mardi 7 septembre 2010

Impôts, retraites, ou Woerthgate, Sarkozy est-il atteint d'Alzheimer ?

Son agenda ne mentionne rien qui ne concerne l'actualité de Sarkofrance. Rien sur les retraites, ni sur l'enseignement, encore moins sur l'affaire Woerth. Sur son site, le ministère du Travail annonçait le lancement du « train Alzheimer », du 7 au 21 septembre. Sarko aurait-il embarqué dans la locomotive ? Évidemment, le président français est davantage préoccupé qu'il n'y paraît. Lundi, il a débuté la semaine par brider son sulfureux ministre de l'intérieur. Mardi, en fonction du résultat des manifestations, il laissera son autre ministre tenté de rebondir au journal télévisé de TF1.

Sarko bride Brice
L'agenda officiel du président français cette semaine est apparemment très international et protocolaire. A l'exception d'une réunion avec « des » présidents d'universités autonomes ce mercredi, il se consacre à l'Europe, avec un rendez-vous avec le président de la Commission José-Manuel Barroso (lundi), un autre avec l'inexistant président de l'Union (jeudi), et un entretien avec des représentants russe de la Défense (mardi). Pourtant, l'attention présidentielle était clairement ailleurs. Rien sur les retraites, ni les finances publiques. Même l'immigration n'est pas mentionnée dans le carnet présidentiel.

Lundi 6 septembre dans la matinée, Nicolas Sarkozy a pourtant reçu ses ministres Hortefeux (Intérieur), Besson (Immigration) et Allio-Marie (Justice) pour trancher sur leurs propositions concurrentes de déchéance de nationalité. Hortefeux avait inventé un nouveau délit, mêlant escroquerie, abus de faiblesse et polygamie de fait; Besson et Alliot-Marie préféraient limiter la déchéance aux attaques volontaires contre des représentants de l'ordre public, le premier l'étendant aux naturalisés depuis moins de 8 ou 10 ans. Ce weekend, le député UMP (faux) villepiniste Hervé Mariton a suggéré une période probatoire de 5 ans à imposer aux étrangers souhaitant devenir Français, une proposition aussitôt rejetée par le ministre de l'identité nationale.

A droite, on s'écharpe donc encore sur ces symboles sécuritaires dont tout le monde sait qu'ils n'auront aucun impact réel sur la délinquance. A l'issue de la réunion, un bref communiqué révélait que Sarkozy avait retoqué les délires sécuritaires de son ministre de l'intérieur : l'extension de la déchéance de nationalité ne concernera que les meurtres de policiers et gendarmes. Le chef de Sarkofrance a fait savoir qu'il souhaite que soit mise en oeuvre « dans les meilleurs délais (...) la possibilité de retirer la nationalité française, dans un délai de dix ans après l'accession à la nationalité française, à ceux qui portent atteinte à la vie d'une personne dépositaire d'une autorité publique, en particulier les policiers et les gendarmes. » Le discours de Grenoble, rien que le discours de Grenoble. Le camp présidentiel est suffisamment divisé comme cela.  Eric Besson sera doublement satisfait : sa proposition de faciliter les expulsions a été retenue. L'Elysée a demandé « une réforme de la loi sur l'immigration pour faciliter la reconduite à la frontière des étrangers en situation irrégulière, y compris, dans certaines circonstances particulières, des ressortissants de l'Union européenne. »

Inquiet d'appels à manifester près de la mairie du 7ème arrondissement le 16 septembre prochain, Eric Besson a par ailleurs décidé de changer de lieu pour la cérémonie.

Sarko néglige les grèves
Lundi matin, le ministère du Travail mettait en ligne sur son site une présentation du « train Alzheimer », qui sillonnera la France du 7 au 21 septembre pour sensibiliser le pays à cette grande cause nationale. Faut-il y voir un signe du destin, un clin d'oeil involontaire à l'attitude présidentielle ? Mardi 7 septembre est le point d'orgue de la rentrée sociale, une journée d'action et de grève tous azimuts contre le projet Sarkozy de réforme des retraites. Eric Woerth, mal en point, a prévu d'intervenir ce soir sur TF1 pour livrer la parole officielle. Si le mouvement a du succès, il lâchera des compromis déjà annoncés, sur la pénibilité et les polypensionnés. Si la mobilisation est décevante, il pourra parader. La veille, lundi, la grève anticipée dans l'enseignement n'a mobilisé que 6 à 30% des personnels (suivant les sources).

Depuis des semaines,  les dirigeants de l'UMP répètent qu'il n'y a pas d'alternative à leur projet, et que la France était à la traîne. Lundi encore, le Figaro tentait une comparaison pro-sarkozyenne mais incomplète avec nos voisins européens. Le quotidien de Sarkofrance omettait les points essentiels : Primo, ailleurs en Europe, les durées de cotisation sont loin d'être aussi importantes qu'en France (41 ans en 2012) : 35 ans en Espagne en Allemagne, 36 ans en Italie, 30 ans en Angleterre. Secundo, l'effort de financement n'est pas équilibré. 80% des ressources nouvelles proviennent des travailleurs (via le recul des âges de départ et de retraite à taux plein et l'alignement public/privé), les revenus du capital étant quasiment épargnés. Tertio, certaines dispositions du projet sont carrément iniques, comme celle qui exige un handicap pour motif professionnel avéré d'au moins 20% pour maintenir un départ anticipé. Sur le fond, les opposants à la réforme ne nient pas le problème mais contestent les modalités retenues, et non négociées, par Nicolas Sarkozy.

Sarkozy ignore Woerth
Après avoir reconnu avoir demandé la Légion d'honneur de Patrice de Maistre, « comme n'importe quel député de base », Eric Woerth, lundi, devait faire face à une nouvelle révélation. Mediapart publie quelques extraits du procès-verbal de l'audition de Patrice de Maistre, le 25 août dernier, par la brigade financière, et détaille le contenu du courrier qu'il a adressé le 12 mars 2007 à Nicolas Sarkozy pour demander la légion d'honneur pour Patrice de Maistre.

Woerth y explique que de Maistre « a bien voulu me faire part de son souhait d'être décoré de la légion d'honneur.» En juillet, lors de son audition avec la brigade financière, le ministre du Travail avait expliqué qu'il n'avait fait que donner un avis positif à cette demande qui aurait été transmise par l'un de ses conseillers. Surtout, ce courrier contient une note manuscrite écrite par Woerth à Sarkozy: « je t'en reparle. », la preuve de l'attention toute particulière que cette demande nécessitait. Enfin, cette lettre était accompagnée du CV de Maistre actualisé en février 2007. Or l'une des thèses de la défense woerthienne était que cette demande de décoration daterait de 2006. Gêné, Patrice de Maistre explique : « C'est peut-être un CV donné à Eric de Sérigny, je ne m'en souviens pas ». Eric de Sérigny fut ensuite l'un des conseillers d'Eric Woerth au ministère du Budget, en charge des relations avec le monde économique...

Pour conclure, Mediapart livre cet échange, entre policiers et gardé à vue :
Face à tant d'incohérences, les enquêteurs ont poussé leur avantage durant la garde à vue de Patrice de Maistre: «L'intervention en votre faveur est donc faite par Eric Woerth, trésorier de l'UMP, trésorier de “Ensemble tout devient possible” (association créée par Nicolas Sarkozy pour sa campagne présidentielle de 2007, NDLR), à Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur, par ailleurs candidat à l'élection présidentielle et chef de l'UMP. Maintenez-vous toujours que cette demande faite en votre nom par Eric Woerth est sans lien avec votre contribution financière à l'UMP?»
Manifestement piqué dans son orgueil, Patrice de Maistre leur a rétorqué : «J'ai la prétention de penser que si on m'a remis la légion d'honneur, ce n'est pas pour avoir contribué à une campagne présidentielle mais plutôt au regard de ce que j'ai fait dans ma vie au cours de ma carrière professionnelle. J'ajoute que j'ai depuis continué à contribuer au Premier Cercle (association des principaux donateurs de l'UMP, NDLR), que cela n'a rien à voir avec le fait que j'ai reçu la légion d‘honneur.»

Comme si cela ne suffisait pas, la CGT a publié une lettre ouverte critiquant un éventuel conflit d'intérêt d'Eric Woerth dans sa gestion de l'affaire Molex. En mars 2010, quelques jours après avoir été nommé ministre du travail, Eric Woerth avait désavoué l'inspection du Travail en autorisant le licenciement des représentants du personnel de l'usine Molex de Villemur-sur-Tarn, alors que l'un de ses proches conseillers, Eric de Sérigny travaillait par ailleurs pour une société de conseil financier en contrat avec la direction de l'établissement. Cette polémique est née d'une enquête de France inter il y a trois semaines.

Mardi soir sur TF1, Eric Woerth parlera-t-il des retraites, ou de ces affaires ?

Sarko néglige les impôts
Le débat fiscal s'éclaircit peu à peu, au grand dam de l'Elysée. Vendredi dernier, Nicolas Sarkozy avait loué la suppression de la taxe professionnelle auprès d'ouvriers d'une usine du groupe Vallourec, occultant les autres hausses d'impôts que cette réforme de la fiscalité locale occasionnera. Il avait également répété son crédo de ne pas augmenter les prélèvements, y compris pour financer les retraites. Pourtant, divers projets de relèvements de la TVA ont été dévoilés ces derniers jours. Et, pire, les impôts locaux se rappellent au bon souvenir des contribuables. L'an prochain, ils subiront une nouvelle hausse, inévitable effet de la suppression de la taxe professionnelle.

Lundi, le Figaro révélait en effet que les impôts locaux devraient à nouveau augmenter en 2010, mais moins fortement que l'an passé: « les ménages devraient voir leurs impôts locaux augmenter entre 3,7% et 3,9% cette année » explique le journal. En cause, le relèvement des valeurs locatives (indexé sur l'inflation, soit +1,2%) et une augmentation des taux d'imposition. Même le Figaro était contraint de reconnaître que les collectivités locales s'étaient retenues, citant même en exemple les villes de Montpellier et ... Lille ! Or la suppression de la taxe professionnelle, qui n'entrera en vigueur qu'en 2011, risque de perturber les finances locales.

