2 mars 2011

Guéant exposé, Sarkozy menacé.

A peine son remaniement expédié, Nicolas Sarkozy fait semblant d'être passé à autre chose. Mais on ne sait plus quoi. Est-il toujours le président en charge directe de son domaine diplomatique réservé ? Non. Plus que jamais candidat, il voulait éclipser son premier ministre en se gardant quelques annonces bien opportunes.

Tandis que Claude Guéant prenait ses fonctions avec de belles déclarations arrangées à l'Eysée.

Guéant s'y croit
Le tout nouveau ministre de l'intérieur et de l'immigration veut « améliorer la sécurité partout ». Après neuf années passées sous les ors de la République, Claude Guéant, qui a pris ses fonctions dès lundi, découvre le terrain. Il a expliqué que « Il n'y a pas de questions de sécurité qu'en Seine-Saint-Denis et à Marseille. Il y en a aussi dans toutes les villes de France et dans les villages ». Il était en déplacement à Chartres. Pas très loin d'Orléans où son patron de président avait lancé sa charge anti-magistrat il y a un mois. « Tous les Français ont droit à la sécurité et mon combat sera de protéger tous les Français, d'améliorer la sécurité partout. » Et le nouveau ministre de reconnaître les limites du bilan sarkozyen en la matière, en reconnaissant le « gros travail à faire, parce que vous savez bien, vous qui êtes en contact avec la population, nos concitoyens ont des attentes. » Guéant hérite d'un bilan calamiteux, avec des violences contre les personnes en constante progression (hormis 2007, année électorale)...

On ne sait pas si le ministre de l'Ordre aura le même enthousiasme en matière de délinquance en col blanc... ou de financement politique. L'enquête du juge Renaud van Ruymbeke progresse à petit pas, dans le cadre de l'affaire Karachi. Le juge a écouté lundi 28 février l'ancien trésorier de la campagne d'Edouard Balladur en 1995. Et le mystère semble s'épaissir sur les dons en liquide et petites coupures reçus par le candidat malchanceux. René Galy-Dejean a d'énormes trous de mémoire, à moins qu'il n'ait décidé de se désolidariser de son ancien mentor : il n'a aucun souvenir du versement, en espèces, sur le compte de campagne de l'ancien premier ministre, de 7 millions de francs (un peu plus d'un million d'euros), pourtant attesté dans les comptes définitifs validés par le Conseil Constitutionnel ultérieurement. Il assure même ne l'avoir jamais déposée le 26 avril 1995 : « Je n'ai déposé que les 3 millions de francs. Je suis incapable de vous dire d'où vient cet argent que je n'ai pas déposé. »

Le juge Van Ruymbeke semble établir un lien avec d'autres versements qualifiés d'occultes, pour 5 millions de francs, au profit du Parti Républicain en 1995, alors présidé par ... Gérard Longuet, tout nouveau ministre de la Défense, et soutien de ... Edouard Balladur. Que le monde est petit.

Les malus de l'alternance sarkozyenne
Mardi, Nicolas Sarkozy parlait à Bobigny, sur le thème de la formation et de l'emploi. Il visitait un centre de formation, et avait quelques annonces privilégiées. Quelles que soient les circonstances, Nicolas Sarkozy excelle à les ignorer. Il peut parler du printemps arabe un dimanche soir, avec environ une douzaine de semaines de retard, et s'afficher ensuite sur le site de l'Elysée pour déclamer que « le travail est au centre de mon action politique.» La presse ne relève plus et retient peu. A peine quelques brèves de Reuters ou de l'AFP ici ou là. On pense plutôt à ses dernières cartouches, qu'il vient de griller ce weekend.

Il fallait donc l'écouter, ce mardi, puisqu'aucun journaliste n'allait s'y intéresser plus que ça. « La croissance est repartie. Le nombre des plans sociaux a été divisé par deux. » Tiens, pas un mot sur l'envolée du nombre de ruptures de contrats de travail à l'amiable ? Sarkozy lisait ses notes, le regard parfois dubitatif sur ce que ses propres conseillers lui avaient rédigé... « notre économie s'est remise à créer des emplois.... Une bonne santé de l'intérim avec 187.000 créations de postes ; 700 millions d'heures supplémentaires en 2010 » Quelle satisfaction !  « Mais il reste un défi majeur devant nous... le chômage, qui a commencé à se stabiliser, n'a pas diminuer autant que nous l'aurions souhaité. » Il faudrait rappeler que les derniers chiffres du chômage restent mauvais, avec quelques 4,3 millions de demandeurs d'emploi à fin janvier. Sarkozy surjoue sans détermination.

