mardi 7 décembre 2010

Sarkozy : rêves indiens contre réalité française

Lundi, Nicolas Sarkozy poursuivait sa campagne électorale de 2012 en Inde. Vu de France, on devait croire que notre président se frottait courageusement aux problèmes du monde. Protecteur là-bas à défaut de l'être ici, il a entamé son tour du monde des puissants, anciens et nouveaux, par ce « long » voyage en Inde. L'objectif officiel est de rallier l'Inde puis la Chine aux enjeux de gouvernance mondiale. Mais en France, la réalité reste bien différente.

Rêves indiens...
Vu d'Inde, ce déplacement officiel français est présenté très différemment. A écouter les médias locaux, il s'agit plutôt d'une visite touristique ultra-glamour, le couple royal de Sarkofrance en goguette, Carla Bruni affole les gazettes, on commente ses robes et son sourire, on s'émerveille du « chapitre intime » que fut la visite du Taj Mahal samedi ou l'escapade dans la cité impériale de Fatehpur-Sikri dimanche ;  on applaudit au désir de maternité qu'aurait confié Carla Bruni au gardien du temple: « Elle m'a demandé de prier pour qu'elle ait un fils » a raconté ce dernier à une chaîne de télévision.
Il n'a pas fallu attendre 24 heures pour qu'un premier article, très sérieux et publié en une d'un quotidien indien tirant à 400 000 exemplaires, s'interroge sur le casting de gardes du corps de petite taille prétendument demandé par les officiels français. En Inde toujours, on s'amuse presque de voir les grands (et petits) de ce monde se précipiter rencontrer le pays pour lancer peu ou prou les mêmes promesses : juste avant Sarkozy, Barack Obama et David Cameron étaient déjà venus expliquer combien l'Inde devait trouver sa place dans la gouvernance mondiale. Après Sarkozy, les dirigeants chinois puis russes rendront à leur tour visite. Le monde se cherche de nouveaux équilibres, mais en France, il faut que l'on croit qu'il tourne autour de notre Monarque national.

Dans les coulisses de ce voyage français, la délégation de chefs d'entreprises qui accompagnait Nicolas Sarkozy espérait signer quelques accords. Une incroyable brochette de ministres étaient aussi du voyage. Lundi, Anne Lauvergeon, présidente d'Areva et son confrère de l'entreprise publique NPCIL (Nuclear Power Corporation of India Limited) ont signé un accord en présence de Nicolas Sarkozy et Premier ministre indien Manmohan Singh pour la construction de deux EPR. En fait, rien de bien nouveau. Un premier protocole d'accord avait été conclu en février 2009. Pas sûr, d'ailleurs, que cette commande soit une si bonne nouvelle. La catastrophe du Bhopal, en 1984, est dans toutes les mémoires. Et une loi sur la sécurité nucléaire vient d'être voter cet été. Cette dernière prévoit que le fournisseur, en l'occurrence Areva, est responsable de tout accident. Des milliers d'opposants s'étaient rassemblés le 5 décembre sur le site retenu pour les deux centrales d'Areva.

Sur un autre contrat, les conseillers du président français furent trop pressés en annonçant 800 millions d'euros de location de quatre Airbus A330 par Air India et 2 milliards d'euros pour dix Airbus A330 vendus à Jet Airways. Louis Gallois, le président d'EADS, fut surpris par l'envoyé spécial du Monde en train de s'exclamer : « Les chiffres sont faux ! » Globalement, l'Elysée a affirmé que quelques 15 milliards d'euros de commandes avaient été conclues lors de ce voyage, une déclaration grossière rapidement démentie par les journalistes présents sur place : aucun contrat formel n'a été signé. On a même promis des Rafales de Dassault, comme au Brésil, il y a deux ans, une commande jamais concrétisée depuis ! « Sur le Rafale, nos amis indiens prendront leur décision quand ils l'auront décidé » a sobrement confirmé Sarkozy lors d'une conférence de presse.

Mardi, Carla et Nicolas repartent pour la France dans l'airbus A330. Les deux Falcon supplémentaires suivront. Ils avaient dépêchés sur place pour permettre des déplacements plus faciles dans ce gigantesque pays aux 1,2 milliards d'habitants.

... contre réalité française
En France, l'analyse du projet de loi de finances par les sénateurs, mérite une attention particulière. Alors que Sarkozy nous a promis un grand débat fiscal pour l'été prochain, certains irréductibles de l'UMP rappellent au gouvernement par qui il a été élu. Les sénateurs UMP ont ainsi supprimé, dimanche 5 décembre, l'amendement Tapie, introduit par les députés le mois précédent. Cette disposition prévoyait de soumettre à l'impôt sur le revenu les indemnités réparant un préjudice moral quand elles dépassent le million d’euros. Malgré son sobriquet, elle n'aurait pas concerné les 285 millions perçus par l'homme d'affaires dans son litige avec le Crédit Lyonnais, dont 45 millions d'euros de préjudice moral, car son entrée en vigueur était prévue pour 2012. Mais les sénateurs UMP ont de toutes façons supprimé la mesure. Philippe Marini, le rapporteur général (UMP) du budget au Sénat, a expliqué : « Il résulte d’une jurisprudence constante du Conseil d’Etat, en matière fiscale, et de la doctrine du droit de la responsabilité civile, que les indemnités versées au titre de dommages et intérêts pour un préjudice non économique n’entrent pas dans le champ d’application de l’impôt sur le revenu. Il s’agit d’un principe constant de notre droit. Il faut s’y tenir ».

En France toujours, l'affaire Bettencourt s'est terminée par un coup de théâtre. Liliane la mère et François la fille ont annoncé lundi midi qu'elles s'étaient réconciliées. Les deux ont retiré leurs plaintes respectives. Ne reste que l'affaire Woerth/Sarkozy. Les autorités françaises seront heureuses de ce dénouement, inquiètes qu'elles étaient qu'une déstabilisation de Liliane Bettencourt ne précipite l'Oréal dans les mains du suisse Nestlé. C'est du moins ce que l'on nous expliquait voici quelques mois, quand les enregistrements pirates des conversations entre le gestionnaire de fortune et sa patronne révélaient l'attention si particulière qu'accordait l'Elysée à ce litige familial. Mais Nicolas Sarkozy, et surtout Eric Woerth, auront de quoi enrager : mère et fille enfin réconciliées, la justice peut s'attarder sur deux instructions dépaysées à Bordeaux, trafic d'influence et blanchiment de fraude fiscale d'une part, et financement illégal de parti politique ou de campagne électorale d'autre part.

En France encore, le juge Renaud Van Ruymbeke a récupéré quelques nouveaux documents, révèle Mediapart, qui replace Nicolas Sarkozy au coeur de l'affaire. Le 16 mai 2007, jour de son intronisation à la présidence de la République, il était « destinataire de la copie d'une facture, pour «services rendus», d'un montant de 8 millions d'euros », envoyé par Jean-Marie Boivin, ancien dirigeant de la fameuse société HEINE. Cette dernière avait été établie en 1994 pour faire transiter les commissions destinées aux intermédiaires de la vente de 3 sous-marins au Pakistan.
« Parmi ces intermédiaires figure l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine, un proche des balladuriens d'hier, devenus les sarkozystes d'aujourd'hui.
Une partie des commissions passées par Heine aurait, en retour, servi au financement illégal de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, en 1995, dont M. Sarkozy fut le porte-parole. Or, comme Mediapart l'a déjà rapporté à plusieurs reprises, documents à l'appui, la création d'Heine aurait été supervisée et validée, fin 1994, par M. Sarkozy quand il était au sein du gouvernement Balladur ministre du budget — et à ce titre décisionnaire sur les ventes d'armes. » Source : Mediapart.
Cette facture de 8 millions d'euros, numéro 7.01.248, était datée du 18 janvier 2007, et fut émise à l'époque à l'encontre de la DCN pour le sobre motif de « services rendus ». En 2006, Nicolas Sarkozy avait reçu un précédent courrier de M. Boivin, qui s'y plaignait de la dissolution de la société HEINE décidée en 2004. Le même Boivin avait confié à l'ancien directeur financier de la DCN Gérard-Philippe Menayas, tel que ce dernier l'a expliqué au juge Van Ruymbeke lors de son audition, avoir reçu des menaces physiques qui auraient été ordonnées par un certain «N.S.».

Mediapart révèle l'existence d'un second courrier, cette fois-ci adressé le 14 novembre 2007 par Gérard-Philippe Menayas à François Pérol, alors secrétaire général adjoint de la présidence de la République. Dans ce courrier, Menayas déconseille à Pérol de céder au chantage de Boivin. Et pourtant, et pourtant, 18 mois plus tard, le 24 janvier 2009, un protocole d'accord était conclu, attribuant 8 millions d'euros à Jean-Marie Boivin.

Samedi, Nicolas Sarkozy était arrivé à Bangalore, en Inde. A plus de 2061 kilomètres de New Delhi qu'il rejoignit avec l'un des deux Falcons 7 que la République Française avait dépêché sur place pour faciliter ses déplacements dans le pays.

Karachi, elle, est pourtant beaucoup plus proche, 884 kilomètres de la capitale indienne.


lundi 6 décembre 2010

Sarkozy joue les monarques zen en Inde.

