La rigueur est un feuilleton, un jeu de cache-cache bien orchestré où certains déclament qu'elle n'existe pas et d'autres regrettent son absence.
Qui payera la rigueur ? La question se pose évidemment, mais ni le gouvernement ni les députés UMP ne semblent vouloir y répondre. L'examen du budget de l'Etat pour 2011 est une belle hypocrisie. Certains à l'UMP critiquaient, mardi, la faiblesse des mesures d'économies, alors que Sarkozy, Baroin et Lagarde promettent de ramener le déficit budgétaire à 3% du PIB en 2013. Pour 2011, l'effort de rigueur est modeste - nous l'écrivions dès la présentation du projet en septembre dernier - et masqué par la non-reconduction de dépenses exceptionnelles. Pour connaître les véritables intentions gouvernementales, il faut donc chercher ailleurs que dans le projet de loi de finances. Dans les documents présentés aux parlementaires, le gouvernement avait préparé un cadrage des dépenses de l'Etat sur la période 2011 à 2013. Où se logent les principaux efforts de redressement des comptes publics ?
Dans leur note de cadrage, les services de François Baroin prévoient 300 milliards d'euros de dépenses publiques dans les différents ministères, contre 296 milliards présentés pour 2011. La hausse provient du service de la dette, c'est-à-dire les intérêts financiers liés à l'endettement public : +9,8 milliards d'euros sont prévus entre 2011 et 2013. Les missions de l'Etat qui souffriront le plus de l'effort de rigueur à venir sont la Défense (-3,25 milliards d'euros en 2013 versus 2011), l'emploi (-3 milliards), et l'Aide Publique au développement (-1,9 milliard).
Voici les principales missions affectées par des variations entre 2011 et 2013, un inventaire qui peut donner le tournis... ou la nausée.
Affaires étrangères : -70 millions
En 2011, la présidence française des G20 et G8 coûterait 50 millions d'euros, une dépense évidemment non reconduite pour 2012 et 2013. Pas un mot sur la multitude d'ambassades coûteuses, y compris en Europe. Quelques semaines avant de quitter son ministère, Bernard Kouchner s'en sort plutôt bien...
Agriculture : - 100 millions
Le gouvernement prévoit de réduire sur la période les aides au secteur agro-alimentaire et la promotion internationale. Bruno Le Maire expliquera plus tard aux agriculteurs quelles aides disparaîtront. A moins qu'il ne quitte l'Agriculture dès novembre.
Aide Publique au développement : -1,9 milliard
Eric Besson a beau se gargariser du volet « développement » de son ministère de l'identité nationale, il n'occupe que 30 millions d'euros d'un budget global de 4,6 milliards d'euros, par ailleurs amputé de moitié d'ici 2013. A l'étranger, Sarkozy aime jouer aux chantres de l'aide aux pays du Sud et de la cause du développement des pays pauvres. En France, l'affaire est différente. La Sarkofrance confond aide et annulation de prêts.
Anciens Combattants : - 220 millions
En 2011, quelques 10 millions d'euros sont provisionnés « au titre de la réparation des conséquences sanitaires des essais nucléaires français.» Pour le reste, la dotation est en baisse.
Conseil d'Etat et juridictions administratives : +30 millions
Les différentes juridictions administratives (Conseil d'Etat, Conseil économique et social, etc) coûteront 615 millions d'euros l'an prochain. Le seul Conseil économique et social, où Nicolas Sarkozy vient de nommer une quarantaine de proches le mois dernier représente une charge annuelle de 37 millions d'euros. Qui auditera un jour les auditeurs ?
Culture et Médias : - 90 millions
Frédéric Mitterrand peut parler de ses ambitions culturelles. Le gouvernement avait déjà tenter de retirer aux régions leurs missions culturelles. Voici que le cadrage sabre un peu plus les interventions culturelles de l'Etat central. Si le financement de l'audiovisuel public est préservé (3,22 milliards d'euros en 2011, +200 millions d'ici 2013), la Culture (2,7 milliards d'euros), et les soutiens aux Médias, Livres et autres industries culturelles souffriront respectivement de 90 et 100 millions d'euros d'ici 2013.
Défense : -3,25 milliards
Depuis son livre blanc sur la Défense en 2009, Nicolas Sarkozy a dit tout et son contraire, et toujours avec aplomb : la menace terroriste est partout, l'intervention afghane est nécessaire (contrairement à sa promesse de campagne), mais, contraint et forcé, le budget de la Défense (42 milliards d'euros en 2011) sera largement amputé. Au passage, il supportera le coût de l'avion présidentiel (environ 200 millions d'euros, aménagements d'aéroport compris). On comprend mieux l'accord récent franco-britannique de mutualisation de certains programmes (expérimentation nucléaire, porte-avions, etc). Quelque 7 585 emplois seront supprimés l'an prochain, sur un total de 300 000. Les opérateurs (pour l'essentiel des écoles de formation) perdront 1,8% de subventions en 2011. Pour atteindre ses objectifs d'économies, le gouvernement table sur le « resserrement » de la carte militaire (et la création de bases de défense) et la « rationalisation » des « différentes fonctions d’administration et de soutien aux armées.»
Premier Ministre : -470 millions
La Direction de l'action du gouvernement regroupe différents services rattachés au premier ministre et, à compter de 2011, les moyens de fonctionnement des directions départementales interministérielles issue de la réforme des collectivités territoriales (+439 millions). Le gouvernement n'explique pas comment il compte réduire de 1,5 à 1 milliard d'euros l'enveloppe de cette mission. Hémorragie en vue ? Le fameux Service d'Information du Gouvernement, dont le patron Thierry Saussez a été récemment démissionné, est caché dans ces lignes.
Ecologie, développement et aménagement durables : -490 millions
C'est l'une des tristes surprises de ce cadrage : nonobstant les grandes proclamations écolo-volontaristes de Jean-Louis Borloo, trois ans après le Grenelle de l'environnement, le budget du développement durable est prévu en baisse de 5% en 2012, après une réduction de 3% en 2011. Il atteindra 9,5 milliards d'euros en 2013. Pour se justifier, le gouvernement avance une « rationalisation des financements de l’État » qui « seront concentrés sur les priorités du Grenelle de l’environnement ». Autre mesure d'économie, la hausse des tarifs ferroviaires (à la charge des usagers particuliers ou entreprises) permet à l'Etat de réduire ses subventions à Réseau ferré de France (RFF). Belle priorité aux transports collectifs ! Enfin, le ministère perdra 1 300 emplois (sur 62 400).
Dette : + 9,8 milliards
Après l'éducation, c'est le premier budget de l'Etat. Après avoir été réduite de 1997 à 2001, la dette publique a bondi de 400 milliards d'euros sous les gouvernements Raffarin, Villepin puis Sarkozy/Fillon. Malgré la réduction du déficit budgétaire annoncé l'an prochain, le remboursement de la dette et le paiement des intérêts d'emprunt public passera de 45,4 milliards d'euros en 2011 à 55,2 milliards en 2013. Le gouvernement table également sur une hausse des taux d'intérêts (+1 milliard d'euros de surcoût par an). Les caisses sont vides expliquait Nicolas Sarkozy ... il y a deux ans et demi. Avant de creuser le trou de 200 milliards d'euros supplémentaires.
Dotations aux collectivités locales : gelées
Malgré la progression mécanique et conjoncturelle du coût de certains dispositifs sociaux à la charge des territoires (RSA, etc), elles sont gelés à 59 milliards d'euros par an.
Education : +750 millions
Premier budget de l'Etat (62 milliards en 2011), l'Education gère 12 millions d'élèves avec 968 000 agents. En 2011, 16 000 postes seront encore supprimés. Deux cents millions d'euros d'économies seront reversés aux agents. Moins de 25% des effectifs en bénéficieront, rappelle le gouvernement. La note officielle a une formule incroyable pour justifier cette réduction des effectifs : « Ce processus, concrétisé au plus près de la réalité des établissements permettra de mobiliser les moyens de la mission au bénéficie de la performance du système éducatif.» En juin dernier, des consignes internes du ministère aux recteurs pour identifier les pistes de réduction des effectifs avaient été révélées au grand public. Le gouvernement demandait à ses recteurs et inspecteurs d'académie de « dégager les gisements d'emploi possibles » coûte que coûte.
Dans son document de rentrée, le gouvernement a multiplié les exemples de ses efforts en faveur de l'éducation : développement des internats d’excellence, lancement du programme Clair (Collège et Lycée pour l’Ambition, l’Innovation et la Réussite) pour 105 collèges et lycées en difficultés, réforme du lycée général et technologique, réforme du lycée professionnel, etc. Et le paragraphe se conclut par une conclusion inquiétante de sobriété : « la rationalisation des implantations immobilières centrales et déconcentrées, des frais de déplacement et de l’organisation des examens et concours permettra une réduction des dépenses de fonctionnement de près de 5 % à horizon 2013.» On n'en saura pas plus. La progression de 750 millions d'euros sur 3 ans du budget de l'Education nationale n'est pas expliquée.
Immigration : -21 millions
Eric Besson a un budget prévu en baisse sur les 3 ans, à 550 millions d'euros annuels environ. Malgré le « grand » débat sur l'identité nationale il y a tout juste un an, le budget consacré à l'intégration et l'accès à la nationalité française reste ridicule, à 73 millions en 2011, soit 13% de l'enveloppe globale. Le cadrage pluri-annuel prévoit une réduction des coûts de fonctionnement et de gestion des centres d’accueil pour demandeurs d’asile et des centres de rétention administrative. Le gouvernement se félicite toutefois d'augmenter les crédits de l'hébergement d'urgence et de l'Opfra (asile). Mais en parallèle, ceux dévolus au fonctionnement et à la gestion des centres d'accueil des réfugiés politiques seront réduits. Quelques 9 millions d'euros (10%) seront économisés d'ici 2013. En juin dernier, Eric Besson a même augmenté le coût des timbres fiscaux des titres de séjour.
Justice : +1,26 milliard
La justice bénéficiera d'une revalorisation a priori significative sur les 3 ans à venir (+14%). En fait, le surcroît de budget est destiné à quelques postes : 429 millions d'euros « dans le domaine immobilier » dans les tribunaux, donc 108 millions à cause de la réforme de la carte judiciaire. Le budget prévoit aussi la construction de 5 000 nouvelles places de prison d'ici ... 2017. Et la Justice est « exonérée de l’effort de réduction des effectifs appliquée à l’ensemble du budget de l’État » puisque 400 créations nettes d'emploi sont prévues en 2011. Sur la période, les frais de personnel progresseront de 200 millions d'euros. Le 25 octobre dernier, le Conseil de l'Europe, dans sa quatrième étude sur le sujet, plaçait la France dans les pays les plus pingres d'Europe en matière d'effort budgétaire pour la Justice. La France dépense par habitant deux fois moins que l'Allemagne.
Economie et Gestion des finances publiques: -100 millions
La première mission, qui regroupe le soutien à l'emploi et aux entreprises, y compris industrielles, est stable à 2 milliards d'euros de budget annuel sur la période. La seconde, qui regroupe l'administration des finances de l'Etat (fisc, etc) perd 100 millions d'euros sur 3 ans, avec, notamment, 3 127 emplois supprimés dès 2011.
Logement et Ville : gelés !
Fadela Amara peut raccrocher son tablier. La politique de la Ville et le soutien aux logements verront leurs crédits geler pendant au moins 3 ans.
Recherche et enseignement supérieur : +450 millions
C'est l'un des grands chantiers de Sarkozy.... depuis 2009 et l'échec de tous les autres (pouvoir d'achat, emploi, etc). Grand Emprunt, plan Campus, Grand Paris, les milliards d'euros se télescopent dans les annonces officielles. Dans son cadrage, le gouvernement promet pèle-mêle, une augmentation des moyens des établissements d’enseignement supérieur (+82 millions d'euros en 2011), la construction de 5000 logements par an, et la réhabilitation de 7 000 autres. A compter de 2011, 29 000 postes seront transférés aux universités accédant à l'autonomie. Les organismes de recherche perdront 49 millions d'euros de budget de fonctionnement l'an prochain, mais gagneront 86 millions d'euros de budget de personnel. Au total, cette mission coûtera 25,4 milliards d'euros en 2011, dont la moitié (12 milliards) pour l'enseignement universitaire.
Régimes spéciaux de retraites : +500 millions
Le gouvernement attend une progression du coût des régimes spéciaux et des pré-retraites, malgré une baisse du nombre de pensionnés (820 000 retraités en 2011), pour une subvention totale de 6 milliards d'euros. C'est un comble, après les réformes de 2003 et 2007.
Sécurité : +470 millions
Sur un budget total de 17 milliards d'euros, la police nationale est dotée de 9 milliards, la gendarmerie de 8 milliards. 87% de ces sommes sont des frais de personnel. Pour 2011, les objectifs de sécurité sont modestes : baisse de 1,5% du nombre d'atteintes aux biens, améliorer à 58% le taux de résolution des crimes et délits en zone police (80% en zone gendarmerie), et baisser le nombre de tués sur les routes de 2,5% en zone urbaine et de 7% en zone rurale. La même année, police et gendarmerie perdront encore 808 emplois. La hausse globale du budget tient à la modernisation des moyens, en application des lois LOPPSI I et II. Moins d'agents, plus de caméras et de gadgets, c'est la police version Sarkofrance.
Solidarité et insertion : +840 millions
Sur 12,4 milliards d'euros en 2011, 7 milliards sont consacrés au handicap et 3 milliards à la dépendance. Les prestations pour le handicap progresseront de 5,6% par an d'ici 2013, principalement à cause de la croissance du nombre d'allocataires. Attribué sous conditions de ressources, l'Allocation aux Adultes Handicapés progressera de 7,2% par an, après une hausse de 39% entre 2002 et 2008. C'est un signe, parmi d'autres, de la précarisation de la société : de 770 000 en 2003, les personnes indemnisées (entre 20 et 60 ans) sont plus de 860 000. Par personne, l'AAH se chiffre à 696 euros par mois. En juin 2009, Nicolas Sarkozy s'était gargarisé de son Pacte national pour l’emploi des personnes handicapées qui devait favoriser leur entrée sur le marché de l'emploi. Selon un rapport sénatorial paru le 18 octobre dernier, plus d'un an plus tard, les principaux éléments du pacte intégrés à la loi de finances 2009 n'ont pas été appliqués.
Territoires : -40 millions
Michel Mercier, ministre des Territoires, ne sert pas à grand chose depuis son exfiltration du Modem en 2009. D'ailleurs, l'enveloppe consacrée à ses missions sera réduite de 40 millions d'euros d'ici 2013 (338 millions d'euros). En 2011, le gouvernement promet quand même 11 millions contre les algues vertes en Bretagne et 19 millions d'euros pour la Corse. La Société du Grand Paris, établissement public créé en juin 2010, coûtera 6 millions d'euros par an. Depuis la démission forcée de Christian Blanc (pour cause d'abus de cigares), le Grand Paris est enlisé.
