31 janvier 2011

Sarkozy : « La France se tient aux côtés des Egyptiens », mais lesquels ?

Dimanche 30 janvier, Nicolas Sarkozy était à Addis Abeba, en Ethiopie, pour un sommet de l'Union africaine. Il était invité en tant qu'organisateur des G20 et G8 cette année. Le terrain était facile. Le président français caressa l'assistance dans le sens du poil en plaidant pour une réforme de la gouvernance de l'ONU et une régulation des marchés de matières premières et de l'énergie. On aurait aimé qu'il fasse preuve d'autant de volontarisme réformateur en Tunisie puis, maintenant, en Egypte. Sur ces sujets au moins, l'action concrète était à portée de main.

Sarkozy est préoccupé par les morts...
Samedi 29 janvier, Fillon s'est enfin inquiété de l'ampleur des violences et Egypte. Il a dénoncé les tueries, en marge d'un déplacement au Mans : « Nous sommes extrêmement préoccupés. L'Egypte est un grand pays qui compte énormément pour la stabilité du Moyen-Orient. (...) Il faut que les violences s'arrêtent. Personne ne peut accepter qu'il y ait des morts. Personne ne peut accepter ce déchaînement de violence.» Il avait ajouté qu'il fallait que « les réformes qui sont annoncées se mettent en place. Il faut que le peuple ait un espoir d'avancer sur le chemin de la démocratie et de la liberté.» En Egypte, la répression a viré au carnage: 92 morts en moins d'une semaine de manifestations !

Le même jour, Nicolas Sarkozy avait co-signé une déclaration commune avec ses collègues Angela Merkel et David Cameron : « Nous sommes vivement préoccupés par les événements que nous observons en Egypte. Nous reconnaissons le rôle modérateur que le président Moubarak a joué depuis de nombreuses années au Moyen Orient. Nous lui demandons désormais de faire preuve de la même modération pour traiter la situation actuelle en Egypte.» Les trois leaders européens marchent sur des oeufs qu'ils ne veulent visiblement pas casser en omelette.

Dimanche, Sarkozy avait prudemment complété : « La violence, d'où qu'elle vienne, n'est jamais la solution, parce que la violence n'appelle rien d'autre que la violence, parce que la violence, sur tous les continents, n'engendre que la désolation et la souffrance. La France respecte la souveraineté des Etats et le droit des peuples à se déterminer eux-mêmes (...) mais il y a des valeurs qui sont universelles (...) tous les responsables politique doivent compter avec elles. » Et d'ajouter : « la France se tient avec amitié et respect aux côtés des Tunisiens et des Egyptiens dans cette période absolument cruciale, pas simplement pour ces deux pays, cruciale pour le monde

...  mais mise sur Moubarak

Le même jour, Jeannette Bougrab croyait bien faire en expliquant sur France info : « Il faut que le président Moubarak parte (...). Après 30 ans de pouvoir, il y a une forme d'usure et la transition démocratique doit aussi toucher l'Egypte. » La jeune secrétaire d'Etat à la Jeunesse et à la Vie associative n'était visiblement pas au diapason de la position officielle. Elle s'est faite convoquer illico par son premier ministre à cause de ces propos. Et à 13h29, on recevait un communiqué de presse de la gaffeuse : « A la suite de ses récentes déclarations sur la situation en Egypte, Jeannette Bougrab, Secrétaire d’État à la jeunesse et la vie associative tenait à préciser que la position de la France et de son Gouvernement a été exprimée par le Président de la République et le Premier Ministre.»

On appelle cela, du recadrage !

Nicolas Sarkozy a fondé sa carrière politique sur une rupture sémantique, sa capacité à verbaliser les problèmes, à appeler un chat un chat. Mais quand il s'agit des morts tunisiens ou égyptiens, le vocable change. Le Monarque reste prudent, toujours prudent. Il faut des morts, beaucoup de victimes de la brutalité policière pour qu'il réagisse. Le recadrage de Bougrab prouve que ce weekend encore, Sarkozy misait toujours sur Hosni Moubarak.

Fillon et Sarkozy n'ont fini par évoquer les morts que sous la pression internationale. Il faut dire que Barack Obama leur met la pression. Le président américain fut en effet plus direct. Les Etats-Unis ont de sacrés enjeux géopolitiques dans le pays, mais cela n'a pas empêché Obama, vendredi soir, une heure à peine après l'annonce du limogeage du gouvernement par Moubarak, de réagir personnellement depuis la Maison-Blanche : « Je veux appeler très clairement les autorités égyptiennes à s’abstenir d’utiliser la violence contre les manifestants pacifiques. (...) Au bout du compte, le futur de l’Egypte sera décidé par le peuple égyptien.»

Etait-il si difficile au couple Sarkozy/Fillon de demander à Moubarak d'arrêter de faire tirer contre son peuple ?

Jusqu'à l'automne dernier, la France apportait son soutien aux forces de sécurité égyptienne. En septembre 2010, des officiers français prodiguent, pour la troisième année, un stage de filature. Début octobre, 5 officiers égyptiens viennent en stage au RAID. Mi-octobre, deux cadres policiers français étaient venus former une vingtaine d'homologues égyptiens à la « gestion des foules », rapportait à l'époque l'ambassade de France au Caire : « L’Egypte a demandé à la France de lui faire part de son expérience en matière de gestion des foules et des grands événements. Une telle formation a été dispensée du 10 au 16 octobre 2010 au Caire au profit de 20 officiers des services d’ordre public et de la sécurité d’Etat ». Elle s’est « articulée autour des règles déontologiques, les règlements d’emploi, l’examen de cas pratiques, l’organisation des services d’ordre et de rétablissement de l’ordre, les équipements

Pour l'instant,  Sarkozy mise encore sur l'allié historique. En Tunisie, il avait commis la même erreur. Ces derniers jours, on efface les traces de cette complicité. Les conseillers élyséens  ont retiré toutes les photos figurant Sarkozy en Ben Ali ensemble lors de la visite d'Etat d'avril 2008.


Sarkozy caresse l'Afrique
« Dans le monde d'aujourd'hui, on ne peut plus gouverner comme dans celui d'hier. Ce changement, ou bien on le subit et c'est la porte ouverte, un jour ou l'autre, à la violence. Ou bien ce changement on le précède, on l'accompagne et alors il peut s'accomplir sans heurt, sans déchirement, sans ouvrir la voie à toutes les aventures. Le changement pacifique, la France le souhaite.» Ces propos, Nicolas Sarkozy les a tenus en Ethiopie, devant un parterre de chefs d'Etat et de diplomates africains réunis pour un sommet de l'Union africaine. Ni Laurent Gbagbo ni Alassane Ouattara, qui se disputent la présidence ivoirienne, n'étaient présents. L’actuel président de l’UA, Mutharika du Malawi, passait la main au président équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema. Ce dernier est sous le coup d’une enquête sur les biens mal acquis en France, régulièrement bloquée par le parquet de Paris. 

Nicolas Sarkozy prend son rôle de président du G20 très au sérieux. A Addis Abeba, il a dénoncé « l'excessive volatilité des prix agricoles », répété sa proposition, inutile, de financements innovants pour sauver l'Afrique, fustigé l'insuffisance de l'aide publique des pays riches.

Il s'est aussi facilement fait applaudir en prenant le secrétaire général de l'ONU à témoin : « Faites la réforme du conseil de sécurité dès cette année. N'attendez pas, ne faites pas un discours, prenez des décisions (...) reconnaissez au milliard d'Africains la place à laquelle ils ont droit et la France vous soutiendra. Cela fait trente ans que l'on parle de la réforme. Je vous propose qu'on la fasse cette année en 2011 (...) ne créons pas un groupe de travail, faisons le débat et réalisons la promesse pour associer l'Afrique, le continent latino américain et d'autres partenaires à ce Conseil de sécurité. Et à ce moment-là, il n'y aura plus d'organisations concurrentes. Si le Conseil de sécurité représente le monde dans sa diversité, alors il n'y aura plus besoin d'autres organisations. » Sans l'accord des autres membres du conseil de sécurité, Ban Ki-moon ne peut rien. 

Sarkozy s'est quand même donné le beau rôle, un rôle plus joli de celui qu'il tient au Maghreb.

30 janvier 2011

Sarkozy a raison d'être confiant pour 2012.

Il a eu 56 ans vendredi 28 janvier. Il est candidat à sa réélection. Ses efforts pour paraître enfin sérieux, serein et rassembleur sont comme un spectacle de guignol. On admire l'interprétation, les costumes choisis, les mises en scène. La cérémonie des Cesar du cinéma est pour bientôt, fin février, et Nicolas Sarkozy mériterait d'y concourir. Les sondages sont mauvais. Pourtant, il est confiant. Ses conseillers propagent la bonne parole : Sarkozy est le meilleur candidat à droite, Marine Le Pen n'est pas une menace, et il faut laisser du temps aux Français qu'ils réévaluent le bilan de son action.

Quelques fidèles journalistes, satisfaits d'avoir recueilli quelques confidences élyséennes, s'empressent de les colporter. D'autres conservent un peu de recul.

Faire semblant de travailler
Officiellement, Sarkozy n'est pas candidat. Claude Guéant a même donné quelques consignes à l'état-major de l'UMP. Nombre de députés UMp ont également exprimé leur souhait d'une candidature tardive. Il n'empêche. Dans les couloirs, on en rigole, et les gaffes, involontaires ou pas, sont légions. Jean-François Copé, le nouvel allié et futur candidat autoproclamé pour 2017, avait lâché en décembre dernier, à Pékin (sic !) qu'il voulait susciter une « mobilisation générale », pour Sarkozy « qui sera notre candidat ». Cette semaine, un ministre, anonyme bien sûr, a confié à l'AFP que son Monarque était « parti très tôt en campagne ». Sarkozy lui-même, mardi dernier, lors de sa réunion du Premier Cercle, avait assuré aux participants qu'il ne faisait que jouer un rôle de composition, « serein et protecteur », mais que ses supporteurs retrouvaient le Sarko qu'ils aiment dès la campagne officielle lancée.

Ses voeux, tout au long du mois de janvier, furent l'occasion de prodiguer nombre de gentillesses, des compliments pour l'action passée aux promesses d'investissements publics (grâce au Grand Emprunt). Tout le monde eut droit à ces encouragements : fonctionnaires, agriculteurs, maires, parlementaires, journalistes, militaires, autorités religieuses, ouvriers, personne ne fut oublié. On est loin du Sarkozy de la rupture qui s'attaquait à tous les tabous de la société française. Désormais, il faut caresser la France dans le sens du poil pour lui faire oublier 4 ans d'agitation et de brutalité !

