28 février 2011

De retour de Turquie, Sarkozy devient premier ministre

Quelle accélération ! Vendredi, Nicolas Sarkozy rencontrait ses homologues turcs pour « travailler ». On n'a pas bien compris ce qu'il en était ressorti de concret. Il y avait urgence à Paris. Sarkozy s'agaçait des interventions diverses en faveur de Michèle Alliot-Marie. Quatre mois à peine après un remaniement gouvernemental pourtant annoncé et préparé pendant 6 mois, Sarkozy changeait à nouveau son équipe de ministres. La Sarkofrance adopte l'instabilité de la IVème République. Dimanche soir, le Monarque s'exhibait quelques 7 minutes à la télévision pour tenter de convaincre de sa sérénité.

Speedy-Sarko en Turquie...
Vendredi dernier, Nicolas Sarkozy était donc en Turquie. Trois cent quinze minutes sur place pour une visite à peine officielle. On a beaucoup commenté ce service minimum sarkozyen à l'égard d'un tel partenaire majeur. Depuis 2007, le Monarque n'a pas souhaité développer les relations franco-turques comme il l'a fait avec d'autres Etats, souvent de réelles dictatures (Syrie, Libye, Egypte). Cette attitude n'était qu'électoraliste. Sarkozy s'oppose à l'entrée de la Turquie en Europe, quels que soient les progrès démocratiques du pays. Une position contraire, pense-t-il, lui ferait perdre des voix.

En arrivant  à Ankara, le Monarque mâchait encore un gros chewing-gum. Le maire d'Ankara, qui faisait partie de la délégation turque, n'a pas apprécié. Un quotidien local moqua tristement la venue du Monarque français, et « la nonchalance de ses jambes croisées mi-écartées.» Globalement, l'accueil fut très froid. En France, Henri Guaino, le conseiller non-élu de Nicolas Sarkozy se permettait quelques leçons de politique étrangères à l'encontre des diplomates anonymes qui critiquèrent l'amateurisme de Nicolas Sarkozy dans une tribune publique mardi dernier.

Nicolas Sarkozy a donné une interview au quotidien local POSTA. L'introduction dérape, comme souvent, dans le ridicule : « En venant en Turquie, je me rends dans un grand pays ami et allié ; un pays qui joue un rôle de plus en plus actif dans les affaires du monde ; un pays avec lequel la France partage des relations anciennes puisque cela fait maintenant près de cinq siècles que François Ier et Soliman le Magnifique ont noué des relations diplomatiques. » Replacer sa visite expresse sous l'ombre tutélaire de ... François Ier est osé.

Lors de son « point de presse » de 32 minutes avec le président turc, ce dernier a remercié le Monarque pour « sa franchise » et l'invita pour une « vraie » visite dès qu'il le souhaite. Sarkozy avait le sourire coincé. « Merci monsieur le Président Gül. Je voudrai dire combien je suis heureux... d'être en Turquie... à l'invitation du Président Gül.... Et je suis très heureux d'être celui qui mette un terme à cette parenthèse de 19 années sans visite. » L'argument est lâché. C'est l'élément de défense de Sarkofrance aux critiques contre la durée courte de sa visite. « Je crois, et depuis longtemps, au rôle essentiel de la Turquie sur la scène internationale, rôle qui est du à l'importance et à l'ancienneté de son histoire, de sa civilisation , les valeurs qu'elle porte. » Et il  complète, péremptoire et creux, « le monde a besoin d'une Turquie qui prend des initiatives.» Sans blague... Sarkozy s'exprime au nom du monde...

Il prend sa présidence du G20 très au sérieux. Il n'hésita pas à se présenter maître du monde : « j'ajoute qu'en tant que président du G20, il est très important pour la France de pouvoir avoir le soutien de la Turquie sur des sujets aussi difficiles, aussi urgents et aussi complexes que la réforme du système monétaire international, qui concerne la Turquie... notamment sur l'afflux des capitaux et leur rôle potentiellement déstabilisant...» Et il ajoute : « nous partageons tous les deux la conviction que c'est une enceinte incontournable. »

A Ankara, les deux présidents ont parlé de nucléaire, Sarkozy proposant un « partenariat sans limite avec la Turquie sur le nucléaire, ce qui est façon d'ailleurs de témoigner de notre confiance dans la démocratie turque, dans la stabilité de la société turque et dans le potentiel de l'économie turque... » L'homme est gonflé. Depuis son élection, Nicolas Sarkozy a vendu la technologie nucléaire française, à des niveaux divers, à la Libye, l'Algérie, la Tunisie, l'Afrique du Sud, l'Inde, l'Arabie Saoudite, Abou Dhabi, l'Egypte. Il avait même précisé, en novembre dernier, que l'Iran avait droit au nucléaire civil... La Turquie appréciera l'engagement...

... pris en défaut
En Turquie, Nicolas Sarkozy était visiblement mal à l'aise. Son opposition à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne est fondée sur des convictions personnelles, un mélange d'arguments quasi-religieuses, géographiques et institutionnels. Mais ces critères n'étaient pas ceux avancés par les responsables européens, y compris français, contre l'adhésion turque. L'UE s'est contentée de mettre en exergue le respect des libertés politiques et les progrès démocratiques. Or, en Turquie, le président français n'a cessé de louer la démocratie turque, privant par là même l'UE de tout argument pour refuser que ce pays la rejoigne... En d'autres termes, Sarkozy l'a joué perso, comme souvent. Deux journalistes lui reprochèrent son attitude. L'un l'interrogea sur la crédibilité de la France, qui s'oppose avec des arguments différents de ceux prévus par l'UE pour évaluer cette adhésion. L'autre, une journaliste turque, profita de l'occasion pour s'étonner que la France bloque l'adhésion turque alors que cette dernière est un « modèle » pour les mouvements démocratiques au Moyen Orient et au Maghreb et que l'Europe a eu peu de prises sur le printemps arabe. Sarkozy répondit le visage grimaçant : « je vous remercie pour cette question extrêmement modérée. Je félicite le président Gül d'avoir des journalistes tellement emprunts de confiance dans l'avenir de la société turque. J'aimerai tellement que ce soit parfois le cas en France aussi. (...) Je dis aux journalistes français qu'on peut être journaliste et en même temps inconditionnel de son pays... » Sarkozy continua : « quand vous dites que la France est le seul pays d'Europe à avoir cette position, je crois que vous pris dans votre enthousiasme, et que vous savez parfaitement que ce n'est pas exact.»

Pour le reste, Sarkozy plaida le « compromis.» « Je pense que le tout-adhésion et l'association dont le gouvernement turc a eu l'occasion à plusieurs reprises de dire qu'il ne voulait pas ... il y a un chemin d'équilibre qu'on peut trouver si on regarde cette question avec le souci de l'apaisement et... de la vision. » Il s'engagea ensuite dans une explication maladroite, expliquant qu'aucun Turc n'accepterait une ingérence étrangère. Et que donc il faut laisser les révolutions arabes du moment se dérouler sans soutien : « ce qui se passe au Moyen Orient appartient d'abord aux peuples du Moyen Orient. » Et d'ajouter : « que voulez-vous que les vieilles démocraties européennes, au sens de l'histoire, ou la démocratie turque, fassent si le peuple égyptien, si le peuple tunisien ne sont pas décidés à prendre leur destin en main ? » Ce n'était pas la question...

« La très grande nouvelle, c'est que ces peuples aspirent à la démocratie, au progrès social, au progrès économique. » Sarkozy ose tout. Même d'affirmer ainsi que les peuples tunisien et égyptien n'étaient pas mûrs pour la démocratie, qu'ils ne la souhaitaient pas vraiment avant les récentes révolutions. On a honte. Sarkozy enchaîna sur l'Union pour la Méditerranée, qui mérite, selon lui, d'être refondée. Car, dit-il, elle a été créée avec « des régimes autoritaires, avec lesquels nous avions des relations parce qu'ils étaient laïcs et qu'il n'y a pas d'alternatives crédibles.» La réal-politik a bon dos. En une phrase, Sarkozy excuse tout. Les voyages privés, les accolades, les courbettes, le silence assourdissant pendant les émeutes, le prêt ou la vente de matériel répressif. « C'est sans doute un tournant historique... que personne dans le monde n'avait prévu.» Le printemps arabe est un tournant historique. Il n'y a pas de « sans doute » qui vaille. Sarkozy est-il toujours mal à l'aise avec la disparition de ses alliés autocrates ?

Interrogé sur un éventuel désaccord sur l'opportunité de sanctions contre le colonel Kadhafi, les deux chefs d'Etat réfutent. M. Gül pense aux ressortissants turcs qu'il a fait rapatriés (10.000 à ce jour). Sarkozy répond que la position de la France est « claire » : « Monsieur Kadhafi doit partir.»  Première nouvelle. Il faut donc oublier les courbettes de 2007...

Un peu plus tard, dans sa déclaration conjointe avec le premier ministre Erdogan, Sarkozy conclua par une promesse : « Je vais dire à mes amis Turcs que j'ai une réunion de travail aujourd'hui. Le Premier ministre a beaucoup de travail en Turquie, j'en ai beaucoup en France. Voilà, j'ai trouvé une occasion de venir à Istanbul, c'est l'insistance de nos amis Turcs. Vraiment, merci, c'est d'accord. »

Pour faire bonne figure, Sarkozy et Erdogan publièrent un relevé de « conclusions Il fallait prouver aux journalistes français que le Monarque avait bossé. On y lu un ensemble de platitudes et d'évidences : la Turquie soutient la France, il faut « assurer une croissance forte, durable et équilibrée » et « augmenter l'emploi » ; la régulation financière, c'est important, et « la France et la Turquie déclarent qu'elles renforceront le partage d'informations relatives au financement du développement et de la lutte contre le changement climatique. » On est bien servi ! Que d'innovations et de décisions !

Sarkozy devient premier ministre
Dimanche, le Monarque s'est agité pour régler sa crise de politique intérieure. Le fiasco diplomatique de la France depuis décembre dernier face au printemps arabe s'était transformé en catastrophe intérieure. Il a planté toute la stratégie électorale de reconquête de l'opinion sur le terrain étranger. Il fallait bouger. Ce sera le douzième remaniement depuis mai 2007. A force d'incompétence, Sarkozy a réinventé l'instabilité ministérielle version IVème République.

