30 juin 2011

Sarkozy : du succès de Lagarde au psychodrame ministériel

Mercredi matin, Nicolas Sarkozy semblait avoir gagné. La nomination, la veille, de Christine Lagarde à la tête du Fond Monétaire International, était indubitablement une victoire française. Mercredi après-midi à l'Assemblée, la ministre fut applaudie. Standing ovation !

Un bonheur n'arrivant jamais seul, le premier ministre Fillon annonçait ensuite aux députés que les deux journalistes otages en Afghanistan avaient été libérés après 547 jours de détention.

Et en fin de journée, Sarkozy procédait au plus important remaniement gouvernemental depuis 2007. Mais ce fut le psychodrame. Alors évidemment, c'était la faute à Fillon.

Que de joies en Sarkofrance !

Lagarde, mauvais bilan
Le rôle réel du président français dans la nomination de Lagarde au FMI est plus incertain. Depuis 2007, Sarkozy a donné à Christine Lagarde un ministère important et visible en ces périodes troublées de crise financière et économique.

Mais pour le reste, Christine Lagarde était une candidate par défaut et sans rival. Aucun autre pays européen n'avait de candidat en lice - et Sarkozy n'eut à décourager personne. Ensuite, l'Europe dispose de 36% des suffrages au sein du FMI. Il restait à convaincre les Etats-Unis et le tour était joué. Par ailleurs, on ne sait pas vraiment ce que Christine Lagarde fera de sa mandature au FMI. C'est la première fois qu'une femme dirige une institution internationale de cette envergure. Christine Lagarde a rappelé, mardi soir sur TF1, l'absence de femme au sein du conseil d'administration du FMI qui l'a auditionné la semaine dernière. L'acquis est indiscutable, mais il reste politiquement bien mince.

Si techniquement, Lagarde s'y connaît (bien que non-économiste), politiquement, elle est assez maladroite. On imagine assez bien que la technostructure anglo-saxonne puisse être finalement assez ravie d'une telle candidature face à Agustin Carsten, son adversaire mexicain qui se posait en défenseur des pays pauvres et/ou émergents.

Enfin, et surtout, Christine Lagarde part au FMI avec quelques casseroles. Certaines sont judiciaires : la Cour de Justice de la République a certes décidé de repousser à juillet la décision d'ordonner une enquête ou non, mais l'affaire Tapie demeure. La ministre est accusée de plusieurs griefs qui se résument à un seul et principal : elle aurait habilement manoeuvré la procédure (via le choix de l'arbitrage, puis le refus de faire appel) pour que l'ami du Président (et de son ministre Borloo) récupère 400 millions d'euros d'indemnités du Crédit Lyonnais.

Certaines casseroles sont politiques. En France, le bilan de la ministre est médiocre. En mai 2007, Sarkozy l'avait nommée à un ministère des Finances amputé du Budget confié à Eric Woerth puis François Baroin). Depuis, Lagarde s'est d'abord remarquée par quelques formules maladroites et un optimisme à toute épreuve : alors que les prix de l'énergie flambaient à l'été 2008, elle conseilla aux Français préférer le vélo. De 2007 à 2010, elle a systématiquement surévalué ses prévisions  de croissance économique. Sous sa gouvernance, les déficits publics ont explosé, la chasse aux niches fiscales bien tardive (fin 2010) et modeste. A l'été 2007, elle a défendu avec autant d'ardeur la loi TEPA qu'elle a mis d'énergie à la détricoter quelques années plus tard. En 2009, Lagarde reste bien timide sur la régulation des paradis fiscaux et la taxation des bonus bancaires. Elle applaudit la création de la BPCE, dirigée par François Pérol, en plein conflit d'intérêt. Elle fait adopter la loi de Modernisation de l'Economie qui, entre autres, autorise des soldes tout le temps et n'importe comment. Quand le pétrole flambe à nouveau, Lagarde promet des contrôles de marges des distributeurs.

En somme, Lagarde fut cette ministre capable d'annoncer, avec un sourire déconcertant d'éclat, tout puis son contraire, et vice versa.

Déchirements chiraquiens
Ce « succès diplomatique », comme l'a qualifié François Bayrou, créé aussi surtout quelques difficultés intérieures majeures pour Nicolas Sarkozy.

A quatre mois du prochain G20, organisé sous présidence française à Cannes en novembre, et dans un contexte international chargé, le Monarque perd l'un de ses rares ministres à savoir parler correctement anglais...  Plus grave, son remplacement a visiblement déchiré son camp retranché. Après le remaniement raté de novembre dernier (où Fillon remplaça Fillon), le remaniement subi de février (pour solder les affaires MAM et Hortefeux), voici le remaniement psycho-dramatique de juin : les « quadra », souvent chiraquiens, se disputent les strapontins ministériels de Sarkofrance. Pour ces derniers mois de la (première) présidence Sarkozy, l'appât du pouvoir et de la reconnaissance affole les esprits.

Sous couverts d'anonymat, conseillers, ministres ou proches du pouvoir confièrent dans les moindres détails, avec délectation ou énervement, ces combats picrocoliens. Et quelques journalistes « embarqués » pouvaient nous faire vivre, ce matin, la chronique de ces heures incroyables.

Mardi, de retour de visite des poulets garantis élevés en plein air, le ministre agricole Bruno Le Maire s'était vu promettre le poste de Lagarde. Pour défendre sa cause, l'ancien villepiniste, depuis jours déjà, avait avancé que lui au moins parlait couramment anglais et allemand : les arguments perchaient haut, hier en Sarkofrance ! Mais François Baroin, son collègue du budget, informé l'après-midi même à Matignon par François Fillon, a piqué une grosse colère, avec chantage à la démission. Le Maire restera où il est, et déçu.

Psychodrame ministériel
En fin d'après-midi mercredi, l'Elysée publiait le résultat d'un remaniement qui, par le biais de chaises musicales et de manoeuvres tactiques, prenait une ampleur quasi-inédite depuis 2007. Outre Baroin qui hérite de son hochet aux Finances et à l'Economie, Valérie Pécresse, improbable ministre de l'Enseignement supérieur, récupère le Budget. Elle est remplacée par Laurent Wauquiez. Le chantre de la droite sociale anti-assistanat abandonne les affaires européennes, auxquelles il a peu brillé. Mais Wauquiez reste l'un des chouchous du Monarque. Porte-parole du gouvernement, puis secrétaire à l'Emploi, puis ministre des affaires européennes, le voici à l'enseignement.

Pour gêner le rival Borloo, Sarkozy débauche trois centristes : Jean Léonetti, radical en rupture de banc, récupère le strapontin de Wauquiez au beau milieu d'une nouvelle crise européenne.  Fallait-il que Sarkozy ait envie d'embêter Jean-Louis Borloo pour déstabiliser ainsi sa propre équipe dans de telles circonstances ! Un second centriste, François Sauvadet, hérite de la Fonction Publique. Et Marc Laffineur déboule au poste de secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Défense et des anciens Combattants.Pour flatter la Droite Populaire, Thierry Mariani est promu ministre (il n'était que secrétaire), toujours chargé des Transports.

Pour éviter de perdre une femme de plus et faire joli sur la photo, Sarkozy a créé un poste secrétaire d'Etat auprès de Roselyne Bachelot, sans affectation, confiée à la députée UMP Claude Greff, ancienne infirmière.

Le poste le plus cocasse est le tout nouveau secrétariat d'Etat chargé des Français de l'Etranger (et donc des expatriés fiscaux) confié à ... David Douillet. Un machin évidemment inutile pour donner un peu de visibilité médiatique à l'ex-judoka.

Paradoxalement, cet épisode illustre la faiblesse politique de Nicolas Sarkozy, contraint à un remaniement plus large pour satisfaire les désirs des uns (Baroin, Pécresse), flatter ses grognards (Wauquiez, Mariani) ou décourager ses rivaux centristes. Et mercredi matin, le Monarque s'est défaussé : « le remaniement, c'est Fillon qui s'en occupe. » Ben voyons !

En fin de journée, ce remaniement, comme la nomination de Lagarde au FMI, étaient presque complètement oubliés.

Les deux otages français Taponier et Ghesquière avaient été libérés Nicolas Sarkozy informa directement les familles. Il fallait faire oublier qu'il y a plus de 500 jours, le Monarque et son ministre Kouchner de l'époque avaient publiquement critiqué « l'imprudence » de ces journalistes. En février 2010, le général Gergolin, chef d’état-major des armées françaises nommé par Sarkozy, s'était inquiété du coût des opérations de sauvetage.

Il y a 8 jours, la France suivait les Etats-Unis dans un retrait militaire partiel d'Afghanistan.

Coïncidence ?





29 juin 2011

Sarkozy visite des poulets et nous prend pour des cruches.

Il a raté son coup. Non seulement ses diversions n'ont pas servi, mais en plus il est apparu presque ridicule, à visiter des poulets et faire si grossièrement semblant d'y attacher une quelconque importance.

Mardi 28 juin, à 11h33, Martine Aubry était à Lille, dans une ancienne gare, en tenue sobre sur une estrade dépouillée. « J'ai décidé de proposer ma candidature à l'élection présidentielle ». Les médias étaient tous là. Son annonce fit l'ouverture des journaux télévisés et radiophoniques.

