13 juillet 2011

Sarkozy, chef de guerre d'une France fauchée

Nicolas Sarkozy thématise ses semaines : ça doit lui donner l'impression de maîtriser l'agenda du pays. Fête nationale et 14 juillet obligent, il avait placé ces jours-ci sous le thème de la Défense nationale : voyage expresse en Afghanistan mardi matin, visite d'un hôpital militaire ensuite, défilé mardi. Fichtre !

Sarkozy espérait avoir terminé sa campagne de Libye avant que nos soldats ne défilent sur les Champs Elysées ce jeudi. Quatre mois après le début de l'intervention occidentale, le 19 mars dernier, les parlementaires doivent se prononcer sur la poursuite de la participation française.

En Libye, la situation est clairement enlisée : on a compris, de vraies confirmations en faux démentis, que le gouvernement français négociait directement ou pas avec la famille Kadhafi. Les rebelles restent accrochés à leurs positions (Benghazi, Misrata).  Et le dictateur n'a pas l'intention de quitter son poste, à Tripoli, puisqu'il reste soutenu par deux tribus locales et renforcé de mercenaires africains.

Sur la Libye, Sarkozy a tout raconté, et son contraire. 
Samedi 19 mars, il organisait pompeusement le « sommet de Paris » avec ses « alliés », dans la foulée de l'adoption, quelques heures plus tôt de la résolution 1973 par le Conseil de Sécurité. Cette dernière autorisait des raids aériens pour sauver les populations civiles menacées par les forces du régime. Fin février 2011, Sarkozy nous expliquait publiquement que Kadhafi devait partir. Fin avril, un mois après le début de l'intervention occidentale, Alain Juppé répète la vulgate sarkozyenne : « Kadhafi doit partir ». Bêtement, on croyait qu'il voulait renverser son ancien allié. Ben non ! Quatre mois plus tard, on nous expliqua que le gouvernement sarkofrançais souhaitait une simple mise à l'écart... Que de malentendus !

Lundi soir, Nicolas Sarkozy a quitté le Fort de Brégançon pour Paris puis Kaboul. Ce voyage secret et expresse en Afghanistan devait durer 6 heures. Il était là pour assoir son image de chef de guerre. La présence française en Afghanistan fait débat. Candidat, Sarkozy avait promis le retrait. Président, il avait réintégré la France au sein du commandement militaire de l'OTAN, et engagé, sans vote parlementaire préalable, un renforcement militaire français en Afghanistan. Lundi, un 64ème soldat français était tué en Afghanistan, cette fois-ci par accident.

Lundi soir, Charles Jaigu, l'envoyé spécial du Figaro à l'Elysée, nous avait prévenu : « Sarkozy endosse les habits de chef de guerre ». Il voulait jouer de la grosse voix. Mais la France est fauchée. Quatre mois d'actions en Libye nous ont déjà coûté 160 millions d'euros, une dépense imprévue au budget de l'année qui frôle les 186 millions d'euros d'économies attendues par le non-remplacement d'un militaire sur deux partant à la retraite...

Le budget 2011 de la Défense prévoit d'ailleurs 3 milliards d'euros de réduction de dépenses. Entre 2009 et 2015, l'armée a prévu de ses séparer de 54.000 postes sur 320.000 (dont environ 8.000 en 2011). La refonte de la carte militaire (qui a engendré de nombreux surcoûts de mobilité) a été présentée comme un effort de rationalisation. Il s'agissait en fait de faire des économies sèches et brutes. Rien de plus. De même, l'accord franco-britannique conclu à l'automne n'était que la mutualisation de certains programmes (expérimentation nucléaire, porte-avions, etc) de deux pays fauchés. .

Ce déplacement afghan, donc, n'était qu'affichage. Se montrer aux côtés de soldats casqués et armés, ça fait sérieux et présidentiel.

Mais on n'a que les guerres qu'on mérite.

En Afghanistan, la France joue les supplétifs. 
Quand Obama déploie 100.000 soldats,  Sarkozy complète de 4.000. Quand Obama annonce qu'il en retire 33.000 d'ici septembre 2012 le 22 juin dernier, Sarkozy suit dans les 24 heures pour annoncer également le repli français.

Le (petit) Monarque veut quand même jouer aux plus grands.

Sur place, Sarkozy s'est d'abord montré dans une base militaire avancée, à Tora. On lui avait dressé sa petite tribune, deux drapeaux et un panneau indiquant sobrement « Tora, Afghanistan, 12 juillet 2011 ». Un photographe de Paris match était là. Le général Emmanuel Maurin, en charge des opérations locales, lui expliqua que « l'insurrection » s'était radicalisée. Ce terrible constat n'empêcha pas Sarkozy d'annoncer le retrait d'un quart des effectifs français d'ici la fin de 2012... après le Grand Scrutin de mai. A Paris, sur Europe1, François Fillon avait choisi de s'accaparer une partie de l'évènement médiatique.

Le discours présidentiel était prêt.
Il fut rapidement mis en ligne et distribué aux médias français. Il prononça 6 fois en ces quelques minutes de discours, l'expression « Chef des Armées ».

« C'est un honneur pour le chef des Armées d'être aujourd'hui ici en Afghanistan, sur la base opérationnelle avancée de Tora, en Surobi. » Sortez les tambours ! Sarkozy parle grave et sérieux. N'oubliez pas, c'est LE président-chef des armées !