Il a passé l'essentiel du weekend à la Lanterne, cette belle résidence présidentielle près du Chateau de Versailles. A 15H, il était à l'Elysée.  A 17h48, Michèle Alliot-Marie confirmait sa démission. A 20h, sur les chaînes nationales et d'information, le candidat s'exprimait, filmé sérieux, en gros plan. Il s'abrita derrière le printemps arabe pour justifier la nécessité de « réorganiser les ministères régaliens ». Il dramatisa à souhait, pour mieux excuser ses errements. Pas un mot sur les bourdes, les conflits d'intérêts, la complaisance Il commença par excuser la position de la France, il fallait créer des remparts contre l'islamisme et le terrorisme. « ces révolutions arabes ouvrent une ère nouvelles à nos relations avec ces pays. » Ou encore : « ce changement est historique. Nous ne devons pas en avoir peur. Nous ne devons avoir qu'un seul but : aider, accompagner ces peuples qui demandent à être libres.» Il loue cette « espérance qui vient de naître » mais s'inquiète des « conséquences sur les flux migratoires et le terrorisme.» L'argument est lourd. A la faveur des révolutions arabes, Sarkozy peut appuyer sur l'immigration comme thème de campagne.

Le Monarque voulait nous faire croire qu'il agit :  « la France a demandé que le Conseil européen se réunisse pour que l'Europe adopte une tratégie commune », afin de « promouvoir l'éducation et la formation de la jeunesse de ces pays. » Sarkozy enchaîna en répétant ce qu'il annonçait déjà vendredi dernier, la relance de « l'Union pour la Méditerranée fondée à l'initiative de la France le 13 juillet 2008 » ... avec le Syrien El Assad, l'Egyptien Moubarak, le Tunisie Ben Ali et le Libyen Kadhafi...

Il conclut par son remaniement : « c'est mon devoir de prendre les décisions qui s'imposent quand les circonstances l'exigent » et « pour obtenir les résultats que vous attendez et que nous obtiendrons, je me dois de ne faire prévaloir aucune autre considération que l'efficacité et l'intérêt général dans  le choix de ceux auxquels sont confiées les responsabilités de l'Etat. » Ainsi Alain Juppé, « homme d'expérience » sera ministre des affaires étrangères ; Gérard Longuet, qui rêvait du poste depuis 20 ans, le remplace à la Défense ; et Claude Guéant, le Grand Vizir non élu, qui l'a « accompagné depuis 9 ans dans toutes les responsabilités au ministère de l'intérieur », reprend un nouveau ministère intérieur/immigration.

Sarkozy espère que « les fonctions régaliennes de l'Etat » seront ainsi préparées aux nouvelles échéances. Avec ces changements, il éclipse François Fillon et se comporte en premier ministre. Fillon fut absent, dépassé, cornaqué. La tradition de la Vème République voulait que le premier ministre présente et négocie son équipe. Le changement fut précipité, et l'exécutif élyséen se trouve affaibli par le départ de Guéant, signe d'une reprise en main directe du gouvernement par Sarkozy en personne. L'obscur Xavier Musca reprend le secrétariat général de l'Elysée, et Hortefeux est placardisé en conseiller politique. L'ami de 30 ans, inefficace, multirécidiviste de la sanction judiciaire, est également évacué sans davantage de considération ni d'hommage.


27 février 2011

Ethique et diplomatie : la mauvaise attitude de l'équipe Sarkozy

Plus de deux mois après le déclenchement des révolutions arabes, Tunisie d'abord, Egypte ensuite, Libye aujourd'hui, il reste surprenant de constater l'incompréhension affichée par nos gouvernants de Sarkofrance à l'égard des critiques qui les frappent. Des différentes accusations qui s'accumulent (maladresses, désorganisation, inconstance, etc), il en est une qui porte loin, fait mal et engage l'avenir : Nicolas Sarkozy n'est pas seulement critiqué pour sa politique étrangère, mais aussi sur son comportement. Trahison des promesses, compromission avec les mauvais, imprudence des décisions, l'effondrement des dictatures tunisiennes puis égyptiennes a rappelé que le comportement même de nos dirigeants, comme hier dans les affaires Woerth/Bettencourt ou les abus de privilèges gouvernementaux (cigares, jet, etc) posait problème.

1. La trahison.
La présidence Sarkozy s'est ouverte sur une trahison. La toute première des promesses non tenues fut diplomatique. Nicolas Sarkozy s'est fait élire sur des discours répétés d'une nouvelle gouvernance des affaires étrangères, davantage fondée sur les droits de l'homme que sur les « contrats

Il l'a répété devant le Parlement européen le 19 novembre 2007. Quelques mois après ses premières complaisances avec certaines dictatures. Quelques semaines seulement avant la réception en grandes pompes à Paris, le 10 décembre 2007, du colonel Kadhafi. Quelques mois avant que l'on ne découvre les relations troubles de son ministre des affaires étrangères de l'époque, Bernard Kouchner, avec quelques autocrates africains à qui il venait juste de réclamer le paiement de factures de conseil impayées.

Adoptée l'été dernier, l'adaptation minimaliste de notre droit pénal à la Cour pénale internationale
protègera les criminels de guerre de toute poursuite en France. 

2. L'imprudence.
Nombreux sont les Etats qui commercent avec de sales régimes. L'Italie est le premier partenaire commercial de la Libye. La Russie nous commande des navires de guerre. En Chine, les entreprises du monde se disputent les plus gros marchés du siècle. « Si nous n'y allons pas, les autres iront » s'entend-on répéter.

Pourtant, on ne commerce pas avec des dictatures comme avec d'autres pays. Chantre de la diplomatie atomique pour favoriser l'exportation de notre filière historique et rééquilibrer notre balance extérieure, Sarkozy a proposé le nucléaire à quasiment tout le monde, même les pires dirigeants. Aujourd'hui, dans la presse comme au sein du gouvernement, on entend qualifier Kadhafi de fou, après ses interventions de la semaine passée. C'est à ce même fou que la France a voulu céder une partie de son savoir-faire nucléaire.

Les dictatures sont friandes d'armement. Si ce commerce ne peut être évité, il n'en reste pas moins dangereux, il mérite précautions et contrôles. Ainsi, les Etats-Unis tiennent à bout de bras l'armée égyptienne depuis trois décennies au motif de stabiliser la région et protéger Israël. Quand la rue égyptienne s'est soulevée, l'administration américaine a précipité le départ de l'autocrate.

En France, on signe les contrats, on encaisse (mal) les chèques, mais on crie au refus de l'ingérence. La belle hypocrisie !

3. La complaisance
On ne va pas converser qu'avec des démocraties. C'est l'argument répété pour justifier les dialogues encore récents qu'entretenait la France avec les régimes Ben Ali, Moubarak ou ... Kadhafi.
On doit bien sûr entretenir des relations avec tous les pays et pas seulement les démocraties, si les intérêts d'Etat le nécessitent.

Mais inutile d'en rajouter. Inutile de célébrer, de dérouler le tapis rouge (comme pour Noursoultan Nazarbaïev, le « leader de la Nation » Kazakh). Inutile d'être le seul dirigeant occidental à publiquement féliciter Ben Ali, Bongo ou même Karzai pour leurs (ré)élections contestées. Inutile de louer les progrès démocratiques tunisiens en avril 2008 sous le regard hilare de Ben Ali. Inutile de parsemer les rues françaises de figurants (chinois), d'organiser des dîners de gala médiatiques (avec Poutine); inutile de multiplier les mots doux en public comme si nous étions des dirigeants frères (Poutine, encore; Hu Jintao, aussi; Ben Ali toujours).Vous rappelez-vous cette photo de Poutine tenant Louis Sarkozy dans ses bras un jour d'août 2008 ? Inutile de plier notre protocole républicain comme si la République s'effaçait quand un dictateur nous rend visite.

Entre partenaires responsables, on devrait pouvoir se parler.

4. La compromission. 
A chaque scandale diplomatique, le clan Sarkozy s'abrite derrière les nécessités diplomatiques pour justifier d'éventuelles collusions personnelles. Pourtant, souvent, là n'est pas la question : on doit s'abstenir de relations personnelles avec des hauts responsables politiques ou économiques des dictatures. Quand on est personnage public et de surcroît représentant de la nation, on évite les cadeaux, voyages ou intérêts économiques.

Le couple Ollier/MAM ne comprend ainsi pas qu'on lui reproche son périple tunisien. C'est pourtant assez simple. En cas d'ignorance sur d'éventuelles sales coulisses parmi ses relations étrangères (sait-on jamais ?), on reconnaît rapidement la méprise, et on prend ses distances avec l'ami peu fréquentable. Aziz Miled, ce grand ami tunisien de la famille Alliot-Marie, est au centre d'une nouvelle polémique. Sa compagnie est accusée d'avoir transporté des mercenaires en Libye pour le compte de la répression Kadhafi. Croyez vous que MAM se désolidariserait ?


26 février 2011

199ème semaine de Sarkofrance : Nicolas le candidat contre Sarkozy l'amateur

Bientôt 200 semaines depuis l'élection de mai 2007. Nicolas Sarkozy semble politiquement crevé. Sa politique étrangère a volé en éclat. Les outrances sanglantes d'un colonel Kadhafi dépassé par une révolution populaire rappellent combien les compromissions et incohérences sarkozyennes depuis 2007 ont été graves et contre-productives. Le gouvernement est à bout de souffle, à peine remanié voici 4 mois. Michèle Alliot-Marie est contrainte à un tour du monde quasi-touristique pour se faire oublier, tandis qu'on prédit son départ dans quelques jours. Bruno Le Maire est secoué par des agriculteurs en colère. Xavier Bertrand se réjouit trop tôt des chiffres du chômage. Fillon prend le jet pour rentrer chaque weekend... D'où viendra le second souffle tant attendu ?

Sarkozy, monarque faussement serein
Samedi dernier, Nicolas Sarkozy croyait avoir bien fait. Une belle visite inaugurale au Salon de l'Agriculture, dès 8h45, avant qu'il n'y ait trop de visiteurs et de sifflets. Histoire de caresser les vaches tranquille, goûter quelques fromages... et s'enfermer assez rapidement dans une salle voisine avec une assistance sélectionnée pour débattre devant les caméras d'Elysée.fr des difficultés de l'agriculture française. Bruno Le Maire, son ministre agricole, exultait. Quatre jours plus sur CANAL+, il était pris en flagrant délit d'ignorance généralisée dans un quizz simplissime sur les choses de la terre. Et un agriculteur en colère, lui criait sa rage et son dégoût contre l'absence de régulation des prix d'achat aux producteurs, malgré toutes les grandes déclarations officielles. Le bilan agricole de Nicolas Sarkozy reste très maigre : malgré nombre de déplacements pour « constater », l'action réelle pour soutenir le prix, les entreprises et l'activité du secteur reste bien faible.