Dans la Sarthe, Nicolas Sarkozy était parti, urgemment, visiter un élevage de poulets, dans la Ferme de Monsieur et Madame Thibault puis discuter de sécurité alimentaire, à Sablé, un village interdit à la circulation dès 7 heures du matin et bouclé par plusieurs centaines de CRS et gendarmes. Le déplacement fut faussement calme. La veille, un peu avant minuit, les Jeunes Agriculteurs et la FDSEA avaient annulé in extrémis la contre-visite d'une exploitation agricole qu'ils avaient organisé Le jour même, environ 200 manifestants étaient tenus à l'écart à un rond-point voisin. Vers 11h, deux hélicoptères de l’armée déposèrent Nicolas et François à 300 mètres de l'exploitation agricole. Le parc de présentation des poulets de Loué, « élevés en plein air » comme dit la publicité, avait été soigneusement nettoyé.

Devant la grosse troupe de journalistes, micros et caméras présents pour cette visite champêtre inoubliable, Nicolas Sarkozy se fit filmer en train de caresser un poussin (« Qu'est-ce que c'est doux ! »), de toucher un gros tube de maïs alimentaire (« que c'est grand ! »), puis, quelques minutes plus tard, tout souriant et attentionné avec son Fillon devant un buffet campagnard, une bouteille de cidre à la main : « Et  toi, tu bois quoi ? » Fillon, élu local pour la circonstance, avait un petit cadeau, un ouvrage de Pierre Reverdy, grand poète, ami de Picasso,, Braque et Matisse, et mort à Solesmes, dans la Sarthe évidemment.

Les deux hommes purent s'isoler quelques minutes, face aux champs, ... pour mieux laisser les photographes prendre quelques clichés.

Quand un journaliste de France 2 réussit à lui décrocher quelques mots de commentaires sur les raisons de cette première visite dans le fief de Fillon, notre Monarque confia combien ils avaient, son premier ministre et lui-même, appris à se connaître à à travailler ensemble : « D'abord, nos métiers sont des métiers difficiles qu'on apprend au fur et à mesure. On apprend à mieux travailler ensemble, on apprend à mieux exercer ses fonctions (...) et un peu de stabilité dans une France qui avait été habituée au changement des ministres continuel, je crois que c'est important.» Sur le coup, Sarkozy s'interdit de réagir à l'annonce de candidature d'Aubry. Il l'attendait évidemment. Il ne pensait qu'à cela, depuis des semaines. Mais jusqu'au bout, il tient à jouer son rôle de composition. Quand on lui demande ce qu'il pense de cette candidature, il ne répond pas. Fillon s'empresse de donner un peu de poulet à un journaliste : « Prenez du poulet. Quand vous aurez la bouche pleine, vous ne poserez plus de question ».

Un peu plus tard, 1.500 participants, un public « trié sur le volet et composé en grande majorité de militants UMP » convoqués depuis 9 heures, relevait un quotidien local, attendaient le Monarque et son Premier Chambellan dans la salle Georges-Mention de Sablé-sur-Sarthe., pour une table ronde sur la qualité et la sécurité de l'alimentation, « à laquelle des personnalités nationales ont pris part. Quelques militants UMP scandèrent à l'entrée « Nicolas ! Nicolas ! Nicolas ! ». 

Installés sur leur table, sous l'habituelle immense structure métallique où l'on avait perchés les projecteurs de ce show télévisé, les deux se sont lancés quelques compliments : « François Fillon s’est dévoué sans compter depuis quatre ans au service de la France. (...) On en a traversé des crises, on en a affronté des difficultés, et ce fut toujours pour moi un grand soutien que de pouvoir compter sur le conseil et sur le sens de l'Etat » (Sarkozy). « Après quatre ans, nous n’avons pas à rougir du travail que nous avons fait ensemble » répondit Fillon, qui, justement, était encore écarlate de timidité après l'hommage de son patron.

 « Nous sommes avec François Fillon dans la vraie actualité des Français: peuvent-ils avoir confiance dans ce qu'ils achètent pour se nourrir .» De proposition sur la fameuse sécurité alimentaire, objet de ce déplacement en fanfare, il n'y en eu aucune. Ou presque. Fillon a quand même appelé de ses voeux la création d’une appellation « Rillettes ». Nous sommes rassurés...

A 13 heures, les deux hommes repartaient à Paris.

En privé, le Monarque lâcha qu'il trouvait Aubry archaïque et sectaire. L'agacement du clan sarkozyen devant l'échec de cette nouvelle manoeuvre pouvait se lire, indirectement, sur le blog de Franck Louvrier. Le conseiller en communication du Monarque est aussi élu des Pays de Loire. Et il n'était pas content, au sortir de cette rencontre campagnarde. A peine rentré au bureau, il s'est donc lâché sur son blog : « A l’occasion du déplacement aujourd’hui, du chef de l’État et du Premier ministre dans la Sarthe, sur la qualité alimentaire, dans la 2ème région agroalimentaire de France, l’exécutif régional n’est pas représenté. Pendant ce temps Jacques Auxiette rédige son communiqué de soutien à la candidature de Martine Aubry…»

Sarkozy avait pourtant autre chose à faire que de caresser le duvet des poussins. Il aurait pu ainsi commenter la nouvelle envolée du chômage, en mai. « Une vraie douche froide ! » commente le Figaro. Plus de 2,7 millions de personnes n'avaient aucun emploi à fin mai. En ajoutant les précaires du temps partiels, le « sous-emploi » officiel grossit à 4,1 millions en France métropolitaine, soit 151.000 chômeurs de plus inscrits en catégorie A, B et C sur 12 mois glissants.

En Grèce, de nouvelles manifestations monstres et une grève générale agitaient le pays, tandis que son parlement devait voter un nouveau « plan de sauvetage », condition de la nouvelle tranche de 110 milliards d'euros de prêts . L'enjeu est de taille. Les précédentes manifestations, il y a 15 jours, avaient provoqué la démission du gouvernement, et empêché l'adoption d'un plan d'austérité. Sans plan de rigueur, les Etats-membres de la zone euro semblent prêts à lâcher l'Etat grec. Et l'euro pourrait disparaître.

Dans ce contexte si grave, Sarkozy devait remplacer sa ministre des finances. 15 minutes avant les JT de 20 heures, la nomination de Christine Lagarde pour succéder à DSK à la tête du FMI était annoncée.

Ouf ! Sarkozy pouvait être soulagé. On allait oublier sa si ridicule prestation médiatique du matin au milieu de quelques poulets.






28 juin 2011

La Très Grande Conférence du Très Grand Sarkozy

Initialement annoncée le 15 juin, la quatrième conférence de presse de Nicolas Sarkozy a été décalée à ce lundi 27 juin pour une raison bien simple : le Monarque voulait occuper l'espace médiatique de la semaine, à la veille de l'annonce de candidature de Martine Aubry à la primaire socialiste.La démarche, déjà mesquine, fut finalement peu convaincante.

Il y avait pourtant d'autres sujets pour occuper le terrain. En Syrie, par exemple, les massacres de civils se poursuivent. A Gaza, une seconde flottille va tenter de briser un blocus. La France suivra-t-elle l'exemple grec ? Que Sarkozy avait-il à répondre aux inquiétudes de la Cour des Comptes, exprimées pourtant la semaine dernière, sur le dérapage incontrôlé des comptes publics ?

Ce lundi, Sarkozy faisait donc le service après-vente de son Grand Emprunt - 35 milliards d'euros - et de ses « investissements d'avenir ». Qu'avait-il donc de si important à annoncer ? Rien. Vraiment, rien. « L’objectif est de mettre en scène un gouvernement au travail » notait l'envoyé spécial du Monde, « le candidat s’est vite révélé derrière le président » compléta Hervé Nathan de Marianne. Pour faire bonne figure, et montrer qu'il bosse dur, le Monarque promit de venir faire le point chaque mois sur le bilan du Grand Emprunt. Fichtre ! Quelle agitation ! En février 2010, Sarkozy s'était payé quelques publicité à oups de millions d'euros, dans tous les journaux du pays, figurant une Marianne enceinte souriant à l'horizon.

Il était évidemment trop tôt pour dresser un quelconque bilan de cette opération d'endettement électoraliste. Tout n'a pas été dépensé, et, il faudra des années pour savoir si les choix initiaux ont été judicieux. Seuls treize milliards d'euros ont été engagés à date, sept supplémentaires le seront d'ici la fin de l'année. 396 projets ont été retenus. Surtout, Nicolas Sarkozy s'est bien gardé, 18 mois après ses premières annonces d'expliquer combien d'autres crédits d'investissement avaient été supprimés depuis 2010.

Sarkozy commença par rappeler qu'il avait annoncé, en juin 2009 devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles le lancement d'un Grand Emprunt « pour financer les investissements d'avenir dont la France avait besoin pour garantir son avenir ». Le Grand Emprunt était la réponse à la crise. En décembre de la même année, le Monarque adoptait la mesure. Une minute venait à peine de s'écouler que déjà Sarkozy s'interrompait : « je suis frappé par la capacité de sous-analyse que nous avons de la force de la crise que nous avons connu, que le monde a connu. ... Je sais bien que l'actualité chasse l'actualité... Mais cette crise fut d'une gravité sans précédent.»

Il reprit le fil de son texte, rappelant qu'en trente ans, aucun budget de l'Etat n'a été voté à l'équilibre et que « dans le même temps le niveau des investissements de l'Etat n'a jamais cessé de décliner » : 12,5% des dépenses publiques en 1974 à 7,5% en 2007.

