31 juillet 2011

Dépenses de l'Elysée : ces caprices de Sarkozy qui nous coûtent cher

Lundi 25 juillet à 17 heures, Nicolas Sarkozy recevait bien officiellement le rapport, troisième du genre, sur les dépenses de l'Elysée rédigé par la Cour des Comptes. Notre Monarque est un malin. La nomination du socialiste Didier Migaud à la tête de l'institution et la relative transparence de ses propres dépenses étaient censées couper court à toute polémique. Depuis 2008, les polémiques n'ont pas manqué mais elles ont permis à Nicolas Sarkozy de corriger le tir pour arriver « blanchi » à la campagne de 2012.

C'est exactement pour cela que le Monarque s'est permis cette dernière présentation officielle à l'Elysée du rapport de la Cour des Comptes. Pour montrer que lui au moins, ne craint rien. Dès la remise du rapport, les « éléments de langage» tous prêts étaient livrés à la presse ou, au mieux, résumées dans une dépêche de l'AFP. : qu'on se le dise et le répète, la Cour des Comptes est ravie de la gestion des frais élyséens.

Evidemment, comme souvent, il ne fallait pas céder aux sirènes de l'urgence, prendre le temps de lire ce pourtant court rapport (21 pages), et comprendre ce qui se disait entre les lignes. Que découvre-t-on : que l'urgence de Sarkozy à disposer d'un nouvel avion a coûté une cinquantaine de millions d'euros de trop ; que les dépenses élyséennes baissent parce qu'elles sont refacturées ou réallouées davantage; que les sondages de Patrick Buisson et Pierre Giacometti sont toujours là ; que Sarkozy est capable de claquer 100 à 200.000 euros sur les deniers publics pour un déplacement provincial de quelques heures. Qui dit mieux ?

La mise en scène
Cette fois-ci, il faudrait croire que la même Cour des Comptes qui fut accusée, il y a à peine 14 jours, de la pire partialité quand elle fustigea la déplorable gestion des forces de sécurité et les piètres résultats de la lutte contre la délinquance, soit aujourd'hui confortée dans son action par les mêmes zélateurs sarkozystes quand il s'agit de louer la maîtrise des dépenses publiques.

Soyons d'abord clairs dans la critique : Nicolas Sarkozy a rendu une relative transparence à la gestion des frais de l'Elysée. Mais nous avons pu tous ainsi constaté combien le Monarque usait et abusait de sa charge aux frais du contribuable.

Cette fois-ci, la mise en scène était facile : la Cour avait rendu son rapport le 22 juillet, c'est-à-dire trois avant. L'Elysée avait le temps de préparer ses arguments. L'an dernier, il n'y avait eu aucun cérémonial ni photo avec Sarkozy pour la remise du même rapport.

Pour la bonne forme, les conseillers de la Cour ne lésinèrent pas sur les compliments: « La fréquence des investigations ainsi menées auprès des services de l'Elysée, relayées par la vigueur de l'action conduite par votre directeur de cabinet et ses collaborateurs afin de parvenir, selon les instructions que vous leur aviez données, à une gestion attentive de la règle de droit, soucieuse d'efficacité et économe des deniers publics, est à l'origine des progrès accomplis depuis 2008 ».

La Cour conclue sans conteste que « l'évolution des comptes des services de la Présidence de la République atteste d'une réduction des coûts de fonctionnement de ces services. » Mais elle note que « des améliorations devront continuer à être recherchées tant du côté de l'allègement des charges que de la transparence des coûts ».

Autrement dit, Sarkozy coûte toujours trop cher aux contribuables.

Sarkozy a moins dérapé que par le passé
Il faut lire, comprendre, puis s'amuser ou s'inquiéter des conclusions écrites de la Cour des Comptes. Le langage administratif couve quelques surprises, quelques indélicatesses, quelques vacheries savoureuses. Ainsi, dès la page 3 du rapport, on peut lire le commentaire suivant sur l'excellente maîtrise des dépenses élyséennes : « de 2008 à 2010, les dotations budgétaires couvrant les charges dont, après vote d'une loi de finances rectificative pour l'exercice 2008, a disposé l'Elysée, sont passées de 110,4 M€ à 111 M€, soit une augmentation de 0,6%. Sur ces crédits, la consommation a diminué de 0,3%, passant de 112,6M€ à 112,2 M€ ». Autrement dit, cela fait trois ans que Nicolas Sarkozy ne respecte pas le budget qui lui est alloué ; et, en 2010, il a moins dérapé qu'en 2008 ! Fantastique !

L'Elysée refacture davantage. 
Quelle économie ! La Cour livre une belle explication à « l'excellente maîtrise » de ses comptes : les « ressources propres » ont fortement augmenté en 2010 car, « pour l'essentiel », « à dater de 2009, la totalité de la dépense budgétaire de l'Elysée lui a été versée au 1er janvier de l'exercice et (...) les dépôts des fonds correspondants à la direction régionale des finances publiques, rémunérés au taux de 1%, ont dégagé des intérêts d'un montant de 911.165 en 2010 » (contre 267 000 € en 2008).

L'Elysée change le périmètre de ses dépenses...
En 2010, l'Elysée affiche une jolie baisse de ses charges de fonctionnement: -11,3% versus 2009 ! Mais la Cour note que l'Elysée a en fait transféré au ministère de la Culture la charge des résidences de la Présidence de la République dont elle n'a pas l'usage. La seconde source d'économie provient de l'abandon des chasses présidentielles. La troisième est l'arrêt de la Garden Party du 14 juillet.


Plan social à l'Elysée ?
La Cour note que les effectifs de l'Elysée ont été fortement réduits : de 1031 agents au 31 décembre 2009 à 904 agents un an plus tard. Auprès de Sarkozy lui-même, le nombre de conseillers a été réduit de 82 à 46. La Cour, gentiment, omet de préciser que la quasi-totalité de ces effectifs réduits sont des fonctionnaires réalloués à d'autres ministères.

Déplacements excessifs
La Cour a souligné qu'en 2010, les déplacements élyséens ont coûté 11% de moins qu'en 2009. U,e belle performance ! Mais, relèvent aussi les Sages, le poste reste 30% plus cher qu'en 2008, année pourtant particulièrement dispendieuse à cause de la présidence française de l'union européenne.

Sarkozy fait enfin des appels d'offre
On n'ose imaginer comment les dépenses élyséennes étaient gérées précédemment (y compris sous Jacques Chirac). « La mise en concurrence des fournisseurs, à peu près inexistante jusqu'en 2008, est devenue la règle. » Pourtant, relève la Cour, ces appels d'offres recouvrent une part minoritaires des dépenses élyséennes (14 millions d'euros en 2010, sur 111 millions d'euros de budget total...).

La com' de l'Elysée a été transférée à Matignon
Certains, à l'Elysée, pensent nous prendre pour des cons. La Cour des Comptes note ainsi que les prestations fournies en matière de communication ont été réduites de 3,3 millions en 2008 à 1,45 millions d'euros en 2010, mais « une partie des commandes de l'Elysée a été exécutée par l'intermédiaire du service d'information du gouvernement. »

Sondages toujours opaques
Les contrôleurs ont aussi relevé que les deux prestataires sondagiers, Patrick Buisson (via sa société Publifact) et Pierre Giacometti ont signé de nouveaux contrats le 25 novembre 2010 : « la rémunération est désormais forfaitisée sur une base mensuelle de 18.538 euros pour l'une et 7.176 euros pour l'autres, soit un coût global annuel de 308.568 euros, plus élevé que ce que prévoyaient les dispositions antérieures mais avec un contrôle plus resserré des frais annexes (déplacements et restauration) ».

On sourit : malgré le scandale des sondages élyséens, Buisson et Giacometti sont parvenus à facturer plus cher leurs prestations ! Pire, la Cour s'inquiète de l'impossibilité de mesurer « l'adéquation » des prestations fournies « avec leur rémunération ».

Sarkozy fait payer les accompagnants
Pour la seconde année consécutive, la Cour est satisfaite de la mise aux normes des procédures : désormais, « toute commande, de quelque nature qu'elle soit, y compris dans les cas d'urgence, est désormais précédée d'un engagement ». On sourit encore... C'est habituelle la norme dans n'importe quelle entreprise un tant soit peu correctement gérée.

Sur quelques exemples, la Cour note que le nombre de membres de la délégation l'accompagnant lors de ses déplacements étrangers a été réduit significativement : 76 personnes pour 780.000 euros de coût total pour la dernière participation à l'assemblée générale de l'ONU en 2010, contre 132 personnes et 1,3 million d'euros l'année précédente.

La Cour, ne s'intéressant qu'aux dépenses de l'Elysée dans ce rapport, ne s'est concentrée que sur les déplacements payés par l'Elysée. En fait, le nombre d'accompagnants « payants » n'a pas diminué, loin de là. Sauf à croire que l'Airbus présidentiel, utilisé pour des vols moyens ou longs courriers, volerait à moitié vide. Un journaliste du Monde avait rappelé, en décembre dernier, combien l'Elysée facturait aux médias pour accompagner les voyages officiels.

La Cour des Comptes note d'ailleurs que les ministres accompagnant Sarkozy payent désormais leur voyage sur le budget de leur ministère, ce qui fait artificiellement baisser le coût de fonctionnement de l'Elysée.

Sarkozy voyage toujours beaucoup
Les déplacements présidentiels ont englouti 18,8 millions d'euros en 2010, contre 19,7 millions l'année précédentes. Le nombre de déplacements fut plutôt stable : 99 en 2010 contre 102 en 2009, soit environ deux par semaine. Sarkozy est allé moins loin (10 voyages hors d'Europe contre 20 l'année précédente), mais le nombre de sommets hors d'Europe (plus coûteux) « est passé de deux à cinq, générant une dépense de 4,12 millions d'euros contre 1,74 millions d'euros en 2009 ».

La Cour s'interroge également sur le coût trop élevé des voyages en métropole : « il apparaît cependant que le coût de certains voyages de très courte durée sur le territoire se révèle parfois élevé. » Et de citer quelques exemples : une demi-journée en Haute-Marne aura coûté 121.289 euros. Il a fallu aménagé une voie d'accès et louer un chapiteau ; un autre en Dordogne a coûté 130.000 euros.