A cette date, les collectivités toucheront la nouvelle contribution économique territoriale (CET) qui prend le relais de la TP. Et si l'équation doit rester équilibrée, il y a fort à parier pour que les impôts locaux progressent donc à nouveau très fortement. En mai dernier, le socialiste Martin Malvy, président de l'Association des petites villes de France, expliquait déjà : « Les élus craignent de devoir imposer davantage les ménages pour boucler leur budget, d'autant plus que l'on s'oriente vers un gel des dotations de l'Etat.»

Impôts, retraites, ou Woerthgate, Sarkozy n'en a cure. Ou fait semblant.

lundi 6 septembre 2010

Hortefeux, Guéant, Borloo : le clan Sarkozy en défense.

Vendredi 3 septembre, la défense de l'équipe de France de football n'a pu empêcher les attaquants biélorusses de placer 3 ballons dans leurs cages, subissant ainsi une sévère défaite contre leur qualification pour l'Euro 2012. Nicolas Sarkozy, qui aime les métaphores sportives - il en a encore fait une à propos de la filière nucléaire vendredi dernier - tente de soigner sa propre défense. Lui aussi cherche par tous les moyens sa qualification, politique celle-là, pour 2012. Ce weekend, et à quelques heures des grèves des 6 et 7 septembre à propos des retraites, deux ténors du clan présidentiel sont repartis au combat. Claude Guéant, puis Brice Hortefeux se sont succédés pour afficher un calme bien artificiel.

Guéant et les riches
On murmure que Claude Guéant pourrait officiellement entrer dans le prochain gouvernement de novembre. Il est en fait déjà premier ministre depuis mai 2007. Créature sarkozyenne exemplaire, il a pris en main les affaires étrangères, un territoire éminemment présidentiel. Régulièrement, il vient donner publiquement des instructions, révéler le statut de tel ou tel ministre auprès du Monarque.

Dimanche sur Europe 1, il s'est livré à cet exercice, l'un de ses favoris : livrer la parole présidentielle comme s'il en était l'émanation directe. Lors de cette prestation, toujours surréaliste pour qui croyait que nous étions encore dans la Vème République, ce grand vizir a déclaré, sans gêne ni légitimité autre que monarchique, que le sort de François Fillon n'était pas scellé: « La question (du maintien ou non de François Fillon) se pose bien entendu mais je suis incapable de vous répondre et je pense que le président de la République serait aujourd'hui incapable de vous répondre.» Interrogé sur ses propres ambitions et les rumeurs de sa probable nomination gouvernementale, le secrétaire a répondu: «Je n'ai aucune autre ambition que celle de servir le président de la République au poste où je suis et je pense très franchement que l'hypothèse que vous venez d'envisager n'est pas fondée. » Pourquoi donc Guéant s'embêterait-il à devenir ministre, voire premier ministre ? La situation de secrétaire général est si confortable. On murmure que Pierre Mariani, actuel président (contesté) de Dexia le remplacerait. Mais il y a un problème. Mariani gagnerait 110 000 euros par mois chez Dexia, là où Guéant n'émarge qu'à 20 000 euros mensuels.

François Fillon peut être rassuré. Sa prise de distance, et les récentes couvertures médiatiques élogieuses à son égard, ont porté leurs fruits. Mercredi dernier, le Canard Enchaîné rapportait des propos peu amènes à son encontre tenus par Nicolas Sarkozy. En substance, le Monarque se serait exclamé lundi dernier, après l'intervention radiophonique de son premier ministre sur France inter: « voilà où nous en sommes : un premier ministre qui prend ses distances, un ministre des affaires étrangères qui a failli démissionner, un ministre de la défense qui s'apprête à déserter pour rassembler les centristes et se présenter à l'Elysée. »

Dimanche donc, Guéant devait montrer que Sarkozy reste le patron, maîtrise toujours le calendrier et le sort de ses subordonnés ministériels.

Se substituant à François Baroin, le ministre du budget, Guéant a avancé que le bouclier fiscal pourrait être modifié afin d'inciter ses bénéficiaires à investir dans les petites et moyennes entreprises: « Il faut maintenir cet objectif que les gens qui ont les moyens d'investir en France continuent à investir en France et, par conséquent, continuent à y demeurer. » Concernant les niches fiscales, « Il reste quatre milliards à identifier précisément. » Ces économies supplémentaires seront rendues publiques au moment de la transmission du projet de loi de finances 2011 au Conseil d'État, « c'est-à-dire vers le 20 novembre. »

Se substituant à Bernard Kouchner, il a aussi expliqué que les deux journalistes de France Télévision, otages en Afghanistan, étaient en bonne santé. « Le ramadan a un peu interrompu les négociations - elles se présentaient bien -, donc elles vont reprendre dans quelques jours. »

Il a surtout défendu son patron, : Nicolas Sarkozy « n'est absolument pas un président des riches. » Et pour nous convaincre, Claude Guéant nous décrit quelques images d'Epinal de la vie privé de son patron, un Monarque travailleur, modeste et tout entier consacré à sa tâche: « Prenons sa vie personnelle ! C'est très simple ; Nicolas Sarkozy travaille tout le temps, donc il ne fait pas la fête, rien du tout. Le week-end, il regarde un film avec sa femme. Quand il a un petit instant, il lit. Mais l'essentiel, c'est qu'il travaille tout le temps.» Oubliés les allers-et-retours au Cap Nègre, les cadeaux et invitations étrangères, les weekends à répétition, les réceptions élyséennes (8 millions d'euros de frais de bouche l'an dernier), les 14 000 euros de dépenses personnelles qu'il dut rembourser aux comptes publics la première année de son mandat (depuis 2009, il règle enfin directement ses propres dépenses personnelles, avait noté la Cour des Comptes).

Dernier sujet, les retraites et, donc, Eric Woerth. Pour les manifestants du 7 septembre, Guéant a été assez clair sur les intentions sarkozyennes : manifestez, mais cela ne changera rien ! « le gouvernement fera certainement des avancées sur ces sujets, en concertation avec les organisations syndicales. Ces avancées seront annoncées dans le cours du débat, c'est-à-dire la semaine prochaine, par Eric Woerth. Cela étant, il est clair que le fond de la réforme ne peut pas changer. »

Contrairement aux rumeurs de lâchage progressif du ministre du travail, Guéant a réitéré son soutien en vue de l'adoption de la réforme des retraites : « Eric Woerth est celui qui l'a préparée, qui la connaît, il est le mieux à même de la porter devant l'Assemblée ». On se souvient combien ce grand vizir de Sarkofrance s'était activé pour la défense de l'ex-trésorier de l'UMP en juillet dernier. Incapable de reconnaître les faits, Guéant nie toujours en bloc tout problème Woerth: « Est-ce qu’on va maintenant condamner des gens sur des rumeurs? » Le commentaire est cocasse, pour les policiers qui ont multiplié, depuis juillet, les interrogatoires et gardes à vue des différents protagonistes de l'affaire. Entre autres révélations, on sait désormais que (1) Liliane Bettencourt a fraudé le fisc malgré 32 millions d'euros de remboursement d'impôts au titre du bouclier fiscal en 2007, (2) Eric Woerth a demandé lui-même la légion d'honneur pour Patrice de Maistre, avec sa casquette de directeur des finances de la campagne de Sarkozy.

Hortefeux, faussement calme sur CANAL+
Brice Hortefeux était l'invité de Dimanche+, pour la rentrée de l'émission politique de CANAL+. Nouveauté de saison, l'invité pouvait interrompre le cours de l'émission pour réagir, à l'aide d'un « buzzeur » disposé à sa droite. Le ministre de l'intérieur a adoré ce nouveau jouet. Il s'est d'abord permis de critiquer la fiabilité des sondages, puis les manifestations de la veille contre la politique sécuritaire du gouvernement.

Mais il voulait paraître calme, presque conciliant : « je respecte ceux qui ont pris sur leur temps de loisir d'exprimer leur opinion. » Mais il n'hésite pas à recourir à l'amalgame : « Le Parti socialiste a manifesté main dans la main avec des organisations d'extrême gauche dont l'objectif est de remettre en cause pour ne pas dire détruire le fondement, l'organisation et les valeurs de notre société. Il faudra d'ailleurs qu'ils se clarifient.»

Hortefeux loue ensuite sa méthode, sa détermination, son action en matière de lutte contre la délinquance. Anne-Sophie Lapix insiste : « pourquoi cette stigmatisation ? » Hortefeux conteste : « Il n'est pas question de désigner des boucs-émissaires (...). On fait respecter le droit de propriété.» La journaliste insiste encore : « Mais pourquoi a-t-on choisi les Roms ? » Hortefeux conserve son calme : « Je fais respecter la loi et les décisions de justice.» Même calme, même prudence, un peu plus tard, à propos de la libération par un Juge des Libertés d'un second suspect du braquage du Casino d'Uriage. Hortefeux semblait marcher sur des oeufs, et, pour une fois, maîtriser sa parole. A propos de la loi Loppsi II, à l'étude parlementaire à partir du 7 septembre, c'est un « texte très équilibré mais un texte qui est musclé » car « la délinquance n'est pas figée (...) ; elle évolue.» Au passage, il cite un exemple, faux par ailleurs : « il y a 15 ans, les phénomènes de bandes n'existaient pas. » Gros mensonge que la journaliste ne relève pas. L'évolution permanente de l'insécurité est le nouveau crédo de défense de Sarkofrance, pour justifier la boulimie législative en la matière depuis 2002.

Attaqué sur la réduction des effectifs, il répète sa réponse habituelle, il faut économiser en vertu de la fameuse révision générale des politiques publiques. « Depuis 1992, on a recruté plus d'un million de fonctionnaires.» Ou encore : « Il y a plus de policiers et de gendarmes sur le terrain que lorsque la gauche était au pouvoir. » Gonflé, le ministre loue ses résultats soi-disant « excellents », car la délinquance aurait baissé. Anne-Sophie Lapix s'interroge : « mais pas les agressions aux personnes.» Hortefeux réplique : « nous avons cassé la spirale de la hausse » Lapix sourie: « Donc elles augmentent moins ? » Hortefeux ne relève pas.

