27 février 2011

Ethique et diplomatie : la mauvaise attitude de l'équipe Sarkozy

Plus de deux mois après le déclenchement des révolutions arabes, Tunisie d'abord, Egypte ensuite, Libye aujourd'hui, il reste surprenant de constater l'incompréhension affichée par nos gouvernants de Sarkofrance à l'égard des critiques qui les frappent. Des différentes accusations qui s'accumulent (maladresses, désorganisation, inconstance, etc), il en est une qui porte loin, fait mal et engage l'avenir : Nicolas Sarkozy n'est pas seulement critiqué pour sa politique étrangère, mais aussi sur son comportement. Trahison des promesses, compromission avec les mauvais, imprudence des décisions, l'effondrement des dictatures tunisiennes puis égyptiennes a rappelé que le comportement même de nos dirigeants, comme hier dans les affaires Woerth/Bettencourt ou les abus de privilèges gouvernementaux (cigares, jet, etc) posait problème.

1. La trahison.
La présidence Sarkozy s'est ouverte sur une trahison. La toute première des promesses non tenues fut diplomatique. Nicolas Sarkozy s'est fait élire sur des discours répétés d'une nouvelle gouvernance des affaires étrangères, davantage fondée sur les droits de l'homme que sur les « contrats

Il l'a répété devant le Parlement européen le 19 novembre 2007. Quelques mois après ses premières complaisances avec certaines dictatures. Quelques semaines seulement avant la réception en grandes pompes à Paris, le 10 décembre 2007, du colonel Kadhafi. Quelques mois avant que l'on ne découvre les relations troubles de son ministre des affaires étrangères de l'époque, Bernard Kouchner, avec quelques autocrates africains à qui il venait juste de réclamer le paiement de factures de conseil impayées.

Adoptée l'été dernier, l'adaptation minimaliste de notre droit pénal à la Cour pénale internationale
protègera les criminels de guerre de toute poursuite en France. 

2. L'imprudence.
Nombreux sont les Etats qui commercent avec de sales régimes. L'Italie est le premier partenaire commercial de la Libye. La Russie nous commande des navires de guerre. En Chine, les entreprises du monde se disputent les plus gros marchés du siècle. « Si nous n'y allons pas, les autres iront » s'entend-on répéter.

Pourtant, on ne commerce pas avec des dictatures comme avec d'autres pays. Chantre de la diplomatie atomique pour favoriser l'exportation de notre filière historique et rééquilibrer notre balance extérieure, Sarkozy a proposé le nucléaire à quasiment tout le monde, même les pires dirigeants. Aujourd'hui, dans la presse comme au sein du gouvernement, on entend qualifier Kadhafi de fou, après ses interventions de la semaine passée. C'est à ce même fou que la France a voulu céder une partie de son savoir-faire nucléaire.

Les dictatures sont friandes d'armement. Si ce commerce ne peut être évité, il n'en reste pas moins dangereux, il mérite précautions et contrôles. Ainsi, les Etats-Unis tiennent à bout de bras l'armée égyptienne depuis trois décennies au motif de stabiliser la région et protéger Israël. Quand la rue égyptienne s'est soulevée, l'administration américaine a précipité le départ de l'autocrate.

En France, on signe les contrats, on encaisse (mal) les chèques, mais on crie au refus de l'ingérence. La belle hypocrisie !

3. La complaisance
On ne va pas converser qu'avec des démocraties. C'est l'argument répété pour justifier les dialogues encore récents qu'entretenait la France avec les régimes Ben Ali, Moubarak ou ... Kadhafi.
On doit bien sûr entretenir des relations avec tous les pays et pas seulement les démocraties, si les intérêts d'Etat le nécessitent.