Travail et emploi : -3,0 milliards
Autre surprise du cadrage budgétaire, les différentes dépenses publiques liées à l'Emploi (soutien direct à l’emploi, allocation spécifique de solidarité, Pôle emploi, etc) seront réduites de 2 milliards d'euros en 2012 puis à nouveau 1 milliard en 2013, « en raison de la baisse attendue du chômage et du plein effet des économies structurelles engagées en 2011» explique le texte. On sait combien les chiffres commentés du chômage masquent une toute autre réalité : non seulement la reprise est encore fragile, mais en plus le nombre global de demandeurs d'emploi continue de progresser. Plus d'un demandeur sur deux n'est pas indemnisé.
Coûte que coûte, Sarkozy maintient la fiction d'un taux de chômage ramené à 4,5% dans les 3 ans. Mais surtout, il réduit des dépenses d'intervention qu'il avait été contraint de renforcer ou prolonger à cause de la crise, et, ne l'oublions pas, des manifestations du 29 janvier 2009.
Dès 2011, le gouvernement prévoit de supprimer 460 millions d'euros aux services à la personne, 110 millions aux organismes d’intérêt général en zones de revitalisation rurale et 121 millions d'avantages en nature dans le secteur des hôtels - cafés - restaurants. Il annonce aussi vouloir réduire le financement des maisons de l'emploi, l'intéressement de l’allocation de solidarité spécifique (ASS), le nombre de contrats aidés non marchands (340 000 contre 400 000 en 2010) et les taux d'aides au niveau d'avant la crise. Pôle emploi reste doté de 1,4 milliard d'euros pour son fonctionnement, mais il perdra 300 CDI (un vrai plan social !) et 1500 CDD non reconduits.
dimanche 7 novembre 2010
samedi 6 novembre 2010
183ème semaine de Sarkofrance : l'agenda international douteux de Nicolas Sarkozy
![]() |
| Sarkozy et Jintao à Nice |
Diversion britannique
Lundi, Nicolas Sarkozy ... ne travaillait pas. Après son weekend de 4 jours à Marrakech la semaine précédente, des agapes soigneusement cachées de l'agenda officiel, il était à nouveau au repos, Toussaint oblige. Dès mardi, il était parti à Londres, rencontrer son homologue David Cameron. Sur place, les deux hommes signèrent un accord historique digne ... du 19ème siècle : une véritable Entente Cordiale, un accord protéiforme de coopération militaire. « On ne résoudra pas les problèmes du XXIe siècle avec les idées du XXe » a expliqué le président français... Vraiment ? Cet accord enterre la Défense européenne. Est-ce donc l'avenir ? Ni le gouvernement anglais ni les officiels français ne s'en cachent. Tout est prévu : mise en commun d'installations, notamment « dans les technologies liées à la gestion des arsenaux nucléaires », création d'une Force expéditionnaire commune interarmées, développement, préparation d'une force aéronavale d'attaque intégrée franco-britannique pour « les 30 prochaines années », etc. La déclaration commune mentionne même la lutte contre le terrorisme dans l'espace !
A Londres, Sarkozy voulait surtout qu'on évite de comparer les situations française et britannique. Jadis, en 2007, il y a une éternité, Sarkozy aimait tant louer la réussite anglaise, Tony Blair était son modèle. Trois ans plus tard, Blair n'est plus là, les Conservateurs sont revenus au pouvoir, et les Britanniques subissent la plus grave cure d'austérité depuis la guerre. Et voici deux chefs d'Etat en faillite se rapprocher pour financer en commun quelques projets militaires.
A Paris, les députés débutaient justement l'examen du volet « dépenses » du budget de l'Etat pour 2011. Certains critiquent déjà le flou des mesures de rigueur. Ce budget qualifié d'« historique » par François Baroin et Christine Lagarde lors de sa première présentation le 27 septembre dernier est en fait artificiel : les deux ministres ont beau insister sur la réduction du nombre de fonctionnaires - financièrement anecdotique (200 millions d'euros) - ou les efforts sur le train de vie de l'Etat - « sans envergure » d'après le député UMP Gilles Carrez, le discours ne passe pas. La spectaculaire diminution du déficit budgétaire en 2011 tient quasi-exclusivement à la non-reconduction de dépenses de relance et des investissements relatifs au Grand Emprunt (50 milliards d'euros d'économies). Les véritables économies sont pour plus tard, après 2012. Il fallait rassurer les marchés (d'où la réforme des retraites), mais ne pas désespérer l'électeur. Sarkozy est suffisamment impopulaire comme ça.
Exemple américain
Justement, les proches du Monarque élyséen répètent que l'impopularité de leur patron n'a rien d'exceptionnel, qu'elle est le lot de tous les chefs de gouvernements à mi-mandat. Mardi aux Etats-Unis, Barack Obama a subi une défaite électorale, moins forte qu'espérée par les Républicains et le nouveau Tea Party. En France, Nicolas Sarkozy a lui aussi subi deux débâcles électorales, européenne en juin 2009, régionale en mars 2010. Des deux côtés de l'Atlantique, on rend la crise responsable de ces tourments présidentiels. Mais Obama a hérité de 8 années de bushisme et d'une récession hors normes. Sarkozy, lui, a pris le relais de 5 années de chiraquo-sarkozysme (2002-2007). Surtout, Sarkozy fut incroyablement impopulaire dès ... l'automne 2007. Répétons-le : Nicolas Sarkozy était impopulaire, dans les urnes et les sondages, avant la crise.
Au final, devant des épreuves similaires, le contraste entre l'attitude d'Obama et de Sarkozy fut saisissant. Le président américain a donné une leçon de gouvernance et de maturité politique à son homologue français.
A Washington, Barack Obama a immédiatement organisé une véritable conférence de presse, retransmise en direct sur toutes les chaînes d'information, avec de vrais journalistes qui posaient de vrais questions sur le vrai sujet du moment, les conséquences de son échec électoral. En France, Sarkozy a toujours évité cet exercice, il s'est toujours caché. Après la débacle des régionales, il est resté reclus dans son Palais pendant des mois jusqu'à un monologue télévisé contraint le 12 juillet, préférant des déplacements de terrain où il pouvait délivrer ses bons mots devant la caméra figée d'Elysée.fr. Depuis le 8 janvier 2008, il ne tient plus de conférence de presse nationale. Tout juste accepte-t-il l'exercice à l'étranger lors de rencontres diplomatiques. Il est alors sûr que les sujets nationaux seront marginalement abordés. Quand un journaliste insiste, il lui fait publiquement comprendre que son attitude est déplacée.
Mercredi à Washington, Obama s'est abstenu de bons mots, de saillies verbeuses, de critiques contre la nouvelle majorité républicaine. Il n'a pas nié l'échec, a tenté d'en livrer quelques explications. Il est apparu modeste, presque groggy. A Paris, chaque intervention sarkozyenne contient son lot de déclarations clivantes, de critiques tous azimuts, de railleries contre ses opposants, de déni de réalité.
Mercredi, Obama a reconnu l'impatience des électeurs, et appelé les Républicains désormais majoritaires à la Chambre des Représentants à travailler au consensus. En France, Sarkozy a toujours ignoré les contestations, jusqu'à celle contre sa funeste réforme des retraites. A chaque coup dur, il argumente qu'il a été élu pour 5 ans et qu'il ne changerait pas de cap malgré ses mauvais résultats électoraux.
Aux Etats-Unis, les pouvoirs exécutif et législatif sont séparés. Ces élections à mi-mandat mettent une pression sur le président élu. En France, Sarkozy a déstabilisé un peu plus le régime à son seul profit personnel.
Paris et Nice, villes mortes pour une visite chinoise
Jeudi, Nicolas Sarkozy avait déroulé tous les tapis rouges imaginables pour accompagner sa génuflexion devant la Chine. Vers 13h30, il s'est rendu à l'aéroport d'Orly, avec son épouse Carla, pour accueillir en personne son invité chinois, le président Hu Jintao. Après une traversée de Paris émaillée de passants souriants et agitant des petits drapeaux rouges, triés et recrutés par les services chinois, les deux hommes se retrouvèrent à l'Elysée, pour une séance de signature de contrats commerciaux avec des chefs d'entreprises. Depuis lundi, les conseillers présidentiels alimentaient ce suspense incroyable, faisant miroiter une « moisson » de juteux contrats.
Le prix du silence sur les violations des droits de l'homme en Chine n'est pas si cher que cela : 16 milliards d'euros - et non 20 comme annoncés. Les contrats étaient négociés de longue date, mais l'administration chinoise voulut maintenir la pression : Areva, grande perdante de cette faste journée, dut se contenter d'une commande de combustible nucléaire, pour 3,5 milliards de dollars sur 10 ans au lieu de deux EPR dont la Chine ne veut finalement pas. Alstom remporta un contrat de 50 millions d'euros pour la fourniture d'équipements de barrage hydroélectrique. Airbus vendit 36 avions pour 3,78 milliards de dollars ; Alcatel-Lucent pour 1,2 milliards d'euros de réseaux téléphoniques fixes ou mobiles; Total entre 3 et 3 milliards d'investissements d'installations pétrochimiques. Vendredi, Hu Jintao a eu l'honneur de rallumer la flamme du soldat inconnu sous l'Arc de Triomphe, avant de rencontrer François Fillon pendant une heure. L'après-midi, il retrouva Sarkozy à Nice pour un entretien sur les prochains G20 et G8. Nice comme Paris ont été transformées en villes mortes au passage du président chinois. Le soir, Sarkozy a livré un petit discours d'une dizaine de minutes, en hommage à son nouveau meilleur ami, se réfugiant derrière l'héritage du général de Gaulle.
Auparavant, Sarkozy n'avait même pas félicité prix Nobel de la Paix 2010, Liu Xiabo, emprisonné dans son pays. Les Chinois avaient prévenu : quiconque parlera de son cas devra « en supporter les conséquences ». Aucune conférence de presse n'a été organisée. Tout contact avec les médias était proscrit et même physiquement découragé : à Paris, des militants de Reporters Sans Frontières ont été rapidement évacués des Champs Elysées. Dans le métro, trois groupes de contestataires, y compris des journalistes, ont été empêchés de sortir. La République est devenue autoritaire le temps de ce mess diplomatique. Vendredi, Sarkozy a affirmé avoir « bien sûr » parlé des droits de l'homme avec le président Hu Jintao qui est « quelqu'un avec qui on peut parler.»
« Une vraie volonté d'entente », « des discussions fructueuses », un silence assourdissant sur le régime chinois, une humiliation nationale inédite au coeur du pays. Ce voyage fut mémorable. Comme pour les retraites, on s'en souviendra.
Bassesses françaises
Avant de s'agenouiller devant son invité chinois, Nicolas Sarkozy a fait un court aller-et-retour en hélicoptère à Nogent puis Troyes, une visite de terrain comme il les aime, avec un thème dédié (« transports et développement équilibré des territoires »), des ministres accompagnants (Borloo, Baroin, Mercier), et une table ronde filmée pour Elysee.fr avec une assistance docile et triée. Sur place, il pouvait sans souci livrer compliments (à ses ministres) et réprimandes ou menaces. Le patron de la SNCF, Guillaume Pépy, qui était présent, eut ainsi la surprise d'apprendre en direct l'instauration d'un bonus/malus de 2,5 millions d'euros sur les subventions accordées à son entreprise en fonction de la ponctualité des trains et de la qualité de service aux usagers. Sanctionner l'entreprise, et donc in fine les usagers eux-mêmes, a quelque chose d'archaïque et d'inédit.
La veille, le Canard Enchaîné avait jeté le trouble, en accusant Nicolas Sarkozy de superviser, via une cellule spéciale, l'espionnage de tout journaliste qui enquête sur lui ou les siens : « Sarkozy demande à Bernard Squarcini, [directeur de la DCRI] de s’intéresser à cet effronté. En clair, de le mettre sous surveillance, de recenser ses relations et, surtout, ses informateurs.» L'hebdomadaire avance des témoignages directs de collaborateurs de la DCRI. A l'Elysée, on dément. Guéant est furax, et dénonce une tentative de déstabilisation en pleine menace terroriste. Le secrétaire général a perdu son calme. Squarcini, accompagné de son patron Frédéric Péchenard, sont auditionnés en urgence par des parlementaires. Et samedi, Claude Guéant et Bernard Squarcini promettent de porter plainte contre leurs accusateurs.
Depuis sa création le 1er juillet 2008, cette fameuse Direction Centrale du Renseignement Intérieur n'a cessé d'accumuler les critiques : désorganisation des RG, filature de Dominique de Villepin pendant le procès Clearstream, enquête sur un lycéen blogueur, écoutes téléphoniques sur les rumeurs d'infidélité conjugale au sein du couple présidentiel en février dernier ; espionnage d'un journaliste du Monde dans l'affaire Woerth/Bettencourt. Le même mercredi, le parquet de Paris, aux ordres du pouvoir, classait sans suite une plainte pour «délit de favoritisme», que l'association Anticor avait déposée contre X dans l'affaire des sondages de l'Elysée.
On ne touche pas au président.
La bassesse s'est aussi logée à l'Assemblée nationale. Discrètement, trois députés UMP, soutenus par Jean-François Copé, ont tenté de supprimer la rémunération du président de l'Agence du service civique, qui n'est autre que Martin Hirsch. Ce dernier avait sévèrement critiqué la double activité de Copé, président du groupe des députés UMP, maire de Meaux et ... avocat d'affaires pour des clients que l'on ne dévoile pas. Copé a la vengeance petite et minable. Le gouvernement a désavoué l'amendement qui, du coup, a été retiré. « La prochaine étape sera-t-elle la déchéance de ma nationalité française puisque cette offensive fait suite à celle selon laquelle on voudrait que je n'aie pas le droit de parler de conflits d'intérêts parce que mes parents ont été des réfugiés pendant la guerre ? » s'est interrogé Hirsch.
Mais le feuilleton politique du moment est le remaniement gouvernemental. On s'en fiche, mais ça occupe. La majorité se déchire, les coups bas se multiplient, le sujet agite les éditorialistes. Donné favori, Borloo a encore soigné, dimanche, « son profil social ». « Plus il y a des crises, plus il y a un besoin de justice sociale. Il faut tendre la main aux plus fragiles. » a-t-il répété. Pauvre homme ! Ces appels sociaux ne trompent personne : le camp présidentiel est resté soudé sur la réforme des retraites, l'augmentation des déremboursements médicaux, la réduction des services publics, pour ne citer que trois exemples. Mardi, le ministre du développement durable fut chahuté par les députés UMP à l'Assemblée. Et si Borloo n'avait pas que des amis ... à droite ? Mercredi, François Fillon s'est lui-même replacé dans la course à sa propre succession, en critiquant celles et surtout ceux qui voudraient changer de cap : « Notre pays ne doit pas repartir en arrière .» Jeudi, on murmure que Claude Guéant serait remplacé par Brice Hortefeux à l'Elysée. Copé, lui, a déjà obtenu la direction de l'UMP. Le mou mais fidèle Xavier Bertrand serait ministre. Cinq à huit ministères seraient supprimés.
