31 août 2011

Sarkozy: l'heure du bilan de la précarité a-t-elle sonné ?

Il s'abritera derrière les effets de la crise, qui l'aurait empêché de ramener le pays vers le plein emploi. Il se félicitera quand même d'avoir su protéger les Français pendant cette période tourmentée. Bref, Nicolas Sarkozy nous mentira.

La précarité, sous son quinquennat, a fortement progressé, et ses efforts pour contrer cette dégradation de la situation du plus grand nombre ont été incroyablement modestes eu égard à la gravité de la situation.

Les belles promesses...
En 2007, pendant sa première campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy promettait de « vraiment réduire la pauvreté, l’exclusion et la précarité » grâce au retour du « plein emploi ». Il ajoutait, dans son catalogue de promesses (retirés du Web par l'UMP l'an dernier): « Comme souvent en France, en matière de chômage ou en matière de minima sociaux, on indemnise chichement, mais longtemps. Alors qu’il faudrait indemniser fortement, mais brièvement pour que chacun soit incité à reprendre rapidement un emploi. »

Autre promesse, liée à la précédente, la réduction d'un tiers en cinq ans le nombre de personnes en situation de pauvreté. L'horizon des cinq ans sera franchi sous peu, dans quelques mois. Et le bilan est détestable.

1. Radier plus vite
En mars 2008, le Président des Riches présentait le dispositif de l'offre raisonnable d'emploi, une mesure promulguée en août 2008 et qui entra en vigueur 6 mois plus tard, en octobre, au plus fort de la crise. Après deux refus d'offre d'emploi dit « raisonnable », le chômeur perdait pendant deux mois son indemnisation. En 2007, le candidat avait aussi promis que « que l’allocation chômage ne puisse pas être inférieure au salaire minimum, mais que nul ne puisse refuser plus de trois offres d’emploi correspondant à ses compétences ».

2. Radier plus fort
Quatre ans plus tard, la seule promesse tenue fut la radiation temporaire des demandeurs d'emplois en cas de refus d'offre. Et encore, le gouvernement avait quand même durci le dispositif par rapport à la proposition initiale du candidat (qui ne parlait que de trois offres « refusables », et non deux comme finalement retenu par son équipe). A l'automne 2007, on s'inquiétait déjà.

Début juillet, le site Actuchômage avait révélé que Pôle Emploi avait dans ses projets de faciliter la radiation par courrier électronique. L'organisme incitait quelque 1,5 million d'allocataires de recourir exclusivement aux services proposés dans l'« espace personnel » de pole-emploi.fr afin de «contribuer au développement durable en limitant les envois de courriers papier». Chaque mois, entre 200 et 300.000 inscrits sont radiés des statistiques de pôle emploi pour « défaut d'actualisation» ou « radiations administratives» (227.000 en juillet dernier). Un chargé de communication de Pôle Emploi a expliqué à Rue89 que « les demandeurs (...) peuvent revenir sur cette décision d'un simple coup de fil » et « par courrier, non seulement ça prend plus de temps, mais en plus, on entend très souvent les demandeurs nous expliquer qu'ils n'ont pas reçu le pli. »

3. Indemniser au minimum
Côté indemnité minimum, on est bien loin du SMIC (qui par ailleurs n'a pas été augmenté l'été dernier): le montant minimum de l'Allocation d'aide au retour à l'Emploi est de à 27,66 € (juillet 2011), voire de 19,82 € par jour pour les demandeurs d'emploi qui suivent une formation.

4. Surcharger pôle emploi
Fin 2008, le gouvernement précipitait la fusion de l'ANPE et des ASSEDIC, décidée en février, sans prévoir de renforts supplémentaires. En un semestre, le nombre d'inscrits à Pôle Emploi progressait pourtant de plus de 500.000 personnes. Un rapport sénatorial de juillet dernier a déjà dénoncé la faiblesse des moyens accordés à l'organisme à sa création: « pendant les deux années qui ont suivi sa création, Pôle emploi a dû faire face à une augmentation d'environ 730 000 du nombre de demandeurs d'emploi inscrits en catégorie  A, B et C soit une augmentation de plus de 20 % par rapport au nombre de demandeurs d'emploi recensés en janvier 2009. Les effectifs de Pôle emploi ont augmenté en 2009 mais de manière modeste au regard de la hausse du nombre de demandeurs d'emploi. A partir de l'été, 1 840 agents supplémentaires ont été recrutés, 1 000 en CDI et 840 en CDD. »

