8 avril 2011

Quand Sarkozy rejoue au candidat social

En février 2009, Nicolas Sarkozy avait été contraint par les manifestations monstres du 29 janvier précédent, à organiser un « sommet social » et lâcher quelques concessions, comme le report de la suppression de dispense de recherche d'emploi pour les seniors, ou l'annulation d'impôts sur le revenu pour les premières tranches. Trois échecs électoraux et deux ans plus tard, le Monarque réitère, mais plus discrètement.

Des ratages...
Depuis sa raclée aux élections cantonales, divers leaders de la droite se sont émus de la « droitisation » supposée du discours sarkozyen. Même le fidèle Christian Estrosi, député-maire de Nice, s'est désolidarisé au soir des élections cantonales. A l'Elysée, on reconnaît, anonymement, qu'il « faut mettre ce qu'il faut d'huile dans les rouages pour que les ménages ne soient pas désespérés. » Comme en 2009, la pression est forte. La flambée des prix des produits et services de base, conjuguée à une progression, ralentie mais continue, du chômage de masse et du travail précaire bousculent l'agenda du candidat Sarkozy depuis des mois. Passée la réforme des retraites, il s'était choisi, avec ses conseillers, trois sujets pour occuper et divertir l'opinion : l'immigration (pour masquer l'échec de la lutte contre la délinquance), l'international (pour montrer, avec le G20, que Sarkozy est un régulateur/protecteur), et la dépendance (pour démontrer qu'il sait être attentionné/protecteur).

Sur l'immigration, Claude Guéant joue parfaitement bien son rôle : à raison d'une outrance par jour, il occupe le terrain. Ainsi, à la veille de la publication des statistiques gouvernementales sur les flux migratoires en 2009 (avec 15 mois de retard !), il s'est inquiété de l'immigration... légale. Pourquoi donc ? Selon le bilan officiel, l'immigration légale a augmenté de quelques milliers de personnes en 2009, en cumulant asile (+11% soit 3.000 personnes), premiers séjours (+900 personnes), visas étudiants (+2.000) naturalisations (+0,15%)... Pourtant, le regroupement familial a baissé de 17%, et l'immigration professionnelle et « choisie »... de 6%. Une évolution qui, pour l'essentiel, contredit une belle partie du discours sarkozyen depuis 2007 sur la maîtrise des flux migratoires. Et il ne fallait pas laisser de boulevard médiatique à Marine Le Pen.

L'actualité internationale a été très chaude. Mais la régulation des marchés financiers et des matières premières comme des cours de change a complètement été occultée par le printemps arabe, la guerre en Libye et en Côte d'Ivoire. Quand à la dépendance, le sujet est si consensuel que Sarkozy a quelque peine à trouver un créneau suffisamment clivant. Sa grande idée de favoriser l'assurance privée a été, pour l'instant, remisée au placard par crainte d'échauffer l'opinion.

... à l'agitation sociale
Depuis quelques jours, les ministres ont été envoyés au front médiatique pour démontrer que le Président des Riches se préoccupe de la précarisation accélérée du pays.

1. La semaine dernière, George Tron et François Baroin triomphaient d'avoir signé un accord sur la précarité dans la fonction publique. Dès janvier dernier, Nicolas Sarkozy avait confié à ses deux ministres le soin de s'accommoder les fonctionnaires... L'accord du 4 avril promet la transformation en CDI des agents contractuels employés ... depuis 6 ans en contrat précaire ! Quelle générosité !

2. Lundi, François Fillon annonçait quelques mesures d'urgence en matière de prix de l'énergie : Chirstine Lagarde et Eric Besson étaient sommés de « saisir pour avis la Commission de régulation de l’énergie » d’une proposition de hausse de 1,7 % de l’ensemble des tarifs réglementés de l’électricité, applicable au 1er juillet 2011. Seconde « décision », la hausse des tarifs de l'électricité du 1er janvier 2012 sera lissée sur deux échéances, pour moitié le 1er juillet 2011 et pour moitié le 1er juillet 2012. Troisième mesure, la hausse du gaz le 1er juillet prochain est ... annulée. La formule d'indexation des prix réglementés des gaz naturel sera revue. Enfin, énorme effort... roulement de tambour... « Le Premier ministre demande à Nathalie Kosciusko-Morizet et Benoist Apparu d’intensifier les mesures favorisant les économies d’énergie et d’accélérer le déploiement des aides pour lutter contre la précarité énergétique.» Ah ?...

Lundi toujours, Pôle Emploi nous promettait une baisse du chômage cette année. Les experts de Pôle Emploi espèrent une croissance de prévision du PIB de 1,7% en 2011 pour un .