« Je sais que dans le temps on a dit qu'on avait tout essayé contre le chômage, et qu'il n'y avait plus rien à tenter... Je ne partage pas cette analyse... Je pense que tant qu'il y a des chômeurs dans notre pays, notre devoir est de nous mobiliser et d'essayer tout ce qui peut faire diminuer le nombre de chômeurs. » Rappelez vous, en 2007, Nicolas Sarkozy nous promettait déjà d'aller chercher un point de croissance.  avec les dents... A ! Ce volontarisme toujours si répétitif...même 2 millions de chômeurs supplémentaires tard... « Et je ne ferai jamais partie de ceux qui pensent que sur l'emploi, l'Etat doit se contenter de jouer les simples spectateurs. » Quelle assurance ! Quelle détermination ! Qui en France a jamais réclamé de rester spectateur face au chômage ?

Au bout de 33 minutes de présentation, Sarkozy finit par lâcher ses annonces. Répétant sa promesse d'atteindre les 800.000 apprentis en 2015,  un peu éventée depuis décembre dernier, Sarkozy promit d'augmenter la part des jeunes en alternance dans les effectifs des entreprises de plus de 250 salariés de 3 % à 4 %. Il espère sortir quelques 135.000 jeunes des statistiques du chômage. Et comment ? Premier volet, le gouvernement va instaurer un nouveau système de bonus-malus annoncé sur TF1 le 10 février dernier. « Les grandes entreprises devront embaucher 4 % d'alternants, mais, en contrepartie, nous allons moduler la surtaxe pour faire en sorte que celui qui ne fait aucun effort soit davantage pénalisé que celui qui est juste en dessous du seuil.»

Second volet, les aides à l'emploi également déjà promises. Il faut gonfler les chiffres, frapper les esprits : « Un demi-milliard d'euros seront dégagés cette année. » Tout était dit le 10 février. « En cette période contrainte pour nos finances publiques, c'est un effort absolument exceptionnel. Et comme il est hors de question d'augmenter les déficits, ce milliard d'euros (...) nous le récupérerons par des économies parallèles sur les autres ministères.» Lesquels ? On verra plus tard. Dans le détail, l'Etat subventionnera 2.000 euros par embauche d'un demandeur d'emploi âgé de plus de 45 ans, en sus des l'exonération de charges sociales et aux aides de Pôle Emploi applicables aux contrats de professionnalisation. Et hop ! Une nouvelle niche fiscale !

Troisième volet, 500 autres millions financés... par le Grand emprunt. Et pour financer des projets de formation ou créer des places supplémentaires d'apprentissage. S'endetter pour financer la politique de l'emploi... Quelle surprise !

Au final, l'exercice est facile. On oublierait presque que son gouvernement avait sabré de 15% les crédits de la politique de l'emploi pour 2011. « Je fais un choix. Plutôt que d'indemniser un demandeur d'emploi, je préfère qu'on lui finance un contrat aidé ou une formation pour qu'il puisse se reconvertir. » expliqua Sarkozy. Supprimer d'abord, pour redonner ensuite, mais un peu moins... Quelle belle affaire !

Le même jour, Eric Besson, le ministre de l'Industrie, confirmait ce qu'il se refusait à faire, à peine 8 jours plus tôt : les prix du gaz augmenteront de 5% en moyenne à compter du 1er avril. Le ministre s'est empressé de justifier que le gouvernement avait « décidé de ne pas modifier les prix du gaz en octobre 2010 et janvier 2011 » et que « les tarifs sont restés inchangés pendant tout l'hiver 2010-2011 ». Sur un an, ils ont pourtant augmenté de quelques 20% en un an...

Nicolas Sarkozy n'avait pas envie de commenter ses mauvaises nouvelles sur le pouvoir d'achat. Il n'a d'ailleurs réalisé ni prévu aucune visite sur ce thème pourtant central de ses promesses de 2007. Jeudi, son nouveau fidèle ministre du budget François Baroin présentera ses pistes de suppression de l'ISF.

Le Premier cercle est impatient.