Borloo, inaudible radical
Deux partis radicaux organisaient leurs rencontres de rentrée ce weekend. Jean-Louis Borloo devait montrer à Hervé Morin qu'il n'a pas le monopole du centre-droit. A Lyon, il s'est affiché aux « Ateliers des Radicaux », un machin sans grand intérêt, envahi de ministres UMP (Chantal Jouanno, Marc-Philippe Daubresse, Benoist Apparu, Nora Berra), où l'on retiendra que les soi-disant centristes coupables de collusion avec les bessoneries anti-Roms se sont auto-félicités : « Nous nous présentons d'abord comme un groupe de propositions et c'est vraiment intéressant de voir toutes les sensibilités centristes ainsi réunies autour de Jean-Louis Borloo » a expliqué Bernard Fialaire, le président de la fédération du Rhône du Parti radical et vice-président national du parti de Jean-Louis Borloo.

Toutes les sensibilités centristes ?

A part le débauché Michel Mercier, ex-trésorier du Modem devenu ministre en juin 2009, la rencontre était surtout UMP-compatible. Comme pour mieux se démarquer de son rival mais néanmoins collègue gouvernemental Hervé Morin, autre centriste, Jean-Louis Borloo a fait comprendre qu'il ne gênerait pas Nicolas Sarkozy avec une candidature à l'élection présidentielle en 2012: « les radicaux ne revendiquent rien pour eux dans cette affaire, mais on peut compter sur eux. Je ne revendique rien pour moi, mais vous pouvez compter sur moi ». Un député UMP a commenté sobrement: « ce n'est pas un concurrent potentiel pour 2012 mais une force supplémentaire au service d'une équipe ». Le plus incroyable dans cette réunion de centriste sarko-compatibles est qu'aucun des sujets du moment - le virage sécuritaire, les expulsions COLLECTIVES de Roms, les déficits et la fiscalité, ou la réforme des retraites, ne fut sérieusement évoqués. Courage, taisons-nous !

Plus loin, à Seignosses, dans les Landes, le Parti Radical de Gauche tenait son université d'été. Il a fait preuve d'amabilité pour convaincre Bernard Tapie, le milliardaire de centre-gauche, sarko-compatible également, d'incarner la voix radicale lors des futures primaires organisées par le parti socialiste. On nage en plein délire. Ces deux opérations « radicales » simultanées ont eu un mérite, celui de se neutraliser.

dimanche 5 septembre 2010

Sarko chez les prolos: la vie, c'est tout simple !

Ce pourrait être le titre d'une série. « Sarko chez les ouvriers.» En 2007, le candidat de l'UMP aimait se faire photographier aux côtés d'ouvriers casqués et en bleu de travail. Puis, après l'abandon des grandes promesses sur le pouvoir d'achat et le « travailler plus », les plans de licenciement, les voltes-faces idéologiques et l'épreuve de la réalité, Nicolas Sarkozy s'est caché. Même à Gandrange, il n'a pu y retourner qu'en catimini, sans journaliste, pour éviter manifestations et contestations sur place.

Le 28 juillet dernier, le président français s'était rendu sur un chantier naval, à Saint-Nazaire. Le show était rodé : une large estrade lui permettait de dominer son assistance, et de livrer un monologue sans contradicteur, devant des ouvriers attentifs. Il s'était même permis quelques fausses promesses pour emballer l'assistance : la prochaine commande de deux navires Mistral par les Russes. Une annonce clairement précipitée, puisque les autorités militaires russes lancèrent quelques semaines plus tard un appel d'offre international.

Vendredi 3 septembre, Nicolas Sarkozy avait choisi une autre usine, Valinox Nucléaire, du groupe métallurgique Vallourec, spécialisé dans le nucléaire, à Montbard (Côte-d'Or). L'industrie nucléaire est l'un des dadas présidentiels depuis mai 2007. L'échec de la filière française à exporter sa technologie n'a d'égal que les efforts du président français à vendre la technologie française à toutes les dictatures du monde. Aussi, ce déplacement se déroulait-il clairement en terrain favorable, nettement plus favorable qu'un atelier automobile (dont le secteur subit le contre-coup de la disparition progressive de la prime à la casse et de la crise), ou, pire, d'une usine sidérurgique d'Arcelor Mittal.

Le volontarisme présidentiel, sur le terrain, ne s'exprime plus qu'en zone protégée.

Le sujet du déplacement se voulait plus large que le simple sort de l'industrie nucléaire : Sarkozy s'était prévu une table ronde d'une heure sur la politique industrielle de la France. Mais il ne pu s'empêcher de se faire filmer, encore une fois, sur une estrade, quelques pieds au-dessus d'une assistance silencieuse. Au début de son discours, deux hommes s'approchèrent pour écarter un officier de gendarmerie à l'encombrant képi. Le champ de tournage devait être dégagé et l'image belle, Sarkozy au milieu d'ouvriers. Quand la caméra zoome sur le Monarque, on remarque qu'il est entouré d'un cercle de gardes du corps. On est jamais trop prudent. Il faut faire « terrain », mais pas trop quand même.


Populiste plutôt que populaire
Il débute son discours par une interrogation qu'il veut solennelle :« allons nous oui ou non rester une terre de production ? C'est une question centrale, avant celle de la filière nucléaire, la filière énergétique... Est-ce qu'on va se battre pour garder nos usines ? Est-ce que les usines sont les bienvenues ... sur l'territoire de la France ?  » Sarkozy, surtout devant des ouvriers, avale toujours autant les syllabes. « Où est-ce que tout a vocation à être délocalisé ? » On imagine le stress de l'assistance... Que va donc répondre le « président de tous les Français » ? Qu'il s'en fiche ? Ben non, voyons !

« C'est la question centrale, parce que le jour où y a plus d'usine, y a plus de travail pour les ouvriers » Et il ajoute, cette explication presque condescendante : « parce que tous les monde n'a pas la formation, ou l'appétit, ou la volonté, ou l'opportunité d'être dans un bureau, d'être dans un laboratoire..; avec des gants blancs ... à Bac+18. J'ai rien contre les Bac+18. » Il enchaîne: « on doit donc garder des usines et garder des ouvriers. » Il se félicite ensuite de venir dans les usines, « pratiquement chaque semaine ». Son dernier déplacement datait ... du 28 juillet.

Pédagogue ou démagogue ?
Volontariste comme jamais, surtout sur une estrade, il promet : « Je n'accepterai pas la désindustrialisation de la France »... quelques secondes de silence... Puis : « bien sûr qu'on a des contraintes environnementales, mais le jour où dans nos communes il n'y aura plus que des jardins publics, où est-ce que vous irez travailler ? » Réduire l'exigence écologiste à cette caricature de tribune est-elle vraiment digne d'un président ? Sarkozy déclinait, ici, la version industrielle de son « l'environnement, ça commence à bien faire », balancée à quelques représentants agricoles en mars dernier. Ensuite, Sarkozy explique qu'il faut rendre les usines plus compétitives, par le biais d'une baisse des impôts.

A défaut de résultats, Sarkozy cherchait évidemment quelques preuves de son action industrielle. La suppression de la taxe professionnelle était un exemple tout trouvé: « une décision difficile que j'ai eu à prendre, contre une majorité des élus locaux. » Sarkozy abuse rapidement du « j'ai décidé » , « je ne serai pas le président qui », « je veux », etc.


« Je vais vous expliquer très simplement. la taxe professionnelle n'existait plus qu'en France. » Traduction: je modernise la fiscalité. Certaines formules claquent comme des slogans de campagne : « Dire j'aime l'usine et taxer l'usine plus en France qu'ailleurs, c'est un mensonge ! ... » Evidemment, sur la taxe professionnelle, il était seul contre tous : « j'ai du arbitrer entre l'intéret des usines et l'intéret des collectivités locales. » Pourquoi donc ? « Parce que les collectivités locales ça ne se délocalise pas ! Les usines, ça se délocalise. »  Un jeune ouvrier acquiesce à cet argument stupide. Ah ! Les belles simplifications ! Sarkozy se garde bien d'expliquer comment l'Etat récupèrera ailleurs le produit de cette fiscalité disparu: combien d'ouvriers présents autour de lui ont reçu leur avis d'imposition de taxe d'habitation ? Deuxième mesure, le renforcement du crédit impôt recherche. Faute de mieux, Sarkozy glisse ensuite rapidement sur la filière nucléaire, un sujet plus facile que la politique industrielle française.

Sarko se vante ensuite d'avoir sauvé la filière nucléaire, et accuse les choix qui auraient été pris en 1999, sous le gouvernement Jospin. En cause, selon le Monarque, l'insuffisance des investissements décidés à l'époque.
« soit on investit, et on reste les meilleurs
soit on garde c'qu'on a et on perdra tout. »
On se souvient des échecs récents de la filière, des difficultés de l'EPR en Finlande (4 milliards d'euros de dérapage des coûts) ou en Normandie (+3 milliards), ou de l'échec français à l'appel d'offre d'Abou Dabi en décembre dernier. Sans lâcher l'EPR, Sarkozy reconnaît : « je suis persuadé qu'il y a un problème de gamme de centrales qui se pose pour la France. » Il a bien lu le rapport de François Roussely. Ce dernier, avare de recommandations concrètes en matière de réorganisation de la filière entre EDF et Areva, critiquait cependant sans détour l'échec de l'EPR, une technologie coûteuse, peu compétitive et mal sécurisée, sur laquelle la filière française s'était concentrée. Après n'avoir cessé de vanter l'EPR depuis mai 2007, Sarkozy a bien du changer son fusil d'épaules.

