jeudi 7 octobre 2010

Sarkozy communique... à ses risques et périls.

Il prépare sa revanche, paraît-il. Il les déteste tous, mais il est sûr qu'il les aura. Un à un. Les Sarkophobes, les journalistes, les opposants de gauche, les critiques de droite. D'ici 2012, Nicolas Sarkozy doit, encore et toujours, se présidentialiser. Et donc communiquer.

« Il faut réguler les banques »
La justice a sa logique que la raison citoyenne parfois ignore. Un ancien président de la République qui a fait traîner des années durant toutes les enquêtes relatives à ses affaires quand il était maire de Paris semble en bonne voie de sortir indemne de l'unique instruction le concernant. Un accord avec l'actuelle mairie, une recommandation de non-lieu par le parquet de Nanterre, tout va bien dans le meilleur des mondes. Jérôme Kerviel, le jeune trader accusé d'avoir plombé les comptes de la Société Générale en janvier 2008 n'a pas eu cette clémence : la sentence, contre laquelle il a fait appel, est tombée hier ; 3 ans de prisons et 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts. Rien que ça. Même la Société Générale a trouvé cette sanction financière grotesque.

Dans son livre, Hugues Le Bret, directeur de la communication de la Société Générale à l'époque des faits relate comment la réaction de Nicolas Sarkozy a aggravé une situation déjà catastrophique, en janvier 2008. Quand l'Elysée fut mise au courant de la fraude, le Monarque n'avait qu'une obsession, se venger de Daniel Bouton, président de la banque, assommé par l'affaire. Un projet de fusion avec BNP-Paribas, dirigée par l'ami proche Michel Pébereau est activé, et Sarkozy s'agite publiquement contre la banque alors que la SocGé doit lever rapidement 5 milliards d'euros sur les marchés : « Il n'a pas compris qu'on n'avait pas encore complètement réglé le problème, il fallait lever cinq milliards et que c'était extrêmement difficile » écrit Hugues Le Bret. « Donc, il nous cogne dessus comme des brutes avant de comprendre quelque temps après qu'il faudra régler ses comptes une fois que le bateau sera sorti de la tempête, et pas avant. (...) Il ne réagit pas en homme d'Etat qui chercherait à préserver l'une des grandes banques du pays en équilibre sur un fil, mais en homme humilié d'avoir été écarté de la gestion de la crise. Il en fait une affaire personnelle. » La charge est rude, mais l'accusation d'incompétence limpide.

A l'Elysée, on ne réagit pas.

Sarkozy, « protecteur des arts »
Mardi, Nicolas Sarkozy préférait sagement s'assoir dans une classe de lycée en Ile-de-France, pour présenter le ciné-club version Sarkofrance : 200 films acquis par France Télévisions (pour 650 000 euros !) sont mis à disposition sur une plate-forme VOD pour 4500 lycées français. Quatre ministres (Chatel, Kosciusko-Morizet, Mitterrand et Tron) avaient fait le déplacement. C'est dire s'ils ont du temps pour ces opérations de communication gouvernementale...

Dans son discours, improvisé, précédant une micro-table ronde avec Claude Lelouch et Gérard Jugnot, Nicolas Sarkozy s'est lâché sur l'importance de la transmission du savoir. La tribune était dressée, avec son immanquable fond bleu, avec ces deux drapeaux français et européen. Sarkozy parla. L'homme qui réduit effectif enseignant et heures de cours au nom de la Révision Générale des Politiques Publiques n'était plus à un paradoxe près : « C’est un sujet tellement important qu’il est du devoir du chef de l’Etat de s’en occuper. Je commence donc par un paradoxe.» (sic !) Parce qu'au cœur de tout cela, il y a la question de la transmission de la culture aux nouvelles générations. »

Puis il ajouta, immédiatement ensuite, cette phrase malheureuse : « La France a une tradition, cette tradition, j’y reviendrai, veut que le monde de la culture soit sous la protection et en rapport direct avec le Président de la République. » Vous avez bien lu... « sous la protection et en rapport direct avec le Président de la République. » Les relents monarchiques de la Sarkofrance surprennent encore, trois ans et demi après l'élection de 2007. « Le monde de la culture a besoin d’être protégé car il ne peut pas exister seul face aux règles exclusives du marché. » Le Monarque voulait glisser dans son intervention du jour quelques mots sur Hadopi, dont les premiers mails d'avertissements sont partis la veille à quelques pirates numériques. Nicolas Sarkozy s'est dressé une statue tout seul, comme un grand.

Sarkozy a pu aussi insister sur sa cinéphilie récente : «  Il y a un certain nombre d’entre nous qui n’avons pas eu la chance d’être ouvert au cinéma si tôt. On a rattrapé le retard après. » Toujours se besoin de la jouer « peuple », malgré son enfance dorée, son adolescence protégée, sa vie d'adulte épanouie dans les rues de Neuilly-sur-Seine. Exit Christian Clavier, le voici adorateur du cinéma italien : « Je rêve d'un cycle sur le cinéma italien des années 1950-1960-1970 : Mariage à l'italienne, Une journée particulière…» Son épouse Carla lui avait sans doute préparé quelques fiches. Sur le Web, on s'amuse de voir le monarque reconverti en chantre des belles oeuvres. Chacun sait que cela fait partie d'un plan de com'. Paraître cultivé participe de cette « présidentialisation » d'un bonhomme pourtant élu depuis 3 ans et demi. A quelques lycéens trop heureux de pouvoir regarder quelques films sans avoir à les pirater, Sarkozy dériva sur le théâtre (« nous voulons aussi le faire pour le théâtre »), l'Opéra et les livres. Insistons : pourquoi donc le même homme réduit-il les moyens éducatifs du pays ?

« On n'augmentera pas les impôts »
En ces temps d'examen du budget de la France, les exercices sémantiques deviennent périlleux en Sarkofrance. Un temps loué pour son bouclier fiscal, l'Allemagne est désormais célébrée car ... elle n'en a pas. Sur les prélèvements obligatoires, le discours est tout aussi aléatoire. D'un côté, le Président des Riches, rejoint en ce sens par l'avocat d'affaires et député Jean-François Copé, défend mordicus qu'il n'augmentera pas les impôts (des riches) car les prélèvements obligatoires sont déjà trop élevés en France. De l'autre, ses ministres célèbrent le plan de réduction des niches fiscales qui ... augmente de facto le niveau des prélèvements obligatoires. Et dans l'un des documents explicatifs du projet de loi de finances pour 2011, on retrouve cette schizophrénie si sarkozyenne qui consiste à prêcher tout et son contraire.

Les prélèvements obligatoires représentaient 42,9% du PIB en 2008. A cause de la crise et du plan de relance (12,7 milliards d'euros d'annulation d'impôts en 2009), le taux a légèrement baissé à 41,6% l'année suivante. Mais rabot fiscal oblige, ils se redressent à 42,9% en 2011 dans le projet de budget : la hausse serait principalement due aux réductions de niches fiscales et nouvelles taxes (+0,9 point de PIB).

Les niches fiscales coûteront encore 65 milliards d'euros, d'après les annexes au projet de loi de finances. Toujours selon le même document, leur coût était de 71 milliards d'euros. Aurait-il donc baissé ? L'enjeu de communication est important. Il y a 8 jours, nous nous étonnions du paradoxe : les niches fiscales baissent, la reprise économique dope les impôts, et pourtant les recettes fiscales prévues pour l'Etat l'an prochain ... régressent !

Fiscalité toujours : Sarkozy justifie régulièrement sa politique fiscale par la nécessité impérieuse de préserver la compétitivité des entreprises du pays. La semaine dernière au Salon de l'Automobile, il expliquait ainsi que la réforme des retraites et la lutte contre les déficits participaient aussi de l'effort de compétitivité de l'économie française.

La lecture des documents budgétaires permet justement d'éclairer. A la page 29 du rapport sur les prélèvements obligatoires, on peut ainsi lire : « les taux nominaux ne renseignent que très partiellement sur la pression fiscale ressentie in fine par les entreprises et sur son impact sur la compétitivité et l’attractivité de l’économie française. » Puis : « le taux d’imposition implicite des bénéfices est inférieur au taux nominal. » Et enfin : « l’imposition effective des bénéfices en Fran- ce, qui mesure le prélèvement opéré sur le rendement d’un investissement donné, se situe elle dans la moyenne européenne ».

Nicolas Sarkozy lit-il la communication de ses services ?

« Bernard, ce grand homme.»
Il y a quelques jours à peine, Nicolas Sarkozy louait son ministre des affaires étrangères à la tribune de l'ONU, lorsdu Sommet sur les objectifs du Millénaire. Dans les coulisses, la réalité est toute autre.  Le Nouvel Obs publie cette semaine un projet de lettre de démission du ministre des Affaires Etrangères datée du 25 août, démission refusée par Sarkozy. Bernard Kouchner tente-t-il de faire bonne figure en montrant qu'il a eu le courage d'aller jusqu'au bout (ou presque), après les accusations de lâcheté lors de la polémique sur les Roms ?

Dans ce courrier, resté lettre morte en attendant le remaniement gouvernemental de novembre, Kouchner se plaint d'humiliations de la part des conseillers de Nicolas Sarkozy. En l'occurrence, il cible Claude Guéant et surtout Jean-Daniel Levitte, le sherpa du président. On murmure que l'ancien humanitaire se verrait proposer le poste de « Défenseur des Droits », prochainement créé avec l'absorption (contestée) de diverses autorités indépendantes telles la Halde, la  Commission nationale de déontologie de la Sécurité, et la Défenseure des Enfants.

Placer un proche du chef de l'Etat au sommet d'un gros machin administratif censé incarné la protection des droits de l'homme en France, voilà une bonne idée !


mercredi 6 octobre 2010

Classement des blogs politiques : où est la Sarkosphère ?

Le traditionnel classement des blogs politiques établi par Wikio vient de sortir, et le voici donc.

