratégie sécuritaire est dangereuse... pour Nicolas Sarkozy lui-même. Une partie de l'opposition tombera peut-être dans le piège maladroitement tendu par l'Elysée, et s'offusquera de cette surenchère. Mais le vrai risque pour Sarkozy est que l'on parle de son bilan en la matière : vendredi, il a voulu rapidement évacué le sujet, refusant un Grenelle, et livrant quelques chiffres apparemment flatteurs de lutte contre la délinquance. En fait, son bilan est doublement mauvais : désastreux en termes de résultats (d'après ses propres statistiques officielles), et en termes d'image. Sarkozy a perdu sur les deux tableaux, l'éthique et l'efficacité.

L'ampleur des surenchères des quelques jours précédents ne trompe personne : elle illustre l'inquiétude du Monarque.


Woerth-Bettencourt : "Le conflit d'intéret était pâtant..."
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lundi 2 août 2010

Insécurité : la pensée unique irresponsable de Nicolas Sarkozy

Vendredi, il fallait écouter le discours du chef de Sarkofrance dans l'enceinte de la préfecture de l'Isère. Un grand discours, l'un de ceux qui donne la nausée aux républicains, l'un de ceux qui décrédibilise un homme, l'un de ceux qui mêlent injonctions, approximations et outrances. L'homme qui parlait vendredi ainsi à Grenoble était pourtant, paraît-il, président de la République. De laquelle ? La sienne, fiscalement indulgente avec son premier cercle de donateurs, idéologiquement complaisante avec l'extrême droite, politiquement inefficace sur le terrain. Ensemble et pour lui, tout est possible, pourvu qu'il soit réélu.

Sarkozy, tout en self-contrôle
Vendredi, le ton du chef de Sarkofrance était posé, très posé. Sarkozy évita de se couper la parole, répétait certains arguments, se ménageait quelques silences pour appuyer sa détermination, les yeux souvent rivés sur son papier, parfois fixant le fond de la salle pour marquer un silence, ou prenant à témoin deux socialistes locaux, Michel Destot, maire de Grenoble, et André Vallini, président du conseil général de l'isère. Ce long monologue, calme, approximatif et fastidieux, contrastait avec la grossièreté de ses propos. Sarkozy mélangeait tout, citant pêle-mêle les cocktails Molotov jetés par des mineurs de 12 ans dans les cités, les petit et grand banditismes, l'immigration «incontrôlée», les multirécidivistes, les parents irresponsables de leurs gamins délinquants, et les attaques à l'arme de guerre contre les forces de l'ordre. Il ne manquait qu'une mention d'Al Qaida et Ben Laden pour que la bouillie fut complète.

Paradoxe suprême, tout au long de ces 33 minutes de paroles, Sarkozy chercha constamment à devancer les critiques, à nier qu'il instrumentalisait les sujets évoqués ou pratiquait l'amalgame. Une vraie gageure ! Il y a deux jours, nous nous posions la question suivante : quelle différence subsiste encore entre Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen sur le sujet de l'insécurité et de l'immigration ? Une seule, Sarkozy est au pouvoir.

Au fait, pourquoi est-il venu ?
Sarkozy commença par rappeler les faits. Il a raison. Les violences de Grenoble sont avant tout une affaire de banditisme.

«Grenoble vient de connaître une flambée de violence sans précédent qui a profondément choqué nos concitoyens. Les actes qui ont été commis ici... je n'irai pas par quatre chemins, je les qualifierai d'une extrême gravité. Et ils méritent une condamnation sans réserves. (...) Les forces de l'ordre ont été prises à partie par des assaillants qui se sont permis de tirer à balles réelles avec l'intention de tuer. Ce sont des tentatives de meurtres. Tout sera mis en oeuvre pour que les auteurs soient retrouvés et châtiés.» (silence, Sarkozy fixe la salle...) Et je le dis aux Français, nous les retrouverons tous...» (silence, regard fixe).