Au sujet des désaccords EDF-Areva, Sarkozy ose la comparaison sportive: « on a vu ce que ça donnait une équipe de France qui ne s'entendait pas.(...) J'rentre pas dans le détail (il ne vaut mieux pas !) mais j'suis ça vraiment au microscope... »

Sarko invente la nationalisation à 5%
S'en suit une démonstration quasi-incompréhensible des efforts de l'Etat pour aider Vallourec, mis à mal par la crise. Jugez plutôt.
« Enfin, pour vous, qui appartenez au groupe Vallourec, dont je salue les représentants... euh... j'vous parle très franchement... y a eu un problème, c'est que le groupe marchait très bien, puis y a la crise, perte de la moitié du chiffre d'affaires, 85% du capital - j'parle pas de la filiale, j'parle du groupe parce que c'est pas tout d'être dans une filiale, c'est pas tout d'être dans Valinox, c'est le groupe qui compte, ... pardon... vous aimez certainement Valinox, mais si Vallourec va pas, j'vois pas comment Valinox pourrait s'en sortir. »
Il est comme ça Sarkozy : dans chaque discours, pour étayer ses propos, surtout quand l'argumentaire est fragile, il a besoin de rappeler quelques évidences, de prendre le temps d'enfoncer quelques portes ouvertes.
« On s'est trouvé dans cette situation que avec la crise, le cours de Vallourec est tombé, le chiffre d'affaires a été divisé par deux, et on s'est retrouvé avec 85% du capital de votre entreprise ce qu'ils appellent au flottant, c'est-à-dire que n'importe qui pouvait le racheter à un prix très bas. J'ai rien contre les étrangers, mais si un pays étranger s'était rendu propriétaire de Vallourec, la première décision qu'il aurait prise, c'est d'amener le centre de décision de Vallourec à l'étranger...»
Il poursuit : « et une fois que le centre de décision est à l'étranger, et qu'il y a un investissement à faire, ils le font où ?... A l'étranger. Bon... Par conséquent, j'ai décidé que le fond souverain français que nous avons créé malgré les critiques multiples pour prendre des participations achète un peu plus de 5% avec la Caisse des Dépôts de votre entreprise. »

Vous avez bien lu : un peu plus de 5%. Cinq petits pourcentages du capital sont censés protéger le groupe contre les délocalisations. Sarkozy invente la nationalisation à 5%. Sans rire... devant l'absurdité de son propos, il se sent d'ailleurs obligé d'ajouter : « C'est pas avec 5% et quelques qu'on contrôle votre entreprise mais c'est un signal que nous envoyons : pas touche ! Compris ? S'il faut faire plus, on fera plus. Vallourec, c'est stratégique pour la France. »

De surcroît, Sarkozy est gonflé. le FSI est détenu à 50% par la Caisse des Dépôts. Ses décisions sont censées reposer moins sur un volontarisme d'Etat désintéressé que sur la rentabilité des investissements à faire. Pour parachever son incroyable tableau, Sarkozy précise que le FSI a fait une « énorme plus-value » grâce à la remontée du cours de Bourse. Et, « vous allez embaucher 150 personnes de plus sur le site.» Quel rapport existe-t-il entre l'acquisition de 5% du capital par le FSI et ces embauches ? Aucun.
« C'est une question de volontarisme. C'est ça qui compte. Et ce que je vous dit, c'est pas des engagements, c'est pas des promesses, ce sont des faits. Nous sommes propriétaires. Et si on venait vous chercher, on serait aux côtés de l'équipe de direction pour vous aider. »
Mais, précise le président français : « on n'a pas vocation à rester propriétaire permanent d'une partie... Il faut faire monter l'actionnariat salarié dans lequel je crois beaucoup. Une fois que cela sera stabilisé, on pourra s'en aller. » Résumons : la crise dégrade l'entreprise, son cours de bourse chute, le FSI en prend 5% car c'est stratégique, et, dès que cela ira mieux, le FSI se retirera, et empochera sa plus-value boursière.» Osons la question : l'investissement est-il stratégique pour des raisons industrielles ou ... boursières ?
« L'industrie c'est une priorité, le nucléaire c'est stratégique, et votre entreprise, non seulement vous n'avez aucune crainte, mais au contraire elle va se développer. »
Les sujets qui fâchent
Sarkozy veut conclure. la démonstration qui suit est, pour le coup, plus lisible, l'argumentaire contestable mais cohérent. Il veut parler des retraites, à 4 jours de la journée d'action du 7 septembre sur le sujet. là encore, il ne peut s'empêcher de se faire mousser, de s'auto-féliciter de son propre soi-disant courage.
« En général, quand un homme politique vient, il annonce les bonnes nouvelles et le lendemain en lisant le journal, on apprend les mauvaises... ça vous rappelle des gens... oui, moi aussi. »
Il continue sur sa mission:  « Quand je suis devenu président de la République, j'ai été élu par les Français pour que les choses changent. Et de citer, ces changements dont les Français savent bien qu'on a trop tardé à faire : les 35 heures, on a été les seuls au monde à faire ça, c'est vous les ouvriers qui les avez payé. » Faute de mieux, Sarkozy s'accroche à la critique des 35 heures et à la chute de compétitivité de la France qu'elles auraient entraîné (ce qui est faux).  Il s'excuse de dire la vérité : « Evidemment, c'est pas simple. Celui qui dit qu'il faut travailler plus, il n'est pas populaire. »

Il aborde le vrai sujet du moment :  « on a le problème des retraites. C'est un problème très compliqué. » En fin de démonstration, il dira le contraire.

Ses trois points sont simples et connus : le régime des retraite est déficitaire (« A la minute où je vous parle, il y a 10% de sretraités français dont on finance les retraites par l'emprunt. Y a pas l'argent. Est-ce que cela peut continuer comme ça ? »); l'espérance de vie a progressé (« Depuis 1950, nous les Français nous avons gagné 15 années d'espérance de vie (...). On va devoir vivre avec une retraite que la caisse de retraite va devoir payer 15 années de plus. ») ; et la seule solution est d'augmenter la durée de cotisations : « pour trouver des ressources, il y a trois solutions : diminuer les retraites, je n'accepterai jamais cette solution. » Les retraites sont déjà « petites ». Augmenter les impôts ? Il n'y aurait que « deux formules », que Sarkozy récuse tout autant : sur les entreprises ? Cela dégraderait leur compétitivité à l'international. Sur les ménages ? Sarkozy évoque de « faire payer les riches » : « c'est un slogan qu'adore la classe politique. Si on s'en tient au petit nombre de riches, on n'a pas l'argent pour financer les 700 000 départs à la retraite par an. Et donc c'est les classes moyennes qui payeront. »


La conclusion sarkozyenne coule de source, la démonstration semble imparable: on doit travailler davantage. « C'est très simple, passer de 60 à 62 ans, ça rapporte à la caisse d'assurance qui paye vos retraites 28 milliards d'euros. » C'est tellement simple qu'il en a oublié l'essentiel, le grave déséquilibre de fiscalité entre le travail et le capital, c'est-à-dire l'épargne, l'assurance vie, les niches fiscales des placements, la taxation insuffisante des bonus de traders, l'exonération des droits de succession, les inégalités de patrimoine, le bouclier fiscal, etc. Les riches sont peu nombreux, mais ce n'est pas le sujet ! La réforme des retraites fait porter 80% de l'effort de financement sur les seuls salariés.

Et Sarkozy conclut : « Méfiez vous toujours des gens qui vous disent c'est compliqué, tu peux pas comprendre. » Au début de sa démonstration, il disait l'inverse, « C'est un problème très compliqué »
« Est-ce que c'est pas plus rassurant d'être face à quelqu'un qui vous les dit les choses telles qu'elles se présentent ? C'est plus tranquille pour moi de faire le président qui tire l'oreille de l'enfant qu'est mignon, qui tapote les boucles blondes et qui remet un bouquet à Miss France quand l'occasion se présente. Mais c'est pas ça mon travail. »
Effectivement, Sarkozy goute peu aux manifestations protocolaires habituelles des présidents. il préfère les mises en scène rodées, « sur le terrain », pour répéter ses exercices narcissiques de discours sans actes, de promesses sans preuves, qui finissent par lasser.

samedi 4 septembre 2010

174ème semaine de Sarkofrance : entre mépris et abattement.

Sarkozy, le 3 septembre 2010
On se serait cru revenu en juin, comme si l'été n'avait jamais existé. Lundi, Nicolas Sarkozy avait commencé sa semaine par recevoir des policiers agressés, vendredi il rendait visite à des ouvriers. Entretemps, l'agenda de la semaine lui a clairement échappé, une fois de plus : de nouvelles révélations dans l'affaire Woerth, l'interrogatoire de l'un de ses proches, des questionnements sur des statistiques inédites et ciblées en matière de délinquance, Baroin qui avoue une hausse nécessaire des impôts, et ... Fillon qui s'affiche comme un recours à une droite désemparée.

Fillon, le recours ?
Le premier ministre a ouvert la semaine par une intervention radiophonique sur France inter. Il s'est montré calme et serein, alors que ses ministres, a contrario, s'affolent. Le discours de Grenoble, il ne l'aurait pas prononcé: « chacun a sa sensibilité » mais, « ces décisions » il les met en oeuvre « sans aucun état d'âme. » Il tacle au passage Christian Estrosi, dont il n'a pas apprécié la charge estivale contre les maires et l'insécurité. La réforme des retraites serait « l'une des plus raisonnables » d'Europe. Il regrette aussi le « supplice » que vit Eric Woerth, qui a dénoncé le matin même dans les colonnes du Parisien la « lapidation médiatique » dont il ferait l'objet. Fillon, lundi, a profondément agacé l'Elysée. Même Jean-François Copé, qui se voit déjà président en 2017, a senti que Fillon s'affichait plus clairement en alternative au sarkozysme finissant. Le bal des prétendants a commencé. Michèle Alliot-Marie s'exhibe en famille dans les pages de Paris Match. Jean-Louis Borloo explique qu'il « aime les missions difficiles. » Le remaniement a été décalé à novembre, pour laisser un peu de temps à la réforme des retraites. Le Figaro évoque les candidatures de Brice Hortefeux, qui briguerait la mairie de Vichy en 2014, de Claude Guéant ou même de François Baroin ou Bruno Le Maire au poste de premier ministre.