Porte de Versailles, Nicolas Sarkozy a quand même lâché un couplet sur l'Islam, comme si le sujet, qui fera l'objet d'un débat électoraliste à l'UMP, était la préoccupation majeure du pays, devant la précarité, le chômage et le pouvoir d'achat. « On essaie toujours de monter les uns contre les autres. Moi, j'essaie de rassembler » a-t-il osé déclarer. Mardi, il était à Bordeaux, bloquant quelques heures un CHU le temps d'une nouvelle table ronde sur Alzheimer. Là aussi, on cherche les actions par-delà les discours. Où sont les 45.000 places d'accueil promises voici 3 ans ?

Chômage persistant
Le chômage s'est rappelé au bon souvenir de nos gouvernants, jeudi soir. Xavier Bertrand s'est précipité sur TF1 pour commenter les derniers chiffres de janvier, 24 heures avant leur parution. La baisse du chômage serait « importante ». Le ministre du Travail se fiche de nous. Le nombre d'inscrits à Pôle emploi reste à 4,3 millions de personnes, et le nombre de radiations a augmenté de 13.000 en un mois... Quelle reprise ! Bertrand se déclare aussi favorable au rétablissement d'une allocation pour les chômeurs en fin de droits en formation... que Sarkozy a supprimée l'an dernier.

Côté pouvoir d'achat, les nouvelles ne sont pas plus fameuses. Eric Besson, ministre de l'industrie, dut confirmer à mots couverts qu'une augmentation du tarif du gaz était à l'étude. Le Figaro promet +5% pour 11 millions de foyers français, soit 20% de hausse en un an. Son collègue du budget, François Baroin, devait s'expliquer sur le cafouillage fiscal de la semaine passée. Nicolas Sarkozy avait pris sa majorité, et son propre ministre, de court en réclamant une suppression pure et simple de l'ISF. Ce nouveau cadeau au Premier Cercle du Fouquet's est prévu pour juin... On se réjouit d'avance...

Révolte diplomatique
La politique internationale, à travers la présidence française des G20 et G8 cette année, devait lui donner un peu d'air et de recul. Et l'aider à sa tentative de représidentialisation accélérée avant la campagne officielle de 2012. Las, Nicolas Sarkozy ne pouvait que constater, cette semaine, le fiasco général. Depuis janvier, les révolutions tunisienne puis éqgyptienne avaient montré combien la diplomatie française avait sombré : après l'échec de Bernard Kouchner, Michèle Alliot-Marie s'embourba dans des polémiques successives : soutien à Ben Ali, voyage privé en Tunisie, conflits d'intérêt, etc. La ministre pouvait servir de fusible. Le soulèvement en Libye apporte une nouvelle touche : la Sarkofrance est accusée d'une complaisance inqualifiable depuis 2007 à l'égard du boucher de Tripoli. Le colonel Kadhafi s'est montré sous un jour terrifiant mardi puis jeudi. Propos décousus, appel à la répression et aux bains de sang... Et l'on se souvient qu'on lui a cédé une centrale nucléaire en juillet 2007, dont l'installation a heureusement tardé; qu'on cherchait à finaliser quelques deux milliards d'euros de ventes d'armes en novembre dernier, après les 316 millions d'euros déjà conclus depuis 2007 ; qu'on a modernisé quelques Mirages français - à défaut de vendre des Rafales - juste à temps pour la répression sanglante de ces 12 derniers jours. Deux pilotes ont fui, deux autres avions se sont écrasés. Dans les hôpitaux libyens, des mercenaires achèveraient les blessés.

Mardi, une trentaine de diplomates publiaient dans le Monde une tribune anonyme et accusatrice sur l'amateurisme de Nicolas Sarkozy en matière internationale. Et l'on retrouve les critiques rencontrées ailleurs : centralisation des décisions, absence de concertation, critique systématique des fonctionnaires en charge, inconsistance des décisions... Sarkozy est un piètre « manager » de l'entreprise France... à tous points de vue. Le comportement de l'équipe Sarkozy - volte-faces mercantiles, courbettes exagérées, complaisance exécrable, compromissions individuelles - fait aussi débat.

Au gouvernement, on n'eut pas de mots assez durs pour dénoncer la démarche : « tract politique » (Guaino), « lâcheté » (Baroin), « effet de mode » (Juppé)... Les supporteurs de Sarkofrance sont-ils sourds et aveugles ? La même semaine, un ancien patron de la DGSE fustigeait « les fiascos du renseignement français » dans une autre tribune, dans Libération. Petite satisfaction, 3 des 5 otages français détenus au Niger ont été libérés en fin de semaine, contre rançon. Sarkozy, il y a un mois, excusait la mort de deux autres otages après une intervention militaire par sa fermeté et l'absence de concession nécessaire. Allez comprendre...

Gouvernement déstabilisé
Mardi, Christine Lagarde (Economie) et Laurent Wauquiez (Europe) étaient envoyés 24 heures en Tunisie. Michèle Alliot-Marie, désormais persona non grata, avait été exiléE au Brésil pour une visite bien opportune. En Tunisie, le nouvel ambassadeur français Boris Boillon fait scandale depuis une semaine. Lors d'une première rencontre avec des journalistes locaux, à peine nommé, il est paru si hautain qu'il a provoqué une manifestation devant son ambassade, vendredi 18 février, réclamant son départ. Le garçon, déjà moqué dans les câbles diplomatiques américains publiés par Wikileaks en novembre dernier, paraît si immature que tous les commentateurs furent interloqués par cette nouvelle bourde présidentielle, une véritable erreur de casting.

Jeudi, d'autres diplomates, toujours anonymes, répliquent à leurs collègues dans une autre tribune pour louer l'action présidentielle. Tout juste s'inquiètent-ils du manque de moyens. Ça sent l'opération téléguidée depuis le bureau de Claude Guéant. Evidemment, Henri Guaino ne monte pas au front pour dénoncer l'anonymat de ces auteurs.

Vendredi, la presse prédit le départ prochain de MAM de son ministère. Ses collègues du gouvernement balancent. Anonymement bien sûr : « Ce sera ce weekend ou lundi, avant la rentrée parlementaire. » Alain Juppé serait favori pour la remplacer. Même le nom de Villepin, qui a rencontré le Monarque ce jeudi, est évoqué. La ministre se défend de toute démission prochaine. Quarante-cinq députés et sénateurs UMP affichent leur soutien dans une déclaration publique. Le compagnon de MAM, Patrick Ollier, est ministre en charge des relations avec le Parlement. Ça aide.  Sarkozy enrage de son toupet: « Qu'est-ce qu'elle est allée faire à la radio? Elle croit me prendre en otage, et bien elle va voir ». Il l'a convoqué dimanche. On explique déjà que le remaniement pourrait être « beaucoup plus vaste ». Depuis un an, Sarkozy a montré qu'il ne savait pas s'entourer.

Sarkozy et Alliot-Marie se rejoignent pour promettre des sanctions contre la Libye et des poursuites pour crimes contre l'humanité à l'encontre de Kadhafi. On rigole de cette réaction bien tardive. On se souvient qu'en juillet dernier, les députés UMP ont adopté une transposition minimaliste de la Cour Pénale Internationale dans notre droit national : les criminels de guerre, pour être jugés en France, doivent résider «habituellement sur le territoire français»... Patrick Ollier, en 2007, qualifiait Kadhafi de « frère

Vendredi, Nicolas Sarkozy « l'amateur » partait en Turquie. Un pays pour lequel il fait peu d'efforts, pour ne pas froisser son électorat. Le premier ministre Erdogan s'en lamente. La visite fut expresse, 315 minutes (dont 32 de conférence de presse), montre en main, un déplacement « de travail ».

Kadhafi, en 2007, et Ben Ali, en 2008, eurent droit à davantage de considération.

Ami sarkozyste, où es-tu ?


25 février 2011

Sarkozy l'amateur file en Turquie

Nicolas Sarkozy s'envole pour la Turquie, un autre de ses échecs diplomatiques. Il l'avait promis en avril dernier. Pour Sarkozy, la Turquie a toujours moins compté que la Libye de Kadhafi, la Tunisie de Ben Ali ou même le Gabon d'Omar et Ali Bongo. En France, il avait reçu MAM, sa ministre sur le départ. Et Dominique de Villepin, son rival prêt à partir au combat. Nicolas Sarkozy reste tout entier candidat, aux détriments de la conduite des affaires du pays.

Turquie, l'incompréhension
Vendredi, Nicolas Sarkozy fait une visite expresse de quelques heures en Turquie. Il l'avait promis en avril dernier. Pour une fois qu'il tient une promesse... Le premier ministre Erdogan a regretté la rapidité du déplacement qui, selon lui, n'est pas « à la hauteur de l'amitié entre la France et la Turquie. » « J'aimerais parler en toute franchise. Nous aurions aimé accueillir le président de la République française, mais vendredi ce n'est pas en tant que président de la République française qu'il vient, mais en tant que président du G20 » a-t-il complété. L'attitude française vis-à-vis de la Turquie depuis 2007 est hallucinante. Sous prétexte qu'il est opposé à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, Nicolas Sarkozy a réservé moins d'égards à ce pays qu'à ... la Libye ! Erdogen le rappelle succinctement : « Nous regrettons également que M. Sarkozy n'ait pas fait de visite en Turquie depuis qu'il est en fonctions. Le président de la République de Turquie est allé en France, et moi-même, en tant que Premier ministre, j'y suis allé.»

Cette incompréhension sarkozyenne vis-à-vis de la Turquie ne cesse de surprendre. L'opposition à son entrée dans l'Union européenne ne justifie pas tout. La Turquie est membre de l'OTAN. C'est une démocratie laïque, de religion musulmane, une rareté géographique qui aurait mérité davantage d'attention. Elle a signé un accord d’union douanière en 1995 avec l'UE. Pourquoi cette opprobre française ? En 2009, la France célébrait l'année de la Turquie. Sarkozy bouda l'inauguration officielle, en délivrant un strict minimum.

En octobre dernier, Bernard Kouchner, quelques semaines avant d'être évincé du gouvernement, c'était rendu à Istanbul. « Nous souhaitons plus d’investissements turcs en France, nous souhaitons plus d’investissements français en Turquie. » Quel effort ! Avez vous entendu Nicolas Sarkozy développer la même énergie pour favoriser les échanges économiques entre la France et la Turquie ? Non bien sûr.