5. L'unique initiative de Sarkozy
Cessons de réécrire l'histoire. Au plus fort de la crise, la seule mesure protectrice dont Nicolas Sarkozy a eu l'initiative vis-à-vis des centaines de milliers de chômeurs supplémentaires fut de reporter d'un an la suppression de la dispense de recherche d'emploi des seniors de plus de 58 ans, une mesure qu'il avait lui-même décidée pour janvier 2009. Quel effort !

6. Libéralisme contrarié
La crise avait bloqué la tentative de « réforme », c'est-à-dire de casse sociale, promise par le candidat Sarkozy. La rupture tant attendue par quelques libéraux n'a pu avoir lieu.

Il fallu attendre le printemps 2009, et d'immenses manifestations, pour Sarkozy lâche quelques abandons d'impôts et deux primes ponctuelles et symboliques (l'une de 150 euros au titre de l’allocation de rentrée scolaire (ARS) et l'autre de 200 euros, dite « prime de solidarité active », au titre du revenu minimum d’insertion (RMI), de l’allocation parent isolé (API) ou d’une aide au logement).

Figé par la crise, Sarkozy n'a pu que s'accrocher à préserver les plus fortunés des efforts les plus rudes.

Malgré tout, l'Elysée maintient sa défense. Sarkozy aurait « protéger ceux qui sont les plus fragilisés par la crise » et permis de « bâtir une France plus juste ». L'INSEE explique sobrement que « des mesures ponctuelles et la montée en charge progressive du revenu de solidarité active ont permis de limiter les effets de la crise ».

Et le bilan ? Funeste !
Un an de crise plus tard, les effets de la crise et de l'inaction gouvernementale se faisaient sentir. L'INSEE vient de publier sa dernière évaluation des « Niveaux de vie », qui porte effectivement sur l'année 2009. Les résultats sont, sans surprise, mauvais.

1. La pauvreté s'est aggravée
En 2009, elle a battu tous les records depuis 2006: le nombre de personnes pauvres en France a bondi de 337.000 en un an, pour atteindre 8,173 millions en 2009, contre 7,836 millions l'année précédente (et 8,0 millions en 2007). Leur proportion est également en hausse: 13,4% de la population en 2007; 13,0% en 2008; 13,5% en 2009

Le seuil de pauvreté est défini, pour 2009, à moins 954 euros par mois. Rappelons que le RSA est plafonné à 455 euros par mois pour une personne seule.

2. Le niveau de vie médian a quasiment stagné en 2009: à 19 080 euros annuels, il a cru de +0,4% par rapport à 2008, après une hausse de 1,4% l'année précédente.


3. Davantage d'actifs (chômeurs inclus) sont devenus pauvres. Triste constat pour le chantre du Travailler plus pour gagner plus !  10,1% des actifs de plus de 18 ans, soit 2,8 millions de personnes, contre 9,5% en 2007. En particulier, les travailleurs pauvres non-salariés ont davantage été touchés par la hausse de la pauvreté : « leur taux de pauvreté passe de 15,3 % à 16,9 % entre 2008 et 2009 ».

4. Davantage d'étudiants ont été précarisés. Parmi les inactifs de plus de 18 ans, la proportions d'étudiants pauvres a bondi de 18,1% à 20,3% en 2009 (soit une augmentation de 12%)

5. Le « Président protecteur » a été inefficace pour les ménages les plus modestes. Ils se sont appauvris: « le niveau de vie des 10 % des personnes les plus modestes est inférieur à 10 410 euros annuels (D1), en baisse de 1,1 % par rapport à 2008 ». Pour ce dernier décile, les allocations chômage représentent 7,5 % de leur revenu disponible en 2009 contre 6,2 % en 2008.