La préparation de la présidence française du G20, depuis novembre, fut l'occasion de multiples rencontres. Certaines, avec les grands de ce monde, ne servaient qu'à soutenir l'image de l'homme expérimenté. D'autres, comme son voyage en Inde, visaient à charmer l'assistance. D'autres encore, comme avec Jacques Chirac et Dominique de Villepin, n'étaient qu'un « prétexte pour reprendre contact » avec les ennemis de l'intérieur.

Encourager Marine
Désormais, Sarkozy fait aussi semblant de ne pas s'inquiéter de la compétition de Marine Le Pen. La nouvelle présidente du Front National a plus de chance, à en croire les sondages, de disqualifier le candidat de gauche du second tour. Mme Le Pen a maquillé son islamophobie d'un vernis laïc, et, dans les médias, on persiste à souligner le discours social de l'héritière du millionnaire Jean-Marie.

Effectivement, à gauche, une relative panique s'installe. Dany Cohn-Bendit l'a explicité, il y a 15 jours : « Si ça continue comme ca, on ne peut pas exclure un nouveau 21 avril. » On accuse Jean-Luc Mélenchon de cliver la gauche à force de démolir le parti socialiste. Les primaires socialistes ont débuté, et son l'occasion de jolis déchirements.

On sait que Sarkozy est impopulaire, mais qu'il a son socle de 25 à 30% d'irréductibles. Personne dans l'opposition ne peut se targuer d'un tel score prévisionnel. Sarkozy, donc est confiant. Il fait semblant de ne pas voir qu'il est impopulaire depuis près de 3 ans déjà. Jacques Chirac avant lui, déjà, était tout aussi disqualifié pour 2002. Il fut réélu avec 80% des voix.

Pour contenir la menace frontiste, Sarkozy a aussi opéré un recentrage. Il cajole Borloo, Morin et les autres.

Décourager les dissidents
Mardi soir devant plusieurs centaines riches donateurs de l'UMP, Sarkozy a surjoué l'assurance : « Ne vous fiez pas aux sondages. Les Français aiment malmener ceux qui sont à leur tête. Et ils ont des favoris qui ne tiennent pas la route. Regardez Delors: il aurait dû faire dix mandats si l'on avait suivi les sondages. Et Jospin: pendant cinq ans tout le monde le voyait président. Et puis il y a le cas Balladur, je suis bien placé pour le savoir. » Il veut décourager la compétition interne.

Même Dominique de Villepin, l'opposant de toujours, s'est calmé. Son second procès Clearstream débute bientôt. Et Sarkozy a négocié avec Chirac quelques arrangements. Charles Jaigu, du Figaro, est toujours bien informé. Il faut le lire décrire cet échange entre Sarkozy et Hervé Morin qui s'inquiétait de l'étroitesse du socle électoral sarkozyen : « Oui, oui, d'accord… Enfin, laissez-moi quand même avoir une opinion! Je te rappelle que j'ai déjà été dans la bataille, et qu'en plus je l'ai gagnée! Je ne dis pas ça pour toi, mais regarde Jean-Louis (Borloo): quelques semaines avant le premier tour (en 2007, NDLR) il ne croyait toujours pas en ma victoire! Alors, ça suffit! D'ailleurs, je ne suis pas dans une stratégie de premier ou de deuxième tour. Je veux créer une dynamique…»

Passer à côté de l'histoire
Le plus incroyable est sans doute le contexte. En France, la situation est grave. Le chômage reste de masse et en augmentation. La reprise est plus que timide. Le pouvoir d'achat est prévu en berne, avec l'effet cumulé d'un retour de l'inflation et d'une stagnation des revenus, y compris des minimas sociaux.

A l'étranger, Sarkozy est en passe de rater le train de l'histoire. Le Maghreb s'embrase pour la démocratie. Le séisme politique, s'il se confirme, est aussi important que la chute du Mur de Berlin en 1989. Après l'exemple tunisien - une révolution populaire sans leader - voici l'Egypte qui bouscule son autocrate Moubarak. L'Algérie contient, pour le moment, ses secousses populaires. Bien plus au Sud, la dictature yéménite fait face aux mêmes difficultés.

Trop occupé à son exercice électoral, Sarkozy se tient à distance. La France fut critiquée pour son attitude lors de la révolution de jasmin. La voici tout aussi prudente avec les évènements d'Egypte. L'excuse servie pour justifier l'attentisme passé - pas d'ingérence chez nos anciennes colonies ou protectorats - sera-t-elle adapté pour l'Egypte ?

Une gauche qui se cherche, un bilan présidentiel que l'on cache, des électeurs désintéressés, un centre absent, et un Monarque qui se réjouit.

Quel pays !

Ami sarkozyste, réjouis-toi.


29 janvier 2011

195ème semaine de Sarkofrance : les premiers ratés du candidat Sarkozy

Jusqu'ici, c'était un sans faute. Depuis l'échec de sa polémique sécuritaire estivale, Nicolas Sarkozy s'était replié sur le terrain diplomatique. Il lui fallait montrer à l'opinion, avant de se lancer officiellement en campagne en octobre prochain, qu'il était expérimenté et protecteur. La présidence française des G20 et G8 en 2011 était un prétexte idéal pour servir cette cause électorale.

Sarkozy revêtit donc un nouveau costume, qui ne fit illusion auprès de personne : ses voeux à répétition depuis janvier étaient tous posés et prudents. Son ton était toujours calme, l'attitude sereine, parfois compassée; ses propos sans un dérapage ni clivage. Et le Monarque prenait bien soin de ne quasiment jamais évoquer l'actualité bassement quotidienne de son propre pays. Pas un mot sur le chômage, la croissance plus faible que prévu, la précarité, la santé, l'insécurité ou les scandales. Il est « parti très tôt en campagne » a reconnu l'un de ses ministres.

Vaine modestie
Lundi 24 janvier, il clôturait à la fois sa tournée préélectorale des voeux, mais aussi ses consultations internationales, si nombreuses nous disait-on, en vue du prochain G20. Sa conférence de presse, la troisième seulement depuis son élection, était le point d'orgue de ce début d'année. Son sujet, diplomatique, avait été soigneusement encadré. Interdiction était faite de poser une quelconque question sur l'actualité française. Même sur les affaires étrangères, il s'était restreint à n'évoquer que 4 thèmes : petit mea-culpa sur l'indifférence française face à la révolution tunisienne ; fermeté contre Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire, soutien à la démocratie libanaise, et guerre contre le terrorisme. Là encore, il ne s'agissait pas de discuter de ses nombreux échecs diplomatiques passés (sommet de Copenhague, Europe, droits de l'homme, Françafrique, Géorgie, paradis fiscaux, etc).

Tout le monde expliqua qu'il avait été convainquant, pédagogique, et calme. Il déroula l'ensemble de ses ambitions, si nombreuses : réforme du système monétaire international mais en préservant le « rôle éminent » du dollar ; instauration d'une « taxe sur les transactions financières » mais l'idée traîne depuis 30 ans ; adoption d'« un code de conduite en matière de gestion des flux de capitaux », mais sans imposer de contrôle ; Accord sur « un socle de protection sociale universel », mais qui existe déjà. Il rappela ses voyages, rapports et rencontres préalables, si nombreux également. Et tout ça pour quoi ? Pas grand chose. Sur le plan des idées, il enfonça beaucoup de portes ouvertes, affichant peu d'idées neuves pour ce monde nouveau. Sur les résultats attendus, il resta modeste. « L'ordre du jour et l'agenda ont fait consensus. Les solutions ne font pas consensus, ça c'est certain » s'excusa-t-il. Promettre peu, parler de tout, pour espérer gagner quelque chose, telle semblait être sa feuille de route. Hors caméra, le candidat s'épancha de sa nouvelle boulimie culturelle tous azimuts auprès des journalistes présents. Il redoublait d'efforts pour montrer combien il avait changé, enfin.

Le jour même, des proches de Laëtitia Perrais, cette jeune Française de 18 ans disparue depuis 8 jours à Pornic, avaient organisé une marche blanche. Le suspect arrêté avant le weekend serait un violent récidiviste, mais il n'a pas avoué de viol, juste un accident. Les familles s'indignent.

Emotion électoraliste
Le lendemain, Sarkozy redevient lui-même. Il tombe le masque, abandonne son costume de « Président présidentiel » tout en hauteur, retenue et compassion. Devant des parlementaires UMP, invités aux frais de la République pour leur traditionnel petit-déjeuner hebdomadaire de l'UMP à l'Elysée, le Monarque veut montrer que personne ne peut lui disputer le terrain sécuritaire. Il leur demande une loi en urgence, une nouvelle, la 18ème depuis 2002. Ô surprise ! Il rencontre une résistance. Copé, Jacob, Léonetti, Larcher refusent toute « loi d'opportunité ». On n'est plus en 2007, quand il fallait bondir comme un cabri à chaque fait divers. Les Français ne sont plus dupes. Trop de loi tue la loi. Les dirigeants de l'UMP préfèrent un groupe de travail pour réfléchir 3 mois durant aux améliorations de la gestion des récidives.

Quelques heures plus tard, à Saint-Nazaire, Nicolas Sarkozy récidive. Il modifie son discours, et lit devant une assistance silencieuse d'ouvriers et de militaires, quelques lignes sur sa « très grande émotion » et sa « profonde compassion ». Il retrouve ses accents du passé. Seulement voilà, personne ne l'écoute. Tout le monde est évidemment choqué par la disparition. Mais Sarkozy est en charge de notre sécurité, comme il se plaît à le répéter dès qu'il le peut, depuis bientôt 9 ans. Le bilan de la délinquance en 2010, publié 4 jours auparavant, n'est d'ailleurs pas fameux. Si les meurtres sont en baisse (moins de 1000 par an), les violences aux personnes, crapuleuses ou non, progressent encore, comme chaque année depuis 2002 (exception faite de 2007, ... année électorale). Et un syndicat de policiers vient de s'émouvoir, auprès du Sénat, que la loi Loppsi II en cours d'examen prévoit le recrutement de volontaires retraités pour compenser la baisse des effectifs policiers. On marche sur la tête !

