14 juillet 2011

Ce que l'on sait des relations entre Ziad Takieddine et Nicolas Sarkozy

Qui est Ziad Takieddine ? Osez le qualifier de marchand d'armes et vous recevrez quelque menace d'avocat. Disons donc qu'il est l'intermédiaire très doué de certains dans quelques faramineux contrats, amis des mêmes et de quelques autres, et qu'il fréquente depuis bientôt 20 ans, une bonne partie du cercle proche de Nicolas Sarkozy.

En 1994, sans doute vers la fin de l'année, cet homme aurait été « imposé » par le gouvernement d'Edouard Balladur dans la vente de sous-marins français aux autorités pakistanaises.

Pour rappel, en mai 2002, quinze personnes dont onze Français employés de la DCN étaient tués dans un attentat à Karachi. Sur le coup, on accusa les islamistes. Onze ans plus tard, cette hypothèse ne convainc plus grand monde. Grâce aux deux enquêtes menées d'une part par le juge Marc Trévidic (sur l'attentat), et, d'autre part, par les juges Le Loir et Van Ruymbeke (sur les rétro-commissions éventuelles), la piste d'une vengeance (pakistanaise ?) après l'interruption du versement des commissions clandestines aux intermédiaires du contra Agosta tient la corde. Cette dernière piste conduit à ... Ziad Takieddine.

« Cet homme est une bombe à retardement pour le clan Sarkozy » écrivaient Fabrice Arfi et Karl Laske pour Mediapart le 10 juillet dernier. Et les deux journalistes livraient quelques incroyables révélations, complétées le 12 juillet par une seconde salve.

Un ami
Ziad Takieddine est un ami du premier cercle, un proche du clan Sarkozy. Pour preuve, Médiapart a d'abord publié plusieurs photos privées montrant l'intermédiaire franco-libanais recevant sur ses yachts, dans sa villa d'Antibes ou chez lui à Paris Brice Hortefeux (« l'ami de trente ans ») et son épouse, Jean-François Copé et son épouse, Dominique Desseigne (patron du Fouquet's) ou Thierry Gaubert (ancien chef de cabinet de Sarkozy en 1995, puis proche collaborateur jusqu'en 2007).

En 2003, Ziad Takieddine a même payé quelques prestations touristiques luxueuses à Jean-François Copé, avec ou sans son épouse (Londres, Venise, Beyrouth), alors que ce dernier était membre du gouvernement. Interrogé, Copé se défend : c'étaient des relations « strictement amicales » sans rapport avec son job de ministre...

Selon l'Express, le 7 juillet dernier, le domicile de Thierry Gaubert était perquisitionné. Selon Médiapart, les policiers cherchaient des documents relatifs à Ziad Takieddine.

Un fournisseur
Ami et... fournisseur, Ziad Takieddine a reçu de grosses commissions en rémunération de son travail d'intermédiaire dans des ventes d'armes validées par le gouvernement Balladur.

Ainsi reconnaît-il avoir joué le rôle d'intermédiaire pour le contrat Sawari II, la vente de frégates françaises à l'Arabie saoudite. Mediapart affirme que « M. Takieddine a reçu, entre 1997 et 1998, 91 millions d’euros pour la vente de frégates à l’Arabie Saoudite, validée en novembre 1994 par Nicolas Sarkozy en tant que ministre du budget ». Au total, sur ce contrat, Mediapart a trouvé trace de trois paiements de commissions pour un montant total de 235 millions d'euros, entre 1996 et 1998.

Pour le contrat Agosta (cf. le Karachigate). Takieddine a été « ajouté » comme intermédiaire par le gouvernement Balladur quelques mois après la validation de l'exportation des sous-marins français vers le Pakistan par le ministre du Budget Nicolas Sarkozy.

Takieddine a travaillé sur le contrat Miksa. Bizarrement, cette négociation qui visait à équiper l'Arabie Saoudite en matériel de protection de ses frontières (7 milliards d'euros) n'était pas du ressort de la Défense mais ... du ministère de l'Intérieur dirigé par Nicolas Sarkozy. L'affaire fut stoppée en 2003 par Jacques Chirac. Jusqu'à lors, Brice Hortefeux et Claude Guéant la négociaient avec Ziad Takieddine.

Claude Guéant, Brice Hortefeux, Thierry Gaubert... qui nous manque-t-il ?

Toujours selon Mediapart, Takieddine a effectué pour 11,8 millions  d'euros de « paiements secrets » vers des sociétés offshore à partir de l'année 2003. Mediapart publie un extrait de comptes.

Les juges s'interrogent sur l'origine de 20 millions de francs (3 millions d'euros) en espèces identifiés dans les comptes de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995. Le trésorier René Galy-Dejean et d'autres témoins ont orienté les juges vers ... Brice Hortefeux et la « cellule meeting » qu'il dirigeait pendant la campagne. Hortefeux était déjà, à l'époque, proche conseiller de Nicolas Sarkozy.

Mais un exonéré
A partir de 1998, Takieddine a également procédé à de belles acquisitions immobilières en France (hôtel particulier à paris, deux yachts, villa à Antibes). Selon Mediapart, « les seules dépenses relatives à l'entretien et à la gestion de ses résidences − Antibes et Paris, mais aussi Londres, et Beyrouth et Baakline au Liban − se sont élevées à 13,7 millions d'euros entre 2001 et 2008.»

Le patrimoine de Takieddine est estimé à 40 millions d'euros. Pour preuve, Mediapart publie une déclaration de patrimoine établie en 2008 pour l'obtention d'un prêt. Hors de France, ses biens dépassent les 40 millions d'euros. 

Pourtant, M. Takieddine, résident fiscal français, ne paye ni impôt sur le revenu ni ISF. Mediapart a publié ses avis d'imposition de 2002 à 2007, et de 2009. Les commissions sur les contrats mentionnés plus haut (91 millions d'euros sur Sawari II, 235 millions d'euros sur la vente de frégates du contrat Sawari II) ont été en fait placées dans des sociétés off-shore, explique le site d'information.

En mars dernier, il avait été interpelé à sa sortie d'avion, au Bourget, de retour de Libye avec deux journalistes français et quelque 1,5 million d'euros en espèce.

Entre novembre 2004 et mai 2007, Jean-François Copé était ministre du budget. Aucun contrôle fiscal n'a jamais rien donné.

« Ce dossier complexe et explosif ne va pas se terminer rapidement et sera, à l’évidence, évoqué durant la campagne présidentielle » commentait hier la Tribune de Genève. Sans blague ?

Il ne nous manque plus qu'une photographie de Nicolas Sarkozy en compagnie de Ziad Takieddine.

Allez, Mediapart... un effort.


Crédit photos : montage à partir de clichés (c)Mediapart 2011

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3 commentaires:

  1. heu...pire que mes pires cauchemars...Qu'est-ce qu'on fait ? On se tire une balle ? Nan, merde, ce serait donner de l'argent à tous ceux là. ;o)
    merci pour l'info !!

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  2. Les contrats douteux se nommaient Sawari II et Agosta. Ziad Takieddine a reconnu être intervenu au sujet de Sawari II (et non sarawi II) C'est un détail évidemment.

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