« En vérité... la vérité est là, elle est incontestable, nos déficits ont servis à financer des dépenses courantes au détriment des investissements ». Il répéta ses chiffres, les sourcils toujours relevés, l'air presque ahuri par son propre texte : 12,5% en 1974 contre 7,5% en 2007 ! « Ce chiffre est me semble très illustratif du chemin que nous devons emprunter et du chemin que nous ne devons pas emprunter ». Soit. Mais le monarque se trompe : l'investissement public n'a pas fléchi en valeur absolue (hors inflation). Ce sont les autres dépenses qui se sont envolées !

Pour s'auto-féliciter, Sarkozy ne lésina pas avec l'emphase. Après « la plus grave crise depuis un siècle » (et hop ! Oubliées la crise de 29 puis la seconde guerre mondiale...), il s'étourdissait de compliments sur l'ampleur de son Très Grand Emprunt. 35 milliards d'euros ! Incroyable !!

« Je crois pouvoir dire que jamais dans son histoire la France n'a fait un tel effort au service de l'investissement ! »

Ben voyons ! Avant Sarkozy, la France était petite et aveugle. On ne faisait rien, sauf des bêtises, de la mauvaise dette ou des réformes contre-productive. Oh bien sûr, la France avait quelques atouts, comme la qualité de son enseignement, sa « démographie », ses « infrastructures modernes », « sa recherche fondamentale de tout premier rang », son énergie nucléaire et « donc de la plus grande indépendance énergétique en Europe», et, last but not least, son agriculture qui lui assure « l'autosuffisance alimentaire ». Fichtre ! Pour un pays si mal en point avant les Lumières sarkozyennes... que d'atouts ! En fait, expliqua le Monarque, ces atouts n'étaient rien sans le Grand Emprunt, et la nouvelle (?) priorité accordée à la production. Il lâcha alors :

« Une richesse qui n'est pas produite, c'est une richesse qui ne peut pas être distribuée ou redistribuée. »

Les formules sonnent souvent creux, comme si les conseillers ès discours du Monarque avaient eu quelques difficultés à politiser ce texte globalement barbant. Fallait-il énumérer les 396 projets déjà engagés ?

Le visage s'empourpra souvent, Sarkozy jouait aux faux-modestes. Il répétait. « La seule façon de profiter de la mondialisation et de ne pas subir, c'est l'innovation, la recherche, et l'investissement. On voit d'ailleurs avec ce que se passe en Grèce que la réduction des dépenses ne suffit pas pour sortir de la crise. » Effectivement... On voit plutôt l'inverse...

Sarkozy se lança ensuite et enfin sur le fameux bilan du Grand Emprunt. Allons-y !
D'abord, la méthode, qu'il résume en deux mots, pompeux à souhaits : « sélection et excellence ». Il adore le terme excellence. Dès le début, en décembre 2009, Sarkozy abusait du terme. Et cette fois-ci, tout au long de sa conférence, l'excellence fut saupoudrée à de nombreuses reprises : laboratoires (malgré la baisse de 11% des crédits du CNRS cette année), décisions, brevets,  campus, internats, chercheurs, instituts, etc... Tout sera dont « excellent ».. Quelle conférence... d'excellence !

« Je sais que ce ne sont pas des mots faciles. Nous avons absolument voulu éviter le saupoudrage. (...) Nous avons décidé de nous appuyer sur des jurys internationaux (...) Ce sont près de 1500 projets qui ont été déposés. » Toujours bravache, il ajouta :

« Jamais il y a une telle émulation et un tel dynamisme en France ! »

Jamais ! Puisqu'on vous le dit ! Une cagnotte de 35 milliards ... et aussi peu de projets ?

Seconde innovation... « L'Etat n'est pas simplement un sélectionneur, l'Etat devient également un investisseur que nous souhaitons - monsieur le premier ministre - avisé. » dit-il en se tournant sur sa droite, vers Fillon, gros sourire aux lèvres. Sélectionner et investir ! Quelle innovation ! Sarkozy voulait dire que l'Etat subventions contre des contreparties : quote-part de capital, royalties ou agios... N'était-ce pas une décision contrainte par les agences de notation et le niveau d'endettement (plus de 1.500 milliards d'euros au moment de l'emprunt) ? 

Troisième remarque, avec le renfort des entreprises et des collectivités locales, Sarkozy espère dépasser les 60 milliards d'investissements.

« Alors, j'entends bien les critiques... » Et il se fait lui-même les questions et les réponses. Procédures lourdes ? Peut-être, mais il fallait « éviter de donner l'argent aux ministères ». Trop grande centralisation des projets ? C'est faux. Sarkozy embraye ensuite sur la lecture, fastidieuse, d'une longue liste de projets retenus. « Pardon de cette évocation un peu à la Prévert ». Mais il continua : 1,7 milliard d'euros pour l'enseignement supérieur et la recherche, 2,85 milliards d'euros pour l'industrie (« dans laquelle on croit ») et les PME, 1,64 milliard pour le développement durable;  610 millions pour le numérique; 2,4 milliards d'euros pour la santé; un milliard pour les réacteurs nucléaires de 4ème génération, un autre pour les énergie renouvelable.

12 minutes plus tard, le monologue se terminait enfin. Sarkozy concluait enfin: « La France est confrontée à un monde totalement nouveau, à des concurrents qui ne nous attendent pas. » L'essentiel de l'assistance est larguée. Tout juste retiendra-t-on que lorsqu'un jury, malgré sa « sélectivité » et son « excellence », ne retient pas un projet cher au président, le Monarque demande à son premier ministre de trouver d'autres financements. Ce sera ainsi le cas pour un centre de recherche contre le Cancer, sans doute jugé peu rentable ou moins « d'avenir » par les experts du jury...

Sarkozy est-il un investissement d'avenir ? Pas sûr. Place aux questions. Une à une, elles furent l'occasion de propos politiques bien éloignées du simple grand emprunt. La première vint de TF1, sur une éventuelle réorientation des décisions vers les énergies alternatives au nucléaire. Mangeant ses mots à quelques reprises, le Monarque ne répondit pas sur le fond : les « réorientations » de priorités ne concernèrent pas les énergies alternatives, mais... le cancer, et ... la sûreté du nucléaire ... Il a bon dos, le Grand Emprunt. Et que dire de la recherche contre le cancer ? Un peu plus tôt dans sa conférence, le Monarque expliquait qu'il avait du demander à Fillon de trouver comment financer un centre de recherche, puisque les « experts » du Grand Emprunt avaient refusé le concept.

Pense-t-il à 2012 ? Le mensonge qui fit office de réponse fut énorme. Sarkozy ne réalisait pas l'énormité de son propos : « 2012 c'est l'année prochaine donc dire qu'on ne pense pas à l'année prochaine, personne n'y croirait. (...) Mais j'ai du travail. (...) c'est mon devoir, je n'ai pas le choix. (...) Je ne me peux pas me distraire de cela. »

A propos de la « règle d'or » - l'obligation constitutionnelle de l'équilibre budgétaire, il ressortit  l'argument bi-partisan :  « C'est pas une question de gauche et droite. Croyez moi ! » L'occasion aussi de fustiger, avec de faux arguments (mais qu'importe !) d'éventuels opposants : « ceux qui auront l'idée de revenir sur le non remplacement d'un (fonctionnaire) sur deux (partant à la retraite, NDLR), de revenir sur la réforme des retraites ou de refuser une règle d'or qui obligera tous les gouvernements à prévoir un budget en équilibre à terme, ce sera l'explosion de la dette, l'explosion des déficits et l'impossibilité de la France de se financer. » Le chantage est bien gros. En février dernier, la Cour des Comptes rappelait combien le gouvernement était incapable de justifier plus de 100 millions d'euros d'économies liées aux suppressions annuelles de postes dans la Fonction publique. 100 millions, à comparer avec les près de 1.600 milliards d'euros d'endettement public...

« Je n'ai pas été élu pour que la France connaisse les affres de la Grèce, du Portugal ou de l'Irlande » précisa le Monarque.

A-t-il été élu pour raconter autant de bêtises ?

Bizarrement, aucun journaliste ne fut là pour demander ce que notre Monarque pensait de la contradiction suivante : la suppression de 15 à 16.000 postes par an d'enseignants dans nos écoles, collèges, lycées et universités est-elle un investissement d'avenir ?

Notre confrère Guy Birenbaum avait une autre question, elle-aussi ne fut pas posée. Il y a quelques jours, dans le Figaro, on pouvait lire cette confidence de Nicolas Sarkozy  :Tout se passe comme je l’avais prévu. Bien sûr, je ne pouvais pas prévoir ce qui se passerait pour Strauss-Kahn… Mais j’étais sûr qu’il ne pourrait aller à la présidentielle. »

Pourquoi donc Sarkozy était-il si sûr de lui ?


27 juin 2011

Sarkozy ouvre le bal des faux-culs

Ce lundi, Nicolas Sarkozy a programmé une conférence de presse, comme par hasard, pour parler des investissements d'avenir. La mesquinerie du Monarque est admirable. Il déteste les conférences de presse, au point d'en avoir accepté que trois jusqu'à présent - alors qu'il en promettait de fréquentes quand il était candidat. Mais ce lundi, il veut occuper le terrain. Il s'attend à l'annonce de la candidature de Martine Aubry, aux primaires socialistes, mardi 28 juin. Ce scrutin interne l'agace. Il a demandé à Jean-François Copé d'attaquer la démarche, ce que le zélé député-maire et secrétaire désigné du parti présidentiel s'est empressé de faire depuis 10 jours.