« Air Sarko One », un gouffre
La Cour des Comptes, lucide ou cynique, relève que l'urgence décrétée par Sarkozy à renouveler sa flotte aérienne dans les plus brefs délais (10 mois entre le lancement de l'appel d'offre et la livraison des appareils) a fortement contraint la bonne mise en concurrence des fournisseurs sur un tel contrat : « dans la mesure où les délais étaient très contraints, la date de livraison de l'avion ayant fait l'objet d'une décision politique, la procédure ne pouvait se dérouler autrement. » Surcoût total : 33 millions d'euros ! Le monarque le voulait pour 2010, il pu l'étrenner pour son G20 de novembre dernier.

C'est une entreprise privée, Sabena Technics, qui a emporté le marché, Airbus et Air France s 'étant désisté un mois après le lancement de l'appel d'offre. Il n'y eut donc aucune concurrence réelle. Le coût total du renouvellement de la flotte, dont l'acquisition et l'aménagement de l'Airbus A330-200 s'est chiffré à 259 millions d'euros.

Dans le détail, on découvre que Sabena Technics a acquis l'avion pour 48M d'euros à une Air Caraïbes qui l'avait acheté le jour même à son bailleur ILFC pour 45M d'euros, pour le revendre à l'Etat … 50M d'euros. Soit une plus-value globale, sur le dos des contribuables, de … 5M d'euros en quelques heures. Cette arnaque grossière – comment la qualifier autrement – est d'autant plus grave que la Cour rappelle que l'un des concurrents, Air France, avait proposé un appareil plus récent, de même modèle, dans la même fourchette de prix : « le prix payé par l'Etat a donc correspondu à la limite haute d'une fourchette applicable à un avion plus récent de 5 ans et ayant trois fois moins d'heures de vol. »

L'autre cause de « renchérissement du marché » résulte de trois demandes particulières de Nicolas Sarkozy : le remplacement de deux fours pour réchauffer suivant la norme des transports aériens mais aussi de « griller les aliments ». Sarkozy voulait se faire des grillades au sein de son nouveau joujou !

Second caprice, « la mise en place d'une motorisation des rideaux d'occultation des hublots en zone privative et collaborative ». En d'autres termes, Sarkozy avait besoin de volets électriques dans sa zone personnelle de l'avion...

Troisième caprice, la condamnation d'une porte intérieure de l'appareil pour la transformer en placard de rangement (avec isolation phonique et thermique). En y ajoutant les études de conformité, le coût de ces trois bêtises a atteint 2,24 millions d'euros, dont, relève la Cour, quelques 694.312 euros de « frais d'étude pour les fours et la motorisation des rideaux », 75.243 euros de fours, 310.245 euros de rideaux motorisés, et … 1.161.500 euros de porte aménagée.

De qui se moque-t-on ?

Mais à peine acheté, l'Airbus tombe en panne, à deux reprises (septembre 2008 puis mars 2009). Pour 50 millions d'euros, un prix trop cher payé, la mésaventure devient pitoyable. Il fallut donc remplacer les moteurs par des neufs, pour un coût additionnel et imprévu de … 23,4 millions d'euros.

Pour financer cet investissement, l'Elysée avait concédé de vendre l'un des deux Airbus A319 dont elle disposait. En juin 2010, vu les dérapages, elle accepta de céder le second. Les deux ventes ont rapporté 62 millions d'euros. A comparer avec les 259 millions d'euros d'investissement total.

On vole à prix discount
Les heures de vol de Sarkozy et ses troupes sont facturés grosso modo 30% moins cher que leur coût réel. « Alors qu'au coût réel, les prestations facturées à votre administration auraient du s'élever à 11.313.007,83 euros, la facturation effective s'est élevée à 7.766.624,71 euros ».

L'écart grève le budget de la Défense.

On mange moins cher à l'Elysée
L'effort est modeste, mais la Cour s'en félicite : les dépenses de restauration ont très légèrement baissé (8 millions d'euros en 2010). En fait les économies ont porté sur la suppression de 3 postes (sur 28), une augmentation de 4% de la prise en charge des repas par les autres services, et une baisse du coût des denrées alimentaires de 500.000 euros en 2010 (3,7 millions d'euros contre 4,2 millions l'an passé).

Les autres surprises
Le rapport livre aussi d'autres conclusions sur la piètre gestion de l'Elysée depuis des lustres.

- Ainsi, sur 8.352 objets de mobilier recensés, quelques « 721 n'ont pu être localisés », dont « 223 ayant disparu après 1995 ». Qui s'est donc barré avec les meubles ?

- Le bâtiment de l'Elysée tombe en ruine. La Cour mentionne un rapport sanitaire effectué en février 2008. Le chantier de rénovation coûtera 24 millions d'euros, sur 3 ans, dont une quinzaine imputé sur le budget du ministère de la Culture. On se souvient pourtant que Sarkozy avait rapidement décidé quelque 500.000 euros d'aménagement de confort une fois élu.

- L'un des deux Airbus A319 cédés par la Présidence a été vendu à l'Etat du Sénégal, pour 32 millions d'euros. La Françafrique se porte bien.

30 juillet 2011

221ème semaine de Sarkofrance : Sarkozy rattrapé par les vrais sujets

Dernière semaine avant les vacances. Quoiqu'en disent ses supporteurs transis d'admiration, Nicolas Sarkozy se reposait déjà depuis un mois, à coup de weekends prolongés au Fort de Brégançon. Mais cette semaine, le Monarque s'est fait rattrapé par l'actualité. Non pas qu'il y ait réagi. Mais il a parlé dans le vide, sur les vignes ou la fiscalité. Il s'est fait railler, voire ignorer. La confirmation d'une aggravation du chômage et de la crise de l'euro a plombé ces derniers jours avant les baignades au Cap Nègre.
Lundi, quelques ministres faisaient encore le service après-vente du sauvetage de l'euro par notre immense président. Laurent Wauquiez, toujours fidèle, jamais critique, nous livrait quelques périphrases dignes d'un culte inédit de la personnalité. Le quotidien Le Monde tentait de retracer ces quelques dizaines d'heures si décisives pour la monnaie unique. Qu'apprenait-on ? Qu'Angela Merkel est parvenue à convaincre Nicolas Sarkozy d'abandonner trois de ses réticences : la possibilité d'un défaut même partiel de la Grèce, le concours même facultatif des institutions financières privées, et le durcissement des engagements de retour aux 3% de PIB de déficit budgétaire pour l'ensemble de la zone euro.
Lundi, Nicola Sarkozy recevait un rapport sur ses propres dépenses de la Cour des Comptes. Immédiatement, l'AFP et quelques autres publiaient un satisfecit. Il fallait pourtant prendre le temps de lire le dit rapport. On y découvrait, assez facilement, que Nicolas Sarkozy avait dépensé 33 millions d'euros de trop pour son bel Airbus, à force d'insistance à le recevoir bien vite et d'aménagements si spécifiques (fours à grillade, rideaux électriques, espace de rangement)... La rigueur n'est pas pour tous en Sarkofrance. La Cour des Comptes confirmait aussi que Nicolas Sarkozy voyage beaucoup (99 déplacements en 2010), cher (19 millions d'euros par an; entre 100 et 200.000 euros pour une visite de province), et accompagnés. Et deux conseillers, Patrick Buisson et Pierre Giacometti, continuent d'être grassement payés pour livrer des analyses électorales pour la campagne de 2012.
Lundi, on attendait une réaction officielle et un peu ferme de l'Elysée sur l'incroyable massacre d'Oslo, où un malade revendiqué chrétien et effrayé par le multi-culturalisme et l'islam a tué près d'une centaine de personnes pour l'essentiel lors d'un rassemblement de jeunes travaillistes. La réaction de Sarkofrance fut incroyablement timide. Cet attentat-là ne servait à rien dans l'entreprise de reconquête électorale du candidat Sarkozy.
Lundi, Nicolas Sarkozy publiait une missive grandiloquente adressée aux parlementaires de gauche comme de droite. Il leur promettait de nouvelles initiatives, d'ici la fin de l'été, avec la chancelière allemande, et leur demandait instamment d'abandonner toute logique partisane pour sauver nos comptes. Dans l'opposition, on a bien rigolé. Notre Monarque était tel un proxénète nous donnant, sur le tard, quelques conseils d'abstinence sexuelle... Depuis qu'il est élu, la dette publique a cru de 250 milliards d'euros. Et lui-même annonça la même semaine qu'il s'obstinait à maintenir quelques-uns de ces cadeaux fiscaux...
Mardi, Nicolas Sarkozy était en visite au Cap d'Adge, l'occasion de quelques photos et d'une table ronde sur l'avenir du tourisme. Et de confirmer qu'il ne toucherait pas, s'il était réélu en 2012, à la baisse du taux de TVA dans la restauration qui nous coûte 2,5 milliards d'euros.
Mardi, on attendait, en vain, une réaction officielle de Nicolas Sarkozy sur la famine qui menace 12 millions de personnes dans la corne de l'Afrique. La Somalie crève de faim, mais la Sarkofrance ne fait rien. Sarkozy laissa l'un de ses nouveaux chouchous, Bruno Le Maire, expliquer que la France doublerait son aide alimentaire, à 10 millions d'euros au total. Moins que l'Espagne, la Norvège ou même l'Irlande. Nous sommes minables, radins, ignobles.
Jeudi, le chômage était le sujet à traiter, sauf pour Sarkozy. Les statistiques à fin juin venaient d'être publiées, et elles étaient encore une fois sacrément mauvaises. 33.000 personnes sont venues grossir les rangs des sans-emplois. Le baromètre de Marianne, qui réintègre les dispensés de recherche d'emploi, chiffre à 4,7 millions le nombre de chômeurs. Sarkozy, en début de semaine, confiait qu'il voulait « laisser les autres batailler ». Il pensait à la campagne pour 2012, qu'il ne cesse de faire. C'est aussi vrai pour la gestion des affaires courantes. Xavier Bertrand, ministre du Travail ou du Chômage, fut donc envoyé sur les ondes expliquer qu'il était « convaincu » que de faire baisser le taux de chômage sous la barre des 9% d'ici décembre même si la croissance « est en train de baisser considérablement ». Cela fait bientôt 5 ans que Sarkozy se plante sur le chômage. Bientôt cinq ans.
Ce jeudi, le candidat Sarkozy était dans le Vaucluse. Il avait de graves annonces à faire à la filière viticole : primo, il ne supprimera pas les niches fiscales qui aident l'emploi des saisonniers. Secundo, il veut que la France conserve la maîtrise de son droit de plantation de vignes. Ah... C'est tout ? Et le chômage de masse ? Rien à dire ni à commenter ? On aurait aimé connaître sa réaction sur la progression de près de 15% en « un an de reprise » du chômage des plus de 50 ans...
Vendredi, l'agence Moody's plaçait l'Espagne sous surveillance. Elle considère que le plan de sauvetage de la Grèce, qui prévoit un défaut potentiel du pays, créé un précédent fâcheux pour le crédit des autres Etats, dont l'Espagne, à l'endettement trop important. Que va faire SuperSarko ? On apprenait aussi que la Commission européenne avait adopté une directive pour accélérer la mise en oeuvre des programmes d’enfouissement de déchets radioactifs en profondeur. En France, le site de Bure dans la Meuse devrait accueillir des déchets des pays voisins. Pas de commentaires au gouvernement.
Plus près de nous, en France, le ministère de la Justice s'énervait contre l'initiative d'un procureur, à Dunkerque. Lundi dernier, ce dernier demandait aux juges de son tribunal de cesser les emprisonnements, faute de place. Il faut avouer que le taux de surpopulation carcérale atteignait 115 % à fin juin, avec 64 726 personnes incarcérées en France pour 56 081 places ouvertes. C'est l'un des autres gros échecs de Nicolas Sarkozy. Mais chut...
Vendredi, Nicolas Sarkozy aurait pu faire commenter, ou critiquer la dernière révélation de Mediapart sur ses relations avec Ziad Takieddine. L'intermédiaire a été rémunéré au titre de son rôle, pourtant flou, dans la vente de sous-marins français au Pakistan en 1994 puis de frégates à l'Arabie Saoudite. Mediapart a révélé combien l'homme était proche de Nicolas Sarkozy et de son premier cercle. Jeudi 28 juillet, la nouvelle information était une bombe : selon Mediapart, Claude Guéant a été « le pivot des deals financiers de la France avec le dictateur libyen Mouammar Kadhafi, de 2005 à 2007 » pour des affaires aussi variées que une livraison occulte de matériel de guerre électronique en avril 2007 à la Libye, des visites répétées à Tripoli depuis 2005, et des négociations de contrats, niées sous serment devant l'Assemblée nationale par Guéant lui-même.
Il y a un an, jour pour jour, notre Monarque prononçait aussi son grave discours de Grenoble, mêlant insécurité et immigration, déchéance de nationalité, voile et sécurité. 365 jours plus tard, on attend, comme depuis 2002, les résultats. L'échec fut complet, patent. Avec ce discours puis sa chasse aux Roms, Sarkozy s'était mis à dos l'Europe, l'ONU, les centristes de sa propre équipe, sans gagner un point dans les sondages. Un fiasco total, preuve que le « Patron » avait sans doute perdu la main. Sarkozy, depuis, se cache de toute polémique. Il laisse les autres « batailler ». Claude Guéant, son nouveau ministre de l'intérieur, est revenu en fonction, après 10 jours d'arrêt maladie pour cause d'intervention chirurgicale.
Ami sarkozyste, où es-tu ?