Mercredi, Sarkozy s'obstine. Il réitère, devant les ministres réunis en conseil à l'Elysée, son « émotion ». L'après-midi, il communique sur une réunion improvisée sur la récidive criminelle après la tragédie de Pornic. Mais jeudi matin, il craque. Dans un courrier direct au Garde des Sceaux Michel Mercier - François Fillon appréciera - il demande à ce dernier de faire la lumière sur les dysfonctionnements éventuels de la justice « si possible en évitant un nouveau dispositif législatif. ». Le suspect, imprudemment dénoncé comme un récidiviste sexuel, n'a toujours pas avoué. Sarkozy a cédé aux ténors de l'UMP. En aparté, il confie une mission d'évaluation des conditions d'exécution des peines au sécuritaire Eric Ciotti, député UMP des Alpes Maritimes. Coïncidence de date, une autre proposition du sieur Ciotti devenue loi, la suspension des allocations familiales des parents d'élèves absentéistes, vient d'entrer en vigueur. 

A Saint-Nazaire, Sarkozy avait d'autres choses à faire que de céder à ses propres pulsions. Il voulait illustrer, à l'aide d'une signature symbolique d'un transfert inédit de technologie vers la Russie sur 4 navires de guerre, combien sa politique industrielle est réussie. Il lança aussi l'appel d'offre tant promis de l'éolien offshore : 5 projets choisis juste avant l'élection présidentielle en 2012, 10.000 emplois promis dans l'Hexagone, 600 éoliennes au large des côtes françaises, une puissance prévue de 3000 mégawatts (MW), ... Quel chantier !

Candidat des Riches
Mardi, le Monarque avait commis une deuxième bourde préélectorale. Il s'est rendu une trentaine de minutes dans un hôtel de luxe parisien, porte Maillot, pour une réunion du Premier Cercle, ce club des riches donateurs de l'UMP. Pire, l'un des invités témoigna le lendemain de ses propos. Sarkozy, selon ses dires, fustigea le « scandale » de l'ISF, dont le rendement vient de croître de 360 millions d'euros en 2010. Il railla également les faibles mobilisations d'enseignants samedi dernier. Et surtout, il s'est démasqué, confirmant à l'assistance que son nouveau profil plus « modeste » n'était que « temporaire. « Pour l'instant, j'ai l'obligation d'être discret car je suis président, mais attendez que je sois en campagne.»  L'homme se moque de nous, et il ne le cache pas.

Un rapport sur les conflits d'intérêts lui a été remis cette semaine. Trop heureux de marquer le coup après les affres de l'affaire Woerth/Bettencourt en juin dernier, le candidat Sarkozy s'est empressé de promettre une loi « visant à promouvoir une véritable culture de la déontologie dans la vie publique française ». Quel enthousiasme ! En fait, il faut lire le rapport, et surtout décrypter la communication sarkozyenne. Primo, si les recommandations des 3 auteurs sont ambitieuses, elles ne concernent ni les parlementaires ni... le président lui-même. Secundo, Nicolas Sarkozy prit quelques précautions : il a expliqué qu'il mettrait en oeuvre « les mesures contenues dans le Rapport de la commission qui auront été retenues. » Dès jeudi, Fillon informa qu'il était hors de question d'interdire à un ministre d'être patron de parti, en se réfugiant, comme souvent, derrière quelques exemples étrangers mal choisis. La France, rappelons-le, est un cas bien différent des démocraties britanniques, allemandes ou espagnoles : le régime y est présidentiel, et non parlementaire. Le gouvernement, finalement, ne procède que du Monarque élyséen qui est par ailleurs politiquement et même pénalement irresponsable. En novembre dernier, le parquet de Paris a même étendu cette irresponsabilité pénale aux collaborateurs directs du président de la République !

Il y aurait beaucoup à dire sur la prévention des conflits d'intérêt au sommet de l'Etat. Le pantouflage de certains conseillers du président a été porté en justice. La privatisation des services secrets pour des causes personnelles (rumeurs d'infidélité conjugale n février 2010 , espionnage d'un journaliste dans l'affaire Woerth/Bettencourt) ou les liens d'affaires entre le Monarque et son ancien cabinet d'avocat, dont Jacques Servier était un fidèle client, interrogent l'éthique républicaine.

Attentisme diplomatique
Cette semaine, Nicolas Sarkozy est à nouveau passé à côté de l'Histoire avec un grand H. C'est un comble, pour un président qui a choisi ce terrain diplomatique pour redorer son blason intérieur. Vendredi, le président égyptien Hosni Moubarak, 82 ans, a révoqué son gouvernement. Toute la semaine, les manifestations n'ont pas faibli. C'est l'onde de choc tunisienne.

La révolution de jasmin a montré qu'on pouvait renverser un autocrate sans leader d'opposition. Evidemment, l'avenir démocratique n'est pas assuré. Mais pour le Monarque français, quelle bourde ! Il aurait pu, à l'instar des Etats-Unis, soutenir le mouvement. « Il est vital que l’Egypte accueille les réformes » a déclaré Hillary Clinton. Au lieu de quoi, nous n'eûmes droit qu'à une déclaration prudente de Michèle Alliot-Marie : « La France exprime sa vive préoccupation face aux manifestations qui secouent l'Égypte depuis quelques jours et qui ont connu une nouvelle vigueur ce vendredi. »

Et la France ?
Mercredi, Xavier Bertrand a dû commenter les mauvais chiffres du chômage. Le bilan de l'année 2010 est mauvais, très mauvais. Il y a exactement un an, le 25 janvier 2010, Sarkozy promettait à une dizaine de Français sur un plateau de TF1 que le chômage allait baisser dans les prochaines semaines. Quelle bévue ! Quel échec ! Les seniors, objets de toutes les attentions électorales du chef de Sarkofrance, payent également un lourd tribut à la dégradation de l'emploi. Parmi les 4,65 millions d'inscrits à Pôle Emploi à fin décembre dernier, les plus de 50 ans ont cru de 106.000. Leur durée d'inscription est aussi la plus longue : 353 contre 225 jours en moyenne. Face à cette situation, Xavier Bertrand promet des contrats aidés. Il fait mine d'oublier que le gouvernement, sans son budget 2011, a réduit de 15% les moyens de la politique de l'emploi.


Son collègue Luc Chatel, ministre de l'Education nationale, est devenu un expert ès licenciement. Il a promis des bonus aux chefs d'établissements les plus performants. était DRH chez l'Oréal. Pour divertir l'attention des suppressions d'emplois, il multiplie les contre-feux, en vain : après l'aménagement des rythmes scolaires, voici l'apprentissage de l'anglais dès 3 ans. L'échec de la suppression sans contrôle de la carte scolaire, l'augmentation des effectifs par classe, l'abandon des ZEP sont des sujets qu'il faut éviter.

Jeudi, Sarkozy a filé à Davos, autre sommet des Puissants. Il a rassuré quelques banquiers et industriels de l'énergie inquiets de trop de régulation : « la France ne remet pas en cause le marché ». Il a crié pour défendre l'euro. Ce weekend, il partait en Ethiopie, pour un sommet de l'Union africaine. Le candidat s'échappe. Il faut encore tenir 15 mois.

Ami sarkozyste, où es-tu ?




28 janvier 2011

Sarkozy recule devant l'UMP

Mauvaise journée ou retournement ? Nicolas Sarkozy a cédé devant la résistance de l'UMP à légiférer dans l'émotion sur la récidive sexuelle. A Davos, il est resté très prudent et compréhensif devant des banquiers qui se plaignaient du renforcement de la règlementation. En France, il n'avait rien à dire sur le chômage des plus seniors, une cible qu'il affectionne pourtant. Que se passe-t-il ?

Il est prudent devant les banquiers
Jeudi 27 janvier, Nicolas Sarkozy a filé au sommet des Riches à Davos. Là-bas, il a ressorti son laïus habituel, répété lundi dernier, sur le besoin de régulation des marchés et l'idée, vieille de 30 ans, d'une taxation sur les transactions financières internationales pour financer le développement. Il y ajouta une défense de l'euro, la même que celle du 31 décembre dernier : « Je sais que certains doutes de la pérennité de l'euro… L'euro c'est L'Europe et l'Europe c'est soixante ans de paix. Jamais nous n'y renoncerons… Les conséquences de la disparition de l'euro seraient tellement cataclysmiques qu'on ne peut jouer avec cette idée ». Il parla même de morale. « Il n'y a pas d'économie de marché sans un minimum de valeurs morales ».
Le plus surprenant était ailleurs. De puissants banquiers présents dans la station suisse se montraient publiquement grognons contre le risque de retour des réglementations, et notamment du renforcement exigé de leurs fonds propres, comme le rapporta le Figaro : « James Dimon, le patron de JP Morgan Chase, l'une des banques américaines les plus solides au plus fort de la crise, s'est fait leur porte parole: "Trop c'est trop !" » Serait-ce la fin du « banker-bashing » ?

Sarkozy fut étonnament prudent quand on sait combien il peut être cinglant. Il leur promit d'être « raisonnable » : « Je vois bien le risque, s'il y a trop de réglementations, on va développer le shadow banking.» Le Monarque exprime rarement publiquement son admiration pour l'Argent. Il réserve ses soutiens à la Richesse aux huis-clos du Premier Cercle de l'UMP. Sur les sujets qui le révoltent, il sait se montrer plus autoritaire, au moins dans le verbe. A croire que ces protestations d'un milieu bancaire qui a failli coulé l'économie mondiale et qui a été secouru à coups de centaines de milliards d'euros de par le monde par les Etats - c'est-à-dire les contribuables - n'étaient pas suffisamment révoltantes pour le Président des Riches.

Il abandonne les seniors
Il est certainement trop tôt pour commencer le bilan de la réforme des retraites adoptée le 27 octobre dernier. A l'époque, Eric Woerth, alors ministre du travail, nous expliquait que les mesures d'âge allaient mécaniquement augmenter le taux d'emploi des seniors.

La publication des statistiques du chômage à fin décembre permet enfin de tirer quelques conclusions, négatives, sur l'emploi en 2010, et en particulier chez les seniors. Parmi les inscrits à Pôle Emploi, les plus de 50 ans sans-emploi (catégorie A) ont cru de 450.000 fin 2009 à 523.000 un an plus tard. S'ajoutent les seniors chômeurs à temps partiel, soit 234.000 personnes (+33.000 en un an). Pire, les plus de 50 ans subissent la durée la plus longue d'inactivité : 353 contre 225 jours en moyenne d'inscription au pôle emploi (parmi les sortants). La reprise est là, nous répète-t-on ... depuis près d'un an !

Face à ce bilan catastrophique, la réponse gouvernementale est bien courte. Interrogé mercredi matin sur France Info, le ministre du Travail Xavier Bertrand a expliqué qu'il misait sur la poursuite des contrats aidés (réduits en 2011) et la personnalisation du traitement des chômeurs seniors. Mais de quoi parle-t-il ? la crise est toujours là. Pour preuve, le nombre d'offres d'emploi collectées par pôle emploi en 2010 s'est élevé à 250.600, soit 800 de plus qu'en décembre 2009, au plus fort de la crise. Quelle progression ! Quelle reprise !

