23 février 2011

Un gouvernement en déroute ?

Quel spectacle ! Nicolas Sarkozy peut bien bloquer un CHU de Bordeaux pour dresser le bilan de ses 3 premières années du plan Alzheimer. Son gouvernement, à peine remanié voici 4 mois, semble à bout de souffle. Crise diplomatique, premiers échec au G20, tâtonnements nucléaires, couacs sur l'ISF... on explique déjà qu'un nouveau remaniement se prépare à l'issue des élections cantonales... dans un mois.
Si Nicolas Sarkozy présidait une entreprise, il aurait déjà été viré par ses actionnaires mécontents.

Sarkozy et son bilan inexistant
Mardi, Nicolas Sarkozy était à Bordeaux. Des manifestants l'attendaient. Il voulait parler Alzheimer et rien d'autres. Son « bilan », publié sur le site de l'Elysée, est maigre. Trois à quatre cent millions d'euros auraient été dépensés en 3 ans, en mêlant Etat et assurance maladie. C'est environ la moitié du bouclier fiscal annuel... Le Monarque avait promis 1,6 milliards d'euros d'ici 2012, un chiffre invérifiable. Trois ans après ces belles annonces, le diagnostic de la maladie serait « désormais accessible partout dans des délais raisonnables », les nouvelles structures de coordination seront « généralisées en 2011 » et concernant les 45.000 places promises en établissement.... motus et bouche cousue.

A Bordeaux, Sarkozy a proposé de faire payer plus cher les consultations aux malades d'Alzheimer... On se frotte les yeux... Sarkozy s'adressait aux médecins, pas aux malades : « Nous sommes attachés à la rémunération à l'acte mais il existe des missions de service public qui dépassent le paiement à l'acte. (...) Il faut valoriser le parcours des médecins généralistes dans l'accompagnement d'Alzheimer et rémunérer une implication forte.» Et comme le candidat est campagne, il a bien sûr précisé que son plan 2008-2012 serait insuffisant : « Il va de soi que ce plan 2008-2012 doit être suivi d'un 2e plan. La lutte contre l'Alzheimer est quelque chose qui doit s'inscrire dans l'avenir jusqu'à ce que l'on trouve un médicament. » Cela va de soi...

Nicolas Sarkozy, ce mardi, n'avait pas de commentaires à faire sur l'état de délabrement généralisé de son équipe gouvernementale.

Michèle Alliot-Marie et ses valises
Sa ministre des affaires étrangères est en vadrouille au Brésil. En Tunisie, un hebdomadaire, Tunis Hebdo, accuse MAM d'avoir profité de son périple de Noël dans la région pour rencontrer secrètement, le 27 décembre, le ministre de l'intérieur tunisien, Rafik Haj Kacem, et le chef de la garde présidentielle, Ali Seriati, tous emprisonnés depuis après la chute de Ben Ali. Mediapart s'interroge de savoir si cette rencontre a eu comme conséquence la proposition publique de MAM, le 11 janvier suivant, de faire profiter la police de Ben Ali du « savoir-faire » des forces de l'ordre françaises en matière de gestion des émeutes. Le site d'information précise également que « la Sofexi, la société française qui a reçu commande de ces grenades «entre décembre et janvier», refuse de préciser si le régime tunisien a passé un ordre d'achat le 27 décembre ou le lendemain

En France, des diplomates anonymes ont publié une tribune dans le Monde, mardi 22 février. L'attaque est sévère et vise directement... Nicolas Sarkozy : « on ne s'improvise pas diplomate » dénoncent-ils. « Il est clair que le président n'apprécie guère les administrations de l'Etat qu'il accable d'un mépris ostensible et qu'il cherche à rendre responsables des déboires de sa politique.» Ou encore : « La politique suivie à l'égard de la Tunisie ou de l'Egypte a été définie à la présidence de la République sans tenir compte des analyses de nos ambassades. C'est elle qui a choisi MM. Ben Ali et Moubarak comme "piliers sud" de la Méditerranée.» Et paf !