Ce suspense est sans intérêt : les ministres, y compris le premier d'entre eux, n'ont plus aucun pouvoir ni autorité depuis mai 2007. Ce sont des jouets, des marionnettes, des « perroquets » apeurés comme l'écrit Dominique de Villepin dans son nouveau livre. Sarkozy est surtout parvenu à semer la zizanie dans son propre camp.
Une nouvelle journée d'action nationale contre la réforme des retraites était organisée ce samedi 6 novembre. Sarkozy est parvenu à sortir de cette séquence d'agitation. Mais il est loin d'être tiré d'affaire.
Ami sarkozyste, quand prendras-tu ta retraite ?
Libellés :
chroniques,
Opinion,
sarkofrance,
Sarkozy
vendredi 5 novembre 2010
Les courbettes chinoises de Sarkozy
A 13h30, Nicolas Sarkozy avait accouru, avec son épouse Carla, à l'aéroport d'Orly pour accueillir le président chinois Hu Jintao. La visite de trois jours est « très importante », s'était-il excusé le matin même. A la clé, quelques milliards d'euros de contrats commerciaux négociés de longue date et des discussions préparatoires aux prochains G20 et G8 organisés par la France. Des droits de l'homme, il ne fut pas question. Un peu plus tôt à Troyes, Sarkozy n'a pu s'empêcher, sur d'autres sujets plus contrôlés, de se comporter en maître d'école.
Faible devant les forts, fort avec les faibles, Nicolas Sarkozy reste fidèle à ce qu'il est.
A Troyes, Sarkozy donne des leçons...
Un peu plus tôt dans la matinée de jeudi, Sarkozy préféra l'hélicoptère pour se rendre à Nogent puis à Troyes, flanqué de Jean-Louis Borloo et François Baroin, deux ministres candidats à la succession de François Fillon, pour une visite placée sous les thèmes du « transport et du développement équilibré des territoires ». Sarko voulait se faire photographier, encore une fois, devant des ouvriers casqués. La veille, Fillon avait profité d'une remise de médaille pour implicitement mais publiquement se remettre dans la course à sa propre succession. Ce remaniement tant attendu n'en fini pas de provoquer jalousies et paralysie au coeur du pouvoir.
Pour ses visites de terrain, Sarkozy parle toujours devant un public contrôlé, trié, silencieux et attentif. Il aime alors distribuer compliment et réprimandes. Jeudi, il a ainsi rendu hommage à ses deux ministres présents, Borloo, « un artisan inlassable du Grenelle de l'environnement », et Baroin, « pour la qualité de son travail au Budget où il bénéficie de (sa) confiance totale ». Même Michel Mercier, ex-Modem débauché en juin 2009 pour s'occuper de l'aménagement du territoire et de l'espace rural, ministre complètement absent de l'actualité gouvernementale, a eu droit à son compliment.
A l'inverse, Guillaume Pépy, le patron de la SNCF présent à la table ronde organisée à Troyes, eut droit à une surprise de taille, une illustration minable du comportement sarkoyen. Sarkozy s'est fait applaudir en annonçant sans crier gare l'instauration d'un système de bonus/malus contre la SNCF. Le patron de la SNCF ne pouvait évidemment réagir. Le ton grave et sentencieux, le Monarque a lâché que la SNCF recevrait jusqu'à 2,5 millions d'euros par an, en plus des concours habituels de l'Etat, si les trains sont à l'heure et les passagers satisfaits. A l'inverse, la compagnie publique serait sanctionnée en cas de non atteinte de ces objectifs de qualité de service. « Si les trains sont en retard, si les passagers ne sont pas contents, et bien nous diminuerons la subvention accordée à la SNCF d'un même montant. C'est un engagement, c'est une décision ! »
La mesure est ... ridicule, et témoigne d'une conception archaïque du management. Priver la SNCF de moyens n'arrangera en rien la qualité de service. On n'oserait suggérer au Président d'appliquer la même règle à sa propre rémunération. Si la SNCF ne remplit pas correctement ses missions de service public, c'est plutôt aux usagers qu'elle doit quelques réparations.
Sarkozy a aussi critiqué les grévistes des ports de Marseille ou du Havre: « Je suis désolé de voir qu'Anvers est devenu le premier port français, parce qu'on a les problèmes qu'on sait. » N'imaginez pas Sarkozy rencontrer les grévistes ou leurs représentants... ce n'est pas son style. Sarkozy donne toujours ses leçons ... à distance. Faible devant les forts, fort avec les faibles... « nous ne pouvons pas laisser nos ports paralysés parce qu'une infime minorité ne comprend pas que les ports ne leur appartiennent pas. Qu'il y ait plus de containers en provenance de France qui soient débarqués sur le port d'Anvers que sur le port du Havre, est-ce que je serais digne de mes responsabilités en contemplant ce désastre et en ne faisant rien? » Sarkozy, justement, n'est donc pas digne de ses responsabilités puisqu'il n'a rien fait fait. « Ces dizaines et dizaines de bateaux en rade, avec des marins qui voulaient retrouver leurs familles, qui ne pouvaient pas décharger, ce n'est pas normal, ce n'est pas acceptable! » Et de conclure : « Je ne veux prendre à partie personne mais ça ne peut pas durer. »
A Troyes, Sarkozy a aussi rappelé les limites de son engagement écologiste : « Nous croyons au transport fluvial et au ferroutage, mais ne voulons pas détruire la route, à la différence d'autres. » La relance des construction d'autoroutes en 2009, à la faveur du plan de relance, est encore dans toutes les mémoires. Le cadrage des dépenses de l'Etat de 2011 à 2013 prévoit d'ailleurs une baisse du budget du ministère du développement durable de 5% dès l'an prochain. M. Pépy a cependant obtenu quelques subsides : Sarkozy a confirmé que l'Etat allait signer, à compter du 1er janvier 2011, une convention avec la SNCF pour sauver quarante lignes de trains inter-régionaux (Corail Intercités, Téoz) par ailleurs déficitaires. A vrai dire, c'est juste ... une mission de service public qu'on nous présente comme un effort hors normes...
Sur place, Sarkozy s'est très brièvement expliqué sur le faste réservé à son hôte chinois : « la Chine ne doit pas être vécue comme un risque mais comme une opportunité (...) C'est très important, c'est très lourd ce quis e prépare.» Il avait le ton grave, le visage sérieux, presque comprimé, comme pour illustrer l'importance de sa rencontre avec le président chinois. « Ce n'est pas en reprochant des choses aux gens qu'on fait avancer les dossiers ».
Cette petite phrase aurait pu être une maxime de gouvernance...
Devant Hu Jintao, il se couche
Le 16 avril 2007, dans une réponse adressée au quotidien Le Monde sur la politique étrangère qu'il envisageait s'il était président, Nicolas Sarkozy répondait sur l'éventualité d'un embargo sur les ventes d'armes contre la Chine, à cause de ses violations des droits de l'homme. Le candidat eut cette réponse délicieuse :
Depuis quelques jours, on nous faisait miroiter la signature de quelques contrats mirifiques pour des entreprises françaises. Leur montant, affirmait-on à l'Elysée, « sera de loin plus important que lors des précédentes visites des dirigeants européens à Pékin ou chinois à l’étranger ». Comme toujours, ces contrats étaient négociés de longue date. Il fallait attendre l'arrivée du président Hu Jintao en France pour que les entreprises, une à une, puissent confirmer leurs commandes. Le gros lot devait être la vente par Areva de deux EPR supplémentaires. Dans l'après-midi, Sarkozy et Jintao se sont enfermés dans l'Elysée pour 1h30 de « négociations » , les Chinois ayant réservé leur signature jusqu'à la dernière minute du périple de leur président-dictateur. En fait, quelques patrons étaient conviés et se succédés un à un pour signer leurs fameux contrats sous les yeux bienveillants de Sarkozy et Jintao. Quel interminable suspense !
Mais il y eut quelques ratés. Sans attendre l'issue de cette réunion, Alstom concédait avoir « remporté » un contrat de 50 millions d'euros pour la fourniture d'équipements destinés à un nouveau barrage hydroélectrique en Chine. La compagnie aérienne chinoise China Southern Airlines confirmait l'achat de 36 avions Airbus pour 3,78 milliards de dollars, et Alcatel-Lucent la vente pour 1,2 milliards d'euros de réseaux téléphoniques fixes ou mobiles. Mais jeudi soir, on apprenait qu'Areva avait fini par fourguer pour 3,5 milliards de dollars de combustible nucléaire (20 000 tonnes d'uranium sur dix ans, pour l'essentiel prélevées en Afrique) et Total entre 3 et 3 milliards d'investissements dans des installations pétrochimiques. Et les EPR ? Les Chinois sont restés visiblement prudents sur cette coûteuse technologie franco-française qui n'est en service nulle part dans le monde.
La question des droits de l'homme ne devait surtout pas être évoquée, au grand dam de certaines associations telles Reporters Sans Frontières, et de quelques parlementaires de gauche comme de droite. Des contrats contre le silence. Robert Ménard, l'ex-patron de Reporters sans Frontières devenu éditorialiste, s'étranglait sur i-télé.
Jeudi 4 novembre, la Sarkofrance a été payée pour se taire.
Faible devant les forts, fort avec les faibles, Nicolas Sarkozy reste fidèle à ce qu'il est.
A Troyes, Sarkozy donne des leçons...
Un peu plus tôt dans la matinée de jeudi, Sarkozy préféra l'hélicoptère pour se rendre à Nogent puis à Troyes, flanqué de Jean-Louis Borloo et François Baroin, deux ministres candidats à la succession de François Fillon, pour une visite placée sous les thèmes du « transport et du développement équilibré des territoires ». Sarko voulait se faire photographier, encore une fois, devant des ouvriers casqués. La veille, Fillon avait profité d'une remise de médaille pour implicitement mais publiquement se remettre dans la course à sa propre succession. Ce remaniement tant attendu n'en fini pas de provoquer jalousies et paralysie au coeur du pouvoir.
Pour ses visites de terrain, Sarkozy parle toujours devant un public contrôlé, trié, silencieux et attentif. Il aime alors distribuer compliment et réprimandes. Jeudi, il a ainsi rendu hommage à ses deux ministres présents, Borloo, « un artisan inlassable du Grenelle de l'environnement », et Baroin, « pour la qualité de son travail au Budget où il bénéficie de (sa) confiance totale ». Même Michel Mercier, ex-Modem débauché en juin 2009 pour s'occuper de l'aménagement du territoire et de l'espace rural, ministre complètement absent de l'actualité gouvernementale, a eu droit à son compliment.
A l'inverse, Guillaume Pépy, le patron de la SNCF présent à la table ronde organisée à Troyes, eut droit à une surprise de taille, une illustration minable du comportement sarkoyen. Sarkozy s'est fait applaudir en annonçant sans crier gare l'instauration d'un système de bonus/malus contre la SNCF. Le patron de la SNCF ne pouvait évidemment réagir. Le ton grave et sentencieux, le Monarque a lâché que la SNCF recevrait jusqu'à 2,5 millions d'euros par an, en plus des concours habituels de l'Etat, si les trains sont à l'heure et les passagers satisfaits. A l'inverse, la compagnie publique serait sanctionnée en cas de non atteinte de ces objectifs de qualité de service. « Si les trains sont en retard, si les passagers ne sont pas contents, et bien nous diminuerons la subvention accordée à la SNCF d'un même montant. C'est un engagement, c'est une décision ! »
La mesure est ... ridicule, et témoigne d'une conception archaïque du management. Priver la SNCF de moyens n'arrangera en rien la qualité de service. On n'oserait suggérer au Président d'appliquer la même règle à sa propre rémunération. Si la SNCF ne remplit pas correctement ses missions de service public, c'est plutôt aux usagers qu'elle doit quelques réparations.
Sarkozy a aussi critiqué les grévistes des ports de Marseille ou du Havre: « Je suis désolé de voir qu'Anvers est devenu le premier port français, parce qu'on a les problèmes qu'on sait. » N'imaginez pas Sarkozy rencontrer les grévistes ou leurs représentants... ce n'est pas son style. Sarkozy donne toujours ses leçons ... à distance. Faible devant les forts, fort avec les faibles... « nous ne pouvons pas laisser nos ports paralysés parce qu'une infime minorité ne comprend pas que les ports ne leur appartiennent pas. Qu'il y ait plus de containers en provenance de France qui soient débarqués sur le port d'Anvers que sur le port du Havre, est-ce que je serais digne de mes responsabilités en contemplant ce désastre et en ne faisant rien? » Sarkozy, justement, n'est donc pas digne de ses responsabilités puisqu'il n'a rien fait fait. « Ces dizaines et dizaines de bateaux en rade, avec des marins qui voulaient retrouver leurs familles, qui ne pouvaient pas décharger, ce n'est pas normal, ce n'est pas acceptable! » Et de conclure : « Je ne veux prendre à partie personne mais ça ne peut pas durer. »
A Troyes, Sarkozy a aussi rappelé les limites de son engagement écologiste : « Nous croyons au transport fluvial et au ferroutage, mais ne voulons pas détruire la route, à la différence d'autres. » La relance des construction d'autoroutes en 2009, à la faveur du plan de relance, est encore dans toutes les mémoires. Le cadrage des dépenses de l'Etat de 2011 à 2013 prévoit d'ailleurs une baisse du budget du ministère du développement durable de 5% dès l'an prochain. M. Pépy a cependant obtenu quelques subsides : Sarkozy a confirmé que l'Etat allait signer, à compter du 1er janvier 2011, une convention avec la SNCF pour sauver quarante lignes de trains inter-régionaux (Corail Intercités, Téoz) par ailleurs déficitaires. A vrai dire, c'est juste ... une mission de service public qu'on nous présente comme un effort hors normes...
Sur place, Sarkozy s'est très brièvement expliqué sur le faste réservé à son hôte chinois : « la Chine ne doit pas être vécue comme un risque mais comme une opportunité (...) C'est très important, c'est très lourd ce quis e prépare.» Il avait le ton grave, le visage sérieux, presque comprimé, comme pour illustrer l'importance de sa rencontre avec le président chinois. « Ce n'est pas en reprochant des choses aux gens qu'on fait avancer les dossiers ».
Cette petite phrase aurait pu être une maxime de gouvernance...