Il cède à l'UMP
Dans l'affaire de Pornic, où la jeune Laëtitia n'a toujours pas été retrouvée 10 jours après sa disparition, Sarkozy a dérapé, puis cédé. L'homme a agi ssous le coup de l'émotion, nous expliqua François Baroin dès sa sortie du conseil des ministres mercredi. Une émotion très électorale. Mardi matin, il réclame une loi sur la récidive sexuelle à ses députés. Quelques ténors résistent. L'après midi, il lit quelques mots préparés sur le même sujet, alors qu'il se déplaçait à Saint Nazaire pour parler politique industrielle : « Mes pensées comme celles de tous les Français vont vers cette jeune fille, disparue, à Pornic, dans des conditions qu'il appartiendra à la justice d'éclaircir, mais qui hélas, laissent aujourd'hui craindre l'indicible. Un tel drame ne peut rester sans suite. ». Les mots sont choisis. Le lendemain, il en remet une couche. Jeudi, le Monde publie un article sur le suspect : ce dernier n'était pas un délinquant sexuel récidiviste, et la justice ne l'accuse pas de viol. Sarkozy recule, et publie une lettre envoyée le même jour à son ministre de la justice. Au passage, on comprend que François Fillon a retrouvé son rôle d'avant remaniement, celui d'un simple collaborateur. Dans son courrier à Michel Mercier, Sarkozy frôle à nouveau le dérapage : « Cette affaire suscite cependant une forte incompréhension chez nos compatriotes, qui ne peuvent admettre qu'une personne condamnée à de multiples reprises, notamment pour des faits d'une particulière gravité, puisse se soustraire délibérément à des obligations de surveillance imposées par la Justice.» Il parle de « dysfonctionnements qui portent atteinte au crédit de l'institution judiciaire. » Pas un mot sur les moyens. Et surtout il conclut : « Je souhaite que vous m'informiez dans les plus brefs délais des conclusions de cette enquête et des suites qui devront nécessairement y être apportées, si possible en évitant un nouveau dispositif législatif. » La phrase est lâchée. Sarkozy a cédé aux patrons de l'UMP qui ne voulaient pas d'une loi d'opportunité. L'évènement est politiquement majeur.

Sans doute énervé, le Monarque a immédiatement confié une mission à Eric Ciotti, le député spécialisé dans les questions sécuritaires, clone de Christian Estrosi dont il fut l'assistant parlementaire avant d'être élu à l'Assemblée en juin 2007. Ciotti est déjà responsable de la loi entrée en vigueur cette semaine qui suspend les allocations familiales aux parents d'élèves absentéistes. Sarkozy lui demande des pistes d'ici le 30 avril pour améliorer l'efficacité des peines, tant en milieu ouvert qu'en prison. Sans le vouloir, il reconnaît son échec dès son introduction : « Près de 30 000 peines sont restées en attente d'exécution pour la seule année 2009 ». La surpopulation carcérale est à peine mentionnée, mais pas les moyens de la justice en général. Les conseillers de Sarkozy ont gentiment fait fuité cette lettre de mission au Figaro. L'opération est électorale. Le candidat Sarkozy ne veut pas qu'on croit qu'il se désintéresse du sujet ni qu'il a échoué. Cela fait quand même près de 9 ans qu'il est en charge. Même les syndicats policiers s'indignent de l'imposture. Alors que la loi Loppsi II est examinée au Sénat, certains dénoncent le recrutement prévu de volontaires réservistes qui vise à compenser la baisse des effectifs dans la police nationale.


Avant de partir à Davos, mercredi en fin de journée, Nicolas Sarkozy a décoré son amie Mireille Mathieu de la Légion d'Honneur. « C'est fait, c'est avoué : je vous aime beaucoup! ». Ces propos pouvaient faire sourire celles et ceux qui avaient lu les comptes-rendus, dans la presse, des propos off tenus par Sarkozy après sa conférence de presse devant les journalistes présents : il s'exerça à démontrer combien il était devenu boulimique de culture littéraire ou cinématographique. Les témoins de la scène en furent presque gênés.

27 janvier 2011

Conflits d'intérêt ou profil modeste, Sarkozy se fiche de nous.

Il dîne avec quelques riches donateurs de l'UMP dans un hôtel de luxe. Il reçoit le lendemain un rapport sur (certains) conflits d'intérêts. Il tient dans l'urgence, dans l'après-midi, une réunion sur la récidive criminelle après la tragédie de Pornic. Il célèbre le renforcement des relations ... avec la Colombie. Il organise une émission de télévision, « face aux Français » le 10 février prochain. Il promet une centaine de déplacements de « terrain » dans l'année. Nicolas Sarkozy fait feu de tout bois, quitte à risquer le dérapage incontrôlé, quinze mois avec le scrutin présidentiel.

Les conflits d'intérêts... des autres
Mercredi 25 janvier, Nicolas Sarkozy a reçu le rapport attendu des trois « experts » sur la prévention des conflits d'intérêt. Le communiqué de l'Elysée fut sobre comme la déclaration de vertu d'un parrain de la mafia : « le Président de la République a rappelé que les attentes des citoyens Français en matière d'impartialité, d'objectivité et de probité des décideurs publics exerçant les plus hautes responsabilités ou intervenant dans des domaines sensibles comme la santé publique ou la sécurité sanitaire, étaient de plus en plus fortes et légitimes.» Nous avons bien lu : Sarkozy évoque les  « décideurs publics exerçant les plus hautes responsabilités.» Si les propositions sont « choc » (dixit le Figaro), rassurez-vous, elles ne concernent ni les parlementaires ni la plus haute autorité du pays, la Présidence. En près de 4 ans de mandature, la pratique monarchique du pouvoir présidentiel par Nicolas Sarkozy a pourtant montré combien la concentration de puissance pouvait être extrême. Lors de l'installation de nouveaux « Sages » au Conseil Constitutionnel en mars dernier, il avait même osé déclaré que « la notion de contre-pouvoir est étrangère à notre conception de l'Etat et de la République ».

Et l'affaire Woerth/Bettencourt, entre autres, avait pourtant montré combien la confusion des genres pouvait être détestable : un ministre du Budget par ailleurs trésorier du parti majoritaire, son épouse embauchée en cours de mandat par une milliardaire soupçonnée de fraude fiscale, un hippodrome vendu à Compiègne dans des conditions qui valent au dit ministre une enquête de la Cour de Justice... Que fallait-il d'autre ? Le président des Riches, au printemps, avait tardé à réagir. Puis, le 12 juillet, il lâcha l'idée de cette commission de réflexion, installée trois mois plus tard et avec un objet très restreint. Ensuite, le ministre Woerth fut remercié du gouvernement en novembre dernier, et abandonné à son triste sort.

Arroseur arrosé, le Monarque expliqua qu'il voulait « mettre en œuvre les mesures contenues dans le Rapport de la commission qui auront été retenues ». Notez la précision des termes : Sarkozy veut mettre en oeuvre celles des recommandations qu'il aura retenues... Quelles seront-elles ? Son ancien A peine élu, Sarkozy avait placé son ancien directeur de campagne Laurent Solly chez TF1. Son ancien conseiller économique François Pérol est parti pantouflé, sans contrôle, à la tête des Banques Populaires et des Caisses d'Epargne. Les soupçons de financement politique illégal de sa campagne de 2007 par Liliane Bettencourt sont en cours d'investigation, après de nombreuses embuches au travail serein de la justice semées depuis l'Elysée. Le services de renseignement intérieur, fusionnés en 2008 et placés sous la coupe de Sarkozy, ont été privatisés pour identifier la source des rumeurs d'infidélité conjugale au sein du couple présidentiel en février 2010 , espionner un journaliste du Monde, à deux reprises au moins, dans l'affaire Woerth/Bettencourt, ou filer, en septembre 2009, Dominique de Villepin, au début du (premier) procès Clearstream. Et quelles seront les déclarations d'intérêt parmi ses conseillers élyséens ? Combien Sarkozy lui-même touche-t-il de la location de ses actions du cabinet d'avocat dont il est resté actionnaire ?

Sarkozy, au-dessus des règles
Ce mercredi, Sarkozy a même demandé à François Fillon « de préparer un projet de loi visant à promouvoir une véritable culture de la déontologie dans la vie publique française.» Dans ce rapport pourtant, on ne trouve visiblement que quelques principes de bon sens, rappelés en 29 recommandations non communiquées intégralement à ce jour. Son périmètre est apparamment large : 4000 agents publics (ministres, hauts fonctionnaires, dirigeants d'entreprises publiques) seraient concernés. Les auteurs, Jean-Marc Sauvé, Vice-président du Conseil d'Etat, Didier Migaud, Premier Président de la Cour des Comptes et Jean-Claude Magendie, ancien Premier Président de la Cour d'Appel de Paris et proche de Nicolas Sarkozy, proposent la fusion des commissions pour la transparence financière de la vie politique et de la Commission de déontologie pour donner lieu à la création d'une « autorité de déontologie de la vie publique », l'aggravation sanctions en cas de manquements (amende, inégibilité, interdiction d'exercer un emploi public), la mise en oeuvre de codes de conduite et chartes de déontologie dans les administrations, et même des formations « adaptées ».

Le travail de transparence devrait s'étendre à la Présidence de la République. Il y a quelques mois, le député René Dosière rappelait sur son blog, et à l'Assemblée, que le budget élyséen est sous-évalué d'une cinquantaine de millions d'euros (avion à la Défense, chauffeurs à l'intérieur, etc). L'administration américaine vient de publier la liste des cadeaux reçu de gouvernements étrangers par Barack Obama en 2009. En France, notait récemment Cécile Dehesdin pour Slate.fr, on attend toujours la même information pour notre Monarque. Tout juste sait-on qu'il a reçu 442 présents et 487 livres en 2009. René Dosière avait obtenu des services du premier ministre une estimation de l'enveloppe totale des cadeaux offerts par le gouvernement français en 2009 : 97.000 euros. La Cour des Comptes avait communiqué un chiffre quatre fois supérieur (385.000 euros) pour la seule Présidence.