François Fillon n'en a cure. Il jubile de sa longévité. Entre une cravate oubliée pour une réunion présidentielle à Brégançon et un calme d'autant plus affiché que son patron s'agite, il a de quoi être serein.

Des Roms aux Roumains
Lundi, quelques grands absents du débat sécuritaire de l'été se sont exprimés. A l'Elysée, on a peu apprécié les états d'âme. Depuis juillet, on attendait leur réaction aux polémiques sur l'insécurité et l'immigration et la chasse aux Roms. Bernard Kouchner a confessé, sur RTL, avoir songé à démissionner, mais « s’en aller, c’est déserter, c’est accepter. » Et rester, n'est-ce pas collaborer ?

Hervé Morin avait clôturé l'université d'été des Jeunes Centristes par une violente critique du gouvernement auquel il participe. Fadela Amara a avoué que les expulsions de familles roms « lui faisaient mal au coeur. » Dans le Monde, mardi, elle déclarait qu'elle n'acceptait pas, qu'elle ne démissionnait pas. Ceux-là ont sans doute scellé leur sort pour le prochain remaniement gouvernemental.  D'autres ont au contraire joué le jeu. Jean-Marie Bockel, secrétaire d'Etat à la Justice, refuse ces « interrogations stériles ». Mercredi, il présentait le calendrier de sa mission sur la prévention de la délinquance des jeunes, un hochet pour jouer que Sarko lui a confié lors d'une micro-entrevue de quelques minutes début août. Il faut toujours rassurer les traîtres qu'ils ont bien fait de trahir.

Brice Hortefeux et Eric Besson se sont montrés ensemble, debout sur une tribune, pour une conférence de presse commune. Ils faisaient, lundi, le point de leur chasse aux Roms. Cette expression vous choque-t-elle ? Certaines outrances verbales feront date, comme celle-ci, reprise dans le compte rendu officiel sur le site du ministère de l'intérieur :  « Il ne s'agit, en aucun cas, de stigmatiser telle ou telle population - bien d'autres étrangers sont auteurs de crimes et délits.» Rien sur les Auvergnats ? En France, les Français sont responsables de 87,5% des infractions commises en 2009.

D'ailleurs, on ne parle plus des Roms, mais des Roumains. Eric Besson l'a dit : « Notre droit ne connaît les étrangers qu'à raison de leur nationalité. » Hortefeux livra donc des statistiques inédites sur la délinquance roumaine à Paris :  les actes de délinquance perpétrés par des Roumains à Paris auraient augmenté « de 259% en 18 mois »; les « actes violents commis par des mineurs roumains» auraient augmenté de 64 % en un an; les vols avec violence de 117%; « un acte de délinquance sur vingt » serait commis par un Roumain à Paris. Le ministre fourmillait d'anecdotes prises aux meilleures sources, comme celle-ci: « il arrive que la police interpelle dans la même journée deux ou trois fois les mêmes individus ». Rapidement, on s'est interrogé. Mais d'où le ministre sort-il ses chiffres ? La préfecture de police de Paris est gênée. L'OND aussi. Il renvoie vers le STIC, le Système de traitement des infractions constatées. Quelle curieuse séquence ! Les deux ministres tentaient cette semaine d'expliquer a posteriori qu'ils avaient raison. Et Eric Besson, pressé d'exister face à son encombrant collègue, a dévoilé l'une de ses prochaines mesures, l'invention d'un nouveau délit pour faciliter certaines expulsions : la « menace à l'ordre public à l'occasion d'actes répétés de vols ou de mendicité agressive ». L'ancien président Valéry Giscard d'Estaing vient à leur secours. Dans le Point, il explique que les Roms en situation irrégulière sont des citoyens roumains qui ne doivent pas être confondus avec « les gens du voyage installés depuis longtemps dans notre pays». Mais qui a créé, le 28 juillet dernier à l'Elysée, la première confusion ? Nicolas Sarkozy.

Eric Woerth déprime. 
La lecture de son portrait, le 3 septembre, dans les colonnes du Monde, est édifiante. L'épreuve personnelle est rude. Son système est mis à jour. Mais son système, ce mélange d'intérêts entremêlés est aussi celui de son patron. La semaine fut à nouveau riche en révélations : l'Express a publié un courrier signé d'Eric Woerth, daté de mars 2007, dans lequel le trésorier de l'UMP demandait au ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy d'accorder la Légion d'Honneur à l'homme d'affaires Patrice de Maistre, donateur du Premier Cercle de l'UMP et futur employeur, six mois plus tard, de l'épouse dudit trésorier. En juin, Woerth avait toujours démenti avoir demandé cette décoration. En septembre, il est contraint d'avouer. Samedi, on apprend que la police a saisi deux courriers de Patrice de Maistre. L'un remercie son ami Eric pour son intervention, l'autre lui demande de lui remettre sa décoration. Ces lettres, écrit le journal, « démontrent qu'Eric Woerth a caché pendant trois mois sa demande de Légion d'honneur.»

Dans l'affaire de l'hippodrome de Compiègne, le Canard Enchaîné exhume une lettre datée de 2003, signée par le ministre de l'agriculture de l'époque, qui refusait au locataire des lieux l'acquisition des terrains propriété de l'Etat. Devenu ministre, le maire de Chantilly, commune voisine, autorisa la vente à prix bradé selon le Canard.

Et que dire de l'entourage d'Eric Woerth ? Même l'Elysée s'inquiète de la légèreté avec laquelle le ministre a géré l'affaire. Son jeune directeur de cabinet Sébastien Proto passe ses vacances, en 2009 comme en 2010, avec son ami Antoine Arnault, beau-fils de Patrice de Maistre et joueur de Poker. Il se serait même fait invité, tous frais payés, par Betfair, une société de paris en ligne, au Word Poker Tour de Las Vegas à l'été 2009. Autre proche du ministre, Hubert Monzat, ancien conseiller spécial du ministre du budget, a filé, en juillet 2008, à la direction générale de France Galop, après avoir livré ses recommandations sur la légalisation des paris en ligne. 

La Tribune de Genève révèle dans son édition de samedi où se situait l'appartement dans lequel Florence Woerth, « selon plusieurs sources concordantes » se rendait régulièrement pour le compte de son employeur de l'époque, la société Clymène qui gère la fortune de Liliane Bettencourt: une résidence à Château-Banquet, à Genève, « où les Bettencourt ont acquis un splendide appartement de… dix-neuf pièces de 433 mètres carré, au huitième étage. »

Mercredi, lors du conseil des ministres, Nicolas Sarkozy n'a pas eu de mot de soutien à l'égard de son ministre. L'Elysée et quelques ténors de l'UMP s'inquiètent qu'il ne puisse tenir encore longtemps. Sarkozy a demandé à Fillon d'assurer le service après vente de la réforme des retraites. Même les syndicats, jusqu'ici très discrets sur l'affaire, ont « lâché » le ministre après une rencontre de travail ce jeudi. Autre sujet de préoccupation, le nom de Sarkozy apparaît dans les carnets de note de François-Marie Banier, saisis par la police en juillet dernier. Mediapart et d'autres ont pu consulter le procès verbal de l'un des interrogatoires récents du proche de Liliane Bettencourt. Il confirme que la milliardaire lui avait confié les soutiens financiers passés au candidat Sarkozy. Et mercredi, Laurent Solly, ancien directeur de campagne de Sarkozy en 2007, a passé deux heures avec la police pour s'expliquer sur le traitement de la Légion d'Honneur de Patrice de Maistre.

Baroin dit la vérité... ou presque
... Et il dérange ! Dans un courrier adressé aux parlementaires, l'actuel ministre du budget avoue qu'il faudra bien augmenter les impôts ... après l'élection présidentielle. Pour mémoire, le gouvernement Sarkozy a promis à la Commission européenne et, accessoirement, aux marchés financiers, de ramener les déficits publics de 8 % du produit intérieur brut fin 2010 à 6 % en 2011, puis 3 % en 2013. Et ce ne sont pas les 500 millions d'euros économisés avec des non-remplacements de fonctionnaires retraités ou les 10 milliards d'euros de niches fiscales à raboter qui vont suffire.

Pire, pour saborder d'avance la crédibilité des futurs arguments de campagne du candidat probable Nicolas Sarkozy, on n'a pas trouvé mieux ! Sarkozy s'étrangle. Christine Lagarde vient en renfort, jeudi sur Europe 1, et bégaye une mauvaise réponse : Il ne faut « pas d’augmentation des prélèvements obligatoires, ça alors là moi je suis formelle ». Mais elle ajoute : « Moi, j'ai un horizon qui est la loi de finances et puis, évidemment, les engagements pris par le président de la République pour son quinquennat. » Il faudra se souvenir de cette séquence, plus tard, quand le futur candidat Sarkozy se dévoilera pour nous promettre, une nouvelle fois, qu'il n'y aura pas d'augmentation des impôts. Au Medef, Laurence Parisot éructe : « Vraiment, je ne le souhaite pas, parce qu'en matière de prélèvements obligatoires, le niveau est presque au niveau du nez : on peut à peine respirer .»

Cette semaine, d'ailleurs, diverses informations sur les plans gouvernementaux en matière de finances ont été dévoilées : ainsi, l'Elysée aurait décidé un relèvement de la TVA sur les offres triple-play (actuellement taxée à 5,5% sur la moitié de leur prix) et la télévision payante. Si la mesure est adoptée, ces abonnements, qui concernent quelques 15 millions de Français, augmenteront de 10 à 15%. Et les créateurs de films s'inquiètent : ce taux réduit permettaient de financer leur films et autres fictions. Autre nouvelle taxation envisagée, le gouvernement envisage de récupérer 3,2 milliards d'euros sur l'assurance-vie. La CSG et la CRDS seraient prélevées chaque année sur la partie non risquée de ces contrats et non plus à leur dénouement. Au Sénat, Jean Arthuis réclame carrément une augmentation générale de la TVA, actuellement à 19,6%.