Devant Hu Jintao, il se couche
Le 16 avril 2007, dans une réponse adressée au quotidien Le Monde sur la politique étrangère qu'il envisageait s'il était président, Nicolas Sarkozy répondait sur l'éventualité d'un embargo sur les ventes d'armes contre la Chine, à cause de ses violations des droits de l'homme. Le candidat eut cette réponse délicieuse :
« La levée de l'embargo est une décision collective, qui doit être prise par l'ensemble des partenaires européens. La Chine est un partenaire de première importance pour la France et l'Europe. Nos relations se sont beaucoup développées au cours des dernières années, et c'est une très bonne chose. Mais l'embargo sur les armes a une signification bien particulière, liée notamment à la situation des droits de l'homme dans ce pays. Dans ce domaine, la Chine peut encore faire des progrès. C'est à l'aune de cette question que nous devons continuer de discuter avec nos partenaires chinois.»Jeudi 4 novembre 2010, vers 13h30, Nicolas et Carla attendaient sagement au pied de l'avion présidentiel chinois leur hôte Hu Jintao. Depuis deux jours, un décompte était publié sur le site de l'Elysée pour illustrer l'importance de la visite: « Le partenariat entre nos deux pays est global et il est stratégique. Global, parce qu'il recouvre tous les volets de notre relation ; stratégique, parce que la Chine est devenue un acteur absolument incontournable sur la scène internationale.» pouvait-on y lire. Aucune conférence de presse ne sera organisée. A Orly, quand Hu Jintao et Sarkozy défilèrent sur le tapis rouge dressé pour l'occasion, le président français était crispé. Puis le cortège officiel sillonna Paris, provoquant embouteillages et blocages pire qu'un jour de manifestation. Tout au long du parcours, les services chinois et français avaient trouvé de zélotes supporteurs chinois avec leurs petits drapeaux chinois à agiter au passage des voitures officielles. Pendant quelques instants, certaines rues de Paris ressemblaient à celles de Pyonyang, la foule en moins.
Depuis quelques jours, on nous faisait miroiter la signature de quelques contrats mirifiques pour des entreprises françaises. Leur montant, affirmait-on à l'Elysée, « sera de loin plus important que lors des précédentes visites des dirigeants européens à Pékin ou chinois à l’étranger ». Comme toujours, ces contrats étaient négociés de longue date. Il fallait attendre l'arrivée du président Hu Jintao en France pour que les entreprises, une à une, puissent confirmer leurs commandes. Le gros lot devait être la vente par Areva de deux EPR supplémentaires. Dans l'après-midi, Sarkozy et Jintao se sont enfermés dans l'Elysée pour 1h30 de « négociations » , les Chinois ayant réservé leur signature jusqu'à la dernière minute du périple de leur président-dictateur. En fait, quelques patrons étaient conviés et se succédés un à un pour signer leurs fameux contrats sous les yeux bienveillants de Sarkozy et Jintao. Quel interminable suspense !
Mais il y eut quelques ratés. Sans attendre l'issue de cette réunion, Alstom concédait avoir « remporté » un contrat de 50 millions d'euros pour la fourniture d'équipements destinés à un nouveau barrage hydroélectrique en Chine. La compagnie aérienne chinoise China Southern Airlines confirmait l'achat de 36 avions Airbus pour 3,78 milliards de dollars, et Alcatel-Lucent la vente pour 1,2 milliards d'euros de réseaux téléphoniques fixes ou mobiles. Mais jeudi soir, on apprenait qu'Areva avait fini par fourguer pour 3,5 milliards de dollars de combustible nucléaire (20 000 tonnes d'uranium sur dix ans, pour l'essentiel prélevées en Afrique) et Total entre 3 et 3 milliards d'investissements dans des installations pétrochimiques. Et les EPR ? Les Chinois sont restés visiblement prudents sur cette coûteuse technologie franco-française qui n'est en service nulle part dans le monde.
La question des droits de l'homme ne devait surtout pas être évoquée, au grand dam de certaines associations telles Reporters Sans Frontières, et de quelques parlementaires de gauche comme de droite. Des contrats contre le silence. Robert Ménard, l'ex-patron de Reporters sans Frontières devenu éditorialiste, s'étranglait sur i-télé.
Jeudi 4 novembre, la Sarkofrance a été payée pour se taire.
jeudi 4 novembre 2010
Espionnage, lobbies et conflits d'intérêts : la France de Sarkozy
Il suffit d'une accusation du Canard Enchaîné d'espionnage présidentiel et d'un livre-brûlot de Dominique de Villepin contre la « cour de perroquets apeurés » autour de Sarkozy pour que l'attention se porte à nouveau sur les sales coulisses d'une présidence décadente et contestée. A l'Elysée, on fait mine d'ignorer l'attaque, comme hier avec la « fable » du Karachigate ou les cambriolages d'ordinateurs de journalistes qui ne « concernent » pas le patron de Sarkofrance. Nicolas Sarkozy a autre chose à faire. Ce jeudi, il reçoit pendant deux jours le président de la plus grande dictature du monde, Hu Jintao, ... à Nice. Pourtant, le climat est délétère, des enquêtes de la DCRI au lobbying occulte et autres conflits d'intérêts.
Sarkozy contradictoire
Mercredi, Bernard-Henri Lévy expliquait que le sort de l'iranienne Sakineh, condamnée à mort pour adultère, était une préoccupation majeure de Sarkozy. Sarkozy aurait directement menacé l'Iran de représailles si Sakineh était exécutée. Sans blague ? Le président français a l'indignation sélective, voire commerciale. Il n'a pas félicité, même d'un communiqué de presse, le nouveau prix Nobel de la Paix. Et pour cause, Liu Xiaobo est chinois. De retour d'un voyage à Londres, où il a tenté une diversion militaire avec un accord « historique » de coopération franco-britannique, Sarkozy rencontre jeudi et vendredi le président chinois. Le programme, évidemment, est tenu secret. On ne sait même pas pourquoi cette rencontre a lieu à Nice et non à Paris.
La veille, le président français avait organisé une réunion sur les menaces terroristes et a reçu un rapport de Jean-Marie Bockel sur la prévention de la délinquance juvénile. Il y a 3 mois, le secrétaire d'Etat à la Justice justifiait que cette mission était le volet préventif du discours ultra-sécuritaire de Grenoble. A lire ses recommandations au fil des 94 pages du rapport, on tombe des nues. Bockel enfonce des portes ouvertes (« Replacer le père ou le tiers au cœur de l’autorité », « Mieux ouvrir l’école aux familles pour leur intégration », etc) ou reprend quelques propositions UMPistes polémiques et toujours sécuritaire comme la détection des troubles du comportement chez les enfants de 3 ans. Contradiction ou erreur d'aiguillage ?
En coulisses, Sarkozy passe du temps à peaufiner son casting pour le prochain remaniement gouvernemental. Borloo se fait chahuter par des députés UMP. On a beau répéter que les ministres, y compris le premier d'entre eux, ne sont que des marionnettes exécutantes, on nous entretient longueur d'articles et de commentaires un faux suspense. Le remaniement est une mauvaise sitcom.
Le cabinet noir
D'ailleurs, Dominique de Villepin sort un livre sur ... Nicolas Sarkozy. Un brûlot, à en croire les bonnes feuilles publiées par l'Express, contre les excès du premier président Bling Bling de la Vème République. Dans son « Esprit de cour », l'ancien premier ministre livre une charge au vitriol contre la monarchie sarkozyenne, dénonçant son Roi et « une cour invraisemblable de perroquets apeurés ». « Nicolas Sarkozy a d'abord dévalorisé la présidence en la surexposant médiatiquement. Il l'a également rabaissée par ses dérapages verbaux, sur lesquels je ne m'appesantirai pas, pas plus que sur l'étalage de sa vie privée, justement parce qu'elle doit rester privée. » Ces constats en rejoignent d'autres, mais Villepin les sert de sa plume acérée: « l'hyperprésidence a poussé au paroxysme les pratiques de cour. A défaut de réellement réformer, Nicolas Sarkozy s'est replié sur son pouvoir symbolique, croyant que plus une cour est voyante, plus le pouvoir de son prince doit être grand. » La critique est globale : l'abus des nominations présidentielles, nominations ou déchéances autoritaires, climat détestable qui nuit à l'efficacité gouvernementale, doublement de sa rémunération, exposition de sa vie privée, « multiplication de saillies intempestives », etc.
Un pouvoir personnel et quasi-monarchique se juge aussi à l'aune de sa police. Or justement, le même jour, Claude Angeli du Canard Enchaîné dénonçait les pratiques d'espionnage de journalistes qui seraient en vigueur à l'Elysée. Selon le journaliste, « depuis le début de l’année, au moins, dès qu’un journaliste se livre à une enquête gênante pour lui ou pour les siens, Sarkozy demande à Bernard Squarcini, [directeur de la DCRI] de s’intéresser à cet effronté. En clair, de le mettre sous surveillance, de recenser ses relations et, surtout, ses informateurs.» Le journaliste précise qu'une cellule spéciale, un « groupe monté à cet effet au sein de la DCRI », est en charge de ce sale boulot qui débute quasi-systématiquement par l'étude des factures détaillées des téléphones fixes et mobiles des journalistes visés. Il ajoute que Sarkozy « supervise » personnellement ces opérations.
A l'Elysée, on critique ces accusations jugées « totalement farfelues ». Le porte-parole Luc Chatel parle d'« allégations grotesques ». Au Canard, on n'apporte aucune preuve, si ce n'est des témoignages anonymes de subordonnés de Bernard Squarcini. Ailleurs, on s'interroge : ces travaux déplairaient au patron du renseignement intérieur. Les faire dévoiler par l'hebdomadaire satirique est une manière de faire passer le message ... à l'Elysée. Mercredi après-midi, le patron du Canard enfonce le clou : « Ecoutez, l'Elysée peut dire ce qu'il veut, les sources du Canard sont bonnes et on ne se lance pas avec un titre comme ça sans biscuit. » Quoiqu'il en soit, la défense présidentielle est un peu courte. Ce « cabinet noir » n'est pas sans rappeler l'affaire des sondages de l'Elysée, dévoilée par la Cour des Comptes en 2009 : des centaines de sondages politiques étaient commandés et financés par l'Elysée, publiés par quelques médias complaisants sans que le financement élyséen ne soit jamais mentionné. Qui dit mieux ? L'association Anticor qui avait porté plainte pour favoritisme - les dits sondages avaient été commandés sans appel d'offres - vient d'être déboutée : le parquet de Paris vient de classer l'affaire sans suite au motif que seul le Président de la République était le réel commanditaire des dits sondages et qu'institutionnellement ... il ne peut être accusé ni jugé.
Le 1er juillet 2008, la Direction Centrale du Renseignement Intérieur était créée, fusionnant la DST et les Renseignements Généraux. Nicolas Sarkozy défendait ce rapprochement expresse et forcé comme une modernisation nécessaire du renseignement français à l'aune des nouvelles menaces, notamment terroristes. Il évacuait bien rapidement le rattachement directement à son autorité de la nouvelle DCRI.
Depuis, la DCRI a été plusieurs fois critiquée : elle est intervenue pour identifier la source des rumeurs d'infidélité conjugale au sein du couple présidentiel en février dernier ; elle a espionné un journaliste du Monde, Gérard Davet, à deux reprises au moins, dans l'affaire Woerth/Bettencourt. En septembre 2009, elle a été surprise filant Dominique de Villepin, au début du (premier) procès Clearstream. En mars 2009, elle a enquêté sur un lycéen blogueur. Parallèlement, les violences de Grenoble ou en marge des manifestations contre la réforme des retraites ont été mises sur le compte de la désorganisation des Renseignements Généraux. Le patron des ex-RG a d'ailleurs démissionné voici 15 jours en plein mouvement social.
Députés de tous ou avocats de certains ?
Le lobbying fait peur, à juste titre. L'absence d'encadrement et de transparence alimente rumeurs et soupçons. En Sarkofrance, le sujet est au coeur des débats sur les conflits d'intérêts, que Nicolas sarkozy a promis d'encadrer via les travaux d'une commission qu'il a installé en septembre dernier. Seulement, le périmètre de cette mission est étroit (les parlementaires en sont exclus), et aucune promesse de législation n'a été faite sur le sujet. A l'inverse, trois projets de loi sur le sujet, déposés par l'opposition, ont été rapidement rejetés mi-octobre par les députés UMP, Xavier Bertrand en tête.
Une trentaine de députés, majoritairement à l'UMP, sont avocats. Et l'un d'entre eux s'apprête à prendre les rênes du parti présidentiel. Jean-François Copé, maire de Meaux, député et président du groupe UMP à l'Assemblée, a rejoint le cabinet Gide-Lorette en 2007 pour arrondir ses fins de mois. Attaqué par Martin Hirsch, l'ancien Haut Commissaire aux Solidarités Actives, dans un ouvrage sur le conflit d'intérêt publié le mois dernier, Copé ne supporte pas qu'on doute de sa probité. Mais à l'Assemblée, lui comme son groupe a systématiquement rejeté les propositions de lois relatives à l'encadrement des conflits d'intérêts et la transparence financière de la vie politique.
Jean-François Copé n'est pas un cas isolé. En marge de l'affaire Woerth/Bettencourt, le rôle de certains membres du cabinet Woerth a pu choquer : son jeune directeur de cabinet Sébastien Proto a des relations amicales et intimes avec quelques nouveaux notables du pari en ligne. Ce qui ne l'a pas empêché de se saisir du dossier, quand il travaillait au ministère du Budget. Autre cas exemplaire, Eric de Sérigny cumule les fonctions de conseiller bénévole auprès d'Eric Woerth et consultant en restructuration et finances chez Athema qui conseillait... Molex.
Vendredi dernier, le quotidien Libération s'inquiétait plus largement sur l'influence des lobbies dans les travaux parlementaires. Et rappelait le rôle de Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, éphémère député pendant la suppléance d'André Santini de 2007 à 2009. Son influence est connue depuis longtemps. L'homme, si prompt à donner des leçons tous azimuts, a conservé des liens avec son ancienne profession. Alors qu'il était déjà conseiller de Nicolas Sarkoy au ministère de l'intérieur, il participait à trois sociétés de lobbying dont il était actionnnaire. Libération rapporte que la situation a peu changé : de 2007 à 2009, Frédéric Lefebvre a conservé le contrôle de Domaines Publics, une société révélée au grand public par un reportage de l'émission d'investigation de Canal+, en 2006. En 2009, le chiffre d'affaires annoncé était de 3,64 millions d'euros. Les deux co-présidents de la société sont actuellement Jean-Michel Arnaud, par ailleurs patron de Metro France, et Steven Zunz, ancien assistant parlementaire du député UMP Christian Estrosi. Le directeur général est toujours Stéphan Desnoyes, proche de Frédéric Lefebvre avec lequel Lefebvre et Zunz ont créé Pic Conseil en 1996. Le même Desnoyes travaille également à Enjeux Publics, une autre société de lobbying (« vous accompagner et vous assister dans l'ensemble de vos relations avec les pouvoirs publics, locaux, nationaux, européens » promet leur site).
En 2008, Frédéric Lefebvre avait touché quelques 200 000 euros de dividendes au titre de ses 51% du capital de PIC CONSEIL. A l'époque, Frédéric Lefebvre avait expliqué que PIC CONSEIL n'avait plus d'activité de lobbying. Il avait aussi attendu deux années pour fermer, en avril 2009 seulement, sa propre société de lobbying (« Frédéric Lefebvre Conseil »). Pourtant, en 2009/2010 (l'exercice fiscal de la société se clôturant à fin mars), il semble bien que PIC CONSEIL ait à nouveau généreusement distribué les 200 000 euros de bénéfice net de l'année : malgré ce bénéfice, les capitaux propres de la société sont restés stables, à 1,09 million d'euros, ce qui signifie qu'il y a bien eu distribution de dividendes. En d'autres termes, Frédéric Lefebvre, à l'époque député, a touché des dividendes d'une société de lobbying...