Loin des polémiques franco-françaises, Nicolas Sarkozy peaufine son attitude de Monarque calme et présidentiel en Inde où il reste près de 4 jours. Il prend son temps, nous explique-t-on. De là-bas, même sa réaction vis-à-vis de la crise ivoirienne fut empreinte de retenue. Pour un peu, ce voyage serait une retraite mystico-zen...

Sarkozy, prudent en Côte d'Ivoire
La situation était toujours confuse ce weekend en Côte d'Ivoire. Sept jours après le scrutin, deux présidents se déclarent élus. Le sortant, Laurent Gbagbo s'abrite derrière les 51% des voix que le Conseil Constitutionnel, qu'il a nommé, lui accorde après l'invalidation de résultats dans le Nord du pays. Le challenger, Alassane Ouattara, se fie aux résultats publiés, avec « 6 heures de retard », par la Commission électorale indépendante, qui lui octroie 54% des voix. Les deux ont prêté serment. La communauté internationale s'est rangée sans hésitation derrière Ouattara.

La France de Nicolas Sarkozy s'est montré d'abord très prudente. Jeudi, Nicolas Sarkozy se félicitait de ces élections présidentielles en Côte d'Ivoire qui « se sont déroulées jusqu'à présent dans des conditions qui font honneur à la démocratie ivoirienne.» Vendredi, après la reconnaissance de la victoire de Ouattara par l'ONU et les Etats-Unis, Sarkozy embraye le pas : « le Président de la République prend acte des déclarations du Secrétaire général des Nations Unies et de son Représentant spécial en Côte d'Ivoire, par lesquelles ceux-ci confirment la victoire de M. Alassane Ouattara à l'élection présidentielle ivoirienne.»  Samedi, dans un nouveau communiqué, Sarkozy rapporte qu'il s'est entretenu, depuis l'Inde où il vient d'arriver, avec les différents protagonistes, pour conclure que la France ne reconnaît que Ouattara : « Je me suis entretenu cette nuit longuement au téléphone avec le Secrétaire général des Nations Unies, avec le Président GBAGBO et avec le Président élu Alassane OUATTARA. J'aurai à nouveau aujourd'hui un entretien avec le Président GBAGBO. Un président est élu en Côte d'Ivoire, l'ensemble de la communauté internationale et les Nations Unies l'ont reconnu. Le Président, c'est M. Alassane OUATTARA. La France soutient la démocratie et la volonté libre du peuple ivoirien.»

En Côte d'Ivoire, comme ailleurs en Afrique, l'influence française est en recul. A l'Elysée, on explique que Sarkozy a voulu une rupture avec les mauvaises pratiques néocoloniales du passé, que cette rupture serait une décision politique, presque éthique. En fait, si la rupture a bien eu lieu, elle est surtout économique, budgétaire et contrainte. Le leadership historique de la France sur ses anciennes colonies est mis à mal par la Chine voire Israël. Et les difficultés budgétaires du pays ont conduit Sarkozy à réduire nos implantations militaires. Ce reflux a réjoui les Etats-Unis. Les mémos publiés par Wikileaks confirment que les administrations Bush puis Obama voyaient d'un très bon oeil ce repli : « Les Français accueillent favorablement l'extension de la présence américaine en Afrique comme moyen de contrebalancer l'expansion régionale de la Chine.»

Seul le côté sombre de la Françafrique demeure. Le soutien à quelques chefs d'Etat autoritaires conciliants ne s'est pas démenti. Même le colonel Kadhafi a eu droits aux honneurs de la République dès 2007. Laurent Gbagbo fait presque exception. Ses relations avec Sarkozy ont toujours été exécrables. Pour le reste, le soutien aux dirigeants africains les plus contestables est incontestable. Les diplomates américains ont ainsi souligné dans plusieurs câbles diplomatiques le rôle trouble mais constant de l'avocat Robert Bourgi qui bénéficie de l'appui et de l'écoute de Claude Guéant et court-circuite régulièrement le Quai d'Orsay voire les conseillers diplomatiques de l'Elysée. Romain Sorman, cité dans l'une des notes « Wikileaks » s'agace : « le premier objectif de Bourgi est de faire sa propre promotion en vue de son enrichissement personnel. » Bourgi fut notamment l'entremetteur qui permit au général putchiste Aziz de Mauritanie d'obtenir le blanc-seing français officiel en 2008. En France, le ministère de la Justice s'oppose depuis des années aux plaintes successives déposées contre quatre dirigeants africains pour détournements de fonds. Dans une note diplomatique publiée par Wikileaks, l'ambassade américaine à Paris explique que « les dirigeants africains ont pu amasser des fortunes privées parfois transformées en un vaste patrimoine composé de propriétés immobilières et d'autres biens, en France et ailleurs en Europe, des situations que la presse continue de révéler

Sarkozy hypnotise l'Inde avec Carla
« Quand il veut vraiment réussir une sortie diplomatique, Nicolas Sarkozy s'en tient au respect de deux règles simples: la première est de prendre son temps en visitant des monuments importants, la seconde, de jouer la carte Carla Bruni.» Ce constat du journaliste Charles Jaigu, pour le Figaro, résume bien la démarche de Nicolas Sarkozy en Inde. 

A peine arrivé à Bangalore, il a livré samedi un discours à l'institut spatial indien. Il s'est félicité de l'excellente réussite indienne. Il a surtout pu rappeler sa position, très populaire en Inde, que ce pays devienne membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU: « L'Inde est obstinément fidèle à son idéal de paix, de liberté, de tolérance et de diversité. Election après élection (...), vous montrez que la liberté et la démocratie ne sont pas l'apanage des nantis (...). Voilà pourquoi la France insiste, avec tant de force, pour que l'Inde rejoigne le Conseil de sécurité comme membre permanent, pour qu'elle occupe toute sa place au sein du G20. » Plus prosaïque, Sarkozy a aussi utilisé cette tribune pour resservir son plaidoyer pro-nucléaire habituel. Il expliqua donc que l'Inde devait pouvoir développer son équipement nucléaire civil, si on devait attendre un engagement écologique significatif. Six EPR franco-indiens devraient fournir d'ici quelques années « 10.000 mégawatts (MW) d'énergie non polluante à l'économie indienne », grâce à un protocole d'accord signé par Areva en février 2009.

Après cette intervention, prévue à 13 heures, le couple Sarkozy avait quartier libre jusqu'au lendemain soir et un dîner officiel. Les autorités indiennes avaient fortement insisté pour qu'il profite de sa journée de dimanche pour visiter le  « monument de l'amour », le Taj Mahal. Sarkozy s'était résolu à ce tourisme imposé. Mais, impatient, il a bousculé le protocole, et avancé sa visite dès le samedi après-midi. Les autorités ont improvisé : « juste avant le coucher du soleil, les barricades ont été sorties, les  sirènes ont retenti, les gens ont dû déserter les rues et le trafic a été  paralysé. Soudain, Agra est devenu calme, très calme.» rapporta un journal local. Aucun journaliste français ne fut accepté lors de cette visite. Le couple Sarkozy en est ressorti « hypnotisé ». « L’Inde est un rêve », a déclaré l'épouse du Monarque français en sortant. Il n'en fallait pas plus.

Nicolas devait exhiber Carla : « elle est là et les Indiens sont très contents de voir Carla Bruni. C’est quelque chose qui est assez fascinant pour les Indiens. » expliqua une journaliste ravie de New Delhi Television (NDTV). «La classe de Carla laisse Bangalore sans voix » rapporta le Sunday Times. Un autre journal évoqua « la romance de l'Inde et de Carla

Un premier couac, dimanche matin, est intervenu quand un quotidien local, Daily News & Analysis (DNA) , a révélé de prétendues consignes de l'ambassade de France aux autorités indiennes : « Une étrange requête du bureau du protocole du ministère des affaires extérieures a déconcerté la police et les agences de sécurité de Delhi. Le ministère a demandé aux agences de rechercher dans un délai de 24 heures du personnel de petite taille pour la sécurité de la visite du président français Nicolas Sarkozy ici dimanche. » Et DNA de préciser : « le bureau du protocole s'est activé intensément après avoir reçu un tuyau de l’ambassade de France selon lequel leur président, qui mesure 5 pieds et 5 pouces, est sensible sur la question de sa taille et pourrait ne pas apprécier d’être entouré de personnel de sécurité de grande taille lorsqu’il rencontre les leaders indiens lundi. » Sacré Nicolas ! Ce casting de taille avait déjà évoqué lors d'une visite de terrain, dans une usine d'un équipementier automobile en 2009.


dimanche 5 décembre 2010

Sarkozy, le malade de proximité

Mercredi 1er décembre, Nicolas Sarkozy se déplaçait à Orbec, dans le Calvados, pour une table ronde organisée sur la médecine de proximité. Il avait choisi Orbec parce qu'on y a installé un pôle de santé, dans une ancienne école maternelle. le village est typique du coin, petit et avec ses maisons à colombage. Et puis, un petit bourg de 2 500 habitants en pleine campagne normande, cela se contrôle toujours plus facilement. Lourdement accompagné de journalistes comme à chaque fois, il a pu se faire photographier au milieu de passants souriants, que l'on devine militants encartés à l'UMP comme à chaque déplacement présidentiel.

