9 février 2011

Sarkozy : voyage de Riches contre rigueur de pauvres.

La séquence est incroyable. Depuis des mois, Nicolas Sarkozy s'exerce à redonner une belle image,  sérieuse et protectrice de son action gouvernementale et de sa propre personne. On sait combien l'exercice était préparé et artificiel. Dans quelques heures, il sera sur TF1. Depuis des semaines, il a sillonné la France de ses voeux archi-maîtrisés. On ne sait toujours excellent et efficace en campagne. On n'imaginait pas qu'il pouvait saborder lui-même cette entreprise électorale. Un dérapage à Pornic, des voyages Bling Bling pour quelques ministres et lui-même, et voici des mois d'efforts réduits en poussière en quelques jours à peine.

Privatiser la Sécu ?
Mardi, Nicolas Sarkozy clôturait un colloque du Conseil Economique et Social sur la dépendance, « son » grand chantier pour 2011. Cette concertation est une opération avant tout médiatique dont Nicolas Sarkozy, comme hier avec les retraites, n'a pas l'intention de prendre en compte; Il a déjà ses convictions, comme celle privatiser au mieux le financement croissant de la dépendance. Tout sera question de curseur. A chaque occasion, il répète ses idées, qu'importe les sondages et réflexions alternatives. Selon un récent baromètre Banque Postale Prévoyance - « La Tribune », 75% des Français interrogé, âgés de 35 à 75 ans sont favorables à une prise en charge de la dépendance, via les impôts et les taxes. Mais mardi à Paris, le candidat ne s'empêcha pas de plaider pour ses propres options, à savoir le recours à l'assurance privée, compte tenu des déficits publics : « Je demande à chacun d'entre vous d'examiner toutes les options possibles, de n'écarter d'emblée aucune solution, y compris celle de l'assurance, pour des a priori idéologiques. L'idéologie n'a rien à faire dans une affaire de cette importance et de cette gravité.» Ou encore : « Quand nos finances publiques sont dans la situation où elles sont, quand le travail est à ce point taxé, quand 5 millions de Français ont déjà souscrit une assurance dépendance, est-il raisonnable de ne pas s'interroger sur le rôle que peuvent jouer les mutuelles, les compagnies d'assurances et les organismes de prévoyance ? »

Évidemment, Sarkozy s'est défendu de vouloir « utiliser la dépendance pour privatiser insidieusement l'assurance maladie ». Évidemment ! La semaine dernière, sa ministres aux solidarités actives, Roselyne Bachelot, avait livré les premières conclusions de ses propres consultations avec les partis politiques, les syndicats et et des associations, avant que les différents groupes de travail installés voici quelques semaines ne débutent leurs travaux : refus d'une privatisation du système (« Personne ne veut de privatisation. Chacun, y compris le Medef et la Fédération des sociétés d'assurance, est favorable à un système majoritairement national.»), libre choix entre maintien à domicile et établissement spécialisé, développement de la prévention, les principes semblent clairs. Mais Bachelot s'est empressé d'en minimiser la portée : « C'est ce que je retiens de cette première étape : la “non-maturation” du débat, aussi bien dans l'opinion publique que parmi les leaders. Il existe même parfois une méconnaissance du fonctionnement concret du système actuel. Du coup, tout le monde juge utiles les six mois de débat qui s'ouvrent.» En d'autres termes, personne n'y connaît rien, laissez nous faire !

Pourtant, la ministre a relayé quelques-unes des propositions très concrètes (extension de la CSG, réforme fiscale, et même recours aux complémentaires privées) qu'elle a reçu sur le financement de la dépendance. Mais visiblement, cela ne suffisait pas. Nicolas Sarkozy a d'autres plans.

Les siens.

Réduire les aides à l'emploi
Mardi, le gouvernement s'est félicité d'avoir co-financé quelques 533.000 contrats aidés (dont 417.000 dans le secteur non-marchand), « ce qui a contribué à limiter la hausse du nombre de chômeurs » précise-t-il. Pour 2011, alors que le chômage continue de progresser, le ministre du Travail Xavier Bertrand soutient que le nombre de contrats aidés sera ramené à 390.000, soit une baisse de 27%. Quel effort !

