29 avril 2011

Le candidat Sarkozy n'aime pas la précarité

La précarité n'intéresse plus Nicolas Sarkozy. Le candidat est en campagne. Il préfère s'attacher les faveurs des Corréziens. Une envie soudaine... Il n'avait pas visité la région depuis ... la campagne de 2007.

Pourtant, l'INSEE venait de livrer un fabuleux bilan, une cartographie des inégalités de revenus. Un sujet pourtant en or pour le candidat du pouvoir d'achat... de 2007.

Nous sommes en 2011.


C'est un salon de beauté tout à fait ordinaire, installé dans un quartier qui a davantage fait parler de lui par ses prières de rue ou autres provocations « saucisson/pinard». Ce salon de beauté est réservé aux femmes en situation de précarité. Son ambition ? « Rendre la beauté accessible aux femmes les plus démunies, afin qu'elles s'engagent dans la relation aux autres avec une meilleure estime d'elles-mêmes.» Le Salon Joséphine est une initiative symbole de son temps.

En Alsace, on s'inquiète d'une « forte précarisation de la région », commentait un quotidien local. Le nombre de chômeurs de plus d'un an inscrits à pôle emploi a bondi de 17,8%. L'Alsace est à l'image du pays : le chômage officiel a baissé de 0,8% en mars. Mais la précarité croissante « gagne du terrain ».

Justement, l'INSEE a livré sa dernière étude des revenus et patrimoines des ménages en France. C'est un support d'analyse précieux, tant l'information sur ces sujets fait souvent défaut.

On est d'abord frappé par les inégalités de revenus. On y lit également la confirmation de quelques constats évidents.

1. Les Français ne sont pas très riches. 50% d'entre eux gagnaient annuellement moins de 26.900 euros en 2000, et moins de 29.000 euros en 2008 (revenu disponible par ménage). La moyenne n'est pas non plus fameuse : 32.000 euros en 2000, 34.450 euros en 2008. Les progressions sont tristement modestes.

2. La France des très riches se porte bien : plus on est riche, plus les revenus ont progressé depuis 2004 : les 0,1% les plus riches (i.e. qui bénéficient d'un niveau de vie supérieur à de 732.000 euros) ont connu la plus forte progression de revenus du pays depuis 2004 (+18,8%), et même sur la seule année 2008 (+2,6%). On applaudit ! Pour les 0,01% les plus riches, la progression a été encore plus importante : +3,3% en 2008 (versus 2007), et +32,6% par rapport à 2004.

3. Les très riches tirent près d'un tiers de leurs revenus de leur patrimoine. Les revenus du patrimoine représentent 12,5% des revenus moyens des ménages français. Mais pour les 10% plus riches, cette proportion est de ... 29%. On mesure mieux l'importance politique et sociale de la récente réforme de la fiscalité du patrimoine promise par Nicolas Sarkozy d'ici la fin de l'année. L'ampleur du cadeau n'en est que plus choquante.  Dans leur document de défense publié à l'occasion du 4ème anniversaire du Monarque à l'Elysée, ses services de communication expliquent que « les principales mesures fiscales adoptées depuis quatre ans ont été ciblées sur les classes moyennes et populaires.» Vraiment ? Le bilan de l'INSEE s'arrête, pour l'essentiel, aux années 2008 ou 2009. Pour preuve, les droits de succession « n'ont été conservés que pour les 5 % des Français les plus fortunés », et l'imposition des plus riches ou des revenus du patrimoine a été augmenté à l'occasion de la réforme des retraites. On se souvient de l'effort... quelques centaines de millions d'euros.

Jeudi, on apprenait d'ailleurs que 560 millions d'euros du bouclier fiscal avaient d'ores et déjà été remboursés en 2011.

4. La rente des 10% de Français les plus riches, c'est-à-dire leurs revenus du patrimoine, a progressé de ... +11% par an en moyenne entre 2004 et 2008. Rien que ça !

Cette étude fournit aussi quelques indicateurs d'une précarité croissante, depuis 10 ans mais aussi depuis 2007 :

1. La pauvreté reste massive : en 2008, 13% de la population, soit 7,8 millions de personnes, vivaient avec moins de 949 euros par mois, et 7% avec moins de 791 euros par mois (soit 50% de la médiane). Sur ces 7,8 millions, quelque 2,3 millions sont des enfants (dont 776 000 de moins de 6 ans), et un million sont âgés de plus de 64 ans.

2. Les seniors sont sur-représentés dans les 5% des Français les plus riches... et dans les 50% les plus modestes : « bien que moins fréquemment pauvres que la moyenne, les personnes âgées sont relativement plus nombreuses dans la moitié de population la plus modeste en termes de niveau de vie. » La pauvreté progresse aussi avec l'âge.