Comme la semaine précédente avec les éleveurs, la réunion fut introduite par des remerciements au ton monocorde du député local également médecin orthopédiste: « merci pour tout le pays d'Auge et de votre attention pour les professionnels de santé ». Comme chez les éleveurs, Sarkozy ne leva pas les yeux de ses papiers pendant cet hommage introductif. La démographie médicale est un sujet en or. Il mêle ruralité, social, et médecine, trois axes privilégiés de la communication électorale pour 2012. Il manquait un agriculteur, et le tableau sarkozyen aurait été complet. 

Choisir son panel
« Le Président débat avec les professionnels de la santé » nous promet-on. Vraiment ? Quels étaient donc ces professionnels de la santé soigneusement sélectionnés ? Nicolas Sarkozy allait-il débattre avec des contradicteurs coriaces, représentants des syndicats de médecins, d'infirmières ou d'urgentistes ou partenaires sociaux ? Allait-il recevoir des associations humanitaires, telles Médecins du Monde  ? Non... Evidemment non. Il voulait une assistance docile.

Orbec est un village de 2 500 habitants. Autour de lui, dans le grand gymnase local qui l'accueillait pour la table ronde, Sarkozy parlait avec des « professionnels » soigneusement choisis : un jeune médecin tout juste diplômé et installé dans le coin pour parler des problèmes de formation, l'un de ses aîné, médecin du village depuis 19 ans président du club local de karaté et installé dans le pôle de santé d'Orbec, pour évoquer la place des personnels paramédicaux, une infirmière libérale installée dans l'agglomération caennaise voisine depuis 19 ans également, et un généraliste retraité de 62 ans, et une mère de famille qui parlera « de ses attentes en tant que patiente ». Sans remettre en cause la sincérité de ces « témoins », force était de constater qu'ils n'en menaient pas large.

Bref, que du lourd ! Le président de la cinquième économie du monde s'était en fait préparé un panel digne d'une émission télévisée avec Jean-Pierre Pernault ! A Orbec, Sarkozy ne craignait pas la contestation, il cherchait l'anecdote de terrain. On parlerait cas individuels pour évacuer les problématiques beaucoup trop sérieuses pour être évoquées en public, que sont la privatisation rampante de l'assurance maladie, l'insuffisance des prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine ou les déremboursements croissants.

Préférer l'anecdote
Le discours de l'anecdote est une tactique connue et fréquemment utilisée en Sarkofrance.

Evidemment, Sarkozy débuta par des remerciements, son admiration pour la Normandie, l'accueil qui lui fut réservé, des encouragements pour son nouveau/ancien ministre du Travail Xavier Bertrand qui a « toute sa confiance pour cette mission essentielle » et pour Nora Berra, secrétaire d'Etat à la Santé, et des félicitations pour le docteur Elizabeth Hubert, ancien ministre,  « qui a fait un rapport remarquable » sur la médecine de proximité demandé par l'Elysée en avril dernier. Faussement très concentré, Sarkozy avait ses yeux régulièrement rivé sur les quelques notes, par ailleurs publiées sur Elysée.fr, pour assommer l'assistance de ses déclarations.

La séquence est connue. D'abord, insister sur le fait qu'on a déjà beaucoup fait. Ensuite, enchaîner sur des constats dramatisés, réels ou exagérés, pour faciliter l'identification de l'auditoire. Ensuite, alterner grosses évidences et subtiles tartuferies, volontarisme sur les principes et faiblesse des mesures concrètes

Dramatiser
Sarkozy joua donc la séquence prévue. Il démarra par un : « Quelle est notre idée ? On a, sur les trois premières années de mon mandat présidentiel, consacré beaucoup d'énergie à réformer l'hôpital qui se trouvait confronter à des problèmes de gouvernance, ... le pouvoir de décision étant disséminé entre un tel grand nombre d'acteurs que tout le monde avait le pouvoir de dire non et personne n'avait le pouvoir de dire oui... (et oui, ça recommence. Cette fable sur le pouvoir de dire non ou oui, Sarkozy l'a déjà servi aux Maires de France, le 23 novembre, puis aux éleveurs le 25 novembre) ... des problèmes également financiers puisque 69% des hôpitaux étaient en déficit. »

Puis, sur chacun des sujets évoqués ce mercredi, Sarkozy dramatisa le tableau des insuffisances du moment, occultant sa propre responsabilité. Sarkozy s'étonna ainsi que les urgences soient si chargées : « maintenant, dès qu'il y a un problème, on va aux urgences. » Quel constat ! Le président français ne s'interroge pas plus. Pourquoi les urgences sont-elles devenues le refuge des plus pauvres ? Sept millions de Français n'ont aucune mutuelle. Les vagues de déremboursements et autres franchises médicales ont accru la précarité des classes populaires.

Autre exemple choyé, les médecins de proximité s'installent trop tard : « Les chiffres sont catastrophiques (il se plonge sur ses notes). Il y a 25 ans, on s'installait en médecin généraliste à 30 ans. 25 ans après, on s'installe à 37. Plaignons-nous après du vieillissement de l'offre médicale de proximité. ... Comment voulez vous... 37 ans ! Pire, nous avons aujourd'hui, sur 10 internes sortants de l'hôpital, avec une excellente formation, sur 10 internes, ... il y en a un seul qui s'installe en cabinet libéral... vous vous rendez compte ! 10% ! »

S'indigner facilement
De temps à autre, il fallait enfoncer des portes ouvertes : ainsi, médecine de proximité et hôpital seraient complémentaires et il est scandaleux de penser l'inverse. On ne souvient pas de grandes polémiques sur le sujet. « Auparavant, il y avait une opposition entre les uns et les autres. Avec les Agences régionales de santé, on créé les conditions d'un lieu unique pour décider de l'organisation de la santé dans une région ».

Autre porte ouverte, « on n'sait pas vraiment comment l'appeler la médecine de proximité ». Sarkozy s'interroge à haute voix sur cette question inutile : médecin de ville ? Médecin libéral ? Médecin généraliste ?

Sarkozy parla aussi de « crise identitaire », curieux concept pour la médecine; Il s'indigna sur le manque de médecins à la campagne : « ll n'y a jamais eu autant de médecins en France - 210.000 - et jamais il n'y a eu autant de régions (...) sous-représentées médicalement. On ne peut pas continuer comme ça. » Et d'ajouter : « Je suis persuadé que la coercition ne marche jamais mais l'incitation peut marcher. »

Crier beaucoup, proposer un peu
« Vous n'aurez pas longtemps à attendre avant de voir la détermination réelle du gouvernement en la matière » expliqua le Monarque. On allait voir ce qu'on allait voir. Quelles furent, concrètement, les propositions ?

1. Sarkozy a proposé d'instaurer une rémunération à tiroirs :  « trois étages » pour la rémunération principales des médecins (paiement à l'acte, forfaitaire « pour rémunérer des activités ou des contraintes spécifiques », et bonus sur objectifs de santé publique); mais aussi compensation au titre des cette « mission de service public », voire « rémunération pour la permanence des soins ». Moduler les rémunérations en fonction des résultats ? Après la police, la politique du chiffre d'appliquerait à la médecine. «  Le médecin qui fait un travail de prévention n'est pas récompensé par rapport à son confrère qui ne s'en occupe pas » a déclaré Sarkozy. Pourtant, comme le rappelle les Echos, l'assurance-maladie propose déjà, depuis 2009, « des primes aux résultats pour les généralistes qui signent des contrats d'amélioration des pratiques individuelles.» Sarkozy n'est pas allé, ce mercredi, jusqu'à reprendre certaines des recommandations de Mme Hubert, qui suggérait dans son rapport sur commande, de prévoir des tarifs de consultations modulables en fonction de la complexité du diagnostic. Une démarche qui faisait fi des inégalités de revenus des patients.

2. Contre les déserts médicaux, Sarkozy recycla sa proposition de la semaine précédente, faite devant les maires de France : « Nous avons donc décidé de financer les études d'un certain nombre d'étudiants en médecine, nous l'Etat. En échange de ce financement, ces étudiants en médecine devenus médecins s'installeront pendant quelques années dans une région où il y a une sous-densité médicale.»

3. Sarkozy a aussi rappelé une ancienne proposition de mai 2010 de subventionner à hauteur de 35% la création de 250 maisons de santé d'ici 2012. 160 existent déjà. En fait, le plan gouvernemental est de conditionner ces subventions à « l’expérimentation des nouveaux modes de rémunération des professionnels », avait expliqué Roselyne Bachelot en juillet dernier.

4. Enfin, Sarkozy « aimerait » faire une meilleure place à la formation des médecins généralistes et la création « rapidement » d'un nouveau statut juridique pour les pôles de santé pluridisciplinaires et d'un « guichet unique avant le 1er juillet 2011, autour des Agences régionales de santé (ARS) »

N'a-t-il pas oublié quelque chose ? Ah si... les patients, la sécurité sociale, les remboursements... Une récente étude de l'Institut de recherche et documentation en santé (IRDES) explique que 14% des plus modestes (moinds de 870 euros de revenus mensuels) ont modifié leur comportement. L'IRDES détaille : « les franchises de 0,5 € sur les boîtes de médicaments, mises en place le 1er janvier 2008, avaient notamment pour objectif d’inciter les individus à réguler leur consommation de médicaments. Néanmoins, la somme prélevée par boîte étant la même quels que soient la nature du médicament, le niveau de ressources et l’état de santé des individus, cette charge financière pèse plus fortement sur les individus malades ou à faibles revenus et peut les contraindre à renoncer à des soins utiles.» L'IRDES rappelle encore que les franchises ne sont pas couvertes par la majorité des contrats de mutuelle.