Le retour du Premier Cercle
La veille de la remise de ce rapport, Nicolas Sarkozy s'était discrètement rendu à une réunion de 300 membres du Premier Cercle, ce groupe des riches donateurs de l'UMP (environ 2 millions d'euros par an), durant une demi-heure, dans les sous-sols de l'hôtel Méridien, porte Maillot à Paris. Un témoin confia combien le Monarque fut combattif. Un vrai candidat déjà en campagne inavouée. Il y fustigea l'ISF, un « scandale », dont le rendement vient de croître de 360 millions d'euros en 2010, vient d'annoncé le gouvernement. Il se moqua des manifestations d'enseignants, samedi dernier, qui n'avaient mobilisé « personne dans les rues ». Il confirma que son nouveau profil plus « modeste », rapporte le Monde, ne serait que « temporaire. « Pour l'instant, j'ai l'obligation d'être discret car je suis président, mais attendez que je sois en campagne.»  a-t-il précisé.

Avec le Premier Cercle, nous l'écrivions en octobre dernier, « la Sarkozie a inventé le militantisme bling bling, la cotisation à 2 SMIC, le retour d'ascenseur symbolique ET industriel. » Mercredi, le secrétaire général du parti Jean-François Copé a dû confirmer avoir sollicité les « contributions » de ces riches donateurs, en apportant « leurs éclairages, leurs expériences, leurs contributions pour l'élaboration du projet (présidentiel), puisque pour beaucoup d'entre eux, il s'agit d'entrepreneurs, de gens qui ont une expérience dans le monde très intéressante et utile, dans l'intérêt de notre pays.» On les imagine cogiter sur le bouclier fiscal, l'ISF, ou le poids des dépenses publiques et notamment sociales. Que l'UMP ne comprenne pas que son Premier Cercle incarne désormais les nouvelles 200 familles a quelqe chose de fascinant au 21ème siècle.

Et pendant ce temps...
Mercredi après-midi, le candidat Sarkozy a organisé une réunion à l'Elysée sur la récidive criminelle. Pas question de sembler indifférent à la tragédie de Pornic, où, 9 jours après la disparition de la jeune Laëtitia, aucun aveu ni preuve n'a été obtenu. Plus tard, François Baroin a commenté devant des journalistes que Sarkozy « a exprimé une conviction, l'expression d'une douleur, vraiment, d'une indignation profonde qui est aussi la traduction d'un long combat politique qui a évolué au fil des années et qui l'a vu, lui Nicolas Sarkozy, porter un certain nombre de textes.» Mais qui n'exprime pas de douleur devant un tel drame ? Le gouvernement, a ajouté Baroin, est « vraiment au côté de la famille de Laetitia ». Vraiment ? Pouvait-il être du côté du ou des coupables ? Quelle affirmation !

Mercredi, les chiffres du chômage de décembre dernier, les derniers qui nous manquaient pour dresser le bilan,  désastreux, de l'emploi l'an passé, ont été publiés. Plus de 4,6 millions de chômeurs, sans activité ou en travail partiel, tenus de chercher un emploi ou dispensés, étaient enregistrés à Pôle Emploi. La reprise est là... Sarkozy, ce jour-là, n'eut pas un mot de commentaires sur ces données.

Au final, la séquence des dernières heures fut politiquement incroyable. Sarkozy a, sans gêne ni précaution, abandonné son costume de Protecteur de la Nation. C'est le signe d'une inquiétude, profonde, et d'un besoin de montrer à son camp qu'il reste le patron. La veille, la résistance de quelques ténors à le suivre dans sa volonté de légiférer dans l'urgence après l'affaire de Pornic l'a exaspéré.

Amis sarkozystes, comptez-vous.


26 janvier 2011

Sarkozy voulait être crédible à Saint-Nazaire, mais dérape à Pornic 8 jours trop tard.

Mardi, Sarkozy a dérapé. Salement, une vraie bévue dans sa séquence préélectorale si bien préparée. Il n'a fallut qu'un fait divers, dramatique, pour que Sarkozy redevienne Sarkozy. Oublié l'exercice zen d'un président protecteur qui prend le temps de la réflexion ! Avant de partir à Saint-Nazaire pour un grand show industriel à la faveur d'un double évènement, le lancement d'un appel d'offre pour l'éolien offshore et la commande de deux navires de guerre par la Russie, le candidat avait reçu quelques parlementaires UMP à l'Elysée, pour leur confier son indignation après le drame de Pornic et son souhait d'une nouvelle loi... A Saint-Nazaire, son discours commença par un message sur le même fait divers. Chassez le naturel, il revient au galop ! Cette capacité toute sarkozyenne à déraper sur l'émotion s'est illustrée, grandeur nature, et en public, ce mardi 25 janvier.

Sarkozy redevient Sarkozy
Avant de partir à Saint-Nazaire, le candidat Sarkozy avait reçu des élus de « sa » majorité, pour son traditionnel petit-déjeuner hebdomadaire à l'Elysée, aux frais du contribuable. La vraie surprise fut de constater qu'à huis-clos, Sarkozy a perdu sa maîtrise du moment. Sarkozy est redevenu Sarkozy ! Se saisissant de la disparition de la jeune Laetitia à Pornic, il a demandé à ses parlementaires de voter rapidement une nouvelle loi sur les délinquants sexuels : « La responsabilité politique, c'est de faire en sorte qu'ils (les délinquants sexuels) ne puissent plus passer au travers des mailles du filet. » Il a réclamé que la surveillance des délinquants sexuels (via notamment le port d'un bracelet électronique après leur sortie de prison) soit une priorité. Surfer sur l'émotion est un travers bien connu de l'ancien ministre de l'intérieur.

Plus tard dans l'après-midi, son ministre de la justice Michel Mercier a expliqué aux députés lors des questions au gouvernement que Sarkozy avait souligné « la nécessité d'apporter une réponse rapide à des situations comme celles-ci.» « Il est indispensable que les récidivistes fassent l'objet d'un suivi spécifique et approprié dès leur sortie de prison. (...) Lors de la discussion à venir du projet de loi sur les jurés populaires, actuellement en cours de préparation, nous aurons l'occasion de débattre largement de cette problématique et d'adapter notre législation en conséquence

Mais la seconde surprise du jour fut la réaction, à chaud, de certains députés UMP, et pas des moindres... Christian Jacob, président du groupe UMP, a récusé toute « loi d'opportunité », se refusant à « réagir dans l'instant ». Son vice-président, Jean Léonetti, a rajouté : « Je souhaite qu'il n'y ait pas une proposition de loi Pornic.» Les deux ont promis d'y réfléchir dans un groupe de travail pour les 3 mois à venir. Il n'y eut que Christian Estrosi pour publier un communiqué abscons et vengeur.

Quelques heures plus tard, Sarkozy arrivait à Saint Nazaire, pour son grand moment de politique industrielle. Et pourtant, il débuta son discours par tout autre chose. On comprit que la résistance de l'UMP du matin l'avait profondément agacé... au point de le faire déraper. Voici ses premières paroles, à Saint-Nazaire, in extenso, devant des ouvriers en bleu de travail et casque de chantier, et des militaires en uniforme dans le hangar à hélicoptères d'un navire Dixmude de la marine nationale.

« Qu'il me soit permis avant toute chose, d'exprimer ma très grande émotion et ma profonde compassion à l'endroit de la famille de Laëtitia Perrais qui est aujourd'hui dans la douleur et dans l'angoisse. Mes pensées comem celles de tous les Français vont vers cette jeune fille, disparue, à Pornic, dans des conditions qu'il appartiendra à la justice d'éclaircir, mais qui hélas, laissent aujourd'hui craindre l'indicible. Un tel drame ne peut rester sans suite. Des tels actes criminels, si l'enquête les confirme, ne peuvent rester impunis...» Il prend quelques secondes de silence «... Je souhaite que la justice travaille très vite...» Avec quels moyens ? «... très efficacement afin que toute la vérité soit connue. Je recerrai...» Il bafouille «... Je recevrai la famille dès mon retour. Mais je veux vous dire que la récidive criminelle n'est pas une fatalité, et je ne me contenterai pas d'une enquête sans suite. Je le dis très sereinement, mais il n'y aura pas une enquête de plus où on dira aux Français que tout a été parfait, sauf une petite jeune fille qui ne demandait qu'à vivre mais qui a disparu. C'est pas possible.... Faut attendre de voir... Mais si c'est l'indicible... faudra des décisions, et pas des commissions de réflexions. Il y a eu trop de cas comme celui-ci. Et bien sûr, je recevrai cette famille. Pardon de parler de cela avant de parler de vous... »

Cette instrumentalisation est doublement triste et indigne. Non seulement Sarkozy joue-t-il d'un fait divers pour sa cause personnelle... mais en plus, il réagit bien tard. Il fallut que les proches et la famille organisent, la veille, une « marche blanche » pour que le Monarque se décide à utiliser l'émotion populaire. Pour lui, tout est possible.

Ce mardi, Nicolas Sarkozy n'improvisait pas. Il lisait son discours. Surfer sur l'émotion, toujours. On aurait dû lui renvoyer à la figure l'inefficacité de ses lois à répétitions, la réduction des effectifs des forces de l'ordre, la surpopulation carcérale, l'échec des peines planchers, la suppression de la police de proximité, l'engorgement insoluble de la justice, ou, plus simplement, la hausse constante depuis 2002 des violences aux personnes.

Il y a à peine 5 jours, le ministre de l'Intérieur Hortefeux tentait encore sur TF1 de nous faire croire que la délinquance régressait. Il suffisait de lire son bilan. Les atteintes aux personnes, crapuleuses ou pas, ne cessent d'augmenter, année après année. Rappelons, par exemple, que que les « vols violents sans armes contre des femmes sur la voie publique » ont explosé de 44.000 en 2009 à 50.000 en 2010.

Sarkozy voulait être crédible
A Saint-Nazaire, Sarkozy avait pourtant deux autres enjeux politiques. Le premier, redevenir écolo. Il a lancé le grand chantier de l'éolien offshore : un appel d'offres pour 5 projets qui seront choisis juste avant l'élection présidentielle en 2012, 10.000 emplois promis dans l'Hexagone, 600 éoliennes au large des côtes françaises, une puissance prévue de 3000 mégawatts (MW), soit l'équivalent de deux réacteurs nucléaires EPR, 10 milliards d'euros d'investissement. On allait voir ce qu'on allait voir ! « Je vous propose de relever le défi de l'énergie éolienne en mer. (...) Je viens vous dire que l'éolien offshore, c'est pour vous

Le candidat y jouait sa crédibilité écolo, malmenée depuis 2009 après l'échec aux élections européennes puis régionales, du sommet de Copenhague puis le fiasco de la taxe carbone. En 2010, le détricotage de quelques engagements du Grenelle de l'environnement (suspension du plan photovoltaïque, réduction des crédits bio, autorisation de circulation des poids lourds de 40 à 44 tonnes, etc) avait complété le tableau. Sa nouvelle ministre de l'écologie, absorbée jusqu'à lors par les défaillances de la SNCF et les évènements neigeux de décembre dernier, avait chauffé la place. Elle attendait avec impatience cette annonce présidentielle, promise depuis août dernier.