Pour faire reculer le chômage, le ministre avance des mesures de simple affichage : « accès prioritaire aux contrats aidés et à la formation professionnelle » pour les chômeurs de longue durée, « incitations » (non précisées) en faveur de l'alternance pour les plus jeunes, création d'un « dispositif unifié et plus efficace » (tout aussi flou) pour les licenciés économiques. Enfin, Bertrand promet de raccourcir les délais, simplifier les démarches et soutenir les « formations des métiers qui recrutent ». Bref, aucune promesse précise.

Sur le terrain, les nouvelles sont bien sombres. Dix-sept missions locales pour l'emploi des Jeunes de Bretagne viennent ainsi d'apprendre que leur budget 2011 allait être réduit. Elles perdront 60 conseillers d'accompagnement, soit 14% des 433 effectifs ! Non seulement les financements du plan de relance n'ont pas été reconduits, mais l'Etat réduit leurs budgets de 5% supplémentaires. En Bourgogne, à Dijon, la mission locale perd 10% de son effectif.

... et voyager bon marché
Depuis lundi, Nicolas Sarkozy se prépare à son émission face aux Français, prévue jeudi soir sur TF1. Jean-François Copé, secrétaire général désigné à l'UMP, prépare ses troupes. Il a adressé un courrier aux militants UMP leur demandant de « réserver leur soirée du 10 février » pour mieux faire part de leurs « réactions et commentaires sur les différents sites d'actualités disponibles sur Internet » et « faire face aux campagnes de désinformation et de démagogie orchestrées par l'opposition et relayées sans scrupule par certains médias.» Copé a loué, mardi matin, la réponse de son rival François Fillon aux magistrats protestataires, et dénoncé le harcèlement dont Michèle Alliot-Marie serait victime. Il paraît que cette affaire des jets agace profondément Nicolas Sarkozy; le candidat se serait bien passé de telles polémiques dans son entreprise électorale de reconquête de l'opinion. Et pourtant, ces abus ne concernent pas que la ministre des affaires étrangères.

Le weekend dernier, Nicolas et Carla Sarkozy se sont offerts un voyage privé et discret à New-York. Cette fois-ci, nul jet étranger. Le Falcon 7X était bien français, de l'Escadron de transport, d'entraînement et de calibration (ETEC). Les deux sont partis de Bruxelles vendredi, et Sarkozy est revenu seul lundi, pour son sommet du triangle de Weimar à Varsovie. Carla aurait filé à Los Angeles pour l'enregistrement de son prochain album. Cette information, révélée par France Inter, a dérangé les conseillers élyséens. Ces derniers ont expliqué que le couple présidentiel avait réglé son billet comme s'il s'agissait d'un vol commercial régulier, soit 10% environ du coût du déplacement. Les contribuables ont payé le solde.

Toute la journée de mardi, conseillers ou ministres laissaient entendre, officieusement, qu'ils craignaient de nouvelles révélations dans le Canard Enchaîné. On nous expliquait également que Nicolas Sarkozy pourrait tirer les conséquences de la polémique MAM dès le conseil des ministres mercredi matin. Mardi en fin de journée, on comprit enfin pourquoi l'aréopage sarkozyen était si inquiet. En pleine session de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, l'information est tombée : pendant ses vacances de Noël en Egypte, François Fillon a lui aussi profité des faveurs d'une autre dictature arabe. Pour ses vacances privées, il a été hébergé et transporté par le gouvernement d'Hosni Moubarak.

Immédiatement, sans attendre la parution du Canard Enchaîné, auteur du scoop, les services du premier ministre confirment dans un communiqué officiel : « Le Premier ministre a été hébergé lors de ce séjour par les autorités égyptiennes. Le Premier ministre, toujours à l’invitation des autorités égyptiennes, a emprunté un avion de la flotte gouvernementale égyptienne pour se rendre d’Assouan à Abou Simbel où il a visité le temple. Il a également effectué une sortie en bateau sur le Nil dans les mêmes conditions. » Dans la foulée, les « éléments de langage » concoctés à l'Elysée étaient servis sur les ondes par quelques proches du Monarque : ces polémiques relèveraient de la « politique de caniveau » (Eric Ciotti, Chantal Jouanno), on cible les déplacements passés de François Mitterrand (Christian Estrosi). On fait mine de s'interroger sur la famille Obama. Coûte que coûte, il fallait allumer des contre feux.