Mais inutile d'en rajouter. Inutile de célébrer, de dérouler le tapis rouge (comme pour Noursoultan Nazarbaïev, le « leader de la Nation » Kazakh). Inutile d'être le seul dirigeant occidental à publiquement féliciter Ben Ali, Bongo ou même Karzai pour leurs (ré)élections contestées. Inutile de louer les progrès démocratiques tunisiens en avril 2008 sous le regard hilare de Ben Ali. Inutile de parsemer les rues françaises de figurants (chinois), d'organiser des dîners de gala médiatiques (avec Poutine); inutile de multiplier les mots doux en public comme si nous étions des dirigeants frères (Poutine, encore; Hu Jintao, aussi; Ben Ali toujours).Vous rappelez-vous cette photo de Poutine tenant Louis Sarkozy dans ses bras un jour d'août 2008 ? Inutile de plier notre protocole républicain comme si la République s'effaçait quand un dictateur nous rend visite.

Entre partenaires responsables, on devrait pouvoir se parler.

4. La compromission. 
A chaque scandale diplomatique, le clan Sarkozy s'abrite derrière les nécessités diplomatiques pour justifier d'éventuelles collusions personnelles. Pourtant, souvent, là n'est pas la question : on doit s'abstenir de relations personnelles avec des hauts responsables politiques ou économiques des dictatures. Quand on est personnage public et de surcroît représentant de la nation, on évite les cadeaux, voyages ou intérêts économiques.

Le couple Ollier/MAM ne comprend ainsi pas qu'on lui reproche son périple tunisien. C'est pourtant assez simple. En cas d'ignorance sur d'éventuelles sales coulisses parmi ses relations étrangères (sait-on jamais ?), on reconnaît rapidement la méprise, et on prend ses distances avec l'ami peu fréquentable. Aziz Miled, ce grand ami tunisien de la famille Alliot-Marie, est au centre d'une nouvelle polémique. Sa compagnie est accusée d'avoir transporté des mercenaires en Libye pour le compte de la répression Kadhafi. Croyez vous que MAM se désolidariserait ?


5 commentaires:

  1. DUBOIS Jean Michel27 février 2011 à 10:30

    Ce m'as-tu-vu manque inexorablement de hauteur...

    RépondreSupprimer
  2. "Croyez vous que MAM se désolidariserait ?"

    ==> en Tsarkozie on ne lâche pas facilement les siens ; ou plutôt on ne reconnaît jamais qu'on a eu tort ! Car ce régime est construit sur le passage en force ; donc pas d'avoeu de faiblesse ; sinon ce serait (s')avouer l'inanité dudit régime ! Il ne tient plus debout que par la force de l'illusion et de l'autopersuasion !

    Depuis le début ce pouvoir iepte et inapte repose sur du vide et confond autorité et passage en force, technique assimilée à de la fermeté. Il s'est imposé à partir d'une (auto)illusion résultant d'une profonde erreur d'appréciation anthropologique : sur la base de celle-ci a été fabriqué un produit marketing exploitant des émotions autour d'un personnage central (se voulant) héroïque érigé en maître du monde par l'entremise d'un zozo de service, Claude Askolovitch !

    La confrontation au réel nous a à de maintes reprises révélé l'imposture, dont Juan tient ici la chronique quotidienne en un effort d'une constance qui elle comporte vraiment un petit quelque chose qui confine à l'héroïsme !

    RépondreSupprimer
  3. Il soutien ben ali et à peine celui ci laché, il s'empresse d'aller faire des courbettes au nouveau dictateur. Ghannouchi en l'occurence était le premier ministre de ben ali, pendant ces 11 dèrnières années.En échange de quelques contrats juteux, il certifie la Tunisie démocratique alors que la répréssion bat son plein à la casbah, avec de nouveaux tirs à balle réelle sur les civils qui manifestent pacifiquement.Sarko plus qu'un an et toi aussi comme tes ex futur copains , tu DEGAGE!

    RépondreSupprimer
  4. Pour rappel le lien vers l'insensé article de Claude Askolovitch où est encensé un nainposteur dans ce qui constitue probablement le Peak Prestige du régime en trompe-l'oeil que constitue une inconséquente Tsarkozie de pacotille aux conséquences néfastes pourtant bien réelles sur l'Etat de la France ! L'Histoire permettra d'y voir plus clair ...