Après ses deux heures et demi, dont une heure de visite, Sarkozy est reparti avec ses ministres. Aussi rapidement que les annonces promises. Dès la fin de l'année, c'est-à-dire dans trois semaines, Xavier Bertrand et Nora Berra annonceront des mesures contre les déserts médicaux. Quels furent les échanges, ce mercredi de décembre ? Ils furent nuls. Sarkozy, ce mercredi, ne parlait pas de santé, mais de médecines; il ne parlait pas de soins, mais de coûts. Pas un mot sur la résurgence des maladies hier disparues. Coïncidence, on apprenait la même semaine que la jaunisse du nourrisson réapparaît en France. Maladie bénigne si elle est soignée tôt, elle peut entraîner des atteintes cérébrales faute de traitement. L'Académie de médecine a lancé un cri d'alerte, regrettant « la pression administrative pour une sortie de maternité de plus en plus précoce, parfois sans avis pédiatrique et sans information adéquate des parents ».

Ami sarkozyste, ne tombe pas malade.


samedi 4 décembre 2010

187ème semaine de Sarkofrance : la semaine wiki-polluée de Nicolas Sarkozy

Toute la semaine, Sarkozy a fait semblant d'ignorer les polémiques du moment, malgé un agenda incroyablement allégé. Il se félicitait du plan d'aide à l'Irlande et des mesures de soutien de la BCE, discourait sur la médecine de proximité, et, mercredi devant une trentaine de députés UMP, confiait qu'il serait candidat à sa réélection. Pourtant, la cascade de révélations sur les coulisses de la diplomatie américaine par le site Wikileaks cette semaine n'a pas épargné la France. Qualifié d'impulsif, d'autoritaire et de susceptible, Sarkozy s'est fait épingler sur quelques grossiers mensonges sur la libération de Clotilde Reiss ou son souhait d'envoyer des troupes en Irak. Besson a réclamé l'expulsion de Wikileaks, Baroin s'est indigné de ces révélations « totalitaires ». D'autres témoignages sur le Karachigate ont élargi le périmètre de cette affaire d'Etat à l'Arabie Saoudite et ravivé la guerre des droites. A l'Elysée, on protège le patron, et on craint la confession de trop.

Wikileaks, la crédibilité perdue de Sarkozy
Lundi, le site Wikileaks lâchait sa nouvelle bombe médiatique : 250 000 télégrammes et notes de la diplomatie américaine de 2005 à 2010 ont été confiés à 5 journaux, dont le Monde en France. Pendant des semaines, des centaines de journalistes les ont triés et analysés. Et ce lundi 29 novembre, ce fut le grand déballage, par salve. Toute la semaine, les révélations se sont succédées. Les pouvoirs protestent, enragent, menacent. Hillary Clinton s'est excusée auprès d'une douzaine de chefs d'Etat. François Baroin explique qu'une société transparente serait totalitaire. Wikileaks perd l'un de ses hébergements et se réfugie en France, son fondateur est poursuivi dans une affaire de « sexe par surprise » qui semble monter de toutes pièces. Les dommages apparaissent considérables.

En France, la crédibilité de Nicolas Sarkozy en a pris en coup. Les compte-rendus de réunions officielles ou d'anecdotes vécues des diplomates américains ne sont pas tendres avec Sarkozy. Et ces jugements apparaissent d'autant plus sévères qu'ils sont sans arrière-pensée : Sarkozy est par ailleurs loué pour son atlantisme débridé,  « le président le plus pro-américain depuis la seconde guerre mondiale » est totalement acquis à toutes les causes de l'Oncle Sam, y compris les pires comme la guerre en Irak. Et pourtant, les diplomates américains ne se gênent pas pour le dépeindre comme « irritable », « imprévisible »,  « impatient » dans ses décisions, discourtois même avec les alliés traditionnels de la France (comme le Maroc), « autoritaire » avec ses collaborateurs, instable, et effroyablement susceptible. Déstabilisé par son divorce avec Cécilia, il exhibe quand même sa troisième épouse Carla pour « pour promouvoir les intérêts nationaux de la France au Brésil.»

Parle-t-on vraiment du président de la cinquième économie du monde ?

Les mémos publiés révèlent aussi non-dits et mensonges : en 2005, Sarkozy annonça à un diplomate américain qu'il sera candidat à la présidentielle. Même en France, c'était un secret de Polichinelle. Mais pendant les 16 mois qui suivirent, Sarkozy a tout de même joué une grande mascarade de fausses hésitations en primaires trafiquées, jusqu'en janvier 2007 et son meeting monstre à Paris, Porte de Versailles, pour plébisciter sa candidature.

Plus grave, le même Sarkozy, pourtant ministre de l'intérieur d'un gouvernement s'opposant à l'intervention américaine en Irak depuis 2003, exprime publiquement son souhait d'envoyer des troupes françaises. Du côté de l'administration Bush, on applaudit. Plus grave encore, les coulisses de la libération de Clotilde Reiss nous sont dévoilées : cette jeune Française, interprète, avait été arrêtée en emprisonnée en Iran en juillet 2009, puis relâchée mais retenue à l'ambassade de France jusqu'en mai 2010. En France, l'Elysée fit croire que la Syrie avait joué un rôle déterminant. Les médias relayèrent l'importance de ces efforts syriens... pourtant inexistants. En coulisses, le propre conseiller de Sarkozy dans cette négociation expliquait à ses interlocuteurs américains que ni Sarkozy ni personne à l'Elysée ne savait si le président syrien Bachar Al-Assad, nouvel ami du moment, avait fait quoique ce soit d'utile dans cette affaire. Mais il fallait faire croire au bon peuple de Sarkofrance que le rapprochement entamé depuis 2007 avec ce dictateur portait enfin ses fruits.

Vendredi, Eric Besson, ministre de l'industrie et de l'économie numérique, a demandé au conseil général de l'Industrie, de l'Energie et des Technologies (CGIET), de mettre fin à l'hébergement du site WikiLeaks en France. L'ancien ministre des expulsions n'a perdu aucun de ses sales réflexes. Il aurait dû accompagner Jean-François Copé, le nouveau secrétaire général de l'UMP, parti en Chine renouveler son partenariat avec le Parti Communiste Chinois. La Chine est un pays modèle en matière de contrôle du Web. 

Karachigate, le scandale d'Etat
Autre affaire, autre trouble. Le Karachigate change de nature. De multiples procès-verbaux d'auditions, tant devant la mission parlementaire de 2009 (Balladur, Léotard) qu'auprès des juges Renaud Van Ruymbeke (Villepin, Mazens) ont été publiés cette semaine. Et l'on découvre peu à peu une immense affaire d'Etat, bien loin de la « fable » annoncée par Nicolas Sarkozy en juillet 2009. D'ailleurs, à l'Elysée, la tactique de défense a changé depuis 10 jours. Il faut protéger le patron.

L'étau s'est d'abord resserré autour de François Léotard, ministre de la Défense dans le gouvernement Balladur. L'un de ses conseillers de l'époque, Renaud Donnedieu de Vabres a été pointé du doigt comme intermédiaire clé par Patrice Molle, ex-dircab d'Hervé Morin. Devant les députés, en novembre 2009, Léotard accusait aussi le même Morin d'avoir participé aux tractations pakistanaises. Ce dernier dément. Cette fine équipe balladuro-centriste est désormais lâchée en pâture aux enquêteurs et à la presse comme les nouveaux « présumés coupables » de l'affaire. Ils sont notamment désignés comme responsables d'avoir imposé deux intermédiaires inutiles dans la vente des sous-marins au Pakistan. Au passage, on oublierait presque que l'ami de trente du président actuel, Brice Hortefeux, passe pour un proche de l'un de ses intermédiaires, et qu'il a accomplit de nombreux voyages en Arabie Saoudite sans rapport évident, selon Villepin, avec ses fonctions officielles.

Secundo, différents témoignages publiés cette semaine ont révélé que le soupçon de commissions et de rétrocommissions en faveur du camp Balladur concernait aussi, et surtout, les contrats militaires conclus à la même époque avec l'Arabie Saoudite : quelques 288 millions d'euros de commissions étaient promis au réseau K, ces deux intermédiaires imposés par le gouvernement Balladur dans la cession des sous-marins au Pakistan. Au final, le Point a précisé que ce réseau K n'aurait touché que 86 millions d'euros, dont 53 millions sur les contrats saoudiens, et que ces commissions n'étaient pas destinées à des Saoudiens : où est donc parti l'argent ?

Tertio, la défense sarkozyenne s'est enrichie d'un article du Figaro. Le quotidien a tenté de démontrer que Nicolas Sarkozy, s'il était bien au courant du contrat pakistanais et de ses commissions, y était hostile jusqu'à l'été 1994. Ministre du budget, il a pourtant validé le volume de commissions quelques mois plus tard.

Chirac, Villepin, Sarkozy, Balladur ou Léotard sont contraints, quinze ans après les faits, à rejouer la guerre des droites. Tous marchent sur des oeufs, tous craignent l'emballement, la confession de trop, le témoignage imprévu qui peut transformer l'affaire en scandale incontrôlable. Quand Léotard explique, voici un an, qu'il croit au lien entre l'attentat de Karachi et l'arrêt du versement des commissions décidé par Jacques Chirac, Villepin dément, en argumentant que n'étaient visés que des corrompus non pakistanais.

