31 mai 2011

Sarkozy est prêt à sacrifier les siens pour sauver sa pomme

Nicolas Sarkozy a fait le ménage ce weekend, rapidement. Très rapidement. George Tron, secrétaire d'Etat à la Fonction Publique adepte du léchage de voute plantaire, a été démissionné en quelques heures. Deux plaintes pour agression sexuelle à son encontre risquaient de salir la nouvelle virginité morale du Monarque élyséen.

Car il veut rester « serein », « présidentiable ». Jusqu'au bout.

Mais à quel prix ?

Le camp sarkozyste dédouané ?
Ils ont chanté la Marseillaise, debout sur leur estrade, côte à côte malgré les inimitiés réelles et les coups bas de coulisses. Ils ont fait assaut d'amabilités au point d'en amuser l'envoyé spécial du Figaro. Fillon, Raffarin, Lefebvre, Copé se sont montrés samedi 28 mai en clôture d'un conseil national de l'UMP. On aurait dit un lancement de campagne, mais sans candidat.

Le premier ministre, toujours en campagne contre la gauche, s'est lâché contre le parti socialiste. Peu avare en amalgame depuis le déclenchement de l'affaire Strauss-Kahn, le premier collaborateur de Nicolas Sarkozy a sonné la charge : « A l'heure où les socialistes se trouvent dans l'obligation de ravaler toutes les leçons de morale qu'ils n'ont cessé de nous adresser, l'UMP débat, l'UMP réfléchit, l'UMP concentre ses forces

Jean-François Copé a considéré que la présomption d'innocence « est à mes yeux un principe essentiel, qu'il s'agisse d'un directeur général du FMI, d'un ministre du gouvernement comme de n'importe quel citoyen. (...) Les socialistes le défendent avec force lorsqu'il s'agit de Dominique Strauss-Kahn. Nous l'avons fait aussi d'ailleurs. Mais pourquoi alors ont-ils jeté aux chiens l'honneur d'Eric Wœrth et de Michèle Alliot-Marie ? » Comme dirait Jean-François Kahn, s'il y a présomption d'innocence d'un côté, c'est qu'il y a présomption de culpabilité de l'autre ? Et d'ailleurs, quel est le rapport entre les accusations de conflits d'intérêts adressées à l'encontre de MAM et Woerth, et celles d'agression sexuelle contre DSK et le secrétaire Tron ? Aucun.

Affaires à l'UMP
Le lendemain, le secrétaire d'Etat à la Fonction publique George Tron démissionnait justement. Il est le 6ème ministre en moins d'un an à quitter précipitamment le gouvernement pour cause d'affaires. Une commissaire de police, « fort jolie » détaillait le Journal du Dimanche, aurait été mutée loin de Draveil, la commune dont George Tron est le maire. Deux employées municipales s'étaient décidées par ailleurs à porter plainte pour agression sexuelle.

Tron n'est toujours pas mis en examen. A New-York, il l'aurait été et serait déjà incarcéré dans la prison de Rikers Island. En France, Fillon « salue le courage et le sens des responsabilités de Georges Tron, qui a ainsi fait prévaloir l’intérêt général. Cette décision lui permettra d’assurer désormais sa défense en toute liberté. » Bizarrement, le ministre n'a pas démissionné de sa mairie de Draveil où il est pourtant justement mis en cause...

Tout présumé innocent qu'il est.

Une autre présumée innocente s'appelle Christine Lagarde. La ministre des Finances a entamé sa propre campagne, lundi 30 mai, pour prendre la direction générale du FMI. Elle a filé au Brésil. Dimanche, elle a tenté de s'attaquer, frontalement, au soupçon d'abus d'autorité soulevé par le procureur Jean-Louis Nadal dans l'affaire Tapie, qui a déposé le dossier à la Cour de Justice de la République. Et quelle plus belle attaque que de stigmatiser ... le procureur lui-même ?

Mais ce n'est pas tout. Lundi 30 mai, Jean-Marie Kuhn attaque Christine Lagarde. Cet homme d'affaires avait déjà porté plainte contre la Caisse des Dépôts pour son rachat jugée complaisant des parts du restaurateur Quick récemment racheté à Albert Frère, permettant à ce dernier de concrétiser une jolie plus-value. Cette fois-ci, M. Kuhn accuse Lagarde d'avoir autorisé le rachat par la même Caisse des Dépôts de 25% de la filiale de transport de gaz GRTgaz auprès de GDF Suez.

Lundi 30 mai, le site des Inrocks lâchait une autre bombinette, sur un autre ministre : Gérard Longuet, actuel ministre de la Défense (pour combien de temps ?) a été invité deux nuités dans un prestigieux palace, par le régime Ben Ali, en 2006. 2006 ? C'était il y a une éternité.

Le même lundi, Rue89 révélait que le grand magasin le Printemps de Nancy avait licencié pour faute grave une vendeuse qui avait plaisanté sur la présence d'un garde du corps aux côtés de Nadine Morano et de sa fille qui y faisaient leurs emplettes. Voici l'anecdote :
Albane, 36 ans, responsable du stand Kookaï, raconte :
« En plaisantant, un de mes collègues a affirmé qu'il pourrait le mettre en deux temps, trois mouvements par terre.
On arrivait alors devant la porte de service qui mène aux coursives du Printemps. J'ai répondu que pour se mesurer à lui, il fallait d'abord casser la gueule à Mme Morano. »
La ministre se trouvait juste derrière à ce moment-là. Albane et ses collègues restent interdits :
« On ne l'avait pas vue, elle n'a entendu que la fin de la discussion. Elle s'est énervée et a rétorqué : “Allez-y si vous voulez me casser la gueule, je vous en prie, je suis là.” »
 La jeune vendeuse s'excusant, à deux reprises, la ministre Morano répliqua : « Je n'en ai rien à foutre mademoiselle ! Vous n'aviez qu'à mesurer vos propos. Si j'avais été votre employeur vous auriez été licenciée sur-le-champ ! »

On croit rêver. Ou cauchemarder.



Stratégie de communication
Qui a dit que Nicolas Sarkozy était le meilleur DRH politique de France ? Ce weekend, l'Elysée a fait pression sur le ministre pour qu'il quitte au plus vite l'équipe gouvernementale. Il ne fallait pas « polluer » l'excellente séquence DSK par une minable affaire au sein de l'exécutif sarkozyen. Nicolas Sarkozy a donc sacrifié très rapidement George Tron. Lundi matin, ses sbires (Xavier Bertrand, Jean-François Copé) se répandaient sur les ondes pour expliquer que George Tron avait pris « la bonne décision ». La bonne décision pour qui ? Pour lui-même ou plutôt... pour Nicolas Sarkozy ? La réponse est dans la question.

Depuis novembre dernier, Nicolas Sarkozy peaufine son image de président travailleur, responsable et à l'écoute. Il prend de la hauteur. Qu'importent les sondages et son bilan, quasi-unanimement jugé détestable ou insuffisant ! On nous explique qu'il veut « montrer sans dire », une consigne publicitaire de partenaire de Rolex, Jacques Séguéla.

Pourtant, à chaque intervention publique, qu'elle soit provinciale ou internationale, Nicolas Sarkozy est bien en peine d'expliquer son bilan autrement que par une étrange répétition des quelques exemples soigneusement choisi : plutôt la suppression de la taxe professionnelle que l'allègement de l'ISF ou l'échec du paquet fiscal; plutôt la réforme(tte) des retraites que l'envolée de la dette ou l'échec sécuritaire.

Sarkozy ménagerait sa parole. Il est vrai qu'il est moins omni-présent sur les ondes. Mais le silencieux reste bien bavard et voyageur ; il engloutit des sommes folles pour servir sa cause électorale. On compte chaque semaine deux déplacements « de terrain », avec Falcon ou hélicoptère. Chaque corporation y a droit. Prenez ce mois de mai : le candidat prétendument discret qui laisserait la réalité parler pour lui est allé rencontrer des ouvriers (le 16), des employés EDF (le 2 mai), des Bretons (pour le 8 mai), des « net-entrepreneurs » (pour son e-G8, le 24), des agriculteurs (le 12), des gendarmes (le 19), des policiers (le 16). Chaque mois, il invite des centaines de parlementaires UMP aux frais des contribuables à l'Elysée. Sarkozy préfère aussi convier sa femme à un G8 - à moins que cela ne soit l'inverse.

Revirement allemand
Mais le vrai coup dur, ce lundi, est venu d'Allemagne. Angela Merkel, la nouvelle meilleure amie de Nicolas Sarkozy depuis la Grande Crise de l'automne 2008, n'a pas attendu bien longtemps, en rentrant à Berlin après le sommet de Deauville, pour annoncer que son pays sortira du nucléaire en 2022. En fait, une précédente coalition rose/verte avait déjà programmé cette sortie pour 2020. Une fois sortie de sa coalition avec le SPD, Angela Merkel avait suspendu le processus. «L'unité, c'est notre force et c'est la condition de notre victoire» s'écriait Copé. Le secrétaire de l'UMP veut y croire. Il s'adressait au dernier carré des fidèles du clan. Jean-Louis Borloo, justement, devrait se déclarer candidat cette semaine. Fichue semaine !