6. Les inégalités se sont accrues. L'écart entre seuils de pauvreté et de richesse s'est accru. Présidence pour Riches ?

7. L'inflation reste mal mesurée. Pour preuve, alors que le prix des matières premières (et donc des biens de premières nécessité) ou de l'énergie (vitale) ont flambé, l'inflation officielle, qui sert de baromètre honteux à la non-indexation des minima sociaux ou du SMIC reste excessivement modeste. Le directeur des études de la fondation Abbé Pierre s'est encore récemment énervé, à juste titre: « Ces dernières années, les dépenses obligatoires n'arrêtent pourtant pas d'augmenter. Regardez la flambée des loyers (+ 50% en dix ans). Sans parler des factures de gaz, d'électricité, d'eau... Les dégâts sociaux sont considérables. »

Président inefficace, précarité accrue, qui dit mieux ?



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30 août 2011

Président crédible ? Sarkozy ivre, au G8

Avant de nous faire croire qu'il était l'homme de la situation, le Monarque sauveur de l'euro et du monde, le Grand Organisateur de G8 et G20, Nicolas Sarkozy a été ivre pendant l'une de ses manifestations. Ivre de joie ou d'alcool, la légende ne dit pas. Mais ivre à coup sûr.

C'était il y a 4 ans, il y a une éternité. Nicolas Sarkozy portait encore des Ray-ban, téléphonait ostensiblement la Rolex en évidence à chaque déplacement international. En juin 2007, il avait fait rire et sourire la netosphère toute entière avec une vidéo qu'on se regarde encore avec amusement. Le reportage émanait déjà d'une télévision belge, car la télévision française se censurait déjà.

Il sortait d'un rendez-vous avec son grand ami Vladimir Poutine. Quand il était candidat, quelques semaines avant, il donnait des leçons de moralité à la Russie dirigée par Poutine et spécialement chérie par Jacques Chirac. Depuis son élection, Sarkozy avait fait de Poutine l'un de ses nouveaux meilleurs amis. La realpolitik sarkozyenne avait déjà frappé.
Depuis, ce soutien aux autocrates et dictateurs du globe ne s'est pas démenti. Bien au contraire. Si notre Monarque s'est finalement désolidarisé de quelques salauds confirmés telle Moubarak, Ben Ali, Kadhafi ou El-Assad, c'est parce que le sang de quelques milliers d'innocents avait du couler.

Ce jour de juin 2007, Nicolas Sarkozy sortait donc d'une rencontre en quasi-tête à tête avec Vladimir Poutine, en marge de son premier G8.  Sarkozy était trop heureux de cette rencontre au milieu des puissants. Quelques jours plus tard, un journaliste de TF1 dénommé Patrick Poivre d'Arvor lui demanda pourquoi il s'était ainsi comporté comme un « petit garçon » surexcité lors de ce G8. Suprême sacrilège, PPDA fut débarqué de la présentation du journal télévisé de la première chaîne de télévision dès la saison suivante, malgré ses 8 à 10 millions de téléspectateurs quotidien (un score jamais retrouvé depuis par TF1).

Ce jour de juin 2007, Sarkozy arriva à la tribune de l'une de ses premières conférences de presse internationale en titubant et en bégayant. La vidéo fit le tour du Web. Elle fut l'un des premiers succès de ce blog. Sarkozy semblait complètement bourré, ivre, torché. La communication présidentielle expliqua ensuite qu'il n'était qu'essoufflé. Vraiment ?

«Mesdames, Messieurs, je vous demande de bien vouloire excuser mon retard qu'est...hum hum... (il toussote, se touche le nez, sourit) à la longueur du dialogue que je viens d'avoir avec Monsieur Poutine (la tête balance, il cherche un point d'appui pour son regard)... Qu'est ce que vous préférez ? que j'réponde à vos questions ? ... alors ... (il tourne sa cesse la tête de droite à gauche; hausse les épaules)... y a t il des questions (haussement d'épaules et sourire béat)... allez y... oui oui... ben oui (il se place une oreillette qui dépasse de l'orifice assez largement)»


Sarkozy Ivre au G8 juin 2007 par gomgut9

Alors... Président crédible ?

Insécurité, fiscalité, justice: le gouvernement pris au piège.

En août, Nicolas Sarkozy a oublié un ami, Ziad Takieddine. L'homme d'affaires, a-t-on appris de Mediapart, s'est vu bloquer ses nombreux biens par la justice dans un affaire de divorce. Depuis les révélations en cascade du site d'information, ni l'Elysée ni les invités de Takieddine, de Claude Guéant à Brice Hortefeux, ne commentent surtout pas.  