Premier constat, c'est un Nicolas qui reprend la tête de liste, mais un Nicolas opposant, avec Partageons Mon Avis. Second constat, la sarkopshère qu'un trublion des jeunesses sarkozyennes appelait de ses voeux il y a un mois est toujours aussi absente. Qui n'est pas antisarkozyste primaire, secondaire ou tertiaire dans ce classement ? Je vous laisse deviner. Troisième constat, ces blogs sont étonnamment divers dans leur approche de la chose politique.

Bravo aux lectrices et lecteurs qui les soutiennent.

1Partageons mon avis
2Le blog de Guy Birenbaum
3Sarkofrance
4intox2007.info
5Le coucou de Claviers
6LES JOURS ET L'ENNUI DE SEB MUSSET
7Carnet de notes de Yann Savidan
8Les coulisses de Sarkofrance
9A perdre la raison
10Piratage(s)
11L'Hérétique
12Lyonnitude(s)
13Bah !
14Rimbus le blog
15lepost.fr/perso/bruno-roger-petit
16Hashtable
17Le blog de Pierre-Alain
18RichardTrois
19des pas perdus
20Les privilégiés parlent aux Français...
Classement réalisé par Wikio

Budget 2011 : surprises, mensonges et trahisons en Sarkofrance

La lecture des 309 pages du projet de loi de finances pour 2011 a quelque chose d'évidemment fastidieux. Des députés s'en sont saisis. Des amendements vont surgir. Des lobbies vont s'activer. Depuis quelques jours, le budget de l'Etat est le sujet examiné à l'Assemblée nationale. Sarkozy s'en fiche un peu. Mardi, il inauguré un ciné-club dans un lycée.

Les grands déséquilibres...
On connaît les grands (dés)équilibres présentés par le gouvernement voici maintenant une semaine. L'an prochain, le gouvernement espère récolter 336 milliards d'euros de recettes fiscales et 17 milliards d'autres produits. S'en déduiront ensuite 82 milliards d'euros de remboursements et dégrèvements, 55 milliards d'euros de reversements aux collectivités locales, et 18 milliards d'euros à l'Union Européenne. Resteront à peine 201 milliards pour financer les différentes missions publiques. Comme les dépenses sont prévues à 290 milliards, le déficit budgétaire ressortira à 92 milliards. 

Côté recettes, le gouvernement a revu à la baisse le rendement de l'impôt sur le revenu (IR) en 2010 par rapport au budget initial (1,1 milliard d'euros), à cause d'une « moindre croissance qu’attendue des revenus 2009 ». Cela ne l'empêche pas, pour l'année suivante, de tabler sur une augmentation de 4,4% de son rendement, « conséquence directe de la reprise économique » : 58,4 milliards d'euros d'IR, moins 7,4 milliards de niches. Restent 51 milliards d'euros. Même optimisme affiché pour l'impôt sur les sociétés : +9 milliards, pour atteindre 44 milliards d'euros. La TVA rapporterait 176 milliards d'euros, desquels il faut ensuite déduire 44 milliards d'allègements (25%). La TIPP rapporterait 14 milliards d'euros (+1,1%), en évolution favorable grâce à l'augmentation du gazole (+2,9%) qui compense une baisse de consommation des super-carburants (-5%). D'autres recettes fiscales diverses complètent le total pour 13 milliards d'euros.

Sur la réduction des niches fiscales, le gouvernement embrouille bien volontiers le lecteur : il évoque d'abord 10 milliards d'euros de réduction, le fameux coup de rabot (« les niches fiscales et sociales seraient réduites par le projet de loi de finances et le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2011 de près de 10 milliards d’euros en moyenne sur les deux années 2011 et 2012 », page 19) ;  Mais dans le détail du document, des tableaux et des explications, ces 10 milliards ont disparu : on retrouve, certes, des mesures de « réduction de dispositifs fiscaux dérogatoires » (page 22), mais elles ne génèrent qu'une amélioration totale de … 1,7 milliards d'euros. Pire, ce total mélange deux réduction de niches (le relèvement de la TVA sur les offres triple plaie des FAI pour 1,1 milliard, et la réduction des crédits d'impôt sur le photovoltaïque pour 150 millions), et une nouvelle taxe sur les banques (pour 500 millions).  Osons une hypothèse  : ces « 10 milliards » sont à « multi-usages » pour un story-telling sophistiqué, tantôt réduction de niches, tantôt « amélioration des recettes fiscales grâce à la reprise de l'activité. » Au final, les recettes nettes s'affichent à 254 milliards d'euros, soit un niveau quasi-identique à l'an dernier.

Concernant les retraites, le gouvernement veut aussi faire bonne figure. Il prend bien soin de préciser que les économies et prélèvements nouveaux imposés aux hauts revenus et au capital destinés à financer les retraites ne sont pas inclus dans le projet de budget de l'Etat : ils seront reversés aux régimes de retraite. Le chiffrage est modeste, à 1,3 milliards d'euros :
« - suppression du crédit d’impôt attaché aux revenus distribués de source française ou étrangère (+0,6 milliard d’euros) ;
- réforme du régime fiscal des sociétés-mère, avec le déplafonnement de la quote-part de frais et charges prélevée sur les dividendes perçus de ses filiales par une société mère (0,2 milliard d’euros) ;
- mise en place d’une contribution de 1% sur les hauts revenus et sur les revenus du capital (0,5 milliard d’euros). »
Au final,  le besoin de financement reste énorme : 92 milliards d'euros de déficit généré dans l'année, 49 milliards de remboursement de dette à long terme, et 48 milliards de remboursements de dette court terme. L'Etat a prévu de financer l'essentiel de ces besoins (186 sur 189 milliards) par un recours aux marchés financiers.

... et les petites surprises
Dans le détail, certaines mesures ont été peu commentées. En voici quelques-unes.

1. Le relèvement d'un point de la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu (de 40 à 41%) s'appliquera sur les revenus 2010 (payés en 2011). En revanche, le relèvement d'un point (de 18 à 19%) des plus-values de cessions de valeurs mobilières ne concernera que les cessions réalisées après le 1er janvier 2011. En d'autres termes, cette modeste taxation concernera d'abord les revenus des ménages (dès 2010), et plus tard certains revenus du capital (les plus-values).

2. Jusqu'à maintenant, les contrats responsables de complémentaire santé étaient exonérés de la taxe sur les conventions d'assurance (TCA). Le projet de loi de finances prévoit d'instaurer une nouvelle taxe de 3,5%, qui devrait rapporter un milliard d'euros, un prélèvement sur le dos des mutuelles qui se chargeront de le répercuter sur les ... ménages.

3. Les élections approchent, et cela se voit : après avoir tenté de la supprimer en 2009, le gouvernement prend cette fois-ci bien soin de prolonger l'exonération de redevance audiovisuelle instaurée en 2005 pour les personnes âgées de plus de 65 ans aux revenus modestes (article 36).

4. L'aide juridictionnelle, jusqu'alors gratuite pour les bénéficiaires, sera désormais facturée 8,84 euros pour chaque plaidoirie ou représentation aux audiences de jugement (article 41). Le gouvernement entend « sensibiliser les justiciables au coût de l’aide juridictionnelle et limiter les recours abusifs

5. Sans trop le crier sur les toits, le gouvernement a prévu de resserrer le périmètre des entreprises bénéficiaires d'investissement défiscalisé (impôt sur le revenu et ISF). A lire les motifs de ce resserrement, on se demande pourquoi personne à Bercy n'y avait pensé plus tôt : « les activités qui, par leur nature même, ne connaissent pas de difficultés structurelles à trouver des financements en fonds propres (immobilier, activités financières, activités dont les stocks ne se dévalorisent pas, etc.) seraient exclues du mécanisme.» (article 14). Dans la même veine, Bercy propose de « limiter les situations abusives », sans fournir d'éléments chiffrés à ce stade, en citant, en particulier, la «  constitution de sociétés pour le seul motif fiscal, ces dernières étant dissoutes au bout de cinq ans et leurs actifs vendus.»

6. La fameuse « taxe de risque systémique », nouvelle taxe bancaire pour limiter les risques de placements, est très modeste (article 16). Son taux est de 0,25%, appliqué au niveau minimal de fonds propres requis en matière prudentiel. On a déjà critiqué le fait que le produit de cette taxe (estimé à 500 millions d'euros en année pleine, contre plus d'un milliard en Allemagne pour la taxe équivalente) serait affecté, non pas à un fond de réserves en cas de défaillance bancaire, mais au budget général de l'Etat. Dans son projet de loi, le gouvernement justifie : « Afin de ne pas engendrer de comportements de prise de risque, la taxe ne doit avoir aucun caractère assurantiel. Pour cette raison, la taxe sera affectée au budget général.» On croit rêver : qui peut croire qu'une taxe aussi modeste, 0,25% d'un plancher de fonds propres qui s'est déjà révélé incapable de compenser les risques abyssaux pris par les banques avant 2008, pourrait encourager ces établissements à prendre davantage de risque !

7. Evènement peu commenté, l'Autorité des Marchés Financiers est ... en faillite. Ou presque. En 2009, son déficit a atteint 17 millions d'euros (soit 28% de ses revenus !). En 2010, le trou s'est creusé à 25 millions d'euros ! D'après le document budgétaire, la trésorerie prévisionnelle de l'AM à fin 2010 ne lui permettra de tenir que de « 5 à 6 » mois. Les ressources de l'AMF sont constitués de prélèvements et cotisations sur les activités d'épargnes ou des professionnels des marchés. Elle aurait perdu près de 30% de ces recettes entre 2006 et 2009. Bercy créé donc de nouveaux droits d'enregistrements, et en augmentent d'autres, afin de remédier à la situation.

8. Les collectivités territoriales passent, budgétairement, sous la coupe de l'Etat : désormais, le montant de la Dotation Générale de Fonctionnement sera fixé chaque année en loi de finances (cf. article 19).