Social, la crise qui dure
Une vague de froid et de neige, depuis 8 jours, suffit à rappeler, comme chaque année, l'ampleur de la précarité en Sarkofrance. Benoist Apparu, le tout jeune secrétaire d'Etat au Logement et aux Sans-Abris s'est précipité sur les plateaux de radio et de télévision, avant que la polémique n'enfle trop après les premiers décès pour cause de froid. Samedi, une « chômeurs-pride » était organisée à Paris, histoire de rappeler symboliquement que le chômage reste massif et mal indemnisé.

Cette polémique est aggravée par les menaces explicites qui pèsent sur la Sécurité sociale. Mercredi après-midi, Nicolas Sarkozy parlait de la médecine de proximité, lors d'une table ronde organisée à Orbec, dans le Calvados, avec « les professionnels de la santé ». En fait, Sarkozy s'était choisi un petit patelin de 2 500 âmes, équipé d'une maison de santé avec 4 médecins, et un panel de gens du coin. Il avait l'avantage. Les questions, rares pendant les 89 minutes de la rencontre, furent polie. Sarkozy pouvait parler sans crainte d'être contredit. Ces panels excluent toujours les contestataires. Ainsi pouvait-il s'indigner tranquillement que les urgences hospitalières soient engorgées. Aucun urgentiste n'était là pour lui rappeler que des années de déremboursements et franchises médicales avaient poussé les plus précaires aux urgences pour des soins même minimes. Sur place, Sarkozy a repris l'idée d'une tarification à tiroirs : paiement à l'acte, supplément forfaitaire pour des actes spécifiques, et même bonus sur objectifs de santé publique. Cette modularité de la facturation médicale, c'est-à-dire faire payer plus cher en fonction de l'ampleur des soins et du diagnostic, est une ancienne lubie. Et pas un mot sur une éventuelle modularité en fonction des revenus du patient, ou sur la résurgence de maladies hier disparues comme la jaunisse du nourrisson.

D'interventions en déclarations, de rapports en recommandations, on comprend aussi mieux le dessein de Nicolas Sarkozy vis-à-vis de la dépendance. Ce sera son grand chantier social de la fin de son mandat, nous a-t-il promis. En fait, l'opération, lancée le 26 novembre par Roselyne Bachelot, s'appuie sur quelques impostures : avec la création annoncée d'une cinquième branche de la Sécu, Sarkozy veut nous faire croire que la dépendance n'est pas traitée aujourd'hui. Il place l'assurance privée obligatoire au coeur de ses propositions. Le 26 novembre dernier, Bachelot a quasiment exclu le recours aux successions, comme la hausse des cotisations sociales : où trouvera-t-on l'argent nécessaire pour financer la dépendance dont le coût devrait passer de 22 à 30 milliards d'euros d'ici quelques années ? Via une assurance privée et obligatoire. Chez Malakof-Médéric, dirigée par Guillaume Sarkozy, frère de Nicolas, on se frotte les mains.

Euro, l'impasse européenne
Le weekend dernier, Nicolas Sarkozy a tenu à faire savoir qu'il s'était entretenu avec tous ses collègues européens de la crise irlandaise. Dimanche, les ministres des Finances de la zone euro et celui du Royaume Uni tombait d'accord sur un plan d'aide et la pérénisation du Fonds de soutien de la zone euro, mis en place en juin dernier. Sarkozy a même accepté l'idée allemande d'une contribution du secteur privé. L'Irlande va recevoir 85 milliards d'euros pour financer sa dette. Dès lundi, Christine Lagarde relaye la satisfaction officielle.

L'opération tourna court. Dès lundi, la spéculation reprend, cette fois-ci contre le Portugal et l'Espagne. Christine Lagarde s'agace qu'on compare la France à ses voisins fragiles. Jeudi, la BCE est contrainte d'annoncer la poursuite des rachats d’emprunts d’Etat et l'extension des allocations illimitées pour les banques jusqu'à fin mars 2011. Et vendredi, les mauvais chiffres du chômage américain ont boosté l'euro contre le dollar. Un répit ? Sarkozy lâche rapidement un communiqué de presse, alors qu'il est en vol pour l'Inde pour un voyage de 4 jours: il se félicite « que la zone euro, en améliorant le Pacte de stabilité et de croissance et en se dotant de mécanismes de gestion de crise, se soit engagée dans la voie de la réforme.»

Samedi, Nicolas et Carla Sarkozy sont arrivés en Inde, à Bangalore. Les chefs d'entreprises qui s'étaient tassés dans l'Airbus présidentiel espèrent signer quelques « projets » d'accords, notamment dans le nucléaire civil. Les nombreux journalistes, ceux-là même que Sarkozy traitait avec « humour » de pédophiles à Lisbonne, suivaient dans un autre vol. A l'Elysée, on insiste sur l'importance de ce déplacement « incroyablement » long, et si important pour la présidence française du G20.

Croyez-le... Sarkozy est enfin président.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

vendredi 3 décembre 2010

De Karachi à Clotilde Reiss : les mensonges et non-dits de Sarkozy.

Ce vendredi 3 décembre, Sarkozy file en Inde pour 4 jours de voyage officiel avec son épouse Carla. Il est temps. Wikileaks a encore frappé. Depuis lundi, les 5 journaux choisis par le site ont livré tour à tour leurs analyses sur les 250 000 archives diplomatiques fuitées par Wikileaks. En France, ces notes qui devaient rester confidentielles sont en passe de provoquer des dommages inédits sur la crédibilité de Nicolas Sarkozy. Mardi, on apprenait que l'administration américaine le prenait pour instable. Mercredi, qu'il souhaitait une intervention française en Irak. Et jeudi, voici carrément un mensonge d'Etat révélé : les coulisses de la libération de Clotilde Reiss. Entre l'affaire de Karachi, et les nouvelles découvertes du Point, et les fuites Wikileaks, la posture sarkozyenne devient terriblement intenable.

Sarkozy se dérobe
Ce jeudi 2 décembre, on aurait pu commenter les nouveaux morts du froid, ou le nième plan d'urgence du gouvernement pour résoudre, avec deux années de retard sur la promesse sarkozyenne, la question des sans-abris. Chaque année, à la même époque, on se souvient qu'ils sont environ 100.000.

On aurait pu commenter les possibles difficultés de la France à emprunter son financement nécessaire sur les marchés boursiers du monde, soit 185 milliards d'euros. Des rumeurs ont couru, ces derniers jours, que la France pourrait être mise sous surveillance négative par Standard and Poor's.Christine Lagarde s'est emportée : « Aller raconter que la France est menacée, c'est racoleur, mais je ne pense pas que ce soit économiquement juste ». François Baroin a rassuré : « Il n'y a pas de risque de voir la note abaissée. On est même une signature refuge ».

On aurait pu s'étonner de cet Etat mauvais payeur, qui rechigne, 5 à 6 mois après la fin de leur contrat, à régler l'indemnisation de ces agents contractuels devenus chômeurs. 

On pourra commenter, bientôt, ce voyage en Inde, avec le nouvel Airbus présidentiel, rempli de chefs d'entreprises, et le second avion, facturé par l'armée de l'air à 1990 euros le voyage pour chacun des journalistes accompagnant.

Clotilde Reiss, mensonges d'Etat.
 Mais le même jour, le Monde détaillait, mémos diplomatiques américains à l'appui, comment l'Elysée a menti sur la libération de Clotilde Reiss, la jeune interprète française retenue en otage par l'Iran en juillet 2009. A l'époque, Nicolas Sarkozy jouait de la grosse voix contre l'Iran. La jeune Française fut d'abord arrêtée, le 1er juillet 2009 à l'aéroport de Téhéran, pour « espionnage », puis libérée mais recluse à l'ambassade de France, et enfin libérée en mai 2010. Sarkozy s'empressa de remercier l'action du président syrien Bachar Al-Assad, tout en contestant le versement d'une quelconque rançon

Or, à lire les mémos américains, ce story-telling était mensonger.

Tout au long de cette crise franco-iranienne, l'Elysée a expliqué sa stratégie à la diplomatie américaine. Wikileaks a notamment exhibé des comptes-rendus d'échanges avec François Richier, conseiller de Nicolas Sarkozy pour les affaires stratégiques. Ils sont édifiants. L'ampleur du mensonge au plus haut sommet de l'Etat, et de la manipulation médiatique, partiellement dénoncée à l'époque, étonne.

1. Le 12 août 2009, une diplomate américaine, Kathleen Allegrone, rencontre à Paris François Richier, et relate l'entretien dans un mémo intitulé « Iran : commentaires français sur la façon de gérer des cas d'otages ». On y apprend que la « méthode française » suivie par Nicolas Sarkozy était de « faire du bruit » dans les médias pour embarrasser l'Iran, jugé par la France si sensible à son image. Lors de la même rencontre, le conseiller sarkozyen expliqua qu'il ne servait à rien de se limiter à des actions discrètes, car l'arrestation d'étrangers serait « une tactique iranienne familière : la prise d'otages pour le chantage politique ». Résumons : selon Sarkozy, l'Iran prend des étrangers en otages pour faire du chantage, et Sarkozy pense que crier bruyamment est la meilleure stratégie de réponse... N'aurait-on pas pu penser que donner autant de publicité à l'outrance iranienne était le meilleur service à lui rendre ? En août, un spécialiste de l’Iran expliquait déjà que Reiss aurait pu être libérée plus tôt si Sarkozy s’était montré plus discret.