Mercredi dernier, François Fillon avait oublié des niches fiscales dans ses efforts de rigueur. Quelques 53 milliards d'euros, au lieu de la maigre dizaine de milliards trouvée par le premier ministre, auraient pu être économisées si l'on écoute l'Inspection Générale des Finances.

Ce lundi, Claude Guéant avait oublié que son patron est en charge de la lutte contre la délinquance depuis bientôt 10 ans. Il installait un « nouveau nouveau » préfet à Marseille, comme si cette nomination pouvait cacher un échec de Nicolas Sarkozy.

Sarkozy oublie ses amis
Début août, l'homme d'affaires a vu ses avoirs provisoirement gelés par la justice française. L'information a été sortie par Mediapart, lundi 29 août. Il s'agit d'une conséquence d'une procédure de divorce. Le juge Renaud van Ruymbeke a convoqué l'épouse de M. Takieddine pour en savoir davantage. Il enquête sur le volet financier de l'affaire Karachi (c'est-à-dire le soupçon de rétro-commissions versées en marge de la vente des sous-marins français au Pakistan par le gouvernement Balladur en 1994/1995) mais aussi sur un autre contrat conclu par Ziad Takieddine avec la Sofresa pour des frégates vendues à l'Arabie saoudite (Sawari 2).

En juillet, Mediapart a révélé combien l'homme d'affaires était proche de Jean-François Copé, Claude Guéant, et Brice Hortefeux. Takieddine a expliqué cet été combien Sarkozy était un ami.

Mediapart explique que l'épouse de Ziad Takieddine, Mme Johnson, a établi « un organigramme résumant les biens mobiliers et immobiliers » de son mari, et qu'elle « évalue le patrimoine du couple à près de 104.036.000 euros ». Elle a fait bloquer ces biens par une ordonnance du juge des affaires familiales qui « interdit à M. Ziad Takieddine de procéder à un quelconque acte de disposition sur l'ensemble des biens communs ». « Ses propriétés situées en France étant estimées à 40 millions d'euros. Son épouse lui réclame 25 millions d‘euros, dans le cadre du divorce ».

Le site rappelle aussi que « les sociétés off-shore de Ziad Takieddine ont effectivement reçu, entre 1997 et 1998, leur part de commission du marché Sawari 2, soit près de 91 millions d'euros ».

Fillon oublie des niches
François Baroin et Valérie Pécresse avaient évidemment reçu, la semaine dernière, la liste des niches fiscales les plus inutiles, établie par l'Inspection Générale des Finances. Le Figaro en avait publié quelques extraits dès samedi. Pourquoi le plan annoncé mercredi dernier par François Fillon ne s'en donc est à peine inspiré ? « Le gouvernement n'est pas lié par ses conclusions », a justifié Baroin dimanche. Le fameux rapport a été enfin publié lundi matin, cinq jours après la conférence de presse du premier ministre.

L'IGF a étudié 538 niches, d'un coût total de 104 milliards d'euros par an. Et en a conclu qu'une moitié sont «peu efficientes», dont 19% (soit 12 milliards d'euros) vraiment inefficaces.

Certaines donnent le tournis: les aides aux services à la personnes (6 milliards d'euros), la défiscalisation des heures supplémentaires (4,5 milliards d'euros l'abattement de 10% des pensions et retraites pour le calcul de l'impôt sur le revenu (4,3 milliards d'euros), les exonérations insulaires (400 millions d'euros pour la Corse, 4,7 milliards pour les Dom-Tom), la réduction de TVA pour les travaux de logement (5 milliards d'euros) ou la restauration (2,5 milliards d'euros, à peine évoquée par l'IGF). Valérie Pécresse a plaidé la « cohésion sociale » (pour les retraités), la solidarité avec les régions, la lutte pour l'emploi (pour les aides à la personne)

Comme le rappelle le journaliste-blogueur Thomas Bronnec, « ces niches, c’est la solution qu’ont trouvé les ministères dépensiers pour contourner l’orthodoxie du Budget » qui a fixé, en 2004 (sous Jean-François Copé) la règle « selon laquelle les dépenses de l’Etat ne doivent pas augmenter d’une année sur l’autre, hors inflation ». L'envolée du coût et du nombre de niches fiscales depuis le début des années 2000 est le symptôme d'une hypocrisie. « 14 nouvelles niches fiscales avaient été créées chaque année entre 2003 et 2008, contre seulement cinq par an entre le début des années 1980 et 2003 » rappelle Bronnec.