P.S. : Cette semaine, un confrère blogueur est décédé. Il s'appelait Le Coucou, et animait un blog clavésien dont la maxime était « la démocratie est notre affaire ». Son dernier billet datait de dimanche 24 juillet. Hommage lui soit rendu. Ces billets resteront sur la Toile.

29 juillet 2011

Chômage : ce sujet que le candidat Sarkozy veut éviter

Le chômage remonte. Ou plutôt : le chômage continue de progresser. Depuis janvier 2010, et une curieuse émission télévisées, Nicolas Sarkozy nous promet qu'il va baisser.

« Je veux être tranquille, comme je le suis maintenant, faire mon travail, et les autres batailler. » Cette confidence de Nicolas Sarkozy rapportée par le Canard Enchaîné (27 juillet) et Le Parisien-Aujourd'hui en France (23 juillet) paraît bien symbolique de la part d'un président qui fait très attention, depuis 18 mois déjà, à éviter de parler du chômage. Car ce président, qui est candidat, a bel et bien choisi de laisser le sujet à d'autres.

Stratégie d'évitement
L'ex-candidat du Travailler Plus se refuse à organiser des tables rondes sur le sujet. Tout au plus l'évoque-t-il au détour d'une phrase, ou bien sous un angle particulièrement ciblé (comme l'emploi des médecins en zone rurale, ou l'emploi agricole). Mais du chômage de masse, rien, jamais.

Mardi, il visitait le le chantier du centre aquatique de l'Archipel du Cap d'Agde, puis parlait ainsi tourisme, nous lançant d'impérieuses maximes comme « la bataille du tourisme se gagnera sur la qualité ». Jeudi, il s'attardait dans un vignoble, à Châteauneuf-du-Pape. Il voulait évoquer, a-t-il expliqué, « les perspectives d'avenir de la viticulture, à la croisée l'identité culturelle du pays».

Qu'avons nous retenu ? Qu'il maintiendrait la réduction de TVA pour la restauration (2,5 à 3,0 milliards d'euros de coût budgétaire par an), alors que la veille, il écrivait aux parlementaires pour que « la France, tout le monde le comprendra, doit être exemplaire dans la remise en ordre de ses comptes publics et de son économie.»

Jeudi, il en rajoute une couche : « ce qu'on doit supprimer, c'est les niches fiscales inutiles. (…) les niches au service de l'emploi, celles-là je n'ai pas du tout l'intention de les supprimer ». Il pensait … à l'exonération de charges pour les travailleurs saisonniers agricoles, soit 700 millions d'euros de coût par an pour le budget de l'Etat : «notre déficit de compétitivité tient à notre modèle social. » Pour le reste, il veut surtout limiter l'ouverture de vignes car, « si on laisse planter la vigne partout où cela est possible, on va laisser exploser l'offre, sans que la demande suive. Il y aura donc une baisse massive des prix et à terme la disparition de la viticulture.»

On a même compris qu'il était presque officiellement candidat. Incroyable !
«Vous en entendrez des gens qui vous diront des choses, vous en entendrez des gens qui vous promettront des choses, leur caractéristique, c'est qu'on ne les revoit pas. Ça permet de dire une fois quelque chose et puis après de partir. Moi j'ai l'intention de revenir

Douche estivale
A fin juin 2011, le nombre officiel de sans emploi a bondi de 1,3% en juin par rapport à mai, (soit 33 600 personnes supplémentaires) et 4% sur 12 mois glissants. Le nombre total de chômeurs enregistrés à Pôle Emploi a augmenté de de 0,6%, pour atteindre 4 368 200 personnes en France sur les trois principales catégories. Un chiffre que Marianne réhausse à 4,7 millions en ajoutant les 589.000 dispensés de recherche d'emploi (qui ont tout de même progressé de 1,6% sur un mois).

Heureusement que Nicolas Sarkozy n'avait pas choisi de visiter, cette semaine, des ouvriers casqués. L'emploi industriel est toujours particulièrement touché.

Sarkozy laisse donc les autres « batailler ». En l'occurence, son ministre du Travail. Xavier Bertrand a donc tenté de positiver par un joli mensonge, ce jeudi 27 juillet sur Europe1 : « Nous avons eu quatre mois de baisse et là nous avons eu deux mois de hausse ont effacé les premiers mois ».

C'est faux. Le chômage n'a pas cessé de progressé, tandis que le gouvernement ne cessait de communiquer sur une seule et maigre catégorie, la première (« A ») qui ne regroupe que les demandeurs inscrits sans aucune activité. Bertrand a tenté l'optimisme : « je maintiens l'objectif que j'ai fixé de repasser en dessous des 9% à la fin de l'année ». Mais il a concédé que les prévisions de croissance économique se sont gravement détériorées : ont-elles un jour été bonnes ? La croissance, a-t-il expliqué, « est en train de baisser considérablement ». Et comme il fallait bien dire qu'il faisait quelque chose alors que le journaliste insistait... et bien le ministre a trouvé la parade habituelle : « Cet après-midi nous avons une réunion sur l'emploi. Il est important de veiller à ce que tout soit mis en oeuvre sur le terrain ». Le chômage monte-t-il ? Et hop ! Une réunion !

Toutes les catégories sont concernées par la hausse du chômage. Comme le rappelle notre confrère Slovar, les seniors, hommes et femmes, sont particulièrement touchés. Sur un an, leur nombre inscrit au chômage a augmenté de … 14% !
 « les seniors sans travail de catégorie A sont de plus en plus nombreux. Les plus de 50 ans étaient 544 300 en juin 2011, soit une progression de 2% en un mois et de 13% en un an. Si l'on réunit les trois catégories A, B et C, le nombre de chômeurs seniors s'élève à 797 800, soit un accroissement mensuel de 1,5% et annuel de 14,3%.  »
Pour le candidat Sarkozy, cette hausse continue et régulière est une sacrée mauvaise nouvelle. Il espère que la tendance se retournera avant l'élection de l'an prochain. A défaut, il mise sur une comparaison internationale qu'il juge flatteuse. Pourtant, comme le rappelait notre confrère Nicolas, notre taux de chômage est plus élevé qu'aux Etats-Unis de Barack Obama, à qui Nicolas Sarkozy a demandé, samedi dernier, de tout faire pour éviter le défaut de paiement le 2 août prochain. Pire, à en croire un récent graphique publié par le Figaro, seuls les pays européens plus mal en point que nous sont l'Espagne (21%), la Grèce (15%), le Portugal (12%), l'Irlande (14%), la Slovaquie (13%), et la Bulgarie (11%).

Alors, cher ami sarkozyste, heureux d'être en si bonne compagnie ?

Jeudi soir, Sarkozy était reparti en weekend.

28 juillet 2011

Wauquiez, : plus c'est gros, mieux ça passe

Incompétent ? Trop ambitieux ? Franchement branquignole ? Laurent Wauquiez ne surprend plus à chacune de ses interventions publiques. Pour quelqu'un qui espère un jour concourir à la magistrature suprême et incarner, en attendant, un certain renouveau, c'est bien dommage.