2.  Dès le 12 août, le même conseiller Richier affirmait à son interlocutrice américaine que la libération de Clotilde Reiss « nécessitera le versement aux Iraniens d'une large somme d'argent », à savoir 230 000 euros de caution.

3. Le 25 août 2009, alors que Clotilde Reiss est sortie de prison mais toujours retenue à l'ambassade de France à Téhéran, un autre mémo américain évoque «le 'blitz' médiatique des officiels français». La Syrie aurait-elle agi de quelque manière que ce soit pour aider à cette sortie de prison ? Personne ne sait rien. Les officiels français le confirment à leurs interlocuteurs américains. Le président Al Assad, lors de sa venue en France le 5 août, avait juste indiqué à Sarkozy qu'il ferait passer le message. Mais pour les médias et le public français, il vaut mieux mentir, mentir effrontément et sans complexe, expliquer que la Syrie s'est démennée : « Malgré leurs déclarations pleines de louanges, les officiels français reconnaissent en privé qu'ils n'ont qu'une vague notion de ce que les Syriens ont réellement fait. » Selon le diplomate américain Sarkozy cherchait à donner des signaux à la Syrie, et « démontrer à la Syrie quelles louanges elle peut s'attirer en jouant un rôle constructif dans la région ».
 
Du Karachigate au Balladurgate.
Le Point, dans son édition du 2 décembre, publie quelques nouvelles révélations sur le Karachigate. Des informations qui mettent à mal, encore un peu plus, la défense de Nicolas Sarkozy et d'Edouard Balladur. L'affaire évolue, elle s'éloigne du Pakistan; et le périmètre des personnalités politiques impliquées s'élargit. A l'Elysée, la défense de Nicolas Sarkozy consiste désormais à innocenter Sarkozy lui-même plutôt que de continuer à prétendre qu'il ne s'agit que d'une fable.

1. Les deux intermédiaires imposés par le gouvernement Balladur dans la vente des 3 sous-marins au Pakistan (le contrat « Agosta ») étaient aussi parties prenantes des contrats militaires avec l'Arabie Saoudite, dont le contrat Sarawi II sur la cession de frégates par la France à décidée en 1993 sous le même gouvernement Balladur.

2. Les commissions promises à ces deux intermédiaires, sobrement baptisés « Réseau K », étaient autrement plus conséquentes dans le seul contrat pakistanais: 288 millions d'euros au total, qui transitaient via deux sociétés dénommées ESTAR et RABOR.

3. Avant la décision de Jacques Chirac d'interrompre le versement de ces commissions, confirmée par Dominique de Villepin lors de son audition devant le juge Van Ruymbeke, et exécutée en son temps par Michel Mazens, quelques 53 millions d'euros (sur les 288) avaient déjà été payés. Le réseau K avait également perçu 33 millions d'euros sur le contrat Agosta, rappelle le Point.

4. L'hebdomadaire relate enfin qu'en janvier 1997, M. Mazens avait alerté Charles Millon sur ses difficultés à « convaincre » ces deux intermédiaires de renoncer à leurs prétentions contractuelles : « les pressions n'ont pas encore produit les résultats définitifs espérés. »

5. Mais deux mois plus tard, les deux hommes cèdent. Le Point révèle que le versement de ces commissions a été effectivement interrompu en 1997. L'hebdomadaire a même publié un extrait d'un courrier de Michel Mazens, le directeur de la SOFRESA (Société Française d'Exportation de Systèmes d'Armements, en charge du suivi de ces contrats), adressé aux autorités saoudiennes le 3 mars 1997, dans lequel il les prévenait de l'arrêt du versement par la France des commissions au Réseau K.

6. Cette lettre publiée par le Point confirme implicitement que les commissions du réseau K n'étaient pas destinées à des officiels saoudien.

Mardi 30 novembre, Dominique de Villepin a été entendu par le juge Marc Trévidic, après son audition, la semaine dernière Van Ruymbeke. Il est resté prudent, confirmant ses propos précédents. De son côté, un député socialiste, Bernard Cazeneuve, rapporteur de la mission d'information parlementaire sur l'attentat de Karachi, a dénoncé l'entrave organisée par le gouvernement sur ces affaires. Il était aussi interrogé, le 2 novembre dernier, par le juge Renaud Van Ruymbeke. Et il balance : «Quant aux fonctionnaires de Bercy ayant eu à connaître ce contrat au moment de sa négociation et qui pouvaient être informés des flux des commissions y afférents, le ministre de l'économie et des finances (Christine Lagarde) n'a pas autorisé leur audition par la commission parlementaire. J'ai donc dénoncé, dans le rapport, l'entrave organisée par le gouvernement de la mission de contrôle que se proposait d'exercer le parlement.» Et Cazeneuve de confirmer ensuite, point par point, que les témoignages néanmoins recueillis par cette mission parlementaire ont validé l'existence du réseau K imposé par l'entourage de François Léotard.

Mensonges d'un côté, non-dits de l'autre... tout va bien en Sarkofrance.

jeudi 2 décembre 2010

Comment Wikileaks porte atteinte à l'autorité de Sarkozy

Jeudi matin, on s'acharnait à savoir si Nicolas Sarkozy avait enfin confirmé, la veille, sa candidature présidentielle pour 2012. Quel suspense ! Tout était parti d'une petite confidence à une trentaine d'élus UMP de la « droite populaire », ceux qui aimeraient que l'UMP entretienne une collaboration plus explicite avec le Front National. Ce mercredi soir, Sarkozy expliqua donc qu'il ne serait président que pour « deux mandats, pas plus », et qu'« après, ce sera la dolce vita ». Le même jour, des révélations plus complètes sur les mémos diplomatiques américains par Wikileaks confirmait le caractère instable du Monarque en place.

Sarko, l'inconscient.
Des mémos publiés par Wikileaks, Nicolas Sarkozy lui-même et ses proches conseillers trouveront quelques motifs de satisfaction, ... et les électeurs français des motifs d'inquiétude.

Finalement, Eric Besson avait raison. En novembre 2006, alors au Parti socialiste, il dépeignait Nicolas Sarkozy comme un « atlantiste, libéral et communautariste », qui « ne peut en aucun cas se revendiquer de l’héritage du Général de Gaulle.» Dans la troisième salve de mémos diplomatiques américains communiqués par Wikileaks et publiés par le Monde le 1er décembre, on y découvre de troublantes et inquiétantes confirmations sur cet atlantisme assumé par Nicolas Sarkozy :

Sarkozy est décrit par des diplomates américains en 2007 comme « le président le plus pro-américain depuis la seconde guerre mondiale ». Ces derniers louent « le libéralisme, l'atlantisme et le communautarisme » du futur président, se félicitent de son attitude pro-israélienne; louent son pragmatisme avec les dictatures du Moyen Orient.

Lors d'une entrevue entre Sarkozy avec l'ambassadeur américain Craig Stapleton et le conseiller économique du président George W. Bush, Allan Hubbard, le 1er août 2005, Sarkozy est allé jusqu'à dévoiler sa candidature, avec 16 mois d'avance sur son annonce officielle, le 14 janvier 2007. Plus grave, alors qu'il était ministre de Jacques Chirac, il critiqua explicitement l'attitude française contre la guerre en Irak : « Sarkozy a exprimé son admiration pour le président Bush, écrivait l'ambassadeur. Sarkozy a dit que, comme le président, lui aussi mettait un point d'honneur à tenir sa parole et à affronter honnêtement les problèmes réels de son pays. (...) Sarkozy s'est lamenté de l'état troublé des relations entre les Etats-Unis et la France au cours des dernières années. Affirmant que c'est quelque chose que lui 'ne ferait jamais', il a évoqué l'utilisation, par Chirac et Villepin, du veto de la France au Conseil de sécurité contre les Etats-Unis en février 2002 comme étant une réaction injustifiable et excessive.»

Dans un autre mémo, on apprend également que Sarkozy souhaitait l'envoi de troupes françaises en Irak. Il l'avait déclaré au ministre de la justice du président Bush, Alberto Gonzales, en 2006 : « Sarkozy a déclaré que la France et la communauté internationale allaient devoir aider les Etats-Unis à résoudre la situation en Irak. Peut-être en remplaçant l'armée américaine par une force internationale. » Finalement, l'histoire a évité à la France ce joli fiasco : grâce à l'élection de Barack Obama, les délires atlantistes de Nicolas Sarkozy n'ont pu se concrétiser. Mais que penser de ces déclarations officielles, alors qu'il était ministre du gouvernement qu'il critiquait. Sarkozy, à l'époque, voulait jouer à la rupture dans toutes les occasions, même les plus dangereuses et les plus inconséquentes.

Sarko, l'inconstant.
D'autres notes diplomatiques livrent une image ambivalente du monarque. Pragmatiques, les diplomates américains notaient, en décembre dernier, que Sarkozy demeurait l'un des leaders les plus solides d'Europe malgré une forte impopularité : aucun challenger sérieux, un camp tout entier dévoué, un contrôle politique total sur le Parlement, le pays est bien verrouillé. la piètre image que donnait déjà Nicolas Sarkozy, avant même le discrédit supplémentaire apporté par la polémique sécuritaire de l'été dernier. Mais d'autres appréciations, depuis 2007, sont clairement plus inquiétantes sur le caractère présidentiel.