Sarkozy explique la retraite aux ouvriers
Vendredi, Nicolas Sarkozy clôturait sa semaine par l'un de ses déplacements qu'il affectionne, sur le terrain. Après les agriculteurs (il y a 8 jours), il était chez des « ouvriers », pour parler de la politique industrielle de la France. L'estrade de rigueur était dressée, afin qu'une caméra, filmant de loin, puisse immortaliser les 28 minutes d'intervention présidentielle au milieu d'ouvriers en bleu de travail. Sarkozy avait choisi son terrain, une usine du groupe Vallourec, qui fabrique des tubes pour les centrales nucléaires. Pas question d'aller se faire filmer dans une usine automobile ou à Gandrange. Le volontarisme présidentiel, sur le terrain, ne s'exprime plus qu'en zone protégée. Sur place, Sarkozy a défendu la suppression de la taxe professionnelle et le crédit impôt recherche qu'il aurait renforcé. Aux salariés de cette filiale de Vallourec, il a tenté de démontrer comment s'incarnait, dans les faits, son volontarisme: le Fond Stratégique d'Investissement a pris 5% du capital de Vallourec l'an dernier... Et pour Sarkozy, ces 5% changent tout. Son argumentaire sur la réforme des retraites fut tout aussi simpliste : le régime des retraite est déficitaire, l'espérance de vie a progressé et il ne veut pas augmenter les impôts. De toute façon, il n'y aurait pas assez de « riches » pour financer les 700 000 nouveaux départs à la retraite chaque année. Donc, on doit travailler plus longtemps. CQFD.

La réalité sarkozyenne, sur une estrade de pacotille dans une usine de Bourgogne, est d'une simplicité déconcertante: on n'évoque jamais le bouclier fiscal, l'exonération des droits de succession, les niches fiscales diverses et variées sur les placements financiers, le gâchis de la défiscalisation des heures supplémentaires, et, d'une manière générale, l'incroyable déséquilibre de fiscalité entre le capital et le travail. Pas question non plus de parler de déchéance de nationalité pour les évadés fiscaux récidivistes. Cette menace, Sarkozy préfère la conserver pour d'autres.

« Méfiez vous toujours des gens qui vous disent c'est compliqué, tu peux pas comprendre. » expliquait-il vendredi.

Effectivement. Méfions-nous.

vendredi 3 septembre 2010

Le 4 septembre, on manifeste.

Samedi 4 septembre, différentes manifestations sont organisées en France et à l'étranger contre la politique sécuritaire du gouvernement, et notamment à l'égard des Roms.
« Face à la xénophobie et à la politique du pilori : liberté, égalité, fraternité
Une avalanche de discours et d’annonces provocatrices s’est abattue depuis plusieurs jours sur notre pays. Jusqu’au plus haut niveau de l’État, on entend des propos qui étaient jusqu’à présent l’apanage de l’extrême droite. 
Le président de la République, lui-même, montre du doigt des communautés et des groupes sociaux entiers, stigmatise les Roms, les Gens du voyage, les étrangers, les Français qui ne sont pas « de souche », les parents d’enfants délinquants, etc. Ce faisant, il ne lutte en rien contre la délinquance, qui est répréhensible pour tout individu sans distinction de nationalité ou d’origine : il met délibérément en cause les principes qui fondent l’égalité républicaine, alors que déjà une crise sociale et économique d’une extrême gravité menace la cohésion de la société tout entière.

En quelques jours, les plus hautes autorités de l’État sont passées de l’exploitation des préjugés contre les Gens du voyage au lien, désormais proclamé, entre immigration et délinquance, puis à la remise en cause de la nationalité française dans des termes inédits depuis 1945. Ce qui est à l’œuvre dans cette démarche s’inscrit dans une logique de désintégration sociale porteuse de graves dangers. »
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En France, l'appel a été lancé par la Ligue des droits de l’homme et une cinquantaine d’autres organisations syndicales (SUD, Confédération Paysanne, FSU, Syndicat de la Magistrature, Syndicat des Avocats de France, etc), associatives (RESF, Emmaüs, Cimade, Cran, Droit au Logement, Gisti, etc), ou politiques (tels le Parti Communiste, le Parti de gauche, Europe Ecologie, le NPA). Le Parti socialiste y participera, malgré les réticences de certains, dont François Rebsamen, le maire de Dijon, qui s'exprime à ce sujet dans les colonnes du Parisien. 134 lieux de rassemblements sont détaillés sur le site de la LDH. Des manifestations sont également prévues ailleurs en Europe, devant les ambassades françaises en Belgique, en Italie, en Autrice, au Portugal, en Roumanie, au Royaume Uni et en Espagne.

Un appel en ligne est également consultable et signable sur le site nonalapolitiquedupilori.org :
« Les plus hautes autorités de l’Etat ont fait le choix de jeter à la vindicte publique des catégories entières de population : Roms et Gens du voyage accusés comme les étrangers d’être des fauteurs de troubles, Français d’origine étrangère sur lesquels pèserait la menace d’être déchus de leur nationalité, parents d’enfants délinquants, etc. Voici que le président de la République accrédite aussi les vieux mensonges d’une immigration coûteuse et assimilée à la délinquance, et offre ainsi à la stigmatisation des millions de personnes en raison de leur origine ou de leur situation sociale. »
Le 18 septembre prochain, un collectif d'artistes organise un concert « Rock Sans Papier » à Paris Bercy. Dans leur appel, les signataires dénoncent les expulsions d'enfants scolarisés, les conditions de rétention des familles sans papier, la séparation des familles, et la non-régularisation des travailleurs sans-papier. La liste des signataires, publiée sur le site, est impressionnante.

Ce collectif participe aux manifestations du 4 septembre.


Bettencourt : Woerth grillé, Sarkozy s'inquiète.

Et si les commentateurs s'étaient trompés ? Jeudi matin, jour de rentrée scolaire pour 12 millions d'élèves, les bonnes nouvelles sont tombées en rafale : chômage, sondage, ... mais cafouillages ! Woerth se contredit lui-même, Baroin est contredit par Lagarde. Et l'étau se resserre dans l'affaire Bettencourt autour de Nicolas Sarkozy lui-même.

Tout va bien, vraiment ?
La cote de popularité de Nicolas Sarkozy s'améliorerait, tout comme celle de François Fillon. Dans un baromètre mensuel, celui de TNS Sofres pour pour le Figaro magazine (sic !), le Monarque retrouve ... 30% d'opinions favorables. Incroyable ! « Sarkozy en nette hausse » s'exclame le Figaro. Sept Français interrogés sur 10 se déclarent toujours insatisfaits, mais nos sémillants analystes politiques n'en ont cure. Thomas Legrand sur France inter, quoique très critique sur les statistiques quasi-ethniques délivrées par Brice Hortefeux sur la délinquance roumaine à Paris lundi dernier, nous expliquait que malheureusement cette surenchère semblait payer. Même Eric Besson a senti sa propre cote frémir de 4 points, pour atteindre ... 20% d'opinions favorables. On applaudit. Le pauvre Eric Woerth, lui, reste stable dans les bas fonds du sondage, à 16%.

Jeudi matin, Christine Lagarde publiait un communiqué triomphant : le Bureau International du Travail reconnaît enfin que le chômage baisse enfin en France (9,7% à fin août, d'après les chiffres communiqués par l'organisation). On oublierait presque que plus de 6 millions de nos concitoyens sont en recherche d'emploi ou en chômage technique.

La réalité a-t-elle changé dans la nuit de mercredi à jeudi ? Évidemment non.

Woerth avoue.. un peu
Des responsables socialistes réclament la démission d'Eric Woerth. L'hebdomadaire l'Express publie un grand dossier sur la « galaxie » woerthienne. Outre sa lettre de mars 2007 adressée au ministre-candidat Sarkozy pour demander une Légion d'honneur au fidèle donateur Patrice de Maistre, l'hebdomadaire reprend plusieurs informations sur les proches conseillers du ministre acculé. Depuis cet été, on connaissait Eric de Sérigny et Sébastien Proto. Voici Hubert Monzat, autre conseiller du ministre qui, sans gêne, est passé du cabinet de Woerth au Budget à la direction générale de France Galop, actionnaire du PMU. L'homme connaît bien le sujet. Chez Woerth, il préparait avec Proto la légalisation des paris en ligne. Ce pantouflage incroyable, aussi choquant que celui de François Pérol (ancien conseiller économique de Nicolas Sarkozy en charge du dossier bancaire au plus fort de la crise de l'automne 2008 passé avec armes et bagages à la tête des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires début 2009, date pourtant de ... 2008. Avant cette nomination, le parcours d'Hubert Monzat était bien d'Eric Woerth. Passionné d'équitation, Monzat a traversé différentes administrations après sa sortie de l'ENA en 1982. En 1998, « de son vieil ami François Hollande », il devient Sous-Préfet de Senlis, dans l’Oise, le département d'Eric Woerth. A l'époque, il se démène pour trouver des financements pour le domaine de Chantilly et ses champs de courses. En juin 2007, il intègre le cabinet d'Eric Woerth, en tant que conseiller spécial. Un an plus tard, il remet ses recommandations au ministre, et devient, en juillet de la même année, directeur général de ... France Galop. La belle vie !

A la sortie du conseil des ministres, mercredi, les mines étaient grises et les ministres discrets. Eric Woerth est sorti encadré et protégé par quelques collègues. Sarkozy n'a pas eu un mot de soutien à l'égard de son ministre pourtant à nouveau attaqué par deux révélations le matin même. Un peu plus tard, le porte-parole Luc Chatel s'excusait : il n'a « pas l'ombre d'un doute » sur le soutien de Sarkozy à Woerth. Chatel se garde bien de confirmer que Sarkozy a demandé à Fillon, plus en grâce dans les sondages, de reprendre en main le volet politique de la réforme des retraites. Doucement, Woerth est mis sur la touche.