Mardi dernier, au Bourget, il avait joué la carte de la fausse neutralité, à propos du Grand Emprunt, qui n'a d'importance qu'électorale : « J'aimerais que la France fasse le choix de se hausser au-dessus de ses querelles partisanes pour considérer que ce qui se joue avec cet argent c'est la situation de notre économie, de nos emplois et de notre société dans les 20 ans qui viennent. » Sarkozy aimerait que l'on oublie qu'il est Président des Riches.

La semaine dernière Xavier Bertrand, ministre de la Santé et du travail, pouvait se féliciter de ses propositions de réforme du médicament. Le consensus était quasi-général, quand il proposait d'interdire les visites médicales individuelles au sein des hôpitaux ou la création d'un portail public du médicament. Le Dr Hélène Frachon, qui a mis à jour l’affaire Mediator, était toute retournée :  Quand j’écoute l’énoncé de ces réformes, il me semble que ce que j’ai vécu dans mon enquête sur le Médiator, ne pourrait plus se dérouler de cette façon-là. »

Cette réforme est un peu l'arbre qui cache la forêt. Il a fallu quelques milliers de morts pour que la Sarkofrance accouche d'une micro-révolution. D'autres n'ont pas eu la « chance » de mourir, mais seulement de souffrir, dans l'indifférence politique quasi-générale.

1. C'est peut-être un détail pour vous, comme disait la chanson, mais il veut dire beaucoup. A Paris, notre confrère Menilmuche révèle que les femmes ne seront plus admises au Samu social de Paris. En cause, la suppression des aides publiques de l'Etat (qui finance à 92%).

2. Le 22 juin dernier, une trentaine de migrants tunisiens étaient expulsés de leur campement de fortune dans le parc des Buttes-Chaumont, dans le 19ème arrondissement de Paris, et arrêtés. Cela fait des mois que Claude Guéant, le ministre de l'intérieur ET de l'immigration leur promet l'expulsion rapide. Six jours auparavant, environ 70 Tunisiens avaient déjà été virés de leur squat au 36, rue Botzaris, qu'ils occupaient depuis le 31 mai dernier. Cette fois-ci-, 4 cars de police (et 3 voiture) étaient là au petit matin pour emmener les récalcitrants. Guy Birenbaum en parlé sur Europe1. Rue Botzaris, le bâtiment occupé est propriété de l'Etat tunisien. Des archives du RCD, le parti du Ben Ali, seraient encore stockées sur place. Depuis l'évacuation, le bâtiment est sous contrôle d'agents de surveillance privés.

3. Cette année, le gouvernement a encore décidé de supprimer des postes d'Aides à la Vie Scolaire, ces soutiens pour les élèves souffrant de handicap. Le décompte est imparfait, car, évidemment, le ministre Chatel n'a publié aucun communiqué. En avril dernier, en Haute-Garonne, 139 élèves handicapés avaient perdu leurs AVS dont les contrats n'avaient pas été renouvelés. Début juin, l'inspection académique a confirmé la suppression de 174 AVS dans l’Aude. Près du Mans, à Coulaines, des parents d'élèves s'inquiètent de la disparition, en septembre, d'une classe d'intégration scolaire.

4. La semaine dernière, la Capeb, qui représente les artisans du bâtiment, a signé une convention avec l'Agence nationale de l'habitat (Anah), pour rénover les systèmes de chauffage et d'isolation des propriétaires modestes. Benoist Apparu, le trop jeune secrétaire d'Etat en charge du logement, était là pour l'occasion, ce mercredi. Il venait de caser sa directrice de cabinet à la Cour des Comptes. Apparu est, entre autres, responsable de satisfaire l'une des promesses de Nicolas Sarkozy, celle qu'il n'y ait plus de décès de SDF dans la rue avant ... 2008. Pour l'heure, on ne parlait que d'isolation : 300.000 logements privés doivent être réhabilités d'ici 2017, grâce à un financement de 500 millions d'euros. Cet accord est symbolique et sans grande portée : l'INSEE évaluait, il y a peu, à 3,8 millions le nombre de foyers en situation de précarité énergétique...

5. Il y a une dizaine de jours, les 800.000 précaires de la fonction publique ont compris que le gouvernement n'avait finalement pas grand chose à leur proposer. Quand il passe à la télévision, comme en janvier dernier, Nicolas Sarkozy leur promet toujours qu'il va s'occuper de leur cas. L'avant-projet de loi du gouvernement en la matière, révélé par le site Acteurs Publics montre qu'il n'en est rien. Les conditions de titularisation des agents en CDD recrutés sur des besoins « abusivement qualifiés de temporaires, occasionnels ou saisonniers », commente le site, seront drastiques. « Nous sommes floués par le gouvernement, s’emporte Patrick Hallinger, secrétaire national de la CGT-UGFF. La plupart des agents en CDD occupant des emplois permanents ne pourront pas bénéficier du dispositif parce qu’ils sont injustement répertoriés par l’administration en emplois temporaires.»

6. Claude Guéant a réduit, pour les Tunisiens, l'aide au retour. De 2.000 euros, le ministre l'a réduite à 300 euros. Voici le soutien à la jeune Tunisie qui, elle, accueille quelques 300.000 Libyens ...

7. Le ministre de l'immigration expliquait ces dernières semaines combien les enfants d'immigrés sont davantage en difficulté scolaire que les autres. Le pauvre Guéant s'est bien planté. Il a « mis le feu » à l'INSEE, organisme public dont les enquêtes et mesures contredisent les déclarations du ministre. Le résultat est inverse, comme l'expliquait ce weekend l'Observatoire des Inégalités. Officiellement, « entre 50 et 55 % des enfants dont la famille est originaire du Maghreb, d’Afrique sub-saharienne ou du Portugal obtiennent le bac, contre 64,2 % pour les enfants de famille non-immigrée, selon les données du ministère de l’éducation.» Mais comme ces enfants d'immigrés sont issus, largement majoritairement, de milieu défavorisé, ce « résultat » est quasiment inespéré. Et l'observatoire précise ses conclusions : « Si on ne considère que les enfants dont aucun des parents n’a le bac, les écarts sont quasiment nuls entre immigrés et non-immigrés pour l’obtention du bac général ou technologique. »




26 juin 2011

Les 36 scandales de la République irréprochable

Cet article, signé Diké, est un terrifiant bilan de l'une des promesses phare du candidat Sarkozy de 2007. A l'heure où l'homme est à nouveau candidat et use de tous les artifices pour sa survie à l'Elysée, voici une liste, qui s'allongera encore d'ici le 6 mai 2012, de ces affaires qui polluent la Sarkofrance depuis plus de 4 ans. Certaines affaires ne datent pas d'hier (cf. 23, 24 et 27), mais leurs auteurs ont été promus sous Nicolas Sarkozy pour des raisons de politique interne à l'UMP.

Depuis 2007, les médias nous informent régulièrement d'affaires ou de possibles scandales impliquant des ministres des gouvernements Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Bien sûr, la plupart de ces informations n'ont pas été suivies de condamnations judiciaires et pourraient faire l'objet d'attaques en diffamation si nous n'étions pas prudents quant aux termes employés pour les rappeler.

Cependant, à moins d'un an de la prochaine élection présidentielle, il importe de garder à l'esprit tous ces scandales de la « République irréprochable » prônée par Nicolas Sarkozy, qu'ils soient avérés ou simplement dénoncés par les médias.

1. En pleine révolution tunisienne, Michèle Alliot-Marie propose le 11 janvier 2011 à l'Assemblée nationale que « le savoir-faire de nos forces de sécurité, qui est reconnu dans le monde entier, permette de régler des situations sécuritaires de ce type ». La livraison de grenades lacrymogènes aurait finalement été annulée par la ministre le 18 janvier 2011, soit quatre jours après la fuite de Ben Ali.

2. Mais Le Canard enchaîné révèle aussi que Michèle Alliot-Marie a passé ses vacances de fin d’année en Tunisie, alors que les Tunisiens avaient déjà commencé leur révolution. Michèle Alliot-Marie, son compagnon Patrick Ollier, et ses parents auraient effectué deux trajets dans le jet privé d' Aziz Miled, un homme d'affaires qui aurait été proche de la famille Ben Ali-Trabelsi. Il aurait même été question d'une transaction immobilière en Tunisie. Mediapart a ajouté que Michèle Alliot-Marie se serait également entretenue au téléphone avec « le Président en fuite » pendant ses vacances. Elle a finalement démissionné.

3. L'affaire Visionex concerne une société qui aurait proposé à des cafetiers l'achat de bornes internet qui, selon l'accusation, seraient en fait des machines à sous permettant des paris clandestins. Une enquête pour infraction à la législation sur les jeux de hasard a été ouverte. Mais le 6 octobre dernier, Le Canard enchaîné a révélé que lors d'une perquisition effectuée chez David Sénat (mis en examen le 1er octobre 2010) les policiers de la brigade de répression du banditisme auraient trouvé une lettre écrite en juillet 2008 par Michèle Alliot-Marie, annotée par Rachida Dati, alors ministre de la Justice, pour demander de « clôturer les investigations dans le cadre de la commission rogatoire, car la bonne foi a été prouvée ». Or, l'enquête impliquait le fils de l'ancien garde des Sceaux Albin Chalandon, Fabien Chalandon, mis en examen le 20 mai 2010. Rachida Dati a dit qu'il s'agissait d'une déclaration mensongère et qu'elle envisageait de porter plainte.