A Saint Nazaire, le candidat Sarkozy devait aussi célébrer en grandes pompes la signature de la commande russe de deux navires de guerre. Une « victoire », claironnée par l'Elysée le 25 décembre dernier et à nouveau ce mardi : « Ce projet est le plus important parmi ceux jamais réalisés par la Russie et par un pays occidental dans ce domaine. Sa réalisation garantira de très nombreux emplois pour les entreprises russes et françaises et ouvrira de nouvelles perspectives de coopération entre la France et la Russie.» Effectivement, aucun Etat membre de l'OTAN ne s'était risqué jusqu'alors à céder du matériel militaire de cette importance à la Russie.

Le 23 juillet dernier, Sarkozy s'était un peu rapidement avancé en annonçant l'affaire, qui ne fut bouclée que 5 mois plus tard, après que la France eut concédé de jolis transferts de technologies: les deux premiers bateaux seront construits en commun (à 80% en France), et les deux suivants... en Russie. Les officiels russes ont expliqué, en décembre dernier, que cette acquisition visait à combler leur retard technologique. Ce mardi, Sarkozy, accompagné d'Igor Setchine, vice-premier ministre du gouvernement russe, et d'une brochette de ses ministres, voulait prouver la réalité de sa politique industrielle : « Je n'accepterai jamais la disparition des chantiers de l'Atlantique. Jamais. » Cette commande russe était un exercice de crédibilité politique. Le président était trop fier de revenir ainsi en fanfare devant des ouvriers. La photo était belle comme un poster de campagne. Le discours fut globalement court, une grosse trentaine de minutes, avant la signature filmée des contrats de commandes  : « J'ai vu des doutes sur les visages et j'ai entendu des critiques, rappelle Nicolas Sarkozy, en référence à sa venue il y a 6 mois. Aujourd'hui, c'est signé ! » Et il promit « mille deux cents emplois seront garantis pendant quatre ans par ce chantier.»

Il s'est même exclamé : « On n'a pas le droit de mentir. » Les ouvriers de Dassault, à qui Sarkozy avait promis une commande brésilienne... en octobre 2008, apprécieront. Ceux de Gandrange également. Nicolas Sarkozy, ce mardi, n'eut pas un mot de commentaire sur la prochaine entrée en Bourse de l'activité inox d'Arcelor Mittal.

Pour que la fête fut complète, Sarkozy promit 3 milliards d'euros de prêts supplémentaires chaque année pour les PME industrielles, via la mobilisation de 75 % des dépôts supplémentaires sur les Livrets A et de développement durable. Il jongla avec les milliards : il demanda que les 84 milliards d'euros d'épargne salariale soient réorientés vers les PME, sans qu'on sache juridiquement comment (puisque rien n'a été prévu lors de la loi de finances 2011) ; il promit 1,5 milliard d'augmentation de capital pour « renforcer les moyens » du Fonds stratégique d'investissement ; il demanda qu'on place les 1 400 milliards d'euros d'assurance vie des Français dans « dans un actionnariat stable et de long terme pour nos entreprises ». Ce mardi, Sarkozy racontait n'importe quoi. Déplacer l'assurance vie, dont les placements boursiers ne sont ni contrôlés ni contrôlables par la puissance publique (sauf à changer les incitations fiscales, ce qui n'a pas été fait en 4 ans de mandat), est une déclaration en l'air.

A Saint-Nazaire, Sarkozy avait gâché son occasion. Trop fébrile pour sa réélection, il préféra parler du drame de Pornic. Trop vantard, il se plu à penser que deux navires de guerre et quelques éoliennes remplaçaient une politique industrielle d'envergure.



25 janvier 2011

Conférence de presse : Sarkozy sans idées neuves dans le nouveau monde

Sur une belle tribune, devant une toile ornée d'un sobre « G20 - G8 France 2011, Nouveau monde, nouvelles idées » le candidat Sarkozy a fait son grand show tant attendu. Costume et cravate noirs, chemise bleutée, Sarkozy s'est affiché conciliant, humble, et calme. Devant trois cent journalistes accrédités et deux cents ambassadeurs, il n'y avait pas d'espace pour commenter ce lundi matin, les sujets d'actualité franco-français. Surtout, pas de polémiques, pas de déclarations clivantes, pas de joutes verbales avec l'un ou l'autre des journalistes présents. Cette conférence devait être le point d'orgue d'une stratégie de communication mise en oeuvre depuis plusieurs mois déjà, prouver que Sarkozy a changé, qu'il est au-dessus des partis car confronté à des enjeux qui nous dépassent tous. A 11 heures pétantes, le candidat-protecteur de la nation débute.

Sarkozy, indigné
Ces annonces furent rares, au point qu'on pouvait s'interroger sur l'intérêt, autre qu'électoral, d'une telle conférence de presse. On savait déjà tout, et le seul suspense résidait dans les questions imprévues que l'on attendait sur la politique intérieure et un éventuel mea-culpa sur le silence et l'attentisme français en Tunisie.

« Je remercie ceux qui se sont levés... ce n'était pas obligatoire ... J'y suis sensible malgré tout » commença-t-il. La salle comptait quelques 200 ambassadeurs étrangers. Comment imaginer qu'ils resteraient assis quand le Monarque entre dans la salle ? « Pour la première fois, le corps diplomatique est convié à une conférence de presse... » on note le changement. Sarkozy rend immédiatement un hommage très opportun au photographe français décédé en Tunisie (« aujourd'hui, je pense à sa famille, à ses proches, à tous ceux qui l'aimaient ... (...) Il ne faisait rien d'autre que son métier de journaliste, un métier difficile, exigeant, qui demandait de la passion et du courage ») et aux deux journalistes de France 3, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, détenus depuis 391 jours.

« Au cours des deux derniers, j'ai passé beaucoup de mon temps à consulter, consulter des chefs de gouvernement bien sûr, mais également des organisations internationales, des syndicats, des représentants des entreprises, des économistes, des chercheurs, d'anciens chefs d'Etat et de gouvernements étrangers ... » Fichtre ! Quels efforts ! Si Sarkozy n'était pas là pour commenter les débats sur son dernier budget, les rapports sur la précarité des familles monoparentales ou les difficultés de l'accès au soin, sur la hausse du chômage ou la nouvelle augmentation de l'insécurité violente, et bien... c'est à cause de tout ce travail diplomatique intense. On attendait donc, on salivait donc à l'avance des formidables propositions qu'il allait enfin dévoiler ce matin. Que de faux espoirs ! Comme s'il avait mesuré que sa tâche serait impossible et qu'il avait tout à perdre à promettre l'impossible une fois de plus, le candidat Sarkozy resta ... prudent. Tout juste se permit-il d'enfoncer allègrement quelques portes ouvertes.

« Je tire de ces consultations le message suivant : si le G20 veut rester légitime, il doit demeurer efficace » conclue-t-il. Sarkozy joue à Kennedy, il ne parle pas nouvelle frontière mais nouveau monde. Il nous livre un petit cours de mondialisation expresse : « Depuis la fin des années 1990, l'équilibre du monde a changé. Le poids de la Chine a plus que doublé et le pays va devenir la première puissance économique devant les Etats-Unis.» Il dénonce l'accélération des crises bancaires et financières (125 crises bancaires recensées en 40 ans), la volatilité des marchés financiers, énergétiques, ou agricoles (« le prix des matières premières agricoles à fin décembre 2010 a dépassé les pics atteints en 2008, année des émeutes de la faim »), la spéculation (qui contraint les organisations de l'aide alimentaire à acheter au prix fort), les déséquilibres mondiaux. Il joue au savant, en expliquant que la spéculation sur les matières premières n'est que la conséquence de la « financiarisation » de l'économie. Il insiste sur sa volonté de défendre la politique agricole commune qui permettra à « la France d'être plus forte.» alors que « les besoins de production agricole devront augmenter de 70% d'ici à 2050. C'est vraiment pas le moment de démanteler la politique agricole commune ! » Le candidat s'indigne à répétitions devant tant de désordres. Il retrouvait ses accents gauchistes de 2009, les promesses en moins. Sarkozy n'eut même pas peur de grossir son agenda de président du monde. Ainsi, les G8 et G20 s'attelleront aussi à l'Internet et aux droits d'auteur.

Sarkozy, sans idées
Face à tous ces chambardements, la réponse sarkozyenne, à force d'être prudente, est simplissime, une sorte de « y-qu'à/faut-qu'on » de bon aloi. Il n'y a qu'à réformer le système monétaire international (SMI), mais en préservant le « rôle éminent » du dollar et « sans revenir à un système de change fixe » ; il n'y a qu'à instaurer une « taxe sur les transactions financières » et adopter « un code de conduite en matière de gestion des flux de capitaux », mais ... sans imposer de contrôle des capitaux ; il n'y a qu'à adopter « un socle de protection sociale universel », mais, rassurez-vous, ce dernier existe déjà, c'est celui, très général et déjà si peu respecté, de l'organisation internationale du travail. Quels sont donc les moyens que Nicolas Sarkozy se donne pour parvenir à de tels résultats ? La multiplication des réunions interministérielles, avant les G8 (en mai) et G20 (en novembre), et des propositions, peu abouties, pas détaillées, sur tous ces sujets. Sarkozy ne promet rien, pas même de donner l'exemple (en matière de taxe bancaire par exemple, où la maigrichonne taxation votée contre les traders en 2010 ne sera que temporaire).

Au final, Sarkozy est apparu enfin modeste, à l'image du portrait qu'il veut donner de lui aux Français. « L'ordre du jour et l'agenda ont fait consensus. Les solutions ne font pas consensus, ça c'est certain... On a beaucoup progressé sur la méthode et sur l'agenda, il nous reste bien sûr à progresser sur les solutions » s'excuse-t-il avant de donner la parole à la presse.

G-vain
Puis vint le temps des questions, sans droit de suite ni agenda national. Sarkozy reprécise : que des questions sur le G20 et le G8 svp. La première question passa outre l'interdit présidentiel : « comment peut on faire avancer la bonne gouvernance quand les jeunes dans le Maghreb ou au Proche Orient demandent des emplois, et quand il y a un fossé entre la corruption des dirigeants et les détournements de fonds publics ? » Sarkozy reste calme et botte en touche. « Madame Lemaresquier, ... j'ai organisé la conférence de presse avec deux thèmes, et excusez moi parce que sinon on va partir dans tous les sens...»