La catastrophe de Fukushima a eu raison du revirement allemand. A l'UMP, on se lâche et on dénonce la « folie verte » (dixit Claude Gatignol député et coprésident UMP du groupe d'études « énergies » de l'Assemblée nationale). Le directeur de la communication d'Areva a dénoncé une décision « hypocrite » de la chancelière allemande. Il y a pourtant quelques écologistes « centristes » pour se féliciter de cette décision : « la sortie du nucléaire en France est plus que souhaitable mais il n'y a aucune volonté politique » a ainsi commenté Corinne Lepage.

Cette décision affaiblit la position atomiste française.

Enervés, ils sont tous. 




30 mai 2011

G8 : 93 incantations, zéro décision et la finance oubliée.

Sur le coup, on n'y a pas cru. Comment un sommet du G8 aussi préparé a-t-il pu déboucher sur aussi peu de décisions concrètes ?

Rappelez-vous. Depuis le début de la présidence française des G8 et G20, Nicolas Sarkozy et ses proches n'ont cessé d'en rappeler les enjeux, tout en concédant, dès le départ, que les désaccords intra-G8 ou intra-G20 étaient excessivement nombreux : stabilité des monnaies, équilibres des échanges commerciaux, régulation des marchés de matières premières, les sujets, depuis novembre, ne manquaient pas. Et pourtant, ce G8 de Deauville les a à peine effleuré. Pire, la régulation de la finance mondiale a été complètement évacuée !

Incroyable...

Le communiqué final qui clôtura le G8 comprenait 93 points. Une liste à la Prévert qu'il convient d'étudier pour comprendre, une succession d'incantations à peine lyriques, souvent verbeuses qui n'engagent rien ni personne. On se félicite, on encourage, on souhaite, on promet, on exige, mais, au final, on ne décide de rien. Tel est le G8, un grand spectacle médiatique. Celui-là n'a coûté « que » 60 millions d'euros...

Avant de partir en weekend, Nicolas Sarkozy surjouait l'effort fourni dans deux conférences de presse, l'une jeudi, l'autre vendredi. Il ne lui restait que cela. Ce G8 de Deauville ne restera pas dans les anales de la diplomatie mondiale. Peut-être faudra-t-il le comptabiliser, a minima, dans les dépenses de campagne du candidat Sarkozy.

Préambule
« Nous, chefs d'État et de gouvernement du Groupe des Huit, (...) avons réaffirmé notre profond engagement en faveur de la liberté et de la démocratie ». Le préambule commence fort. Quand on pense que ce brillant communiqué a été signé par le président russe... on se régale. « Prenant la mesure des évolutions récentes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, ainsi qu'en Afrique sub-saharienne, nous avons renouvelé notre engagement à soutenir les réformes démocratiques partout dans le monde, et à répondre aux aspirations des citoyens à la liberté, y compris à la liberté religieuse, et à l'émancipation, en particulier des femmes et des jeunes » Etc, etc, etc. Les 8 se félicitent de la démocratie qui est « la meilleure voie pour accéder à la paix », de « l'implication des citoyens », et, grande décision, les 8 ont « adopté une déclaration sur les printemps arabes ».

À Deauville, les Grands 8 se sont promis de « faire preuve, à l'avenir, d'encore plus de transparence dans le suivi de nos engagements respectifs en faveur du développement, de la paix et de la sécurité ». Et, gros effort, « pour la première fois dans l'histoire du G8 », ils ont « adopté une déclaration conjointe avec des chefs d'État et de gouvernement africains ».

A l'égard du Japon, les autres 7 ont « témoigné » leur « profonde compassion aux victimes ». Ils ont aussi découvert l'internet, « un outil unique d'information et d'éducation » qui « contribue ainsi à la promotion de la liberté, de la démocratie et des droits de l'homme ».  « Pour la première fois au niveau des chefs d'État et de gouvernement », le G8 s'est entendu « sur plusieurs principes fondamentaux, tels que la liberté, le respect de la vie privée et de la propriété intellectuelle, la gouvernance multi-acteurs, la cyber-sécurité et la protection contre la criminalité ». Les 8 sont même parvenus à trouver que le Forum e-G8, qui s'est déroulé à Paris les 24 et 25 mai, avait apporté une « précieuse contribution à ces débats ». Samedi matin, le tout nouveau président du Conseil national du numérique nommé par Sarkozy, ce nouveau Medef de l'e-économie, expliquait qu'il n'était pas sorti grand chose de ce forum.

Les 8 souhaitaient aussi « une croissance forte, durable et équilibrée ».Les imaginait-on désirer publiquement une bonne grosse dépression ? Ils se sont engagés « à accorder la priorité aux politiques publiques qui renforcent la croissance, telles que la recherche, l'éducation et l'innovation », mais aussi à encourager « la croissance verte ». Evidemment, ils voulaient  « tirer toutes les leçons de l'accident nucléaire survenu au Japon », il aiment « la paix et la sécurité internationales », exigent  « l'arrêt immédiat de l'usage de la force contre les civils par les forces du régime libyen ». Et appellent Israéliens et palestiniens à « conclure un accord-cadre sur l'ensemble des questions relatives au statut final ».

Paroles, paroles...

Voilà pour le préambule. Place aux 93 « décisions ».

Solidarité avec le Japon
La solidarité avec le Japon constitue premier chapitre du relevé de décisions. Les 8 ont rappelé la catastrophe du 11 mars, leurs « condoléances pour toutes les victimes de cette tragédie » , loué le « courage et la dignité dont a fait preuve la population japonaise », apporté leur « admiration et respect ». Ils se sont déclarés confiants dans « la résilience de l'économie japonaise » et sont d'accord pour offrir « aide et coopération », ni chiffrées ni planifiées.

C'est plutôt le Japon qui semblait redevable, puisque le Premier ministre du Japon a promis « tous les efforts nécessaires pour réduire les incertitudes que la catastrophe pourrait engendrer dans l'économie mondiale, en raison notamment de l'accident nucléaire » et « de fournir de manière régulière toutes les informations pertinentes concernant l'urgence nucléaire ». Il a même « assuré que les produits d'exportation japonais étaient sûrs ». S'il le dit...

Les 8 sont « déterminés à tirer tous les enseignements nécessaires de cette catastrophe, dont en particulier la nécessité de promouvoir, dans le monde entier, les plus hauts niveaux de sûreté nucléaire ». Justement, très discrètement, l'Europe (dont 6 de ses membres sur 27 sont au G8), s'est entendue sur des « stress tests » a minima de ses centrales nucléaires, lundi dernier.

Internet, enfin.
Le second chapitre est pour l'internet. Fichtre ! Il manquait la Chine pour signer la déclaration. Lisez plutôt.

 « Partout dans le monde, l'Internet est désormais un élément essentiel pour nos sociétés, nos économies et leur croissance.» (point N°4). L'eau mouille et le feu brûle. Autre chose ?

Les 8 étaient heureux de constater qu'Internet « représente un moyen unique d'information et d'éducation et peut par là-même contribuer utilement à la promotion de la liberté, de la démocratie et des droits de l'homme » (point N°5). En revanche, pour les entreprises, « l'Internet est devenu un outil essentiel et irremplaçable » (point N°6). Sans blague ? Pour les États, « l'Internet est un instrument permettant de renforcer l'efficacité de l'administration.» En France, Internet a surgi dans notre régulation via les lois Loppsi I puis II qui autorisent tous les fichages, tous les espionnages, toutes les coupures. Encore une fois, on regrette que la Chine ne soit pas membre du G8 pour signer un tel texte. Les 8 ont aussi souhaité rappeler qu'il fallait assurer au Web « la non-discrimination et de la concurrence équitable » pour « guider et inspirer son développement » (point N°9).

Petits clins d'oeil aux droits de l'homme ou jolie déclaration d'intention : le développement d'internet doit s'inscrire dans le cadre « du respect de l'état de droit, des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que de la protection des droits de propriété intellectuelle, valeurs qui guident la vie de toute société démocratique, dans l'intérêt de tous les citoyens » (point N°10). Enfonçons les portes ouvertes !

Aux Etats-Unis, le Patriot Act vient d'être reconduit par une Chambre républicaine pour 4 années consécutives. En Russie, 24 heures plus tard, une trentaine de personnes étaient arrêtées en marge de la Gay Pride. Les 8 souhaitent quand même créer « un cadre favorable, transparent, stable et prévisible » pour le développement d'internet - langue de bois, quand tu nous tiens - et « encourager l'utilisation de l'Internet comme instrument de promotion des droits de l'homme ».

Sujet important mais maintes fois rebattu, les  8 défendent les droits d'auteur, les brevets, les « marques déposées » et les « secrets commerciaux ». L'enjeu est « l'application effective des règles en matière de propriété intellectuelle ». La Chine n'était pas là pour signer. On regrette.  Les 8 aimeraient améliorer la « protection effective des données à caractère personnel et de la vie privée sur l'Internet ». Le patron de Facebook, le premier «user-generated » Big Brother n'a pas été convié à Deauville. Les voilà qui planchent sur une charte version condition d'utilisation de Facebook : « les utilisateurs qui doivent être mieux informés de leur responsabilité lorsqu'ils introduisent des données personnelles sur l'Internet, les fournisseurs d'accès qui stockent et traitent ces données, et les États et les instances de régulation auxquels il revient d'assurer le respect effectif de cette protection ».