«Des policiers de la BAC - Brigade Anti-Criminalité de Grenoble - ont l'objet de menaces de mort. C'est i-n-a-c-c-e-p-t-a-b-l-e, inacceptable. Je veux les assurer de notre soutien, de ma confiance, de ma reconnaissance, et leur dire que nous n'aurons aucune complaisance, aucune faiblesse, vis-à-vis des délinquants et des criminels qui seront mis hors d'état de nuire et dont la seule place est en prison

Il s'avance: «vous verrez que les résultats ne vont pas tarder.» On a peine à le croire. Comme le notait Julien Dray, interrogé sur Europe1 la semaine dernière, la fusion des Renseignements généraux avec la DST pour créer la DCRI en juillet 2008 a eu des effets dévastateurs sur la qualité du renseignement de terrain.

Porte ouverte
Sarkozy enfonce une porte grande ouverte. Pas une critique n'a été publiquement émise contre l'action des forces de l'ordre. Pas une seule. Pourtant...
«L'homme qui est tombé sous le tir d'un policier venait de commettre un braquage. Non content d'avoir commis un braquage, il a ouvert le feu avec une arme automatique, une arme de guerre, contre les policiers. Les policiers ont riposté en état de légitime défense. En tant que chef de l'Etat, je veux dire que les policiers n'ont fait que leur devoir. Les policiers ont fait leur devoir.
Et j'appelle chacun à ne pas confondre les délinquants, les victimes, et les forces de l'ordre. Les policiers ont bien agi. Il n'y a rien à leur reprocher. Il y a à les soutenir totalement.»
Il s'obstine: «si on ne veut pas d'ennui avec la police, on ne tire pas à l'arme de guerre sur la police, dans un pays qui est un Etat de droit comme la France.» Sans blague ? Le chef de Sarkofrance détaille ensuite la réponse judiciaire et policière : 26 gardes à vues, 5 personnes écrouées, 10 convocations devant un juge. Il lâche ensuite un curieux constat : «les violences à Grenoble sont le fruit d'une petite minorité certes, mais d'une minorité qui a voulu marquer son allégeance envers les truands.» Sarkozy cherche un prétexte, une transition facile qui reste maladroite, vers les annonces du jour, sans rapport avec le problème évoqué. Il lui faut trouver un fil directeur à sa pensée fouillie, désarçonné qu'il est par son incapacité à résoudre l'insécurité.
«C'est trop facile de dire qu'il y a d'un côté la grande délinquance, et de l'autre la petite délinquance. En l'occurrence, la petite délinquance a été instrumentalisée par la grande délinquance.»
Quelles sont les preuves de ce qu'il avance ? La violence des tirs ? Des aveux des premiers interpellés ? Comment est-il parvenu en si peu de temps à la conclusion que les combats de la semaine précédente étaient le fruit de petits délinquants ordinaires ? Il livre son explication: «ces deux individus [NDA : les auteurs du braquage du casino voisin] sont venus à dessein dans ce quartier pour bénéficier de l'impunité de ce quartier.»

Le moment est venu de dévoiler les nouvelles nouvelles nouvelles annonces du moment:
«C'est donc une guerre que nous avons décidé de mener contre les trafiquants et les délinquants, comme nous l'avons fait en Seine-Saint-Denis. Nous avons décidé de nous occuper particulièrement de certains territoires qui ont besoin d'une action ciblée pour que les conditions de l'ordre républicain y soient rétablies
Des préfets-flics
Sarkozy invoque donc l'ordre républicain. Jugez donc les annonces qui suivirent, tantôt effets de style guerrier, tantôt menaces démocratiques. Après une rapide éloge du nouveau préfet nommé en Isère, Eric Le Doiron, Sarkozy fustige le «grand débat pour savoir si un policier pouvait être préfet.» Pour justifier son choix de nommer coup sur coup deux policiers comme préfets (Isère et Seine-Saint-Denis), Sarkozy évoque leur expérience, leur connaissance, leurs «capacités humaines» et leurs «envies de travailler.» Les préfets apprécieront. Il remercie au passage le précédent préfet: «il ne faut jamais accabler les gens.» Son limogeage a suscité un certain émoi au sein du corps préfectoral.
«Face à certaines situations, il est de mon devoir de trouver la meilleure personne à la meilleure place.  Par ailleurs, je vous annonce que notre volonté de dégeler... de déloger les trafiquants de leurs repères va nous amener à créer à Grenoble et dans l'Isère un GIR départemental qui pourra porter l'effort d'investigation au plus près des besoins du terrain. Depuis 3 jours, un inspecteur du fisc est installé dans les services de police, et nous allons nous intéresser au patrimoine des délinquants à Grenoble comme dans l'Isère de façon extrêmement approfondie.»
Quelle belle affaire ! On découvre qu'une milliardaire, première contribuable de France, a réussi des années durant à (1) éviter un contrôle fiscal, (2) soustraire une île aux Seychelles et deux comptes en Suisse pour quelques 80 millions d'euros. Mais en Isère, un inspecteur du fisc va traquer des trafiquants de quartier...