Qu'a donc fait la Turquie pour mériter pareil mépris ? Elle gêne Sarkozy. Le candidat de 2007 et de 2012 a fait de son hostilité à l'entrée de la Turquie dans l'UE l'un de ses arguments frontistes de base. Pour des raisons bassement électoralistes, Sarkozy a choisi, depuis son élection, de surjouer le mépris contre la puissance turque, alors qu'il a multiplié les signes de complaisance avec l'Egypte, la Syrie et même la Libye.

Libye, la compromission
« La France a vendu des armes à un fou » s'est exclamé l'écologiste Cécile Duflot, jeudi 24 février sur Rue89. La députée européenne rappelait qu'en 2006, la ministre de la Défense de l'époque, Michèle Alliot-Marie, signait un accord de remise à niveau d'une douzaine de vieux Mirages français, ces avions même qui ont failli bombardé la contestation civile en Libye ces derniers jours. On a, ici et ailleurs, largement protesté contre l'accord nucléaire signé en juillet 2007 après la libération des infirmières bulgares. La diplomatie atomique du Monarque élyséen promettait à la Libye une centrale nucléaire prétendument civile pour la désalinisation de l'eau de mer. Jeudi, Alain Juppé sur France Inter expliquait que la France n'était pas responsable de l'usage criminel des armements qu'elle a vendu au colonel Kadhafi. Quelle belle esquive ! De 2007 à 2009, 316 millions d'euros d'armements ont été vendus au dictateur fou. Et quelques deux milliards d'euros complémentaires étaient encore en négociation ces derniers mois.

Jeudi matin, MAM s'est précipitée à l'Elysée pour un entretien secret. En voyage au Brésil depuis lundi, elle avait été remplacée au pied levée par Christine Lagarde pour la première visite française officielle dans la Tunisie libérée. Sur place, l'ambassadeur Boris Boillon tentait de faire oublier ses dérapages publics de la semaine dernière. Le garçon parle peut être arabe mais est complètement narcissique et immature. Cela ne vous rappelle rien ? En France, le compagnon-ministre de MAM, Patrick Ollier, dénonçait les salissures du web à son encontre : « Pensez-vous que l'on puisse passer à travers ces attaques ? Il faut lire les '.fr'. Ils vont chercher leurs informations dans les caniveaux. Nous sommes salis en permanence.»

En sus de l'attaque anonyme de diplomates français contre l'amateurisme présidentiel en matière internationale, un ancien patron de la DGSE a lui aussi porté le fer dans une tribune publiée mardi par Libération, au titre évocateur « les fiascos du renseignement français ». Le constat de Claude Zilberzhan, directeur de la DGSE entre 1989 et 1993, est tout aussi sans appel : « une conduite de la France en aveugle en Tunisie et en Egypte, huit otages éparpillés quelque part entre le Moyen-Orient et l’Afrique, quatre otages morts en trois tentatives de récupération en Somalie, en Mauritanie et au Niger. Un bilan exécrable doit donc être dressé à la charge du couple services spéciaux et services de renseignement-pouvoir politique, et une question doit être posée : est-ce l’outil ou est-ce son usage qui est en cause ? »

La petite actualité sarko-française
Jeudi, la presse politique s'enthousiasmait pour la rencontre tant attendue entre Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy. Elle a bien eu lieu... et c'est tout. L'ancien premier ministre avait annoncé son départ de l'UMP quelques jours avant. A l'Elysée, le dialogue fut « direct, franc, républicain ». On est bien avancé. Ils n'ont pas parlé de « politique partisane. »

Nicolas Sarkozy est parvenu à cornaquer les ambitions contestataires de Villepin. C'est bien là son unique succès politique depuis des lustres : débauchage par vague de villepinistes/chiraquiens, réconciliation avec Chirac l'été dernier en lui négociant le retrait rémunéré de la Mairie de Paris dans son procès qui débute le 7 mars prochain, appel dans le procès Clearstream pour déstabiliser Villepin, et entremise discrète avec un intermédiaire commun, Alexandre Djourhi. On regretterait presque que Nicolas Sarkozy n'ait pas déployé la même ingéniosité protéiforme pour la conduite des affaires du pays...

Les petits privilèges de Sarkofrance ont la vie dure. France Soir révélait ce jeudi que François Fillon préfère les Falcon 900 de la République pour se rendre chaque weekend chez lui dans la Sarthe, à 1h20 de Paris... Coût : 27.000 euros. Rien que ça !

Jeudi soir, les dernières statistiques du chômage, en janvier, étaient publiés. Impatient, Xavier Bertrand, ministre du Travail, avait grillé l'annonce la veille en promettant une baisse « importante » du chômage sur TF1. Le chômage allait baisser... enfin. Effectivement, il fit affiché en baisse. 300 chômeurs de moins, sur les catégories A, B et C, en un mois. Trois cents sur ... 4,3 millions ! Quelle victoire !  Fin janvier, quelques 4.303.700 personnes inscrites à Pôle emploi restaient tenues de faire « des actes positifs de recherche d’emploi ». Mieux, en seule métropole, le nombre de radiations et de cessations d'inscriptions pour défaut d'actualisation ont augmenté de ... 13.000 sur le seul mois de janvier. On applaudit !


24 février 2011

Le déni chez Sarkozy

A l'Elysée, on n'a pas apprécié la tribune d'une trentaine de diplomates contre la politique étrangère inconstante et maladroite de Nicolas Sarkozy à l'oeuvre depuis mai 2007. En Libye, les massacres de civils et l'ampleur de l'insurrection en cours ont suscité, enfin, une réaction officielle ferme. Ferme mais tardive, comme souvent en Sarkofrance.

Mais le pire est ailleurs : avez-vous lu le compte rendu du conseil des ministres ?

Sarkozy est « ailleurs »
Il a fallu une intervention télévisée aux propos incendiaires du colonel Kadhafi mardi 22 février après midi pour que Nicolas Sarkozy réagisse avec force contre la répression libyenne, mercredi en conseil des ministres. « Sarkozy l'amateur », comme l'ont surnommé quelques diplomates anonymes dans une tribune au Monde qui fit grand bruit la veille, a enfin réclamé des sanctions contre la Libye.

Pour autant, son communiqué de presse reste ambivalent, affichant une fausse détermination : il ne suspend pas les relations diplomatiques avec la Libye, mais demande qu'on en « examine » la possibilité : « Je demande au Ministre des Affaires étrangères de proposer à nos partenaires de l'Union européenne l'adoption rapide de sanctions concrètes afin que tous ceux qui sont impliqués dans les violences en cours sachent qu'ils devront assumer les conséquences de leurs actes. Ces mesures concernent notamment la possibilité de les traduire en justice, l'interdiction d'accès au territoire de l'Union et la surveillance des mouvements financiers. »

Mais pour le reste, le conseil des ministres qui s'est tenu ce mercredi 22 février semblait totalement déconnecté de la réalité du moment. Le Monarque faisait semblant de ne pas voir, pour éviter de commenter. Brice Hortefeux se réjouit de la lutte aéroportée contre les trafics de drogue et présenta une « une communication sur le dialogue entre l’Etat et les collectivités territoriales ». Le conseil adopta une ordonnance sur la simplification et la clarification du droit et d'allègement des procédures en matière de transports. Christine Lagarde, de retour de Tunis où elle remplaçait Michèle Alliot-Marie, dut se féliciter de ses premiers maigres travaux avec le G20 avec un enthousiasme très « diplomatique ». Nora Bera, la secrétaire d'Etat à la Santé, avait quelque chose à dire sur le plan « maladies rares 2011-2014 », 45 millions d'euros par an sur 4 ans... quel effort !

En séance, Nicolas Sarkozy s'est permis d'ironiser sur les récentes déclarations de Dominique Strauss-Kahn à propos de la crise des salaires en France. Un ministre, anonyme, a confié à l'AFP que le candidat s'était demandé « qui s'exprimait dimanche soir sur France 2, le directeur général du FMI, Mme Sinclair ou Dominique Strauss-Kahn. Quel dommage de ne pas avoir posé la question !» On peut croire la confidence avait vocation à être répétée.  L'homme prend le temps d'être avant tout candidat, comme si les affaires étrangères, son domaine réservé, ne méritait pas une attention de chaque minute.

Ensuite, Nicolas Sarkozy n'avait rien d'autre à faire, ce mercredi, que de recevoir 18 des 20 Français sélectionnés par TF1 en janvier 2010 puis janvier 2011 pour l'émission Paroles de Français. Les photographes étaient là pour immortaliser l'occasion. La diplomatie sombre, mais Sarkozy reste coi et soigne son image de campagne.

A Nantes, le garde des Sceaux Michel Mercier était parti pour être « fraîchement » accueilli par les magistrats et personnels judiciaires locaux. « Je ne suis pas venu faire des annonces » a conclu le ministreaprès une réunion avec les fonctionnaires du Service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP). « Le ministre a pris acte du manque de moyen pointé par les rapports mais aucune avancée significative ne sera prise au niveau national pour remettre la justice française à niveau », a complété Nicolas Léger, secrétaire national de l'Union syndicale des magistrats (USM). Le candidat Sarkozy s'en fichait un peu.

Il pensait à ses jurés populaires.

Sarkozy nie
Mercredi, le conseiller spécial Henri Guaino avait été envoyé en service commandé sur les ondes pour dénoncer le « tract » anonyme d'une trentaine de diplomates contre l'amateurisme élyséen en matière étrangères. Guaino fit semblant de ne pas comprendre. La critique ne portait pas sur la mainmise élyséenne sur les affaires étrangères. C'est un privilège présidentiel depuis les débuts de la Vème République. Sont en cause l'attitude puérile et l'inconstance politique de Nicolas Sarkozy : faussement responsable, Nicolas Sarkozy adore prendre à défaut les corps intermédiaires, magistrats, policiers, ... ou diplomates. Un manager assume l'action collective, reste solidaire de ses troupes, sanctionne éventuellement mais « en famille ». Sarkozy a toujours choisi la démarche inverse. Les coupables sont les autres, la faute est toujours ailleurs. Autre critique, l'inconstance. La Françafrique, Florence Cassez, Clotilde Reiss, Tunisie, Egypte, Libye, Afghanistan, Géorgie, les otages au Niger, on ne compte plus les hésitations, les voltes-faces, les compromissions, les mensonges.