Guéant oublie ses fiches
A Marseille, le ministre de l'intérieur s'indigne: « Ce qui se passe à Marseille est absolument insupportable ». Claude Guéant faisait sa rentrée, lundi matin, dans la cité phocéenne, pour installer le nouveau préfet, le troisième en 18 mois. Ce dernier a été nommé mercredi dernier, c'est  Alain Gardère, son ancien directeur adjoint de cabinet. Martine Aubry, l'une des candidates socialistes, l'y attendait. Guéant avait-il oublié ses fiches ? Le bilan sarkozyen de la lutte contre l'insécurité est désastreux. A Marseille comme ailleurs, le nombre de policiers nationaux a baissé depuis 2007, alors que la population a augmenté (+40.000 personnes à Marseille). Cherchez l'erreur.

Comme le rappelait l'Express, ce lundi, « selon les dernières statistiques, publiées par la presse et confirmées par la préfecture, au premier semestre 2011, les cambriolages ont augmenté de 14% dans les Bouches-du-Rhône par rapport à la même période l'an dernier, les vols à main armée de 18%, et de 40% à Marseille ».

Avant de s'envoler pour le Sud, le ministre répéta les sales accusations de son prédécesseur Brice Hortefeux contre la « délinquance roumaine ». Le 30 août 2010, il y a un an jour pour jour, Hortefeux avait clos un été de chasse aux Roms par un curieux amalgame Rom=Roumain contre la communauté roumaine. A l'époque, les services de police avaient été bien en peine de justifier l'existence de statistiques par nationalité.

« La présence de Roumains délinquants dans notre pays est quelque chose de préoccupant. Il faut savoir que 2% de la délinquance en France sont le fait de Roumains et que presque la moitié des délinquants roumains sont des mineurs ».

Encore ?!

29 août 2011

2012: la campagne présidentielle a démarré.

Nicolas Sarkozy est revenu en France ce lundi. Il ne reprend que mercredi à 10 heures pour un conseil des ministres puis, le lendemain, une conférence sur la Libye. Exilé trois jours durant en Kanaky, il a fait semblant de ne pas se préoccuper de l'université d'été de la Rochelle.

Son faux calme cachait mal un véritablement agacement. A Paris, son ministre de l'économie défendait très mal les récents annonces de rigueur. Et le jeune Wauquiez se félicitait d'avoir céder, avec deux ans de retard, sur le 10ème mois de bourse étudiante.

Wauquiez jubile
Il a la victoire facile. Laurent Wauquiez triomphait, enfin, sur Twitter, dimanche 28 août. Le gouvernement avait, enfin, annoncé qu'il verserait bien un dixième mois de bourse aux étudiants. La promesse avait été faite par Nicolas Sarkozy... en septembre 2009. Cela faisait partie d'un fameux « plan pour la jeunesse », rapidement oublié, qui intégrait également l'extension du RSA aux moins de 25 ans. Cette dernière mesure fut une véritable tartufferie médiatique puisque, finalement, le RSA ne fut proposé qu'aux jeunes ayant au moins travaillé ... 3 ans consécutivement et à temps complet, pour 9.000 bénéficiaires au final contre 150.000 annoncés ! Sur la bourse, le Monarque aura gagné le temps qu'il pouvait. Mais cette fois-ci, il fallait y aller. La rentrée s'annonce chaude, et la campagne présidentielle a démarré.

Jeudi, le ministre de l'Enseignement Supérieur jubilait donc: « Je me suis beaucoup battu sur le sujet, avec l’appui de Nicolas Sarkozy et de François Fillon. Par ce signe politique fort, le gouvernement montre qu’il ne mène pas une politique d’austérité aveugle et qu’il n’est pas sourd aux réalités du terrain ». Contre qui s'est-il donc battu pour cette mesure tant de fois retardée s'il avait le soutien de Sarkozy ET de Fillon ? Le jeune Wauquiez nous raconte n'importe quoi pour vendre cet électoralisme de dernière minute. Ce sont les syndicats étudiants qui se sont beaucoup battus... contre le gouvernement.