Les Grenelles, ça ne sert à rien
Ensuite, Nicolas Sarkozy justifie sa présence sur place, à Grenoble, combien il aime ce département mais que la situation est grave et exigeait qu'il vienne. Il critique l'idée d'un Grenelle de la Sécurité (qui s'est quand même tenu sans lui ni le gouvernement quelques jours auparavant) : «mais réfléchissez ! Si j'étais venu ici pour vous dire on a tiré à balles réelles sur des policiers et j'organise un colloque... Qui m'aurait pris au sérieux ? Ce n'est pas un problème social, ce qui s'est passé. C'est un problème de truands. Ce sont des valeurs qui sont en train de disparaître.» L'heure est donc grave.
Sarkozy se trompe. Le banditisme a toujours existé. Il ne veut simplement pas admettre qu'il a affaibli tant les forces de l'ordre que la prévention.

Des caméras plutôt que des policiers
Il évacue d'une boutade la question des moyens, alors que les syndicats de policiers se plaignent justement de leur manque d'effectifs et d'équipements vétustes. «Qui peut penser que c'est quelques îlotiers supplémentaires qui permettront d'éradiquer les trafiquants, les caïds et les trafics ?» Qui peut penser que Nicolas Sarkozy croit encore à ce qu'il dit ?

«Je souhaite d'ailleurs qu'au-delà des différences entre nous, nous nous rassemblions. La videosurveillance, la videoprotection, on en a besoin. Il n'y a pas les caméras de gauche et les caméras de droite.» Et il rappelle: «60 000 caméras seront installées d'ici 2012. Je laisserai ceux qui le veulent crier à l'atteinte à la liberté individuelle.»  Sarkozy semble ignorer le fait qu'une caméra ne remplace pas un policier ni un gendarme... L'efficacité des caméras de surveillance n'est pas prouvée, bien au contraire. Et sa promesse d'équipement en 3 ans date déjà de ... 2007.

Vive la loi anti-bandes ?
Sarko replonge dans son texte : «la loi anti-bandes adoptée par le parlement en mars dernier prévoit une peine d'un an de prison pour quiconque appartient à une bande violente.» Combien de condamnations depuis mars ? Motus et bouche cousue... Il se contente de préciser : «Des procédures sont en cours.» Et il ajoute : «Nous allons également développer les polices d'agglomérations. C'est le cas, depuis l'an dernier, en région parisienne. Lille, Lyon et Marseille seront bientôt concernées» car «les délinquants ignorent les frontières administratives de nos communes, de nos départements et même de nos régions.» Une nouvelle porte ouverte, enfoncée tambour battant... A moins qu'il n'ait découvert le problème 8 ans après avoir été nommé ministre de l'intérieur...

Il ment sur son bilan
Au passage, le président doit défendre son bilan. Il s'auto-félicite : «depuis 2002, je suis en première ligne dans la lutte contre l'insécurité. Le nombre de crimes et délits a diminué de 17,54% depuis 2002. Le taux d'élucidation qui reflète l'efficacité des forces de l'ordre a augmenté d'un tiers. En 2001, les forces de police et de gendarmerie trouvaient 25% des coupables. En 2010, ils trouvent 38% des coupables. J'ai fixé au ministre un objectif de 40%