Il a été porte-parole du gouvernement, secrétaire d'Etat à l'emploi puis ministre des affaires européennes, et maintenant ministre de l'Enseignement supérieur. Laurent Wauquiez est l'un des grands promus de la génération Sarkozy. Et il sait remercier. Alors qu'il défendait une droite sociale, il a fustigé l'assistanat, réclamé le plafonnement des minima sociaux (comme s'ils étaient déplafonnés !) et le durcissement de l'accès à la Sécu aux étrangers qui cotisent.

Lundi dernier, il parlait au Figaro, non pas pour dresser un bilan de ses premiers à l'Enseignement supérieur, mais pour déclarer tout le bien qu'il pense de son patron.

1. Il fait parler les Français
Presque tous les politiques font cela. Cette bêtise n'est pas une exclusivité Wauquiez. Le garçon est simplement très vieux. Il pratique la langue de bois avec une assurance digne des plus grand. Tout récemment, il nous livrait ainsi ses grandes conclusions sur les « pôles d'excellence universitaire » qui, selon lui, devaient être aidés pour « affronter la concurrence du XXIème siècle ». Fichtre ! Qui aurait cru l'inverse ? :
« Les Français ont pris du recul. Ils ont réalisé que le monde dans lequel la France évolue est difficile. Ils ont pris conscience des risques terroristes, de guerre et des risques financiers autour de l'euro. »
2. Sarkozy est notre sauveur.
On va dire que j'exagère, que je caricature les propos de Laurent Wauquiez. et bien non ! Wauquiez concourt pour le titre chéri de premier des supporteurs. Il n'a peur ni des superlatifs ni des accusations de culte de la personnalité. Il ne craint même plus le ridicule. Le voici qu'il livre l'une de ses phrases qui nous rapproche de propagande nord-coréenne : « Au terme d'une nuit de négociations, (Sarkozy) est parvenu à sauver l'euro. Le président est le garant de l'unité nationale. » Sarkozy sauveur de l'euro et garant de l'unité nationale ? Un an quasiment jour pour jour après le discours de Grenoble sur l'immigration et la chasse aux Roms, l'unité nationale en a prit un coup. Sarkozy, depuis l'automne 2007, nage dans les basses eaux de l'impopularité. Quand au sauvetage de l'euro, il suffit de lire le compte-rendu des décisions prises la semaine passée à Bruxelles pour comprendre : si Sarkozy a sauvé l'euro, c'est parce qu'il s'est couché : il a accepté le défaut potentiel de la Grèce, la participation du secteur privé, l'élargissement du rôle du FESF pour emprunter sur les marchés, et le durcissement des critères de retour à l'équilibre (2013 au plus tard). Des points qu'il refusait jusqu'à lors !

3. Sarkozy ne penserait qu'à son travail.
On se pince de rire. Même au Figaro, Charles Jaigu reconnaissait publiquement la semaine dernière combien l'Elysée déploie d'énergie pour la cause électorale de son Monarque. Mais pour Wauquiez, Sarkozy ne pense à rien d'autres qu'à son « job ». Fichtre ! Pourquoi Sarkozy s'obstine-t-il à ne jamais réagir à l'actualité chaude ou tiède ? Pourquoi évacuer de ses interventions des sujets aussi essentiels que la progression de la pauvreté, la précarisation des classes moyennes, l'envolée du chômage ? Pourquoi préférer l'élevage de poulets,
« Il ne se laisse pas distraire quand sa cote de popularité remonte et n'est pas affecté quand elle recule »

4. Les promesses auraient été tenues
En quelques mots, trois phrases au plus, Wauquiez oublie le fiasco et érige son mentor en héritier direct de … Pompidou. Giscard, Mitterrand et Chirac peuvent repasser.
« Figaro :  Les promesses de 2007 ont-elles été tenues ?
L. Wauquiez : Oui. En outre, beaucoup a été fait dans des domaines où l'on n'attendait pas forcément la droite : l'enseignement supérieur, l'environnement, la culture. Surtout, les impôts pour les classes moyennes n'ont pas augmenté. C'est la première fois depuis Georges Pompidou. »
5. L'UMP ne serait pas un parti egotique
Sans complexe, malgré la guerre des sous-chefs qui a encore opposé récemment les quadra du gouvernement (Baroin, Pécresse, Le Maire, etc), Wauquiez préfère tacler le PS. C'est de bonne guerre.
« Le PS est un parti égotique, obsédé par lui-même. Ses leaders donnent l'image de politiques qui se préoccupent davantage d'eux que des problèmes des Français. »
Finalement, on comprend la démarche. Laurent Wauquiez est de ses (presque) quadra qui détestent Jean-François Copé presque autant qu'il adore Nicolas Sarkozy. La guerre, pour 2017 et après, est ouverte.

Ces gens-là s'imaginent rester dans le paysage politique pour encore quelques décennies.

Au secours !

27 juillet 2011

On crève en Somalie, que fait Sarkozy ?

C'est un billet que d'aucuns jugeront de mauvaise foi. Un coup de gueule issu d'une coulisse blogosphérique. Il y a à l'Elysée et quelque part ailleurs, des gens dans les médias qui nous font la leçon sur ce Monarque qui bosse, travaille et nous protège. La preuve, même pendant un juillet pluvieux, ce président si dévoué file au Cap d'Agde ou dans une région viticole parler agriculture et équilibre budgétaire.

Ce mercredi s'ouvre la Conférence des donateurs, à Nairobi au Kenya, pour décider du montant et des modalités de l'aide internationale à l'égard de l'Afrique.

Depuis des lustres, c'est-à-dire des mois et des années, Nicolas Sarkozy n'a pas eu un mot, une phrase, une allusion pour une catastrophe humanitaire qui frappe l'Afrique, et la Somalie en particulier. Nous avons du attendre jeudi 21 juillet pour que son ministre de l'agriculture, le nouveau Sarkoboy Bruno Le Maire, communique sur une réunion d'urgence avec des ONG à Paris pour préparer la réunion du 27. Mais l'information fut complètement occultée par les débats sur le sauvetage de l'euro et de la Grèce à Berlin puis Bruxelles.

Mardi 26 juillet 2011, Bruno Le Maire intervenait à nouveau, cette fois-ci à la radio, pour expliquer que son Monarque avait fait de l'agriculture l'une de ses priorités alimentaires. Or le G20 ne se réunit pour décider qu'en novembre prochain. Après combien de milliers de morts ?

Bruno Le Maire a aussi promis un « doublement » de l'aide humanitaire à la Somalie... soit 10 millions d'euros au total. Vous avez bien lu : la « cinquième économie du Monde », comme nous le rabâche régulièrement Nicolas Sarkozy, va donner... 10 millions d'euros. L'Espagne voisine, prétendument au bord de la faillite (dixit Sarkozy), a proposé 25 millions. Et la petite Norvège 50 millions. La Sarkofrance est un nain quand il s'agit de donation désintéressée.

On se souvient, comparaison obscène, du coût des cérémonies du sommet pour l'Union pour la Méditerranée, en juillet 2008 à Paris : 16 millions pour 4 heures de discussions. « La communauté internationale a échoué à lutter contre la famine en Afrique et doit réagir par un investissement massif dans l'agriculture des pays concernés » a déclaré l'inutile ministre, ce mardi. « La seule façon d'éviter ces épisodes de famine, de voir encore ces milliers d'enfants qui meurent de faim à la frontière entre la Somalie et le Kenya, c'est que nous fassions un investissement massif dans l'agriculture locale des pays en développement ». On applaudit devant de telles déclarations d'intentions... Mais qu'attendait-il pour agir ?

Ce combat-là, la famine en Afrique, ne servait à rien pour la campagne de 2012. Notre Napoléon de pacotille, l'air si sérieux, le ton si grave, choisit lui-même, avec ses conseillers dans son bureau de l'Elysée, ce qui importe et ce qui n'importe pas, ce qui nécessite une intervention présidentielle et ce que la Sarkofrance toute entière peut ignorer sans risquer de choquer l'électeur.

La famine, immense, qui frappe la Somalie fait partie de ces sujets que la Sarkofrance a bien fait d'ignorer. Il y a peu, sur un autre blog, j'ai mentionné, tardivement, cette catastrophe humanitaire. En 2011, en Afrique, la sécheresse frappe, tue et dévaste, comme en 1984, à l'époque du Band Aid de Bob Geldoff. 28 années plus tard, l’histoire se répète. En Somalie, l’une des plus grosse famine du siècle se déroule sous nos yeux. Elle est niée par quelques milices islamistes qui refusent toute éventuelle ingérence humanitaire internationale.

En Afrique, 12 millions de personnes sont concernées.

En France, le mot Somalie n'est pas référencé sur le site Internet de l'Elysée. Le black-out est officiel et total. On peut assumer que le site élyséen rassemble périodiquement ce que les communicants et leur Monarque souhaitent que le bon peuple retienne de l'action présidentielle. Et bien, depuis un mois, les déclarations officielles de la Présidence de la République n'ont jamais mentionné la crise alimentaire en Afrique. On a préféré parler anniversaire de la naissance de Pompidou, Tour de France, plan pour la Grèce et l'euro, élevage de poulets dans le Gers.

A l'inverse, sans réaliser l'indécence de ses déclarations, Nicolas Sarkozy ce mardi 26 juillet a confirmé qu'il ne toucherait pas à la baisse de la TVA dans la restauration. Une mesure qui plombe les comptes de quelque 3 milliards d'euros par an, sans effet ni sur l'emploi, ni sur les salaires, ni sur les prix des plats. Ce 26 juillet, Sarkozy avait aussi envie d'écrire aux parlementaires français qu'il fallait inscrire très rapidement l'équilibre budgétaire au rang des maximes de la République dans notre constitution, et que chacun s'élève au dessus des intérêts partisans. L'homme du paquet fiscal de 2007 donne des leçons comme un proxénète des conseils en virginité. L'indécence et l'anachronisme n'ont plus de limite au coeur de l'Elysée. Il n'était pas difficile, pour ses concurrents de gauche ou de droite, de rappeler que Nicolas Sarkozy fut celui qui dégrada d'environ 300 milliards notre endettement public en moins de 4 ans, et doubla notre déficit budgétaire.

En France, Sarkozy joue donc l'union nationale contre la dette, sans transiger aucunement sur ses propres cadeaux fiscaux. En Afrique, des millions de personnes sont menacées de famine, mais la Sarkofrance ne sait quoi proposer.

C'est une question de priorité, électorale.

26 juillet 2011

La campagne secrète de Sarkozy porterait-elle ses fruits ?

