27 janvier 2011

Conflits d'intérêt ou profil modeste, Sarkozy se fiche de nous.

Il dîne avec quelques riches donateurs de l'UMP dans un hôtel de luxe. Il reçoit le lendemain un rapport sur (certains) conflits d'intérêts. Il tient dans l'urgence, dans l'après-midi, une réunion sur la récidive criminelle après la tragédie de Pornic. Il célèbre le renforcement des relations ... avec la Colombie. Il organise une émission de télévision, « face aux Français » le 10 février prochain. Il promet une centaine de déplacements de « terrain » dans l'année. Nicolas Sarkozy fait feu de tout bois, quitte à risquer le dérapage incontrôlé, quinze mois avec le scrutin présidentiel.

Les conflits d'intérêts... des autres
Mercredi 25 janvier, Nicolas Sarkozy a reçu le rapport attendu des trois « experts » sur la prévention des conflits d'intérêt. Le communiqué de l'Elysée fut sobre comme la déclaration de vertu d'un parrain de la mafia : « le Président de la République a rappelé que les attentes des citoyens Français en matière d'impartialité, d'objectivité et de probité des décideurs publics exerçant les plus hautes responsabilités ou intervenant dans des domaines sensibles comme la santé publique ou la sécurité sanitaire, étaient de plus en plus fortes et légitimes.» Nous avons bien lu : Sarkozy évoque les  « décideurs publics exerçant les plus hautes responsabilités.» Si les propositions sont « choc » (dixit le Figaro), rassurez-vous, elles ne concernent ni les parlementaires ni la plus haute autorité du pays, la Présidence. En près de 4 ans de mandature, la pratique monarchique du pouvoir présidentiel par Nicolas Sarkozy a pourtant montré combien la concentration de puissance pouvait être extrême. Lors de l'installation de nouveaux « Sages » au Conseil Constitutionnel en mars dernier, il avait même osé déclaré que « la notion de contre-pouvoir est étrangère à notre conception de l'Etat et de la République ».

Et l'affaire Woerth/Bettencourt, entre autres, avait pourtant montré combien la confusion des genres pouvait être détestable : un ministre du Budget par ailleurs trésorier du parti majoritaire, son épouse embauchée en cours de mandat par une milliardaire soupçonnée de fraude fiscale, un hippodrome vendu à Compiègne dans des conditions qui valent au dit ministre une enquête de la Cour de Justice... Que fallait-il d'autre ? Le président des Riches, au printemps, avait tardé à réagir. Puis, le 12 juillet, il lâcha l'idée de cette commission de réflexion, installée trois mois plus tard et avec un objet très restreint. Ensuite, le ministre Woerth fut remercié du gouvernement en novembre dernier, et abandonné à son triste sort.

Arroseur arrosé, le Monarque expliqua qu'il voulait « mettre en œuvre les mesures contenues dans le Rapport de la commission qui auront été retenues ». Notez la précision des termes : Sarkozy veut mettre en oeuvre celles des recommandations qu'il aura retenues... Quelles seront-elles ? Son ancien A peine élu, Sarkozy avait placé son ancien directeur de campagne Laurent Solly chez TF1. Son ancien conseiller économique François Pérol est parti pantouflé, sans contrôle, à la tête des Banques Populaires et des Caisses d'Epargne. Les soupçons de financement politique illégal de sa campagne de 2007 par Liliane Bettencourt sont en cours d'investigation, après de nombreuses embuches au travail serein de la justice semées depuis l'Elysée. Le services de renseignement intérieur, fusionnés en 2008 et placés sous la coupe de Sarkozy, ont été privatisés pour identifier la source des rumeurs d'infidélité conjugale au sein du couple présidentiel en février 2010 , espionner un journaliste du Monde, à deux reprises au moins, dans l'affaire Woerth/Bettencourt, ou filer, en septembre 2009, Dominique de Villepin, au début du (premier) procès Clearstream. Et quelles seront les déclarations d'intérêt parmi ses conseillers élyséens ? Combien Sarkozy lui-même touche-t-il de la location de ses actions du cabinet d'avocat dont il est resté actionnaire ?

Sarkozy, au-dessus des règles
Ce mercredi, Sarkozy a même demandé à François Fillon « de préparer un projet de loi visant à promouvoir une véritable culture de la déontologie dans la vie publique française.» Dans ce rapport pourtant, on ne trouve visiblement que quelques principes de bon sens, rappelés en 29 recommandations non communiquées intégralement à ce jour. Son périmètre est apparamment large : 4000 agents publics (ministres, hauts fonctionnaires, dirigeants d'entreprises publiques) seraient concernés. Les auteurs, Jean-Marc Sauvé, Vice-président du Conseil d'Etat, Didier Migaud, Premier Président de la Cour des Comptes et Jean-Claude Magendie, ancien Premier Président de la Cour d'Appel de Paris et proche de Nicolas Sarkozy, proposent la fusion des commissions pour la transparence financière de la vie politique et de la Commission de déontologie pour donner lieu à la création d'une « autorité de déontologie de la vie publique », l'aggravation sanctions en cas de manquements (amende, inégibilité, interdiction d'exercer un emploi public), la mise en oeuvre de codes de conduite et chartes de déontologie dans les administrations, et même des formations « adaptées ».