4. D'après Le Canard Enchaîné, deux frères de Fadela Amara auraient occupé son logement de fonction de 120 m² (trois pièces, un bureau, deux salles de bains et un cuisinier à disposition) à Paris pendant plusieurs semaines, un hébergement de ses proches aux frais de la République.

5 . Le Canard enchaîné a révélé que Christian Blanc a fait acheter sur le budget de son secrétariat d'État pour 12 000 € de cigares en dix mois. Il aurait remboursé 3 500 euros correspondant, selon ses dires, à sa « consommation personnelle », avant de rembourser la totalité de la dépense...

6. Le Canard enchaîné a révélé en juin 2010 que Jeannette Bougrab avait fait doubler son indemnité de présidente de la HALDE (de 6 900 à 14 000 euros mensuels). Après qu'elle ait déposé plainte pour diffamation, le tribunal correctionnel de Paris l'a déboutée soulignant que l'enquête du Canard enchaîné était sérieuse et que les chiffres déclarés étaient « tout sauf fantaisistes ».

7. La mission sur la mondialisation confiée à Christine Boutin par l’Élysée. L'ex-ministre était rémunérée 9 500 euros par mois pour cette mission (dont certains professionnels jugeaient qu'elle ne présentait qu'un intérêt mesuré), auxquels elle a ensuite renoncé, et qu'elle cumulait avec sa retraite mensuelle de députée et de conseillère générale.

8. Nous connaissons les positions de Christine Boutin sur l'homosexualité, dans son livre Le Mariage des homosexuels (paru en 1998), Christine Boutin pose la question : « où placera-t-on la frontière, pour un enfant adopté, entre l'homosexualité et la pédophilie ? ». Mais n'oublions pas l'opposition de Luc Châtel à la diffusion du court-métrage d'animation « Le Baiser de la lune » dans les écoles, destiné à la prévention contre l'homophobie, et la manière dont Valérie Pécresse aurait poussé Roger Karoutchi à faire son « coming-out » lors de l'investiture UMP pour les élections régionales en Ile-de-France, en sous-entendant qu'un chef de région était d'abord un chef de famille, ce que M. Karoutchi ne pouvait pas être... Enfin, notons que l'actuel ministre de la défense et des anciens combattants, Gérard Longuet, aurait fait un rapprochement entre homosexualité et pédophilie, en juillet 2008, au Sénat. Il ne souvient pas avoir tenu ces propos.

9. Marc Robert, procureur de la République de Riom depuis 2000, a été muté (en 2009) car il aurait critiqué la réforme de la carte judiciaire conduite par Rachida Dati, un procédé appelé « promotion-sanction ». Or, le 30 décembre 2010 le Conseil d’État a annulé le décret de mutation de Marc Robert (qui avait déjà été muté à Paris) au motif qu'elle était irrégulière. Il est à nouveau Procureur de la République de Riom depuis le 30 mars 2011.

10. Le Canard enchaîné a révélé que Christian Estrosi aurait annulé les réservations d'un vol régulier d'Air France qui aurait dû le conduire , lui et une délégation d'élus et de journalistes, à Washington. Il aurait fait louer à la place un Falcon 900 car les horaires du vol d'Air France ne lui auraient pas permis d'assister à un cocktail organisé à l'Élysée. Le Canard enchaîné a indiqué que ce changement de programme a coûté la somme de 138 000 euros à l'État. Christian Estrosi a présenté ses excuses.

11. Le Canard enchaîné a également révélé que Christian Estrosi aurait occupé deux logements de fonction : un appartement à Bercy et un un hôtel particulier parisien de 2 900 m² (avec cuisinier) appartenant à la République, et que sa fille aurait occupé. Il a invité la presse à se rendre dans ce logement, pour s'expliquer sur cette information...

12. Le Canard enchaîné a pointé du doigt l'économe Pénélope Fillon qui aurait utilisé un jet privé pour se rendre à Roscoff (Finistère) où avait lieu le baptême d'un navire de la flottille des Britanny Ferries qui fait le lien entre la France et l'Angleterre. Coût du vol : 10 000 euros. Elle n'aurait pas voulu prendre le TGV, dont le coût n'aurait été que de 130 euros aller-retour.

13. Fin septembre 2008, François Fillon et sa famille étaient sur le trajet retour d'un « week-end privé » dans la Sarthe quand un avion de tourisme aurait frôlé l'avion du Premier ministre. Problème : les coûteux avions de la République doivent être utilisés dans un cadre strictement professionnel... Le Premier ministre semble avoir pour habitude de se rendre dans son château de la Sarthe en Falcon, alors que cette résidence est à 1h20 de Paris en TGV.

14. Le Canard enchaîné a révélé que le premier ministre et sa famille auraient séjourné à titre privé, lors des fêtes de fin d’année 2010, en Égypte dans des hôtels luxueux d'Assouan. Ils auraient été invités par Hosni Moubarak, Président déchu suite à la révolution égyptienne.

15. Lors de ses vacances italiennes (en Toscane), François Fillon aurait obtenu le prêt d'une Ferrari bleue pour la journée, et ce gratuitement, auprès du patron de la marque (Charlie Hebdo).

16. Une femme qui se trouvait à moto sur la rocade de Rennes, le 19 mai 2009, a été doublée par un 4x4 avec quatre jeunes à bord, dont le conducteur était le fils de François Fillon, Edouard Fillon. Ceux-ci se sont amusés « à la coller », suffisamment pour que la moto soit rayée à l'arrière, puis ont pris la fuite. Elle a indiqué : "J'ai vraiment eu la trouille de ma vie, Il y avait deux jeunes hommes à l'avant. Ils m'ont collée. Moi, je roulais en appui contre la voiture. Un moment, ils ont ralenti. J'ai accéléré. Ils sont restés derrière moi quelques instants avant de me dépasser à nouveau. Là, j'ai eu droit à diverses insultes." (JDD) Le lendemain, elle a déposé plainte au commissariat de Rennes avec le numéro d'immatriculation du véhicule qu'elle avait relevé. Le fils de François Fillon mis en cause n'a fait l'objet que d'un rappel à la loi, le 16 septembre, par un délégué du procureur.

17. Le 28 février 2011, le site internet Lesinrocks.com révèle que Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, a passé les fêtes de fin d'année en Libye.

18. Brice Hortefeux est condamné le 4 juin 2010 par le tribunal correctionnel de Paris à 750 euros d'amende pour injure non publique envers un groupe de personnes à raison de leur origine, à 2 000 euros de dommages-intérêts à payer au MRAP, et à la publication d'un communiqué de presse compte tenu de « l'effet délétère sur le lien social d'un tel propos, quand il est tenu par un responsable de si haut niveau ». La phrase incriminée, visant un jeune homme d'origine maghrébine, était la suivante : « Quand y'en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes. ».

19. Brice Hortefeux a également été condamné le 17 décembre 2010 par le tribunal de grande instance de Paris pour atteinte à la présomption d'innocence de David Sénat, ancien conseiller de Michèle Alliot-Marie, devant lui verser un euro de dommages-intérêts. Il avait laissé entendre que David Sénat était à l'origine de fuites au journal Le Monde dans l'affaire Woerth-Bettencourt. Il a fait appel des deux condamnations.

20. Alain Joyandet a fait louer un jet privé pour 116 500 € afin de se rendre en Martinique, où il devait participer à une conférence internationale.

21. Le Canard enchaîné a par ailleurs révélé que le même Alain Joyandet aurait bénéficié d'un permis de construire illégal pour l'agrandissement de sa villa dans le Var. Le ministre a ensuite renoncé à ce permis de construire...

22. Le Canard enchaîné, en 1995, a révélé un document interne de la Ville de Paris, signé de la main d’Alain Juppé, donnant ordre à ses services de diminuer le loyer de son fils Laurent Juppé qui habitait un appartement de 189 m² appartenant à la Ville de Paris (rue Jacob, dans le 6ème arrondissement, commune la plus chère de France). Des travaux, pour un montant de plusieurs millions de francs, effectués aux frais des contribuables, y ont par ailleurs été effectués. Une plainte pour « prise illégale d’intérêts » a été déposée par l'Association des contribuables parisiens créée ad hoc par Arnaud Montebourg. Une information judiciaire a été ouverte par le procureur de la République de Paris, Bruno Cotte, qui a considéré que le délit de « prise illégale d'intérêts » était établi. Il a annoncé cependant son intention de classer le dossier si Alain Juppé quittait cet appartement. Le procureur général près la cour d'appel de Paris, Jean-François Burgelin, a publié alors un communiqué, approuvé par le ministère de la Justice, affirmant que l’infraction n’était pas constituée et qu’elle était de toute façon prescrite. Cependant, la décision de classement a imposé à Alain Juppé de déménager. Le 28 août 1995, le Garde des Sceaux, Jacques Toubon, a ordonné à Bruno Cotte de quitter le parquet de Paris » (Blog de Laurent Remise)...

23. Dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, Alain Juppé a été le 1er décembre 2004 condamné à quatorze mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité par la cour d'appel de Paris. Il avait été d'abord condamné par le tribunal correctionnel de Nanterre, le 30 janvier 2004, à dix-huit mois de prison avec sursis et dix ans d'inéligibilité.