Le lendemain, Eric Woerth faisait comme s'il n'avait jamais démenti avoir écrit la fameuse lettre. On se rappelle ses démentis passés, quand il expliquait qu'il n'avait jamais demandé de légion d'honneur pour Patrice de Maistre. « Ce courrier vous l'avez vu, j'étais député, j'ai fait comme un simple député, c'est d'une grande banalité tout ça. »

Marianne2 révèle qu'un autre conseiller gouvernemental, David Sénat, proche de Michèle Alliot-Marie, vient de faire les frais, avant l'heure, du remaniement gouvernemental annoncé pour octobre. Suspecté d'avoir balancé à la presse, et notamment à Mediapart, quelques informations sur l'affaire Woerth. La sanction est semble-t-il tombée. Il n'est pas revenu à son poste après les vacances.

Sarkozy, mouillé ou trempé ?
Jeudi, Mediapart lançait un autre pavé dans la mare : le nom de Nicolas Sarkozy est cité dans les carnets de François-Marie Banier, le proche de Liliane Bettencourt accusé d'abus de faiblesse à l'encontre de la milliardaire par la fille de cette dernière. Le site explique que les policiers de la brigade financière ont mis la main, lors de l'une de leurs perquisitions en juillet dernier, sur les carnets de note de Banier.

Dans quelle mesure Sarkozy apparaît-il ? Mediapart écrit : « Selon des informations recueillies de sources concordantes par Mediapart, le photographe a reporté dans son journal intime, au printemps 2007, des «propos tenus» par la propriétaire de L'Oréal selon lesquels Nicolas Sarkozy aurait reçu, en pleine campagne présidentielle, de l'argent des époux Bettencourt. » Aux policiers, Banier a confirmé les faits, en précisant : « Elle ne m'a pas dit si c'était pour Neuilly, pour sa campagne ou pour autre chose. Ce n'était peut-être pas pour lui. Je ne sais pas si oui ou non elle a pu donner, il était très, très rare qu'elle me parle d'argent. Elle me disait juste que quand on a de l'argent, on vous en demande tout le temps.»

Jeudi 2 septembre, Laurent Solly, ancien directeur de campagne de Nicolas Sarkozy, était entendu par la brigade financière. Son nom a surgi dans l'affaire Woerth quand, il y a 15 jours, le Canard Enchaîné révélait qu'il avait instruit la demande de légion d'honneur de Patrice de Maistre en mars 2007 alors qu'il était au cabinet de Sarkozy ministre de l'Intérieur. Selon des sources citées par le JDD, « l’Intérieur n’avait aucune qualité pour initier une demande de Légion d’honneur à M. de Maistre, indique un ancien du cabinet Sarkozy… Son parcours professionnel relevait des finances. »

L'étau se resserre.

Cafouillage fiscal ?
Dans un courrier adressé à quelques parlementaires, François Baroin avait cru bon de reconnaître qu'une hausse des impôts serait nécessaire, mais après l'élection présidentielle. Le ministre mentionnait explicitement « l'apport de ressources nouvelles à partir de 2013, que ce soit par la suppression de nouvelles niches fiscales et sociales ou, à défaut, par une hausse progressive de la CRDS. » Or la CRDS, contribution au remboursement de la dette sociale, est justement un impôt destiné à résorber l'endettement de la Sécurité sociale. Catastrophe politique ! Nicolas Sarkozy a dû apprécier.Le président français défend becs et ongles le statu quo fiscal, même avec mauvaise foi. La réduction des niches fiscales est une forme d'augmentation d'impôt. Les proches du président, Xavier Bertrand en tête, ont eu beau jeu d'expliquer, après la réunion de Brégançon qui se conclut par un coup de rabot confirmé à 10 milliards d'euros, qu'un avantage fiscal suppose une démarche volontaire du contribuable pour en bénéficier alors qu'un impôt classique est obligatoire, l'exercice fut davantage sémantique que convaincant. Cette fois-ci, François Baroin brise un double tabou : primo, les impôts devront augmenter si l'on veut satisfaire nos engagements européens de réduction des déficits publics; secundo, la hausse devra intervenir après l'élection présidentielle de 2012. Pour saborder la crédibilité des futurs arguments de campagne du candidat probable Nicolas Sarkozy, on n'a pas trouvé mieux !

Aussitôt, la ministre de l'économie est montée au créneau soi-disant pour contredire son collègue du Budget : Il ne faut « pas d’augmentation des prélèvements obligatoires, ça alors là moi je suis formelle », car, expliqua-t-elle au micro d'Europe 1, « on est déjà champions d’Europe, il ne faut pas charger la bête. Il faut au contraire essayer de procéder au maximum par des allègements de la dépense et puis par l'élimination d'un certain nombre de niches fiscales ».

En fait, la ministre ne contredit pas véritablement Baroin, en préférant rester volontairement floue pour l'après 2012 : « Moi, j'ai un horizon qui est la loi de finances et puis, évidemment, les engagements pris par le président de la République pour son quinquennat. » A charge, ensuite, au futur candidat Nicolas Sarkozy d'expliquer comment il compte redresser les finances publiques.

Le bal des Tartuffes se poursuit..


jeudi 2 septembre 2010

Chasse à l'homme contre chasse au Roms

En cette semaine de rentrée des classes, Luc Chatel était à la peine : qu'il s'agisse des professeurs-stagiaires parachutés et sans formation ou des suppression de postes d'enseignants, le ministre a tenté de répondre aux critiques. Brice Hortefeux restait tout occupé à sa surenchère démagogique contre les Roms et Roumains. Ses statistiques inédites sont mises en cause. Et il n'a pas fallu attendre longtemps après la rentrée pour que les affaires Woerth/Bettencourt retrouvent la une de l'actualité.

Hortefeux, démagogue
Mercredi 1er septembre, Brice Hortefeux en déplacement dans un commissariat à Colombes en région parisienne s'est servi d'un nouveau fait divers dramatique pour justifier l'extension des peines planchers - jusqu'à lors réservées aux récidivistes - aux auteurs de violences aggravées contre les forces de l'ordre. La veille, trois policiers étaient pris dans ce qui semble être un guet-appens, à Genevilliers (93), où leur voiture fut caillassée par une quarantaine d'assaillants. Ne demandez pas à Brice Hortefeux pourquoi il continue de réduire les effectifs policiers... il paraît que des caméras de surveillance suffisent...

Lundi, on s'est peu attardé sur cette petite phrase de Brice Hortefeux, lors de sa conférence de presse commune avec Eric Besson à propos des destructions de campements illégaux de Roms cet été : « Il ne s'agit, en aucun cas, de stigmatiser telle ou telle population - bien d'autres étrangers sont auteurs de crimes et délits.» Lundi, le ministre était prêt à toutes les outrances, y compris celle-ci, pour justifier son nouveau coup d'accélérateur démagogique. Cette déclaration n'était pas un dérapage involontaire, mais un propos réfléchi, et même repris dans le compte-rendu officiel de la réunion publié sur le site du ministère de l'intérieur.

Il avait aussi exhibé des statistiques étonnantes car inédites de la délinquance roumaine, notamment à Paris. Interrogée ensuite par le site du Nouvel Obs, la préfecture de police de la capitale était bien incapable de fournir des statistiques sur les crimes et délits par nationalité : « On n'a que des chiffres globaux, on n'a pas de découpage par nationalité, hormis les chiffres sur les infractions commises par les Roumains, ces derniers ayant été communiqués à la demande du ministère de l'Intérieur. » De son côté, l'Observatoire Nationale de la Délinquance, qui publie les statistiques officielles en la matière, ne distingue que les crimes et délits commis par des étrangers - sans distinction de nationalité - de ceux commis par des Français.

En 2009, seuls 12,5% des infractions étaient ainsi commises par des étrangers, avec des proportions très variables en fonction de la nature des infractions. En d'autres termes, Brice Hortefeux s'est commandé des statistiques sur-mesure, avec on ne sait quelle méthode, et pour un résultat pitoyable pour ses propres thèses : il a mis en valeur des pourcentages d'augmentation faramineux, alors que finalement, le nombre d'infractions à Paris ainsi attribuables à des Roumains (qui ne sont pas tous Roms et vice-versa) s'affiche à ... 5,7%.

L'OND a d'ailleurs son idée sur l'origine des chiffres : le fameux fichier STIC (Système de traitement des infractions constatées), qui enregistre délinquants, victimes et suspects sur chaque affaire d'infraction: « il est effectivement possible qu’ils proviennent du STIC. (...) comme c’est le ministère qui a communiqué sur la délinquance roumaine, c’est un peu délicat comme sujet » explique l'un des chefs de département de l'Observatoire.

Mercredi, on apprenait que Brice Hortefeux songeait à briguer la mairie de Vichy en 2014.

Certains symboles ont malheureusement la vie dure.

Woerth, en vogue
Eric Woerth a été à nouveau mis en cause, à deux reprises cette semaine.

L'Express a mis la main sur une lettre signée par Eric Woerth, datée de mars 2007, dans laquelle le trésorier de l'UMP et futur ministre du budget demande au candidat Nicolas Sarkozy une légion d'honneur pour Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt. Pour prouver le trafic d'influence, il faudrait certes étayer le lien de cause à effet entre cette demande et d'autres services rendus par le gestionnaire à l'UMP. Et justement, des présomptions fortes existent : de Maistre ne s'est jamais caché d'être un donateur fidèle du Premier Cercle de l'UMP, Liliane Bettencourt a bénéficié d'un traitement fiscal hors normes, et l'épouse du ministre a été embauchée chez Clymène après l'attribution de ladite légion d'honneur. Eric Woerth, de son côté, a toujours nié d'éventuelles contre-parties à cette décoration. Son avocat a précisé qu'Eric Woerth reconnaît avoir appuyé cette légion d'honneur mais pas de l'avoir initiée. La précision est subtile.