Sur la sécurité des réseaux, les 8 veulent contenir les « menaces terroristes et criminelles ». Et pour ce, ils souhaitent « contribuer à la définition d'approches communes et de règles pour l'utilisation du cyberespace » (point N°17). Comprenez, harmoniser les mécanismes de contrôle international. Et les 8 sont évidemment hostiles à la pédophilie sur Internet (point N°18). Ils aimeraient aussi « améliorer l'accès à l'Internet dans les pays en développement ». Ils préfèrent que les États jouent « un rôle-clé » dans « la gouvernance de l'Internet pour lui permettre de s'adapter au rythme rapide des évolutions et des nouvelles utilisations technologiques et commerciales ». Comme en Russie ? Nous sommes prévenus.

Economie et finance
Chapitre trois, l'économie mondiale, le gros morceau...  croyait-on.

« La reprise mondiale gagne de la vigueur et devient plus auto-entretenue » (point N°23). Ah... encore un constat.  « Toutefois, des risques baissiers subsistent et les déséquilibres internes et externes » préoccupent les Grands 8. Ils se sont promis de rester concentrés sur la réduction des déficits publics, et une « croissance économique saine ». La quadrature du cercle ...

Sur la régulation des marchés financiers ou des matières premières, les engagements sont modestes (point N°24). Les 8 ont simplement « exprimé » leur « attachement aux processus engagés au sein du G20 afin d'élargir le dialogue et la coopération », concernant notamment le  « programme de réforme du secteur financier, l'atténuation de la volatilité des prix des matières premières, le renforcement du système monétaire international, ainsi que les évaluations en profondeur des causes de la persistance d'importants déséquilibres extérieurs et de l'éventail complet des politiques de soutien à une croissance forte, durable et équilibrée, dans le cadre du Processus d'évaluation mutuelle.» Tout est dit. C'est-à-dire rien. Aucun engagement. Sujet suivant.

25. Le G8 réaffirme « son engagement durable en faveur de marchés libres et ouverts », à travers l'OMC et contre le protectionnisme. Les 8 plus riches se sont déclarés préoccupés « que les négociations dans le cadre du programme de Doha pour le développement ne progressent pas de manière satisfaisante ».

Sur l'innovation et la connaissance, les 8 continuent d'enfoncer les portes ouvertes avec un lyrisme à peine dissimulé : « L'innovation est essentielle pour la croissance, la prospérité et les emplois dans l'économie de la connaissance ». Les platitudes se succèdent. Les 8 évoquent les « nombreux défis mondiaux clés de notre époque », « de l'éradication de la pauvreté, du renforcement de la santé publique, de la prise en compte de l'évolution démographique » (point N°26). Ils insistent sur « l'innovation, la croissance verte et l'Internet », qui seront « tous déterminants » pour sauver la planète et la croissance. Ils attendent « avec intérêt » les résultats des travaux de l'OCDE sur « le recensement des bonnes pratiques en matière de mesures concrètes appliquées dans le monde entier » en matière d'innovation (N°27). Ils soulignent « l'importance de la coopération » entre secteur public et secteur privé (point N°28), et invitent l'OCDE « à développer une analyse globale sur la manière de faciliter l'intégration des PME dans les chaines mondiales de création de valeur ». Sans proposer, ils aimeraient qu'il existe des « règles du jeu communes dans le domaine de l'innovation, notamment un système de propriété intellectuelle solide et robuste à titre d'incitation à l'innovation et de catalyseur de croissance » (point N°29). Ils insistent sur le rôle de l'Organisation mondiale de la Propriété intellectuelle (OMPI), le principe des brevets, la transparence sur les marchés de technologies. Ils voudraient davantage de coopération internationale en matière de recherche, « en mobilisant des ressources et des talents pour relever les défis communs » (point N°30).

Sur la croissance verte, toujours autant de platitudes et aussi peu de décisions. Les Grands 8 sont « fermement convaincus » que « la croissance verte » est « indispensable » pour la croissance mondiale, et la création d'emplois (point N°31). Dans la foulée d'un rapport stratégique de l'OCDE, ils appellent « tous les acteurs », publics comme privés, à chercher une croissance verte (point N°32). À cette fin, ils promettent de mettre en oeuvre « un large éventail d'actions comportant des dispositifs fondés sur des mécanismes de marché, des dispositifs réglementaires et des mesures volontaires » (point N°33)... en coordination avec les les instances internationales compétentes (point n°34), visant au développement de l'emploi (point N°35), notamment vert, et à la coopération internationale (point N°36).

Evidemment, les 8 affirment leur soutien à « une utilisation efficace et durable des ressources par les acteurs nationaux et d'autres acteurs », notamment en recourant aux énergies renouvelables (point N°37)

Le chapitre 4 est consacré à la sûreté nucléaire. La catastrophe de Fukushima est dans tous les esprits. Les 8 rappellent « l'importance vitale de la sûreté nucléaire » (point N°38). Mais il n'est pas question de remettre en cause l'énergie atomique : « nous reconnaissons que les pays qui ont choisi d'avoir recours à l'énergie nucléaire accordent d'ores et déjà l'attention nécessaire à la sûreté de l'exploitation de leurs installations nucléaires » (point N°39), et que chacun est libre de ses propres choix « quant à l'utilisation de l'énergie nucléaire ».

Compte tenu des événements survenus au Japon, les 8 Grands invitent « tous les autres pays exploitant des centrales nucléaires à mener des évaluations [ de leurs équipements ] dans les meilleurs délais », sur la prévention des accidents, la préparation des interventions d'urgence, la gestion et l'atténuation des crises et la gestion post-accidentelle (point N°40).

Les 8 insistent sur la nécessité d'un « examen périodique des évaluations de la sûreté », et « à tous les stades de la durée de vie d'une installation nucléaire » (point N°41). Une lapalissade ? Pas sûr...Ils promeuvent « la coopération internationale dans le domaine de la sûreté nucléaire » (point N°42), le rôle de l'AIEA pour son renforcement, et demande aux pays qui ne l'ont pas encore fait, « de ratifier les conventions internationales pertinentes adoptées sous l'égide de l'AIEA » (point N°43). Concernant la Convention sur la sûreté nucléaire, une réunion extraordinaire des parties contractantes sera organisée en août 2012 (point N°44).

Aux pays en phase d'équipement nucléaire, les 8 conseillent « de mettre en place des infrastructures adaptées, dotées de ressources humaines qualifiées et en nombre suffisant » (point N°45). On se pince pour le croire.... Sans blague !?!

A minima, les 8 concèdent qu'ils « étudieront » un éventuel renforcement des normes internationales actuelles (point N°46). Rien de plus.Mais rassurez-vous, ils sont « déterminés à promouvoir les plus hauts niveaux de sûreté partout dans le monde » (point N°47) !

A Deauville, les 8 ont pu se féliciter que les derniers investissements requis pour la sécurisation du site de Tchernobyl aient pu être mobilisés ces derniers mois... 25 ans après la catastrophe (point N°47) !

Et le climat ?
Chapitre V, le changement climatique et la biodiversité, gros sujets !

Les 8 enfonçaient une nouvelle porte, ouverte bien sûr : « la lutte contre les changements climatiques est une priorité mondiale », et il faut faire des « efforts de long terme » pour «  limiter effectivement la hausse globale des températures à 2 degrés Celsius au-dessus du niveau préindustriel, dans le respect de la science » (point N°49). Ils répétaient leur « volonté de partager avec tous les pays du monde l'objectif de réduire d'au moins 50 % les émissions mondiales d'ici 2050 » (point N°50). Dans cette optique, ils veulent « une réduction cumulée des émissions de gaz à effet de serre dans les pays développés d'au moins 80 % d'ici 2050 par rapport à 1990 ou à des années plus récentes ». Ils étaient évidemment « déterminés » à remplir leur « rôle » pour atteindre ces objectifs et « passer rapidement à une économie sobre en carbone »...

En France, Nicolas Sarkozy, depuis sa débâcle aux élections régionales du printemps 2010, répète tant qu'il le peut que « l'environnement, ça suffit » (point N°51). En quelques phrases, ils se félicitent de « l'issue fructueuse de la Conférence de Cancun » (point N°52). Le compromis adopté en décembre dernier était pourtant modeste.

En fin d'année, la Conférence de Durban constituera « une nouvelle avancée importante », promettent les 8. On se croirait revenu à Copenhague, en décembre 2009 : cette réunion de Durban, expliquaient-ils, « permettra de travailler en faveur d'un accord global, ambitieux, équitable, efficace et juridiquement contraignant impliquant tous les pays et incluant les responsabilités respectives de toutes les grandes économies dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre » (point N°53). Les 8 s'indignèrent du «rythme actuel de perte de la biodiversité » qui est « inacceptable » (point N°54), se félicitèrent, encore, d'une réunion récente sur la diversité biologique à Nagoya, et d'une étude sur l'économie des écosystèmes et de la biodiversité (point N°55). On est content pour eux.