9. Les dotations d'investissements des départements seront également gelées :  équipement des départements, des collèges, et d’équipement scolaire. Mardi, 60 départements (58 gérés par la gauche, 2 par la droite), ont décidé de saisir le Conseil Constitutionnel pour « non-respect du principe de libre-administration des collectivités locales

10. Le gouvernement précise, dans l'article 32 du projet de loi, comment il compte tenir les engagements « en faveur de la forêt dans le cadre de la lutte contre le changement climatique », pris à l'issue du sommet de Copenhague en décembre 2009, soit 1,26 milliard d'euros à consacrer de 2010 à 2012. Pour 2011, la France entend financer cet engagement « par la cession d’une partie des unités de quantité attribuée (UQA) à la France dans le cadre du protocole de Kyoto ». En d'autres termes, le gouvernement va céder des droits à polluer dont elle n'a pas plus l'utilité grâce « aux efforts déjà réalisés et à ses bonnes performances en matière de lutte contre le changement climatique.» Voilà tout le paradoxe de ce système de quotas : pour financer la « reforestation », on vend à d'autres la possibilité de polluer.

11. La France est fauchée, surtout quand il s'agit de justice. Pour économiser 6,6 millions d'euros par an, le gouvernement a décidé de reporter au 1er janvier 2014 l'application de l'une des dispositions de la loi du 5 mars 2007 qui prévoyait, après le scandale de l'affaire Outreau, de confier toutes les informations judiciaires à une collégialité de trois juges (article 75). En 2009, le gouvernement Sarkozy l'avait déjà reporté au 1er janvier 2011.

12. La Grèce paiera 200 millions d'intérêts à la France l'an prochain au titre du prêt « généreux et solidaire » octroyé en début d'année.

13. Le budget de l'Elysée est « gelé » à son niveau record de 2010 : 112 millions d'euros. Cette dépense n'intègre pas le nouvel Airbus présidentiel prochainement livré.

14. On lira avec attention, le moment venu, les explications avancées par le gouvernement pour justifier la progression de 89 millions d'euros des dépenses de personnel de la mission « coordination du travail gouvernemental », au sein des services du premier ministre : 244 millions d'euros pour 2011, contre 155 millions en 2010.

Ami sarkozyste, as-tu lu ce budget ?

mardi 5 octobre 2010

Sarkozy radote, ses fidèles s'agitent.

Lundi, il est parti à Bruxelles, non pas pour se faire houspiller sur sa politique migratoire ou ses expulsions de roms, mais pour un sommet, le 8ème du genre, entre l'Europe et l'Asie. Nicolas Sarkozy veut croire qu'il a encore une carte à jouer, loin de France, pour redresser son image désastreuse en France. En métropole, il a laissé un quarteron de fidèles défendre sa réforme des retraites ; Borloo se voit déjà premier ministre. Eric Besson masque ses mesquineries.

A Bruxelles, Sarkozy radote
A Bruxelles, Sarkozy s'est exprimé devant un parterre de représentants des principaux pays d'Europe et d'Asie. Il n'avait que quelques minutes, pour un micro-discours, évidemment relayé sur le site de l'Elysée.

Il faut toujours lire ou écouter Nicolas Sarkozy quand il parle à l'étranger. Il dit souvent le contraire de ce qu'il dit en France. Comme ce lundi, où, évoquant une nième fois supplémentaire, la crise mondiale débutée en 2008, « regardons la situation telle qu'elle est : nous n'avons rien changé structurellement.» A l'étranger, dans les tribunes internationales, Sarkozy répète inlassablement les mêmes couplets, enfonce toujours les mêmes portes ouvertes, sans rien ne change ni que lui-même y mette une quelconque volonté réformatrice quand il revient au pays : la régulation monétaire (« Nous vivons sur la fiction de Bretton Woods, où il y avait une économie et une monnaie.»), « l'effrayante volatilité du prix des matières premières » ( « est-il acceptable qu'il existe des produits dérivés sur les matières premières sans que nous ne décidions rien ? » Mais qu'attend-t-il ?) et la gouvernance mondiale économique.

Sarkozy conclue sa courte intervention par une suggestion : les sommets devraient être préparés pour n'être que conclusifs, comme si les rencontres internationales n'étaient jamais assorties de négociations préalables en coulisses. Et il ajoute, sans rire ni gêne, « on peut se contenter d'une conférence téléphonique ou d'échanges de communiqués, ce qui évitera de dégrader notre bilan carbone...»

Pour se rendre dans l'Yonne, à moins de 250 kilomètres de Paris, jeudi dernier, Nicolas Sarkozy a usé d'un hélicoptère puis d'un jet. Et en fin de semaine, Sarkozy filera s'incliner devant Benoît XVI. 

Retraites, la réforme incomplète
A Paris, le gouvernement a dû revoir sa copie. Il s'est planté dans ses prévisions de croissance économique. Elles ont été légèrement revues à la baisse (2% et non 2,5% l'an prochain), mais cela a suffi à déstabiliser l'équilibre de sa réforme des retraites. Rappelez-vous comment Eric Woerth insistait, en juin dernier après sa présentation : grâce à lui, les régimes des retraites allaient enfin être financés. Dès le 15 juin, l'affirmation était fausse. Dans le document gouvernemental, on pouvait déjà lire, explicitement, qu'un trou annuel de 15 milliards d'euros perdurait.

Ces dernières semaines, Fillon et Woerth avouaient à demi-mots qu'il faudrait prévoir une nouvelle réforme en 2018. Puis voici qu'à la lecture du budget 2011, on découvre que la situation a changé. En 2010, le déficit est inférieur aux attentes, de plus de 3 milliards d'euros : en juin, Woerth évoquait 32 milliards. Réactualisé, le déficit serait de 29 milliards finalement. Mais dès 2014, en revanche, l'actualisation des paramètres économiques conduit à une détérioration des prévisions. « En 2020, le déficit dépasserait 47 milliards, 2,3 milliards de plus qu'attendu » rapportent les Echos. Et l'UNEDIC ajoute que le recul de 60 à 62 ans de l'âge minimal de départ à la retraite devrait aggraver ses comptes de 530 millions d'euros par an à compter de 2017, à taux d'emploi des 60 ans inchangé.

Sur la réforme des retraites, cinq ministres et secrétaires d'Etat ont signé une tribune dans les colonnes du Monde. A la veille de son examen au Sénat, la loi sera sans doute adoptée sans grand changement majeur. Exaspérés, certaines organisations syndicales ont durci leurs actions : après le port de Marseille, voici la CGT de la RATP appelle désormais à une grève illimitée dès le 12 octobre.

Mais Nicolas Sarkozy a envoyé cinq fidèles, Eric Woerth, Nora Berra, Nathalie Kosciusko-Morizet, Nadine Morano et Georges Tron, défendre le projet sur l'une de ses injustices majeures, l'inégalité faite aux femmes. Pour Nicolas Sarkozy, l'enjeu est de taille : le futur candidat à sa propre réélection entend bien capitaliser sur cette réforme « difficile mais incontournable ». Or, le Président des Riches risque de laisser un sentiment d'amertume auprès du plus grand nombre. Il y a donc urgence à défendre qu'il n'y avait pas d'alternative.

Lundi, les 5 mousquetaires du sarkozysme vieillissant dénoncèrent 3 idées qu'ils juges reçues mais fausses: primo, les inégalités de retraites entre les hommes et les femmes seraient un sujet prochainement dépassé : « l'écart entre la retraite d'une femme et celle d'un homme s'est réduit de 25 points en vingt-cinq ans ». Secundo, « Les femmes ont maintenant des carrières d'une durée équivalente à celle des hommes. » Mais ils reconnaissent pourtant une statistique terrifiante et imparable : 22% des femmes partent à la retraite après 65 ans. Et 70% des bénéficiaires du minimum vieillesse sont des femmes... Tertio, l'âge de 67 ans ne serait pas l'âge de la retraite à taux plein, mais celui de l'âge de départ sans décote. Subtile nuance... Les 5 sarkosystes, comme leur patron, évitent soigneusement de rappeler que la réforme proposée allie les inconvénients d'âge tardif (62 et 67 ans) et d'une durée de cotisations hors normes en Europe : tous ceux nés après 1960 et  entrés après l'âge de 25 ans sur le marché de l'emploi, devront travailler jusqu’à 67 ans.

Surtout, le gouvernement semble pris à son propre piège : il tente d'expliquer que le recul de la retraite sans décote, de 65 à 67 ans, ne pénalisera pas grand monde. Or, le même gouvernement justifie que cette même mesure représente ... un tiers des économies de la réforme, preuve, s'il en est, que ce recul aura une importance déterminante. Pour finir, les 5 mousquetaires de la Sarkofrance expliquent, comme Eric Woerth avant l'été, que « la retraite ne peut rattraper trente ans d'écart de salaire ». Comment gouvernement s'attèle-t-il à ces inégalités ? Avec la menace d'une sanction de 1% de leur masse salariale contre les entreprises récalcitrantes. Un petit pourcentage pour corriger un écart moyen de 19%...

Les affres du remaniement
Au final, ces 5 mousquetaires auront peut-être gagné quelque chose avec leur tribune : leur survie au gouvernement après le remaniement.  D'autres membres du gouvernement prennent les devants : Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux Transports, a confirmé son départ. Jean-Louis Borloo, lui, s'y voit déjà. Il se « prépare » explique Jean-Michel Apathie. Il a changé sa coupe de cheveux, il soigne ses costumes. Il a même appelé certains conseillers de Fillon pour leur demander s'ils souhaitaient rester à Matignon après le remaniement. Il joue les écolos généreux jusqu'à la dernière minute. Il a ainsi annoncé le lancement prochain d'un appel d'offre pour le premier parc éolien maritimes, aux larges côtes françaises, d'ici 15 jours. Vendredi dernier, il était tout fier d'inaugurer le Salon de l'Automobile avec Nicolas Sarkozy. La voiture électrique, c'est son « bébé » comme il l'a confié la veille à un journaliste de France Soir.

Dans les coulisses, Borloo n'est pas avare de petites mesquineries, lui aussi.

Ses services ont ainsi décidé, dans la discrétion estivale, de fermer le musée de l'informatique et du jeu vidéo situé au sommet de la Grande Arche de la Défense. Les locaux appartiennent au ministère du Développement durable. Cinquante personnes y travaillaient, et le site accueillait 250 000 visiteurs par an. Interrogé par Rue89, le porte-parole de M. Borloo  a expliqué que le ministère « entend recouvrer l'usage de ces locaux pour ses besoins propres » et « transformer le site en bureaux ». En fait, Jean-Louis Borloo souhaite récupérer les lieux pour organiser des réceptions, cocktails et conférences. Environ 17 millions d'euros seraient nécessaires au réaménagement du site.