Le lobbying n'est qu'un volet des affaires de conflits d'intérêts si visibles en Sarkofrance. La nomination d'un François Pérol, conseiller économique de Nicolas Sarkozy propulsé à la tête des Banques Populaires et des Caisses d'Epargne fin 2008 alors qu'il traitait justement des affaires bancaires est un exemple. Les affaires Woerth/Bettencourt ou Wildenstein en sont d'autres : confusion des fonctions de trésorier de l'Ump et de ministre du budget ou fraude fiscale jamais contrôlée de gros donateur du parti, les frontières sont poreuses entre le service d'un clan et la conduite des affaires de la nation.
Ami sarkozyste, où es-tu ?
Sarkozy contradictoire
Mercredi, Bernard-Henri Lévy expliquait que le sort de l'iranienne Sakineh, condamnée à mort pour adultère, était une préoccupation majeure de Sarkozy. Sarkozy aurait directement menacé l'Iran de représailles si Sakineh était exécutée. Sans blague ? Le président français a l'indignation sélective, voire commerciale. Il n'a pas félicité, même d'un communiqué de presse, le nouveau prix Nobel de la Paix. Et pour cause, Liu Xiaobo est chinois. De retour d'un voyage à Londres, où il a tenté une diversion militaire avec un accord « historique » de coopération franco-britannique, Sarkozy rencontre jeudi et vendredi le président chinois. Le programme, évidemment, est tenu secret. On ne sait même pas pourquoi cette rencontre a lieu à Nice et non à Paris.
La veille, le président français avait organisé une réunion sur les menaces terroristes et a reçu un rapport de Jean-Marie Bockel sur la prévention de la délinquance juvénile. Il y a 3 mois, le secrétaire d'Etat à la Justice justifiait que cette mission était le volet préventif du discours ultra-sécuritaire de Grenoble. A lire ses recommandations au fil des 94 pages du rapport, on tombe des nues. Bockel enfonce des portes ouvertes (« Replacer le père ou le tiers au cœur de l’autorité », « Mieux ouvrir l’école aux familles pour leur intégration », etc) ou reprend quelques propositions UMPistes polémiques et toujours sécuritaire comme la détection des troubles du comportement chez les enfants de 3 ans. Contradiction ou erreur d'aiguillage ?
En coulisses, Sarkozy passe du temps à peaufiner son casting pour le prochain remaniement gouvernemental. Borloo se fait chahuter par des députés UMP. On a beau répéter que les ministres, y compris le premier d'entre eux, ne sont que des marionnettes exécutantes, on nous entretient longueur d'articles et de commentaires un faux suspense. Le remaniement est une mauvaise sitcom.
Le cabinet noir
D'ailleurs, Dominique de Villepin sort un livre sur ... Nicolas Sarkozy. Un brûlot, à en croire les bonnes feuilles publiées par l'Express, contre les excès du premier président Bling Bling de la Vème République. Dans son « Esprit de cour », l'ancien premier ministre livre une charge au vitriol contre la monarchie sarkozyenne, dénonçant son Roi et « une cour invraisemblable de perroquets apeurés ». « Nicolas Sarkozy a d'abord dévalorisé la présidence en la surexposant médiatiquement. Il l'a également rabaissée par ses dérapages verbaux, sur lesquels je ne m'appesantirai pas, pas plus que sur l'étalage de sa vie privée, justement parce qu'elle doit rester privée. » Ces constats en rejoignent d'autres, mais Villepin les sert de sa plume acérée: « l'hyperprésidence a poussé au paroxysme les pratiques de cour. A défaut de réellement réformer, Nicolas Sarkozy s'est replié sur son pouvoir symbolique, croyant que plus une cour est voyante, plus le pouvoir de son prince doit être grand. » La critique est globale : l'abus des nominations présidentielles, nominations ou déchéances autoritaires, climat détestable qui nuit à l'efficacité gouvernementale, doublement de sa rémunération, exposition de sa vie privée, « multiplication de saillies intempestives », etc.
Un pouvoir personnel et quasi-monarchique se juge aussi à l'aune de sa police. Or justement, le même jour, Claude Angeli du Canard Enchaîné dénonçait les pratiques d'espionnage de journalistes qui seraient en vigueur à l'Elysée. Selon le journaliste, « depuis le début de l’année, au moins, dès qu’un journaliste se livre à une enquête gênante pour lui ou pour les siens, Sarkozy demande à Bernard Squarcini, [directeur de la DCRI] de s’intéresser à cet effronté. En clair, de le mettre sous surveillance, de recenser ses relations et, surtout, ses informateurs.» Le journaliste précise qu'une cellule spéciale, un « groupe monté à cet effet au sein de la DCRI », est en charge de ce sale boulot qui débute quasi-systématiquement par l'étude des factures détaillées des téléphones fixes et mobiles des journalistes visés. Il ajoute que Sarkozy « supervise » personnellement ces opérations.
A l'Elysée, on critique ces accusations jugées « totalement farfelues ». Le porte-parole Luc Chatel parle d'« allégations grotesques ». Au Canard, on n'apporte aucune preuve, si ce n'est des témoignages anonymes de subordonnés de Bernard Squarcini. Ailleurs, on s'interroge : ces travaux déplairaient au patron du renseignement intérieur. Les faire dévoiler par l'hebdomadaire satirique est une manière de faire passer le message ... à l'Elysée. Mercredi après-midi, le patron du Canard enfonce le clou : « Ecoutez, l'Elysée peut dire ce qu'il veut, les sources du Canard sont bonnes et on ne se lance pas avec un titre comme ça sans biscuit. » Quoiqu'il en soit, la défense présidentielle est un peu courte. Ce « cabinet noir » n'est pas sans rappeler l'affaire des sondages de l'Elysée, dévoilée par la Cour des Comptes en 2009 : des centaines de sondages politiques étaient commandés et financés par l'Elysée, publiés par quelques médias complaisants sans que le financement élyséen ne soit jamais mentionné. Qui dit mieux ? L'association Anticor qui avait porté plainte pour favoritisme - les dits sondages avaient été commandés sans appel d'offres - vient d'être déboutée : le parquet de Paris vient de classer l'affaire sans suite au motif que seul le Président de la République était le réel commanditaire des dits sondages et qu'institutionnellement ... il ne peut être accusé ni jugé.
Le 1er juillet 2008, la Direction Centrale du Renseignement Intérieur était créée, fusionnant la DST et les Renseignements Généraux. Nicolas Sarkozy défendait ce rapprochement expresse et forcé comme une modernisation nécessaire du renseignement français à l'aune des nouvelles menaces, notamment terroristes. Il évacuait bien rapidement le rattachement directement à son autorité de la nouvelle DCRI.
Depuis, la DCRI a été plusieurs fois critiquée : elle est intervenue pour identifier la source des rumeurs d'infidélité conjugale au sein du couple présidentiel en février dernier ; elle a espionné un journaliste du Monde, Gérard Davet, à deux reprises au moins, dans l'affaire Woerth/Bettencourt. En septembre 2009, elle a été surprise filant Dominique de Villepin, au début du (premier) procès Clearstream. En mars 2009, elle a enquêté sur un lycéen blogueur. Parallèlement, les violences de Grenoble ou en marge des manifestations contre la réforme des retraites ont été mises sur le compte de la désorganisation des Renseignements Généraux. Le patron des ex-RG a d'ailleurs démissionné voici 15 jours en plein mouvement social.
Députés de tous ou avocats de certains ?
Le lobbying fait peur, à juste titre. L'absence d'encadrement et de transparence alimente rumeurs et soupçons. En Sarkofrance, le sujet est au coeur des débats sur les conflits d'intérêts, que Nicolas sarkozy a promis d'encadrer via les travaux d'une commission qu'il a installé en septembre dernier. Seulement, le périmètre de cette mission est étroit (les parlementaires en sont exclus), et aucune promesse de législation n'a été faite sur le sujet. A l'inverse, trois projets de loi sur le sujet, déposés par l'opposition, ont été rapidement rejetés mi-octobre par les députés UMP, Xavier Bertrand en tête.
Une trentaine de députés, majoritairement à l'UMP, sont avocats. Et l'un d'entre eux s'apprête à prendre les rênes du parti présidentiel. Jean-François Copé, maire de Meaux, député et président du groupe UMP à l'Assemblée, a rejoint le cabinet Gide-Lorette en 2007 pour arrondir ses fins de mois. Attaqué par Martin Hirsch, l'ancien Haut Commissaire aux Solidarités Actives, dans un ouvrage sur le conflit d'intérêt publié le mois dernier, Copé ne supporte pas qu'on doute de sa probité. Mais à l'Assemblée, lui comme son groupe a systématiquement rejeté les propositions de lois relatives à l'encadrement des conflits d'intérêts et la transparence financière de la vie politique.
Jean-François Copé n'est pas un cas isolé. En marge de l'affaire Woerth/Bettencourt, le rôle de certains membres du cabinet Woerth a pu choquer : son jeune directeur de cabinet Sébastien Proto a des relations amicales et intimes avec quelques nouveaux notables du pari en ligne. Ce qui ne l'a pas empêché de se saisir du dossier, quand il travaillait au ministère du Budget. Autre cas exemplaire, Eric de Sérigny cumule les fonctions de conseiller bénévole auprès d'Eric Woerth et consultant en restructuration et finances chez Athema qui conseillait... Molex.
Vendredi dernier, le quotidien Libération s'inquiétait plus largement sur l'influence des lobbies dans les travaux parlementaires. Et rappelait le rôle de Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, éphémère député pendant la suppléance d'André Santini de 2007 à 2009. Son influence est connue depuis longtemps. L'homme, si prompt à donner des leçons tous azimuts, a conservé des liens avec son ancienne profession. Alors qu'il était déjà conseiller de Nicolas Sarkoy au ministère de l'intérieur, il participait à trois sociétés de lobbying dont il était actionnnaire. Libération rapporte que la situation a peu changé : de 2007 à 2009, Frédéric Lefebvre a conservé le contrôle de Domaines Publics, une société révélée au grand public par un reportage de l'émission d'investigation de Canal+, en 2006. En 2009, le chiffre d'affaires annoncé était de 3,64 millions d'euros. Les deux co-présidents de la société sont actuellement Jean-Michel Arnaud, par ailleurs patron de Metro France, et Steven Zunz, ancien assistant parlementaire du député UMP Christian Estrosi. Le directeur général est toujours Stéphan Desnoyes, proche de Frédéric Lefebvre avec lequel Lefebvre et Zunz ont créé Pic Conseil en 1996. Le même Desnoyes travaille également à Enjeux Publics, une autre société de lobbying (« vous accompagner et vous assister dans l'ensemble de vos relations avec les pouvoirs publics, locaux, nationaux, européens » promet leur site).
En 2008, Frédéric Lefebvre avait touché quelques 200 000 euros de dividendes au titre de ses 51% du capital de PIC CONSEIL. A l'époque, Frédéric Lefebvre avait expliqué que PIC CONSEIL n'avait plus d'activité de lobbying. Il avait aussi attendu deux années pour fermer, en avril 2009 seulement, sa propre société de lobbying (« Frédéric Lefebvre Conseil »). Pourtant, en 2009/2010 (l'exercice fiscal de la société se clôturant à fin mars), il semble bien que PIC CONSEIL ait à nouveau généreusement distribué les 200 000 euros de bénéfice net de l'année : malgré ce bénéfice, les capitaux propres de la société sont restés stables, à 1,09 million d'euros, ce qui signifie qu'il y a bien eu distribution de dividendes. En d'autres termes, Frédéric Lefebvre, à l'époque député, a touché des dividendes d'une société de lobbying...
Le lobbying n'est qu'un volet des affaires de conflits d'intérêts si visibles en Sarkofrance. La nomination d'un François Pérol, conseiller économique de Nicolas Sarkozy propulsé à la tête des Banques Populaires et des Caisses d'Epargne fin 2008 alors qu'il traitait justement des affaires bancaires est un exemple. Les affaires Woerth/Bettencourt ou Wildenstein en sont d'autres : confusion des fonctions de trésorier de l'Ump et de ministre du budget ou fraude fiscale jamais contrôlée de gros donateur du parti, les frontières sont poreuses entre le service d'un clan et la conduite des affaires de la nation.
Ami sarkozyste, où es-tu ?
mercredi 3 novembre 2010
Sarkozy joue la diversion militariste à Londres... contre l'UMP et l'Europe
Depuis mardi 2 novembre, les députés planchent sur le volet dépenses du projet de loi de finances pour 2011. Des voix, surtout à droite, se font entendre pour critiquer la faible ampleur des mesures d'économies avancées par le gouvernement. Nicolas Sarkozy, lui, était à Londres. Son homologue David Cameron vient de lancer une gigantesque cure d'austérité, comme les Britanniques n'en ont jamais connu depuis cinquante ans. L'exemple anglais n'est pas fameux pour le président français. Il y a trois ans, Sarkozy ne tarissait pas d'éloges sur la réussite outre Manche...
Diversion militariste...
« Accord historique » (Le Parisien), « coopération franco-britannique renforcée » (NouvelObs.fr), « défense commune » (Le Figaro)...
A Londres, Nicolas Sarkozy ne voulait surtout pas parler comptes publics. La preuve, il a annoncé la signature ... d'un traité de défense avec le Royaume Uni. La démarche est complètement anachronique. Partout où il va, Sarkozy affaiblit un peu plus chaque jour l'idée européenne. A Londres, Sarkozy a enterré avec Cameron la Défense européenne. Le gouvernement anglais, d'ailleurs, ne s'en cache pas. Sarkozy, lui, masque cet échec européen jusqu'au bout : « Au moment où certains disent que l'Europe souffre d'un certain rétrécissement stratégique, nous montrons, Anglais et Français, que ce n'est pas le cas ». L'envoyée spéciale du Figaro exultait : « Ensemble et en quelques mois seulement, Nicolas Sarkozy et David Cameron ont réussi là où quinze ans d'efforts pour créer une vraie défense européenne, surtout menés par la partie française, avaient en grande partie échoué.» Quelle oraison funèbre !
Lors de sa conférence de presse commune avec Cameron, Sarkozy a loué son homologue anglais: « toutes les conditions sont réunies pour une relation absolument exceptionnelle entre la Grande-Bretagne et la France. » Les prédécesseurs Blair puis Brown apprécieront. Il y a quatre jours à peine, le même Sarkozy expliquait que ses priorités internationales étaient la régulation de la finance et des marchés de matières premières, la gouvernance économique européenne voire mondiale, à l'approche des G20 et G8 organisés par la France dans quelques mois. Son déplacement à Londres, nous expliquait-on, devait servir ces objectifs, comme la prochaine rencontre du président chinois à Nice jeudi et vendredi. Puis, sans crier gare, voici Sarkozy qui signe ... un accord de défense. Se prend-il pour le président Emile Loubet en 1904 ? Jouer à l'Entente Cordiale militaire à l'heure actuelle est furieusement anachronique, désuet voire inconscient. Sans rire, Sarkozy a lâché mardi : « On ne résoudra pas les problèmes du XXIe siècle avec les idées du XXe ».