Développement
Pour les pays pauvres, « le développement est un défi que nous devons relever ensemble » (point N°56). Quel engagement ! Les 8 plus grosses dettes occidentales promettaient donc de surveiller la mise en œuvre de leurs engagements en la matière, « de manière totalement transparente et cohérente » (point N°57). Ils ont même signé un rapport à Deauville, baptisé « Engagements du G8 pour la santé et la sécurité alimentaire - bilan et résultats », pour se féliciter du document final sur les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) intitulé « Tenir les promesses » (point N°58). Les 8 ont dû reconnaître que l'aide publique au développement (APD) promise pour la période 2004-2010 n'avait pas été versée comme prév (point N°59). Damned ! « Tous les engagements n'ont pas été totalement honorés, mais nous nous efforcerons, avec d'autres donateurs, de maintenir nos efforts ».

On a cru qu'il y aurait quelques décisions. Dans leur point N°60, les 8 promettent de « soutenir le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme », « d'améliorer la santé maternelle et de réduire la mortalité infantile », de verser les sommes qu'ils ont promises en 2009 pour la sécurité alimentaire. Pour le reste, ils se félicitent (de l'alliance GAVI pour la vaccination), ils reconnaissent, ils encouragent (« une réponse bilatérale et multilatérale globale et forte pour améliorer la sécurité alimentaire ») ils applaudissent, ils recommandent ( « l'éradication de la poliomyélite » ou « la facilitation des brevets pour faciliter la production de médicaments génériques »).

Les 8 aimeraient que la prochaine réunion du Forum de haut niveau sur l'efficacité de l'aide à Pusan en Corée du Sud fin 2011 soit l'occasion « de revoir le programme en matière d'efficacité de l'aide » (point N°61), promettent d'améliorer la transparence de l'information sur l'aide versée par le G8.

On se souvient que la Sarkofrance a assez rapidement ajouté les prêts bilatéraux aux sommes de l'APD pour gonfler les chiffres. Mais les membres du G8 aimeraient que « les pays partenaires eux aussi améliorent la transparence ». En Sarkofrance, les enquêtes sur les détournements d'aide publique par quelques dirigeants africains sont découragées par le parquet, c'est-à-dire le gouvernement, avec une agilité et une obstination déconcertantes. Le G8 ose même déclarer soutenir la transparence dans le secteur des Industries extractives.

Paix et sécurité
En matière de paix et de sécurité, le G8 avait beaucoup à dire, beaucoup plus qu'en matière de régulation internationale. Ils exigèrent « l'arrêt immédiat de l'usage de la force contre les civils par les forces du régime libyen, ainsi que la cessation de toute incitation à l'hostilité et à la violence contre les populations civiles ». La nouveauté du sommet fut le ralliement de la Russie, qui s'était abstenue lors de l'adoption des résolutions 1970 et 1973 du Conseil de sécurité en mars dernier, à l'intervention militaire (point N°64). Pour le colonel Kadhafi, la messe est dite : « M. Kadhafi et le gouvernement libyen ont failli à leur responsabilité de protéger la population libyenne et ont perdu toute légitimité. Il n'a aucun avenir dans une Libye démocratique et libre. Il doit partir.» Les 8 veulent soutenir « une transition politique qui reflète la volonté du peuple libyen » (point N°65), et accueillent favorablement  la « feuille de route sur la Libye » du Conseil national de transition.

En Syrie, les 8 sont « consternés par la mort d'un si grand nombre de manifestants pacifiques due à l'emploi massif de la violence » (point N°66), mais l'indignation s'arrête là. Ni la Russie ni la France ne souhaitent le départ du dictateur El-Hassad. Les 8 se contentent d'un appel aux « dirigeants syriens » (notez le pluriel) « à cesser immédiatement de recourir à la force et à l'intimidation contre leur peuple et à répondre à ses exigences légitimes de liberté d'expression, de droits et d'aspirations universels ». A l'égard des Israéliens et des Palestiniens, les 8 demandent de « reprendre le processus de paix » (point N°67), affirment leur soutien « à la conception de la paix israélo-palestinienne énoncée par le Président Obama le 19 mai 2011 » (c'est-à-dire la création d'un Etat palestinien sur la base des frontières de 1967). Les 8 demandent aussi un assouplissement du blocus de Gaza et la libération inconditionnelle et sans délai du soldat Gilad Shalit.

Ils s'inquiètent aussi de la situation au Yémen (et condamnent « l'usage de la violence en réponse aux manifestations pacifiques partout au Yémen », point N°68) ou en Iran (et sa « répression actuelle des droits démocratiques », point N°69). Justement, quarante-huit heures plus tard, l'administration américaine demandait à ses ressortissants de quitter le pays.

Le climat international stresse les 8 Grands, au point qu'ils dénoncent « la prolifération des armes de destruction massive et de leurs vecteurs » (point N°70), promettent de renforcer « l'architecture internationale de non-prolifération » (point N°71), et s'inquiètent des agissements de l'Iran (point N°72), de la Corée du Nord (point °73), et même de la Syrie (point N°74). Ils se félicitèrent d'un nouvel accord de dénucléarisation signé entre la Russie et les USA (point N°77), affirment lutter contre la prolifération, mais souhaitent « étudier des possibilités d'assurer un accès équitable et responsable aux bénéfices des utilisations pacifiques des technologies.» Pompiers pyromanes ? Ils aimeraient la tenue en 2012 d'une conférence sur une zone exempte d'armes de destruction massive au Moyen-Orient (point N°80), rappellent combien le terrorisme, c'est mal (point N°81), pointent le Pakistan, le Yémen, la Somalie et le Sahel comme des zones dangereuses, et réaffirment leur attachement à « un Afghanistan stable, pacifique et souverain » (points N°85 à 89).

Enfin, les 8 aimeraient que « le Pakistan remédie lui-même à ses problèmes sociaux, économiques et politiques en entreprenant les réformes nécessaires de toute urgence avec l'appui de la communauté internationale » (Amis pakistanais, démerdez-vous !), se préoccupent « vivement » de « la montée récente des tensions politiques et de la culture d'impunité au Zimbabwe », se félicitent du renforcement de la lutte contre le piratage maritime (point N°92), et encouragent la mutualisation de leurs opérations de maintien de la paix sous l'égide de l'ONU (point N°93).


Cette (trop) longue énumération ne révèle qu'une chose, l'incapacité des dirigeants de 8 vieilles économies à décider quoique ce soit de concret en matière de régulation, mais leur tout aussi grande détermination à faire croire de l'inverse.

Et à ce petit jeu, Nicolas Sarkozy est très doué.




29 mai 2011

A Deauville, Sarkozy évoque une affaire, mais pas les siennes.

Il a enfin parlé. Ou plutôt suggéré. A Deauville, Nicolas Sarkozy a évidemment tenu une conférence de presse en marge de « son » G8. Et il a dû répondre, pour la première fois publiquement, à une question sur l'affaire Strauss-Kahn. Sur ses propres affaires en revanche, point de questions.

DSK, si loin, si présent.
La défense de l'ancien patron du FMI s'organise. Ses avocats ont annoncé disposer d'éléments pouvant « ébranler sérieusement » le dossier d'accusation.

A Deauville, Nicolas Sarkozy a dû livrer son premier commentaire public en marge du G8. D'abord un gros demi-mensonge : « Vraiment, je me suis abstenu de prendre parti sur cette question, parce que vous savez parfaitement bien tous les procès qui me seraient faits quoique je dise. » Ou encore : « Certains commentaires que j’ai entendus me confortent dans ma décision de me tenir éloigné. » On sait bien que notre Monarque a multiplié les recommandations à ses troupes et les commentaires officieux satisfaits. Samedi dernier, dans l'avion qui l'amenait en Côte d'Ivoire pour l'intronisation d'Alassane Ouattara à la présidence, Sarkozy avait confié qu'il lui fallait fournir « beaucoup d’efforts pour contenir sa jubilation ». Le double discours est total.

Mercredi soir, dans un troublant article publié dans le Monde, les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme affirmaient avoir la preuve de l'existence d'une « note rédigée peu avant la présidentielle de 2007, par un policier de la base. Quelques lignes signalant la présence de Dominique Strauss-Kahn, surpris en fâcheuse posture dans une voiture à l'ouest de Paris.» Et cette note, expliquaient les deux journalistes, avaient été fuitées « ces derniers mois » auprès du journal Le Monde par des « proches de Nicolas Sarkozy ».

A Deauville, Nicolas Sarkozy préférait se draper dans une fausse distance toute présidentielle : « Tout ceci est suffisamment triste pour que l’ensemble des responsables politiques essaient de garder de la hauteur de vue et de la dignité. Parce que devant tous ces événements, y’a des sentiments mêlés qui peuvent être contradictoires, et qui font partie de l’intime de chacun, et donc je en crois pas qu’en tant que chef de l’Etat, j’ai à prendre partie. Vous me dites ça porte atteinte à l’image de la France ? mais je ne savais pas que monsieur Strauss-Kahn représentait la France, et donc je veux m’en finir à cette position de recul et je l’espère, je l’espère, de hauteur de vue. »

Karachigate, si proche, si présent.
Ce n'est pas encore un coup dur, mais très certainement une première victoire, le prélude à une révision de la loi Sarkozy sur le secret défense de juillet 2009 qui bloque les enquêtes sur le Karachigate.

Vendredi 27 mai, la Cour d'appel de Paris a accepté de transmettre à la Cour de Cassation une question prioritaire de constitutionnalité sur la loi du 29 juillet 2009. Cette dernière élargi le secret défense, initialement opposable sur de simples documents, à une vingtaine de lieux sélectionnés par le gouvernement. Un véritable coffre-fort ! Tout juge d'instruction doit solliciter l'autorisation préalable du pouvoir exécutif avant d'effectuer des perquisitions dans des locaux soumis au secret défense. Le parquet de Paris, aux ordres du ministre de la Justice, s'était prononcé contre cette question de constitutionnalité. Sans surprise...