Sarkozy ment par omission. Son bilan, d'après les statistiques officielles, est bien moins flatteur. Les chiffres qu'il avance ont peu à voir avec le motif précis de sa visite à Grenoble : la violence aux personnes. En fait, selon l'Office National de la Délinquance, si le taux d'élucidation global était bien de 25% en 2001, la progression jusqu'à 38% masque des réalités différentes : il faut d'abord soustraire l'élucidation des faits révélés par l'action des services (par exemple, l'interpellation d'un consommateur de cannabis compte à la fois comme un fait, et comme un fait élucidé). Ensuite, les résultats de Sarkozy apparaissent du coup piteux : le taux d'élucidation des atteintes volontaires à l'intégrité physique (hors vols violents) avait progressé de 70% en juin 2001 à 75% en juin 2007. Il est depuis retombé ... à 57% en juillet 2010 ! Concernant les vols violents, il est d'une stabilité redoutable, à 14%, depuis 2001. Sur les escroqueries et infractions économiques et financières, il a stagné de 56% en juin 2001 à 57% en juin 2007, pour chuter à 53% en juillet dernier !

De nouvelles peines planchers... pour rien ?
Sarkozy avance sa première véritable annonce du jour : «Dès le 7 septembre prochain, les peines planchers, qui fonctionnent bien, mais qui ne s'appliquent qu'aux multirécidivistes - 24 000 peines planchers ont été prononcées - seront désormais étendues à toutes les formes de violences aggravées, c'est-à-dire notamment des violences sur des personnes dépositaires d'une autorité publique.»

Qualifier de succès les peines planchers sous prétexte que 24 000 ont été prononcées en 3 ans est un peu court. S'agissait-il d'encombrer les prisons ? Ou d'être dissuasif ? Ou de réduire la délinquance ?

Sarkozy ajoute sa seconde grande mesure du jour: «l'instauration d'une peine incompressible de 30 ans pour les assassins de policiers ou de gendarmes sera discuté au Parlement dès la rentrée. Et là... je veux que les choses soient claires... En tant que chef de l'Etat, mon devoir est de travailler avec tout le monde... tout le monde... Je n'ai pas à voir si Grenoble qui a choisi un maire de gauche ou un maire de droite, je dois travailler avec les élus, comme les élus doivent travailler avec le chef de l'Etat..

Encore une fois, Sarkozy veut convaincre qu'il ne cherche pas à instrumentaliser l'insécurité à des fins électorales. On a peine à le croire. D'ailleurs, il menace ses opposants: «chacun d'entre nous sera mis en face de ses responsabilités. Sur une peine incompressible de 30 ans, je demanderai au Parlement d'en débattre, et je demanderai à chacun de faire abstraction de ses appartenances partisanes pour voter des textes non pas en fonction du ministre qui le présente mais de l'utilité de ce texte

La belle affaire ! Le texte a peu à voir avec Brice Hortefeux. ce dernier n'est qu'un messager, un fusible. Celui qui présente ce projet, c'est Sarkozy. Ce couplet semblait tout droit adressé à André Vallini, député socialiste et président du conseil général de l'Isère, présent dans la salle. Ce dernier, voici quelques jours, avait exprimé le souhait que gauche et droite se retrouvent sur le terrain de la lutte contre l'insécurité. Une future prise de l'ouverture sarkozyenne ?

Posture guerrière...
Il enchaîne : «Les policiers nous regardent, les gendarmes nous regardent, la population nous regarde. Les postures politiciennes, d'un côté comme de l'autre, ne sont pas à la hauteur de la situation.» C'est pourtant exactement ce que fait Sarkozy devant nos yeux. Comment comprendre sinon les raisons qui ont poussé Sarkozy ce même jour à glisser dans un discours sécuritaire à propos du banditisme vers ... l'immigration clandestine ?

Les multiréitérants...
Sarkozy évoque ensuite le bracelet électronique, dont il souhaite que le Parlement débatte également à la rentrée: «je souhaite notamment que les magistrats puissent condamner automatiquement les multirécidivistes au port du bracelet électronique pendant quelques années après l'exécution de leur peine.» Comme pour prévenir la surprise de son auditoire, il s'exclame aussitôt : «Je parle des multirécidivistes, des multiréitérants.» Multiréitérant ? Sarkozy produit comme souvent un vocabulaire multi-redondant... comme pour excuser ses propos. Et il livre quelques chiffres : «nous avons plus de 19 000 délinquants en France qui ont plus de 50 inscriptions, 50 condamnations sur nos fichiers.» On ne rappellera pas combien les fichiers de police, notamment le fameux STIC, ont été longuement critiqués, y compris par la CNIL, pour leur inexactitude...