Les petites mesquineries d'Eric Besson
Egalement dans la plus grande discrétion, Eric Besson a fortement augmenté les taxes dues par les immigrés au titre de la délivrance des titres de séjour en plein été. Le redressement des comptes publics exigeait-il un tel relèvement de 10 à 57% ? Quoiqu'il en soit, une circulaire du 28 juin 2010, publiée au Journal Officiel en application d'un décret d'Eric Besson du 24 juin précédent, fixait les nouveaux montants des taxes applicables pour la délivrance d’un titre de séjour ou d’un document de circulation : 340 euros pour un primo-arrivant (soit +13%), 110 euros pour une demande de renouvellement (contre 70 euros auparavant, soit +57% !). Pour un regroupement familial, les enfants coûteront 340 euros s'ils étaient déjà en France, mais 110 euros s'ils arrivent de l'étranger.

Eric Besson est pourtant soucieux de ne pas dépenser trop... quand il s'agit de lui. Accusé il y a deux semaines par Bakchich.info d'avoir fait réserver son voyage de noces en Italie par les services de son ministère, il a démenti et transmis au site les fadettes justifiant qu'il avait bien réglé lui-même le déplacement. Et que constate-t-on ?

1. Le ministre a bénéficié des tarifs - avantageux - négociés par son ministère, dans le cadre d'un appel d'offre, auprès de Carlson Wagonlit, pour son voyage privé.
2. Le ministre a demandé des gardes du corps, une protection évidemment payée sur fonds publics, et inhabituelle pour des vacances privées de ministre.
3. D'après les documents officiels, les deux gardes du corps auraient voyagé en classe affaire, tandis qu'Eric Besson a réglé, justificatif à l'appui, deux billets en classe économique... Sacré farceur !
4. Bakchich émet un sérieux doute sur les justificatifs de paiement transmis par le ministre : les tarifs ne correspondent pas aux prix pratiqués par Air France, même en passant par une agence Carlson Wagon-Lits.

Eric Besson a décidé de porter plainte malgré tout contre Bakchich. Un juge se prononcera sans doute. Pour son collègue Eric Woerth, contre qui personne n'a porté plainte, l'affaire se présente différemment.

Philippe Courroye, le procureur de Nanterre, vient de requérir un non-lieu dans l'enquête sur sept emplois présumés de complaisance à la Ville de Paris au bénéfice du RPR et de Jacques Chirac. Après l'accord à l'amiable conclu entre Nicolas Sarkozy (pour le compte de l'UMP), Jacques Chirac et Bertrand Delanoë, validé par le Conseil de Paris la semaine dernière, voici une seconde bonne nouvelle pour l'ancien maire de Paris.

Sans surprise, Philippe Courroye a constaté qu'« il n'existait pas un système connu de M. Chirac destiné à financer de façon occulte le RPR .» Le juge chargé de cette instruction peut décider de poursuivre quand même Jacques Chirac. Mais cette clémence de Philippe Courroye inquiète au-delà de l'affaire en question : le procureur de Nanterre est en charge des enquêtes préliminaires sur les affaires Woerth/Bettencourt. Et aucun juge d'instruction n'a pour le moment été désigné.

Un président en vadrouille, des ministres qui s'impatientent, une justice calme et calmée. Tout va bien en Sarkofrance.


lundi 4 octobre 2010

Sarkozy, Fillon : crise mystique au sommet de l'Etat.

Samedi 2 octobre, les syndicats ont réussi leur pari. Malgré la pluie, les manifestants étaient plus nombreux que le 23 septembre dernier. Il n'y a toujours pas d'appel à la grève générale, donc les protestataires font avec ces mots d'ordre ponctuels. Le Figaro, contraint à l'aveu, parlait de « mobilisation contrastée suivant les régions » dès l'après midi. Mais Sarkozy était ailleurs, près de la France éternelle, agricole et chrétienne. Un sursaut de spiritisme bien opportun, sur fond de menace terroriste.

Les retraites, encore les retraites
Dès jeudi, Nicolas Sarkozy a pris le parti d'ignorer les manifestants qui devaient se rassembler deux jours plus tard. Il a ainsi minoré, à l'avance, l'importance des manifestations : « Je peux dire aux 15 millions de retraités et aux 700.000 retraités de plus chaque année: vos retraites seront payées. » Ou encore : « Ça provoque du mécontentement, ça provoque des manifestations. Quand la réforme sera passée, les Français se diront: on n'a pas de soucis à se faire pour les retraites. »

Samedi, la police a pourtant compté 899 000 manifestants. Notez la précision. Le 23 septembre déjà, les préfectures avaient stoppé leur comptage sous la barre de la centaine de milliers supérieure, à 997 000 personnes. La police s'abstient de comptabiliser les piétons sur les trottoirs.  Côté syndicats, on évoquait 2,9 millions de personnes. Mardi 5 octobre, la réforme arrive au Sénat. L'UMP n'y a pas la majorité ; « des avancées seront possibles au Sénat » a promis Luc Chatel, avant de lâcher, à son tour, un joli lapsus : « Ce qui me préoccupe, c'est mon domaine ministériel. Le président de la République m'a nommé Premier ministre... Ministre de l'Éducation nationale. » Lapsus mis à part, le gouvernement se fiche donc des manifestants. Chatel a noté qu'il n'y avait pas eu d'amplification de la mobilisation. Il est sans doute allé compter un à un les protestataires. Eric Woerth a lui aussi recyclé les mêmes éléments de langage préparés, comme d'habitude, à l'Elysée : « il n'y a pas d'augmentation de la mobilisation (...) Il y a une mobilisation qui est du même ordre, elle est forte, mais elle est du même ordre ».

Côté syndicats, certains pensent à des mouvements plus radicaux, telle une grève reconductible. A Marseille, le port est bloqué jusqu'à lundi. A la CGT, le prudent Bernard Thibaut est obligé de concéder que la grève reconductible, « non seulement, ça n'est pas exclu, mais ce n'est absolument pas à exclure. »

Fillon, à la recherche de la vérité
Dimanche soir, François Fillon intervenait sur M6 dans l'émission Capital. Sans surprise, il a critiqué les manifestants de samedi qui, dit-il, « se trompent.» Le journaliste Guy Lagache avait des questions précises. Le premier ministre lâcha qu'il était prêt à ce que le Sénat amende le projet pour laisser les femmes, « sous certaines conditions », partir à 65 ans au lieu de 67 ans. S'agit-il d'un premier recul ? « Si j'ai commencé à travailler à 18 ans, je vais cotiser 44 ans »  s'est exclamé Lagache. « C'est injuste ! » Fillon bafouille sa réponse : « vous aurez une pension plus élevée »... On croit rêver. Le journaliste continue : « vous prévoyez déjà une nouvelle réforme en 2018. » La réforme actuelle ne suffirait-elle pas ?

Sur d'autres sujets d'actualité, Fillon a également battu en retraite, comme s'il signifiait son départ de Matignon par quelques déclarations empoisonnées, une « tournée des adieux » commentait le Jdd. Ainsi, avoua-t-il, la réduction de niches fiscales est bien une hausse d'impôts. « C'est une augmentation d'impôts, bien sûr, mais ce n'est pas une augmentation généralisée et cela correspond à une liberté de choix. »

Sarkozy, à la recherche de son identité
A l'Elysée, les conseillers en communication se démènent pour montrer que leur Monarque est auprès de la « France éternelle », qu'il adore les agriculteurs et la chrétienté. Surtout depuis mars dernier quand sa cote électorale est tombée sous la barre des 50% au sein de la France rurale. Jeudi dernier, Sarkozy visitait encore une exploitation agricole, à quelques kilomètres de Paris, dans l'Yonne. Sur le site Elysée.fr, un fonctionnaire présidentiel avait choisi un joli titre pour cet évènement : « Croire en la ruralité ». Le voyage fut rapide. Un hélicoptère militaire puis un jet, pour un déplacement à 150 kilomètres de Paris. Une grosse table ronde pas ronde. Des caméras, partout. Des photos avec des enfants d'une classe maternelle, ou avec des passants - sélectionnés - lui donnant quelques fleurs. Sacré Sarkozy ! Combien de fois s'est-il moqué de son prédécesseur Jacques Chirac et de ses visites avec embrassades d'enfants et dégustations des produits du terroir ? Inquiet pour sa réélection, l'homme fait de même, mais chut ! Ne le répétez pas. Jeudi dernier, il a même visité une église, la basilique de Vézelay, et salué des gendarmes. Trop fort !

« Dans le cadre de ce déplacement, le Président de la République visite la classe maternelle unique du village de Montillot, participe à une table ronde sur le thème de l'attractivité des territoires ruraux puis rencontre les gendarmes de la brigade de Vézelay. Il visite ensuite la cité médiévale et la basilique de Vézelay, inscrites depuis 1979 au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO.» (source)

Il a surtout célébré « l'héritage chrétien » de la France. Sarkozy a besoin de se réconcilier avec l'électorat catholique. Vendredi soir, il a soigneusement fait savoir qu'il organisait une projection privée du film de Xavier Beauvois « des hommes et des Dieux » à l'Elysée. Quelle passion cinéphile ! Le film est prêt depuis mai dernier, après sa projection au Festival de Cannes, et il a déjà atteint près d'un million et demi de spectateurs.  Comme l'écrivait prudemment le Figaro, « il s'agissait avant tout jeudi de renouer le fil avec l'électorat catholique. » Les cathos sont-ils des dupes ? Vendredi 8 octobre, le président français se rendra au Vatican, pour rencontrer le pape. Les expulsions de roms ont laissé des traces.