3. Mardi, le secrétaire d'Etat au Commerce, au Tourisme et à l'artisanat, Frédéric Lefebvre, imaginait un « panier des essentiels », pour consommateurs fauchés, avec le concours des principales enseignes de la grande distribution (Carrefour, Leclerc, Système U, Cora et Monoprix). Ces paniers seront composés de produits de base et renouvelés chaque semaine. L'UFC-Que Choisir a aussitôt dénoncé l'imposture : « un panier essentiel…lement au service de la grande distribution et de la communication gouvernementale ! » titrait-elle, « un panier bien maigre aux contours mal définis.» La charge est précise : « sur la base de critères à géométrie variable, définis en toute discrétion par les seules enseignes, le panier rate les multiples cibles assignées par F. LEFEBVRE : représentativité des produits retenus (10 produits seulement), niveau de prix (ni plafond, ni transparence) et qualité nutritionnelle (aucun engagement).»

... et le clou du spectacle
Jeudi, clou du spectacle, le candidat Sarkozy était à nouveau devant des ouvriers. La photo est belle , on le voyait trois têtes au-dessus d'une assemblée casquée. L'assistance était de choix, des ouvriers qui bossent dur, dans une fonderie d'Alcan EP. Pour une partie de sa visite, il avait mis mis la blouse bleue. Vraiment, c'était du lourd, du bien pensé, du très soigné. Sarkozy en habit d'ouvrier... On applaudit. L'observateur grincheux que je suis nota que tous les ouvriers, cette fois-ci, étaient blancs.

Comme s'il faisait campagne pour un premier mandat plein d'espérance et de promesses à tenir, Sarkozy demanda que les salaires augmentent quand une entreprise verse des dividendes. « S'il y a une prime pour les actionnaires, il faut avoir une prime pour les salariés. On travaille en ce moment là-dessus.» Il doit travailler dur, car cela fait bientôt 4 ans qu'on attend. Il n'a pas osé ressortir son plaidoyer de la période 2007-2009 en faveur du partage de la valeur ajoutée en trois tiers (investissement, salaire et actionnaire) qu'il voulait imposer dans la loi « dans les 3 mois ». C'était une belle promesse, une jolie imposture qui faisait jolie dans les discours. Le Monarque prenait ses auditeurs pour des abrutis. Le candidat fait à peine davantage attention.

Evidemment, on ne change pas complètement Nicolas Sarkozy. Ce même jeudi, il a ressorti son couplet contre les « chômeurs fainéants ». Notre confrère Ménilmuche relate le propos : « C'est un problème de justice, de justice sociale envers les salariés et les ouvriers qui travaillent dur (...) que de s'assurer que celui qui est au chômage et qui a des allocations grâce a la solidarité nationale fera tous ses efforts pour accepter une offre d'emploi ou pour accepter une formation pour s'en sortir. » Ah... si l'un de ses ouvriers attentifs avait levé le poing... ! « Puisque nous commençons à sortir de la crise, il va falloir faire des contrôles plus précis et plus exigeants pour les chômeurs qui bénéficient d'allocations et qui refuseraient des offres d'emploi disponibles ». L'homme est gonflé. 49% des chômeurs, seulement, sont plus ou moins indemnisés.

Lors de la table ronde qui suivit sa visite d'usine, Sarkozy loua sa défiscalisation des heures supplémentaires, « seul moyen crédible d'augmenter les salaires des ouvriers ». L'homme est (encore) gonflé. La mesure, coûteuse, a été un bel effet d'aubaine pour les entreprises qui y ont fait passé des augmentations de salaires déguisées, et qui a plombé les embauches dès avril 2008. Pourquoi recruter quand l'Etat vous rembourse les heures sup' de vos salariés ?

Une fois encore, le candidat a dérapé sur l'énergie nucléaire, et les critiques écolo-socialistes pour un développement alternatif : « Bien sûr qu'il y a le temps médiatique, mais pour les hommes et les femmes d'Etat il doit y avoir le temps de la vision. »

Depuis 2007, Nicolas Sarkozy a pris le « temps de la vision » en matière sociale : ne jamais agir sauf sous la pression de la rue; affirmer des grands principes, mais préparer un allègement sans précédent de l'Impôt de Solidarité sur la Fortune; confondre la pénibilité avec l'invalidité; s'augmenter de 172% dès la première année du mandat... On continue ?




4 commentaires:

  1. La politique m'écœure et hier au J.T on peut dire que "Sarko m'a tueR", il est déjà en campagne pour sa propre réélection et personne ne bronche aux conneries qu'ils déballe !! Tiens ça me fait tellement chier que je me barre de suite dans un monastère tibétain.

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  2. "Trois échecs électoraux et deux ans plus tard"
    Sarkozy s'est présenté à quelles élections depuis 2007 ? Cela m'avait échappé !

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  3. " Les experts de Pôle Emploi espèrent une croissance de prévision du PIB de 1,7% en 2011 pour un ."

    Voilà qui est bien mystérieux. Pour un quoi ? Pour un "." ?

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  4. Ce mec me fait VOMIR!!!! Dans "son" usine, il était sur des échasses?

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