24. Scandale sur fond de Françafrique et de conflits d'intérêts. En 2009, Pierre Péan, dans son livre Le Monde selon K a révélé que Bernard Kouchner avait eu des activités de conseil auprès des autorités du Gabon (république où l'alternance politique est inexistante) et de la République du Congo (où les élections sont marquées par nombre d'irrégularités) dans le cadre de la réforme du secteur de la santé de ces deux pays. Bernard Kouchner serait aussi intervenu dans le recouvrement de factures pour deux sociétés de conseil, Africa Steps et Imeda, alors même qu'il était ministre des affaires étrangères de Nicolas Sarkozy.

25. Le 10 mai 2011, le procureur général de la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal, a demandé une enquête pour « abus d'autorité » contre Christine Lagarde dans l'affaire de l'arbitrage privé ayant débouché sur l'attribution de plusieurs centaines de millions d'euros à Bernard Tapie en 2008. Mais le procureur ferait une erreur factuelle en affirmant que Christine Lagarde aurait décidé d'un arbitrage en mai 2007, puisqu'elle était à l'époque ministre de l'Agriculture et non des Finances, poste qu'elle occupera à partir du 19 juin 2007. Ce serait Jean-Louis Borloo, ministre de l'économie, des finances et de l'emploi du 18 mai au 19 juin 2007 qui devrait donc être visé. Nous précisons que Jean-Louis Borloo a été l'avocat de Bernard Tapie mais qu'il serait aussi un ami très proche. Une enquête préliminaire sur d'éventuels "abus de pouvoirs sociaux" dans l'affaire Lagarde-Tapie vient d'être ouverte. Elle vise les décisions prises par des hauts fonctionnaires (Jean-François Rocchi et Bernard Scemana), qui auraient dissimulé des éléments de la procédure d'arbitrage et ajouté dans le projet d'arbitrage la notion de préjudice moral (chiffrée à 45 millions d'euros pour les époux Tapie). La Cour de justice de la République a mis en délibéré au 8 juillet sa décision sur une éventuelle ouverture d’enquête contre Christine Lagarde.

26. Très récemment, Mme Lagarde a déclaré sa candidature à la direction du Fonds Monétaire International (FMI), pour succéder à Dominique Strauss-Kahn, inculpé par la justice américaine. Obtenir ce poste nécessite de mener une campagne d'auto-publicité dans le monde entier. Or, comme l'ont pointé de nombreux journaux, non seulement Christine Lagarde consacre du temps (théoriquement dédié à son poste de ministre de l’Économie) mais aussi de l'argent public à cette cause. Le 16 juin 2011, l'Expansion avançait le chiffre de 150 000 euros pour le coût en argent public de cette campagne pour un poste pourtant privé. Mme Lagarde, qui touchera 35 000 euros par mois si elle devient directrice générale du FMI, continue de percevoir pendant sa campagne son salaire de ministre : plus de 20 000 euros par mois.

27. Gérard Longuet est connu pour différentes affaires judiciaires pour lesquelles il n'a jamais été condamné. Ainsi, il a été mis en examen en 1995 dans l'enquête sur le financement occulte du Parti républicain mais il a bénéficié d'un non-lieu le 8 mars 2010, en partie grâce à la loi d'amnistie de 1990 sur les financements politiques. Dans une affaire concernant la construction de sa villa de Saint-Tropez où il est accusé de « recel d'abus de crédit », le ministre est relaxé en première instance, puis par la cour d'appel de Paris en 1998. Il a également été mis en garde à vue en mai 2001, pour recel de corruption dans l'affaire des marchés publics d'Île-de-France mais il est relaxé en 2005.

28. En 2010, Gérard Longuet s'oppose à la nomination de Malek Boutih à la tête de la HALDE car il considère qu'« il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes », excluant ainsi M. Boutih d'un « corps français traditionnel » supposé.

29. Le quotidien La République du centre a révélé qu'Olivier Marleix, conseiller technique du Président de la République et fils de l'ancien ministre Alain Marleix, circulait à bord d'une voiture du parc automobile de l’Élysée lorsqu'il a été arrêté par les gendarmes pour avoir circulé à 119 km/h au lieu des 70 autorisés. Il aurait fait valoir ses relations auprès des militaires et leur aurait comprendre qu'il serait « préférable de classer l'incident ». M. Marleix a démenti ; il a affirmé que le gendarme l'ayant reconnu en tant que Maire d'Anet, aurait spontanément renoncé à le verbaliser.

30. Le site Rue89 nous a informé qu'une employée de 36 ans du Printemps de Nancy aurait été licenciée suite à une altercation avec Nadine Morano. Dans un communiqué, Nadine Morano a réfuté être à l'origine de ce licenciement, qui aurait relevé selon elle de la seule appréciation de l'employeur... Mme Morano avait fait venir le directeur du magasin pour l'informer du comportement de cette employée... ce qui aurait entraîné son licenciement.

31. Patrick Ollier, compagnon de Michèle Alliot-Marie, ancien président de l'Assemblée nationale, ministre des relations avec le Parlement depuis le 14 novembre 2010 est aussi un ami de Mouammar Khadafi, et est à la tête du groupe d'amitié France-Libye à l'Assemblée nationale.

32. Le 22 juin 2011, Georges Tron est mis en examen pour « viols et agressions sexuelles en réunion » sur deux employées de sa Mairie de Draveil. Il est placé sous contrôle judiciaire.

33. La presse a en outre relayé les doutes des élus d'opposition de la ville de Draveil concernant la provenance des fonds qui auraient financé l'installation d'un cabinet de réflexologie de Georges Tron attenant à la Mairie.

34. L'épouse d'Éric Woerth, ministre du Budget, aurait, selon les dires de Patrice de Maistre enregistrés par un majordome de Liliane Bettencourt, été engagée pour faire plaisir au ministre, au sein de la société Clymène chargée de gérer le patrimoine de la milliardaire héritière de L'Oréal. Florence Woerth a démissionné le 25 juin 2010 après des accusations de conflits d'intérêt concernant son mari. Le site internet de l'Express a de plus révélé qu’Éric Woerth avait remis la Légion d'honneur à Patrice de Maistre.

35. Éric Woerth a également été critiqué pour le cumul de ses fonctions ministérielles avec celle de trésorier de l'UMP. Or, selon l'ex-comptable de Liliane Bettencourt, Claie Thibout, 150 000 euros d'argent liquide, dépassant le plafond légal de 7 500 euros, auraient été remis à Éric Woerth par l'intermédiaire de Patrice de Maistre pour financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Le ministre a annoncé sa démission du poste de trésorier de l'UMP le 13 juillet 2010.

La presse s'est aussi étonnée du fait que bien que la 2e fortune de France ait admis elle-même avoir fraudé le fisc (elle a dit avoir remis de l'ordre dans ses comptes depuis), les services fiscaux, de leur côté, n'ont jamais posé aucune question à Mme Bettencourt sur le sujet...

36. Le Canard enchaîné et Marianne ont révélé qu’Éric Woerth avait autorisé, en mars 2010, la vente de gré à gré d'une parcelle de la forêt domaniale de Compiègne à un prix largement inférieur à celui du marché, à l'association privée Société des courses de Compiègne. Saisi par le procureur général de la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal, la Commission des requêtes de la Cour de justice de la République a donné le 13 janvier 2011 un avis favorable à l'ouverture d'une enquête pour « prise illégale d'intérêts ».

À la lecture de cette liste on constate d'une part que les condamnations judiciaires restent relativement rares (les ministres qui n'ont pas été condamnés restent donc officiellement innocents des faits évoqués par la presse) ; par ailleurs, on note que les rares condamnations – inscrites au casier judiciaire - n'empêchent pas ceux qui en ont fait l'objet d'accéder à des postes de pouvoir.

A Bruxelles, Sarkozy perd ses nerfs

Ces derniers jours passés, il faut bien se rendre à l'évidence. Nicolas Sarkozy est énervé. Sa conférence de presse, en marge du Conseil européen, vendredi 24 juin à Bruxelles, n'en fut qu'une triste illustration.

Nicolas Sarkozy n'a pas changé. Bravache, nerveux, narcissique. Ne le critiquez pas, ne lui suggérez pas d'idée, surtout si vous êtes de son camp naturel. Il ne vous le pardonnera pas.

Ce vendredi, la distribution de gifles fut publique, en pleine conférence de presse à Bruxelles.

La Cour des Comptes ? Pas concerné !

Tout avait bien commencé. Nicolas Sarkozy avait évidemment débuté par un satisfecit personnel: « Franchement, à chaque fois, nous avons trouvé la réponse. Et à chaque fois la catastrophe a été évitée. Franchement. »

Lors de cette désormais funeste conférence de presse, Nicolas Sarkozy fut évidemment interrogé sur le dernier rapport de la Cour des Comptes. Les Sages, présidés par l'ancien député socialiste Didier Migaud, se sont publiquement inquiétés de la situation des finances publiques françaises. Et voici ce que notre Monarque répondit :
« Le rapport de la Cour des comptes, j'y attache un grand intérêt mais je n'ai pas cru qu'il m'était adressé. Je pense que le premier président de la Cour des comptes, M. Migaud, s'est souvenu de ses amitiés et qu'il a voulu adresser un message à ceux qui pensent qu'il ne faut pas respecter le rendez-vous de 2013, qu'il faut s'exonérer de la règle du 'un sur deux' [le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite], qu'il faut refuser de voter la 'règle d'or' et qu'il faut remettre en cause la réforme des retraites pour revenir à la retraite à 60 ans. »
Rappelons que la Cour dénonçait (1) l'aggravation structurelle des déficits français par des allègements anachroniques d'impôts, (2) l'imprécision des prévisions françaises, (3) l'emballement de la dette française, et (4) l'impossible tenue des objectifs des rééquilibrage des comptes publics d'ici 2013.