Et à quoi bon cette mesure ? On croyait que les peines planchers, qui fonctionnent bien d'après Sarkozy, servaient justement à dissuader les délinquants les plus sérieux de récidiver... Le serpent sarkozyen se mord la queue...

Haros sur l'immigration...
Puis, sans crier gare, ni ménager une quelconque transition, Sarkozy dérape littéralement sur l'immigration. Rien, dans ses précédents propos, ne laissait prévoir un tel amalgame. Pas une révélation (par exemple sur la nationalité des délinquants ou des suspects interpellés). Rien. Sarkozy, tout seul, plonge dans le bain.
«De même, nous allons réévaluer les motifs pouvant donner lieu à la déchéance de la nationalité français.» 
Le gros mot est lâché. Depuis Vichy, jamais la France n'a fait le tri dans ces citoyens, ni dans leur degré de citoyenneté. Le même Sarkozy, alors en campagne électorale en 2006, s'était exprimé contre la double peine. Un crime ou un délit commis par un Français de première génération est-il plus grave que le même crime ou délit commis par un Français de plus grande ancienneté dans la nation ? Une source anonyme au Ministère de l'identité nationale a confirmé que le enième projet de loi sur l'immigration prévu pour l'automne avait été durci en conséquence. Sarkozy s'égare, mais s'obstine.
«Je prends mes responsabilités. La nationalité française devrait pouvoir être retirée à toute personne d'origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d'un fonctionnaire de police ou d'un militaire de la gendarmerie, ou de toute autre personne dépositaire de l'autorité publique. La nationalité française se mérite, et il faut pouvoir s'en montrer digne. Quand on tire sur un agent chargé des forces de l'ordre, on n'est plus digne d'être Français
Et quand on ne paye pas son juste impôt en France ? Le débat sur l'identité nationale refait ainsi surface. Après nombre de dérapages nauséabonds des ténors de l'UMP, voici Sarkozy qui s'y colle. Personne n'égale le maître.

... et les mineurs !
Sarkozy enchaîne. Il réclame une réforme profonde du droit pénal des mineurs. Le voici qui utilise à nouveau les mêmes éléments de langage sur la délinquance des mineurs qui aurait changé et mériterait un «examen sans tabou de toutes les pistes envisageables.» Trébuchant sur son discours, il précise :
«convenons que l'ordonnance de 49 est-elle adaptée aux mineurs d'aujourd'hui de 2010? (...) Là aussi, ce n'est pas une question partisane, c'est une question de réflexion.» Et inutile d'invoquer la question sociale, la précarité des parents, ou l'impasse scolaire. Sarkozy prévient : «la délinquance actuelle ne provient pas d'un mal-être comme je l'entends trop souvent, elle résulte d'un mépris des valeurs fondamentales de notre société. La question de la responsabilité des parents est clairement posée. Les parents manifestement négligents pourront voir leur responsabilité engagée sur le plan pénal.»

N'est-ce pas le principe même de l'irresponsabilité pénale des mineurs ? Sarkozy rappelle la suspension des allocations familiales, votée récemment, pour les parents d'élèves absentéistes. Il s'essaye, quelques secondes, pas plus, à la compréhension : «je comprends parfaitement que telle ou telle mère de famille, notamment dans les familles monoparentales, soit dépassée. C'est si difficile d'élever des enfants. Mais je ne comprends pas qu'on ne le signale pas au chef d'établissement.»

Faudrait-il lui rappeler que la loi récemment votée ne soumet pas la sanction éventuelle d'une suspension d'allocations au signalement de l'absentéisme ?
«Il ne s'agit pas de sanctionner, il s'agit de faire réagir.»
Il ne s'agit pas de résoudre, mais de faire peur. Le chef de Sarkofrance rappelle ensuite l'ouverture d'une vingtaine d'établissements dès la rentrée prochaine (donc dans quelques semaines), pour les collégiens et lycéens particulièrement turbulents...