Le travail de transparence devrait s'étendre à la Présidence de la République. Il y a quelques mois, le député René Dosière rappelait sur son blog, et à l'Assemblée, que le budget élyséen est sous-évalué d'une cinquantaine de millions d'euros (avion à la Défense, chauffeurs à l'intérieur, etc). L'administration américaine vient de publier la liste des cadeaux reçu de gouvernements étrangers par Barack Obama en 2009. En France, notait récemment Cécile Dehesdin pour Slate.fr, on attend toujours la même information pour notre Monarque. Tout juste sait-on qu'il a reçu 442 présents et 487 livres en 2009. René Dosière avait obtenu des services du premier ministre une estimation de l'enveloppe totale des cadeaux offerts par le gouvernement français en 2009 : 97.000 euros. La Cour des Comptes avait communiqué un chiffre quatre fois supérieur (385.000 euros) pour la seule Présidence.

Le retour du Premier Cercle
La veille de la remise de ce rapport, Nicolas Sarkozy s'était discrètement rendu à une réunion de 300 membres du Premier Cercle, ce groupe des riches donateurs de l'UMP (environ 2 millions d'euros par an), durant une demi-heure, dans les sous-sols de l'hôtel Méridien, porte Maillot à Paris. Un témoin confia combien le Monarque fut combattif. Un vrai candidat déjà en campagne inavouée. Il y fustigea l'ISF, un « scandale », dont le rendement vient de croître de 360 millions d'euros en 2010, vient d'annoncé le gouvernement. Il se moqua des manifestations d'enseignants, samedi dernier, qui n'avaient mobilisé « personne dans les rues ». Il confirma que son nouveau profil plus « modeste », rapporte le Monde, ne serait que « temporaire. « Pour l'instant, j'ai l'obligation d'être discret car je suis président, mais attendez que je sois en campagne.»  a-t-il précisé.

Avec le Premier Cercle, nous l'écrivions en octobre dernier, « la Sarkozie a inventé le militantisme bling bling, la cotisation à 2 SMIC, le retour d'ascenseur symbolique ET industriel. » Mercredi, le secrétaire général du parti Jean-François Copé a dû confirmer avoir sollicité les « contributions » de ces riches donateurs, en apportant « leurs éclairages, leurs expériences, leurs contributions pour l'élaboration du projet (présidentiel), puisque pour beaucoup d'entre eux, il s'agit d'entrepreneurs, de gens qui ont une expérience dans le monde très intéressante et utile, dans l'intérêt de notre pays.» On les imagine cogiter sur le bouclier fiscal, l'ISF, ou le poids des dépenses publiques et notamment sociales. Que l'UMP ne comprenne pas que son Premier Cercle incarne désormais les nouvelles 200 familles a quelqe chose de fascinant au 21ème siècle.

Et pendant ce temps...
Mercredi après-midi, le candidat Sarkozy a organisé une réunion à l'Elysée sur la récidive criminelle. Pas question de sembler indifférent à la tragédie de Pornic, où, 9 jours après la disparition de la jeune Laëtitia, aucun aveu ni preuve n'a été obtenu. Plus tard, François Baroin a commenté devant des journalistes que Sarkozy « a exprimé une conviction, l'expression d'une douleur, vraiment, d'une indignation profonde qui est aussi la traduction d'un long combat politique qui a évolué au fil des années et qui l'a vu, lui Nicolas Sarkozy, porter un certain nombre de textes.» Mais qui n'exprime pas de douleur devant un tel drame ? Le gouvernement, a ajouté Baroin, est « vraiment au côté de la famille de Laetitia ». Vraiment ? Pouvait-il être du côté du ou des coupables ? Quelle affirmation !

Mercredi, les chiffres du chômage de décembre dernier, les derniers qui nous manquaient pour dresser le bilan,  désastreux, de l'emploi l'an passé, ont été publiés. Plus de 4,6 millions de chômeurs, sans activité ou en travail partiel, tenus de chercher un emploi ou dispensés, étaient enregistrés à Pôle Emploi. La reprise est là... Sarkozy, ce jour-là, n'eut pas un mot de commentaires sur ces données.

Au final, la séquence des dernières heures fut politiquement incroyable. Sarkozy a, sans gêne ni précaution, abandonné son costume de Protecteur de la Nation. C'est le signe d'une inquiétude, profonde, et d'un besoin de montrer à son camp qu'il reste le patron. La veille, la résistance de quelques ténors à le suivre dans sa volonté de légiférer dans l'urgence après l'affaire de Pornic l'a exaspéré.

Amis sarkozystes, comptez-vous.


8 commentaires:

  1. A propos du chômage, il y a un an, le 25 janvier 2010, voici ce que Nicolas Sarkozy avait promis :

    Sarkozy face aux Français : "Le chômage va reculer cette année".