Brice Hortefeux ne s'arrête jamais. Il s'est empressé de soutenir publiquement un gendarme mis en examen pour la mort d'un gitan en juillet dernier,  qui avait déclenché une flambée de violences à Saint-Aignant et la chasse anti-roms de l'été. Dimanche, Michèle Alliot-Marie, garde des Sceaux déstabilisée par l'affaire Sénat, lui a prudemment apporté son soutien.

Dimanche 3 octobre, la télévision publique, France 3 en l'occurrence, diffusait un documentaire d'une grosse heure à la gloire de Carla Bruni-Sarkozy. Le résumé publié par la chaîne ne laissait aucun doute: « Qui se cache vraiment derrière la première dame de France ? (...) De la décontraction du monde de l'art aux codes protocolaires de la politique, comment s'est elle adaptée ? Comment compose-t-elle avec les attaques des uns, les attentes des autres, ses admirateurs...et sa propre vie d'artiste ? »

Un passe-droit pour Eric Besson
La ruralité, chez Nicolas Sarkozy, est ainsi devenue un élément central de l'identité française. Or, l'identité nationale est un sujet d'importance dans la stratégie de réélection du Monarque.

Un confrère, Romain Blachier, s'interroge sur le mariage récent d'Eric Besson. La vie privée du ministre de l'identité nationale ne nous concerne pas... sauf quand ce dernier multiplie, par discours ou loi interposés, les intrusions dans la vie privée de nos concitoyens. La récente loi Besson, en examen à l'Assemblée nationale depuis le 27 septembre, contient plusieurs dispositions pour durcir les procédures de contrôle des mariages, et notamment contre les mariages dits « gris ». Récemment, Eric Besson s'est marié, en seconde noce, avec une jeune Tunisienne. Romain Blachier rappelle la loi : « Depuis quelques années, un français et un étranger qui veulent se marier doivent passer en commission des mariages. Ce n'est pas un choix des mairies, c'est la loi.» Et de préciser les critères d'évaluation de cette commission, composée de fonctionnaires : « les cas où les écarts d'âge, de revenu, de situation existent ou si tout simplement le conjoint étranger a permis de séjour un tant soit peu précaire comme par exemple un visa d'étudiant.» La question vient d'elle même : « Eric et Yasmine ont-il du se plier au même exercice que celui qui est demandé par les lois de la majorité à laquelle appartient le Ministre à tous les conjoints de leur situation ou la Mairie de Paris 7e où ils se sont mariés a-t-il fait une exception ? »

Alors, monsieur le ministre... un commentaire ?

Le terrorisme, le vrai
Le gouvernement américain veut décourager ses ressortissants à se rendre en Europe. Dimanche dernier, le département d'Etat a publié une note d'alerte, remise aux passagers en partance pour le vieux continent. La ministre britannique des Affaires Etrangères a renchéri : « Le niveau de menace reste élevé, ce qui veut dire qu'un attentat est hautement probable ». En France, les ministres confirment, tels Brice Hortefeux a pu renchérir : « Nous travaillons en étroite collaboration avec l'ensemble des services et des pays concernés. Nous sommes naturellement vigilants et tenons compte de ce que peut dire notre allié américain. » La France, engluée en Afghanistan pour une sale guerre sans objectif ni issue, se retrouve en première ligne.


Depuis 15 jours, le gouvernement Sarkozy a adopté une très curieuse attitude. Avant les manifestations du 23 septembre, il a largement insisté sur un retour des menaces terroristes, au point d'être accusé d'instrumentaliser le sujet pour divertir l'opinion. Des responsables des renseignements et de la police se sont même exprimés. Les fausses alertes se sont multipliées. Après la prise de 5 otages français au Niger, le gouvernement a encouragé publiquement les preneurs d'otages à dialoguer et négocier. Un changement de doctrine qui tranche avec la position de nos voisins allemands, britanniques ou espagnols qui refusent de négocier publiquement.

Le terrorisme, pour Sarkozy, est sans conteste un sujet d'inquiétude et de diversion. 

dimanche 3 octobre 2010

Conflits d'intérêts : les « bons Français » du Fouquets

Il a pourtant installé une commission sur le sujet. Contraint et forcé par l'affaire Woerth/Bettencourt, il l'avait promis le 12 juillet dernier. Trois personnalités, un magistrat, un conseiller d'Etat et un président de la Cour des Comptes, ont été chargées par Nicolas Sarkozy il y a 3 semaine de réfléchir aux « situations de conflit d'intérêts dans lesquelles peuvent se trouver les membres du gouvernement, les responsables des établissements publics et entreprises publiques, ainsi que, le cas échéant, les autres agents publics dont la nature particulière des missions le justifierait ». L'heure est-elle si grave ?

Hirsch sème la panique
Cette semaine, l'ouvrage de Martin Hirsch a réactivé la polémique. L'ancien haut commissaire aux solidarités actives, qui a quitté le gouvernement en mars dernier, a dénoncé certaines pratiques, y compris parlementaires. Jean-François Copé, qui cumule les fonctions de maire (de Meaux), député, président du groupe UMP à l'Assemblée, et ... avocat à temps partiel (deux à trois après-midi par mois pour 20 000 euros annoncés) dans un cabinet d'affaires, a très mal pris d'être désigné à la vindicte médiatique par Hirsch. Copé a eu des mots très dures, invoquant la délation du temps de la Collaboration. Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, s'est lâché également, sur ordre évidemment: « Quand on se veut chevalier blanc, on commence par respecter la loi et par ne pas divulguer des informations confidentielles » A l'Elysée, Nicolas Sarkozy a demandé à ses ministres de ne pas réagir, afin d'éviter de donner trop d'importance à l'ouvrage.

La violence de ces réactions témoigne d'une chose : le conflit d'intérêts est un trait décisif de la droite décomplexée. Du Président des Riches à la bande du Fouquet's, le mélange permanent, systématique, omniprésent des genres est une caractéristique essentielle du pouvoir en place. Les exemples se multiplient : privatisation des moyens de renseignement, cadeaux fiscaux, cumul des fonctions, lobbying installé au coeur du pouvoir de certains grands patrons jugés proches, etc. On ne sait plus où donner de la tête.

Vendredi, dans les colonnes de Libération, Martin Hirsch s'est défendu : « il faut des règles, pas de l'autorégulation ». Sur ce point, il a raison. Copé, comme hier Woerth, répète qu'il est honnête et sait rendre étanche son mandat de député et son métier d'avocat. Là n'est pas la question. Hirsch ne dénonçait pas, le concernant, de malhonnêteté, mais la gestion personnelle et non encadrée d'intérêts potentiellement contradictoires. Est-ce si difficile à comprendre si l'on a rien à se reprocher ?

Le Premier Cercle
Avant, il y avait les enveloppes, le sponsoring, les emplois fictifs, les marchés publics truqués. Avec le Premier Cercle, la Sarkozie a inventé le militantisme bling bling, la cotisation à 2 SMIC, le retour d'ascenseur symbolique ET industriel. Quelques milliers d'euros de soutien légal, et voici un remboursement de bouclier fiscal d'une trentaine de millions d'euros décroché un jour d'hiver en 2008. Un simple dîner suffira. Le rendement est hors normes; on dirait du Madoff. Un dîner au Bristol, avec la carte Premier Cercle qui va bien, et nous voici rassurés. Les impôts, ou plutôt nos impôts ne progresseront pas. Pour faire taire les gueux, on prélèvera bien un petit point d'impôt sur le revenu supplémentaire, contraint et forcé, pour financer les retraites. Allez, 230 millions d'euros  - c'est la recette espérée par Woerth sur ce nouveau prélèvement -, ce n'est pas grand chose. La simple TVA sur les abonnements triple play rapportera 1 gros milliard d'euros.

L'inconscience sarkozyenne n'avait pas de limite, puisque le président français s'est acharné à décorer un à un ces heureux contributeurs de la Légion d'honneur, transformant la médaille napoléonienne en hochet pour riches. Les « bons Français » du Fouquets méritent bien quelque chose.

L'inconscience se loge partout en Sarkofrance se loge partout. Un voyage à Las Vegas payé par une entreprise de pari à un directeur de cabinet du ministère du budget, un terrain de courses hippiques cédés à bon compte à une entreprise amie, des proches placés ici ou là dans des établissements de crédit.

Le Sérigny-gate
En quelques mois, le sérieux Eric Woerth est devenu l'incarnation du conflit d'intérêt « made in Sarkofrance ».

Coïncidence du calendrier, nous avons appris cette semaine qu'Eric de Sérigny, conseiller « bénévole » d'Eric Woerth en charge des « relations avec le monde économique », était en fait un ange... des paradis fiscaux. Rue89, qui a sorti l'affaire, révélait, lundi dernier, que l'homme apparaitrait dans divers documents comme administrateur de sociétés dites « écrans » : dans le registre officiel des compagnies du Panama, on le trouverait ainsi dans les statuts, par ailleurs identiques, des sociétés anonymes Lorcha Overseas Inc., Magma Enterprises Inc. et Caliban Holdings Inc, créées le 5 août 1987 et toujours en activité. Eric de Sérigny a démenti, expliquant qu'il s'agissait de faux qui « mettent gravement en cause [s]on honneur et [s]on honnêteté ». Son avocat a annoncé avoir porté plainte contre X. Mais Rue89 a retrouvé l'un des autres administrateurs de ces sociétés, un ancien collègue d'Eric de Sérigny à la Chase Manhattan Bank, qui confirme la véracité des documents présentés. L'affaire, une de plus, ne fait que commencer. Et on attend toujours, depuis juillet dernier, le fin mot de l'affaire Molex - Sérigny travaillait pour Eric Woerth ET pour la société financière qui conseilla la direction de Molex.

Les écoutes téléphoniques
François Mitterrand, en son temps, avait été pris les doigts dans le pot de confiture... des écoutes. Son cabinet élyséen  à la fin des années 80, avait pris l'habitude d'écouter toutes sortes de personnalités, notamment pour protéger l'existence de la fille cachée Mazarine Pingeot. Sous Sarkozy, les écoutes servent aussi à protéger le président. Mais cette fois-ci, le président français ne cherchait pas à protéger sa vie privée, mais à démasquer une fuite au sein du gouvernement qui menaçait sa défense dans une affaire de gros sous, le fameux Woerthgate.

