23 janvier 2011

Insécurité : l'explication détaillée du bidonnage de Brice Hortefeux

Jeudi 20 janvier, Brice Hortefeux était sur le plateau du journal télévisé de TF1, graphique en main, pour délivrer la bonne parole : pour la huitième année consécutive, la délinquance baisserait. Le lendemain, le ministre dévoilait, avec le concours du fidèle sarkozyen Alain Bauer, président du conseil d'orientation de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDPR), le bilan annuel de la délinquance. Et comme les chiffres sont mauvais, il valait mieux les commenter avant tout le monde et cibler les constats sur les quelques résultats les plus prometteurs.

La délinquance baisse, vraiment ?
Jeudi soir sur TF1, le ministre de l'intérieur tenait à montrer son joli graphique, un tableau illustrant la hausse de la délinquance jusqu'en 2001 (en rouge) puis sa baisse depuis 2002 (en bleu). Hortefeux ne voulait pas se laisser contredire : la délinquance, il fallait avaler l'argument sans mâcher, aurait baissé de 2,5%. En fait, les atteintes aux biens ont bien baissé de 1,9 %, mais celles touchant les personnes ont progressé de 2,5 %. L'unique réponse, l'habituelle réponse du ministre fut d'expliquer que la délinquance ... avait changé. « Cette évolution est, en grande partie, due aux vols avec violence qui ont lieu dans les transports et l'explication repose, pour une grande part, aux vols de téléphones portables et de smartphones. Ce sont, tenez-vous bien, deux tiers des vols avec violence dans les transports en commun » ajoute-t-il le lendemain sur France Info.

Chaque année, il nous refait le coup : très jeunes mineurs, bandes organisées, hooligans, ou Roms : à chaque bilan son bouc-émissaire. Cette fois-ci, c'est la faute aux vols de Smartphones dans les transports en commun des grandes villes. Steve Jobs, explique-toi ! Les chiffres, comme souvent, sont aussi bidonnés. Pour parfaire sa démonstration forcée, le ministre avait fait ajouter la baisse des infractions à la législation sur les étrangers, ainsi que sur les stupéfiants, en recul pour la deuxième année consécutive. Ces deux indicateurs étaient habituellement traités à part dans les statistiques officielles du gouvernement. Enfin, dernière manoeuvre, Hortefeux répète à tous que les statistiques émanent d'un organisme i-n-d-é-p-e-n-d-a-n-t.

Le lendemain, vendredi 21 janvier, Brice Hortefeux et Alain Bauer, président de l'ONDPR, commentaient ces résultats devant la presse. Monsieur Bauer s'est ainsi félicité de la baisse du nombre d'homicides (675 en 2010), « le chiffre le plus bas depuis l'apparition des statistiques au XVIe siècle ». Alain Bauer est un proche de Nicolas Sarkozy. Les polémiques sur les bidonnages en amont des chiffres de la délinquance existent depuis longtemps.

Ces chiffres qu'Hortefeux manipule
A chaque bilan annuel, Brice Hortefeux excelle à manipuler des chiffres invérifiables dans les statistiques publiées.

Ainsi, on ne sait pas d'où Hortefeux sort ses chiffres sur les vols de téléphones portables dans les transports en commun. L'ONDPR ne livre aucun détail. Tout au plus, peut-on lire dans ce bilan que les coups et violences volontaires non mortels ont explosé en 5 ans : +44.000 faits, pour atteindre 192.000 faits en 2010 ! Mieux, les vols à la tir, qui sont classés dans les atteintes au bien et dont on suppose qu'ils concernent au moins en partie les vols de téléphone mobile, sont ... en baisse : 89.000 en 2010 contre 96.000 en 2007... 

De même, les faits de « la criminalité organisée et la délinquance spécialisée qui recouvre, par exemple, les activités mafieuses, le proxénétisme ou les grands trafics de stupéfiants », expliqua le ministre, auraient reculé de 6,9% en 2010. D'où vient le chiffre ? Les braquages de banques ont bien chuté mais sont marginaux (336 en 2010 contre 397 en 2009). Les règlements de comptes entre malfaiteurs sont encore plus anecdotiques  : 43 faits recensés en 2010.