La Cour de Cassation pourrait à son tour transmettre la question au Conseil constitutionnel qui pourrait ensuite annuler ou pas la loi.

Le 27 avril dernier, la plainte a été déposée par l'avocat des familles des victimes de l'attentat de Karachi qui coûta la vie à 15 personnes, dont 11 Français, le 8 mai 2002. Comme le rappelle Mediapart, sept demandes de déclassification de documents ont été déposées par les deux juges, Marc Trévidic qui enquête sur le volet attentat de l'affaire et Renaud van Ruymbeke, en charge du volet corruption. Et, contrairement aux belles promesses de transparence de Nicolas Sarkozy, puis François Fillon et Alain Juppé en novembre dernier, les deux juges reçurent « presque autant de refus du premier ministre, des ministres de la défense et du budget ».

En novembre 2010, François Fillon a refusé au juge van Ruymbeke la perquisition du siège de la DGSE. En décembre, l'Assemblée nationale oppose à son tour un refus de communiquer les enregistrements des auditions réalisées par la mission d'information parlementaire sur l'attentat de Karachi en 2002. En avril 2011, François Baroin a opposé le secret au juge van Ruymbeke le secret défense sur le contrat de vente des frégates Sawari 2 à l'Arabie Saoudite saisis au ministère du budget.

La semaine dernière, on apprenait que le juge Trévidic avait reçu un rapport d'experts qui ruinait la thèse de l'attentat suicide. Le 15ème mort n'était pas un kamikaze. Et son rapport d'autopsie avait disparu du dossier de l'instruction ! Le juge Trévidic avait été surpris d'apprendre que cette piste, finalement validée, avait été émise dès les premières semaines suivants l'attentat, mais qu'elle avait été évacuée par son prédécesseur le Jean-Louis Bruguière, depuis rallié à l'UMP.



28 mai 2011

212ème semaine de Sarkofrance : un G8 pour une grossesse

Cette semaine, le G8 à Deauville tant attendu en Sarkofrance s'est achevé avec deux annonces majeures : Egypte et Tunisie recevront 40 milliards de dollars d'aides et de prêts. Et Carla Bruni-Sarkozy est enceinte.

Le spectacle était bien rodé, avec son décor de rêve dans l'une des plus Bling Bling station balnéaire de France. Sarkozy était partout, maître du monde, hôte sérieux et souriant, agité-branché de l'e-G8. Cette rencontre, que l'on croyait consacré à la régulation des marchés, fut en fait dédiée au printemps arabe. La régulation attendra encore quelques décennies. 

Une fois de plus, il y avait un profond décalage, cette semaine, la 212ème depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, entre les images officielles et la réalité de Sarkofrance.

Inutiles G8
Mardi, Sarkozy avait convié quelques stars de l'e-économie et des médias pour un « e-G8». Sur le site elysée.fr, cela fait chic, moderne, branché. Internet à l'Elysée, une appli iPad lancée le même jour pour tout suivre sur sa tablette. Dans les faits, puisqu'il y avait aussi le représentant de la plus grande dictature du Monde - la Chine - et Ruppert Murdoch, la magnat australien fidèle soutier de la droite américaine, on parla libéralisme mais pas liberté. La question de l'expression libre sur Internet n'était surtout pas à l'ordre du jour de ce coup de communicants. Mais Sarkozy fut d'un lyrisme inédit et pompeux : «Les rêves d’hier sont devenus réalités et l’univers des possibles s’agrandit chaque jour devant nous.» 


Sans DSK dans les pattes, notre Monarque devenait le très Grand Homme, le maître du Monde médiatique. Qu'importe le printemps arabe que la France a loupé, le chômage de masse qui perdure, la croissance qui reste molle, c'est le printemps de Sarkozy !

Communication indécente
Plus tard, jeudi, à Deauville, Nicolas Sarkozy avait invité ses 7 homologues du G8 dans l'une des stations balnéaires les plus Bling Bling du pays. A l'entendre parler de cette présidence française du G8 et du G20 depuis novembre dernier, on croyait que de grandes régulations nouvelles de la finance mondiale et des marchés de matières premières allaient émerger. En fait, comme le rappelait Jean Quatremer pour Libération, le printemps arabe a sauvé ce G8 d'un vide sidéral.

L'opération n'était qu'une farce grotesque, une opération de communication narcissique et préélectorale manifeste. Pour preuve, la place toute spéciale accordée à Carla Bruni-Sarkozy dans l'agenda officiel, distribué par les services de la Présidence. L'épouse exhibait son ventre arrondi aux côtés de quelques conjointes. Sarkozy avait convié 1.500 journalistes pour annoncer la grossesse de sa femme, photos du ventre à l'appui. Le plus drôle, c'est qu'il n'a pas l'assurance suffisante, à la différence de son ami Berlusconi, pour assumer cette intrusion de la vie privée.

A Deauville, le show était presque parfait, c'est-à-dire indécent. A leur arrivée, Sarkozy fit défiler les chefs d'Etat quelques mètres sur la croisette deauvilloise devant quelques centaines de militants et sympathisants UMP sélectionnés par le parti. Il y eut ensuite un « déjeuner de travail » sur la solidarité avec le Japon, puis une après-midi au centre de conférence situé en face du casino, puis à nouveau un « dîner de travail », mais avec conjoints, sur le printemps arabe et la Libye. . Le lendemain matin, les 8 devaient déjà passer la matinée à rédiger ... leur communiqué de presse de clôture : « Un nouvel élan pour la liberté et la démocratie » ! Fichtre, quelle emphase !

Sarkozy maître du monde
Sans surprise, le président français se livra enfin à l'exercice tant attendu de la conférence de presse, dès jeudi soir. Emprunt de sérieux, il put expliquer combien il voulait conserver tout le recul nécessaire pour éviter de commenter l'affaire DSK. Deux jours avant, le Monde avait révélé que ses proches faisaient circuler une ancienne note des RG prétendument compromettante pour DSK. Et samedi dernier dans son avion vers la Côte d'Ivoire, le Monarque avait confié à quelques journalistes, en « off » bien sûr, combien il jubilait de la disparition politique de Dominique Strauss-Kahn.

Ce jeudi, Sarkozy put également exprimer son soutien à la candidature de Christine Lagarde à la tête du FMI, « une femme de grande qualité, dont la personnalité est assez prévisible » . Sa ministre des Finances, peu inquiète que sa mise en cause dans l'affaire Tapie puisse la gêner, avait déclaré ses intention la veille. Mediapart a pourtant livré quelques pièces à charge contre la ministre, comme ce rapport du procureur Nadal adressé aux enquêteurs de la Cour de Justice de la République. Christine Lagarde, si l'enquête confirme, risque la mise en examen.

Petite estrade
Vendredi, re-belote. Nicolas Sarkozy remonta sur sa petite estrade deauvilloise, pour la clôture de ce G8. Il donna quelques leçons : pas question de restructurer la dette grecque. Nos amis les Grecs continueront de boire leur potion de rigueur : « Si la restructuration signifie qu'un pays ne rembourse pas ses dettes, c'est non. C'est clair et précis ». Mais pour l'essentiel, notre Monarque paraissait suiveur. Sur la Syrie, il s'est résolu à suivre Barack Obama pour « retirer notre confiance » au dictateur syrien et demander son départ. Sur le conflit israelo-palestinien, il a félicité la prise de position publique de Barack Obama qui, sans attendre le G8, avait livré un discours le 19 mai dernier réclamant la création d'un Etat palestinien. A l'Elysée, on avait serré les dents de rage et de jalousie. Une fois de plus, le président américain faisait de l'ombre au Monarque.

La seule grande annonce de ce G8 fut que Tunisie et Egypte recevront 40 milliards d'euros d'aide : 20 milliards des banques multilatérales de développement, 10 milliards des pays du Golfe et 10 milliards des membres du G8. Au passage, la Russie a officialisé son revirement à l'égard de Kadhafi, acceptant de signer une déclaration commune qui exige le départ du dictateur. Sur ces 40 milliards, l'aide française sera modeste: un milliard pour les deux pays. Un journaliste tunisien s'est demandé pourquoi le G8 n'avait pas plutôt décidé d'annuler la dette de son pays.

Scandales d'Etat
A Paris, l'un des ministres sarkozyens, George Tron, est à son tour accusé d'agression sexuelle par deux ex-employées municipales de  la commune de Draveil dont il était le maure; samedi, il s'interroge sur sa prochaine démission. Les dérapages sont nombreux. Quand l'Assemblée nationale étudie une proposition de loi légalisant le mariage homosexuel, une députée UMP croit faire un bon mot en lançant « Et pourquoi pas des unions avec des animaux ? ». Claude Guéant, le ministre de l'intérieur, expliquait dimanche que « les deux tiers des échecs scolaires, c'est l'échec d'enfants d'immigrés », puis, mercredi, que les deux tiers des enfants d'immigrés quittaient le système scolaire sans diplôme. L'homme ne sait pas de quoi il parleVendredi, Thierry Mariani, secrétaire d'Etat aux Transports, renchérit : « une bonne partie des jeunes qui ont des problèmes sont issus de l'immigration ».