Il eut évidemment l'hommage obligatoire aux soldats morts pour rien dans cette guerre sans trajectoire, et s'imposa une minute de silence. Sarkozy, à Tora, devait être présidentiel : « Tous vos camarades morts au combat depuis 10 ans sont allés au bout de leur engagement

On ne sait plus pourquoi nos forces sont là-bas. Il paraît que c'est pour le Grand Combat contre les Talibans, l'obscurantisme et le terrorisme. Oussama Ben Laden a pourtant été tué, et au Pakistan de surcroît. Le jour même de l'arrivée de Sarkozy sur le sol afghan, l'un des hommes les plus puissants du pays, demi-frère du président Karzaï, figure de la corruption du régime et grand trafiquant d'opium, était assassiné. Sans surprise, Sarkozy suivit les Etats -Unis pour dénoncer l'attentat. Ahmed Wali Karzaï était aussi soupçonné, en 2009, par le New York Times d'être un agent de la CIA.

« Soldats, votre mission en Afghanistan est importante pour la paix et la sécurité du monde. »
Fichtre ! La sécurité du monde ? Le monde est-il plus sûr ? En 2001, l'attaque occidentale en Afghanistan visait à déstabiliser les Talibans, base établie et connue d'Al Qaïda. Mais en 2007, ou en 2011 ?

« En 2008, j'ai décidé d'envoyer des renforts. (...)  Mais, avant de prendre cette décision, j'ai demandé à nos Alliés de définir une nouvelle stratégie, fondée sur le transfert des responsabilités aux Afghans.  » Quelle nouvelle ! Rappelez-vous ce que Nicolas Sarkozy expliquait, fin 2007, pour justifier son revirement : « Nous ne quitterons pas l'Afghanistan parce qu'il en va de la solidité et de la pérennité de notre alliance et parce que c'est le combat contre le terrorisme ». En mars 2008, il officialise son rapprochement avec l'OTAN et le renfort en Afghanistan. En 2010, les forces française se redéploient hors de Kaboul.

« Après avoir transféré Kaboul aux Afghans, j'ai voulu que la France assume une nouvelle responsabilité autonome, dans une zone cohérente et d'importance stratégique. C'est pour cela que nous sommes venus en 2009 en Kapisa, avec des moyens renforcés et des programmes civils. » Réécrire l'histoire, en Sarkofrance, est toujours crucial. A Kaboul, les attentats sont toujours aussi fréquents. En avril dernier, Gérard Longuet, ministre de la défense, a échappé à une bombe.


Le fameux « processus de transition » loué par Sarkozy n'existe pas. 
Il faut simplement partir, faute d'argent et de résultat, et si possible en faisant bonne figure. Notre Monarque eut quelques mots pour conforter les troupes : « En assumant cette mission, avec nos Alliés et les forces afghanes, vous, soldats français, vous empêchez que les terroristes se servent de ce pays comme base d'attaque ».  Il était grandiloquent, sans intérêt, presque drôle si le sujet n'était si grave : « Vous défendez des valeurs humanistes universelles. Vous êtes fidèles à l'esprit de ceux qui étaient là, dans les années 80, aux côtés des Afghans. (...) Vous faites que la France est digne de son histoire et de ses responsabilités de membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU.» Il faut croire à la grandeur de la France, même si la France, isolée de l'Union européenne, reste petite et désormais fauchée. 

Lui qui a fait son service militaire, planqué quelque part en région parisienne (comme d'autres), Sarkozy aima s'adresser aux « Soldats »à de multiples reprises : « Soldats, c'est ma responsabilité de chef des Armées de vous donner des objectifs stratégiques clairs.  C'est la responsabilité du Gouvernement de vous donner les moyens de les atteindre. C'est le devoir de votre commandement de vous conduire au succès. Et c'est votre honneur de servir et défendre la France et ses idéaux.» A nouveau... sortez les tambours !

Résumons : les objectifs stratégiques sont clairs, mais officieux : on doit se casser d'Afghanistan au plus vite, car, moyens obligent, nous n'avons plus assez de budget et, corruption oblige, le pays est devenu depuis des lustres ingérable.

Soldats,

avez-vous compris ?

6 commentaires:

  1. Bravo Juan, vous êtes magnifique, et j'ai éclaté de rire au divers langages de notre petit monarque. Quand on pense que ce sont les Ricains -quand les "Soviets" étaient en Afghanistan - qui SUPPORTAIENT les Talibans, cela fait quand même doucement sourire. Allez, "la nave va".

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  2. "les Talibans, l'obscurantisme et le terrorisme" n'ont rien à craindre de vous et de vos écrits.

    @ Anonyme : quand on pense que ce sont les Ricains - contre Hitler - qui SUPPORTAIENT Staline, vous devez doublement doucement sourire.

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  3. @ Grekov

    Aaahhh...ce bon petit Père du Peuple, qui a 20 millions de morts à son actif. On ne refait pas l'Histoire et c'est vrai qu'il y a des alliances troublantes parfois.

    Le discours du "Chef des Armées" est d'autant plus risible qu'il y a peu, juste avant qu'il ne soit l'heureux destinataire de l'Air Sarko One, il avait squatté un airbus qui devait ramener des soldats blessés d'Afghanistan entre autres, pour effectuer juste un saut de puce en France.
    Pas sûre que les soldats missionnés en terre hostile aient alors bien capté où était l'urgence de l'engagement. Tout est question de valeur sans doute...

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  4. "L'HOMME, LE CAPITAL LE PLUS PRÉCIEUX."
    J. STALINE
    Comme quoi...

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  5. Il semblerait surtout qu'un pipeline devait passer dans la région et qu'il fallait le sécuriser. Depuis que notre infinitésimal a appris (comme Obama) que le pipeline allait passer ailleurs, il rapatrie les troupes. Personne n'a jamais fait la guerre pour la démocratie (c'est bon pour la propagande seulement) mais pour l'économie.

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