3. La pauvreté est stable globalement, mais les très pauvres sont plus nombreux. L'INSEE rappelle qu'entre «  1970 et 1984, le taux de pauvreté décroît fortement, de l’ordre de 25 %. » Mais, après une période de stabilité jusqu'en 1996, la pauvreté est repartie à la baisse jusqu'en 2004, d'environ 800.000 personnes. Depuis, la pauvreté s'est stabilisée : « le niveau de vie médian des personnes pauvres a augmenté plus vite que le seuil de pauvreté.» En revanche, la part des « très pauvres » (i.e. vivant avec moins de 40% de la médiane), a cru de 2,5% en 2004 à 3,2% en 2008.

4. Plus d'une famille sur dix souffre de privations basiques. L'iNSEE relève que 12% des ménages sont soumis à « au moins 8 privations ou difficultés parmi un ensemble de 27 pris comme référence et sont ainsi considérés comme pauvres en conditions de vie. » Ce niveau a baissé depuis 2004 (14,6%) ou 2007 (12,4%). Mais pas pour tout le monde : les familles ont davantage souffert : en 2009, 17,4% des couples avec au moins 3 enfants sont pauvres en conditions de vie, contre 15% en 2007.

5. Les chômeurs sont plus pauvres que les actifs. A celles et ceux qui, régulièrement, critiquent le niveau prétendument trop élevé des allocations notamment chômage, l'INSEE rappelle qu'en 2008, « le niveau de vie moyen d’un chômeur est ainsi inférieur de 34,8 % à celui d’un actif occupé et de 27,0 % à celui d’un inactif. » Mais 9,5% des actifs ont quand même un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté.

6. Cherchez l'erreur : certaines prestations sociales sont forfaitaires et sans lien avec le niveau de revenus des bénéficiaires. Ainsi, le décile le plus riche des ménages français tire 0,4% de ses revenus d'allocations sociales... Au total, 41 % des ménages perçoivent au moins une prestation sociale en 2008. Ces dernières représentent 35% des revenus des 10% des Français les moins riches. 7 millions de ménages touchent une prestation familiale, d’un montant moyen de 3 180 euros annuels.

7. Quelque 2,2 millions de ménages vivent avec les minima sociaux. Ils perçoivent, en 2008, au moins l'un des 4 minima sociaux, pour 4.700 euros par an en moyenne et par ménage (revenu minimum d’insertion, allocation de parent isolé, allocation aux adultes handicapés, minimum vieillesse ou allocation de solidarité aux personnes âgées).

Un sénateur centriste, Jean Arthuis, confie qu'il faudrait économiser 6 à 10 milliards d'euros de plus sur le budget de l'Etat. Et il a ses idées.


Jeudi, Nicolas Sarkozy n'avait cure de ces chiffres. Il était en Corrèze. Un déplacement sans aucun autre intérêt qu'électoral. En Corrèze, Sarkozy jetait un joli clin d'oeil à François Hollande, le candidat socialiste du coin qui tenait son premier meeting la veille. Hollande est devenu une pièce maîtresse dans le dispositif anti-DSK. En Corrèze, Sarkozy faisait un autre énorme clin d'oeil au clan chiraquien. Ou ce qu'il en reste. Mais officiellement, le candidat Sarkozy préférait parler... reforestation...

Sans blague ?

Cet homme se fiche du monde et de la France précaire.


3 commentaires:

  1. Cet homme se fiche de tout ce qui ne lui permettra pas d'exercer son "pouvoir" qu'il avale goulûment depuis 2007... Les français souffrent pour beaucoup au quotidien, mais qu'importe, n'est ce pas, du moment que le fouquet's et les magasins de la place vendôme restent ouverts...
    Seulement, un pays où il y a trop de pauvres est un pays qui va droit vers la faillite économique. Mais ce n'est pas les sarkozy que ça fera souffrir, bien sûr....

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  2. Pauvreté et richesse : pour un grand nombre d'entre eux, veufs (ves), divorcé(e)s, vont faire les frais de la perte de la 1/2 part lors de la déclaration d'impôts sur le revenu. Certains, aux revenus non mirobolants, et ne payant pas d'impôts jusqu'alors, vont devoir s'en acquitter quand dans le même temps, Mme Bettencourt, par des calculs savants de ristournes, de droits nouveaux se cumulant avec les droits anciens (ISF, bouclier fiscal), va voir ses impôts divisés par 4.

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  3. Bonjour - Je suis très intêressée par tout ce que je lis dans ce blog dont je partage les idées -

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