N'a-t-il pas l'impression de travailler sur des sujets déconnectés des réalités quotidiennes ? « le monde est un village.» Arnaud Leparmentier, du Monde, lui demande quels résultats il attend en matière agricole. Sarkozy reste, encore une fois, prudent. Il se répète sur l'exigence de transparence des marchés, et sur l'état des stocks (« je ne dis pas que c'est facile »). Et à quoi ont servi ses multiples consultations depuis des mois : à caler d'autres réunions ! Sur l'utilité de DSK au FMI, petite pique électorale, Sarkozy joue l'humour : « Le FMI ne se réduit pas à la personne ». Un journaliste allemand mentionne une étude européenne prochainement publiée qui démontrerait que la spéculation n'entraîne pas une hausse des prix agricoles. « Je recommande de publier cette étude le 1er avril »

Plus tard, une journaliste de France24 critiqua la vacuité des ambitions françaises : le G20 ne sera-t-il pas une simple G2 Chine/Etats Unis ? Sarkozy contient son propos.

Ivan Levaï regretta lui l'absence du désarmement dans cette feuille de route internationale. « Après avoir répondu sur le G20 qui ne servait à rien, voici qu'on me demande de répondre au G20 qui doit répondre à tout ? » Pour Sarkozy, il faut rester concentrer : « Si on veut tuer le G20, on lui fait prendre des décisions sur des sujets qui sont du ressort du G20. (...) Il faut résister à l'idée d'un directoire mondial qui n'a pas lieu d'être.»

Un journaliste de France 3 se demande quels résultats concrets est-on en droit d'espérer de cette présidence française des G20 et G8. Pas grand chose. Sarkozy reste modeste : « je suis incapable de vous répondre.(..) On essayera de faire au mieux. (...) Nous allons à cette présidence avec beaucoup d'humilité mais beaucoup d'ambitions

Réserves africaines
Clôturant cette première séquence de questions/réponses, Sarkozy replonge dans un discours, cette fois-ci sur les autres sujets internationaux du moment. Il lit, avec application, un texte sur les 4 obstacles qui pourraient troubler l'action diplomatique de la France. Sur le terrorisme, « la France est la cible du terrorisme. (...) A chaque fois qu'un Français est assassiné par des terroristes, la détermination de la France à lutter contre le terrorisme s'en trouve renforcée.» La fermeté et le courage, toujours.
Sur la Côte d'Ivoire, elle « a un seul gouvernement légal et légitime ». Pour le Liban,  « la France veut préserver la miraculeuse diversité du Liban. (...) Les Libanais ont le droit à l'indépendance de leur pays. »

En Tunisie, « c'est un peuple frère qui a décidé de reprendre en main son destin.» Sarkozy dresse quelques couronnes à son ancien allié Ben Ali (l'émancipation des femmes, l'emergence de classes moyennes, la prospérité), mais, reconnaît-il, « il y avait une désespérance, une souffrance dont (...) nous n'avions pas pris la juste mesure.» Sarkozy lâche un premier mea culpa, et évoque « une révolte morale que nourrissait une insupportable corruption.» Il promet de et l'accès de la Tunisie au statut de partenaire avec l'Union européenne, et demande un nouvel élan à l'Union de la Méditerrannée.

Laurent Joffrin s'empare du micro. Le patron de Libération se demande si Michèle Alliot-Marie a encore sa place au gouvernement après sa proposition d'aide à la police tunisienne, puisqu'il « s'agissait d'aider Ben Ali à rester en place.»Sarkozy se maîtrise. Surtout, pas de polémique. Il concède un mea culpa. « Ce sont des affaires extrêmement difficiles.» Ou encore : « vous comprendrez que le président de la République français, en charge des intérêts de la France, doit tenir compte de l'histoire.» « On ne peut pas parler d'un pays avec la même objectivité » quand il s'agit d'une ancienne colonie. « Je revendique une certaine réserve ». Ensuite, le leader de Sarkofrance rappelle que la France a toujours protégée l'opposition tunisienne, sauf les islamistes (« qui sont à Londres, comme vous le savez »). Enfin, Sarkozy rappelle les rapports de ses prédécesseurs avec le régime en place précédemment en Tunisie, « à moins qu'on ne discute dans le monde » qu'avec les démocraties. Sur l'intervention de sa ministre des affaires étrangères, « la forme a pu porter à polémique, j'essaie de me tenir éloigné des polémiques.» Il prévient : « Ça dessine l'image d'une France qui donnerait des leçons.» Il répète ensuite : « Sans doute avons nous sous-estimé, nous la France, la volonté de liberté du peuple tunisien. » Sur le risque islamiste, il répond un peu plus tard « c'est un sujet de préoccupation.» Plus tard encore, il ajoute : « Dire que nous sommes restés silencieux devant les morts, je ne pense pas que cela soit exact. C'est la liberté de la presse. »

Otages, ô rage
Sur les otages, un journaliste de la Voix du Nord lui demande ensuite s'il regrette l'échec du sauvetage des deux Français au Niger voici 3 semaines. Sarkozy devient encore plus grave : « commençons à mettre un genou à terre, et on ne s'abaissera jamais.» « La faiblesse comme argument politique et comme positionnement, elle ne vous ai jamais pardonné.»

Quand Michael Darmon (iTélé) dénonce l'échec de l'union pour la Méditerranée, Sarkozy se défend : pas question de donner des leçons « aux peuples ». « Comment ouvrir l'Orient aux réalités du monde moderne ? » Attention ! Le Monarque dérive, on croirait entendre son conseiller Henri Guaino et ses délires passés sur l'homme africain. Sarkozy se refuse quand même de fermer la porte du dialogue aux dictatures. « Si la question était simple, ça se saurait.» Sur le rapprochement avec la Syrie, « la France se sert de cette amitié pour dire à la Syrie que le Liban est un Etat indépendant et doit le rester, et que le tribunal pénal international doit faire son travail.»

Sur le sort des otages, Sarkozy « comprend parfaitement » que les amis ou les comités de soutien « perdent leur sang-froid. » Les intéressés apprécieront : « moi, je ne peux pas parler. » Un peu plus tard, tout empreint de gravité, il complète : « Moi, j'ai une différence, c'est que je suis en charge des responsabilités

Une journaliste allemande provoque l'hilarité générale en demandant si la France serait « prête à accueillir le président algérien Bouteflika si la question se pose? » « Vous voyez l'exploitation qui pourrait être faite de ma réponse » répond-il. Pour sa dernière question, sur les sanctions éventuelles contre un Iran doté de l'arme nucléaire, Sarkozy a évolué : « sur l'Iran, la France est extrêmement réservé sur l'option militaire.» Il y a deux ans, certains s'interrogeaient sur le sens qu'il fallait donner à l'inauguration d'une base militaire française dans le Golfe Persique, un investissement imprévu au budget de la Défense.

Au moins, Nicolas Sarkozy trouve-t-il quelque réconfort dans la mondialisation : « dans le monde aujourd'hui, personne ne peut rester contre la communauté internationale.»

Il termine. La salle applaudit.

La prestation a duré 1H44.

Pour rien.

24 janvier 2011

L'Abécédaire des échecs diplomatiques de Nicolas Sarkozy

Ce lundi, le candidat Sarkozy reçoit le corps diplomatique pour les voeux, puis enchaîne avec une « vraie » conférence de presse sur les enjeux des prochains G20 et G8. Une belle occasion de revenir sur les échecs diplomatiques du Monarque français avec cet abécédaire non exhaustif.

Afghanistan
En avril 2007, Sarkozy expliquait que « la présence à long terme des troupes françaises à cet endroit du monde ne me semble pas décisive.» A peine élu, il change d'avis, et envoie des renforts. La France réintègre le commandement intégré de l'OTAN. En août 2009, un scrutin présidentiel est organisé comme prévu: un coût faramineux, des attentats, une participation médiocre, et pour finir, deux candidats qui se réclament victorieux dès le premier tour. Sarkozy est le seul à applaudir. La France devient la cible de prise d'otages.

Copenhague
En 2009, après l'échec UMPiste aux élections européennes, Nicolas Sarkozy s'était décidé à utiliser la cause écologiste pour redorer son blason. En fin d'année, le sommet de Copenhague devait être le point d'orgue de ce renouveau. Comme toujours, Sarkozy promit l'impossible. Comme souvent, il se révéla incapable de convaincre Obama et Hu Jintao, malgré ses grandes déclarations. Il a joué à l'écolo pour rien. 

Crise
On l'oublie, mais Sarkozy a été complètement dépassé par la crise boursière puis financière de l'automne 2008. Fin août 2008, quelques jours avant la disparition de la banque d'affaires Lehman Brothers, il n'avait rien vu, rien prévu. Pourtant, depuis des semaines, les nouvelles du front américain étaient inquiétantes. Les premières faillites bancaires ont débuté voici des mois. La crise des subprimes envoi déjà des milliers d'Américains au tapis. Tétanisé, Sarkozy met 15 jours avant de réagir officiellement au krach boursier qui suit la disparition de la banque d'affaires. Sans idée ni leadership, il finit par suivre ses collègues Brown (qui a imposé le soutien au crédit intra-bancaire) et Merkel (qui a lancé un plan de relance plus tôt que les autres). Plus tard, il expliquera qu'il a sauvé le monde.

Droits de l'homme
Quand Barack Obama reçoit le président Hu Jintao, il impose à son hôte un exercice de questions/réponses avec la presse, il laisse les manifestants pro-Tibet, et il ne s'abstient pas de féliciter le prix Nobel de la Paix Liu Xaobo. Quand Nicolas Sarkozy reçoit Hu Jintao, il fait placer des figurants chinois dans les rues de Paris et de Nice, et se couche. En août 2008, Sarkozy fut l'un des rares dirigeants occidentaux à se rendre à l'inauguration des J.O. de Pékin. En décembre 2007, Sarkozy accueille le colonel Kadhafi en grandes pompes à Paris.  Sans être naïf sur les contingences diplomatiques, on espérait plus de retenue. Plus généralement, le soutien ostensible aux pires dictatures du moment (Libye, Tunisie, Syrie), le silence prudent face aux exactions israëliennes à Gaza début 2009 ont brouillé l'image de la France. La diplomatie française est désormais raillée pour sa partialité, tantôt donneuse de leçon, tantôt complice silencieuse de ses dictatures-partenaires commerciaux.