Et surtout, pas d'amalgame
Sans rire, Sarkozy se prend à préciser : «nous devons nous poser les questions, sans tabous, sans stigmatisation, c'est vrai... sans amalgame, c'est vrai... mais sans faiblesse non plus... (...) il ne s'agit pas d'opposer ceux qui ont un coeur et ceux qui sont fermes...(...) il nous faut nous adapter à la situation, et pas décliner les uns comme les autres un catéchisme qui serait frappé par la plus grande inefficacité.»
Une habile transition vers le grand saut... Récapitulons : Sarkozy invoqua d'abord un braqueur, puis le grand banditisme, des préfets-flics, des caméras plutôt que des effectifs. Puis il glissa sur la déchéance de nationalité, puis la délinquance des mineurs, la responsabilité des parents... et, sans aucun amalgame... voici l'immigration «incontrôlée» et clandestine ...
«Enfin, il faut le reconnaître... et je me dois de le dire... Nous subissons les conséquences de 50 années d'immigration insuffisamment régulée qui ont abouti à un échec de l'intégration. Nous sommes si fiers de notre système d'intégration. Peut-être faut-il se réveiller pour voir ce qu'il a produit. Il a marché, il ne marche plus. Je ne me suis jamais laissé intimider par la pensée unique.» 
Lisant son texte, il complète : «il est quand même invraisemblable que des jeunes gens de la deuxième voire de la troisième génération se sentent moins Français que leurs parents ou que leurs grands-parents. (...) Tous ici vous avez des exemples. pourquoi ne le dit-on. (...) Nous n'avons pas le droit à la complaisance. (...). Pour réussir l'intégration, il faut pouvoir contrôler nos flux migratoires. Avec un taux de chômage des étrangers non communautaires qui a atteint 24% en 2009.... je ne reprendrai pas la célèbre phrase de Michel Rocard dans laquelle je me retrouve...» (et il la reprend quand même) «... la France ne peut accueillir toute la misère du monde.»
Pour que la posture soit parfaite, il manque un argument, le voici : «Nous allons donc évaluer les droits et les prestations auxquels ont aujourd'hui accès les étrangers en situation irrégulière.» Il s'arrête, lève le doigt, puis reprend: «Je ne parle pas des étrangers en situation régulière qui ont naturellement le droit à des prestations et ce serait un comble qu'il en soit autrement. Je parle des étrangers en situation irrégulière. Mesdames et Messieurs, mes chers compatriotes, une situation irrégulière ne peut conférer plus de droits qu'une situation régulière et légale ! Là aussi c'est pas une affaire de majorité ou d'opposition, de gauche ou de droite.»

Et les Roms ?
Le tableau est complet, ou presque.  Il manquait les Roms.  «Les clandestins doivent être reconduits dans leur pays. Et c'est dans cet esprit d'ailleurs, que j'ai demandé au ministre de l'intérieur de mettre fin aux implantations sauvages de campements de Roms. Ce sont des zones de non-droit qu'on ne peut pas tolérer en France. Il ne s'agit pas de stigmatiser les Roms.»
Non, bien sûr. Pour quelqu'un qui dénonçait les amalgames quelques minutes auparavant, il fait fort !

La pensée unique... de Sarkozy
Sarkozy termine par quelques constats sur la politique de la Ville, désormais réduite à une peau de chagrin. Il loue l'action des associations de quartiers, mais demande une évaluation. «L'évaluation n'est pas un gros mot.» Il a raison. Mais qui évaluera le Plan Marshall pour les banlieues promis par Nicolas Sarkozy en 2007 ?

Sans rire, et sans gêne, il invoque la mixité sociale défaillante des quartiers : «Et puis par ailleurs, réfléchissons à la diversité sociale aussi. parce que si on met toujours les mêmes dans les mêmes quartiers, ne nous plaignons pas ensuite qu'ils deviennent des ghettos.»  L'ancien maire de Neuilly-sur-Seine sait de quoi il parle, lui qui n'a jamais respecté le quota de 20% de logements sociaux dans son ancienne commune.

Le discours s'achève, enfin. Sarkozy conclut.