Et sur ces constats précis, Nicolas Sarkozy n'avait rien à dire.

Robert Gates ? « Ta gueule ! »
Pour faire croire qu'il aime l'Europe, ce vendredi, Nicolas Sarkozy devait louer sa guerre en Libye.  Et il était, là encore, énervé. Il n'avait pas apprécié que Robert Gates, le patron du Pentagone, s'inquiète du faible investissement financier des Européens au sein de l'Otan, qui assure notamment la logistique militaire des opérations en Libye : « Je n'ai pas l'impression qu'en Libye l'essentiel du travail soit fait par nos amis américains.» Ou encore : « Il y avait d'autres moments dans l'histoire où il aurait pu dire cela, mais pas au moment ou les Français, les Anglais et les Italiens font le travail ! »
« Si nous n'allons pas plus vite, c'est que nous avons un consensus sur la nécessité de ne pas avoir de bavure. C'est ce qui fait la distinction entre une armée au service de la démocratie et une armée au service d'une dictature »
Trichet ? « Casse-toi ! »
Vendredi, le Monarque a violemment taclé le futur ex-président de la Banque Centrale Européenne. Jean-Claude Trichet, qui rendra son mandat le 1er novembre dernier, a suggéré aux chefs d'Etat européens de nommer un « ministre européen des Finances ». On peut être en désaccord avec le pseudo-rigoureux Trichet, toujours prompt à donner des leçons de rigueur pour sauver la face de l'euro. Mais on ne saurait contester la logique du raisonnement. La crise grecque a ceci de difficile à gérer que la dévaluation de l'euro est actuellement impossible mais, à l'inverse, qu'une gestion des finances au niveau européen est impossible sans un minimum de coordination. Trichet, donc, suggérait une mesure de bon sens, mais qui aurait pu amoindrir, si elle était adoptée, le petit pouvoir monarchique de la Sarkofrance.

Et bien voici ce que notre président français, « cool, présidentiel et zen » a répondu, lors de sa conférence de presse :
« Ce qui compte, c'est un gouvernement économique, avec une politique économique commune, qu'on construise dans cette direction. Je pense qu'au point où nous en sommes (...) le moins de déclarations on peut faire sur tous ces sujets, le mieux c'est. Des actes, des décisions, du sang froid, du calme et un poil moins de créativité. (...) nous avons suffisamment de personnes qui parlent et qui ne doivent pas parler ». 
Une façon polie de dire « ta gueule » à Trichet...

On aurait pu croire que Nicolas Sarkozy préférerait une Europe politique des nations. Que nenni ! Il a laissé l'Assemblée adopter une nouvelle résolution européenne « relatives aux programmes de stabilité et de réforme de la France », qui assujetti un peu plus les décisions budgétaires au contrôle d'une commission bruxelloise non élue.





25 juin 2011

216ème semaine de Sarkofrance : pour Sarkozy, tous les coups sont permis

C'est fait. Sarkozy a perdu la main. Il la reprendra peut-être. Mais ces derniers jours, il n'a rien vu venir, sauf peut-être la mise en examen pour viol de l'un de ses anciens ministres. Pour le reste, il n'a rien anticipé, ni la (nouvelle) crise grecque, ni ce rapport de la Cour des Comptes terrifiant sur les finances françaises, ni même ce rapport parlementaire qui flingue son story-telling sur la fraude sociale.

Mais qu'importe.... La campagne est bel et bien lancée. Et tous les coups sont permis. Mêmes les plus durs...

La Grèce, sinon rien.
L'Europe l'a échappé belle. Ou pas... En début de semaine, le monde tremblait à l'idée que la Grèce ne fasse faillite. Jugez plutôt : 350 milliards d'euros de dette pour un PIB de 230 milliards environ; un parlement qui, sous la contrainte de la rue, refuse de voter un plan de rigueur unilatéral. La veille, les ministres des finances de la zone euro n'avaient pu se résoudre à lâcher une nouvelle tranche de prêts à l'Etat hellénique sans davantage de contreparties de rigueur. Mardi, un nouveau gouvernement, toujours dirigé par George Papandreou, était investi en Grèce. Et vendredi, le conseil européen réunissait les chefs d'Etat de l'UE pour avaliser enfin quelques mesures de soutien.

La Grèce paiera, les Grecs aussi et surtout. Les autres Européens, fournisseurs de juteux contrats (d'armements comme la France) ou de prêts tout aussi profitables (comme les banques françaises, premières exposées en Grèce, avec 64 milliards de créances), lui prêteront à 6% ce qu'ils empruntent à 3,5%. Voici la solidarité européenne ! On oublierait presque que ces membres de la zone euro savaient depuis longtemps que les comptes de la Grèce étaient agréablement truquées pour mieux intégrer le pays dans la fameuse devise.

Sarkozy, d'ailleurs, s'est encore illustré, ce vendredi à Bruxelles, en matière de construction européenne. On le sait, l'une des grandes faiblesses de la zone euro est l'absence de gouvernement économique unifié alors que la monnaie est commune. A gauche, on réclame des « euro-bonds », des emprunts à l'échelle européenne. Mais à Bruxelles, le petit monarque français s'est déclaré sceptique sur l'idée d'un ministre européen des finances.

Au passage, un remplaçant de Jean-Claude Trichet a été nommé à la présidence de la Banque Centrale Européenne, un Italien du nom de Mario Draghi, favori de Berlusconi et de Sarkozy. Ce Draghi est un ancien de la banque d'affaires Goldman Sachs, celle qui conseillait l'Etat grec comment maquiller ses statistiques budgétaires à l'aube des années 2000. Draghi, actuellement gouverneur de la Banque d'Italie, a été vice-président de Goldman Sachs entre 2002 et 2006. Il a dû expliquer qu'il était arrivé après toutes ces magouilles.

Les scandales à venir
Nicolas Sarkozy l'a échappé belle. A moins qu'il n'ait eu du nez ou quelques informations privilégiées. En éjectant George Tron, son ministre de la fonction publique, du gouvernement fin mai, soupçonné depuis quelques jours alors d'agressions sexuelles contre deux employées municipales de sa mairie de Draveil, le Monarque s'évitait un gigantesque pataquès à venir. Cette semaine, le maire de Draveil a passé deux jours d'affilée en garde à vue - la durée maximum - avant d'être déféré devant le parquet d'Evry et mis en examen pour viol.

Autre scandale, l'affaire Tapie. Christine Lagarde, notre déjà ex-ministre des finances (elle fait campagne depuis près d'un mois) a défendu sa candidature, trois heures durant ce jeudi, devant le conseil d'administration du FMI. En France, le parquet a décidé d'ouvrir une enquête contre deux hauts fonctionnaires qui, sous les ordres de Mme Lagarde, aidèrent Tapie à obtenir ses millions d'euros d'arbitrage contre le Crédit Lyonnais...

Le coup de la Cour
Sarkozy n'avait pas vu le coup venir. Mercredi, la Cour des Comptes a publié son rapport sur la situation des finances publiques. Le constat est encore une fois sévère. On savait la situation peu brillante. Mais à force de répétition des mêmes arguments, on avait fini par s'habituer au story-telling présidentiel : Nicolas Sarkozy aurait été ce Très Grand Homme qui a sauvé la France du désastre ; la crise - la plus grave depuis la disparition des dinosaures - serait responsable de tous nos maux ; grâce à notre Monarque, elle aurait été moins grave qu'ailleurs en Europe ; notre redressement des comptes serait assuré, nos dépenses publiques maitrisées.

La Cour des Comptes rappelle combien tout cela n'était que bobards : L'aggravation du déficit et de la dette publics est bien structurelle : la crise (baisse des recettes, plan de relance, etc) ne compte que pour 38% du déficit. Si l'inflation des dépenses publiques a bien été contenue en 2010, c'est aux deux tiers grâce ... aux collectivités locales que les ténors de Sarkofrance se plaisaient à accuser de tous les dérapages.

La situation française est « plus dégradée que dans le reste de l’Europe » : malgré la reprise (moins forte qu'ailleurs), le déficit public français est resté supérieur aux moyennes communautaires, et l’objectif de maîtrise des dépenses publiques jusqu'en 2013 sera « difficile à atteindre » car le déficit actuel reste trop élevé, les mesures d'économies insuffisantes. Pire, la Cour des Comptes souligne que l'amélioration du déficit budgétaire en 2010 par rapport aux prévisions initiales est surtout du à ... une imprécision de l'outil statistique gouvernemental !

Quel coup dur !

Le coup des classes
Cette semaine, notre monarque croyait se réconcilier avec l'école, ses enseignants, ses élèves et leurs parents. En déplacement en province (Lozère mardi, Yvelines jeudi), le Très Grand Homme promit le gel des suppressions de classes primaires après sa réélection (septembre 2012) et la personnalisation des parcours scolaires au collège. Il fut photographié visitant des enfants et adolescents souriants.