Peut-être faut-il voir dans ce rapprochement inattendu (qui doutait d'une quelconque opposition franco-britannique en la matière ?) l'une des conséquences indirectes de la sévère cure d'austérité qui attend les armées françaises ? A Londres, le communiqué officiel est carrément pompeux : « nous sommes fiers de nos forces armées exceptionnelles et expérimentées, ainsi que de nos industries de défense performantes.» Ou encore : « nous sommes déterminés à jouer un rôle leader en matière de sécurité et de défense.» Sortez les tambours ! « Nous devons faire face ensemble à de nouveaux défis tels que la prolifération des armes de destruction massive et des missiles balistiques, le terrorisme, les cyberattaques et ceux qui pèsent sur la sécurité maritime et spatiale. » La sécurité spatiale ?? Fichtre ! Ben Laden veut-il frapper la lune ? « Nous n'envisageons aucune situation où les intérêts vitaux de l'une de nos deux Nations pourraient être menacés sans que ceux de l'autre le soient aussi.» Nous sommes rassurés. Français et Britanniques craignaient certainement un conflit frontalier à Eurotunnel !
Passé ce préambule ridicule, les deux hommes ont listé les contours de cet accord du XXième siècle :
- signer un Traité de coopération pour mettre en commun installations, hommes et équipement,
- « coopérer dans les technologies liées à la gestion des arsenaux nucléaires », avec la création de deux installations communes, l'une en France, l'autre au Royaume Uni.
- mettre en place une « Force expéditionnaire commune interarmées adaptée à toute une série de scénarios, y compris des opérations de haute intensité.» Les Anglais voudraient-ils solidifier le soutien français aux opérations, inutiles, d'Afghanistan ?
- déployer une force aéronavale d'attaque intégrée franco-britannique pour « les 30 prochaines années.»
- développer un « plan de soutien commun » pour les futures flottes d'avions de transport A400M.
- développer « ensemble des équipements et technologies pour la prochaine génération de sous-marins nucléaires »
- évaluer la mise en commun des futures moyens de communication satellitaires pour en « réduire les coûts généraux.»
En fait, cette opération était avant tout une affaire de communication : à Londres, David Cameron vient d'annoncer une réduction de 8% du budget de ses forces armées. Un conseiller de Sarkozy confirme : « la contrainte budgétaire qui pèse au Royaume-uni et en France est une puissante incitation à coopérer davantage.» Mais en France, l'attention était ailleurs. cette distraction britannique intéressait peu. Les députés examinent le volet dépenses du budget 2001. Certains à l'UMP critiquent la faiblesse des mesures d'économies. Sarkozy ne voulait pas laisser les commentateurs s'attarder sur une comparaison des mesures britanniques et françaises en la matière.
... pour calmer les ardeurs UMPistes
Effectivement, le discours officiel est peu clair, comme si Nicolas Sarkozy et ses proches se refusaient à dévoiler la réalité. François Baroin, ministre du budget, comme Christine Lagarde, ministre de l'économie, insistent lourdement, depuis la première présentation du projet de loi de finances fin septembre, sur des mesures qui sont finalement plus symboliques qu'efficaces : la réduction du nombre de fonctionnaires et du « train de vie » de l'Etat ne « rapportent » quasiment rien. On sait aussi que la spectaculaire diminution du déficit budgétaire en 2011 tient surtout à la non-reconduction de dépenses de relance et des investissements relatifs au Grand Emprunt (50 milliards d'euros d'économies). On sait enfin que le coup de rabot sur les niches fiscal reste modeste (une douzaine de milliards d'euros, sur la centaine attendus pour atteindre les objectifs de déficits en 2013. La question demeure : qui va donc payer le redressement des comptes publics ?
A l'Assemblée, la droite s'agace donc contre une rigueur qu'elle ne voit pas venir. Faut-il s'attendre à pire ?
Dans ses documents de présentation du budget 2011, le gouvernement insiste d'abord sur la réduction du nombre de fonctionnaires : le plafond d'emplois dans la fonction publique pour l'an prochain est fixé à 1 975 023 « équivalents temps plein travaillés » (ETPT), contre 2 019 798 en 2010. La baisse de 44 775 postes provient de 12 746 suppressions de postes issues du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite en 2011 (sur 31 638 suppressions au total en 2011, compte tenu de l'étalement des départs dans l'année), 17 650 suppressions de postes décidées en 2010, 34 175 postes transférés hors du périmètre de l'Etat (principalement vers des établissements d’enseignement supérieur devenus autonomes à compter du 1er janvier 2011 pour 28 561 ETPT, et les agences régionales de santé (ARS) en cours de gestion 2010 pour 3 616 ETPT); et une augmentation de 19 796 ETPT liés à une meilleure évaluation « technique » des effectifs réels (notamment au sein du ministère de l'Education nationale).
Le projet de budget précise que « la poursuite de l’application du principe de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite s’accompagnera d’un retour aux agents de l’État de la moitié des économies induites par le non remplacement des départs à la retraite, sous la forme de mesures catégorielles permettant de moderniser et de revaloriser les métiers et carrières des agents de la fonction publique de l’État. » On peine à comprendre comment cette déclaration de principe se concilie avec l'absence de revalorisation du point fonction publique en 2011... Le gouvernement précise que la garantie individuelle de pouvoir d’achat «sera mise en œuvre sous la forme d’un examen de la situation individuelle de l’ensemble des agents titulaires de l’État » (cf. page 17 du dossier de presse).
Mais surtout, cette réduction du nombre de fonctionnaires ne génèrera que 200 millions d'euros d'économies en 2011, l'essentiel des 810 millions d'économies brutes étant absorbées par (1) la rétrocession de 50% des économies aux revalorisations salariales, et (2) certains mécanismes d'ajustement de salaires quasi-automatique. Le budget présenté contient deux provisions inattendues relatives à la masse salariale des agents publics: la première, sobrement intitulée « Provision relative aux rémunérations publiques » s'élève à 59 millions d'euros. La seconde, baptisée « Dépenses accidentelles et imprévisibles », s'élève à 200 millions d'euros. La loi de finances 2010 ne prévoyait que 75 millions d'euros pour l'ensemble. Le gouvernement reconnaît d'ailleurs que les réformes de retraite (2003 puis 2010) ont pour effet de retarder les départs à la retraite, et donc l'effet de ces mesures.
Le second volet d'économies avancé par le gouvernement était la réduction de 5% les dépenses de fonctionnement de l'Etat. Dans son document de présentation, le gouvernement avançait trois mesures symboliques : la diminution des surfaces occupées (à 12 mètres carrés par agent en moyen) et du coût immobilier de l'Etat ainsi que chez les opérateurs (500 000 m2 en moins entre 2010 et 2012 ; 10 millions d’euros de loyers économisés auprès de bailleurs privés; 400 millions d'euros de cessions de patrimoine), la rationalisation du parc automobile public et des logements de fonction (-7000 logements en 2011), et la rationalisation des achats des administrations.
Là encore, il semblerait que le gouvernement ait ... triché : le député UMP Gilles Carrez, dans son rapport sur le budget, reste sévère : « L’assiette de dépenses retenue par le projet de loi de finances pour 2011 pour procéder à une réfaction de 5 % se révèle très inférieure à celle retenue lors des projections réalisées pour le débat d’orientation des finances publiques.» Des 42 milliards d'euros de fonctionnement prévus au budget 2010, le gouvernement a exclu les subventions aux opérateurs (24 milliards) et le budget de la Défense (8 milliards). Restent donc 5% d'économies sur une dizaine de milliards d'euros, soit 500 millions. Mais, le rapporteur note que la prochaine organisation des G8 et G20 par la France et « les engagements pris sur la mission Justice » génèrent 400 millions de surcoût. Ne restent donc que 100 millions d'euros d'économies nettes sur ce chapitre... Auxquels s'ajoutent 100 autres millions pris sur les crédit d'entretien routier du ministère du développement durable. « au total,» note Carrez, « les crédits de fonctionnement sur le champ considéré ne sont en diminution que de 200 millions d’euros entre la loi de finances initiale pour 2010 et le projet de loi de finances 2011.»
La troisième piste d'économies avancée par le gouvernement est la diminution des dépenses d'intervention, en d'autres termes les aides publiques et sociales : l'objectif brut est de 3,7 milliards d'euros
400 millions d'euros seront pris sur les dépenses dites de guichet (i.e. versées automatiquement aux bénéficiaires dès lors que ces derniers remplissent les critères), sur un total de 38 milliards d'euros. Compte tenu des indexations et « de l’effet report en 2011 des seules prestations de guichet versées par l’État dont les revalorisations liées à l’inflation sont automatiques » qui pèsent pour 1,1 milliards d'euros, le gouvernement s'oblige à réduire de 1,5 milliards d'euros les aides suivantes :
- Suppression de l'exonération de l'avantage en nature des repas des salariés de l'hôtellerie/restauration (121 millions d'euros)
- Limitation aux structures de moins de 10 employés de l'exonération des organismes d’intérêt général dans les Zones de Revitalisation Rurale (110 millions)
- Suppression de l'exonération de 15 points des particuliers employeurs (440 millions)
- Suppression des exonérations de cotisations sociales applicables au contrat initiative emploi (9 millions)
- Réduction des exonérations de cotisations sociales accordées aux jeunes entreprises innovantes (57 millions)
- Suppression de l'exonération de la part salariale des cotisations sociales pour les salariés de moins de 26 ans, saisonniers agricoles (3 millions)
- Alignement de l'intéressement spécifique de l’allocation de solidarité spécifique (ASS) sur celui du RSA (48 millions)
- Report de la date d'ouverture des droits de l'Allocation personnelle d’aides au logement (120 millions)
- Réduction de la contribution en faveur du fonds national au logement (86 millions)
- Réduction de la subvention versée au Fond national de solidarité active (200 millions)
- Réduction de la subvention au Fonds de solidarité (200 millions)
- Diminution « spontanée » des prestations aux anciens combattants (100 millions)
200 autres millions seront pris sur les dépenses d'intervention hors guichet, c'est-à-dire les aides discrétionnaires, sur un total de 21 milliards d'euros: 700 millions d'économies ou transferts, moins 500 millions d'effet d'années antérieures. Le gouvernement table en particulier sur une baisse du nombre de contrats aidés, de 400 000 en 2010 à 340 000 en 2011, puis 270 000 en 2012 et 200 000 en 2013. Laurent Wauquiez, le secrétaire d'Etat à l'Emploi doit être ravi. Pour le reste, il s'agit de transferts vers les opérateurs ou les collectivités locales et non d'économies à proprement parler.
Au final, le rapporteur UMP s'agace, trépigne et critique cette « réduction des dépenses de fonctionnement sans véritable envergure » et celle « des dépenses d’intervention à démontrer.» Nicolas Sarkozy a rechigné à écorner significativement les niches fiscales et remettre à plat la structure de l'imposition en France: « Entre 2000 et 2009, le budget général de l’État a perdu 100 milliards d’euros de recettes fiscales, deux tiers étant dus aux baisses d’impôts et un tiers aux transferts de ressources à la sécurité sociale en guise de compensation d’allègements de charges » note le rapporteur Carrez dès son premier chapitre.
Il est inquiet pour sa réélection. Ses prévisions de réduction de coûts frappent tous azimuts mais ... sans envergure. Les députés UMP auront-ils la main lourde ?
A Londres, Sarkozy pouvait bien jouer sur l'un de ses domaines présidentiels réservés, la défense, l'affaire ne faisait pas illusion. Il est plus facile de signer un accord de coopération militaire et nucléaire que de réformer la gouvernance mondiale ou redresser les comptes publics.
Ami sarkozyste, es-tu satisfait ?
Diversion militariste...
« Accord historique » (Le Parisien), « coopération franco-britannique renforcée » (NouvelObs.fr), « défense commune » (Le Figaro)...
A Londres, Nicolas Sarkozy ne voulait surtout pas parler comptes publics. La preuve, il a annoncé la signature ... d'un traité de défense avec le Royaume Uni. La démarche est complètement anachronique. Partout où il va, Sarkozy affaiblit un peu plus chaque jour l'idée européenne. A Londres, Sarkozy a enterré avec Cameron la Défense européenne. Le gouvernement anglais, d'ailleurs, ne s'en cache pas. Sarkozy, lui, masque cet échec européen jusqu'au bout : « Au moment où certains disent que l'Europe souffre d'un certain rétrécissement stratégique, nous montrons, Anglais et Français, que ce n'est pas le cas ». L'envoyée spéciale du Figaro exultait : « Ensemble et en quelques mois seulement, Nicolas Sarkozy et David Cameron ont réussi là où quinze ans d'efforts pour créer une vraie défense européenne, surtout menés par la partie française, avaient en grande partie échoué.» Quelle oraison funèbre !
Lors de sa conférence de presse commune avec Cameron, Sarkozy a loué son homologue anglais: « toutes les conditions sont réunies pour une relation absolument exceptionnelle entre la Grande-Bretagne et la France. » Les prédécesseurs Blair puis Brown apprécieront. Il y a quatre jours à peine, le même Sarkozy expliquait que ses priorités internationales étaient la régulation de la finance et des marchés de matières premières, la gouvernance économique européenne voire mondiale, à l'approche des G20 et G8 organisés par la France dans quelques mois. Son déplacement à Londres, nous expliquait-on, devait servir ces objectifs, comme la prochaine rencontre du président chinois à Nice jeudi et vendredi. Puis, sans crier gare, voici Sarkozy qui signe ... un accord de défense. Se prend-il pour le président Emile Loubet en 1904 ? Jouer à l'Entente Cordiale militaire à l'heure actuelle est furieusement anachronique, désuet voire inconscient. Sans rire, Sarkozy a lâché mardi : « On ne résoudra pas les problèmes du XXIe siècle avec les idées du XXe ».
Peut-être faut-il voir dans ce rapprochement inattendu (qui doutait d'une quelconque opposition franco-britannique en la matière ?) l'une des conséquences indirectes de la sévère cure d'austérité qui attend les armées françaises ? A Londres, le communiqué officiel est carrément pompeux : « nous sommes fiers de nos forces armées exceptionnelles et expérimentées, ainsi que de nos industries de défense performantes.» Ou encore : « nous sommes déterminés à jouer un rôle leader en matière de sécurité et de défense.» Sortez les tambours ! « Nous devons faire face ensemble à de nouveaux défis tels que la prolifération des armes de destruction massive et des missiles balistiques, le terrorisme, les cyberattaques et ceux qui pèsent sur la sécurité maritime et spatiale. » La sécurité spatiale ?? Fichtre ! Ben Laden veut-il frapper la lune ? « Nous n'envisageons aucune situation où les intérêts vitaux de l'une de nos deux Nations pourraient être menacés sans que ceux de l'autre le soient aussi.» Nous sommes rassurés. Français et Britanniques craignaient certainement un conflit frontalier à Eurotunnel !