«L'Etat, ça ne peut pas être donner toujours plus et attendre toujours moins. La société ne fonctionne pas comme ça (...) Et bien les évènements de Grenoble, et leur gravité, imposent de notre part une réponse ferme mais ce peut être une opportunité de sortir de la pensée unique sur la politique de la ville, sur la politique de l'immigration, et sur la politique de sécurité.» Pompier pyromane, Sarkozy démontre au contraire, par ce discours, combien il reste enfermé dans une pensée unique vieille de trente ans, incapable d'apporter des solutions autres que des clichés répressifs qu'il n'est d'ailleurs même pas en mesure de tenir.
«La guerre que j'ai décidé de mener contre les trafiquants et les voyous est une guerre sur plusieurs années. (...). C'est une guerre nationale. Et je suis sûr que dans toutes les formations politiques il se trouve des femmes et des hommes de bonne volonté qui sont décidés à réagir et à apporter leur soutien dans cette action au gouvernement de la République.» 
Ce jour-là, à Grenoble, Nicolas Sarkozy a dérapé et échoué. Loin d'apporter un constat lucide sur la situation et les problèmes, il a tout amalgamé, du grand banditisme à l'échec de l'intégration, de l'immigration, légale ou pas, à la délinquance des mineurs. Il a ressorti l'une des pires bouillies idéologiques que le Front National, et d'autres, servent aux médias et à l'opinion depuis l'aube des années 80.

Ami sarkozyste, es-tu encore là ?


Décheance Nationalite Francaise "inconstitutionnell"...?
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dimanche 1 août 2010

General Motors: Pression sur la CGT ...


General Motors : Pression sur la CGT ...
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Nucléaire : les révélations atomiques du rapport Roussely

Mardi, le président français a livré ses propres décisions de réorganisation de la filière nucléaire française. Il se basait sur un rapport demandé à François Roussely, vice-président Europe du Crédit Suisse et président d'honneur d'EDF. Un rapport aux conclusions étonnantes, qui révèle l'ampleur des non-dits des autorités françaises sur le sujet.

Sarkozy ne tranche pas
Cette mission avait été commandée après l'échec retentissant du camp français à Abu Dhabi en décembre dernier: malgré les efforts déployés par Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, la France avait été recalée pour la construction de quatre réacteurs nucléaires de 1400mégawatts chacun, pour un montant total de 20,4 milliards de dollars (14,11milliards d'euros), au profit d'un consortium sud-coréen dirigé par le groupe d'électricité Kepco, associé à Hyundai, Samsung et au japonais Toshiba-Westinghouse. La mésentente entre Areva et EDF avait été pointée du doigt.

 Mardi, Sarkozy a tenu un «conseil de Politique Nucléaire», pour délivrer, ensuite, quelques annonces. un « accord de partenariat stratégique entre EDF et AREVA couvrant l'ensemble de leurs domaines d'activité d'intérêt commun» , une augmentation de capital d'Areva d'ici la fin de l'année (de 15%), et, sous réserve d'évaluation ultérieure, l'entrée au capital d'EDF dans Areva. La consanguinité de la filière nucléaire française se portera mieux. Sarkozy ne tranche pas. Il ne convainc pas. Il s'amuse juste, une fois de plus, à un exercice de jacobinisme industriel anachronique et partiel. Areva fabrique des centrales, EDF les exploite. A l'exportation, les deux peuvent avoir des intérêts contradictoires. Le fabricant français a perdu un actionnaire de référence l'an dernier, l'allemand Siemens, qui détenait 34% du capital. Et, comme le rappelait Gilles Bridier sur Slate.fr, «en dix ans, le poids de l'industrie française dans les exportations européennes a chuté de 25%.»

Sarkozy suit ainsi les recommandations du rapport Roussely, et cherche à accommoder les deux opérateurs. Sur le fonds, le nucléaire français va mal, et c'est bien ce qui ressort du rapport Roussely : l'EPR n'est pas compétitif, cette nouvelle technologie est hors de prix et surtout aucun EPR n'est toujours en fonctionnement. Vendredi EDF annonçait d'ailleurs que le chantier de Flamanville aurait 2 ans de retard supplémentaire, pour un surcoût de ... 1,4 milliards d'euros.