Las... personne n'écoute plus. 1.500 classes seront supprimées à la rentrée prochaine. Sarkozy fait des promesses pour après, s'il devenait président en mai 2012. Il a juste oublié, sans doute, qu'il l'était depuis bientôt 5 ans. Ce mardi, il a répété qu'il continuerait, en 2012, à supprimer des postes de fonctionnaires, y compris dans l'Education nationale. Son ministre de l'Education nationale, Luc Chatel, est empêtrée dans une triche au bac (la publication d'une épreuve sur 3, sur Internet, la veille de l'examen). Chatel refuse de faire repasser l'épreuve. C'est normal, il n'y a plus assez de professeurs disponibles !

Le coup électoral
Depuis quelques jours, Jean-François Copé avait réactivé une bonne polémique, minable à souhait. Le secrétaire général de l'UMP s'amusait à agiter la menace d'un gigantesque fichage politique que le Parti socialiste aurait décidé à l'occasion de ses primaires. Question fichiers, il s'y connaît le Copé. En cherchant bien, il trouvera bien celui des restaurateurs qu'avait utilisé son prédécesseur Xavier Bertrand pour envoyer un courrier d'auto-félicitation après la baisse de la TVA. Pendant les dernières élections régionales, l’UMP francilienne racolait les électeurs au téléphone et utilisait un fichier de police pour discréditer un opposant socialiste.


Mercredi, l'UMP croyait tenir son dossier  : un rapport parlementaire de la Mission d'évaluation de l'assurance sociale livrait quelques estimations sur l'ampleur de la fraude sociale. Début juin, le ministre du Travail et de la Santé s'était félicité des 458 millions d'euros (+20%) de fraudes sociales détectées par les Urssaf en 2010. Cette fois-ci, on nous parle de 10 à 19 milliards chaque année, quasiment le déficit de la Sécu ! Et nous eûmes droits, sur quelques journaux télévisés du soir, aux inévitables commentaires médiatiques sur ces assistés-fraudeurs.

Le hic, c'est que la mission parlementaire contredit, ici aussi, l'argument sarkozyen : primo, 80% de la fraude sociale provient du travail dissimulé (entre 6 et 12 milliards) et des  erreurs ou des omissions de calculs de cotisations (2 milliards). La triche (ou les erreurs) commises par des allocataires est estimée à 3 milliards d'euros au maximum. Secundo, les efforts déployés pour traquer la fraude ou les erreurs des entreprises restent dérisoires : 767 sections d'inspecteurs du travail (pour 18,3 millions de salariés), 220 contrôleurs et 1.550 inspecteurs pour vérifier les cotisations sociales de 40.000 établissements. A l'inverse, la traque aux assistés qui abusent dispose de moyens conséquents pour des résultats ... finalement maigres : en 2010, 264 000 contrôles sur place ont été réalisés pour détecter, finalement, 13 114 fraudes représentant 90 millions d'euros. 

La semaine prochaine, Sarkozy s'était calé une conférence de presse. Officiellement, il s'agissait de parler du Grand Emprunt et des « investissements d'avenir ». En réalité, il s'agissait de contrer médiatiquement l'annonce de candidature de Martine Aubry. Nicolas Sarkozy ne pense qu'à ça.

Sa campagne, déjà commencée depuis 18 mois, peut-être 4 ans.

Gouverner ne l'intéresse pas.

Ami sarkozyste, où es-tu ?


24 juin 2011

Quand la Cour des Comptes ne croit plus aux bobards de Sarkozy

  Jeudi 23 juin, on pouvait lire avec délectation et inquiétude le dernier rapport de la Cour des Comptes. Comme souvent depuis 2007, les conseillers n'étaient pas tendres avec le Monarque élyséen. Une nouvelle fois, ils contredisaient un à un les arguments du story-telling présidentiel.

Loin de là, à Washington, Christine Lagarde n'en avait cure. Cela fait près d'un mois qu'elle n'est plus avec nous.

Jeudi 23 juin, elle passait son grand oral à Washington, devant le conseil d'administration du Fonds monétaire international. Elle reste grande favorite pour succéder à Dominique Strauss-Kahn, et quittera donc sans doute son ministère des Finances le mois prochain, pour rejoindre le FMI. A moins que la récente enquête diligentée par le parquet de Paris, pour abus de pouvoirs sociaux, dans l'affaire Tapie/Adidas et qui vise deux des hauts fonctionnaires qui, sous ses ordres et recommandations, ont procédé au règlement arbitral du litige en faveur de l'homme d'affaires ne décourage certains de ses soutiens.

Pour l'instant, Lagarde tient la corde. Depuis des semaines, on murmure que Valérie Pécresse pourrait la remplacer aux Finances, même si Baroin, déjà au Budget, lorgne aussi sur le poste. Si elle file au FMI, Lagarde ira donc donner des conseils de redressement budgétaire aux pays du vaste monde.

En France, la Cour des Comptes s'inquiète justement de la dérive, toujours pas contrôlée, de l'endettement public. L'an dernier, par un tour de passe-passe comptable, François Baroin, son collègue du budget, et elle-même nous avaient fait croire que l'Etat faisait de sérieuses économies. En fait, ces dernières n'étaient que la non-reconduction du grand emprunt (intégralement comptabilisé l'an précédente) et du plan de relance.

Le rapport publié par la Cour contient quelques constats sans détour :

1. Le déficit public reste « très élevé et largement structurel »
La Cour rappelle que le plan de relance a pesé pour 1% du PIB en 2009, puis 0,3% en 2010. L'amélioration du déficit budgétaire en 2010 (versus 2010) n'a été que de 0,4% du PIB (de -7,5 à -7,1%). Côté dette publique, elle s'est alourdie de 98 milliards d'euros l'an dernier, pour atteindre 1.591 milliards en d'année, à 3,6% de taux d'intérêt en moyenne. Le grand emprunt pèse pour 35, l'aide à la Grèce pour 4,4 milliards, mais les remboursements de prêts des constructeurs automobiles et des banques l'ont compensée (6 milliards). L'aggravation est bien structurelle.

Chaque ménage est endetté pour 59.000 euros en moyenne fin 2010.

2. Les dépenses publiques ont été ralenties... grâce aux collectivités locales. La Cour des Comptes se réjouit que l'inflation des dépenses publiques ait été contenue en 2010, ce qui « marque une nette inflexion par rapport à leur croissance tendancielle de 2,4 % par an constatée sur les années 1999 à 2009 ». Mais elle fustige un autre argument gouvernemental : hors grand emprunt et plan de relance, « la norme de croissance zéro du volume des dépenses n’a en réalité pas été respectée, malgré des charges d’intérêts inférieures aux prévisions ».

Au passage, elle accorde son satisfecit aux administrations locales : en volume, « les dépenses publiques locales ont diminué de 1,9 % en 2010 », ce qui explique les deux tiers du ralentissement de l'inflation générale ! On se souvient combien Sarkozy et les ténors de l'UMP ne cessent de fustiger le poids des dépenses des collectivités locales, régions ou départements, majoritairement gérées ... par la gauche.  Ils en seront pour leurs frais.

3. La Cour des comptes s'inquiète des choix fiscaux inconséquents du gouvernement ( les recettes ont été « réduites par des baisses d’impôts »). la critique n'est pas nouvelle. L'an dernier, la Cour dénonçait déjà l'aggravation des niches fiscales (comme la réduction de TVA sur la restauration). Cette fois-ci, elle critique le « coût élevé de la réforme de la taxe professionnelle », une mesure qui coûte 12 milliards en 2010, puis 4,3 milliards par an en rythme de croisière. Au final, le déficit structurel s'est aggravé de 3,7% du PIB en 2007 à 4,6% en 2009 et 4,9% en 2010  (hors plan de relance) : « L’effort structurel a lui-même été quasiment nul en 2010 ». Pour la Cour des Comptes, « la contribution de la crise au déficit est de 2,7 points de PIB (soit 38 % du déficit) ».

4. La situation française est « plus dégradée que dans le reste de l’Europe ». Le constat va à l'encontre de la vulgate sarkozyenne. « La reprise économique, plus forte qu’attendu, a entraîné, dans de nombreux pays, un surcroît de recettes publiques et, par conséquent, des résultats budgétaires légèrement meilleurs que prévus. » Sauf en France... « Le déficit public français est ainsi resté supérieur aux moyennes communautaires, comme ce fut presque toujours le cas au cours des quinze dernières années.»  Si l'on se limite aux déficits structurels, ces derniers « sont restés ou devenus plus élevés que celui de la France en 2010 dans les Etats européens qui ont dû demander une aide internationale (Grèce, Irlande, Portugal) ou qui ont entrepris une consolidation budgétaire vigoureuse (Royaume-Uni, Espagne).» En d'autres termes, la Sarkofrance est la prochaine dans le peloton des Etats en difficulté.

5. La Cour des Comptes n'achète pas le story-telling présidentiel pour 2011 et au-delà : l’objectif de maîtrise des dépenses publiques sera « difficile à atteindre », car les « crédits de certaines missions budgétaires s’avèreront insuffisants ». Au passage, elle note que la prévision de déficit public à 5,7 % du PIB en 2011 place la France dans une situation nettement dégradée par rapport à la zone euro hors France (3,9 % du PIB) et à l’Allemagne en particulier (2,0 %). Et de toute façon, un déficit à 5,7% du PIB sera « encore trop élevé pour enrayer la progression de la dette publique de la France ». Après 2011, la Cour est plus que dubitative : les prévisions de croissance sont jugées « trop favorables », et les mesures d'économies annoncées sont « insuffisantes ».