Mercredi matin, Xavier Bertrand commente les derniers chiffres du chômage qu'il était seul à connaître. C'est plus simple. Le nombre de sans-emploi baisse. Mais le nombre de petits boulots s'envole (+6%), tout comme la durée moyenne d'inscription. Le nombre de sorties du chômage pour cause de reprise d'emploi stagne.  Jeudi, quelques caméras de télévision filent filmer la grande opération de recrutement de professeurs sans diplômes d'enseignants organisé par Pôle emploi : l'Education nationale manque de remplaçants...

Vendredi après-midi, vers 15 heures, le G8 était terminé. Nicolas pouvait repartir en weekend avec Carla. Son Falcon 7X était cloué au sol pour un problème technique. Pas de problème, on lui envoya un autre appareil.

Ami sarkozyste, où es-tu ?


27 mai 2011

Le G8 de Sarkozy : le Bling Bling revient à Deauville.

Il pavane. Nicolas Sarkozy a ouvert « son » G8, ce jeudi à Deauville. Aussi bronzé que Dominique Straus-Kahn, à cause de ses weekends à répétition dans la luxueuse résidence de son épouse au Cap Nègre, le Président des Riches pouvait inaugurer seul et tranquillement cette rencontre des plus riches.

A Deauville, Sarkozy a fait le beau. «Ces images d'un président chef d'équipe parmi ses homologues valent de l'or quand les socialistes se remettent tout juste de l'affaire DSK» a confié un « proche » du Monarque au Figaro. Sarkozy recevait les «Grands de ce monde » (Etats-Unis, Canada, Japon, Russie, France, Grande-Bretagne, Allemagne et Italie), dans l'une des stations balnéaires les plus Bling Bling du pays. Nicolas Sarkozy amena Barack Obama à ses côtés sur la Croisette deauvilloise, devant quelques centaines de militants UMP et badauds triés qui attendaient avec enthousiasme. Le G8 est avant tout un spectacle. Quelques 1500 journalistes auraient été accrédités. Comme pour un Festival de Cannes, les autorités avaient prévu plusieurs statuts d'accréditations, la carte Pool ou le badge jaune canari, et même le cordon aux couleurs de l'Elysée.

Ces puissants avaient de « vrais » sujets. Dans la presse, certaines mauvaises langues continuaient d'insister sur la richesse de l'ancien rival DSK, sa prison dorée, ses indemnités, ou la fortune de son épouse. A Deauville, le luxe était officiel et assumé, à la hauteur du spectacle promis par Nicolas Sarkozy depuis des mois qu'il rabâche l'importance de cette présidence française des travaux du G8 et du G20. Les critiques médiatiques sur cet étalage indécent furent rares. N'imaginez pas que Sarkozy ait pu penser tenir ses G8 ou G20 près de Gandrange. Son G8 devait être à Deauville, en face du casino. Son G20, en novembre, sera à Cannes, à côté d'un autre casino qui jouxte le Palais. Les symboles sont difficiles. Il y a 30 ans, la dette des pays du Sud inquiétait le monde occidental. En 2011, la situation a bien changé. Le Japon est endetté à 200% de son PIB, la France à 82%, les Etats-Unis à 90%. C'est la réunion des « grands flambeurs », commente Alain Frachon pour le Monde. La dette est désormais leur problème.

La veille, le «e-G8» s'est clôturé. Rien n'a été décidé de bien concret. Ce n'était d'ailleurs pas l'objectif. Sarkozy cherchait à récupérer quelques minutes dans les JT du soir l'associant au développement du Web. Cela fait président moderne, dans son temps. Et notre Monarque est si moderne que ses communicants ont lancé cette semaine une application iPad/iPhone spéciale G8/G20. Incroyable !

Juste avant les premières réunions du G8, Sarkozy a profité de la présence du président russe Medvedev pour finaliser le fameux contrat des navires MISTRAL. Combien de fois faudra-t-il nous annoncer cette affaire comme faite, conclue, signée ? En juillet dernier puis à Noël, le monarque français avait déjà insisté sur ce contrat du siècle pour les chantiers navals de Saint-Nazaire. Ce 26 mai, le site Mer et Marine se contentait de titrer sobrement : « BPC : La France et la Russie semblent avoir trouvé un accord.» Et Sarkozy de déclarer : « Nous avons trouvé un accord définitif s'agissant des deux BPC construits en France et deux BPC construits en Russie. Les éléments de la signature et du contrat ont été réglés, la signature aura lieu dans les quinze jours ».  Il disait déjà la même chose le 23 juillet dernier puis, via un communiqué triomphant, le 25 décembre dernier puis à nouveau en janvier.

Sarkozy, ou l'art de vendre plusieurs fois le même tapis...

Pour cette première journée, les grands leaders devaient discuter de sûreté nucléaire et changements climatiques. Il était temps. On a fini par oublier Fukushima. Trois réacteurs sur 6 sont entrés en fusion. Davantage d'évacuation de population civile sont à prévoir. Au déjeuner, entre l'entrée et le plat, ils ont levé un toast de solidarité avec le Japon. C'était un « déjeuner de travail ». Jeudi soir, les Grands et leurs conjoints se sont retrouvés dans un autre restaurant gastronomique, le Ciros, pour discuter ... du printemps arabe et la Libye.

Les Européens profitèrent également de cette première journée pour insister sur leur soutien à la candidature de Christine Lagarde à la tête du FMI. La ministre des Finances avait bien choisi son moment, mercredi veille de sommet, pour déclarer ses intentions. « On n'est pas ici pour faire du lobbying », a tenté de faire le président de l'Union européenne Herman Van Rompuy. Sans blague ? Rien n'est joué. Les pays émergents aimeraient le G8 profite de l'occasion pour mettre en pratique leurs grandes promesses de rééquilibrage de la gouvernance mondiale, et osent enfin casser cette fichue tradition d'octroyer la direction du FMI à un Européen et la présidence de la Banque mondiale à un Américain.

Mais l'actualité était en fait ailleurs. Son épouse Carla affichait son ventre arrondi, signe d'une grossesse préélectorale bienvenue. Sur la photo officielle, entourée de quelques-unes de ses homologues épouses de chefs d'Etat, elle pointa son regard vers son ventre avec suffisamment d'insistance pour que la prise photographique fut aisée. Et, comme l'expliqua l'un des envoyés spéciaux de BFM, sous le charme le plus complet, « Carla Bruni-Sarkozy entend bien profiter du G8 pour mettre ses projets avant. » Quels projets ? La lutte contre l'illettrisme. Depuis son arrivée à l'Elysée, la « première dame » s'essaye à cultiver une image de bienfaitrice à la Lady Die. Pour le plus grand bénéfice de son Monarque de mari. A Deauville, les communicants de l'Elysée n'ont pas oublié d'inscrire la présence de Carla Bruni-Sarkozy, la séance photo et son programme de l'après-midi dans l'agenda officiel de cette rencontre internationale. Seule ombre au tableau, Michelle Obama avait séché le sommet. 

A Paris,  à deux heures de train de ce faste international, la réalité est plus grise. 

Des députés examinait une proposition de loi socialiste visant à légaliser le mariage homosexuel. Une députée UMPBrigitte Barèges, commenta publiquement  : « Et pourquoi pas des unions avec des animaux ? ». La députée a livré ensuite une curieuse excuse, par un communiqué de presse indiquant qu'elle retirait ses propos maladroits dont elle conteste qu'ils présentaient un caractère homophobe...

Plus discrètement, le gouvernement a fait changer la loi pour permettre au préfet Christian Lambert, nommé voici un an en Seine Saint-Denis par Nicolas Sarkozy à grand renfort de publicité, puisse rester en poste malgré son âge déjà avancé. L'homme fêtera ses 65 ans le 5 juin. La loi « Lambert », très courte (« le maintien en fonction au-delà de la limite d'âge de fonctionnaires nommés dans des emplois à la décision du gouvernement ») a été votée in extremis.

Ce weekend, Nicolas et Carla rentrerons à Paris.

En jet ou en hélicoptère.


26 mai 2011

Lettre ouverte d’un électeur à tous ceux qui font de la politique à gauche

Le Kremlin-Bicêtre, mai 2011

Chers camarades,

Comme disent les Chinois, il est des coups de massue qui rendent lucides : si la gauche veut remporter l’élection présidentielle de 2012, elle devra aller unie au combat dès le premier tour.
Imaginer que tel ou tel candidat ou candidate évitera la dispersion des voix à gauche entre vos différents partis, provoquera le réflexe d’un vote « utile », est un pari dangereux, une illusion entretenue par des sondages dont on connaît la volatilité… et la fiabilité.

Enterrer Nicolas Sarkozy trop vite est tout aussi illusoire. C’est un redoutable adversaire en campagne électorale, chacun le sait. C’est un des rares domaines où sa compétence n’a pas encore été mise en doute.

Mais surtout, Marine Le Pen sera vraisemblablement au second tour, nul besoin de sondages pour le craindre.