La diplomatie française est malade. On se rappelle les radotages annuels, à la fin de chaque été depuis 2007, du Monarque devant les ambassadeurs du pays. Les consignes présidentielles étaient illisibles.
En août 2007, il n'acceptait pas l'équipement nucléaire de l'Iran mais deux ans plus tard, il était prêt à en financer l'installation. Pour sa première conférence aux ambassadeurs, il critiquait l'intervention américaine en Irak alors que les révélations de Wikileaks montraient qu'il s'en félicitait auprès d'officiels américains alors qu'il était ministre de Chirac un an avant. Fin août 2008, il tentait de faire croire qu'il avait résolu la crise en Géorgie et fait reculer la Russie alors que son ami Poutine avait démantelé la République imprudente. Fin août 2009, il jouait au taurillon provocateur contre l'Iran qui avait pris la jeune Clotilde Reiss en otage. Il posait des ultimatums de régulation aux Etats-Unis contre la spéculation mondiale et, deux ans plus tard, il endosse des objectifs très modestes, sur l'exact même sujet, alors qu'il entame sa présidence française du G20.

L'un de ces diplomates contestataires s'est confié au Nouvel Obs. La charge est encore plus rude : « Les diplomates ont été très choqués par les fuites organisées par l'Elysée contre l'ambassadeur en Tunisie, Pierre Ménat.» Ou encore : « Puis il y a eu la nomination de Boris Boillon à Tunis. Nous avions appris que Michèle Alliot-Marie avait proposé le nom d'un diplomate aguerri, l'actuel ambassadeur à Tripoli, François Gouyette. Mais l'Elysée a préféré envoyer ce jeune homme impulsif et immature.» Et enfin : « surtout il y a le style désordonné, amateur, de la diplomatie sarkoziste, obsédée par les coups. Il n'y a aucune vision à long terme. » Du Brésil, l'absente Alliot-Marie a rendu hommage à ... Nicolas Sarkozy :  « Que ce soit notamment dans le cadre de l'Union européenne, à l'ONU, au G8, au G20, en Afrique, au Proche et Moyen-Orient, la politique étrangère menée par le président de la République est claire, ambitieuse, courageuse et efficace». Cet hommage semble comme le chant du cygne. En France, la ministre est en sursis. « Clairement, la question ne se pose pas », a démenti mercredi le porte-parole du gouvernement, François Baroin, après le Conseil des ministres. Vendredi, la ministre s'échappe au Koweit.

Toujours pas question d'aller se montrer en Tunisie. Ben Ali n'est plus là. Pas question de dire quelque chose sur la Libye. Patrick n'apprécierait pas.



23 février 2011

Un gouvernement en déroute ?

Quel spectacle ! Nicolas Sarkozy peut bien bloquer un CHU de Bordeaux pour dresser le bilan de ses 3 premières années du plan Alzheimer. Son gouvernement, à peine remanié voici 4 mois, semble à bout de souffle. Crise diplomatique, premiers échec au G20, tâtonnements nucléaires, couacs sur l'ISF... on explique déjà qu'un nouveau remaniement se prépare à l'issue des élections cantonales... dans un mois.
Si Nicolas Sarkozy présidait une entreprise, il aurait déjà été viré par ses actionnaires mécontents.

Sarkozy et son bilan inexistant
Mardi, Nicolas Sarkozy était à Bordeaux. Des manifestants l'attendaient. Il voulait parler Alzheimer et rien d'autres. Son « bilan », publié sur le site de l'Elysée, est maigre. Trois à quatre cent millions d'euros auraient été dépensés en 3 ans, en mêlant Etat et assurance maladie. C'est environ la moitié du bouclier fiscal annuel... Le Monarque avait promis 1,6 milliards d'euros d'ici 2012, un chiffre invérifiable. Trois ans après ces belles annonces, le diagnostic de la maladie serait « désormais accessible partout dans des délais raisonnables », les nouvelles structures de coordination seront « généralisées en 2011 » et concernant les 45.000 places promises en établissement.... motus et bouche cousue.

A Bordeaux, Sarkozy a proposé de faire payer plus cher les consultations aux malades d'Alzheimer... On se frotte les yeux... Sarkozy s'adressait aux médecins, pas aux malades : « Nous sommes attachés à la rémunération à l'acte mais il existe des missions de service public qui dépassent le paiement à l'acte. (...) Il faut valoriser le parcours des médecins généralistes dans l'accompagnement d'Alzheimer et rémunérer une implication forte.» Et comme le candidat est campagne, il a bien sûr précisé que son plan 2008-2012 serait insuffisant : « Il va de soi que ce plan 2008-2012 doit être suivi d'un 2e plan. La lutte contre l'Alzheimer est quelque chose qui doit s'inscrire dans l'avenir jusqu'à ce que l'on trouve un médicament. » Cela va de soi...

Nicolas Sarkozy, ce mardi, n'avait pas de commentaires à faire sur l'état de délabrement généralisé de son équipe gouvernementale.

Michèle Alliot-Marie et ses valises
Sa ministre des affaires étrangères est en vadrouille au Brésil. En Tunisie, un hebdomadaire, Tunis Hebdo, accuse MAM d'avoir profité de son périple de Noël dans la région pour rencontrer secrètement, le 27 décembre, le ministre de l'intérieur tunisien, Rafik Haj Kacem, et le chef de la garde présidentielle, Ali Seriati, tous emprisonnés depuis après la chute de Ben Ali. Mediapart s'interroge de savoir si cette rencontre a eu comme conséquence la proposition publique de MAM, le 11 janvier suivant, de faire profiter la police de Ben Ali du « savoir-faire » des forces de l'ordre françaises en matière de gestion des émeutes. Le site d'information précise également que « la Sofexi, la société française qui a reçu commande de ces grenades «entre décembre et janvier», refuse de préciser si le régime tunisien a passé un ordre d'achat le 27 décembre ou le lendemain

En France, des diplomates anonymes ont publié une tribune dans le Monde, mardi 22 février. L'attaque est sévère et vise directement... Nicolas Sarkozy : « on ne s'improvise pas diplomate » dénoncent-ils. « Il est clair que le président n'apprécie guère les administrations de l'Etat qu'il accable d'un mépris ostensible et qu'il cherche à rendre responsables des déboires de sa politique.» Ou encore : « La politique suivie à l'égard de la Tunisie ou de l'Egypte a été définie à la présidence de la République sans tenir compte des analyses de nos ambassades. C'est elle qui a choisi MM. Ben Ali et Moubarak comme "piliers sud" de la Méditerranée.» Et paf !

Patrick Ollier et la Libye
La France a finalement décidé de rapatrier ses ressortissants de Libye. A Paris, le rôle de Patrick Ollier (« POL »), compagnon de la ministre des affaires étrangères et fidèle soutien du régime Kadhafi en France, fait débat. « En vingt ans, POL est devenu le "Monsieur Libye" de la classe politique française » rappelait le JDD le 21 février, notamment auprès de l'Elysée depuis 2002. Selon diverses sources, il aurait aidé quelques entreprises françaises à s'implanter en Libye. Dès 2007, il se félicitait du rapprochement opéré avec le régime du Colonel après la libération des infirmières bulgares. Mediapart relate aussi que l'entreprise Thalès « a bien confié en 2005 à une officine privée les soins d'une enquête sur de «supposées commissions libyennes au profit» de M. Ollier.»

Avant le déclenchement des émeutes en Libye, Patrick Ollier avait suscité le trouble, la semaine dernière, sur un tout autre sujet.Le 14 février dernier, les sénateurs se penchaient sur un projet de loi relatif à la réglementation des sondages. Patrick Ollier, ministre des relations avec le Parlement, tentait de convaincre l'assistance que ce projet était anticonstitutionnel : « Elle semble inconstitutionnelle au regard de la liberté de la presse, consacrée par l'article 11 de la déclaration de 1789.» Rien que ça ! Le rapporteur de la loi, le sénateur socialiste Jean-Pierre Sueur en fut tout secoué. La loi proposée visait à améliorer la transparence : « il faut savoir qui paye le sondage et qui est le commanditaire. (...) Il faut publier la marge d'erreur. (...) Le taux de non-réponse doit être indiqué, globalement et pour chaque question. (...) il convient de publier toutes les questions et que le résultat soit déposé à la commission des sondages. ». Le texte avait été adopté à l'unanimité en commission des lois. Qu'importe ! Cette loi était trop dangereuse pour l'Elysée, à une quinzaine de mois du scrutin présidentiel. On se souvient de l'affaire des sondages, quand un rapport de la Cour des Comptes révéla en juillet 2009 que l'Elysée avait commandé des centaines de sondages politiques, dont certains furent publiés par des médias sans mention du commanditaire élyséen. Une information judiciaire vient d'ailleurs d'être lancée.

Lagarde/Baroin, la langue de bois

La première conférence de presse, samedi, de la ministre de l'Economie au sujet du G20 n'a pas créé l'enthousiasme. Toujours exagérément optimiste, Christine Lagarde s'est félicité d'être tombé d'accord avec ses collègues sur « un accord de principe sur les éléments qui nous permettent de mesurer les déséquilibres ». Quelle ambition ! Le résultat est mince. Dès dimanche soir, la ministre évacuait l'idée même d'une taxe sur les transactions financières (« 'en doute beaucoup parce que les Américains sont très hostiles »), pourtant annoncée une nième fois en grandes pompes par Nicolas Sarkozy lui-même quelques jours auparavant.

Lundi 21 février sur CANAL+, le ministre du budget tentait d'expliquer qu'il n'y avait aucun couac au sommet de l'Etat sur la prochaine réforme fiscale. Mardi 15 février, Nicolas Sarkozy avait pris de court sa majorité en réclamant une suppression pure et simple de l'ISF. Baroin bafouillait ses explications.

Sa collègue des Finances remplaçait déjà Michèle Alliot-Marie à l'étranger. Elle était en Tunisie, avec Laurent Wauquiez. Lors d'une conférence de presse sur place, elle se déclara en faveur d'un Plan Marshall en faveur de la Tunisie.  « Le peuple tunisien a donné une leçon au monde entier et ce qu'il a fait force le respect » s'empressa de déclarer le jeune Wauquiez. La Sarkofrance se rattrape en Tunisie...
Brice Hortefeux et les symboles
Lundi 21 février, le ministre de l'intérieur et son collègue de la justice ont annoncé « la mise en place d'une mission de préfiguration dans l'optique de la création d'un office opérationnel de suivi des délinquants sexuels ou violents.» Un collège de personnalités, présidée par Corinne Moreau, substitut général près la Cour d'appel de Paris, devra rendre ses conclusions d'ici le 31 mars prochain. Depuis le fiasco présidentiel dans l'affaire Laëtitia, le ministre de la police fait profil bas...