Mercredi, le Canard Enchaîné révélait que Jean-Paul Faugère, le directeur de cabinet de François Fillon avait autorisé les services de renseignement, hors de tout contrôle et de toute légalité, d'accéder à la liste des appels passés depuis un téléphone. Une autorisation rapidement utilisée pour débusquer David Sénat, conseiller pénal de Michèle Alliot-Marie, viré dès le mois d'août dans le cadre de l'affaire Woerth/Bettencourt. Cet été, la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS) avait pourtant rappelé, de façon expresse, aux services de Matignon que les opérateurs téléphoniques ont « la stricte consigne de ne jamais répondre directement à des services de police ».

David Sénat, justement, a été placé en garde à vue mardi dernier dans une autre affaire. Il est assez probable, évident, clair que cette garde à vue tombe à point nommé. M. Sénat avait été espionné par les services de renseignement français en juillet dernier, pour prouver qu'il était à l'origine des fuites à la presse des PV d'audition de Patrice de Maistre. Le voici mêlé à une autre affaire, vieille de 5 ans : il était l'interlocuteur de Fabien Chalandon, fils d'un ancien garde des Sceaux, et conseiller de la société Visionex. Cette dernière commercialise des bornes internet permettant d'accéder, dans les bars, à des sites de paris en ligne.

Comme par hasard, les services de police ont découvert des documents relatifs à l'affaire Bettencourt, en perquisitionnant le domicile de M. Sénat. Incroyable ! Selon TF1, « les enquêteurs ont retrouvé des rapports et des copies de rapports portant sur l'affaire Bettencourt et qui correspondraient aux éléments transmis à la presse ». Sans blague ? Les policiers ne cherchaient-ils pas des informations sur l'affaire ... Chalandon/Visionex ? Le procureur de Nanterre a parlé de « saisie incidente » Les ficelles sont toujours grosses en Sarkofrance.

L'affaire Kouchner
Il n'était pas de droite. Mais avant d'être récupéré (et politiquement enterré) par Nicolas Sarkozy en mai 2007, Bernard Kouchner cumulait la présidence d'une association internationale para-publique visant au développement des systèmes de santé en Afrique avec le conseil rémunéré au prix fort des chefs d'Etat africains de la région sur des thèmes similaires. Devenu ministre, l'ancien consultant de quelques présidents autoritaires de l'Afrique francophone réclama son du pour quelques factures impayées. Sarkozy fut inquiet... des remous, pas du conflit d'intérêt manifeste.

Et que dire de la nomination de sa compagne, Christine Ockrent, journaliste par ailleurs émérite, à la direction générale de l'audiovisuel extérieur ? Pour sauver les apparences, la tutelle de l'activité fut confiée au secrétariat d'Etat à la Coopération qui dépend ... de Bernard Kouchner.


Lagarde et Tapie
On pourrait aussi parler de Bernard Tapie. En 2007, l'ancien mentor du groupuscule radical de gauche annonce qu'il préfère Sarkozy à Royal à quelques semaines de l'élection présidentiel. Le soutien, à l'époque, fait sourire. Mais un an plus tard, on apprend que la ministre de l'Economie a accepté de transiger, dans l'affaire qui oppose l'homme d'affaires au Crédit Lyonnais depuis plus de 10 ans. Grâce à un arbitrage privé, sollicité par le gouvernement Sarkozy, Tapie devient millionnaire ! Déduction faite des impôts en retard, Tapie ne devait toucher que 30 à 40 millions d'euros, dixit Christine Lagarde. Il y a une dizaine de jours, on apprenait que la somme avoisinerait les ... 220 millions d'euros, évidemment payés par le contribuable. Au gouvernement, on explique qu'on n'a fait qu'appliquer une décision de justice. C'est faux, mais ce n'est pas grave.

Cette semaine, le président de la commission des finances de l'Assemblée nationale réclame, une fois encore, des explications et une audition de la ministre. Celle-ci refuse. Mardi, quand un député socialiste lui demande l'ampleur exact de l'enrichissement de Bernard Tapie, Lagarde s'obstine : « Vous ne cherchez pas vraiment la vérité avec votre question, vous cherchez l'affrontement, vous cherchez le règlement de comptes. »

Avant de régler les comptes, encore faut-il les connaitre...

samedi 2 octobre 2010

178ème semaine de Sarkofrance : les mauvaises affaires du Président

Ce samedi, on manifeste, à nouveau, contre la réforme des retraites. L'Elysée reste serein, nous répète-on. Sarkozy serait passé à autre chose. Effectivement, la semaine fut riche en affaires et en «  story-telling ». Eric Besson a bien tenté de mobiliser les polémiques sur son projet de loi sur l'immigration. De petites phrases en grosses provocations, il fallait masquer son inefficacité, et ces affaires qui menacent la Sarkofrance. Les proches du président préparent surtout la nouvelle pirouette de leur patron, la fin du bouclier fiscal et de l'ISF. Mercredi, le projet de budget 2011 fut l'occasion d'un story-telling historique par François Baroin et Christine Lagarde: on a voulu nous faire croire que l'an prochain les niches fiscales allaient baisser que rentiers et fortunés allaient contribuer à l'effort national.
On a failli les croire.

L'affaire électorale
On approche de l'heure du bilan, des dernières semaines d'action politique. Il y a 6 mois, Sarkozy avait promis à ses proches que le remaniement gouvernemental prévu pour octobre annoncerait une nouvelle séquence, celle du combat exclusif pour sa réélection. Et Sarkozy a peur. Il craint Marine Le Pen, comme l'a confirmé cette semaine un conseiller élyséen. Vues ses surenchères insécuritaires depuis juillet, on l'avait deviné.

Mardi, la grande loi d'Eric Besson était présentée au Parlement. Après Loppsi II, adoptée la semaine dernière, sur la sécurité intérieure, voici sa petite soeur contre l'insécurité extérieure. Le ministre de l'identité nationale, fidèle exécutant, a pris soin de « droitiser » comme il faut son texte. Il s'est inspiré des meilleures sources, auprès d'un certain Maxime Tandonnet, célébrité administrative d'un jour, conseiller de Sarkozy qui pond en secret les pires raccourcis sécuritaires sur l'immigration. Pour relancer la polémique, et attirer les regards d'un certain électorat chéri, Eric Besson a joué la provocation. Mardi, dans le Parisien (version journal comme version video), il s'est exclamé : « Si mon ministère peut être une machine à fabriquer de bon Français, je serai très heureux. »

Mais tout ceci n'est que masque, affichage et manipulation. Le masque est grossier : Eric Besson s'abrite derrière trois directives européennes que la France devrait adapter dans sa législation. Qu'elle a beau rôle, l'Europe ! Quand Viviane Reding trace un parallèle vichyssois et menace la France de sanctions contre sa politique discriminatoire envers les roms, Sarko se révolte contre l'Europe. Quand une directive européenne est adoptée sur les « standards minimaux en matière de durée de rétention et d'interdiction de retour », Eric Besson accourt, se précipite, fait du zèle.

L'affichage est évident : l'élargissement de la déchéance de nationalité prévu dans le texte est non seulement honteux mais inutile : il ne concernera qu'un nombre anecdotique de cas, et on imagine mal des truands, fussent-ils naturalisés récemment, hésiter à commettre leur crime au motif qu'ils perdraient leur carte tricolore. Sarkozy se fiche bien d'être efficace. Il veut d'abord cliver sur sa distraction sécuritaire , et notamment coincer l'opposition.

La manipulation fait pleurer : la politique migratoire de Sarkofrance est inefficace. Brice Hortefeux puis Eric Besson ont eu toutes les peines du monde à satisfaire les objectifs d'expulsions de sans-papier. Il a fallu rafler des citoyens de l'Union européenne (Roumains, Bulgares, etc), traquer des sans-papiers dans les écoles de leurs enfants, ou ajouter des Comoriens attrapés à Mayotte pour parvenir, coût que coûte, aux 27 ou 30 000 expulsés, quitte à provoquer des situations individuelles, voire collectives, aussi absurdes que dramatiques. La loi Besson assouplit les contraintes, élargit les zones d'attente, allonge les délais de rétention, définit des car, désormais, les juges si tatillons sur les libertés individuelles, sont désignés comme les obstacles à la libre expulsion des clandestins, fussent-ils européens.

Sur le fond, Eric Besson est devenue une caricature de Sarkofrance, inutile car inefficace. La malheureuse cote de popularité de Nicolas Sarkozy ne progresse pas depuis les saccades sécuritaires de l'été. « Un discours sécuritaire pour rien ? » s'interrogeait Marie-Eve Malouines de France Info.

L'affaire fiscale
Mercredi, François Baroin et Christine Lagarde ont livré une conférence de presse « historique » sur le projet de budget 2011.  Historiques étaient leurs mensonges. Il fallait comparer leur story-telling à la réalité des chiffres présentés. Grâce à la reprise et au plan de relance, l'Etat récolterait 12 milliards d'euros de recettes fiscales supplémentaires l'an prochain. Vraiment ? Le budget présenté mercredi affiche des recettes ... en baisse de 900 millions d'euros. Et pourquoi donc ? A cause des niches fiscales qui ne baissent pas. Le coup de rabot si largement vanté depuis de semaines ne parvient même pas à écorner l'ampleur des exonérations fiscales.

La maîtrise des dépenses publiques serait historique. En fait, le gouvernement gèle son budget, et celui des collectivités locales, mais cela ne suffit pas à réduire le déficit. La vraie économie n'a rien à voir avec une quelconque réduction drastique des dépenses. En 2011, Sarkozy ne reconduit pas quelques 40 milliards d'euros d'investissement. Voici la belle économie ! Au final, Sarkozy et son fidèle Baroin rognent partout où ils peuvent, sauf sur la rente, le patrimoine et les hauts revenus : TVA sur 20 millions d'abonnements ADSL, fin des déclarations fiscales séparées pour les jeunes mariés, suppression de la rétroactivité de 3 mois précédent la demande d'aide au logement, réduction des crédits d'impôts écolo, réduction du nombre de fonctionnaires à l'éducation nationale et dans la police, etc... Sans compter le plan de réduction du coût de la Sécu, confirmé mardi, pour 2,5 milliards d'euros : les seuls déremboursements de médicaments se chiffrent à près d'un milliard d'euros. 