Patrick Ollier et la Libye
La France a finalement décidé de rapatrier ses ressortissants de Libye. A Paris, le rôle de Patrick Ollier (« POL »), compagnon de la ministre des affaires étrangères et fidèle soutien du régime Kadhafi en France, fait débat. « En vingt ans, POL est devenu le "Monsieur Libye" de la classe politique française » rappelait le JDD le 21 février, notamment auprès de l'Elysée depuis 2002. Selon diverses sources, il aurait aidé quelques entreprises françaises à s'implanter en Libye. Dès 2007, il se félicitait du rapprochement opéré avec le régime du Colonel après la libération des infirmières bulgares. Mediapart relate aussi que l'entreprise Thalès « a bien confié en 2005 à une officine privée les soins d'une enquête sur de «supposées commissions libyennes au profit» de M. Ollier.»

Avant le déclenchement des émeutes en Libye, Patrick Ollier avait suscité le trouble, la semaine dernière, sur un tout autre sujet.Le 14 février dernier, les sénateurs se penchaient sur un projet de loi relatif à la réglementation des sondages. Patrick Ollier, ministre des relations avec le Parlement, tentait de convaincre l'assistance que ce projet était anticonstitutionnel : « Elle semble inconstitutionnelle au regard de la liberté de la presse, consacrée par l'article 11 de la déclaration de 1789.» Rien que ça ! Le rapporteur de la loi, le sénateur socialiste Jean-Pierre Sueur en fut tout secoué. La loi proposée visait à améliorer la transparence : « il faut savoir qui paye le sondage et qui est le commanditaire. (...) Il faut publier la marge d'erreur. (...) Le taux de non-réponse doit être indiqué, globalement et pour chaque question. (...) il convient de publier toutes les questions et que le résultat soit déposé à la commission des sondages. ». Le texte avait été adopté à l'unanimité en commission des lois. Qu'importe ! Cette loi était trop dangereuse pour l'Elysée, à une quinzaine de mois du scrutin présidentiel. On se souvient de l'affaire des sondages, quand un rapport de la Cour des Comptes révéla en juillet 2009 que l'Elysée avait commandé des centaines de sondages politiques, dont certains furent publiés par des médias sans mention du commanditaire élyséen. Une information judiciaire vient d'ailleurs d'être lancée.

Lagarde/Baroin, la langue de bois

La première conférence de presse, samedi, de la ministre de l'Economie au sujet du G20 n'a pas créé l'enthousiasme. Toujours exagérément optimiste, Christine Lagarde s'est félicité d'être tombé d'accord avec ses collègues sur « un accord de principe sur les éléments qui nous permettent de mesurer les déséquilibres ». Quelle ambition ! Le résultat est mince. Dès dimanche soir, la ministre évacuait l'idée même d'une taxe sur les transactions financières (« 'en doute beaucoup parce que les Américains sont très hostiles »), pourtant annoncée une nième fois en grandes pompes par Nicolas Sarkozy lui-même quelques jours auparavant.

Lundi 21 février sur CANAL+, le ministre du budget tentait d'expliquer qu'il n'y avait aucun couac au sommet de l'Etat sur la prochaine réforme fiscale. Mardi 15 février, Nicolas Sarkozy avait pris de court sa majorité en réclamant une suppression pure et simple de l'ISF. Baroin bafouillait ses explications.

Sa collègue des Finances remplaçait déjà Michèle Alliot-Marie à l'étranger. Elle était en Tunisie, avec Laurent Wauquiez. Lors d'une conférence de presse sur place, elle se déclara en faveur d'un Plan Marshall en faveur de la Tunisie.  « Le peuple tunisien a donné une leçon au monde entier et ce qu'il a fait force le respect » s'empressa de déclarer le jeune Wauquiez. La Sarkofrance se rattrape en Tunisie...
Brice Hortefeux et les symboles
Lundi 21 février, le ministre de l'intérieur et son collègue de la justice ont annoncé « la mise en place d'une mission de préfiguration dans l'optique de la création d'un office opérationnel de suivi des délinquants sexuels ou violents.» Un collège de personnalités, présidée par Corinne Moreau, substitut général près la Cour d'appel de Paris, devra rendre ses conclusions d'ici le 31 mars prochain. Depuis le fiasco présidentiel dans l'affaire Laëtitia, le ministre de la police fait profil bas...

Le lendemain, journée internationale des victimes, le ministre s'est autorisé un dérapage peu relevé : « Nous sommes particulièrement attentifs, dans le cadre de la réforme de la garde à vue, que les nouveaux droits qui sont accordées aux parties ne bénéficient pas simplement à ceux qui sont mis en cause, mais aussi et surtout aux victimes ».