Les non-dits du rapport Roussely
L'Elysée n'a pas publié l'intégralité du rapport Roussely. C'est donc sur la base de sa synthèse que le compte-rendu qui va suivre a été établi. Certains non-dits sont étranges.

1. «EPR est parmi les meilleurs modèles de troisième génération et le produit cœur, voire
unique pour le moment, de notre industrie nucléaire. » En d'autres termes, la filière française n'a rien d'autre à proposer au marché mondial que cet engin coûteux et encore mal contrôlé. Ce constat sonne comme un désaveu des propos présidentiels: depuis 2007, Sarkozy défend avec force les réacteurs de troisième génération, comme en février 2009, lors d'un déplacement à Flamanville, où il annonça la construction d'un second EPR en France.

2. Roussely reconnaît les difficultés de l'EPR: pour partie, ce modèle pêche par sa conception initiale : «La complexité de l’EPR résultant des choix de conception, notamment du niveau de puissance, de l’enceinte, du récupérateur de corium (core catcher) et de la redondance des systèmes de sécurité est certainement un handicap pour sa réalisation et donc ses coûts

3. Le handicap est doublement sérieux : non seulement aucun EPR ne fonctionne correctement à ce jour, mais de surcroît, l'EPR n'est pas compétitif. L'auteur l'explique en ces termes sibyllins : «des modèles plus petits que l’EPR semblent plus conformes aux attentes de certains clients. Il convient donc de compléter l’offre française et de disposer de plusieurs familles de produits compétitifs sur le marché international. »

4. Au niveau mondial, il n'existe pas de règlementation commune en matière de sûreté : «Les règles de sûreté sont actuellement définies au niveau de chaque Etat, contrairement à d’autres secteurs d’activité pour lesquels l’exigence de sécurité est aussi très importante (aéronautique, par exemple). » (page 15). La «nouvelle» est incroyable. «Il y a le monde à conquérir en matière d'énergie» déclarait Sarkozy en février 2009. Depuis 2007, il s'est fait le chantre de l'exportation de notre technologie nucléaire un peu partout dans le monde, et, en particulier auprès de multiples régimes autoritaires. Une technologie dont le moindre accident peut dévaster des générations entières. Et voici qu'au détour d'un paragraphe d'un rapport jugé stratégique, on obtient la confirmation officielle qu'aucune norme de sûreté reconnue au niveau mondial n'existe. Et que propose Roussely ? «La seule logique raisonnable ne peut pas être une croissance continue des exigences de sûreté.» Surtout, pas trop de normes de sûreté ! Elles pourraient gêner les ventes ..

5. L'auteur du rapport livre même une recommandation que d'aucuns jugeront inquiétante : «En France, il convient que l’État définisse un modus vivendi équilibré avec l’Autorité de Sûreté, c’est-à-dire réaffirme le rôle régalien qu’il ne devrait pas abandonner à une autorité indépendante.» En d'autres termes, François Roussely déconseille à l'Etat de confier la vérification de la sûreté de ses installations nucléaires à un autorité indépendante. Il précise d'ailleurs son propos : «L’exercice du droit et du devoir de communication de l’ASN concerne des sujets complexes et est particulièrement délicat. Il convient d’éviter que des événements de portée très limitée conduisent à jeter une suspicion injustifiée sur l’ensemble d’une  technologie. » En langage non diplomatique, François Roussely explique ici qu'il faudrait que l'ASN soit plus discrète parce qu'elle ne semble pas mesurer la portée de ses propos... Loin de considérer que la sûreté des installations nucléaires est un prérequis indispensable au développement de la filière, l'ancien patron d'EDF ose écrire que ce sujet est une question avant tout politique: «La question du risque nucléaire acceptable, ou plus généralement du risque technologique acceptable, est un débat de société à part entière pour lequel la ou les réponses à donner sont naturellement du rôle du Politique.»

Des normes internationales de sûreté inexistantes, une filière otage d'une technologie mal sécurisée et coûteuse, des leaders nationaux qui se disputent, le sujet est atomique. Pourquoi donc Nicolas Sarkozy n'a-t-il pas commandé ce rapport plus tôt ?


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