La seconde arnaque de la semaine concerne le bouclier fiscal. Sarkozy s'apprête à y renoncer, ... tout en supprimant l'ISF, le tout sous couvert de la fameuse convergence fiscale franco-allemande que Nicolas Sarkozy a appelé de ses voeux en juillet dernier. D'une main, on reprend un cadeau de 600 millions d'euros capté par une poignée de millionnaires, mais de l'autre, on rend 3 milliards d'euros d'ISF à ces derniers. La belle affaire ! Mais il y a plus gonflé dans cette manipulation : l'Elysée invoque désormais l'Allemagne comme modèle pour justifier ... la fin du bouclier fiscal. Or depuis des mois, Sarkozy aimait répéter le même exemple, archi-faux et systématiquement démenti, sur le prétendu bouclier fiscal allemand mis en oeuvre par les sociaux-démocrates il y a 15 ans.

Quel mépris !

La séquence était bien rodée. Dimanche dernier, Christine Lagarde se pointe à Europe1 pour expliquer qu'on réfléchit à une harmonisation fiscale franco-allemande. Sarkozy l'avait annoncé fin juillet. Sur le coup, les journalistes ne relèvent pas. La ministre glisse ensuite qu'en Allemagne, il n'y a ni bouclier, ni ISF. Elle insiste surtout sur l'ISF. Le lendemain, Baroin stresse un peu. Il a un budget à boucler. Il prévient qu'il ne sait pas comment récupérer 3 milliards d'euros d'ISF. Mais Jean-François Copé, le président du groupe UMP à l'Assemblée, apporte son soutien à la suggestion de Lagarde.
Et samedi, un opportun article du Figaro, puisé aux meilleures sources élyséennes, confirme les intentions présidentielles : si l'ISF est supprimé, le bouclier fiscal «peut être abandonné, ou maintenu seulement pour certains foyers modestes qui seraient exposés à des prélèvements excessifs», précise un conseiller. Plus que jamais, Sarkozy s'affiche comme le président des Riches. Transférer la charge d'un impôt sur le patrimoine des plus fortunés sur les revenus du travail du plus grand nombre est la plus belle des arnaques de cette fin de mandature. La boucle est bouclée.

It's the economy, stupid !
Ce slogan, utilisé par Bill Clinton pour bouter George Bush senior hors de la Maison Blanche en 1992 pourrait s'adresser à Nicolas Sarkozy. Le Monarque refuse visiblement de voir la réalité économique du pays.

Grâce au plan de relance de 2009, la reprise économique serait là, et bien là. Christine Lagarde l'a encore répété dimanche dernier : la croissance du pays sera de 2% l'an prochain. La totalité des économistes et analystes de marché se gaussent des prévisions fantaisistes du gouvernement en matière de croissance. 

Vendredi, lors de sa visite au Salon de l'Automobile, Sarkozy a dénoncé les délocalisations. Crier contre le grand marché européen ne coûte rien. Quand il se déplace à Bruxelles, le président français se tait, comme ses prédécesseurs. Vendredi toujours, il s'est félicité de l'efficacité de la prime à la casse (« un triomphe » paraît-il copié partout en Europe), un feu de paille qui n'a servi qu'à passer le cap de l'année 2009. Les ventes de voitures ont reculé en septembre de 8,1% par rapport à la même période l'an passé, ... pour le cinquième mois d'affilée. La reconversion de la filière vers le transport collectif et durable n'est pas pour demain.

L'affaire du remaniement
Certains ministres sentent leurs derniers jours ministériels arriver. Le départ de Bernard Kouchner a été salué à l'Assemblée nationale... par les députés socialistes. D'autres s'accrochent. Eric Besson a répété qu'il a « envie de rester au gouvernement.» L'ancien socialiste est devenu une icône de la droite la plus dure du gouvernement. Une vraie reconversion réussie ! Son collègue de la Gauche Moderne, Jean-Marie Bockel, trépigne depuis juillet. Il multiplie les interviews et les déplacements, tente de convaincre, dans le brouhaha sécuritaire du moment, que la prévention de la délinquance des jeunes est un sujet important en Sarkofrance. Fadela Amara, elle, croit qu'elle a un avenir post-gouvernemental dans la « société civile.» Elle est comme Kouchner. A chaque virage à droite de son patron, elle a toujours refusé ... de démissionner ! Une vraie leçon de courage politique...

Ces ministres de « l'ouverture » sont devenues des créatures de Nicolas Sarkozy, de simples marionnettes sans avenir politique autre que la fidélité sans faille ni recul à celui qui les a fait ministres.

François Fillon n'a pas ce problème. Ancien gaulliste proche de Philippe Séguin, il termine dans quelques semaines sa parenthèse sarkozyste. Jean-Louis Borloo devrait le remplacer. L'entretien qu'il a donné à France 2, diffusé lundi dernier, fut frappant ... pour Nicolas Sarkozy. Il recadre son patron qui, voici 3 ans, le traitait de « collaborateur » : « Nicolas Sarkozy n'a jamais été mon mentor. J'ai fait alliance avec lui. » Il paraît qu'à l'Elysée, Sarkozy s'est étranglé.

Les affaires d'intérêt
Quand on quitte le gouvernement, la parole se libère. Parfois trop, jusqu'au lapsus. Rachida Dati, ancienne égérie Bling-Bling version « minorité visible » de Sarkofrance, ne cesse de s'imposer au débat, fustigeant indirectement Hortefeux ou les dérapages de la finance mondiale. Dimanche dernier, sa langue a fourché, pour le plus grand bonheur des 2,6 millions d'internautes qui se sont précipités sur la séquence : «Quand je vois certains qui demandent des taux de rentabilité à 20, 25 %, avec une fellation quasi-nulle.»

Autre ancien membre de l'équipe sarkozyenne, Martin Hirsch a préféré l'écrit, en publiant un livre sur les conflits d'intérêt. Il ne pouvait mieux tomber. L'ancien haut commissaire aux Solidarités actives a dénoncé certaines pratiques, y compris parlementaires. Copé, Longuet et d'autres se retrouvent directement ou indirectement épinglés. A droite, certains enragent. Sarkozy s'énerve. Il demande à ses ministres d'éviter de commenter l'ouvrage. Mais son porte-parole Luc Chatel n'a pu s'empêcher, mercredi : « Quand on se veut chevalier blanc, on commence par respecter la loi et par ne pas divulguer des informations confidentielles. » La violence des réactions témoigne d'un malaise : le conflit d'intérêts est un trait décisif de la droite décomplexée, une marque de fabrique en Sarkofrance. Le Président des Riches lui-même a donné très tôt l'exemple, à des années-lumières de la République irréprochable qu'il avait promise. Il était avocat d'affaires quand il était maire de Neuilly et président du conseil général des Hauts-de-Seine. Il tenta de placer son fils à l'EPAD à l'automne 2008. Il réussit à placer ses proches à la tête de certaines banques (Dexia, Banques Populaires). Il permit à la BNP dirigée par le proche Michel Pébereau de racheter Fortis. Il accepta des séjours luxueux offerts ici ou là. 

Ce mélange des genres, permanent, systématique, omniprésent, est une caractéristique essentielle du pouvoir en place. Le système de petites compromissions et grosses facilités révélé autour d'Eric Woerth est un bel exemple. Lundi, un juge, Jean-Louis Nadal, a défié le procureur de Nanterre, ce Philippe Courroye qui a saucissonné le dossier Woerth/Bettencourt en d'innombrables enquêtes préliminaires : le procureur général près la Cour de cassation a expliqué publiquement qu'il décidé de ne pas saisir pour l'instant la Cour de Justice de la République concernant le ministre du Travail Eric Woerth dans l'affaire Bettencourt, car l'enquête du procureur Courroye est trop incomplète. Pire, il  recommande la saisine d'un juge d'instruction. On appelle cela un désaveu.

Mardi, Rue89 a trouvé le nom d'Eric de Sérigny, ce conseiller bénévole du ministre depuis 2007, et proche de Sarkozy, dans les statuts de sociétés offshore basées au Panama. Sérigny dément, mais un autre administrateur confirme.

Le cadeau, injustifiable, fait à Bernard Tapie est un autre exemple: l'ancien leader du PRG, qui avait appelé à voter Sarkozy en 2007, a gagné 220 millions d'euros de dédommagements dans son litige décennal avec le Crédit Lyonnais. Sarkozy lui-même a décidé de recourir à un arbitrage privé, plutôt que de laisser les procédures en cours se poursuivre. Et quand un quarteron de magistrats trancha en faveur de Tapie, la ministre Lagarde expliqua rapidement que l'homme d'affaires ne toucherait « que » 30 millions d'euros. Deux ans plus tard, la facture se précise : 220 millions d'euros. Interpelée à l'Assemblée, Lagarde s'agace et refuse de confirmer.

Face à de telles manipulations, la réaction populaire est timide. Les syndicats, très prudents, espéraient motiver les foules en conviant tout le monde à manifester ce samedi contre la réforme des retraites. La grève générale n'est pas à l'ordre du jour. Le Président des Riches s'en sort bien. Mais à l'Elysée, on sous-estime encore et toujours l'amertume générale. Même la presse la moins critique et la plus complaisante n'est plus dupe.

Ami sarkozyste, où es-tu ?



Crédit illustration: Cycee


vendredi 1 octobre 2010

Fiscalité : le story-telling « historique » de Nicolas Sarkozy

François Baroin, le ministre du budget, et Christine Lagarde, sa collègue de l'Economie, n'avaient pas de mots assez forts pour qualifier le projet de budget présenté en conseil des ministres mercredi : « historique » dit l'un, « hors normes » rajouta l'autre. Sur le terrain budgétaire, Nicolas Sarkozy espère prouver sa rigueur, au moins vis-à-vis des marchés, et son sérieux, au moins vis-à-vis de son électorat. Le story-telling officiel masque une réalité bien différente : le coût des niches fiscales augmentera, et, plus grave, l'effort de rigueur est injustement réparti.