Il remonte dans les sondages, il se plaît à re-croire en sa bonne étoile. Ses fidèles soutiers se prennent à rêver d'une victoire l'an prochain. Les Français comprendraient enfin que le gouvernement travaille et que Nicolas Sarkozy est le président désintéressé et protecteur qu'il leur faut en ces temps troublés. Ces « éléments de langage » nous sont servis avec une régularité hors normes depuis bientôt 6 mois.

A huit mois de l'élection présidentielle, rien n'est perdu, rien n'est gagné. Mais Nicolas Sarkozy, le candidat secret, a mis en place une stratégie très simple qu'il suffit de décrypter, contrer, et moquer : contrôler les médias, maîtriser l'agenda national, choisir l'agenda international, fragiliser la concurrence interne, et déstabiliser l'opposition.

Qui à gauche ou ailleurs saura dézinguer le court Monarque élyséen ? Pour l'instant, préparez-vous à un second mandat.

Contrôler les médias
Une bonne campagne, c'est d'abord un story-telling efficace. Et pour cela, il faut de bons relais, c'est-à-dire des journalistes complices ou, à défaut silencieux. Le Figaro lui est acquis. Il n'y a qu'à constater l'exaspération de quelques journalistes de bonne foi, fatigué d'avoir à servir la soupe du Monarque à longueur d'articles. Du côté des télévisions, on a vite dit que l'éviction de Nauleau, Zemmour, Giesberg, ou Durand était la preuve d'une normalisation du débat télévisuel. Les pressions sont plus discrètes.

Contrôler les médias, ce n'est pas les asservir. Nous sommes en 2011. On donne des hochets, des «licences». Que penser d'autres de ce Conseil du Numérique ? Que penser de cette quatrième licence de téléphonie mobile accordée à Free, le groupe de Xavier Niel ? Ces décisions normalisent quelques pontes potentiellement incroyables.
Au plus près du terrain, les journalistes qui suivent la campagne de Sarkozy ne sont plus ceux de 2007. des plus jeunes, sans mémoire ni souvenir, les ont remplacés.

Maîtriser l'agenda national
Jusqu'en avril dernier, Nicolas Sarkozy semblait hors sol et incapable de maîtriser l'agenda médiatique national. L'affaire Woerth/Bettencourt, la réforme des retraites, le printemps arabe, les ministres « reprochables », l'actualité ne lui souriait jamais. Evidemment, l'antisarkozysme était généralisé.

Evidemment, quelques billets ici ou là (dont sur ce blog) pouvaient agacer, soulever, énerver. Sarkofrance fait assurément partie de la galaxie anti-sarkozyienne dans la mesure où Nicolas Sarkozy, depuis 2007 ou avant, ne laisse que peu de place à la mesure. Vous êtes avec lui ou vous vous êtes contre lui.

Certains peuvent être choqués de la violence de certaines attaques. A droite, on s'est habitué à l'idée qu'il leur faudra à nouveau voter pour le Monarque. Même les plus critiques n'ont rien fait pour soutenir, développer, encourager une candidature alternative. En octobre, une fois les sénatoriales passées, Borloo sera peut être ce candidat. Mais sa fidélité sarkozyenne jusqu'en novembre dernier rend la démarche peu crédible.

Fragiliser la concurrence interne
Pour des raisons de politique interne, le camp Borloo préfère attendre l'automne, ne pas partir trop vite, laisser filer les sénatoriales. Il lui manquera, de toute façon, un bon million d'euros pour fonctionner, ancienne subside de l'UMP désormais remise en cause. Sarkozy a aussi allégé son agenda présidentiel pour pouvoir mieux terroriser ou rallier les centristes de l'opposant. Il épargne enfin François Bayrou, qu'il espère voir grimper et handicaper son ancien ministre Jean-Louis.

Enfin, et surtout, il use et abuse de tous les hochets que la République lui a donné : postes ministériels, missions parlementaires, légions ou rétributions, soutien sénatorial ou subventions du Grand Emprunt.

Ensemble, tout est possible.

Choisir l'agenda international
La politique étrangère était son domaine réservé, le terrain de jeu idéal pour sa représidentialisation. D'abord, il y a toujours une crise à instrumentaliser. Créer et entretenir un climat anxiogène dont on ne saurait être tenu pour responsable, c'est une situation idéale pour un Monarque par ailleurs bien incapable d'anticiper ce qui nous arrive.

Ensuite, l'international lui a permis quelques prises de guerre : Bernard-Henri Levy, opposant tenace en 2007, est complètement sous le charme de Sarkozy depuis que ce dernier a envoyé des troupes en Libye.

Enfin, la politique étrangère permet de se donner de la hauteur. Evidemment, il faut choisir ses sujets. Préférer l'Afghanistan à la Norvège, ou la Grèce à la Corne de l'Afrique.Mais ça, c'est facile. Les Français se fichent pas mal de l'international.

Fragiliser l'opposition
Contre lui, il a tout le monde. Le Front National de Marine Le Pen est monté très haut, trop vite. Les sondages donnant Sarkozy absent du second tour ont produit les effets escomptés. Il fallait faire peur au centre-droit à un moment clé où l'opposition socialiste ne s'était pas encore cristallisé sur un leader.

Second facteur favorable, l'absence de rassemblement. Les quelques tentatives d'unité pour 2012 n'ont pas produit d'effet. A gauche, chacun prend toujours le premier tour de la présidentielle pour des primaires. Dix ans après un funeste 21 avril, ces gens-là n'ont rien compris.

Troisième facteur, et pas le moindre, l'affaire DSK. Le scandale du Sofitel n'a fait que griller trop tôt quelques cartouches scabreuses que le clan Sarkozy se gardait pour plus tard. Désormais il faut tenir. L'insistance du Figaro, par exemple, à tenir en haleine son lecteur en affichant François Hollande et Tristane Banon illustrait récemment comment les forces de Sarkofrance sont toutes entières dévouées à mouiller la quasi-totalité du parti socialiste dans ce sinistre fait divers.

Depuis la mi-mai, le clan Sarkozy a objectivement choisi d'instrumentaliser toutes les facettes de l'affaire DSK.

25 juillet 2011

Norvège : Sarkozy n'avait rien à dire

La Norvège était tristement à l'honneur, ce weekend. Sauf en Sarkofrance. Allez comprendre. L'attentat, gravissime et incompréhensible, ne cadrait pas avec le scenario concocté à l'Elysée. On en parla donc très peu. Pensez-vous, le criminel était européen, blond, chrétien et scandinave.

Quel symbole pouvait-on en tirer pour aider la cause sarkozyenne en 2012 ?

Aucun. Rien, nada.

Des morts, par dizaines. Un fou qui se revendiquait d'extrême droite, chrétien et contre le multiculturalisme a posé deux bombes puis abattu 85 personnes dans une île de la banlieue d'Oslo, des jeunes rassemblés pour un meeting travailliste estival. Au total, 93 morts. La Norvège s'est invitée brutalement dans l'actualité internationale.

Quelques heures après l'explosion à Oslo, l'Elysée publiait un communiqué sobre et sans aucune allusion à la boucherie qui s'en suivit.
Monsieur le Premier ministre,
Je viens d'apprendre avec une profonde émotion l'explosion meurtrière qui a frappé cet après-midi le centre d'Oslo et provoqué la mort de plusieurs personnes ainsi que de nombreux blessés.
Je condamne avec la plus grande fermeté cet acte odieux et inacceptable.
Dans ce moment dramatique, je tiens à vous assurer de la profonde sympathie du peuple français tout entier à l'égard du peuple norvégien.
Je vous prie de bien vouloir transmettre aux familles des victimes mes condoléances les plus sincères.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Premier ministre, l'expression de ma haute considération.
Sur le coup, on cru à un attentat évidemment islamiste. Puis l'auteur de ces attentats fut attrapé, costume de policier sur les épaules. Il avoua sa culpabilité, mais pas sa responsabilité : « Il a dit être convaincu que ses actes étaient cruels, mais que dans sa tête, ils étaient nécessaires » a déclaré son avocat. Il déclara avoir agi seul mais la police enquête : « Il a admis les faits, l'attentat à la bombe comme la fusillade, même s'il ne reconnaît pas de culpabilité criminelle. Il dit qu'il était seul mais la police doit vérifier tout ce qu'il dit » a expliqué un responsable de la police.
En France, à gauche, le parti socialiste s'est précipité pour déposer une gerbe au pied de l'ambassade de Norvège. A droite, on s'est indigné, on s'est inquiété de l'amalgame avec ce jeune terroriste de l'ultradroite.

Quand l'attentat est islamiste, les mêmes prennent moins de précautions. Mais cette fois-ci, les réactions furent étonnantes. Même Arnaud Dassier, actionnaire d'Atlantico et ancien Web-conseiller de la campagne Sarkozy en 2007, s'énerve sur Twitter : « les corps ne sont pas enterrés et déjà on nous invite à la repentance. Salauds de chrétiens blonds fachos que nous sommes tous.» Sur le site du Front National, Bruno Gollnish complète, dans un billet intitulé « Norvège, un nouveau Carpentras ? » : « il n’engage pas plus les uns ou les autres que les écologistes n’étaient responsables des crimes du militant écologiste Richard Durn qui avait en 2002 abattu huit élus du Conseil municipal de Nanterre et blessé quatorze autres ».

Nicolas Sarkozy, lui, n'avait rien à dire . Le monde était incrédule, mais l'Elysée restait silencieux. Sarkozy avait tout donné lors de son hommage, mardi dernier, à ses soldats français tués en Afghanistan. Cet attentat en Norvège ne servait à rien dans sa nouvelle posture. Pire, il effaçait l'impact médiatique du « sauvetage » de l'euro, jeudi dernier, sur lequel, malgré toutes les concessions, le candidat Sarkozy espérait bien capitaliser.

Samedi, Sarkozy avait en revanche quelques mots pour Barack Obama. Les communicants de l'Elysée nous firent savoir que leur patron avait exprimé son « espoir que les discussions en cours sur la question de la dette américaine aboutiront dans le délai prévu ». Donner des leçons à l'Oncle Sam, c'est possible !