Autre exemple, la protection des personnes âgées : Hortefeux se félicite d'une baisse de 6,12% des atteintes volontaires à l'intégrité physique « depuis l'entrée en vigueur du plan » (i.e. depuis l'été) et d'une autre de 6,32% pour les escroqueries et abus de confiance sur l'intégralité de l'année. Quelle rigueur ! L'arnaque est double : primo, les victimes des abus de confiance ne sont pas toutes des seniors. Secundo, l'ONDPR précise dans son document que les règles d'enregistrement statistique ont changé... au quatrième trimestre de 2009: « Ces fortes baisses concerneraient deux périodes au cours desquelles les règles de saisie auraient été différentes.» Quand l'organisme tente de retraiter les données (en comparant deux trimestres évalués suivant la même méthode), il obtient des résultats... contraires : « lorsqu’on compare les nombres de faits constatés d’escroqueries et abus de confiance et de falsifications et usages de cartes de crédit au 4e trimestre 2010 par rapport au même trimestre de 2009, soit deux périodes entre lesquelles il n’existerait plus de rupture statistique en application des nouvelles règles de saisie, on mesure respectivement une hausse de 10,2 % (soit + 5 070 faits constatés d’escroqueries et abus de confiance) et une hausse de 13,8 % (soit + 1 620 faits constatés de falsifications et usages de cartes de crédit).» (cf. page 35).

Ces statistiques, faut-il le rappeler, ne sont que le résultat de l'enregistrement des procès-verbaux dressés par ces fonctionnaires, comme le rappelle, à chaque nouvelle publication, Laurent Mucchielli. Et le sociologue cite un exemple : « la baisse des escroqueries et abus de confiance est liée au fait que ce sont de moins en moins les particuliers qui portent plainte et de plus en plus les banques, ce qui permet de regrouper une multitude de victimes dans une même affaire.»

Ces chiffres qu'Hortefeux ne commente plus
Dans le détail, même les chiffres officiels sont carrément mauvais, et les explications de Brice Hortefeux frôlent le ridicule : les violences aux personnes augmentent sans interruption depuis des années : 381.000 en 2002, 411.000 en 2005, 434.000 en 2006, 433.000 en 2007 (année électorale), 443.000 en 2008, 456.000 en 2009, et, last but not least, 467.000 l'an dernier, soit +14% en 5 ans ! On applaudit !

Rapportée à la population, l'évolution n'est pas plus fameuse, à tel point que même l'ONDPR est obligée de le reconnaître : « L’augmentation du nombre de faits constatés d’atteintes volontaires à l’intégrité physique enregistrés pour 1 000 habitants observée presque chaque année depuis 1996, se poursuit en 2010.» Quinze ans de hausse ininterrompue... L'ONDPR tente de se féliciter de la « quasi stabilité sur un an du nombre de faits constatés de violences physiques non crapuleuses » qui « met fin à une série de variations annuelles de + 2,5 % au plus qui remonte à 1996 », « une première pour la période étudiée par l’ONDRP ». Quelle objectivité dans les commentaires pour un accroissement de 28% en 5 ans !

En 1997, on comptait 1,8 violence physique non crapuleuse et 1,4 violence physique crapuleuse pour 1000 habitants. En 2002, ces taux étaient respectivement montés à 2,7 et 2,2. En 2010, ils sont à 3,4 et 1,9.

Mais la hausse des violences physiques est quasiment générale. Et l'analyse des statistiques détaillées permet de révéler combien le story-telling officiel est partial et partiel :

1. Une partie des actes de délinquance ainsi recensés est révélée par les forces de l'ordre elles-mêmes. Or, ô surprise, le nombre d'infractions révélées par l'action des services ne cesse de décroître depuis 2008... Après une hausse de 317.000 faits en 2005 à 385.000 en 2008, il est retombé à 372.000 en 2009 puis 359.000 en 2010. Serait-ce l'effet des suppressions de postes dans la police ? De consignes gouvernementales de lever le pied pour éviter des statistiques encombrantes ?

2. Les forces de l'ordre sont-elles moins respectées qu'avant ? La question se pose. Les « violences à dépositaire de l’autorité » ont à nouveau progressé (27 500 en 2010, +17% en 5 ans).

3. Les violences intra-familiales ne cessent d'augmenter : les « violences, mauvais traitements et abandons d'enfants » s'élevaient à 17.000 l'an dernier, contre 12.400 en 2005.