    C'est un format d'émission inédit qui a permis au président de la République d'être à l'antenne de TF1 pendant plus de deux heures, en "prime time".

    Au cours de cette émission, le président a notamment affirmé que "dans les semaines et les mois qui viennent" les Français verraient "reculer le chômage".

    http://www.rtl.fr/actualites/article/sarkozy-face-aux-francais-le-chomage-va-reculer-cette-annee-5932347099

    Un an plus tard, le 26 janvier 2011, nous pouvons comparer les belles promesses de Sarkozy et la réalité :

    Catégories A, B, C, D, E (ensemble) :

    - Octobre 2010 : le chômage atteint un nombre total de 4 599 900 personnes.

    - Novembre 2010 : le chômage atteint un nombre total de 4 618 600 personnes.

    - Décembre 2010 : le chômage atteint un nombre total de 4 650 700 personnes.

    Variation sur un mois : + 32 100 chômeurs.

    Variation sur un an : + 272 000 chômeurs.

    En pourcentage :

    Variation sur un mois : + 0,7 %.

    Variation sur un an : + 6,2 %.

    http://www.travail-emploi-sante.gouv.fr/IMG/pdf/PI-Mensuelle-_Poz71.pdf

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  2. vu dans le petit journal sur canal d'il y a 3 jours: discours de Sarko en 1993 et 2010 identiques sur la crise (sic!) et la volonte d'agir (sans decrire quelles actions) contre cette meme crise!...
    Y a pas a dire...les francais sont des buses!

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  3. Salut

    Nous par contre, nous sommes obligés de présenter nos casiers judiciares numéro 3 pour avoir un boulot, les syndicalistes seraient affichés pour le simple fait d'être syndicaliste et les keufs peuvent nous arrêter dans la rue pour demander nos papiers et nous fouiller

    Et après, l'UMP parle d'une 'ambiance de délation' et qu'il ne faut pas être moine ou réligieuse par décrocher un boulot de ministre

    Foutage de gueule (les notres bien sur)

    http://londoncalling0033.blogspot.com/

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  4. ce Yoda nain sarkozy ne comprend rien dans le monde nouveau qui se construit. il est mesquin et cynique...il veut créer une guerre civile en Côte d'Ivoire. Ce mec ne mérite pas de diriger ce grand État qu'est la France.

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  5. Merci à Juan pour ce travail courageux. S'agissant du "Premier Cercle incarne désormais les nouvelles 200 familles" il serait peut être utile de les nommer. Bettencourt=1 et après...?
    une façon de les mieux connaitre pour mieux cerner leur comportement anti peuple de France.

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  6. Très bon article une fois de plus - ô combien nécessaire par ces temps de règne du mensonge, du cynisme et de la désinformation. Les faits parlent d'eux-mêmes, si tant est qu'ils soient relatés et non dissimulés... Ce qui est fait courageusement et brillamment ici.

    Chaque jour apporte sa preuve supplémentaire que notre Ben Ali élyséen, qui est à la tête de l'état français comme un enfant dans un magasin de jouets qu'il considère sien - et ses collaborateurs – s'estime être au dessus des lois, et qu'il gouverne non pas au service du peuple, mais pour servir ses propres intérêts et ceux des membres de l'oligarchie qui le soutient.

    Petite anecdote : Il y a peu, lors d'une émission d' "Envoyé Spécial" sur SarkoFrance2 portant sur les remises de légions d'honneur et leurs dérives - dont on sait l'usage frénétique qu'en fait à des fins personnelles notre Ben Ali élyséen - rien, absolument rien, n'a été dit sur le fait que celui-ci avait décoré en personne le fondateur du laboratoire Servier pour lequel il a travaillé en tant qu'avocat d'affaire. Servier qui est un riche donateur et soutien de l'ump, qui est responsable avec le médiator de la mort d'un grand nombre de personnes, dont la fortune a été faite sur le dos de la sécurité sociale grâce à la bienveillance de ministres qui ont fermé les yeux sur les rapports médicaux mettant en garde contre la dangerosité du médiator et émettant des doutes sur l'efficacité de celui-ci, et qui lui ont comme par hasard accordé un taux de remboursement de 250% contre 100% pour des médicaments parfaitement identiques d'autres laboratoires (sources France Culture journal de 18h 28-01-2011)...

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  7. Euh, si, Anonyme..., Le Canard Enchainé a publié, il y a belle lurette, un article sur la remise par Sarkozy à M. Servier, de la Grande Croix de la Légion d'Honneur en 2009.

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  8. Sergev, le sens du propos était de dire que ce fait important et grave n'avait pas du tout été mentionné alors que celui-ci était au plus haut point représentatif du thème même de cette émission. Ce qui montre la soumission, la complaisance, la connivence, le soutien des médias télévisuels à l'égard de N. Sarkozy et de son pouvoir, car dans un tel cas, tout journaliste digne de ce nom ne pouvait pas ne pas en parler.

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