Dimanche, son désormais inutile conseiller spécial Henri Guaino, venait encore à la rescousse : Sarkozy aurait changé. Encore ? Et oui, encore.  « Il s’est trouvé confronté à des choix lourds de conséquences pour lesquels aucun catéchisme ne l’a aidé à démêler l’enchevêtrement du bien et du mal. La grandeur morale de la politique n’est pas dans la bonne conscience mais dans le cas de conscience». Ou encore : «Les crises, les guerres, les prises d’otages, les souffrances humaines pour lesquelles le président apparaît comme le dernier recours, la solitude du pouvoir face à la décision, tout cela est forcément bouleversant».

Guaino fait ce qu'il peut pour présidentialiser son patron.

Vendredi, Sarkozy était reparti au Fort de Brégançon. ll n'avait qu'une petite obligation, dimanche en fin de journée, à l'Elysée.

Il fallait recevoir les participants du Tour de France.

Dur métier...



Ami sarkozyste, es-tu en vacances ?

24 juillet 2011

Grèce : les 3 non-dits de Sarkozy

Il s'est fait attendre. Jeudi dernier, le 21 juillet 2011, Nicolas Sarkozy put se livrer à l'un de ses exercices préférés, la conférence de presse de sortie de conseil européen. En France, il n'accepte que rarement l'exercice. A l'étranger, protégé de questions embarrassantes sur sa véritable actualité nationale, il adore s'affiche sur ces grandes estrades, drapeaux européens en décor et faire la pédagogie des accords - souvent sans lendemain - qui viennent d'être négocier pour des journalistes économiques souvent plus experts que lui.

Pour aller à Berlin (mercredi) puis Bruxelles (jeudi), notre Immense Monarque avait pris 3 avions : son nouvel Airbus présidentiel baptisé Air Sarko One, équipé d'une chambre, d'un bureau, d'une salle de réunion, d'une soixantaine de places pour des longs voyages comme un Paris-Séoul sans escale, et 2 Falcons pour les escortes. Rien n'est trop bien, trop grand, trop prestigieux pour notre Monarque. 

Ce jeudi soir gris de juillet, Nicolas Sarkozy était exaspérant, franchement exaspérant. Il nous racontait les conclusions de cette réunion de l'eurogroup comme s'il s'adressait à des gamins d'école maternelle. Pourquoi faut-il qu'il infantilise toujours autant son auditoire ? Ce n'est même pas méprisant. Dans ces occasions, Nicolas Sarkozy semble toujours vouloir prouver qu'il a tout compris. « Z'avez-vu ? C'est vachement compliqué mais on y est arrivé ! »

Pourquoi faut-il donc supporter, depuis 4 ans, un Monarque aussi interventionniste sur tous les sujets alors que souvent il n'en capte rien ?

« Je ne vais pas commenter le texte du communiqué que vous allez avoir », commença-t-il par dire aux journalistes présents. Il valait mieux éviter, effectivement, de rappeler toutes les concessions. Sarkozy voulait parler avant même que le communiqué ne soit distribué aux médias. « Je voudrai le présenter dans ses grandes lignes politiques ».  Tout au long de sa trentaine de minutes de monologue, il eut le visage et le corps traversés de ses tics habituels, mâchoire coincée, haussements d'épaules, visage grimaçant... C'en devenait gênant.

« D'abord, nous avons décidé... comme je l'ai indiqué à de nombreuses reprises... de soutenir la Grèce en tant que membre de l'Euro. (...) Je voudrais, m'adressant au peuple grec, leur dire que nous sommes conscients des efforts qui leur ont été demandés ».Vraiment ? Il faut insister sur la gravité du moment. « C'est notre responsabilité historique, face à l'Europe, incarnée dans la monnaie unique ». L'Europe s'incarne dans sa monnaie, pas dans son gouvernement, qui n'existe pas.

« ... C'est-à-dire qu'un échec... sur le soutien à l'euro... nous était absolument interdit. Il y a un tournant historique dans la décision que nous prenons. » Sarkozy pèse ses mots. « D'abord nous nous sommes engagés à créer l'amorce d'un fond monétaire européen. (...) Le mécanisme européen que nous avons créé il y a quelques mois, nous avons pris la décision de lui de donner plus de force, plus de flexibilité.»

Jeudi soir, parfois, Sarkozy était drôle. Dans l'assistance, des journalistes mille fois plus experts que lui, le regardaient à peine, tous occupés à retranscrire en « live » les déclarations. Mais Sarkozy voulait être ultra-pédagogue, même en lisant ses notes, de peur de dire une grosse bêtise : ainsi, le FESF pourra intervenir, « permettez-moi cette expression, pas simplement sur le marché primaire de la dette , (...)  mais aussi sur le  marché de la dette d'occasion »... Gros sourire du président français (« t'as vu, j'ai tout compris à ce qu'on m'a dit ! » semble-t-il nous dire). « ça a l'air technique, mais c'est très important.» Ben oui... c'est « très important.»

Plus tard, Sarkozy expliqua que l'Europe allait « puissamment aidé » la Grèce par une « réallocation de ses investissements » « au service de la compétitivité de la Grèce ». Ah... En France, notre économie nationale s'enfonce dans le déficit commercial à des niveaux records (60 à 70 milliards d'euros attendus cette année), preuve que 4 années de mandature sarkozyenne n'ont servi à rien en terme de compétitivité. Mais sur son estrade, à Bruxelles, Sarkozy était à même de donner quelques leçons.

Il voulait surtout éviter de commenter trois informations directement cruciales pour ses concitoyens.

1. Qui va payer ? s'interrogea Libération. Les contribuables européens, très certainement. Les citoyens grecs évidemment. « Ces décisions n'ont pas de coût direct pour nos finances publiques » a expliqué François Fillon vendredi matin. Il jouait sur les mots. En France, le plan nous coutera 15 milliards d'euros d'endettement supplémentaire jusqu'en 2014.« Elles ont un coût indirect puisque nous allons participer à travers des garanties apportées sur les prêts qui seront consentis par le fonds de stabilité européen à la GrèceOn ne respectera donc pas l'engagement de réduction de l'endettement public (1650 milliards d'euros à fin juin 2011) pris pour 2013. C'est le premier non-dit de ce sommet.

2. Deuxième non-dit de l'opération, il faudra un nouveau plan de rigueur. La France a du, au passage, souscrire à l'objectif de réduction de son déficit budgétaire sous les 3% du PIB en 2013 « au plus tard ». « Les Français doivent s'attendre à plus de rigueur » commentait sobrement le Figaro. 2013 était un horizon, c'est devenu un enjeu. Notre déficit est prévu à 6 % du PIB cette année. Comme par hasard, François Baroin a du concéder qu'il faudrait faire plus que les maigres 3 milliards d'euros d'économies de niches fiscales prévues en 2012 (« Il est très probable que nous devrons aller, dans le cadre de la loi de finances 2012, au-delà des trois milliards de réduction de niches prévus »). L'an passé, alors ministre du budget, il avait commis une sacrée bourde en annonçant prématurément que la réduction de 11 milliards d'euros de niches ne suffiraient pas. Ce dernier épisode grec nous rappelle que l'heure de vérité est proche. La Cour des Comptes dénonçait encore récemment l'emballement de l'endettement français. La commission des finances du Sénat, pourtant à droite, a critiqué la prévision de croissance du gouvernement (2,25 %), jugée trop optimiste.

Le gouvernement Sarkozy est bien coincé. Le 15 juillet dernier, il y a à peine 8 jours, François Baroin expliquait encore qu'il était opposé à toute hausse d'impôt. Il sait qu'il lui faudra rogner les niches fiscales. Il sait aussi qu'il faudra augmenter, d'une façon ou d'une autre, les impôts. Mais il préférerait laisser le « sale boulot » à d'autres, à gauche, dans leur programme : « nous sommes totalement opposés à la création d'une tranche supérieure marginale de l'impôt sur le revenu » a-t-il rappelé au Figaro.

3. Sarkozy s'est affranchi, comme souvent, de toute collaboration de ses ministres. Cette personnalisation extrême n'a choqué personne. Ce vendredi, flanqué de ses deux ministres, Fillon faisait grise mine. Il n'était pas à Bruxelles. Sarkozy est parti seul avec ses conseillers. Fillon, Baroin et Pécresse en étaient réduits à faire le service après-vente de décisions qu'ils n'avaient ni négocié ni travaillé. Mais le Premier Collaborateur, premier absent, assura le service minimum. Et comme il n'avait rien d'autre à faire que d'être mesquin, il fit de la petite politique politicienne, rappelant que son Monarque, si dispendieux par ailleurs, voulait une « règle d'or » constitutionnelle pour mieux imposer, pour ses successeurs après 2012, la nécessité de réduire les déficits qu'il avait creusé.

Evidemment, a précisé Fillon, « les engagements que nous avons pris doivent être respectés ».

Evidemment.

23 juillet 2011

220ème semaine de Sarkofrance : Sarkozy, Rambo, Zorro, ou zozo ?

Il a perdu pied. Quand on écoute Nicolas Sarkozy, on en devient gêné. Un peu comme avec un proche qui se comporterait mal en public. Ce n'est pas l'âge, Sarkozy est encore jeune. C'est sans doute l'inquiétude, le narcissisme ou la distance que créé le pouvoir avec la réalité.

Pour cette 220ème semaine en Sarkofrance, Nicolas Sarkozy et son aréopage de communicants nous ont fait honte puis nous ont rire.


Sarkozy le Rambo
Lundi, Nicolas Sarkozy terminait son weekend de quatre jours au Fort de Brégançon. Il était sur le tarmac d'Orly, en soirée, pour accueillir les cercueils de 7 soldats français récemment tués en Afghanistan.


Mardi, le show était en place, les chaînes de télévision convoquées pour filmer, écouter puis commenter l'hommage du Monarque aux sept tués. Sarkozy voulait ressembler à Clémenceau, il était Rambo. L'Afghanistan, c'était sa guerre contre le Mal ( « Vous êtes tombés dans une guerre où des assassins fanatiques et sans honneur cherchent à asservir par la terreur des hommes, des femmes et des enfants désarmés que vous aviez mission de protéger contre cette violence aveugle et meurtrière.»). Ce mardi, il pleuvait à verse, les cercueils avaient été placés au centre de la cour des Invalides, des caméras nous offraient une vue aérienne de l'évènement. La mise en scène fut écoeurante, presque aussi écoeurante que le discours du Monarque : « Vous n'êtes pas morts pour rien.  Car vous vous êtes sacrifiés pour une grande cause. Vous avez défendu les plus belles valeurs de notre pays. (...) Vous êtes morts pour la grande cause des peuples libres qui ont payé leur liberté avec le sang de leurs soldats.» 