Passé ce préambule ridicule, les deux hommes ont listé les contours de cet accord du XXième siècle :
- signer un Traité de coopération pour mettre en commun installations, hommes et équipement,
- « coopérer dans les technologies liées à la gestion des arsenaux nucléaires », avec la création de deux installations communes, l'une en France, l'autre au Royaume Uni.
- mettre en place une « Force expéditionnaire commune interarmées adaptée à toute une série de scénarios, y compris des opérations de haute intensité.» Les Anglais voudraient-ils solidifier le soutien français aux opérations, inutiles, d'Afghanistan ?
- déployer une force aéronavale d'attaque intégrée franco-britannique pour « les 30 prochaines années.»
- développer un « plan de soutien commun » pour les futures flottes d'avions de transport A400M.
- développer « ensemble des équipements et technologies pour la prochaine génération de sous-marins nucléaires »
- évaluer la mise en commun des futures moyens de communication satellitaires pour en « réduire les coûts généraux.»
En fait, cette opération était avant tout une affaire de communication : à Londres, David Cameron vient d'annoncer une réduction de 8% du budget de ses forces armées. Un conseiller de Sarkozy confirme : « la contrainte budgétaire qui pèse au Royaume-uni et en France est une puissante incitation à coopérer davantage.» Mais en France, l'attention était ailleurs. cette distraction britannique intéressait peu. Les députés examinent le volet dépenses du budget 2001. Certains à l'UMP critiquent la faiblesse des mesures d'économies. Sarkozy ne voulait pas laisser les commentateurs s'attarder sur une comparaison des mesures britanniques et françaises en la matière.
... pour calmer les ardeurs UMPistes
Effectivement, le discours officiel est peu clair, comme si Nicolas Sarkozy et ses proches se refusaient à dévoiler la réalité. François Baroin, ministre du budget, comme Christine Lagarde, ministre de l'économie, insistent lourdement, depuis la première présentation du projet de loi de finances fin septembre, sur des mesures qui sont finalement plus symboliques qu'efficaces : la réduction du nombre de fonctionnaires et du « train de vie » de l'Etat ne « rapportent » quasiment rien. On sait aussi que la spectaculaire diminution du déficit budgétaire en 2011 tient surtout à la non-reconduction de dépenses de relance et des investissements relatifs au Grand Emprunt (50 milliards d'euros d'économies). On sait enfin que le coup de rabot sur les niches fiscal reste modeste (une douzaine de milliards d'euros, sur la centaine attendus pour atteindre les objectifs de déficits en 2013. La question demeure : qui va donc payer le redressement des comptes publics ?
A l'Assemblée, la droite s'agace donc contre une rigueur qu'elle ne voit pas venir. Faut-il s'attendre à pire ?
Dans ses documents de présentation du budget 2011, le gouvernement insiste d'abord sur la réduction du nombre de fonctionnaires : le plafond d'emplois dans la fonction publique pour l'an prochain est fixé à 1 975 023 « équivalents temps plein travaillés » (ETPT), contre 2 019 798 en 2010. La baisse de 44 775 postes provient de 12 746 suppressions de postes issues du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite en 2011 (sur 31 638 suppressions au total en 2011, compte tenu de l'étalement des départs dans l'année), 17 650 suppressions de postes décidées en 2010, 34 175 postes transférés hors du périmètre de l'Etat (principalement vers des établissements d’enseignement supérieur devenus autonomes à compter du 1er janvier 2011 pour 28 561 ETPT, et les agences régionales de santé (ARS) en cours de gestion 2010 pour 3 616 ETPT); et une augmentation de 19 796 ETPT liés à une meilleure évaluation « technique » des effectifs réels (notamment au sein du ministère de l'Education nationale).
Le projet de budget précise que « la poursuite de l’application du principe de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite s’accompagnera d’un retour aux agents de l’État de la moitié des économies induites par le non remplacement des départs à la retraite, sous la forme de mesures catégorielles permettant de moderniser et de revaloriser les métiers et carrières des agents de la fonction publique de l’État. » On peine à comprendre comment cette déclaration de principe se concilie avec l'absence de revalorisation du point fonction publique en 2011... Le gouvernement précise que la garantie individuelle de pouvoir d’achat «sera mise en œuvre sous la forme d’un examen de la situation individuelle de l’ensemble des agents titulaires de l’État » (cf. page 17 du dossier de presse).
Mais surtout, cette réduction du nombre de fonctionnaires ne génèrera que 200 millions d'euros d'économies en 2011, l'essentiel des 810 millions d'économies brutes étant absorbées par (1) la rétrocession de 50% des économies aux revalorisations salariales, et (2) certains mécanismes d'ajustement de salaires quasi-automatique. Le budget présenté contient deux provisions inattendues relatives à la masse salariale des agents publics: la première, sobrement intitulée « Provision relative aux rémunérations publiques » s'élève à 59 millions d'euros. La seconde, baptisée « Dépenses accidentelles et imprévisibles », s'élève à 200 millions d'euros. La loi de finances 2010 ne prévoyait que 75 millions d'euros pour l'ensemble. Le gouvernement reconnaît d'ailleurs que les réformes de retraite (2003 puis 2010) ont pour effet de retarder les départs à la retraite, et donc l'effet de ces mesures.
Le second volet d'économies avancé par le gouvernement était la réduction de 5% les dépenses de fonctionnement de l'Etat. Dans son document de présentation, le gouvernement avançait trois mesures symboliques : la diminution des surfaces occupées (à 12 mètres carrés par agent en moyen) et du coût immobilier de l'Etat ainsi que chez les opérateurs (500 000 m2 en moins entre 2010 et 2012 ; 10 millions d’euros de loyers économisés auprès de bailleurs privés; 400 millions d'euros de cessions de patrimoine), la rationalisation du parc automobile public et des logements de fonction (-7000 logements en 2011), et la rationalisation des achats des administrations.
Là encore, il semblerait que le gouvernement ait ... triché : le député UMP Gilles Carrez, dans son rapport sur le budget, reste sévère : « L’assiette de dépenses retenue par le projet de loi de finances pour 2011 pour procéder à une réfaction de 5 % se révèle très inférieure à celle retenue lors des projections réalisées pour le débat d’orientation des finances publiques.» Des 42 milliards d'euros de fonctionnement prévus au budget 2010, le gouvernement a exclu les subventions aux opérateurs (24 milliards) et le budget de la Défense (8 milliards). Restent donc 5% d'économies sur une dizaine de milliards d'euros, soit 500 millions. Mais, le rapporteur note que la prochaine organisation des G8 et G20 par la France et « les engagements pris sur la mission Justice » génèrent 400 millions de surcoût. Ne restent donc que 100 millions d'euros d'économies nettes sur ce chapitre... Auxquels s'ajoutent 100 autres millions pris sur les crédit d'entretien routier du ministère du développement durable. « au total,» note Carrez, « les crédits de fonctionnement sur le champ considéré ne sont en diminution que de 200 millions d’euros entre la loi de finances initiale pour 2010 et le projet de loi de finances 2011.»
La troisième piste d'économies avancée par le gouvernement est la diminution des dépenses d'intervention, en d'autres termes les aides publiques et sociales : l'objectif brut est de 3,7 milliards d'euros
400 millions d'euros seront pris sur les dépenses dites de guichet (i.e. versées automatiquement aux bénéficiaires dès lors que ces derniers remplissent les critères), sur un total de 38 milliards d'euros. Compte tenu des indexations et « de l’effet report en 2011 des seules prestations de guichet versées par l’État dont les revalorisations liées à l’inflation sont automatiques » qui pèsent pour 1,1 milliards d'euros, le gouvernement s'oblige à réduire de 1,5 milliards d'euros les aides suivantes :
- Suppression de l'exonération de l'avantage en nature des repas des salariés de l'hôtellerie/restauration (121 millions d'euros)
- Limitation aux structures de moins de 10 employés de l'exonération des organismes d’intérêt général dans les Zones de Revitalisation Rurale (110 millions)
- Suppression de l'exonération de 15 points des particuliers employeurs (440 millions)
- Suppression des exonérations de cotisations sociales applicables au contrat initiative emploi (9 millions)
- Réduction des exonérations de cotisations sociales accordées aux jeunes entreprises innovantes (57 millions)
- Suppression de l'exonération de la part salariale des cotisations sociales pour les salariés de moins de 26 ans, saisonniers agricoles (3 millions)
- Alignement de l'intéressement spécifique de l’allocation de solidarité spécifique (ASS) sur celui du RSA (48 millions)
- Report de la date d'ouverture des droits de l'Allocation personnelle d’aides au logement (120 millions)
- Réduction de la contribution en faveur du fonds national au logement (86 millions)
- Réduction de la subvention versée au Fond national de solidarité active (200 millions)
- Réduction de la subvention au Fonds de solidarité (200 millions)
- Diminution « spontanée » des prestations aux anciens combattants (100 millions)
200 autres millions seront pris sur les dépenses d'intervention hors guichet, c'est-à-dire les aides discrétionnaires, sur un total de 21 milliards d'euros: 700 millions d'économies ou transferts, moins 500 millions d'effet d'années antérieures. Le gouvernement table en particulier sur une baisse du nombre de contrats aidés, de 400 000 en 2010 à 340 000 en 2011, puis 270 000 en 2012 et 200 000 en 2013. Laurent Wauquiez, le secrétaire d'Etat à l'Emploi doit être ravi. Pour le reste, il s'agit de transferts vers les opérateurs ou les collectivités locales et non d'économies à proprement parler.
Au final, le rapporteur UMP s'agace, trépigne et critique cette « réduction des dépenses de fonctionnement sans véritable envergure » et celle « des dépenses d’intervention à démontrer.» Nicolas Sarkozy a rechigné à écorner significativement les niches fiscales et remettre à plat la structure de l'imposition en France: « Entre 2000 et 2009, le budget général de l’État a perdu 100 milliards d’euros de recettes fiscales, deux tiers étant dus aux baisses d’impôts et un tiers aux transferts de ressources à la sécurité sociale en guise de compensation d’allègements de charges » note le rapporteur Carrez dès son premier chapitre.
Il est inquiet pour sa réélection. Ses prévisions de réduction de coûts frappent tous azimuts mais ... sans envergure. Les députés UMP auront-ils la main lourde ?
A Londres, Sarkozy pouvait bien jouer sur l'un de ses domaines présidentiels réservés, la défense, l'affaire ne faisait pas illusion. Il est plus facile de signer un accord de coopération militaire et nucléaire que de réformer la gouvernance mondiale ou redresser les comptes publics.
Ami sarkozyste, es-tu satisfait ?
mardi 2 novembre 2010
Sarkozy veut jouer au monarque social... plus tard.
Nicolas Sarkozy a un agenda international « chargé ». C'est pour cela qu'il ne peut pas s'occuper de ses concitoyens, traiter l'inquiétude sociale, remanier aussi vite qu'il le voudrait le gouvernement. Il lui faut du temps. Comprenez-le. Jean-Louis Borloo, pressenti favori pour succéder au poste inutile de premier ministre, nous explique également qu'il a autre chose à faire que de commenter l'impatience médiatique sur le remaniement. En coulisses, il ne pense qu'à cela, mais chut !
Sarko se barre....
Nicolas Sarkozy a échappé à un attentat. Selon la police grecque, un colis piégé intercepté le 1er novembre u siège d'une société de courrier à Athènes était destiné à Nicolas Sarkozy. En Turquie, un attentat a fait 22 blessés. Le gouvernement l'a attribué au PPK, qui a démenti. Aux Etats-Unis, deux colis piégés ont été également interceptés en provenance du Yémen. Après le message d'Oussama Ben Laden, authentifié jeudi dernier, contre la France, la menace terroriste se précise-t-elle ? L'occasion était trop belle. Vendredi déjà, Sarkozy s'était fendu d'un « la France ne se laisse pas dicter sa politique par des terroristes.» Dimanche à Paris, son porte-parole en a rajouté : « Les événements de ces dernières heures montrent la réalité de la menace terroriste », a déclaré Luc Chatel sur France 5. « Il y a moins d'un mois, on accusait le gouvernement presque d'en faire trop sur ce terrain. Malheureusement, le gouvernement avait raison.» Le reproche fait au gouvernement à l'époque était de médiatiser la menace terroriste avant que celle-ci de ne matérialise.
L'actualité internationale ne se résume pas à cela. Sarkozy nous l'a bien fait comprendre, vendredi à Bruxelles, lors de sa courte conférence de presse à l'issue du Conseil européen: il a un agenda international « extrêmement chargé », si chargé qu'il ne faut pas l'agacer à lui demander d'agir en France. Le remaniement attendra, les réformes sociales (lesquelles ?) également.
Lundi 1er novembre, Toussaint oblige, il était ... en congés. Mais mardi, il file à Londres, pour un sommet Franco-britannique. Le président prépare son futur G20 comme un écolier sa rentrée des classes : après Angela Merkel à Deauville, voici David Cameron à Londres, puis le président chinois Hu Jintao à Nice jeudi et vendredi.
Borloo s'y croit
Borloo « soigne son profil social. » Dans la presse, mais dans la presse uniquement, on n'en finit pas de commenter ce futur, prochain, probable remaniement. De multiples conseillers dans l'ombre détaillent à l'envie les avantages des candidats potentiels, annoncent que l'action du prochain gouvernement sera sociale. Vraiment ?
Interrogé par Anne-Sophie Lapix dans Dimanche+ le 31 octobre, le ministre du développement durable avait surtout soigné son look : costume repassé et nouvelle coupe de cheveux (« D'abord, on dit que je suis pas bien coiffé, puis que je suis trop bien coiffé »), il voulait visiblement apparaître premier-ministrable. Mais à quoi bon ? Quelqu'un l'a-t-il prévenu que le poste est sans objet ni responsabilité depuis le 7 mai 2007 ? Nicolas Sarkozy l'a vidé de sa substance? L'équilibre des institutions est rompu. Hier responsable et contrôlé par l'Assemblée nationale, le gouvernement est aujourd'hui un ensemble de « collaborateurs » ne répondant du Monarque élu, mais institutionnellement irresponsable au nom de la séparation des pouvoirs.
Dimanche, Borloo faisait semblant d'être au-dessus de la mêlée. Les rumeurs sur le prochain gouvernement ? « C'est un débat inélégant.» L'inquiétude sociale ? « Plus il y a des crises, plus il y a un besoin de justice sociale. Il faut tendre la main aux plus fragiles. » A l'Elysée, on est content de Borloo. L'inévitable Charles Jaigu, journaliste au Figaro qui recueille toujours l'information à la meilleure source, relate ainsi combien Borloo est toujours le cheval favori de Sarkozy pour son prochain gouvernement. « Il a été bon à Marseille, il est sur tous les médias, et il fait le job » a ainsi confié un conseiller anonyme qui s'appelle Franck Louvrier. « Borloo premier ministre, cela permet de mettre en route un programme choc dans les banlieues et pour l'accession sociale à l'habitat, ou encore pour traiter avec les partenaires sociaux et le patronat la question de l'emploi des seniors. » ajoutait un autre conseiller, cette fois-ci du ministre pas candidat à la tête du gouvernement...