Le lendemain, journée internationale des victimes, le ministre s'est autorisé un dérapage peu relevé : « Nous sommes particulièrement attentifs, dans le cadre de la réforme de la garde à vue, que les nouveaux droits qui sont accordées aux parties ne bénéficient pas simplement à ceux qui sont mis en cause, mais aussi et surtout aux victimes ».

Eric Besson et l'autruche
Le Figaro révélait mardi que les prix du gaz augmenteraient de 5% à compter du 1er avril. Quelques 11 millions de ménages français sont concernés, pour une hausse moyenne de 45 euros par mois. En un an, le prix du gaz s'est envolé de 20% à cause du renchérissement des prix de l'énergie. Le ministre de l'industrie a juste reconnu que la mesure était à l'étude. Depuis décembre dernier, une formule automatique révisée de calcul s'applique pour calculer les nouveaux tarifs. Cette hausse intervient alors que des gaz non conventionnels (i.e. non issus de l'exploitation pétrolifère) suscitent un vif intérêt (comme les gaz de schiste). Autre mauvaise nouvelle, les tarifs d'EDF devraient également augmenter de 5% le 1er juillet prochain, une conséquence de la la mise en œuvre de la nouvelle organisation du marché de l’électricité adoptée au 1er janvier 20010.

Le ministre aurait préféré qu'on célèbre la tenue du Conseil de politique nucléaire lundi 21 février à l'Elysée. Nicolas Sarkozy a paraît-il clarifié la répartition des rôles au sein de la filière nucléaire française. Vraiment ? Chez Areva, « on respire » explique-t-on en interne. L'EPR reste prioritaire, le développement de centrales moyennes ATMEA est aussi reconnu et, last but not least, EDF n'entrera pas au capital d'Areva.  En juillet dernier, il est vrai que les conclusions du rapport Roussely étaient plus inquiètantes : l'ancien patron d'EDF critiquait sans détour la priorité accordée au coûteux et peu compétitif EPR qui échoua à convaincre Abu Dhabi en décembre 2009. Pourtant, l'action a dévissé dès l'annonce des conclusions du Conseil. Et le ministre Besson fut plus évasif sur l'entrée d'EDF au capital d'Areva : « Ça n'a pas été évoqué. C'est ni accepté, ni refusé. Pour l'instant, on met en chantier la filialisation ». Sur l'autre crainte d'Areva, la commercialisation par EDF de centrales bon marché, le ministre a promis ... une étude.

Sarkozy a donc choisi... de ne pas choisir.

Bruno Le Maire et les débordements agricoles
Samedi, le ministre de l'agriculture était tout satisfait de la visite inaugurale et sans accroc de son patron au Salon de l'agriculture. L'exercice avait été encadré au point de caster l'assistance à la table ronde organisée à l'abri des regards des visiteurs. Mais depuis, l'agitation a repris. Lundi, une centaine de producteurs laitiers ont encerclé le stand de Danone. Au Mans comme ailleurs en France des éleveurs de bovins protestaient contre la crise du porc.

Mardi soir sur CANAL+, Bruno Le Maire était pris à partie par Pierre Priolet, auteur d'un récent ouvrage, « les fruits de ma colère ». Cet agriculteur racontait dans son livre comment il fut contraint d'arracher ses arbres fruitiers l'an dernier par désespoir. Hier, il attaqua violemment la fameuse « contractualisation sans prix » et les grandes déclarations de Nicolas Sarkozy sur « les 9 milliards d'êtres humains à nourrir », une antienne qui laisse le beau rôle à l'agro-industrie.

Bruno Le Maire semblait dérouté.



22 février 2011

Biens mal acquis, Tunisie, Libye : où va la diplomatie française ?

Lundi 21 février, une troupe de militants de Jeudi Noir et d'un Collectif pour la libération du Gabon  a été évacuée d'une résidence appartenant aux autorités gabonaises rue de l'Université à Paris. Le même jour, Nicolas Sarkozy recevait le président Ali Bongo à l'Elysée. Le gouvernement égyptien réclamait à la communauté internationale le gel des avoirs détenus par la famille Moubarak à l'étrange, alors que la France reste étonnamment prudente. Et Michèle Alliot-Marie sèche la première visite officielle française en Tunisie... Où va la diplomatie française ?

Biens mal acquis
Depuis mai 2007, la « République Reprochable » de Nicolas Sarkozy s'incarne aussi dans ses rapports toujours troubles avec quelques dictateurs africains. La France a prétendument une justice indépendante. Nicolas Sarkozy avait promis une rupture avec la Françafrique. La rupture fut modeste : elle ne concernait que le redéploiement, pour raisons budgétaires, des implantations militaires françaises en Afrique. En matière d'éthique et de justice, la rupture n'a pas eu lieu, bien au contraire. Depuis mai 2007, la justice se voit bloquer dans ses tentatives d'instruire les plaintes successives déposées contre le détournement de fonds de quelques dirigeants étrangers. La Sarkofrance reste un joli paradis fiscal pour dictateurs en tous genres. Rappelons quelques faits.


En 2007, une enquête de l'Office central de répression de la grande délinquance financière (révélée par Le Monde en février 2008) mettait en évidence l'importance des biens possédés en France par quelques chefs d'Etat et leur famille en France. En juillet 2008, une plainte avait été déposée par l'association Transparency International (TI) contre 5 chefs d'Etats africains (le Gabonais Omar Bongo, le Congolais Denis Sassou Nguesso, l'Equato-Guinéen Teodoro Obiang Nguema, l'Angolais Eduardo Dos Santos et le Burkinabé Blaise Compaoré ), pour « recel de détournement de biens publics ». En décembre 2008, TI-France déposait une nouvelle plainte à Paris contre trois de 5 présidents (Denis Sassou Nguesso du Congo, Teodoro Obiang Nguema de Guinée-Equatoriale et Omar Bongo), dont le patrimoine immobilier en France était estimé à 160 millions d'euros. En octobre 2009, le parquet de Paris l'avait déclaré irrecevable. Mais au grand dam du gouvernement français, la Cour de cassation française jugeait recevable cette constitution de partie civile en novembre 2010. En décembre, deux juges d'instruction parisiens Roger Le Loire et René Grouman ont été désignés pour mener l'enquête. Au même moment, France24, la chaîne d'information de l'audiovisuel extérieur, censurait un reportage sur l'affaire, à la demande d'un gouvernement africain d'après le site Rue89. Un journaliste de la chaîne avait filmé une conversation lors d'un sommet à Tripoli, en Libye, où l'on entendait le Camerounais Paul Biya déclaré au Sénégalais Abdoulaye Wade, et au Guinéen  Téodoro Obiang Nguema : « Ils ne peuvent pas établir que j'ai une fortune ou je ne sais pas moi. ».

Prudences françaises
Ce lundi, Nicolas Sarkozy recevait Ali Bongo, le président du Gabon, son ami élu à la succession de son père en août 2009 après un scrutin contesté.

Coïncidence des dates, le procureur général Abdel Meguid Mahmoud, en Egypte, a demandé aux gouvernements étrangers le gel des avoirs à l'étranger de l'ex-autocrate Hosni Moubarak et de sa proche famille, estimés à plusieurs milliards de dollars. La Suisse a déjà annoncé la semaine dernière le gel des avoirs identifiés sur son territoire. Il y a 8 jours, la France avait été saisie d'une demande similaire de gel portant sur les biens de 7 anciens responsables égyptiens, mais pas Hosni Moubarak. Des officiels du Quai d'Orsay avaient indiqué, anonymement, que le gouvernement français se contentait d'une « mise sous surveillance ». Et Christine Lagarde a botté en touche en déclarant qu'elle attendait une réponse européenne sous quelques jours...

Couacs français en Tunisie et en Libye
En Tunisie, le nouvel ambassadeur français veut « créer des solutions.» Lors d'une première rencontre avec des journalistes locaux, il est paru si hautain qu'il a motivé la tenue d'une manifestation devant son ambassade, vendredi 18 février, réclamant son départ. « N'essayez pas de me faire tomber sur des trucs débiles. Franchement, vous croyez que j'ai ce niveau-là ? Vous croyez que moi, je suis dans la petite phrase débile ? » avait-il sèchement répondu aux questions de journalistes dans une video certes tronquée mais édifiante.

Dimanche, le nouvel ambassadeur français s'excusait publiquement à la télévision tunisienne, qualifiant son « bizutage » de « bénéfique ». Le même Boillon, si « moderne » avait surpris voici 5 mois à peine, quand il défendait sur le plateau de CANAL+... le colonel Kadhafi : « Kadhafi a été un terroriste, il ne l’est plus, il a fait son autocritique. (…) Dans sa vie on fait tous des erreurs et on a tous droit au rachat.» 


En Libye, les manifestations contre le pouvoir en place ont fait entre 200 et 400 morts selon les estimations. L'administration américaine a dénoncé le « bain de sang ». Même à l'Elysée, on a du réagir, mais prudemment : Nicolas Sarkozy a donc condamné lundi « l'usage inacceptable de la force » et exigé « l'arrêt immédiat » des violences. On se souvient de la visite du dictateur libyen, le 10 décembre 2007, jour anniversaire de la déclaration des droits de l'homme. 

Mardi 22 février, Christine Lagarde, la ministre de l'économie, se rend justement en Tunisie, accompagné du désormais silencieux Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat aux affaires européennes. Le communiqué officiel précise : « ce premier déplacement (...) sera l'occasion de réitérer un message politique de soutien à la transition démocratique engagée et de souligner la disponibilité de la France pour aider le peuple tunisien à concrétiser ses aspirations et construire une Tunisie démocratique et prospère.» On sera à peine surpris de voir que Michèle Alliot-Marie, ministre des affaires étrangères, n'est pas de ce premier déplacement officiel française en Tunisie depuis la chute de Ben Ali.

Ses jours sont-ils comptés ? Officiellement, la ministre est au ... Brésil. Les pays arabes s'embrasent, et la chef de la diplomatie française s'en va ... en Amérique latine.

Allez comprendre...





21 février 2011

Sarkozy : 4 ans d'immobilisme agricole.

Il est venu sans Carla, et il n'est resté que 4 heures. Il a caressé des grosses vaches et de petits moutons. Il a mangé du Munster à 9 heures du matin. Christian Jacob, l'ancien syndicaliste agricole qui reproche à Dominique Strauss-Kahn de ne pas incarne la « France des terroirs » accompagnait l'ancien avocat d'affaires de Neuilly-sur-Seine. Le monde semblait content, même les éleveurs en colère. Nicolas Sarkozy a inauguré samedi 19 février le Salon de l'Agriculture à Paris. Depuis un an, il les a cajolé, et sa cote de popularité, paraît-il, remonte. « Le travail commence à payer. Grâce à ces dizaines de tables rondes, les agriculteurs ont compris que le président était prêt à les défendre » a expliqué un conseiller élyséen au Figaro. Pourtant, on a du mal à répertorier les actions concrètes que Nicolas Sarkozy a engagé depuis 2007 en faveur du monde agricole.