Depuis 2007, 56 soldats français ont été tués, soit 80% des morts français au combat depuis le début de l'intervention. A 8 mois de l'élection présidentielle, Sarkozy avait choisi ces 7 soldats-là pour un hommage. N'y voyez aucun hasard. Tout est bon pour une réélection. Quant à faire le bilan des 4 dernières années d'opération militaire en Afghanistan, pas question ! C'est pourtant un fiasco : pays corrompu, plaque tournante de la drogue, insécurité endémique, etc.

Ailleurs en Europe, le monde tremblait. On ne savait plus si l'euro passerait la semaine. Mais Sarkozy n'en avait cure. Dans les coulisses élyséennes, on avait la tête ailleurs. C'était le branle-bas-de-combat. L'hebdomadaire Gala publiait des photos d'une Carla Bruni-Sarkozy enceinte recevant des épouses de soldats le 14 juillet dernier à Brégançon. Sacrilège ! L'opération, largement médiatisée (elle figurait sur le programme officiel !), devait rester locale, provinciale, faussement discrète. Il fallait faire croire au bon peuple que la Reine Carla pensait à nous, mais sans en faire trop. Catastrophe médiatique ! Le plan de com' tombe à l'eau.

Sarko le Zorro
Mercredi et jeudi, Nicolas Sarkozy sauvait, pêle-mêle, la Grèce, l'euro, l'Europe, notre avenir de Français bienheureux et la stabilité du monde. Avec son gros Airbus transatlantique et deux Falcons 7X, il fila à Berlin négocier sept heures durant (notez la précision horaire !). Angela l'inflexible, sa collègue Merkel qu'il chérissait tant, refusait d'aider les pauvres Grecs.   Le climat, anxiogène à souhait, le sert bien dans son entreprise de reconquête électorale.

Une fois de plus, les communicants de l'Elysée avaient décidé de personnaliser au maximum l'opération. Sarkozy est parti seul avec ses conseillers. Fillon, Pécresse, Baroin et même Juppé furent exclus de toute photo officielle. Notre Monarque, si brillant, devait convaincre l'irresponsable Merkel, terrasser « l'égoïsme allemand criminel ».

On abusa des habituels éléments de langage : la chancelière allemande attendait « l'entrée en scène de Nicolas Sarkozy pour faire un pas en avant »; les deux négocièrent « 7 heures d'affilée ». Le lendemain matin, motus et bouche cousue. Rien ne filtre. Sarkozy et Merkel ne dévoilèrent rien. Les 17 chefs d'Etats de l'eurogroup s'enferment.  Quelques fuites font penser que les discussions sont rudes; le suspense est à son maximum. Tard dans la soirée, Sarkozy arriva enfin souriant, pédagogue comme d'habitude. Angela Merkel attendit sur le trio Van Rompuy (président de l'UE), Barroso (président de la Commission) et Papandréou (premier ministre grec) s'expriment. Sarkozy n'eut pas cette patience ni cette courtoisie.

Il lui fallait se pavaner : 109 milliards d'euros de prêts à la Grèce, un abaissement des taux de prêts, une contribution volontaire du secteur privé pour 37 milliards, un Fond Européen de Stabilisation Financière doté de pouvoirs élargis... Qui dit mieux ?

Fallait-il applaudir ?

Sarko le zozo
La réalité était malheureusement bien différente. D'abord sur le rôle réel de Sarkozy. Quand il arrivait à Berlin, Angela Merkel était mure.  Barack Obama l'avait appelée la veille pour qu'elle s'assouplisse. Ensuite, Sarkozy dut céder sur bien des points, la quasi-totalité du plan européen s'est bâtie contre lui: il refusait tout abandon de dette, Merkel obtint que la Grèce puisse être en défaut partiel de paiement. Il ne voulait pas d'obligations européennes, le FESF pourra enfin emprunter et prêter. Il refusait toute contribution du secteur privé. Il dut en accepter le principe, à hauteur de 37 milliards d'euros.

Enfin, on notera son attitude quasiment criminelle face à la crise européenne depuis 2007. Loin de favoriser la constitution d'un gouvernement économique européen qu'il se plaît officiellement à défendre, notre Monarque a privilégié les relations bilatérales ou centrifuges (union méditerranéenne, alliance militaire franco-britannique, refus d'un ministre européen des finances, etc.).


Sur le plan lui-même, il faudrait éviter les célébrations prématurées. C'est d'abord la troisième fois en un peu plus d'un an qu'on nous fait le coup du conseil décisif. Ensuite, sans attendre la conclusion du sommet européen, les Bourses clôturaient en hausse jeudi soir. C'était un signe. Pas de contribution obligatoire des institutions financières (banques, assurances). Enfin, qui paiera l'addition ? Nous, vous, les citoyens. Sarkozy, comme les autres présidents, a du signer un engagement de retour du déficit budgétaire à moins de 3% du PIB au plus tard dans deux ans, alors que le plan européen alourdit de 15 milliards d'euros l'endettement national.

Hasard heureux ou forcé, la Direction générale des finances publiques publiait son rapport d'activité 2010 ce vendredi. On put se réjouir qu'elle ait récupéré quelques 16 milliards d'euros d'impôts grâce à ces contrôles (versus 14,7 milliards en 2009). L'hebdomadaire Marianne pointait son attention, ce samedi, sur l'un de ces fraudeurs épinglés par le fisc, Mme Bettencourt et son immense fortune. La milliardaire avait plaidé la bonne foi, abusée qu'elle était par quelques proches indésirables. Selon l'hebdomadaire, elle doit entre 30 et 50 millions d'euros d'impôts. Pensez-vous que c'est grâce aux minutieux contrôles fiscaux diligentés par Bercy l'an passé ? Et bien non ! C'est grâce à ... Médiapart, ce site accusé des pires maux par les suppôts de Sarkofrance. Mais chut ! Ne le répétez pas (*). En juin 2010, Mediapart avait publié les enregistrements pirates des conversations entre Liliane Bettencourt et son gestionnaire de fortune Patrice de Maistre. Et c'est ainsi que fut révélé publiquement l'ampleur de la fraude fiscale de la milliardaire.


Cette semaine, Mediapart continuait son enquête sur l'ami Ziad Takieddine. Dimanche dernier, il nous révélait comment Takieddine a été sauvé par Jean-François Copé en 2004. Ce dernier, alors ministre, avait fait rapatrié son ami Ziad de l'île Moustique après un « accident ». Jeudi, on découvrait comment Takieddine était l'intermédiaire secret du couple Sarkozy/Guéant auprès du colonel Kadhafi. De la libération des infirmières bulgares (en juillet 2007), à la conclusion de quelques juteux contrats d'armement l'an dernier, Takieddine a bien aidé. Et en retour, d'après des documents publiés par Mediapart, l'équipe Sarkozy a tout fait pour blanchir le beau-frère de Kadhafi, Abdallah Senoussi,, également  patron des services spéciaux libyens et condamné le 10 mars 1999 à une peine de perpétuité en France dans l'affaire de l'attentat contre le DC10 d'UTA. On aurait pu aussi parler de Dédé-la-Sardine et de Bernard Tapie. Ou des prochaines nominations à la tête de la Justice. N'en jetez plus.

Vendredi, un grave attentat ravageait des bâtiments officiels d'Oslo. Plus loin, un tireur isolé faisait feu sur la foule lors d'un rassemblement politique tuant 84 personnes. En Norvège, samedi matin, on évoque l'extrême droite. .

Sarkozy s'indignait, très vite, très brièvement. On imagine le cirque qu'il nous aurait fait s'il s'était agit d'un attentat islamiste.

Ami sarkozyste, où es-tu ?






(*) L'auteur de ce blog n'a aucun intérêt professionnel ni pécunier avec Mediapart .

22 juillet 2011

Grèce : qu'a donc fait Sarkozy ?

Avant même le début de la rencontre Sarkozy/Merkel, quelques thuriféraires louaient la Grande Intervention du Monarque français. Nicolas allait se charger de la crise de l'euro comme hier de la Libye, les paradis fiscaux ou le réchauffement climatique. On avait retrouvé le volontarisme du printemps 2007 ! D'ailleurs, dès jeudi matin, on nous expliquait qu'il avait tout résolu, sans nous dire quoique ce soit. Il fallait se garder d'annoncer le fruit des discussions franco-allemandes puisqu'il restait encore 15 autres pays à convaincre. Autant cacher les concessions.

Evidemment, la réalité était différente. En mars dernier, déjà et encore, Sarkozy nous avait fait le coup du conseil décisif.

Suspense,
La situation est connue, mais souvent mal présentée : la Grèce s'est trop endettée, à la faveur de taux d'intérêt très bas rendus possible grâce à son adhésion à l'euro. C'est l'heure de l'addition et, en Europe, on se dispute les responsabilités. Il y a 350 milliards d'euros à rembourser, pour partie aux autres pays européens, Etats ou banques.

Mercredi 20 juillet, Sarkozy a rencontré Merkel, d'abord en tête-à-tête puis avec Jean-Claude Trichet, pendant 7 heures d'affilée de discussions « très serrées », nous rapporte-t-on de « l'entourage » du Monarque ... Et grâce à ce dévouement incroyable, un accord était enfin possible pour sauver la Grèce, l'euro, l'Europe et sans doute le monde. Au Figaro, on met les bouchées doubles pour saluer l'action salvatrice du patron de Sarkofrance : « Comme souvent depuis le début de la crise grecque, Angela Merkel aura attendu l'entrée en scène de Nicolas Sarkozy pour faire un pas en avant. Mardi, les conseillers économique et européen de la chancelière étaient à l'Élysée, et, mercredi, pour la deuxième fois en un mois, Nicolas Sarkozy a fait le déplacement jusqu'à Berlin pour arracher un accord susceptible de rassurer les marchés.» Avant ce meeting « décisif », le Canard Enchaîné laisse fuiter des propos peu amènes de notre Zorro national à l'égard d'Angela Merkel : « L'égoïsme allemand est criminel. Il prolonge la crise ».