    ==> http://www.lejdd.fr/International/Actualite/Sarkozy-en-maitre-du-monde-84212/

    Malheureusement, la Tsarkozie est un symptôme particulièrement aigu d'un phénomène qui n'épargne personne ! Je pense ici tout particulièrement aux personnels politiques, partis compris, toujours en activité après avoir longtemps servi sous la Ve République !

    Eux-mêmes emportés par un processus civilisationnel comme de pauvres embarcations rudoyées par les rapides d'un torrent : le torrent de l'Histoire dans lequel nous sommes tous plus ou moins pris.

    Courant auquel il est très difficile de se soustraire à brève échéance pour les Nations et leurs responsables à l'ère de l'hypère ouverture que constitue la mondialisation !

    Nous sommes tous happés dans ce processus que personne ne contrôle véritablement : est-ce le courant de l'Histoire qui au final conduira l'humanité à bon port ?

    Ou est-ce une erreur d'aiguillage consécutive à ce qui pourrait se révéler être l'aveuglement des Modernes ? Des Modernes qui pendant longtemps ont fait figure de libérateurs de l'humanité en hissant celle-ci hors des ténèbres où la maintenait un certain obscurantisme ?

    Comme les troupes US ont longtemps symboliser des forces libératrices avant d'être (assez rapidement) perçues comme des forces d'occupation impérialistes venues conforter la domination des uns au prix de l'exploitation et de l'assujettissement des autres !

    Et bien la Modernité qui nous a d'abord libérés n'est-elle pas elle aussi en train de nous asservir ... telle une créature qui aurait échappé à son créateur en vertu de sa complexité exponentielle débouchant sur une hypercomplexité mettant en branle des mécanismes aux ressorts profonds, mal connus, et qui activés à une certaine échelle deviennent incontrôlable et franchissent un certain seuil d'irréversibilité ?

    A ce stade seule la perspective d'une catastrophe inéluctable permet d'envisager une sortie de crise ! Comme seul le terminus ou une panne de carburant peuvent mettre un terme à la course folle d'un train lancé à toute allure et qui ne répond plus à aucune commande !

    Sarkozy, et la nécrose qu'il génère, en tant qu'émanation caricaturale du système qui l'a engendré, et dont nous sommes, est un parasite qui attaque et stimule les défenses immunitaires de l'organisme social où il sévit !

    Le corps social ne se soignera pas du mal dont il souffre en se débarrassant uniquement dudit parasite ! Il ne pourra pas faire l'économie d'un questionnement et d'une remise en cause de lui-même.

    En a-t-il les moyens ? A priori non. Mais comme aime à le dire Edgard Morin : "le pire n'est jamais sûr" ... Une bonne raison ajoute-t-il de "parier sur l'improbable" !

    Une préconisation qui semble avoir toute sa pertinence à l'époque que nous traversons. A ce titre, on me pardonnera peut-être cette digression !

    Sur ce bon dimanche à chacunE :)

    RépondreSupprimer
  5. Il s'agit effectivement de constater et sanctionner la mauvaise attitude de l'équipe, et par conséquent de changer la dite équipe et de sanctionner outre les meneurs récents, mais aussi leurs chefs et leurs complices umpéiste. Un an c'est trop long et de toute façon voter ne suffira pas il faudra aider comme le dit @Pascal le "corps social" à ne "pas faire l'économie d'un questionnement et d'une remise en cause de lui-même". En clair et dans l'immédiat le gouvernement doit démissionner dans son ensemble et le parlement devrait être dissout.

    RépondreSupprimer

Merci par avance de votre commentaire. Les insultes, les commentaires racistes, antisémites, pornographiques, révisionnistes, sexistes ou en général tout sujet contraire aux valeurs humanistes ne sont pas acceptés.
Les commentaires PEUVENT être modérés et donc censurés.