En octobre 2007, un câble diplomatique évoque son divorce avec Cécilia, on y décrit un Sarkozy complètement déstabilisé : cela « risque d'affecter l'équilibre fragile de cette personnalité susceptible et autoritaire (...) Sarkozy lui même a fait état de sa dépendance envers Cécilia -la source de ma force et mon talon d'Achille, comme il le formule. » On pourrait presque plaindre l'amoureux déchu, s'il n'y avait pas ce second mémo, deux ans plus tard, en novembre 2009 : « Sarkozy utilise à plein la popularité de Carla Bruni et la popularité de leur couple pour promouvoir les intérêts nationaux de la France au Brésil.» Carla Bruni-Sarkozy, « VRP » sexuelle de Sarkofrance ?

Différents mémos relatent également des témoignages d'officiels étrangers glanés au fil des (nombreux) déplacements internationaux du Monarque français, le qualifiant de « relâché », « discourtois », « autoritaire », « impulsif ». Une note mentionne même cette anecdote tristement croustillante :ses collaborateurs terrorisés ont fait dérouter l'avion présidentiel un soir de décembre 2009 afin que Sarkozy évite de voir la Tour Eiffel décorée aux couleurs de la Turquie...
Au final, Sarkozy apparaît tel qu'on le perçoit aussi en France : psychologiquement instable ou émotif, narcissique et impulsif. Que cette image ait été également perçu dans les coulisses des déplacements officiels par la diplomatie américaine est en soi une information.

A l'Elysée comme au gouvernement, on nous explique que ces fuites de Wikileaks sont scandaleuses, qu'elles représentent une atteinte « à l'autorité des États » et « mettent en danger des hommes et des femmes qui travaillent à la sécurité de leur pays ». L'accusation est fausse, les informations ont été filtrées par des journalistes.

En France, ces fuites portent atteinte au story-telling sarkozyen et à l'autorité du Monarque.

Sarko, l'innocent
Dans l'affaire du Karachigate, le Figaro a livré une nouvelle pièce au dossier. Selon le journal, « plusieurs documents en possession des juges tiennent aujourd'hui Nicolas Sarkozy à l'écart du cœur névralgique du dossier.» Quels sont-ils ?

1. Dans le compte rendu d'une réunion tenue le 29 juin 1994, le représentant du ministère du Budget, dirigé à l'époque par Nicolas Sarkozy, réitère les réticences de Bercy sur la vente de sous-marins au Pakistan. le Figaro s'interroge alors : « Par la suite, Nicolas Sarkozy, d'abord hostile à la vente des sous-marins, aurait-il lui-même donné son accord à la création, au Luxembourg, de la société HEINE, «shadow compagny» chargée de gérer les commissions liées à ce contrat (versées aux décisionnaires pakistanais, légales jusqu'en 2000), et éventuellement les rétrocommissions (illégales, elles, destinées à des responsables français)?»

2. Un autre document, saisi par le juge Renaud Van Ruymbeke ces dernières semaines, est constitué de 3 pages manuscrites datant du 11 décembre 1996 (Chirac est président depuis 6 mois), rédigées « par un fonctionnaire du ministère du Budget au cours d'une réunion avec les responsables de la Direction des constructions navales (DCN) ». Ces notes décrivent le circuit emprunté par les commissions occultes versées en marge du contrat Agosta. Selon le Figaro, ces notes montrent que l'administration fiscale n'avait pas connaissance de ces circuits, puisqu'elle venait s'en enquérir auprès de la DCN pour évaluer leurs déductibilités fiscales.

3. Une troisième information mentionnée par le Figaro est la réponse adressée par Nicolas Sarkozy en 2006, alors ministre de l'intérieur et futur candidat à la l'élection présidentielle, à au dirigeant de la société HEINE menacée de dissolution : Sarkozy aurait renvoyé l'interlocuteur vers ... Michèle Alliot-Marie alors ministre de la Défense de Jacques Chirac.

L'argumentaire de défense pro-Sarkozy servi ainsi par le Figaro est un peu faible : les réticences de Bercy contre le contrat Agosta dataient d'avant l'arrivée de Nicolas Sarkozy à Bercy. Au contraire, on ne peut que s'interroger que les raisons qui ont fait changer d'avis le futur président. Quand à l'explication de texte fournie par la DCN aux fonctionnaires du fisc fin 1996, elle ne prouve en rien que Nicolas Sarkozy était au courant ou pas de l'existence des commissions. A l'inverse, la règlementation imposait au ministre du budget de valider le montant des commissions au moment de la conclusion de la vente. Et divers témoignages ont rappelé que cette autorisation avait bien eu lieu.

On notera au passage que le quotidien communique le contenu de documents classé confidentiel défense, obtenus grâce à des fuites qui, cette fois-ci, ne choquent personne en Sarkofrance...

Un président qualifié d'impulsif-autoritaire par des diplomates américains, fébrile sur l'affaire Karachi au point de commander un article de défense au Figaro...

 Dans quelle démocratie vivons-nous ?


mercredi 1 décembre 2010

L'agenda Anti-Sarko : il est là

Pour celles et ceux qui, comme moi, attendent la fin du mandat de Nicolas Sarkozy, un agenda a été édité voici un an. Et un an plus tard, il est toujours utile. Chaque nouvelle semaine, quelques traits du portrait de Nicolas Sarkozy disparaissent. L'agenda couvre toutes les semaines nous restant à supporter jusqu'en mai 2012. C'est quelque part déjà réjouissant. Chaque jour, on peut y noter un fait marquant ou un évènement personnel. Chaque jour, je le regarde en pensant que j'approche de la fin. Ou pas. Mais c'est une autre histoire.

La Ville Brûle, l'éditeur, en a quelques exemplaires à 6 euros pour cette fin d'année. Ne vous gênez pas pour cette fin d'année d'année et de Noël.

Je précise que je n'ai aucun intérêt ni implication personnels dans cette initiative.



Flip Book / Agenda : JANVIER 2010 - MAI 2012
envoyé par heeza. - Cliquez pour voir plus de vidéos marrantes.



Cette précarité que Sarkozy voudrait oublier

Mardi 30 novembre, Nicolas Sarkozy n'était pas content des fuites de Wikileaks. Et il l'a fait savoir, par l'intermédiaire de son nouveau fidèle François Baroin. L'énervement du président des Riches n'était rien à côté de son inquiétude : le fameux nouveau plan européen de sauvegarde de l'Irlande, loin de rassurer les marchés, les a littéralement emballé, provoquant un regain de spéculation cette fois-ci contre le Portugal et l'Espagne. Et Sarkozy ne peut même compter sur la France pour un peu de répis. Il fait pourtant tout ce qu'il peut pour assurer les Français de son soutien sur des grandes causes telles le Sida ou la dépendance. Et qu'importe si le chômage croissant est rapidement occulté, et la dépendance un vrai chantier... pour l'assurance privée.

Le discours contre les actes.
Mardi, lors du point presse du porte-parole du gouvernement Sarkozy, François Baroin n'avait rien à dire, dans sa communication officielle, sur le chômage, la précarité ou cette récente information, révélée lundi dernier : on apprenait en effet que 378 000 foyers aux revenus supérieurs ou égaux à 5 300 euros par mois avec un enfant et 6 400 euros avec deux enfants sont logés ... en HLM. 53 000 d'entre eux déclarent même des revenus supérieurs à 11 000 par mois. Lors du conseil des ministres du jour, on a préféré parler économies d'énergie (Eric Besson), bilan de l'année de la biodiversité (NKM), réforme des chambres de commerce et d'industrie (Frédéric Lefebvre), plan de lutte contre le sida (Xavier Bertrand), et propositions de la Commission européenne pour la relance du marché unique (Christine Lagarde). Non pas que ces sujets ne soient pas importants, mais ils sont complètement hors de propos avec l'actualité du moment : les Bourses dévissent, le chômage s'envole, la précarité s'aggrave. Quand François Baroin déroula donc ses différents sujets, la caméra d'Elysée.fr avait quelque peine à masquer les bâillements et distractions de l'assistance.

L'attention gouvernementale était ailleurs : les « marchés » ont pris le dessus. La spéculation s'emballe.

François Fillon a brandi, comme un sparadrap au secours d'un grand blessé, l'idée d'inscrire l'interdiction du déficit dans la Constitution. L'idée est d'imposer à chaque gouvernement, par une modification de la Constitution, un engagement pour cinq ans sur une « trajectoire » de réduction des déficits. Tout est bon ou nécessaire pour rassurer les traders du monde, y compris baisser sa culotte de gaulliste repenti. Il faut « rassurer avant tout », décode le Figaro. L'Elysée est tellement occupée par la panique intertionale que François Fillon a finalement les coudées franches : « C'est le premier ministre qui gère, on ne peut pas tout faire. » a confié un conseiller présidentiel. Il lancera une consultation d'ici quelques semaines auprès des différents partis : « Ce sera le sujet du début d'année.»... Si l'Espagne n'a pas fait faillite d'ici là.

Le problème principal est qu'aucun de ses sujets n'était prévu dans l'agenda officiel.