4. Si les violences sexuelles (23.000 par an depuis 2005) ont à peine baissé l'an dernier, les viols, sur majeurs comme sur mineurs, ont augmenté, à 10.108 soit +2,7% en un an. Les « vols violents sans armes contre des femmes sur la voie publique » ont bondi de 44.000 en 2009 à 50.000 en 2010.

5. Les meurtres, quel qu'ils soient, frappent toujours l'opinion publique, et ont servi, à de multiples reprises, à diverses instrumentalisations politiques par Nicolas Sarkozy pour légiférer sous le coup de l'émotion. En fait, leur nombre reste modeste : moins de 1000 homicides par an pour l'ensemble du pays (1.016 en 2002 ; 975 en 2005 ; 675 en 2010).

6. Les cambriolages, comptabilisés dans les atteintes aux biens, ont à nouveau augmenté. Leur nombre agit directement sur le sentiment d'insécurité. On se souvient, à l'automne 2009, de la préoccupation du ministre, devant la recrudescence de ses délits. Quelques mois plus tard, en avril, il s'était empressé de se féliciter de leur baisse, comparant abusivement été et hiver. En août dernier, en pleine surenchère sécuritaire estivale, le ministre nous avait détaillé son plan anti-braquage : mise en place de policiers et gendarmes « référents-sûreté » qui aident les professionnels à se prémunir contre les risques de braquage; définition par les policiers et gendarmes de «plans d’intervention contre les braquages»; et, suprême mesure, le renfort de moyens «les plus modernes».

Observons la tendance, qu'Hortefeux s'est bien gardé de commenter : depuis 2005, les cambriolages d'habitations particulières ont baissé de 32.000 faits (-8,8%). Mais depuis 2008, ils progressent tranquillement : 322.000 en 2007, 320.000 en 2008, 320.000 en 2009, 323.000 en 2010. Parmi eux, la baisse observée depuis 2005 concernent essentiellement les locaux professionnels et, dans une moindre mesure, des résidences secondaires. Les habitations principales, elles, subissent 172.000 effractions, soit +9.000 en 5 ans. Sarkozy, « protecteur » de nos foyers ? Que nenni !


4 commentaires:

  1. Rétablissons la vérité ! Merci pour ce blog qui permet d'avoir un avis plus objectif !!! Continue ainsi Juan…

    RépondreSupprimer
  2. Que les chiffres soit faux , c'est peut etre un fait !

    Mais ce qui serait peut etre plus utile pour tous le monde ...... c'est de savoir pourquoi la délinquance augmente ? et pourquoi il y a une certaine jeunesse qui prefere gagné de l'argent facile ..... et qui passe le plus clair de leur temps a faire chier le peuple ? ....... nan ????

    Ah oui c'est vrai ! Vous avez surement des excuses a leur donner ! comme eux s'en donnent ! Que suis-je bete , j'avais oublié !

    Moi j'ai appris un joli dicton qui dit :

    Avant d'exigé d'etre considéré , aimer ..... commence peut etre par te faire aimer , considéré !

    Parce qu'on ne reçoit pas des autres , des choses que l'on ne possede pas soi meme !

    Bien a vous !

    RépondreSupprimer
  3. ""Parce qu'on ne reçoit pas des autres , des choses que l'on ne possede pas soi meme !""

    n'est-ce pas??!!!
    vous ne pensiez pas si bien dire, je crois!!
    on sent si bien que vous possédez plein de ces choses, vous.
    comme empathie, respect, tout ça quoi......

    RépondreSupprimer
  4. Les chiffres de la délinquance et les chiffres du chômage tels qu'avancés par les UMPFN aux commandes du pays sont des chiffres truqués. Merci à ce blog de rétablir la vérité j'adresse à son auteur tous mes encouragements.

    A anonyme (14h48)j'apporte par ce qui précède un début de réponse à sa question, le chômage est la mère de bien des maux. Autour de moi je vois des jeunes bosser pour des esclavagistes et ne même pas toucher le SMIC pas de quoi payer un loyer et vivre décemment.
    Voilà la vérité n'en déplaise à certains

    RépondreSupprimer

Merci par avance de votre commentaire. Les insultes, les commentaires racistes, antisémites, pornographiques, révisionnistes, sexistes ou en général tout sujet contraire aux valeurs humanistes ne sont pas acceptés.
Les commentaires PEUVENT être modérés et donc censurés.