2007-2011, quatre ans pour rien
En 2007, Nicolas Sarkozy a bien glissé quelques flatteries ici ou là pour les agriculteurs. Sa cote de popularité dépassait les 85% paraît-il. Mais en matière de réforme, Sarkozy n'avait pas beaucoup d'idées. Il préférait le bouclier fiscal, les peines planchers, et les heures supplémentaires défiscalisées. des concepts qui portent peu en terre agricole, sauf dans les grandes entreprises. L'agriculture restait le terrain favori de Jacques Chirac. Or le président Bling Bling n'aime pas déguster fromage et vins de terroir à volonté. L'homme préfère bâfrer du chocolat quand il reçoit ses invités au chaud à l'Elysée.

En février 2008, pour son premier Salon de l'agriculture, Sarkozy promet de réformer la PAC par anticipation, afin de redistribuer les aides aux secteurs les plus fragiles. Quelques mois plus tard, pendant la présidence française de l'Union européenne, Sarkozy ne fait toujours rien, à part causer. La réforme de la PAC est pour 2013. La crise déboule fin 2008. Elle frappe les agriculteurs plus tôt que les autres, à cause de la flambée des prix de l'énergie dès le début de l'année. En 2010, les prix du blé ont doublé en moins d'un an. Ils frisent un record historique, 300 euros la tonne. Les éleveurs, gros consommateurs de céréales pour leur bétail, souffrent. Sarkozy ne réagit pas. Le monde agricole s'agace, mais proteste peu. Le Sarkozy de l'an I défie un pêcheur qui l'alpague, et traite un visiteur du Salon de « pov'con.»

En janvier 2009, une grosse tempête baptisée KLAUS, couche sur terre suffisamment d'arbres pour que le Monarque soit contraint à réagir. Pour la filière bois, Sarkozy offre en urgence des prêts bonifiés 4 mois après la tempête. Il promet des simplifications administratives (suppression du permis de construire pour les travaux d'isolation thermique des habitations par l'extérieur; augmentation du bois dans les normes des constructions neuves, simplification des procédures d'appel d'offre de la Commission de Régulation de l'Energie ) et, seule mesure financière concrète de moyen terme, une augmentation du tarif de rachat d'électricité pour les unités moyennes de production d'électricité à partir de bois. Deux ans plus tard, les maires de communes forestières sont déçus, voire inquiets par des projets de privatisation de la gestion de leurs forêts.

En juillet 2009, pour montrer qu'il aime les pêcheurs, il laisse Jean-Louis Borloo organiser un Grenelle de la Mer. En octobre 2009, Sarkozy promet un milliard de prêts bancaires et 650M€ de « soutiens exceptionnels de l'Etat. »

On moque ses discours, répétés mot pour mot, sur l'identité agricole française. Tout au long de l'année, les incantations en faveur « d'une véritable régulation des marchés de matières premières agricoles, afin de limiter la spéculation croissante et d'encadrer les produits financiers dérivés sur ces marchés » ont été nombreuses, quasiment à chaque déplacement de terrain.

En mars 2010, Sarkozy sèche l'inauguration du Salon de l'Agriculture. Il a peur des sifflets. Il débarque le dernier weekend, à l'improviste, avant l'ouverture au public, pour une table ronde cachée dans un recoin du salon. Les élections régionales sont proches. La débâcle aussi. Il réitère que l'Etat va augmenter l'enveloppe de prêts bonifiés pour les agriculteurs en difficulté de quelques 800 millions d'euros. Le coût réel pour les finances publiques n'est que de 50 millions d'euros. Les agriculteurs sont paraît-il

En mai 2010, Sarkozy fait signer des accords de modération des marges aux représentants de la filière fruits et légumes et de la grande distribution. Mais aucun prix plancher n'est défini si bien que les producteurs ne sont pas protégés contre des ventes à perte. En fait, la seule obligation faite à la filière est de conclure des contrats. Tout le reste est négociable.

En juillet 2010, la loi de Modernisation agricole est votée. Ses décrets d'application sont publiés le 31 décembre. Pour « garantir le revenu des agriculteurs et des pêcheurs » et renforcer leur compétitivité, la loi allège les contrôles environnementaux, créé un fonds national de gestion des risques, prévoit de reverser 35% du produit de la taxe sur les installations éoliennes offshore au comité national des pêches maritimes et des élevages marins, et impose une contractualisation des relations entre les producteurs et leurs acheteurs dans les secteurs du lait et des fruits et légumes.

En octobre 2010, Sarkozy glisse un régime dérogatoire pour la retraite des agriculteurs. Le chantre de la suppression des régimes spéciaux en a créé un ... pour l'agriculture.

En novembre 2010, Sarkozy est tout heureux de recevoir les premières propositions de la commission européenne pour la réforme de la Politique Agricole Commune (PAC) à compter de 2013, avec notamment le maintien du soutien des prix.  En janvier 2011, en Alsace, il promet l'instauration d'un prix attractif de rachat de l'énergie produit par méthanisation, mais cela fait des mois que la décision tarde.

Au final, il a beaucoup parlé, s'est beaucoup agité, mais a peu donné. Les résultats sont minces, voire inexistants. Mais au moins, à un an des élections, il « écoute ».

2011, le candidat Sarko flatte les croupes
Ce samedi 19 février, Nicolas Sarkozy est venu à 8h25. Il s'agissait d'éviter le vrai bain de foule. Sa visite fut quand même bousculée. Il parcouru les travées du salon à la rencontre des éleveurs, encerclé par une nuée de journalistes, des gardes du corps, et quelques officiels de circonstance (le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire, le président des députés UMP Christian Jacob, le nouveau président de la FNSEA Xavier Beulin). Il avait sorti le costume italien rayé noir. Difficile de l'approcher. Son épouse Carla n'était pas là. Huit heures un samedi matin au milieu du crottin, c'est sans doute trop tôt, et pas assez glamour pour l'extatique épouse du Monarque. On pouvait lire qu'il faisait une « visite à la Chirac », car son ancien mentor contre lequel il se fit élire avait institué ce marathon agricole de janvier Porte de Versailles comme une tradition républicaine.

Deux heures plus tard à peine, le président français s'était réfugié dans un recoin, pour une table ronde avec 7 agriculteurs que ses conseillers avaient sélectionnés. Dans la tribune, l'assistance était composée de fonctionnaires du ministère de l'agriculture. Sarkozy ne voulait pas de syndicalistes grincheux ou de contestataires professionnels. Sur place, on retient qu'il n'avait pas apprécié la récente campagne « particulièrement déplacée » de France Nature Environnement (FNE) contre les OGM, les pesticides et les algues vertes. L'homme du « casse-toi pov'con » de 2009 a pu s'exclamer : « Je ne laisserai pas insulter les agriculteurs. On n'oppose pas les Français les uns contre les autres (...) On ne combat pas l'intolérance en étant intolérant

Il s'est aussi félicité : « La France est le seul pays du monde à dénoncer la spéculation. » Sarkozy s'indigne beaucoup. Certains esprits crédules confondent encore cela avec de l'action. Et sans rapport avec les préoccupations de l'assistance, il a déroulé quelques thèmes de sa campagne : les méchantes 35 heures de la gauche et leur « détestation du travail », les futurs débats sur la  laïcité et l'islam qu'il a demandé à l'UMP de lancer : « Je n'accepterai pas que l'on mette en cause nos compatriotes musulmans et en même temps je n'accepterai pas un islam qui ne corresponde pas à aux valeurs de la République et de la laïcité. Et toujours pareil on essaie de monter les uns contre les autres, moi j'essaye de rassembler ». Le candidat Sarkozy est en roue libre.

Ce déplacement au Salon de l'agriculture n'était qu'électoral. Les champs sont si éloignés de l'Elysée. Nicolas Sarkozy aime les agriculteurs quand ils votent... pour lui.  Ce samedi, Alain, un éleveur du Cantal, eut cette conclusion lucide : « Il ne faut pas penser à l'agriculture à un an seulement des élections. Cela fait quatre ans qu'il fallait y penser. Jusqu'à présent, il ne nous a jamais entendus. (...) Il est de la ville et la campagne, il aime pas ».

20 février 2011

ISF : le dernier cadeau du Président des Riches

Nicolas Sarkozy aime son premier cercle. Il n'a pas oublié son dîner du Fouquet's. Au pire moment de l'affaire Woerth/Bettencourt, il s'indignait publiquement à la télévision de ce mépris qu'auraient les Français pour l'argent. Et voici que mardi dernier, il lance son dernier combat pour ces « happy few » : la suppression de l'ISF.

Que d'agitations...
En octobre 2008, quelques députés UMP tentèrent en vain de retirer la résidence principale de l'assiette de calcul de l'ISF. C'était bien tenté. En Sarkofrance, on a pris l'habitude, depuis la crise, de fustiger la spéculation, de crier à sa taxation, mais on se refuse d'y toucher quand frappe le patrimoine immobilier ou mobilier des bénéficiaires de l'ISF.

En novembre dernier, une centaine de parlementaires UMP avaient réclamé la suppression de l'ISF. ils croyaient bien faire. Sarkozy avait ouvert la voie pendant l'été quand, en juillet, il avait confié à François Baroin le soin de préparer une réforme de convergence fiscale avec l'Allemagne. La ficelle était très grosse : Sarkozy voulait se débarrasser de l'encombrant bouclier fiscal, dont le coût pour l'Etat ne cesse de progresser au profit de quelques dizaines de milliers de contribuables, mais qui est excessivement impopulaire. Et au passage, l'ISF devait passer à la trappe.... puisqu'en Allemagne, il n'existe plus depuis 1997. Au passage, on oubliait de nous rappeler que l'ISF allemand avait succombé au refus des autorités de réévaluer les biens assujettis à cet impôt à leur prix de marché. L'ISF, en France, porte sur les valeurs de marché, et c'est bien cela qui gêne les pontes de Sarkofrance.