La lente envolée du chômage
Le chômage n'est plus un problème. Vous n'étiez pas au courant. C'est réglé. La reprise est là. Circulez. On pourrait pourtant revenir sur le vrai bilan, publié il y a 8 jours. A la publication des statistiques du mois d'octobre, Xavier Bertrand, tout nouveau ministre du Travail, s'est réjoui. Pensez-vous ! Pôle emploi répertoriait 22 900 inscrits de moins dans sa première catégorie, celles et ceux sans aucune activité. On entend toujours les mêmes commentaires officiels : en octobre 2007, Christine Lagarde nous promettait un chômage sous la barre des 5% de la population active en 2012. Trois ans plus tard, crise oblige, la ministre de l'économie en était réduite à commenter des hausses comme des bonnes nouvelles. En mars 2010, elle se réjouissait déjà : « En février c'est une hausse inférieure à celle de janvier.»  En juin 2010, Lagarde constatait que « l’augmentation du chômage en France depuis le début de la crise est un peu plus faible que dans la zone euro. » Fin septembre, elle commentait : « On descend graduellement et on améliore la situation ». En août dernier, Lagarde notait « avec satisfaction » « une stabilisation globale du marché du travail depuis le début de l'année ». Et en octobre ? En octobre, on n'écoute plus.

Cette fois-ci, une lecture exhaustive des chiffres communiqués par le ministère du travail donnait quelques informations terrifiantes. A fin octobre 2010, quelques 4,6 millions de personnes étaient toujours inscrites à pôle emploi dans les 5 catégories habituellement recensées.

- Les radiations administratives (+5,5% sur un mois, +14% sur un an) ou « pour défaut d'actualisation » (210 000, soit +17% sur un mois et +11,4% sur un an) en octobre ont augmenté. Comme le rappelait Intox2007, il suffit de rater de quelques clics à la fin du mois lors sa réactualisation de situation pour sortir ainsi des statistiques.

- L'inactivité de longue durée a encore augmenté.

- Les licenciements économiques ont cru de 10% en un mois.

- Les plus de 50 ans inscrits à Pôle emploi sont toujours plus nombreux (+1,2% d'inscrits sur le mois et +16% sur un an).

- Certaines régions deviennent des zones sinistrées de l'emploi (Alsace, Corse, Franche-Comté, Pays-de-Loire, Rhône-Alpes). 

- Les reprises d'activité ont baissé (de 2,2% en octobre versus septembre).

- Le nombre d'offres d'emploi collectées par pôle emploi a baissé (271.000 offres, en baisse de 1,5%).

- les radiations pour maternité, maladie ou retraite ont explosé (de 7,9% en un mois).

Le chômage ne serait plus un problème. Vraiment ?

A l'Elysée, on préfère parler de la « dépendance », plus consensuelle. Voici donc la prochaine arnaque sarkozyenne.

Dépendance, la belle arnaque.
Dans un long article, Laurent Mauduit, pour Mediapart (*) décrypte le débat sur la dépendance, le nouveau grand chantier social de Nicolas Sarkozy d'ici la fin de son mandat. Notre confrère Slovar l'évoquait déjà en juin dernier. De déclarations en promesses, de Sarkozy(s) à Fillon, les contours du débat se dessinent. Et une nouvelle privatisation de la sécurité sociale aussi.

Le planning annoncé par Nicolas Sarkozy lors de son intervention télévisée le 16 novembre dernier est de présenter la réforme au Parlement dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale débattue à l'automne 2011 pour l'exercice suivant. D'ici là, a promis François Fillon dans sa déclaration de politique générale à l'Assemblée nationale le 24 novembre, une grande « concertation nationale »sera lancée. Sarkozy veut créer une cinquième branche de la Sécurité sociale, aux côté de la maladie, de la retraite, de la famille et des accidents du travail. Quels sont les termes du débat proposés ?

La première tartuferie est de faire croire que la dépendance n'est pas traitée aujourd'hui; c'est tout le sens de la formule choisie, la création d'une cinquième branche de la Sécu. Or, comme l'ont confirmé François Fillon, le 24 novembre, puis Roselyne Bachelot, le 26 novembre, la dépendance est d'ores et déjà financée à hauteur de  22 milliards d'euros en 2010 d'ores et déjà financés par l'Etat (17 milliards) et les départements (5 milliards). Le problème est ailleurs : la dépendance va coûter de plus en plus cher à cause du vieillissement de la population.

La seconde tartuferie est d'abriter la piste de l'assurance privée sous l'égide de la consolidation de la Sécurité sociale. Sarkozy expliquait que la dépendance était « le plus souvent un risque assurable qui peut être couvert en partie par des produits financiers innovants ». Et le 16 novembre, il avait avancé :  « Faut-il faire un système assurantiel ? Obliger les gens à s'assurer ? Faut-il augmenter la CSG ?
Faut-il avoir recours à la succession quand les enfants n'ont pas la volonté ou pas les moyens ? » Huit jours plus tard, Fillon renchérissait : « Il faudra ensuite sérier les pistes de financement : assurance obligatoire ou facultative, collective ou individuelle ? » Et le 26 novembre, Bachelot complète sur «l'éventuelle mise en place d'une assurance privée? » : «Je ne veux pas encore me prononcer. Le débat à venir sera aussi un débat de prise de conscience pour nos concitoyens. Les Français devront s'exprimer sur ce qu'ils jugent être la meilleure solution.» La ministre des Solidarités disqualifie presque l'une des trois pistes évoquées par Sarkozy, le recours à la succession, une mesure qui pourtant, si elle est correctement calibrée, pourrait permettre d'imposer aux plus riches d'utiliser leurs héritages, désormais quasiment intégralement exonérés de droits de succession, de contribuer à la prise en charge de la dépendance. Mais pour Bachelot, cette piste présente surtout des inconvénients : « le recours sur succession peut créer un phénomène d'exclusion. Beaucoup de personnes risqueraient de se passer d'une aide pour ne pas «priver» leurs enfants d'une partie d'héritage

Le 23 juin dernier, une députée UMP, Valérie Rosso-Debord, a remis un rapport d'information à l'Assemblée nationale sur la prise en charge des personnes dépendantes, rapport derrière lequel Roselyne Bachelot s'est abritée le 26 novembre dernier quand elle a lancé le débat voulu par Nicolas Sarkozy. L'ampleur du phénomène est expliqué, les prévisions sont explicites. Et la députée n'hésite pas à prévenir que le « contexte de finances publiques exsangues » obère l'avenir :  « Alors même que les prélèvements obligatoires français sont parmi les plus élevés des pays industriels, l’écart croissant entre les recettes et les dépenses est à l’origine d’un déficit chronique et l’endettement de la France s’est accru en conséquence au fil des années.» Autrement dit, on ne doit pas augmenter les impôts et cotisations, la dépense publique va augmenter, donc ... privatisons !

La députée Rosso-Debord ne se prive pas de recommandations, notamment en matière de financement :
- elle propose le recours à la succession, pour les héritages d'au moins 100 000 euros, mais plafonnée à 20 000 euros par succession. Pourquoi prévoir un tel plafond si ce n'est protéger les plus riches ?
- elle suggère aussi de « rendre obligatoire dès l’âge de cinquante ans, la souscription d’une assurance perte d’autonomie liée à l’âge », auprès de mutuelles, d'une société de prévoyance ou d'une compagnie d’assurance. La proposition était prévisible. Par précaution, Mme Rosso-Debord complète : il faudrait assurer « l'universalité progressive » de cette assurance via « la mutualisation des cotisations et la création d’un fonds de garantie ». Cette universalité consisterait en fait en un simple label pour sociétés d'assurance privée.
- Pire, la recommandation suivante consiste à « maintenir à titre transitoire une prise en charge publique », précise-t-elle, « en attendant que l’assurance dépendance puisse se substituer au régime actuel de l’allocation personnalisée d’autonomie.» Vous avez bien lu.... cette grande cause nationale serait financée par la solidarité nationale... « à titre transitoire ».

La troisième tartuferie est la discrétion officielle sur le rôle des frères Sarkozy dans le secteur de l'assurance privée. Deux frères du président Sarkozy y sont très actifs. Le premier, François, conseille les frands du secteurs sur les meilleurs placements dans le secteur de la santé. L'autre, Guillaume, est le délégué général de Malakoff-Médéric, travaille ainsi activement à un projet de « joint-venture » conclu avec la Caisse nationale de prévoyance , une filiale de la Caisse des dépôts. Le projet Médéric/CNP vise le marché de l'assurance privée, retraite et autres diversifications. Mediapart a publié la plaquette d'information relative au projet. Et en février dernier, Guillaume Sarkozy s'expliquait déjà, publiquement, sur les grands enjeux de la dépendance, lors d'un  déjeuner de presse organisé par l'institut de l'entreprise. Avec 9 mois d'avance sur son petit frère de président... Il sensibilisa l'assistance sur le fait que « la dépendance coûte 19 milliards d’euros, ce qui représente environ 15 % du coût des dépenses de santé ou 10-12 % du coût de la retraite.» Le frère du président exprimait déjà son soutien à une assurance privée obligatoire, un vrai bon contrat juteux pour son nouvel employeur :  « pour ce qui est de l’assurance collective, Guillaume Sarkozy plaide en sa faveur avec un régime par point pour un montant de 11,50 euros par mois, comme le propose Malakoff Médéric, permettant d’obtenir une rente d’environ 450 euros si l’on cotise de 40 à 75 ans. » La boucle est bouclée...

Ce scenario n'est pas l'élucubration de quelque cerveau gauchiste dérangé. Les mêmes conclusions sont à lire dans le Point.


Ami sarkozyste, pourras-tu assurer tes parents ?



(*) article payant.