L'affaire est-elle terminée ? En août dernier, Eric Besson et sa jeune épouse étaient partis au Maroc, Luc Chatel était en famille en Chine. A Noël, le couple Sarkozy était également au Maroc, à Marrakech. On imagine des limiers de la presse fouiller désormais les récentes vacances de nos dirigeants à l'étranger...

Décidément, en Sarkofrance, on aime voyager.



3 commentaires:

  1. Affaire Karachi : le juge Trévidic veut entendre Jacques Chirac.

    Le juge Marc Trévidic a écrit à l'avocat de Jacques Chirac, Maître Jean Veil, pour déterminer les conditions dans lesquelles l'ancien président pourrait être entendu dans le cadre de l'enquête sur l'attentat de Karachi, indique une source proche de l'enquête.

    L'avocat de familles de victimes, Maître Olivier Morice, a récemment demandé l'audition de l'ancien président après que l'ex-ministre de la défense, François Léotard, eut déclaré que l'arrêt des commissions sur le contrat de vente de sous-marins au Pakistan pouvait être une cause de l'attentat.

    Le juge antiterroriste a adressé un courrier à l'avocat de l'ex-président pour envisager les conditions dans lesquelles Jacques Chirac pourrait être entendu comme témoin, a indiqué cette source, confirmant une information du Parisien.

    "Tout se fera dans le plus profond respect de la fonction présidentielle", a dit de son côté le juge Trévidic mercredi sur Europe 1, se refusant à confirmer qu'il avait demandé à entendre Jacques Chirac.

    L'avocat de M. Chirac, Me Jean Veil, n'avait pu être joint mercredi matin.

    En juin 2007, Jacques Chirac avait refusé de témoigner devant les juges instruisant l'affaire Clearstream, estimant qu'il ne pouvait "être contraint à fournir un témoignage sur des faits accomplis ou connus durant son mandat".

    Fin 2010, l'ancien premier ministre Dominique de Villepin, secrétaire général de l'Elysée au moment de la décision de M. Chirac d'interrompre les commissions, avait exclu devant le juge Trévidic tout lien avec l'attentat et assuré que l'arrêt des commissions avait été décidé en raison de soupçons de rétrocommissions sur certains contrats d'armement.

    M. Léotard, ministre du gouvernement d'Edouard Balladur lors de la vente au Pakistan en 1994 de sous-marins Agosta, a dit au juge Trévidic que l'attentat ayant coûté la vie de 11 salariés de la Direction des constructions navales (DCN) pourrait être dû à l'arrêt des commissions sur ce contrat et au non-respect de la promesse de ne pas vendre de sous-marins à l'Inde.

    http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/02/09/affaire-karachi-le-juge-trevidic-veut-entendre-jacques-chirac_1477289_3224.html

    RépondreSupprimer
  2. Tous "les éléments de langage" concoctés ne gommeront pas le fait que nos éminences adorent se goberger, serait-ce avec des dictateurs avérés.
    Nous le savions déjà mais l'accumulation de preuves actuelles devient toxique.
    Bien mérité !

    RépondreSupprimer
  3. TOUTE TRAITRISSE ET IGNOMINIE SONT NORMALES EN SARKOSYE.

    J'AI APPRIS PAR LES COMMENTAIRES DE CONCITOYENS AVEC UN PEUT PLUS DE CERVELLE QUE LA DROITE VIEILLE ET PEUREUSE DU president, QUE L'EMISSION PREPAREE PAR TF1 POUR LE grandir, FUT CONSTERNANTE ET ENNUYEUSE COMME D'HABITUDE.

    AVEC UN PERNAUT (QUI A OUBLIE DE METTRE LA SERVIETTE SUR SON BRAS POUR POUVOIR SERVIR LES "THEMES" SUR PLATEAU D'ARGENT A SON MAITRE) J'AI TROUVE LES IMAGES DU JOURNAL TV PARTICULIEREMENT INDECENTES.
    HEUREUSEMENT QUE LE parrain S'ENFONCE INEXORABLEMENT SANS AUCUNE AIDE.
    CE BRAVE type.

    ILS NOUS PRENNENT POUR DES ENDOUILLES !

    RépondreSupprimer

Merci par avance de votre commentaire. Les insultes, les commentaires racistes, antisémites, pornographiques, révisionnistes, sexistes ou en général tout sujet contraire aux valeurs humanistes ne sont pas acceptés.
Les commentaires PEUVENT être modérés et donc censurés.