3 juin 2011

Sarkozy 2012 : la route sera longue pour le Candidat des Riches

Il aimerait bien se dégager de cette image, celle d'un Président des Riches. Cela fait des mois qu'il y travaille, avec ses proches. La récente réforme de la fiscalité des rentiers, qui débute son examen parlementaire, ne sert qu'à cela. Mercredi, quelques députés UMP ont ainsi débattu de la date de fin du bouclier fiscal, ou de l'inclusion, ou non, des oeuvres d'art dans l'assiette de l'ISF.  Pour une autre France, bien plus nombreuse que celle du Premier Cercle, ces débats de riches sont hallucinants.

Cette France précaire et silencieuse, est invisible.  Et ce n'est pas le candidat des Riches qui la mettra en lumière.

Le candidat des Riches...
Les députés vont s'emparer, la semaine prochaine, de la pseudo-réforme fiscale ajoutée à la loi de finances rectificative et adoptée en commission des finances mercredi 1er juin. Ce projet devait supprimer le bouclier fiscal à compter de l'année prochaine, mais allège l'ISF dès cet année. C'était le dernier joli cadeau de Nicolas Sarkozy à ses amis du Premier Cercle. Mais en Commission, les députés de la « majorité » ont durci le texte.

Ils ont d'abord ajouté un amendement qui obligera les bénéficiaires du bouclier fiscal à le déduire de leur impôt avant le 30 septembre 2011, sans attendre un chèque de remboursement du fisc en 2012.

Cela change-t-il quelque chose ? Ben non. Les députés UMP veulent simplement que les heureux bénéficiaires du bouclier n'attendent pas le printemps électoral de 2012 pour réclamer leur dû. Cela ferait tâche et gênerait la nouvelle campagne du Candidat des Riches.

L'allègement de l'ISF est défendu par les ténors de Sarkofrance avec un argument principal : les 300.000 ménages qui sortiront de l'ISF après la réforme étaient injustement taxés à cause de l'inflation immobilière qui a renchéri la valeur de leur résidence principale. Sur son blog, le journaliste Philippe Le Coeur explicite une récente étude du Conseil des Prélèvements Obligatoires sur le sujet, publiée le 11 mai dernier. Et le résultat contredit la thèse gouvernementale. La résidence principale pèse très peu dans la valeur du patrimoine imposé des bénéficiaires de l'ISF : 30% en moyenne, et moins 20% pour les plus petits patrimoines (moins de 1 million d'euros)

Un autre amendement, contraire aux desiderata gouvernementaux, intègre les oeuvres d'art dans le patrimoine assujetti à l'ISF. Le député Marc Le Fur (UMP), auteur de l'amendement, fut pris d'un éclair de lucidité : « Ces biens appartiennent, par définition aux plus fortunés. Ce sont des investissements non productifs qui ont un impact économique quasiment nul. Enfin, l'investissement dans les oeuvres d'art est parfois un biais pour échapper à l'imposition.» Il s'attend cependant à ce que l'amendement soit rejeté en séance pleinière la semaine prochaine. L'UMP a aussi relevé de 150 euros à 300 euros la réduction d'ISF pour les ménages qui ont des enfants à charge. Il n'y a pas de petits profits !


... contre la France Invisible
La France invisible a d'autres soucis. La FNSEA réclame le soutien de l'armée pour faire face à la sécheresse, aider à faucher ou transporter le foin. Les agriculteurs souffrent d'une nouvelle spéculation, sur la paille. Le manque d'eau, avant de provoquer une belle canicule cet été, affecte déjà éleveurs et maraîchers. Mais les agriculteurs ont une double chance au moins. Ils sont représentés par des organisations qui ont la voix qui porte et le Monarque élyséen compte beaucoup sur leur vote l'an prochain.

La France compte bien d'autres précaires, véritablement invisibles pour les radars médiatiques, oubliés des commentaires publics et de l'attention du pouvoir. Parfois, on devine, au détour d'une statistique trop générale, que la crise frappe encore durement.