Eric Besson et l'autruche
Le Figaro révélait mardi que les prix du gaz augmenteraient de 5% à compter du 1er avril. Quelques 11 millions de ménages français sont concernés, pour une hausse moyenne de 45 euros par mois. En un an, le prix du gaz s'est envolé de 20% à cause du renchérissement des prix de l'énergie. Le ministre de l'industrie a juste reconnu que la mesure était à l'étude. Depuis décembre dernier, une formule automatique révisée de calcul s'applique pour calculer les nouveaux tarifs. Cette hausse intervient alors que des gaz non conventionnels (i.e. non issus de l'exploitation pétrolifère) suscitent un vif intérêt (comme les gaz de schiste). Autre mauvaise nouvelle, les tarifs d'EDF devraient également augmenter de 5% le 1er juillet prochain, une conséquence de la la mise en œuvre de la nouvelle organisation du marché de l’électricité adoptée au 1er janvier 20010.

Le ministre aurait préféré qu'on célèbre la tenue du Conseil de politique nucléaire lundi 21 février à l'Elysée. Nicolas Sarkozy a paraît-il clarifié la répartition des rôles au sein de la filière nucléaire française. Vraiment ? Chez Areva, « on respire » explique-t-on en interne. L'EPR reste prioritaire, le développement de centrales moyennes ATMEA est aussi reconnu et, last but not least, EDF n'entrera pas au capital d'Areva.  En juillet dernier, il est vrai que les conclusions du rapport Roussely étaient plus inquiètantes : l'ancien patron d'EDF critiquait sans détour la priorité accordée au coûteux et peu compétitif EPR qui échoua à convaincre Abu Dhabi en décembre 2009. Pourtant, l'action a dévissé dès l'annonce des conclusions du Conseil. Et le ministre Besson fut plus évasif sur l'entrée d'EDF au capital d'Areva : « Ça n'a pas été évoqué. C'est ni accepté, ni refusé. Pour l'instant, on met en chantier la filialisation ». Sur l'autre crainte d'Areva, la commercialisation par EDF de centrales bon marché, le ministre a promis ... une étude.

Sarkozy a donc choisi... de ne pas choisir.

Bruno Le Maire et les débordements agricoles
Samedi, le ministre de l'agriculture était tout satisfait de la visite inaugurale et sans accroc de son patron au Salon de l'agriculture. L'exercice avait été encadré au point de caster l'assistance à la table ronde organisée à l'abri des regards des visiteurs. Mais depuis, l'agitation a repris. Lundi, une centaine de producteurs laitiers ont encerclé le stand de Danone. Au Mans comme ailleurs en France des éleveurs de bovins protestaient contre la crise du porc.

Mardi soir sur CANAL+, Bruno Le Maire était pris à partie par Pierre Priolet, auteur d'un récent ouvrage, « les fruits de ma colère ». Cet agriculteur racontait dans son livre comment il fut contraint d'arracher ses arbres fruitiers l'an dernier par désespoir. Hier, il attaqua violemment la fameuse « contractualisation sans prix » et les grandes déclarations de Nicolas Sarkozy sur « les 9 milliards d'êtres humains à nourrir », une antienne qui laisse le beau rôle à l'agro-industrie.

Bruno Le Maire semblait dérouté.



7 commentaires:

  1. ... Si Nicolas Sarkozy dirigeait une entreprise, il aurait été gratifié d'un monceau de stock options et, tout en restant au conseil d'administration, aurait empoché le plus confortable des parachutes dorés.

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  2. La seul chose que l'on puisse dire est casse toi,pauv co....

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  3. J’espère qu'il sera réélu en 2012, il semble être l'homme de la situation.
    Qui d'autre ?

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  4. "il semble être"

    Vous même semblez en douter ...

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  5. Pour parler de Bruno Lemaire... Il ne sait même pas ce qu'est un ha (hectare)... Lui, on peut dir qu'il semble avoir été parachuté mais sans parachute :)

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  6. pourvu qu'il ne soit pas élu!

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  7. Fillon et ses déplacements privés pris en charge par l’Etat (c-à-d nous). 27000€ le WE. Voyons, cela fait presque quatre ans qu’il est Premier ministre. Donc, ce monsieur nous aurait coûté au bas mot 5 à 6 millions rien qu’en frais d’avion pour ses joies privées.
    La rigueur budgétaire est la chose la moins partagée en France.

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