L'an dernier, la ministre Valérie Pécresse, à l'époque en charge de l'enseignement supérieur avant de filer au Budget au printemps dernier, avait dû s'expliquer au Sénat, comme le rappelle Mediapart. Rien n'avait été prévu au budget...

Environ 21% des étudiants, soit 500.000 personnes, devraient percevoir entre 80 et 230 euros dès septembre, pour un coût total de 160 millions d'euros. 150.000 boursiers, n'auront pas droit à cette rallonge de rentrée En début de semaine, l'UNEF avait dénoncé une augmentation de 4% de la vie étudiante pour cette rentrée. Wauquiez a promis des mesures mais « il est trop tôt pour en parler ».

Baroin s'embourbe
Un autre ministre, François Baroin, est revenu défendre la cause des mesures de rigueur annoncées sans succès mercredi dernier par François Fillon: « Le plan qu’a présenté François Fillon est cohérent et adapté. Il prévoit de la solidarité de la part des hauts revenus » a-t-il confié au JDD. Devenu fidèle sarkozyste, Baroin n'était pas à un mensonge près: « Nos propositions n’impactent pas les Français les plus fragiles ». Les « plus fragiles » chez Baroin ne fument pas, et ne boivent pas de Coca.

Il refusa de considérer que les 3% de contribution supplémentaire et temporaire pour les familles gagnant plus de un million d'euros par an (500.000 euros par part), était « symbolique ». « il ne faut pas oublier que ce sont aussi souvent des grands chefs d’entreprises qui créent de l’emploi ».

Sarkozy s'agace
A la Rochelle, les socialistes terminaient dimanche leur université d'été, la dernière avant la grande campagne, et les primaires d'octobre prochain. Sarkozy en fut l'une des vedettes négatives, un épouvantail massacré à chaque discours. A Grenoble, un autre rassemblement réunissait le Front de gauche. Jean-Luc Mélenchon eut droit à son direct sur LCP dès le show socialiste terminé. Mais Sarkozy pensait à la Rochelle. A en croire quelques témoins privilégiés, le climat y fut plutôt bon. Les candidat(e)s ont tou(te)s joué du muscle mais, à l'exception d'une bouderie inaugurative de François Hollande, aucun clash ne fut à regretter. Bien au contraire, a photo finale fut réussie et n'a pas plu à l'Elysée. « On a une belle université du PS à La Rochelle. On n’est jamais déçu », a-t-il confié au Journal du Dimanche, après un jogging samedi. « Je suis très content d’être ici. C’est un très beau déplacement. » Mauvais joueur ? Il rongeait son frein. L'insistance de ses proches et de lui-même à faire savoir combien il est devenu « sobre ». Sarkozy se rassure de sondages plus agréables, le donnant qualifié pour un éventuel second tour. 35% de popularité après 5 ans de mandat ? Quelle satisfaction ! Lundi, il a demandé à Brice Hortefeux, désormais simple  conseiller officieux, d'expliquer sur Europe1 combien il était le plus grand, le meilleur, le champion.

Ce weekend, Nicolas Sarkozy terminait donc sa visite en Nouvelle Calédonie. Il a surjoué le consensus et l'amabilité. La mise en scène était rodée. Tout sourire, Sarkozy était si « décontracté » qu'il  « n'a pas hésité à appeler leurs prénoms les élus de toutes sensibilités », une attention qui « a fait merveille », s'est enthousiasmé l'envoyé spécial de l'Express. Son confrère du Monde rapporte que ce déplacement était ultra-sécurisé, au point d'avoir découragé nombre de visiteurs de venir assister aux discours présidentiels. Comme toujours, Sarkozy sillonne une France, même lointaine, de carte postale pré-castée par son clan, sans spontanéité ni contradicteurs.
« La salle de Païta, perdue dans la campagne près de Nouméa, n’était pas pleine. Et les rangées de ceux qui auraient pu assister, de l’extérieur sur grand écran au discours final de Nicolas Sarkozy, étaient vides. La faute en revient au président qui ne reçoit que sur invitation, dans les lieux sécurisés.» Arnaud Leparmentier, 28 août.
Dimanche, il était dans l'avion en partance pour la métropole. Le Monarque ne travaille pas jusqu'à mercredi 10 heures. Son agenda officiel est encore vide. Jeudi, il tiendra une conférence internationale sur la Libye, promise la semaine dernière. Le colonel Kadhafi est toujours introuvable, Tripoli toujours frappée d'insécurité, et le CNT intrigue. La moitié de ses membres ne sont pas connus. Cette conférence parisienne traitera-t-elle aussi des charniers ?