Pour le second mois consécutif, les ménages français ont ainsi réduit leurs dépenses de consommation, - 1,8 % en l'espace d'un mois en avril, selon les chiffres publiés mardi 31 mai par l'Insee, après un recul de 1 % en mars par rapport à février. Alors que l'inflation repart, l'INSEE estime très faible la revalorisation du pouvoir d'achat cette année : + 0,1 % au premier, + 0,3 % au deuxième trimestre. Une misère !

Le gouvernement se félicite, et Sarkozy le premier, de la reprise de l'emploi. Vraiment ?  Lisez donc ce récent rapport, publié mardi, par la Dares, sur l'emploi des jeunes de 15 à 29 ans.  Et la Dares relevait cette situation paradoxale, bien éloignée du story-telling gouvernemental : « la proportion d’emplois bénéficiant d’une aide de l’État occupés par des jeunes de moins de 26 ans a baissé en 2010 » alors que le «sous-emploi a continué à s’accroître avec l’augmentation du nombre de personnes travaillant à temps partiel mais souhaitant travailler davantage.»

Autre sujet social invisible, la santé. Cette semaine, l'Observatoire des inégalités s'est attardé sur la santé à deux vitesses, relayant notamment une enquête sur la santé et la protection sociale de l’Irdes. La part des dépenses de santé restant à charge des citoyens ne cesse de progresser depuis 30 ans. Nicolas Sarkozy lui-même, a largement augmenter le montant des franchises médicales et des déremboursements. Actuellement, quelque 4 millions de Français n'ont aucune complémentaire santé. Et 1,5 million de personnes théoriquement bénéficiaires de la CMU n'ont pas fait valoir leur droits. Plus grave, l'Etat subventionne pour 5,2 milliards d’euros par an sous forme d'exonérations sociales, les contrats collectifs d’entreprise. Ces derniers sont très rarement solidaires puisque les cotisations ne sont jamais pondérées par le revenu.

La dernière des réformes les plus injustes du quinquennat fut celle des retraites. Sans considération de la pénibilité des carrières, Nicolas Sarkozy devait donner quelques gages aux marchés financiers en alourdissant la charge des retraites sur les plus fragiles : recul du départ minimal de 60 à 62 ans, recul de l'âge de retraite à taux plein de 65 à 67 ans, ET accroissement régulier de la durée de cotisations. C'est la triple peine !

Ce 2 juin, un décret paru au Journal Officiel a précisé les trois cas dérogatoires de maintien de la retraite à taux plein à 65 ans : les aidants familiaux justifiant d'au moins 30 consécutifs d'interruption de travail, les handicapés et les parents nés entre le 1er juillet 1951 et le 31 décembre 1955 et qui ont eu ou élevé au moins trois enfants. Ces derniers devront toutefois justifier moins de huit trimestres de cotisation lors de l'année de naissance ou d'adoption et des deux ou trois années suivantes, et, au moins huit trimestres avant l'interruption ou la réduction de leur carrière professionnelle. Pour les autres, le taux plein s'appliquera à compter de 67 ans et non plus 65 ans, comme prévu dans la réforme adoptée le 27 octobre dernier.

Il fallut attendre l'adoption de la réforme pour que le ministère du Travail publie coup sur coup plusieurs études fort intéressantes sur la durée de l'emploi, l'accès à la retraite, l'ampleur des préretraites.

En 2006, dernière année étudiée par la Dares, dans l'un de ces rapports publiés récemment, 85 % des personnes ayant quitté leur emploi entre 60 et 64 ans avaient perçu une pension de retraite immédiatement après la fin de leur emploi ou dans les trois mois suivants. Les âges de fin d’emploi varient fortement selon la catégorie socioprofessionnelle, rappelait la Dares. Ainsi, employés et ouvriers forment le gros contingent des pré-retraités (61% des personnes quittant leur emploi entre 50 et 54 ans).




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