Europe
En juillet 2007, Sarkozy « débloque » l'Europe en négociant un traité simplifié dit de Lisbonne. Ratifié en janvier, il est retoqué par un référendum irlandais en juillet, puis charcuté en décembre suivant. Entre juillet et décembre 2008, la présidence française de l’union européenne n’a pas servi la cause européenne. Le Monarque a joué les Etats contre l’Europe ; troublé le couple franco-allemand par son rapprochement avec le Royaume Uni pour l'Union de la Méditerranée, avant de tenter de le conforter. En décembre 2009, elle se dote d'un président pour deux ans. Sarkozy suit Merkel et fait élire un inconnu sans charisme qui ne dérangera personne. Financièrement fragilisée, la France n'a plus qu'à suivre l'Allemagne.

Etats-Unis
La situation est paradoxales. Avant 2007, Sarkozy aimait à se présenter comme atlantiste et pro-américain. Son soutien à une administration Bush totalement décrédibilisée et haïe de par le monde était complètement anachronique. Obama élu, Sarkozy fait le jaloux. « On a hâte qu'il se mette au travail et qu'on change le monde avec lui » est son seul commentaire officiel lors de l'intronisation du nouveau président américain. Depuis, Obama le snobe aisément tel qu'il en a l'occasion.

Françafrique
C'est en Afrique que l'échec diplomatique de Sarkozy fut le plus flagrant. Dix semaines après son élection, il prononce un incroyable discours aux accents racistes, à Dakar, sur l'homme africain insuffisamment entré dans l'histoire. Plus tard, il vire Jean-Marie Bockel de la Coopération sur instruction d'Omar Bongo. Le successeur Joyandet accumule les bourdes, félicitant les putchistes guinéens (contre l'avis américain), puis la succession truquée d'Omar par Ali Bongo au Gabon. En juillet 2010, Sarkozy promet un nouveau partenariat, plus élargi. La présence militaire française s'est réduite, mais l'influence économique également. Les Chinois ont pris le relais. La Françafrique agonise. En décembre 2010, Wikileaks nous apprend qu'un responsable de la Banque des Etats d'Afrique centrale (BEAC) confiait à un diplomate de l'ambassade américaine au Cameroun que le pouvoir Bongo a financé Sarkozy. En France, le ministère de la justice fait tout ce qu'il peut pour bloquer les instructions contre les détournements de fonds de quelques présidents africains alliés.

Géorgie
Il « présidait » l'Union européenne depuis le 1er juillet précédent. Quand la Russie envahit la Géorgie voisine, dont le président atlantiste ne cessait de jouer au provocateur, Sarkozy intervient. Il tente de faire croire qu'il avait sauvé le petit Etat. Un peu avant son discours aux ambassadeurs, la Russie annonçait qu'elle reconnaissait l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, deux anciennes provinces géorgiennes. Sarkozy, désavoué par son ami Medvedev, condamne, mais n'y peut pas grand chose. En août 2010, la Russie déploie des missiles en Abkhazie, et la Sarkofrance se tait.

Gouvernance
C'est la grand dada de Sarkozy depuis la crise de 2009. A chaque fois qu'il le peut, il réclame l'arrivée de l'Inde, du Brésil et d'un pays d'Afrique au sein du Conseil de Sécurité. Sur ce coup, il a raison. L'équilibre géostratégique du monde est bouleversé. Mais pour convaincre, Sarkozy s'y prend mal. Il s'attache le soutien de quelques pays dits émergents alors qu'il faut convaincre les Etats-Unis, la Russie et la Chine. Il promeut également le soutien au développement des pays pauvres. Mais ses belles paroles ne sont jamais suivies d'effet. La Sarkofrance reste mesquine quand il s'agit d'aider le tiers-monde. La France ne consacre que 0,44% de son PIB à l'aide publique au développement. Et le gouvernement Fillon s'amuse à y inclure davantage de prêts rémunérés, tout en réduisant ses dons, notamment en matière sociale afin de gonfler le chiffre.

Iran
L'Iran, c'est le Grand Satan de Nicolas Sarkozy, l'incarnation du mal absolu. Depuis son élection, il joue au taurillon, menaçant l'Iran de représailles militaires s'il s'équipe d'armement nucléaire. Quand une Française, Clothilde Reiss, prisonnière à Téhéran après un procès inique, paye l'affront français, Sarkozy continue de hurler sa détermination. En coulisses, la France négocie la rançon. Et quand la Russie équipe l'Iran, Sarkozy se félicite de la mise en service de la centrale de Boucher, alimentée par du combustible russe.

Italie
Il s'est remarié avec un Italienne qui n'aime pas Berlusconi, son grand ami. En février 2009, Sarkozy signe avec son copain transalpin un accord nucléaire. De part et d'autre des Alpes, les deux chefs d'Etat font l'objet de multiples comparaisons. Les frasques berlusconniennes avec des mineures et des prostituées ont conduit Sarkozy à s'éloigner de cet ami encombrant.


Kouchner
En mai 2007, Sarkozy débauche Kouchner des rangs de la gauche. C'est une prise de guerre à usage politique interne. Pour la diplomatie française, c'est une catastrophe. Kouchner agace les diplomates. Son incompétence énerve. L'homme est rapidement marginalisé par le Sherpa du président. Pire, Sarkozy n'a pas vu venir le scandale. Kouchner était consultant pour quelques potentats africains auxquels il réclame le paiement de quelques factures après sa nomination au ministère des Affaires Etrangères. Il place ses proches, y compris sa compagne à la tête de l'Audiovisuel Extérieur de la France. « «Je les ai suffisamment gavés ces deux là commentera Sarkozy plus tard en pensant au couple Kouchner/Ockrent.

Otages
Quand deux journalistes de France 3 sont kidnappés par des Talibans, Sarkozy s'énerve contre ... eux. Il ne fallait pas enquêter là-bas. Des mois plus tard, Michel Germaneau, un autre otage, est attrapé en Mauritanie, puis meurt en détention en juillet 2010. En octobre, 7 collaborateurs d'Areva sont faits prisonniers. Sarkozy est prudent. En janvier, deux jeunes Français sont kidnappés dans un restaurant de Niamey. Sarkozy ordonne l'intervention immédiate des Forces spéciales. Les deux Français meurent dans des conditions troubles. L'enquête démarre. On comprend juste que Sarkozy devenu candidat à sa propre réélection a changé d'approche. Comme par hasard.

Paradis fiscaux
Passées les premières secousses boursières, Sarkozy endossa un costume de régulateur, qu'il exhibe à chaque rencontre internationale. Grâce à la France, le G20 est créé. Grâce à Sarkozy, on croit pendant quelques mois que les paradis fiscaux ont disparu. En avril 2009, au G20 à Londres, puis au sommet de l'OTAN à Strasbourg, Sarkozy caricature le débat, exagère ses colères et nous faire croire que le G20 a mis un terme à l'évasion fiscale et a trouvé une réponse commune à la crise économique : c'est simplement faux. Il n'y a aucun plan coordonné, aucune mesure de rétorsion concertée contre la fraude fiscale, et la liste des paradis fiscaux est ridiculement étroite. On déchante assez vite. Les paradis fiscaux ont simplement changé d'appellation.

Proche-Orient
On aurait pu croire que Sarkozy mettrait son crédit personnel auprès des autorités israéliennes au service de la paix. Que nenni ! Sarkozy fut inexistant. En janvier 2009, Israël attaque et bombarde Gaza. Sarkozy file au Proche Orient, pour stigmatiser le Hamas au moment même où les chars israéliens entraient dans la bande de Gaza. L'opération Plomb durci durera une vingtaine de jours et 1400 morts. En mai 2010, quand l'armée israélienne attaque un convoi maritime humanitaire en route pour Gaza bloqué, la Sarkofrance tarde à réagir.

Rom
En juillet 2010, il suffit d'un fait divers, dramatique certes, pour Nicolas Sarkozy déclenche au chasse aux Roms. La presse internationale s'indigne. L'ONU et le Conseil de l'Europe protestent. La commission européenne menace de sanctions si la discrimination officielle de la communauté rom est avérée. Même le pape Benoît XVI réagit. Sarkozy s'empourpre. En septembre, on découvre l'existence d'un fichier ethnique de gendarmerie, puis d'une circulaire officielle ciblant explicitement les Roms pour la destruction des camps illicites. L'image de la France est durablement affaiblie.

Russie
Quand il était candidat, Sarkozy voulait marquer sa rupture avec Chirac. Il critiquait volontiers la complaisance française avec l'autoritarisme de Vladimir Poutine. A peine élu, Sarkozy fait rapidement ami-ami avec Poutine, devenu allié stratégique. Il insiste pour lui vendre des navires de guerre, suscitant l'inquiétude des Etats-Unis et de l'Allemagne. Et pas un mot sur la dictature russe.

Tunisie
L'exécutif français n'a rien venu venir, comme d'autres. Il est allé jusqu'à soutenir jusqu'au bout le régime autocratique local. Ben Ali parti, Sarkozy a attendu 24 heures pour prononcer ses premiers mots d'encouragement officiel en faveur du processus démocratique. En pleine crise, et malgré une soixantaine de morts, la ministre Alliot-Marie propose le soutien de la police française. Ce fiasco questionne la compétence diplomatique française.

Wikileaks
En décembre, le site publie, avec l'aide de 5 quotidiens de référence, quelques 250.000 notes diplomatiques américaines. La diplomatie française et Nicolas Sarkozy en prennent pour leur grade. Nicolas Sarkozy y apparaît comme un « Empereur nu », « susceptible » et « autoritaire ». La prétendue intervention syrienne pour faire libérer Clotilde Reiss était un bobard.

Pour 2011, Nicolas Sarkozy nous a promis une année diplomatique utile, avec la présidence française des G20 et G8. Il multiplie les déplacements, avec son nouvel avion. Pour l'instant, on a peine à voir ce qu'il en ressort. En Inde, son voyage fut glamour et people. Aux Etats-Unis, il n'a pas convaincu Obama. Au début, Sarkozy jouait au modeste. Il promettait simplement de discuter de la régulation des marchés (financiers et matières premières). Plus l'année avance, plus il s'emballe. Lors de ses voeux à la Culture, il sort l'idée d'un G20 des droits d'auteur. Aux agriculteurs, il s'engage sur une transparence des marchés. On sait que tout ceci n'est qu'agitation électoraliste. A Séoul, en novembre dernier, il a même préféré sécher l'essentiel du sommet du G20 pour quelques célébrations françaises locales mineures.

On connaît la chanson.