6 commentaires:

  1. Les demandeurs d'emploi qualifiés de "seniors" à 45 ans decraient apprécier...

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  2. faut -il qu'on nous tire dessus à balles réelles, pour que nous ayons un semblant de réaction, sur la façon pitoyable dont est dirigée la france depuis des décennies et plus particulièrement ces dernières années???? IL NE ME SEMBLE POURTANT PAS QU'ENVIRON 60 MILLIONS DE FRANCAIS DEJEUNENT AU FOUQUET'S quand bon leur semble,où qu'ils fassent partie du ""club si chic du ccac 40""??? Depuis l'histoire du sang contaminé, quand je me suis rendue compte que la masse populaire pouvait se faire empoisonner sans broncher,sans demander des comptes,,,,,les bras m'en sont tombés, je me suis dis que nous étions perdus.Pourtant que les ficelles sont grosses,,,,,,comment autant de personnes à la fois peuvent elles se faire berner à ce point????? si tu as la réponse juan,,,,donnes moi là,,,je comprends plus rien à rien,,

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  3. Et que dit-il Guéant de la sécurité de l'emploi, de la précarité qui touche beaucoup de Français ?

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  4. DUBOIS Jean Michel2 mars 2011 à 16:11

    « Et je ne ferai jamais partie de ceux qui pensent que sur l'emploi, l'Etat doit se contenter de jouer les simples spectateurs. »

    "L'homme est ce qu'il pense. Est riche celui qui se croit riche, pauvre qui se croit pauvre."
    Emile Coué de la châtaigneraie (1857-1926)
    Pour suivre la méthode Coué : une « pointure », la référence française : Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa.

    N B : j’ai des envies de châtaignes.

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  5. Le plus fascinant est que malgré tout il est toujours le centre du débat. Il est toujours l'horizon politique de tout le monde. Rien ne change c'est comme si tout le monde ne voyait que lui, pour le meilleur comme pour le pire :

    http://respolitica.over-blog.fr/article-la-poule-et-le-couteau-67197406.html

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  6. Attentat de Karachi : d'où viennent les 7 millions de la campagne de Balladur ?

    L'ancien trésorier de la campagne d'Edouard Balladur en 1995 a reconnu qu'il était incapable d'indiquer la provenance de 7 millions de francs versé sur le compte de campagne du candidat. L'EXPRESS.fr fait le point sur cette affaire.

    Qu'est-ce-que l'affaire Karachi ?

    Le 8 mai 2002, un kamikaze fait exploser sa voiture contre un bus devant l'hôtel Sheraton de Karachi et tue 14 personnes dont 11 employés français de la Direction des constructions navales (DCN). La justice suppose que cet attentat est une réponse à l'arrêt des versements de rétrocommissions, décidés dans le cadre de la vente de sous-marins français au Pakistan.
    Par ailleurs, une partie de ces rétrocommissions aurait servi à financer la campagne d'Edouard Balladur en 1995.

    Pourquoi l'affaire Karachi revient-elle dans l'actualité ?

    L'affaire Karachi a connu de nouveaux rebondissements. Le juge Renaud Van Ryumbeke a auditionné René Galy-Dejean, à l'époque trésorier de la campagne présidentielle de Balladur. Celui-ci s'est dit incapable de justifier le versement de 7 millions de francs sur le compte de campagne du candidat trois jours après la défaite au premier tour.

    Pourquoi le nom de Gérard Longuet refait surface ?

    En février dernier, le juge Renaud Van Ruymbeke a obtenu le versement au dossier de la procédure du "Fondo". Il s'agit là d'un versement de 5 millions de francs pour l'achat du siège du Parti Républicain (PR) dont Gérard Longuet était le président jusqu'en 1995.
    Selon Le Monde, le juge Van Ruymbeke fait un lien entre le versement de 7 millions de francs sur le compte de campagne et l'affaire du "Fondo". Le PR aurait bénéficié d'une partie de cette somme pour acquérir son siège. Une forme de remerciement pour le soutien de cette formation au candidat Balladur.
    Olivier Morice, l'avocat des parties civiles dans l'attentat de Karachi a annoncé qu'il allait demander l'audition du nouveau ministre de la Défense, Gérard Longuet.

    Et le nom de François Fillon ?

    Le nom du Premier ministre apparaît pour la première fois dans le dossier. Son nom est mentionné dans un procès verbal policier dressé le 24 janvier dernier et révélé par Mediapart. Jacques-Philippe Marson, ancien cadre dirigeant de la banque BNP-Paribas, croit savoir que François Fillon a joué un rôle dans le traitement des commissions liées à la vente des sous-marins. Il aurait désigné Alain, ancien n°2 des services secrets français pour négocier avec Jean-Marie Boivin. Cet homme a dirigé la société off-shore Heine, chargée de faire transiter l'argent des commissions.

    http://www.lexpress.fr/actualite/politique/l-affaire-karachi-si-vous-avez-loupe-le-debut_968056.html

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