Mediapart a choisi de publier quelques nouveaux extraits sonores des conversations enregistrées entre Patrice de Maistre et Liliane Bettencourt. Certaines déclarations de Maistre sont toujours fracassantes: «Il ne faut pas que l'on se fasse prendre avant Noël» ; «On est en train de mettre le compte à Singapour»; ou encore «J'ai peur que le fisc tire un fil».  Mercredi 1er septembre, la juge Isabelle Prévost-Desprez, chargée d'un supplément d'information dans le cadre de l'affaire Bettencourt, est allée perquisitionner le domicile de Liliane Bettencourt à Neuilly-sur-Seine. Le même jour, le site de Paris Match révélait que la Banque de France, via l’Autorité de contrôle prudentiel, avait ouvert une enquête sur des retraits en liquide pouvant atteindre 145 000 euros avant la publication des enregistrements pirates des conversations entre Patrice de Maistre et Liliane Bettencourt. Le site ne précise pas le nom de la banque où étaient effectués ces retraits, ni la période.

Autre affaire, le Canard Enchaîné du 1er septembre révèle que la vente de l'hippodrome de Compiègne, proche de Chantilly dont Eric Woerth est le maire, avait été initialement refusée en 2003 par le ministre de l'agriculture de l'époque Hervé Gaymard à la société locataire du lieu. Dans un courrier du 13 août 2003, publié par l'hebdomadaire, Gaymard écrivait à Armand de Coulange, président à l'époque de la Société des courses de Compiègne, que « Compte tenu de la législation concernant les forêts domaniales, je vous informe qu'une cession par vente n'est pas possible. En revanche, un échange serait envisageable si la Société des courses de Compiègne offrait un terrain forestier de la même importance et d'une valeur suffisante. Or la Société des courses de Compiègne ne dispose pas actuellement d'une tel patrimoine foncier. C'est pourquoi une telle opération ne peut être réalisée, sauf bien sûr, à trouver une offre équivalente au regard de ce type de transaction. » Cinq ans plus tard, six jours avant de quitter le ministère du budget pour celui du travail, Eric Woerth approuvait la vente de l'hippodrome (et de son golf) à la même société, moyennant un prix de 2,5 millions d'euros.

Chatel, pédagogue ?
Rentrée scolaire oblige, le ministre de l'Education nationale se montre beaucoup. Mercredi matin sur France inter, Luc Chatel a livré une explication peu convaincante sur la réforme de la formation des professeurs. Quelques 8 500 professeurs fraîchement diplômés en juin dernier débutent  aujourd'hui leur premier jour de classe, sans l'habituelle année de formation en IUFM qui mêlait formation et pratique (à raison de 6 heures par semaine). C'est l'un des effets d'une réforme initiée par Xavier Darcos : allongement d'un an du niveau de recrutement (à bac + 5 désormais), deux à quatre jours de formation juste avant la rentrée, tutorat par un professeur expérimenté jusqu'au vacances de la Toussaint, et stages réguliers en cours de saison. On a peine à comprendre comment ce bricolage peut remplacer l'ancien système. En fait, le gouvernement parvient ainsi à supprimer d'un coup de baguette magique 8 500 postes en envoyant ces « néotitulaires » se former sur le tas dès la sortie de l'école. Deux journées de grève sont d'ores et déjà annoncés par les syndicats pour les 6 et 7 septembre.


Autre impasse, le ministre rappelle qu'il y a plus d'enseignants pour moins d'élèves en 2010 qu'il y a 15 ans. Cette réponse aux critiques contre les 16 000 nouvelles suppressions de postes néglige un fait, l'augmentation du nombre d'élèves (plus de de 30 000 supplémentaires dans le second degré cette année). Surtout, Luc Chatel botte en touche sur la surcharge des classes : en 2007, avant ces funestes suppressions de postes, la France se situe au 5ème rang européen des classes les plus chargées dans le primaire. Entre 1999/2000 et 2008/2009, le nombre d'élèves par classe dans l'enseignement public est passé de 25,5 à 25,8 en maternelle, de 22,3 à 22,6 au niveau élémentaire, et a légèrement fléchi au second degré (de 24,2 à 24,1). Parallèlement, le nombre d'enseignants dans le secteur public (premier et second degrés, enseignement supérieur) a suivi l'évolution inverse : 841 000 en 2000; 798 000 en 2009, soit -5%.

Comme si ces mauvaises nouvelles ne suffisaient pas, François Baroin a expliqué aux parlementaires qu'il faudrait certainement augmenter les impôts... après 2012.

Sans blague ?

mercredi 1 septembre 2010

Malaise au gouvernement: les silencieux, les lâches et les collaborateurs

On commente beaucoup les remous causés par le discours de Grenoble, les expulsions de familles Roms et les surenchères sécuritaires qui se succèdent. La réaction des ministres dits d'ouverture et/ou « figures » de la diversité a été particulièrement scrutée. En ouvrant l'université d'été de l'UMP, François Fillon a demandé à ses ténors d'éviter les « états d'âme » en public.

Au sein du gouvernement, on peut distinguer trois camps : les silencieux, les lâches et les collaborateurs.

Silencieux
On attend toujours la réaction de Rama Yade. La grande gueule du gouvernement, un peu secouée par ses bourdes en cascade lors de la Coupe du Monde de football en juillet dernier, la secrétaire d'Etat aux Sports se tait. Sa seule intervention publique depuis juillet fut un communiqué de presse pour rendre hommage à l'ancien cycliste Laurent Fignon quelques minutes après l'annonce de son décès mardi midi.

Valérie Létard, centriste raccrochée au ministère du développement durable de Jean-Louis Borloo, est aussi inexistante que d'habitude. Sans doute a-t-elle gouté les propos d'Hervé Morin, ministre de la Défense et président de son parti le Nouveau Centre, qui, dimanche, a fustigé les amalgames et le tournant sécuritaire pris par le gouvernement auquel il participe depuis juillet dernier.

Jean-Louis Borloo, autre figure soi-disant centriste du gouvernement, s'est bien gardé d'intervenir.

Lâches
Certains silencieux de l'été se sont réveillés, guettés par des journalistes en meute à l'affut des premiers commentaires. Bernard Kouchner, lors de son discours aux ambassadeurs la semaine dernière, fut le plus emblématique de ceux-là. Jeudi dernier, il s'est contenté d'une dénonciation des amalgames de toutes sortes. Lundi matin, il a franchi un pas, sémantique : « Comment faire pour y remédier ? En démissionnant, j’y ai pensé ». Et d'ajouter : « C’est important de continuer. S’en aller c’est déserter, c’est accepter. »

A l'Elysée, un conseiller anonyme a confirmé au Parisien/Aujourd'hui en France que Sarkozy et Kouchner s'étaient ensuite parlés : « Oui, il y a eu des échanges téléphoniques avec le chef de l’Etat, mais le fait que Bernard réfléchisse et choisisse de rester montre qu’il accepte la politique menée. Il n’y a pas de problèmes avec lui. On connaît son parcours, on sait qu’il est différent des autres. »

Fadela Amara a exprimé, très rapidement, son trouble en marge d'une visite de lycée la semaine dernière. Mais, dit-elle, « Quand on pense à démissionner, on démissionne. » Mardi, elle s'est permise un large entretien dans les colonnes du Monde, pour se démarquer très clairement des déclarations de ses collègues Hortefeux et Besson, ... mais pour mieux confirmer qu'elle reste au gouvernement ! « Je suis une fille d'immigrés et je ne l'oublie pas. Je n'accepte pas que, dans mon pays, on mette les gens comme moi, d'origine étrangère, dans une situation d'insécurité juridique. »  a-t-ell expliqué, pour ajouter : « J'estime devoir me soumettre au principe de la solidarité gouvernementale parce que j'ai une politique à défendre pour les quartiers, parce que je suis convaincue que les banlieues constituent une partie de l'avenir de la France. » A l'instar de Jean-Marie Bockel (cf. infra), elle se réfugie derrière le soutien, qu'elle espère intact, de Nicolas Sarkozy. L'allégeance individuelle au monarque, voilà sa survie intellectuelle du moment.

Son collègue à l'emploi, Laurent Wauquiez, voulait faire valoir une voix sociale au sein de la droite. Mais sur le sujet sarkozyen du moment, pas de commentaire. Cet été, il s'est montré dans des agences de pôle emploi, car « on ne choisit pas l'emploi ou la sécurité. » Le commentaire est bien mince. Rapporteur du projet de l'UMP pour 2012, avec Nathalie Kosciusko-Morizet, il restait toujours étrangement silencieux dans les colonnes du Figaro quand on l'interroge sur cette démarche... à croire que l'urgence sécuritaire décrétée par Nicolas Sarkozy en juillet dernier n'avait pas sa place !

Collaborateurs
Plus collaborateur, Jean-Marie Bockel, secrétaire d'Etat à la Justice lutte pour sa survie politique. Cet été déjà, il avait confié sa conviction d'être toujours au gouvernement après le remaniement. Il s'accroche à la micro-mission que lui a confié, cinq jours après le discours de Grenoble, son patron de président au sujet de la prévention de la délinquance des jeunes et à son entretien d'« une petite demi-heure » le 2 août avec Sarkozy lui-même (sic !). Il tient, déjà, une conférence de presse sur le sujet ce mercredi.

Eric Besson, lui, n'est plus depuis longtemps un ministre d'ouverture. Dirigeant de l'UMP, l'ancien socialiste a allègrement franchi toutes les marches du sarkozysme extrême. Un temps débordé par l'activisme de son collègue Hortefeux au début du mois d'août, il a tenté de faire entendre une musique légèrement différente, en émettant publiquement des doutes au sujet de l'extension de la déchéance de nationalité pour les cas de polygamie et d'excision. Mais lundi, il s'est largement rattrapé dans la surenchère. Il tenait une conférence de presse commune avec Brice Hortefeux, où il énonça trois propositions législatives, dont la création d'un nouveau motif d'expulsion, la mendicité aggressive. Un peu plus tard, il s'est exprimé dans le Talk Figaro/Orange.

« Il n'y a pas de Roms, il y a des Roumains et des Bulgares en situation irrégulière.» Par cette phrase, déjà prononcée l'après-midi même avec Hortefeux, Besson tente de parer aux critiques contre la stigmatisation des gens du voyage. Autre précision : « je ne voudrais pas qu'on surjoue l'opposition entre Brice Hortefeux et moi. »



Crédit illustration: Libération du 31 août 2010