L’élection présidentielle de 2012 se gagnera donc au premier tour. Autrement dit, celui des deux candidats, de gauche ou de droite, qui aura le plus rassemblé son camp avant le scrutin présidentiel aura de fortes chances de l’emporter, soit parce qu’il sera face à Marine Le Pen, scénario hélas le plus probable, soit parce qu’il aura obtenu un score élevé au premier tour et aura donc créé une dynamique suffisante pour gagner le second.

C’est le bête et implacable raisonnement arithmétique qu’impose notre scrutin majoritaire à deux tours. On peut regretter qu’il en soit ainsi, qu’il ne nous soit plus permis de faire un « choix de cœur » au premier tour. Mais c’est comme ça.

Cette réalité électorale doit conduire les politiques que vous êtes à agir en conséquence, c’est à dire à vous battre pour que ce soit bien le candidat de gauche qui rassemble le plus efficacement son camp dès le premier tour, et non celui de droite, Nicolas Sarkozy.

Inutile d’attendre le dernier moment pour bâcler un marchandage de circonstance, purement politicien, ou le programme et les idées passeront à la trappe. Inutile encore de compter sur un accord entre les deux tours, vite fait bien fait, entre les partis de gauche au cas où ce serait l’un des leurs qui accède au second tour. Dans le premier cas, face à Le Pen, pourquoi le candidat s’embarrasserait-il d’une négociation avec ses amis politiques alors qu’il est pratiquement certain d’être élu ? Dans le second cas, face à Sarkozy, redoutable candidat, le spectacle de chefs de partis de gauche se rabibochant opportunément après une campagne qui les aura durement opposés sera d’un effet déplorable et ne peut que favoriser le candidat de la droite.

Avez-vous le droit d’envisager cette défaite ? N’avez-vous pas, au nom de la confiance et des mandats que vous ont confié le peuple, des obligations, dont celle de gagner pour mettre un terme à la politique désastreuse menée par Nicolas Sarkozy ?

Chers camarades, il est temps d’atterrir. D’arrêter d’avancer en ordre dispersé, avec des candidatures tactiques, « providentielles » ou fantaisistes. Bref, il est temps de prendre la mesure de cette nouvelle donne électorale et d’en tirer les conséquences. Dès que possible, vos partis doivent travailler ensemble à une plateforme commune et à la désignation d’un candidat unique pour toute la gauche. Après tout, les primaires ont bien été imaginées pour cela, non ?

Rappelez-vous : n’avaient-elles pas vocation, à l’origine, à sortir des logiques partisanes en s’adressant à tous ceux qui « partagent les valeurs de la gauche », qu’ils soient roses, verts ou rouges ? Imaginez la dimension que prendraient ces primaires si elles mobilisaient tous les partis ! Elles donneraient un autre souffle à la campagne et un autre poids au candidat ainsi désigné. Et avouons-le, elles seraient sûrement prises beaucoup plus au sérieux qu’aujourd’hui.

Pour vous, responsables politiques, ce ne sera pas facile de dépasser les clivages et les rivalités d’appareils, on l’imagine. Certains d’entre vous ne souhaiteront peut-être pas monter dans le train de l’unité. Mais l’enjeu est à la hauteur de l’effort : pour que la gauche remporte ce scrutin présidentiel, l’unité et les concessions qu’elle implique, sont le prix à payer et, soyons plus positifs, le défi à relever.

D’ailleurs pensez-vous sérieusement qu’un programme qui rassemble tous les partis de gauche soit un défi aussi insurmontable ? Nous partageons tous un socle de valeurs communes : écologie, services publics, société solidaire, emploi pour tous, fiscalité redistributive, laïcité, régulation de la finance, éducation, innovation, recherche, et bien sûr, l’ambition d’une France forte, généreuse et influente sur la scène mondiale.

Chers camarades, quelle tâche plus stimulante qu’un programme unitaire pour ceux qui aiment la politique et veulent changer les choses ! Ce n’est pas une utopie, c’est une nécessité. Les électeurs le sentent et multiplient les appels dans la presse et sur le Net. Nous sommes à un an de l’échéance, vous avez encore le temps de vous y mettre. 

N’attendez pas.

Un programme, un candidat… la victoire en 2012 !

Captainhaka : Le grumeau, Custin d’Astrée : 365 mots, Cycee : bahbycc , Dominique Darcy : dominiquedarcy, Eric Citoyen : Mon Mulhouse, Gaël : De tout et de rien, Jean-Claude : Slovar – Les nouvelles, Jean Renaud Roy : @jr_roy, Juan : SarkoFrance, Jules Praxis : @jules_praxis, Le Coucou : Le coucou de Claviers, Melclalex : A Perdre la raison, MrsClooney : La femme de George (s) , Nicolas : Partageons mon avis, Nicolas : La rénovitude, Nicolas Cadène : Débat socialiste, Rimbus : Rimbus le Blog, Romain Pigenel : Variae, Ronald : Intox2007, Jacques Rosselin : @rosselin, Seb Musset : Les jours et l’ennui de… , Stef : Une autre vie, Sylvie Stefani : Trublyonne, Vogelsong : Piratages, Yann Savidan Carnet de notes de…, Zeyesnidzeno : La France a peur, Romain Blachier : Lyonnitudes , Arnaud MouillardHern.

Pour faire avancer l’unité à gauche, faites comme nous : copiez, collez et personnalisez cette lettre ouverte, puis envoyez la vite aux responsables politiques de gauche que vous connaissez (députés, maires, sénateurs, responsables de parti, etc). N’hésitez pas à nous envoyer leur réponse. Vous pouvez pour commencer retrouver les mails de vos députés en cliquant ici. Et faites tourner !

Christine Lagarde, Xavier Bertrand : pour qui se prennent-ils ?

Elle est donc candidate, et qu'importe si les casseroles s'accumulent. Christine Lagarde s'est lancée à la conquête des voix des membres du FMI pour remplacer Dominique Strauss-Kahn. Elle croit en ses chances, et qu'importe les affaires.

En France, Xavier Bertrand, ministre du Travail, nous refait le coup du story-telling précipité sur la prétendue baisse du chômage. C'est faux, mais ça fait plaisir.

Lagarde y croit
L'enquête demandée par la Cour de Justice de la République dans le litige Crédit Lyonnais/Tapie ne l'en n'a pas dissuadé. Mediapart a publié le rapport du procureur Nadal adressé à la Cour de Justice. Et la charge est sévère : « Madame la ministre a constamment exercé ses pouvoirs ministériels pour aboutir à la solution favorable à Bernard Tapie que l'assemblée plénière de la Cour de cassation paraissait pourtant avoir compromise. » En langage judiciaire, et courant, on appelle cela un abus d'autorité. Christine Lagarde, si l'enquête confirme, risque la mise en examen.

Christine Lagarde a quand même écrit sa lettre de motivation et convoqué une conférence de presse pour l'annonce. Toute l'Europe est derrière elle. Mardi, son collègue Baroin a précisé que même la Chine soutenait la candidature Lagarde. Mais il ajoutait : «Mais vous comprendrez aisément, compte-tenu des circonstances de la démission du directeur général du FMI et qu'il n'y pas d'orgueil national dans cette affaire, que ce n'est pas à la France de se positionner en premier.» Et bien finalement, c'est bien la France qui, malgré le scandale DSK, s'est positionnée en premier. A gauche, à l'exception de Martine Aubry, les soutiens furent modestes.

Depuis mercredi 25 mai, la ministre des Finances est officiellement candidate à la direction générale du Fond Monétaire Internationale depuis mercredi 25 mai. Evidemment, elle ne lâchera pas la proie pour l'ombre. Elle ne quittera pas son ministère tant que l'affaire n'est pas close. François Baroin, son collègue du Budget, aimerait récupérer son périmètre. En 2007, Nicolas Sarkozy à peine élu avait « innové » en séparant les Finances du Budget. Diviser pour mieux régner...

Pour Sarkozy, ce serait une jolie perte mais une belle consécration. Si elle était retenue, le Monarque se prévaudra d'avoir choisi quelqu'un de qualité à son gouvernement. Même si, finalement, il perdra l'un des rares ministres anglophones de son gouvernement alors que les négociations au sein du G20 sous présidence française ont à peine commencé.


« Ce n'est pas pour 18 mois (c'est-à-dire le temps qu'il restait à Dominique Strauss-Kahn à la tête de l'institution, NDLR), mais pour cinq ans que je suis prête à m'engager » a précisé Christine Lagarde.

Jusqu'au prochain scandale ?


Bertrand y croit 
« Le chômage recule encore en avril » titre le Figaro. Vraiment ? Précisons « encore » l'information. Le ministre du travail Xavier Bertrand s'est réjoui de ces résultats avant même qu'ils ne soient rendus publics. «La tendance est à la baisse, s'est réjoui le ministre. On n'avait pas connu ça depuis le début de l'année 2008, c'est-à-dire avant la crise. Si vous y ajoutez la tendance pour l'emploi des jeunes qui est bonne, l'emploi des cadres qui s'améliore et les heures supplémentaires qui reprennent, on dessine une sortie de crise» a-t-il expliqué sur RTL mercredi 25 mai au matin . La méthode est habile. Le commentaire préalable permet d'éviter les questions trop précises sur les chiffres puisqu'il est seul à les avoir. Et toute la presse a docilement relayé la propagande officielle.

Quelques heures plus tard, la DARES livrait son bulletin. Et l'on pouvait mesurer, mais trop tard, l'ampleur du story-telling officiel.