En novembre dernier, le ministre du budget avait calmé les ardeurs libérales de ses collègues UMPistes. Economiquement, cette suppression aurait été une catastrophe si les 4 milliards d'euros de recettes qu'il représente n'étaient pas compensées. Or progressivement, les pistes de compensations se sont envolées : Sarkozy a d'abord refusé la création d'une nouvelle tranche de l'impôt sur le revenu. Dans son rapport sur la convergence fiscale franco-allemande rédigé pour l'UMP en novembre dernier, le député Jérôme Chartier rappelait que « Si l’Allemagne a supprimé son impôt sur le stock de capital/fortune en 1997, elle a relevé, depuis le 1er janvier 2007, le taux de la tranche marginale de l’impôt sur le revenu de 3% pour les revenus annuels nets imposables supérieurs à 250.000 euros. »

Sarkozy, ensuite, a refusé de taxer les plus-values sur les grosses résidences principales. Il l'a redit avec force le 10 février dernier sur TF1. Mais lors de cette « émission de vérité » , le candidat s'est bien gardé de parler d'ISF. Pensez-vous, il est courageux, mais pas téméraire. De telles annonces, il se les garde pour des visites de terrain bien encadrées... ou des réunions du Premier cercle, comme en janvier dernier, à Paris.

A Montmirail le 15 février, le candidat Sarkozy a donc eu le culot de profiter d'un déplacement sur la « réindustrialisation des territoires » pour prendre de court sa majorité. L'argument est désormais connu, mais faux. Sarkozy veut justifier son dernier cadeau fiscal par un souci de rééquilibrer la compétitivité économique de la France vis-à-vis de l'Allemagne : « L'Allemagne, notre principal partenaire et principal concurrent, gagne des parts de marché. Mon objectif est clairement d'harmoniser les conditions de la compétition entre l'Allemagne et la France. Toute personne à ma place devrait avoir cet objectif, ce n'est pas une question d'idéologie. » a-t-il expliqué. Second argument, l'ode au mouvement : « Je sais bien que comme pour tous les sujets, le conseil qui m’est donné, c’est l’immobilisme . On met la poussière sous le tapis mais ce n’est pas ma conception des choses ».

Expliquer que la suppression de l'ISF aide à compenser le déficit de compétitivité, notamment industrielle, entre la France et l'Allemagne est profondément malhonnête ou totalement crétin. « L'ISF a été supprimé partout en Europe, il a été supprimé par les socialistes allemands en Allemagne et par les socialistes espagnols en Espagne, a-t-il martelé. Ce que les socialistes ont compris en Europe, peut-être que la droite et le centre français peuvent le comprendre aussi ? Ce n'est pas absurde.» a expliqué Sarkozy à Montmirail. D'ailleurs, le député Chartier ne s'y est pas trompé. Dans son rapport, il mentionne bien l'ISF, mais il se garde bien de prétexter sa suppression pour des raisons de compétitivité industrielle !

Il y a quelques jours, Gilles Carrez, le rapporteur UMP du budget à l'Assemblée, avait pourtant transmis une note explicative à l'Elysée : il s'inquiète d'un relèvement de la fiscalité sur les revenus du patrimoine (dividendes, assurance vie, intérêts, plus-values mobilières et immobilières, etc) qui frapperaient plusieurs millions de Français pour compenser la disparition de l'ISF :  « L’impôt sur la fortune, m’explique-t-il, touche 560.000 personnes. Si on le supprime, on fera 560.000 heureux. Mais si en parallèle on doit faire 5 à 10 millions de malheureux, ça pose un problème. » Autrement dit, deux droites s'affrontent : celle des petits épargnants contre celle des grosses fortunes. François Baroin lui-même semblait s'être rallié à la proposition de Carrez, relever le niveau de patrimoine à partir duquel est payé l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), de 790 000 euros à 1,3 million d'euros. Ses services travailleraient aussi sur l'hypothèse d'alourdir la fiscalité des expatriés (avec la prise en compte de leur fortune mondiale, et l'augmentation de l'impôt sur les biens restés en France). Mercredi, Baroin a confié que 3 ou 4 scenarii étaient à l'étude.

On imagine que cette dernière piste ne plaira pas à l'« ami Guy » Wildenstein, collectionneur d'art, représentant de l'UMP pour la Cote Est des Etats-Unis, membre actif du Premier Cercle, et qui est au centre d'une gigantesque affaire de dissimulation d'héritage. La veuve de son père, décédée voici quelques mois, avait porté plainte contre lui, en vain. Il lui réclamait quelques 4 milliards d'euros disparus dans des fonds exotiques dont l'existence fut même reconnue par la justice française. Une autre veuve Wildenstein, sa belle-soeur, vient à son tour de porter plainte. 

De quel impôt parle-t-on ?
L'ISF rapporte gros, mais sur peu de gens. En 2010 (sur les fortunes de 2009), il a même généré 360 millions d'euros de plus que prévu : 4,46 milliards d'euros, contre 2,6 milliards en 2004 ; 3,1 milliards en 2005 ; 3,7 milliards en 2006 ; 4,4 milliards en 2007. Pour 2011, la loi de finances le prévoit à 3,9 milliards d'euros. L'ISF s'applique aux patrimoines nets supérieurs à 790.000 euros, avec des taux modestes allant de 0,55% à 1,80%. Les biens professionnels en sont exonérés. Au total, l'ISF concerne une minorité de ménages : 565.000, sur 25 millions de contribuables. 83% d'entre eux n'ont aucune personne à charge.

A droite, on brandit souvent l'exemple du ménage aux petits revenus ou retraité, qui est tombé sous le coup de l'ISF à cause de l'envolée des prix de l'immobilier sur sa résidence principale, c'est le fameux syndrome de la veuve de Carpentras et du paysan de l’Île de Ré.

Dans la réalité, ces cas sont à relativiser, comme en témoignent les statistiques fiscales rappelées par le Conseil des Prélèvements Obligatoires (CPO) dans son dernier rapport sur le patrimoine des ménages

Primo, le CPO constate que, depuis 2003, la proportion de ménages dans la tranche inférieure de l'ISF n'a pas varié : 28,3% en 2003 comme en 2008. On tente de nous faire croire que de plus en plus de petits contribuables se trouvent taxés par l'ISF à cause de l'inflation immobilière : c'est vrai en valeur absolu (+150.000 en 5 ans), mais faux en valeur relative. Et pour cause, « la valeur du patrimoine taxable augmente dans les mêmes proportions que le nombre de redevables ». Autrement dit, l'ISF rapporte de plus en plus parce que les patrimoines moyens et élevés se renchérissent : par exemple, la valeur totale des patrimoines imposables dans la dernière tranche de l'ISF (ie supérieurs à 16 millions d'euros), a progressé de 37 millions d'euros en 2003 à 71 millions d'euros en 2008 (+89%), tandis que le nombre de grandes fortunes dans cette tranche a progressé de 1.177 à 1.718 sur la même période (+79+). Voilà la réalité que l'on nous cache.

Secundo, la détention d'un patrimoine important s'accompagne de revenus importants : en 2008, les 280.000 contribuables taxés dans la première tranche ISF affichaient un patrimoine moyen proche d'un million d'euros, et un revenu moyen annuel de 80.000 euros. Dans la seconde tranche, 215.000 contribuables déclaraient un revenu moyen de 113.000 euros. Dans la troisième tranche, 42.500 contribuables affichaient un revenu moyen de 208.000 euros. On est loin de revenus modestes ! Les revenus moyens de toutes les tranches se situent dans le dernier décile des revenus français ! Et rappelons que la cotisation moyenne de la première tranche de l'ISF reste faible : 1.097 euros !

La loi TEPA du 21 août 2007 avait déjà réduit son rendement, grâce à l'assouplissement du bouclier fiscal (de 60 à 50%, y compris CSG et CRDS), à l'augmentation de l'abattement dont bénéficie la résidence principale (de 20% à 30%), et au crédit d'ISF en faveur des PME (durci en 2011). La même loi a également allégé les droits de succession : les héritages sont 2,5 fois moins imposées que les revenu du travail. 

En août 2008, le gouvernement a encore allégé l'ISF en prévoyant que les contribuables qui ont résidé au moins cinq ans hors de France et qui y transfèrent leur domicile fiscal, à compter du 6 août 2008, ne soient soumis à l’ISF que sur leurs biens français, pendant une durée maximale de six années.

Les opposants à l'ISF amènent régulièrement un argument : l'ISF n'existe pas ailleurs. Est-ce à dire que la France est la seule économie moderne à taxer le patrimoine ? Que nenni ! Lors de son audition à l'Assemblée nationale le 26 janvier 2011, dans le cadre des réflexions sur la réforme de la fiscalité du patrimoine, l'économiste Thomas Piketty apportait cette précision, cruciale et déterminante : ceux qui n'ont pas d'ISF ont souvent une taxe foncière plus importante : « Si (...) l’ISF présente des défauts, il n’en reste pas moins préférable à cet impôt historique sur le patrimoine en vigueur dans de nombreux pays qu’est la taxe foncière. En France, cette dernière représente un peu plus de 15 milliards d’euros – contre 4 pour l’ISF – et elle serait de 25 milliards, comme aux États-Unis ou au Royaume-Uni (...) si l’ISF n’existait pas. Est-il donc préférable d’augmenter le prélèvement de cette dernière de 5 ou 10 milliards d’euros et de faire disparaître les quatre milliards de l’ISF ? » ISF contre taxe foncière ? L'ISF a cet avantage social, complète Piketty, de considérer la possession effective des biens taxées, alors que la taxe foncière ignore si le contribuable a fini ou non de payer son bien immobilier.

Le CPO notait également :
« Ainsi, la tendance générale est à la suppression des impositions sur la détention du patrimoine, suppression effective ou programmée. En revanche, de nombreux pays n’hésitent pas à taxer spécifiquement et presque exclusivement la part immobilière du patrimoine détenu. Dans certains cas, cette forme de taxation du patrimoine y atteint des niveaux parmi les plus élevés au monde, essentiellement à travers ces impôts périodiques sur la propriété immobilière, et sont plus élevés qu’en France. Tel est le cas au Royaume-Uni (où la Council tax atteignait 22 milliards de livres en 2006), aux États-Unis et au Canada (Property tax), au Japon, et aux Pays-Bas (OZB). La Finlande a choisi de s’orienter vers ce modèle. » (cf. page 72)
Nicolas Sarkozy pensait peut-être trouver de quoi rassurer son coeur de cible électoral, une niche de quelques milliers de contribuables très fortunés, augmentée de ceux qui rêvent d'en faire partie.

L'ISF est un impôt bien plus juste que d'autres, et dont les effets sur la compétitivité économique n'ont pas été démontrée.

Ami sarkozyste, payes-tu l'ISF ?