Les mauvais comptes de Baroin
Comme promis, François Baroin a présenté son projet de budget 2011 au conseil des ministres mercredi dernier. L'essentiel des mesures étant déjà connu, nous lirons avec attention le texte complet de ce projet de loi de finances. Mercredi, François Baroin s'est démultiplié dans les médias pour expliquer que l'effort de réduction des dépenses était  « historique ».

En fait, les déficits ET le story-telling pour habiller les mesures gouvernementales sont historiques : selon Baroin, Lagarde, Chatel et consorts, le redressement partiel des comptes publics serait dû à des recettes fiscales supplémentaires grâce à la reprise économique, aux 10 milliards de réduction du coût des niches fiscales et sociales, à une quinzaine de milliards d'euros via l'arrêt des mesures du plan de relance, aux 5% de réduction des dépenses de l'Etat et de ses opérateurs, au non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite (31 000 postes supprimés en 2011, pour quelques 500 millions d'euros d'effet sur le budget) et au gel des dotations aux collectivités locales pour 3 ans (53 milliards d'euros par an).

A la lecture du document remis à la presse mercredi 29 septembre, on comprend que l'histoire est bien différente.

Certes, les dépenses publiques, hors dettes et pensions, sont prévues stables, à 275 milliards d'euros (comme en 2010). Le service de la dette (45 milliards l'an prochain) et les pensions de retraite (36 milliards) augmenteront de 4 milliards.

Mais les recettes fiscales, elles, sont prévues en baisse (sic!) : 900 millions d'euros de moins en 2011 ( 254,7 milliards contre 255,3 milliards en 2010) : où est passée la reprise ?? Dans son texte de présentation médiatique, le gouvernement commente pourtant: « le retour attendu de la croissance se traduira par une augmentation des recettes fiscales de l’État de l’ordre de 12 milliards d’euros en 2011.» Ne cherchez pas d'erreur : si les recettes fiscales de l'Etat liées à l'activité économique du pays augmentent, alors que leur produit global est in fine en baisse, c'est que le coût des exonérations fiscales, les fameuses « niches », progresse.

Mercredi, Baroin disait ... l'inverse : « les niches fiscales, c'est une dépense de l'Etat. Quand on les réduit de dix milliards, on réduit de dix milliards les dépenses de l'Etat ». Quel fabuleux story-telling ! Aux marchés et aux Français, on explique quasiment l'inverse. Si le gouvernement a bien trouvé 10 milliards d'euros de réduction de certaines niches, il n'a pas réduit le coût global des niches fiscales en 2011.

- les recettes non fiscales (ventes de biens et participations, dividendes, etc) progresseraient de 800 millions (pour atteindre 16,9 milliards d'euros).

D'où vient donc le miracle d'une réduction drastique du déficit budgétaire de quelques 60 milliards d'euros ? De 70 milliards d'euros de dépenses « exceptionnelles » de 2010 qui chutent à 3 milliards en 2011. Les explications de Bercy sont limpides : 8 milliards d'euros de mesures de relance non reconduites, 5 milliards d'euros de transition fiscale en provenance des collectivités locales (après la suppression de la taxe professionnelle en 2010), et ... 40 milliards d'euros « d'investissements d'avenir » réalisés en 2010 et non renouvelés en 2011 (rappelez-vous le Grand Emprunt).

En d'autres termes, Baroin tente de faire passer des vessies pour des lanternes, l'arrêt de certains investissements, décidés par Sarkozy au pire de la crise, pour une réduction incroyable des dépenses courantes de l'Etat.

Les ménages paieront
Dans le détail, on constate assez facilement que l'effort de rigueur sera bien réel pour les ménages, alors que la rente, le patrimoine et les classes aisées échappent à l'essentiel des rabots annoncés.

1. Les prévisions de croissance sont jugées optimistes voire fantaisistes par les analystes financiers. « Sur la prévision de croissance à 2% l'année prochaine, on est vraiment relativement confiant » a pourtant répété Christine Lagarde lors de sa conférence de presse mercredi. Pourtant, comme le rappelait le président socialiste de la commission des finances de l'Assemblée lundi dernier, Christine Lagarde s'est systématiquement trompée sur le sujet depuis qu'elle est entrée au gouvernement.

2. Dans ses annonces, Baroin recycle les mesures d'économies sur les classes aisées déjà annoncées (et critiquées pour leur modestie) lors de l'examen de la réforme des retraites.

2. Les ménages paieront l'essentiel de l'addition. Baroin avait pris quelques précautions : 60% des réductions de dépenses, y compris fiscales, seraient supportées par les entreprises. C'est une première arnaque sémantique : les entreprises affectées répercuteront ces hausses de charges - ou pertes d'avantages fiscaux - sur leurs clients. Ainsi, France Télécom comme Free ont déjà annoncé une augmentation de leur tarifs « triple play » (internet, téléphone, télévision). L'alignement de la TVA à 19,6% sur ces offres concernent 20 millions de foyers. L'économie attendue est de 1,1 milliard d'euros, une somme qui sera donc in fine payée par les ménages.

Parmi les mesures annoncées qui frapperont directement les ménages, citons:
  • la suppression de l'abattement de 15% sur les cotisations patronales des ménages déclarant leur employé au salaire réel ; 
  • la fin du crédit d'impôt sur les dividendes,
  • le relèvement du forfait social sur l'intéressement et la participation (de 4 à 6%).
  • la suppression de la rétroactivité de 3 mois précédent la demande d'aide au logement ; 
  • la fin des déclarations fiscales séparées pour les jeunes mariés ;
  • la réduction de 75 à 50% de l'exonération fiscale pour l'installation de panneaux solaires (avec un nouveau plafond de 8 000 euros par individu ou 16 000 euros par couple) ;
  • la réduction de 25 à 22,5% du crédit d'impôt pour l'installation d'appareils de régulation de chauffage
  • la réduction de 40 à 36% du crédit d'impôt pour l'installation de chaudière à bois
  • une taxation supplémentaire de l'assurance vie de 3,5%.
  • le ciblage (non détaillé) des investissements éligibles aux réductions d’impôt sur le revenu et d’impôt sur la fortune pour souscription au capital de PME ;
3. La taxe bancaire est très modeste : une taxe « systémique » visant les placements risqués des banques est instaurée. Son produit sera modeste : 504 millions d'euros l'an prochain. Et il servira à éponger les déficits publics, contrairement au modèle allemand, qui affectera le produit de sa taxe à un fond prudentiel.

4. Les ménages aisés restent protégés de l'effort national. Les mesures les visant directement sont le relèvement de 4% des prélèvements sociaux sur les stock-options, la limitation de la déduction de 3% de CSG aux salaires inférieurs à 4 fois le plafond de la Sécu (11 450 euros), la hausse (modeste) des prélèvements sur les retraites chapeaux, le relèvement de 1 point de la tranche supérieur de l'impôt sur le revenu (déjà annoncé) et l'abaissement de 10% du plafond global des niches fiscales par foyer (hors soutien à l’emploi et au logement social outre-mer).

5. La fiscalité de la rente et du patrimoine est peu concernée. A montant égal, un revenu du travail restera toujours davantage taxé en impôts et cotisations qu'une rente. L'exonération quasi-totale des droits de succession, le maintien du bouclier fiscal (qui protège le patrimoine), le maintien de la totalité des niches fiscales les plus avantageuses le concernant font perdurer un système fiscal injuste.

6. Le bouclier fiscal est maintenu. Il faut noter qu'un seul prélèvement nouveau, la hausse d'un point de la tranche supérieure de l'IR, échappera au bouclier fiscal. Les bénéficiaires du bouclier fiscal, qui, par définition, ne parviennent pas à réduire leur impôt global suffisamment pour éviter de bénéficier dudit bouclier, ne sont pas concernés par les différents rabots de niches avancés par le gouvernement. Ces dernières mesures sont pour eux a priori indolores. Au passage, François Baroin a rappelé, mercredi dans les colonnes du Monde, qu'il lui semblait impossible de supprimer l'ISF en échange de la création d'une nouvelle tranche supérieure d'impôt sur le revenu. Il rejoint, sur ce sujet seulement, les conclusions de l’Union SNUI-SUD Trésor Solidaires. Selon cette dernière, l'ISF rapportant 3 milliards d'euros par an, il manquerait « entre 1,7 et 2 milliards d’euros pour le bouclage budgétaire de cette réforme .»


7. Le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, l'un des rares totems sarkozyens ayant survécu à l'épreuve de la réalité, concernera essentiellement l'Education nationale (16 000 postes supprimés), la Défense (8000 postes), le fisc (3000 postes) et ... le ministère de l'Intérieur (1600 postes).

8.  La rigueur frappera également l'assurance maladie. Les 2,5 milliards d'euros d'économies dévoilées par la presse la semaine dernière se confirment.

Au final, le gouvernement table sur un déficit budgétaire ramené à 92 milliards d'euros, soit 6% du PIB l'an prochain, 4,6% fin 2012, 3,0% fin 2013 et 2,0% fin 2014, mais une dette publique qui continuerait de s'envoler bien au-delà des 60% du PIB requis par le Traité de Maastricht : 82,9% fin 2010; 86,2% fin 2011; 87,4% en 2012. La décrue n'est attendue que pour 2013, avec 86,8%, puis 85,3% fin 2014.

On comprend mieux l'urgence à ce story-telling fallacieux. Pour endormir l'opinion, Sarkozy, caché derrière son Baroin de service, ne touche pas à la fiscalité de son coeur de cible électoral. Vis-à-vis de l'opinion, il met en avant le rabot sur les niches fiscales et le maintien des dispositifs de soutien aux plus fragiles. Pour les marchés, il vante une réduction du déficit qui masque  en fait le simple arrêt d'investissements anachroniques, et sa reprise économique, dont les maigres gains fiscaux sont pourtant intégralement absorbés par les défiscalisations multiples qu'il protège.

Jusqu'à quand tiendra-t-il ?