Le nombre de demandeurs d'emploi, toutes catégories confondues atteint 4,91 millions de personnes. Sur un an, il est toujours en progression de 3%. Sur le seul mois d'avril, il a baissé de 0,2%, c'est-à-dire rien. Le nombre de créations d'emploi dans le secteur marchand est resté par ailleurs très faible (58 000 postes au premier trimestre selon l'INSEE).

Sur la simple catégorie A (i.e. les chômeurs sans aucune activité), le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi s’établit à 2.669.000 en France métropolitaine fin avril 2011 (soit 11.000 de moins qu'en mars). Sur un an, ce nombre est stable (+0,2%). Près de 19% de ces chômeurs sont par ailleurs bénéficiaires du RSA.

En fait, le nombre de petits boulots s'envole. Et c'est bien là la mauvaise nouvelle, l'information essentielle : Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en catégories B (+6% sur un an) et C (+13% sur un an) s’établit à 1.370.000 en France métropolitaine fin avril 2011 (+ 5.000 versus mars).

En avril 2011, le nombre de sorties du chômage pour cause de reprise d'emploi est inférieur à  son niveau d'il y a un an (105.000 versus 109.000).... Quelle reprise !  A l'inverse, les radiations administratives ont progressé de 19% en un an (48.000 en avril 2011, 40.000 en avril 2010). Les sorties pour cessations d'inscription pour défaut d'actualisation sont en très légère baisse (-1%).

Les nombres de chômeurs de plus de 2 ans et de plus de 3 ans ont « encore » progressé en avril 2011, respectivement 0,7% et 1,3%.

Pour le gouvernement, l'enjeu est d'espérer ou de faire croire que la reprise est là. Les offres d'emploi durable (plus de six mois) collectées par Pôle emploi n'ont pas recouvré leur niveau d'il y a un an : 119.300 versus 119.500 (après une baisse de 5,3 % en mars 2011). Les offres d’emplois temporaires (de 1 à 6 mois) sont « encore » en hausse de 6.000 postes.

Xavier Bertrand, ce mercredi, n'avait pas envie de commenter un autre résultat, pourtant publié par ses services. Le nombre de bénéficiaires de Dispenses de Recherche d'Emploi (DRE) a « encore » baissé en 2010, rapporte la DARES. Fin 2010, en France métropolitaine, 266.000 personnes indemnisées, âgées de 55 à 65 ans, bénéficiaient d’une DRE, contre 324.000 fin 2009, et 352.000 fin 2008. La loi du 1er août 2008 relative aux droits et devoirs du demandeur d’emploi prévoit la suppression totale des entrées dans ce dispositif l'an prochain. Sarkozy voulait supprimer les pré-retraite. Depuis 2009, l'âge d'entrée a ainsi été reculé progressivement. On sait qu'en parallèle, le nombre de plus de 55 ans bénéficiaires d'une rupture conventionnelle de leur contrat de travail s'est envolée.

Et d'ailleurs, dans les statistiques du chômage publiés par la même DARES, le nombre de chômeurs de plus de 50 ans augmente « encore » : 4.000 de plus en avril (sur les catégories A, B et C), et +14% sur 12 mois.

Plus on est vieux, plus on reste longtemps chômeur : Les 50 ans et plus restent en moyenne 401 jours inscrits chez pôle emploi, soit 25 jours de plus qu'en mars 2011 !.

Le même jour, la CFDT pourtant peu critique à l'égard de la fusion de l'ANPE et des ASSEDIC a publié une enquête d'une soixantaine de pages sur la déplorable situation de Pôle emploi : « malaise des deux côtés du guichet ». Edifiant...


25 mai 2011

Sans DSK, Sarkozy se voit maître du monde.

Notre candidat s'impatiente. Nicolas Sarkozy aimerait qu'on reconnaisse au plus vite qu'il est le seul présidentiable valable de cette compétition pour 2012. En Libye, l'OTAN passe à une nouvelle étape, hélicoptère à l'appui. A Paris Sarkozy est excessivement lyrique à l'égard de son micro-G8 sur l'avenir d'Internet. Ses conseillers élyséens l'ont mal prévenus. Internet existe sans lui. Mieux, ce G8 du Web ne traitera pas de la seule innovation majeure du Web, la progression des libertés.

Pressé en Libye ?
En Libye, Nicolas Sarkozy a besoin d'une victoire rapide. Son opposant DSK étant tombé, il faut creuser l'avantage international, faire oublier les cafouillages, neutraliser les critiques sur la Françafrique, la diplomatie atomique, les ratages du printemps arabe. Des hélicoptères Tigre ont été dépêchés sur le théâtre des opérations. Mardi 24 mai, les forces franco-britanniques ont lourdement bombardé Tripoli.

En Syrie, l'Union européenne s'est décidée à des sanctions. Combien de morts faut-il pour l'Europe se bouge ? Lundi 23 mai, les Etats membres de l’UE ont décidé d'interdire de visa et de geler les avoirs du président syrien Bachar Al-Assad, ainsi que de neuf autres personnalités proches du régime.

Museler internet ?
A Paris, Nicolas Sarkozy a organisé son « e-G8 ». Kessako ? Finalement, pas grand chose. Un rassemblement de quelques représentants du G8, complété de personnalités du monde de l'internet ou des médias, le tout placé sous le signe du business sur internet et accueilli dans le jardin des Tuileries, à Paris, au frais de la Sarkofrance.

Pas question, pour Sarkozy, de parler d'Internet vecteur de liberté. Le printemps arabe, agité par Facebook et les réseaux sociaux, date d'il y a quelques semaines à peine, mais le Monarque français ne veut pas se brouiller avec le grand Chinois. Le coup de communication numérique du candidat Sarkozy a fait choux blanc.

«Les rêves d’hier sont devenus réalités et l’univers des possibles s’agrandit chaque jour devant nous.» Cette phrase d'introduction du e-G8 par Sarkozy ce mardi a bien fait rire. On se serait cru en Chine pendant la révolution culturelle, la violence en moins. Le Monarque s'y croyait, maître du monde, incontesté.

Le narcissisme violent, l'autosatisfaction exagérée qui transparaissent dans ses formules furent proprement hallucinantes : « Aussi, c'est en formant les vœux que Paris devienne pour quelques jours la capitale de l'Internet que j'ai souhaité vous réunir, ici, aujourd'hui, à la veille du G8.  » Ou encore: « Ce moment est important car c'est à ma connaissance la première fois, que l'ensemble de ceux qui ont contribué par leur talent et par leur ingéniosité à changer le monde, je devrai dire, à nous faire changer de monde, sont réunis en un seul et même lieu

Notre « Très Grand Homme » évoqua « l'émergence d'une nouvelle forme de civilisation », une « véritable dimension historique ». Il remercia les participants d'avoir « changé jusqu'à la perception de l'Histoire », « bouleversé les fondements même de l'économie mondiale », « changé la notion même de connaissance ». Evidemment, il souffla le chaud et le froid. Sarkozy, il faut le comprendre, a la conviction facile. Sur internet, il lui était hors de question d'endosser la liberté d'un réseau qui puisse perturber la gouvernance des Etats. « Nous avons besoin d'entendre vos aspirations, vos besoins. Vous avez besoin d'entendre nos limites, nos lignes rouges.»

Licencier des chômeurs ?
Moins lyrique mais plus concret, le directeur de pôle emploi a rebondi sur les déclarations du ministre Guéant de dimanche dernier. Grâce à différents contrôles tels un refus d'emploi, un refus de formation ou un refus de deux offres raisonnables d'emploi, (c'est-à-dire une offre qui se situe dans un périmètre de 30 km autour du domicile et correspond globalement à ses qualifications, ndlr), il s'est félicité, lundi, que son agence radie chaque mois « environ 2.000 » chômeurs.

On est content pour lui. Moins d'un chômeur sur deux est indemnisé par pôle emploi. Et l'UNEDIC prévoit de rétablir partiellement ses comptes d'ici la fin de l'année. Non pas parce que le manque d'emploi régresse, mais en raison d'une progression espérée du travail partiel ou des formations aidées.


Masquer les affaires ?
 Lundi, on a appris que l'un des ministres de Sarkofrance, George Tron, ancien villepiniste débauché par le Monarque élyséen pour affaiblir son rival Dominique de Villepin, faisait l'objet d'une plainte pour harcèlement sexuel. Les langues se délient. Il manque l'Elysée.

Christine Lagarde est la favorite européenne pour succéder à Dominique Strauss-Kahn. La ministre de l'Economie semble peu affectée par ses déboires dans l'affaire Tapie. Mais voici que Mediapart ajoute deux autre dossiers au passif de la ministre : « la cour de justice de la République (CJR) a décidé de se pencher s'agissant du rôle de la ministre de l'économie et des finances, deux autres dossiers impliquant directement Mme Lagarde sont pendants devant la justice, selon des documents et témoignages recueillis par Mediapart.» Dans l'une des deux affaires, la ministre est accusée par une ancienne collaboratrice, chargée de mission de communication à Bercy, de « détournement de pouvoir » pour un licenciement qu'elle juge politique. L'autre affaire engage la cour de justice de la République, car la ministre Lagarde a stoppé, en octobre 2009, une enquête des services de son ministère « susceptible de mettre en cause la Bourse de Paris.»