Ailleurs, on théâtralise dans tous les sens : «Si cette zone euro éclatait, ce serait une catastrophe» (Alain Juppé); « les conséquences se feront sentir partout en Europe, et au-delà » (José Manuel Barroso). La situation est grave, mais on ne sait plus ce qui est gravissime : la disparition de l'euro ? Le retour au drachme et une dévaluation brutale en Grèce ? Les faillites des banques prêteuses ? La catastrophe sociale en Grèce ?

Jeudi matin, jour de la fête nationale belge, le plan d'action négocié par le couple Sarkozy/Merkel était encore secret, aucun détail n'était officiellement livré. On sait juste qu'il y a une « position commune ». Le suspense reste entier. Dans la journée, quelques informations sont lâchées ici ou là : Sarkozy aurait obtenu un renforcement du Fond Européen de Stabilisation Financière. Ce dernier pourrait racheter les dettes grecques, mais aussi irlandaises ou portugaises; et prêterait au taux attractif de 3,5%. Merkel a obtenu une participation des banques privées au plan d'aide, et que la Grèce puisse être placée en défaut sélectif de paiement. C'est une première en Europe. Pour les banques, il y aura trois options, telles que présentées par le lobby des banques il y a trois jours.  La France privilégiait le volontariat (à l'échéance des prêts, le créancier choisit de prolonger, renégocier ou annuler le prêt si la Grèce ne peut rembourser).

Au passage, on oublie de préciser que Barack Obama a discrètement fait pression sur Angela Merkel pour qu'elle s'assouplisse. Un coup de fil, bien placé, mardi, comme l'an dernier lors de la première crise grecque. Même au Figaro, on concède que « les positions défendues par Berlin semblent donc l'emporter à première vue ». Et les Echos expliquent que « le réel homme clé des négociations, était en fait, Klaus Regling, le patron du FESF ».

Jeudi à 13h, le sommet extraordinaire des chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro sur la Grèce. Le Royaume Uni ne participe pas. Quelques heures plus tard, le conclave européen n'était toujours pas terminé. Le Monde publie sur son site le texte du projet d'accord en cours de négociation. On y retrouve les pistes évoquées depuis l'aube et quelques autres : contribution volontaire des banques, plan Marshall pour aider à la mise en oeuvre des réformes en Grèce ; allongement de la durée des prêts aux pays en difficulté (de 7 ans et demi à 15 ans minimum, 30 ans maximum), réduction des taux d'intérêt (à 3,5 %) ; nouveaux prêts de la part de la zone euro et du FMI (jusqu'à 71 milliards d'euros); et renforcement du FESF (possibilité de rachat exceptionnel de dettes publiques; lignes de crédit préventives; prêts directs sous condition).


... Trahisons...
Depuis son élection en 2007, qu'a-t-il fait pour l'Europe ? Certains lui reconnaissent un volontarisme dès juin 200è, pour faire adopter le mini-Traité de Lisbonne. Puis en 2008, quand, président de l'union européenne, il coordonna la réponse à la crise boursière. Mais soyons réaliste. Observez la réalité, relisez les comptes-rendus, les articles, les billets. Depuis 2007, Sarkozy a joué sa carte personnelle, point barre.

Effectivement, il a beaucoup parlé d'Europe. Mais il a peu agit pour une meilleure intégration politique. Le mini-traité de Lisbonne, mi-2007, était une tartufferie administrative sans enjeu. En 2007, Sarkozy a d'abord abandonné l'axe franco-allemand, pourtant historique et décisif, au profit d'une Union pour la Méditerranée avec tous les autocrates de la région ou d'un rapprochement atlantiste. Fin 2008 jusqu'au printemps 2009, il a joué sa partition toute solitaire de grand Régulateur du Monde. Face au Krach boursier, il a suivi la proposition de Gordon Brown pour réduire le Credit Crunch. Secoué par la crise, il s'est ensuite progressivement caché et soumis à Angela Merkel : il refusait toutes sanctions aux Etats européens défaillants, mais du se ranger, en avril 2010, à la proposition Merkel de leur retirer un droit de vote au conseil européen. Il faut dire que l'économie allemande repartait de plus belle quand la Sarkofrance restait à la traîne.

Depuis un an, Sarkozy a surtout délaissé l'Europe. Il est en campagne. Au mieux, il préfère « son » G20, ou ses déplacements bi-hebdomadaires en province. Il s'est inventé un agenda qui ne correspond à rien. Quand il part à Bruxelles, c'est contraint et forcé, par une nouvelle urgence. Ses idées sont floues, ses propositions rares. Que l'Europe se désagrège entretient un climat si anxiogène qu'il sert le positionnement « protecteur » adopté par Sarkozy pour 2012.


Mi-mars, il se pavanait. Il faut réécouter ou relire ce qu'il disait, il y a à peine trois mois. A l'entendre, nous étions sauvés, tout était réglé, et les méchants spéculateurs qui escomptaient un marasme européen devaient être fort marri : « Vous l'avez compris, ce conseil était très important. (...) Nous avons mis en place le gouvernement économique de l'Europe. Comme la France l'a toujours demandé, ce gouvernement, c'est la réunion des chefs d'Etats et de gouvernements, c'est-à-dire les 17. » Quelques mois plus tard, on rigole, ou on pleure. C'est selon.

Fin juin, il taclait le patron de la BCE qui eut le malheur de proposer la création d'un ministre européen des finances. La semaine dernière, trois pays européens coup sur coup perd du crédit chez les agences de notation. Croyez-vous que Sarkozy se serait fendu d'une intervention publique ?

... et mensonges
Finalement, vers 22 heures, le communiqué officiel tombait. Nicolas Sarkozy ne s'évita pas une conférence de presse. Fatigué sans doute, il repartait ensuite dès vendredi au Fort de Brégançon. Il cachait sa déception, sans doute aussi, car le résultat de cette nouvelle journée de délibération est peut-être une véritable victoire européenne et un désaveu (partiel) pour le Monarque élyséen. A Paris, son fidèle Copé lâche rapidement le communiqué qui va bien : « le président de la République a une nouvelle fois fait preuve de sa réactivité, de sa capacité de rassemblement, d'entrainement et de sa détermination pour sauver la Grèce et l'ensemble de la zone Euro ».

Mais pour le reste, on se contenta d'un communiqué élyséen publié tardivement, que l'on pouvait comparer, parfois avec délice, avec le relevé officiel de conclusions officielles du sommet.

En introduction des 4 pages du communiqué final, il y eut d'abord un petit mot de compassion pour « les citoyens grecs », les 17 chefs d'Etat (dont le premier ministre grec) réaffirmant être convaincus que ces sacrifices sont indispensables pour la reprise économique et qu'ils contribueront à la stabilité et à la prospérité futures du pays ». En France, l'Elysée retient dans son propre communiqué les « sacrifices sans précédent et indispensables » du peuple grec. La formule est plus rude, plus emphatique, plus électorale.

Les chefs d'Etats de la zone euro promettent ensuite quelque 109 milliards d'euros de « financement public total », via une réduction des taux d'intérêt et un allongement des délais de remboursement. Le FESF sera, comme annoncé plus tôt, prêteur direct. L'Elysée souligne que «  les membres de la zone euro ont en effet décidé d'aider la Grèce à faire face, en allégeant notamment la charge de sa dette (qui représente 160% du PIB) ».

On se souvient que l'an dernier Nicolas Sarkozy était un fervent opposant à des obligations européennes (proposées par les partis socialistes européens).

Nicolas Sarkozy cherchait surtout le volume financier, le sommet a ajouté une baisse des taux d'emprunt et le rééchelonnement des dettes : c'était exactement la position allemande. On se rappelle comment, en 2010, Christine Lagarde expliquait qu'il était légitime de prêter à 5% ou 6% à la Grèce en faillite quand on empruntait soi-même à 3,5%.

Comme le commentait Jean Quatremer, envoyé spécial de Libération à Bruxelles, ces décisions présagent des euro-bonds, c'est-à-dire une véritable politique de financement européenne. Jusqu'alors, la Sarkofrance - comme l'Allemagne - privilégiait les prêts bilatéraux (et juteux).

Sarkozy n'a pas eu gain de cause jusqu'au bout. L'Allemagne défendait une contribution du secteur privé, c'est-à-dire des banques, et obligatoire, quitte à risquer le défaut de paiement de la Grèce. La France y était hostile (« La France n'accompagnera pas une solution qui s'apparente à un événement de crédit, c'est-à-dire à un abandon de la dette » expliquait Baroin). Finalement, cette dernière ne sera que volontaire, et les 17 chefs d'Etat la chiffrent clairement à « 17 milliards d'euros ». A Paris, les conseillers élyséens ont choisi la surenchère des chiffres : « la participation volontaire du secteur privé à ce nouveau plan d'aide à la Grèce représente 135 milliards d'euros sur 30 ans ». Et sur un siècle ? Ces gens nous prennent pour des cons.

Evidemment, précise l'Elysée, « la situation de la Grèce est particulière et constitue une exception. Ces mesures d'aide n'ont par conséquent pas vocation à s'appliquer à d'autres Etats ».  On avait peur que les marchés, ce vendredi matin, croit que les pays européens étaient incapables d'honorer leur signature. Pas question de remettre au pot pour les autres ! Vendredi soir, Sarkozy précisa : « ce que nous ferons pour la Grèce, nous ne le ferons pour aucun autre pays. »

Le communiqué officiel est plus précis que le résumé sarkozyen : « Tous les autres pays de la zone euro réaffirment solennellement qu'ils sont fermement déterminés à honorer pleinement leur propre signature souveraine.» Pourtant, les 17 ont précisé que l'Irlande et le Portugal, « qui bénéficient également d'une aide du FESF », pourront eux aussi bénéficier de l'assouplissement des taux et de la maturité des prêts du FESF.

Pour finir, le communiqué sarkozyen diffère du communiqué européen sur un point essentiel : les 17 ont promis d'atteindre chacun (sauf les pays aidés) l'objectif de réduction de leur déficit budgétaire à 3% du PIB en 2013, c'est-à-dire dans ... 2 ans « au plus tard ». Au passage, ces derniers se félicitent de la rigueur italienne (« qui permettra de ramener le déficit sous le seuil des 3 % en 2012 et d'équilibrer le budget en 2014 »), et espagnole. Et la France ? Rien sur la Sarkofrance.

En 2012, notre déficit budgétaire sarko-français sera bien loin des 3% du PIB.

On comprend mieux pourquoi, cette fois-ci, Nicolas Sarkozy a préféré éviter de pavaner au sortir du sommet européen.