Social, vous avez dit social ?
La nouvelle séquence sociale qu'on nous promet depuis le fiasco des retraites ressemble avant tout une belle tartufferie. Au-delà de la réforme des retraites, il n'y a qu'à observer le comportement du camp présidentiel.
Les députés UMP ont voté un amendement de leur groupe allégeant les amendes à l'encontre des employeurs de travailleurs clandestins : la fermeture d'un établissement est désormais plafonnée à 3 mois, l'exclusion de l'entreprise des contrats publics est également plafonnée à 6 mois (contre 5 ans auparavant). Elle est comme cela l'UMP... Forte contre les faibles, faible avec les forts.
Autresaloperie injustice, les sans-papier devront payer pour bénéficier de l'aide médicale d'Etat. Cette mesure a été suggérée par Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, au printemps dernier. Actuellement, un travailleur clandestin en France depuis plus de 3 mois et disposant de moins de 634 euros de ressources mensuelles peut recevoir des soins gratuits (comme un Français). Le 28 octobre dernier, des députés UMP ont déposé un amendement au projet de financement de la Sécu fixant un forfait de 30 euros, sous la forme d'un timbre fiscal. Avec de forfait, les députés UMP espèrent ... 6 millions d'euros d'économies. Une broutille mais un symbole. La mesure est stupide. L'absence de soins est collectivement plus risquée (risque de pandémie).
Nadine Morano, secrétaire d'Etat à la Famille, a bataillé ferme à l'Assemblée, lors de l'examen du budget de la sécurité sociale 2011 (PLFSS), pour ... réduire les aides familiales : la rétroactivité de trois mois pour l'aide personnelle au logement a ainsi été supprimée pour 240 millions d'euros d'économie. Elle voulait aussi faire voter, en vain, le report du versement de la Prestation accueil du jeune enfant (Paje, quelque 178 euros mensuels) au mois suivant la naissance pour 64 millions d'économie espérés. Pour se justifier, la ministre parle de « mesures d’harmonisation », et évoque le chiffre de 100 milliards d'euros qui seraient consacrés à la politique familiale en France… L'opposition put rappeler diverses mesures antisociales du gouvernement Sarkozy : en 2008, la suppression de la majoration pour quotient familial, avec effet en 2009 ; en 2009, le report de la majoration des allocations familiales de onze à quatorze ans; en 2010, le gel des prestations familiales. Quant au montant de 100 milliards, il est difficilement vérifiable : en 2009, les dépenses de la branche famille de la Sécu étaient de 58 milliards d'euros. Elles ont été ramenées à 53 milliards en 2010, et à 55 milliards en 2011.
Globalement, le projet de budget de la Sécu, finalement adopté la semaine dernière par les députés UMP et Nouveau Centre, prévoit 300 millions d'euros d'économies via des nouveaux déremboursements prévus sur les médicaments à 30%, « à intérêt thérapeutique mesuré ». Mais ce n'est pas tout.
Au total, toutes branches confondues, le budget des différents régimes de la Sécu s'élèvera à 434 millions d'euros l'an prochain. A simple titre de comparaison, le nouvel Airbus A330 de Nicolas Sarkozy, qui effectue actuellement un tour du monde pour se roder, coûte... 176 millions d'euros, auxquels s'ajoutent la trentaine de millions d'euros d'aménagement nécessaire à l'aéroport de Vélizy-Villacoublay (Ile-de-France).
Lagarde distrait
En 2012, que restera-t-il de la mandature Sarkozy ? Ses mesures économiques sont une à une désossées : la défiscalisation des intérêts d'emprunt immobilier ? Coûteuses et inutiles ! Le bouclier fiscal ? Un boulet électoral ! La défiscalisation de l'ISF en faveur des PME ? Trop d'abus ! Ce lundi 1er novembre, le secrétaire d'Etat au Commerce et à l'Artisanat Hervé Novelli a reçu un rapport commandé à la mi-septembre sur les soldes flottantes, l'une des mesures phares de la fameuse loi de modernisation de l'économie (LME) de 2008. A l'époque, Christine Lagarde vantait les avantages de sa loi pour le pouvoir d'achat. Elle s'était pointée elle-même au BHV en avril 2009 pour inaugurer son dispositif. Mais cette mesure a faussé les repères, troublé les consommateurs, favorisé les grandes enseignes aux détriments du petit commerce.
La ministre Lagarde, elle, est passée à autre chose : son dada de la semaine est le surendettement des ménages. Neuf millions de Français sont endettés pour leur consommation, dont 778 000 en état de surendettement (+15% entre 2009), et de 44 763 euros en moyenne (+31% en un an).
Ces mesures, votées en juin, sont entrées en vigueur le 1er novembre. En fait, le dispositif gouvernemental ne lutte pas contre le surendettement mais contre ses désagréments : les ménages surendettés pourront plus facilement sortir du fameux fichier national des incidents de paiement. Christine Lagarde espère voir 120 000 familles sortir de ces statistiques, en accélérant le traitement des dossiers par la Banque de France (« la majorité des procédures de rétablissement personnel iront trois fois plus vite » expliquait la ministre au Parisien) et en réduisant la durée d'inscription dans le fichier (de dix ans à cinq ans pour les personnes qui étaient en plan de surendettement, et de huit à cinq ans pour celles en procédure de rétablissement personnel). La loi veut aussi davantage protéger les victimes de surendettement : suspension des poursuites des créanciers dès l'acceptation par la commission de surendettement, interdiction de clôture des comptes bancaires, etc...
Mais que la loi promet-elle contre les causes du surendettement ? Et bien... pas grand chose. Lors du débat parlementaire, des associations avaient critiqué la faiblesse du volet préventif, alors que le nombre de foyers surendettés ne cesse de progresser chaque année : 70.000 dossiers déposés chaque année entre 1991 et 1995, 100.000 en 1998, 140.000 en 2002, 200.000 en 2008.
Sarko se barre....
Nicolas Sarkozy a échappé à un attentat. Selon la police grecque, un colis piégé intercepté le 1er novembre u siège d'une société de courrier à Athènes était destiné à Nicolas Sarkozy. En Turquie, un attentat a fait 22 blessés. Le gouvernement l'a attribué au PPK, qui a démenti. Aux Etats-Unis, deux colis piégés ont été également interceptés en provenance du Yémen. Après le message d'Oussama Ben Laden, authentifié jeudi dernier, contre la France, la menace terroriste se précise-t-elle ? L'occasion était trop belle. Vendredi déjà, Sarkozy s'était fendu d'un « la France ne se laisse pas dicter sa politique par des terroristes.» Dimanche à Paris, son porte-parole en a rajouté : « Les événements de ces dernières heures montrent la réalité de la menace terroriste », a déclaré Luc Chatel sur France 5. « Il y a moins d'un mois, on accusait le gouvernement presque d'en faire trop sur ce terrain. Malheureusement, le gouvernement avait raison.» Le reproche fait au gouvernement à l'époque était de médiatiser la menace terroriste avant que celle-ci de ne matérialise.
L'actualité internationale ne se résume pas à cela. Sarkozy nous l'a bien fait comprendre, vendredi à Bruxelles, lors de sa courte conférence de presse à l'issue du Conseil européen: il a un agenda international « extrêmement chargé », si chargé qu'il ne faut pas l'agacer à lui demander d'agir en France. Le remaniement attendra, les réformes sociales (lesquelles ?) également.
Lundi 1er novembre, Toussaint oblige, il était ... en congés. Mais mardi, il file à Londres, pour un sommet Franco-britannique. Le président prépare son futur G20 comme un écolier sa rentrée des classes : après Angela Merkel à Deauville, voici David Cameron à Londres, puis le président chinois Hu Jintao à Nice jeudi et vendredi.
Borloo s'y croit
Borloo « soigne son profil social. » Dans la presse, mais dans la presse uniquement, on n'en finit pas de commenter ce futur, prochain, probable remaniement. De multiples conseillers dans l'ombre détaillent à l'envie les avantages des candidats potentiels, annoncent que l'action du prochain gouvernement sera sociale. Vraiment ?
Interrogé par Anne-Sophie Lapix dans Dimanche+ le 31 octobre, le ministre du développement durable avait surtout soigné son look : costume repassé et nouvelle coupe de cheveux (« D'abord, on dit que je suis pas bien coiffé, puis que je suis trop bien coiffé »), il voulait visiblement apparaître premier-ministrable. Mais à quoi bon ? Quelqu'un l'a-t-il prévenu que le poste est sans objet ni responsabilité depuis le 7 mai 2007 ? Nicolas Sarkozy l'a vidé de sa substance? L'équilibre des institutions est rompu. Hier responsable et contrôlé par l'Assemblée nationale, le gouvernement est aujourd'hui un ensemble de « collaborateurs » ne répondant du Monarque élu, mais institutionnellement irresponsable au nom de la séparation des pouvoirs.
Dimanche, Borloo faisait semblant d'être au-dessus de la mêlée. Les rumeurs sur le prochain gouvernement ? « C'est un débat inélégant.» L'inquiétude sociale ? « Plus il y a des crises, plus il y a un besoin de justice sociale. Il faut tendre la main aux plus fragiles. » A l'Elysée, on est content de Borloo. L'inévitable Charles Jaigu, journaliste au Figaro qui recueille toujours l'information à la meilleure source, relate ainsi combien Borloo est toujours le cheval favori de Sarkozy pour son prochain gouvernement. « Il a été bon à Marseille, il est sur tous les médias, et il fait le job » a ainsi confié un conseiller anonyme qui s'appelle Franck Louvrier. « Borloo premier ministre, cela permet de mettre en route un programme choc dans les banlieues et pour l'accession sociale à l'habitat, ou encore pour traiter avec les partenaires sociaux et le patronat la question de l'emploi des seniors. » ajoutait un autre conseiller, cette fois-ci du ministre pas candidat à la tête du gouvernement...
Social, vous avez dit social ?
La nouvelle séquence sociale qu'on nous promet depuis le fiasco des retraites ressemble avant tout une belle tartufferie. Au-delà de la réforme des retraites, il n'y a qu'à observer le comportement du camp présidentiel.
Les députés UMP ont voté un amendement de leur groupe allégeant les amendes à l'encontre des employeurs de travailleurs clandestins : la fermeture d'un établissement est désormais plafonnée à 3 mois, l'exclusion de l'entreprise des contrats publics est également plafonnée à 6 mois (contre 5 ans auparavant). Elle est comme cela l'UMP... Forte contre les faibles, faible avec les forts.
Autre
Nadine Morano, secrétaire d'Etat à la Famille, a bataillé ferme à l'Assemblée, lors de l'examen du budget de la sécurité sociale 2011 (PLFSS), pour ... réduire les aides familiales : la rétroactivité de trois mois pour l'aide personnelle au logement a ainsi été supprimée pour 240 millions d'euros d'économie. Elle voulait aussi faire voter, en vain, le report du versement de la Prestation accueil du jeune enfant (Paje, quelque 178 euros mensuels) au mois suivant la naissance pour 64 millions d'économie espérés. Pour se justifier, la ministre parle de « mesures d’harmonisation », et évoque le chiffre de 100 milliards d'euros qui seraient consacrés à la politique familiale en France… L'opposition put rappeler diverses mesures antisociales du gouvernement Sarkozy : en 2008, la suppression de la majoration pour quotient familial, avec effet en 2009 ; en 2009, le report de la majoration des allocations familiales de onze à quatorze ans; en 2010, le gel des prestations familiales. Quant au montant de 100 milliards, il est difficilement vérifiable : en 2009, les dépenses de la branche famille de la Sécu étaient de 58 milliards d'euros. Elles ont été ramenées à 53 milliards en 2010, et à 55 milliards en 2011.
Globalement, le projet de budget de la Sécu, finalement adopté la semaine dernière par les députés UMP et Nouveau Centre, prévoit 300 millions d'euros d'économies via des nouveaux déremboursements prévus sur les médicaments à 30%, « à intérêt thérapeutique mesuré ». Mais ce n'est pas tout.
Au total, toutes branches confondues, le budget des différents régimes de la Sécu s'élèvera à 434 millions d'euros l'an prochain. A simple titre de comparaison, le nouvel Airbus A330 de Nicolas Sarkozy, qui effectue actuellement un tour du monde pour se roder, coûte... 176 millions d'euros, auxquels s'ajoutent la trentaine de millions d'euros d'aménagement nécessaire à l'aéroport de Vélizy-Villacoublay (Ile-de-France).
Lagarde distrait
En 2012, que restera-t-il de la mandature Sarkozy ? Ses mesures économiques sont une à une désossées : la défiscalisation des intérêts d'emprunt immobilier ? Coûteuses et inutiles ! Le bouclier fiscal ? Un boulet électoral ! La défiscalisation de l'ISF en faveur des PME ? Trop d'abus ! Ce lundi 1er novembre, le secrétaire d'Etat au Commerce et à l'Artisanat Hervé Novelli a reçu un rapport commandé à la mi-septembre sur les soldes flottantes, l'une des mesures phares de la fameuse loi de modernisation de l'économie (LME) de 2008. A l'époque, Christine Lagarde vantait les avantages de sa loi pour le pouvoir d'achat. Elle s'était pointée elle-même au BHV en avril 2009 pour inaugurer son dispositif. Mais cette mesure a faussé les repères, troublé les consommateurs, favorisé les grandes enseignes aux détriments du petit commerce.
La ministre Lagarde, elle, est passée à autre chose : son dada de la semaine est le surendettement des ménages. Neuf millions de Français sont endettés pour leur consommation, dont 778 000 en état de surendettement (+15% entre 2009), et de 44 763 euros en moyenne (+31% en un an).
Ces mesures, votées en juin, sont entrées en vigueur le 1er novembre. En fait, le dispositif gouvernemental ne lutte pas contre le surendettement mais contre ses désagréments : les ménages surendettés pourront plus facilement sortir du fameux fichier national des incidents de paiement. Christine Lagarde espère voir 120 000 familles sortir de ces statistiques, en accélérant le traitement des dossiers par la Banque de France (« la majorité des procédures de rétablissement personnel iront trois fois plus vite » expliquait la ministre au Parisien) et en réduisant la durée d'inscription dans le fichier (de dix ans à cinq ans pour les personnes qui étaient en plan de surendettement, et de huit à cinq ans pour celles en procédure de rétablissement personnel). La loi veut aussi davantage protéger les victimes de surendettement : suspension des poursuites des créanciers dès l'acceptation par la commission de surendettement, interdiction de clôture des comptes bancaires, etc...
Mais que la loi promet-elle contre les causes du surendettement ? Et bien... pas grand chose. Lors du débat parlementaire, des associations avaient critiqué la faiblesse du volet préventif, alors que le nombre de foyers surendettés ne cesse de progresser chaque année : 70.000 dossiers déposés chaque année entre 1991 et 1995, 100.000 en 1998, 140.000 en 2002, 200.000 en 2008.
Libellés :
Borloo,
Fillon,
incompétence,
inégalités,
promesses,
Sarkozy
Inscription à :
Messages (Atom)