Vendredi, Sarkozy sera en province, le thème de cette visite électorale n'est pas encore officialisé.

La campagne de 2012 a bel et bien démarré. Il n'y a que Sarkozy et son clan pour ne pas oser le reconnaître.


28 août 2011

Sarkozy: bons baisers de Kanaky

Quand Nicolas Sarkozy se déplace en Outre-Mer, le show est toujours mieux rodé qu'en France. On agite des drapeaux français, on le décore de quelques colliers de fleurs.

Il se promène donc en Nouvelle Calédonie. Non pas que ce territoire ne soit pas important. Mais avouez que le timing est exécrable. Toute la semaine, les communicants de l'Elysée nous ont donc expliqué combien il fallait assurer ce voyage prévu de longue date. Comme lorsqu'il pédalait sur les côtes du Lavandou en plein marasme boursier, il était « sur le pont ».

En réalité, Nicolas Sarkozy voulait profiter de cette fin d'août qu'il pensait tranquille pour visiter, enfin, le territoire qui lui donna 63% des suffrages en 2007. Au plus fort de la campagne, il sera trop tard de partir si loin. Quand il avait calé le déplacement, aux frais du contribuable, il n'avait pas prévu que le contexte international serait si chaud. Quel visionnaire !

Les messages à délivrer en Nouvelle Calédonie étaient faciles et bien utiles pour la métropole: sécurité, nation, histoire. Un trio symbolique idéal pour le candidat.

Sécurité
Début août, quatre personnes furent tuées, et un trentaine d'autres blessées (dont le haut commissaire de la République) en marge d'un conflit social agitait la compagnie Air Calédonie. Il fallait donc parler insécurité: « Rien ne justifie la mort de quatre personnes dans de pareilles circonstances. (...) Les luttes coutumières, syndicales ou politiques doivent se régler par le dialogue, l'échange, le cas échéant l'élection. Jamais par la violence, qui tombe sous le coup de la loi ». Depuis 2002, Sarkozy ne pense qu'à ça. Depuis 2008, on a découvert, enfin, que son bilan est finalement... désastreux. L'homme et ses « séides » sont parvenus à nous faire croire que le Monarque était efficace en noyant les vols de smartphones et d'autoradios avec les agressions d'hommes, femmes et enfants. En onze années de politique sarkozyenne sur le sujet, les violences aux personnes sont montées de 350.000 par an à ... 467.000. Bravo l'artiste ! Cette fois-ci, à Nouméa, Sarkozy était venu avec ses leçons et ses annonces. Il évoqua la « petite mèche ». « En Calédonie, moins qu'ailleurs, on ne peut tolérer la première violence, parce que la mèche peut être toute petite qui fait le grand incendie ». Côté promesses, il annonça un renfort de policiers dans l'archipel, son accord pour la construction d'une nouvelle prison (l'actuelle est occupée à 200%....) et la création d'un GIR, ces machins inter-régionaux qui masquent la misère des moyens.

Nation
Second thème du déplacement, la nation. La Nouvelle Calédonie s'interroge sur son indépendance. Un référendum doit être organisé entre 2014 et 2018. Sur place, Sarkozy promet déjà une relative autonomie (« Nous sommes prêts à aller très loin dans la spécificité de la Nouvelle-Calédonie ») pour se concilier les deux camps.  Un transfert de compétences a déjà été rendu possible par l'accord de 1998. Le processus est, dit-on, engagé. Hymne, devise, billets de banque et même double drapeau ont été adoptés. Sarkozy a dû marcher devant les couleurs kanaks, celles-là même que le leader indépendantiste Jean-Marie Djibaou portait haut et fort avant d'être assassiné dans la grotte d'Ouvéa, entre les deux tours de la présidentielle de 1988.

En Nouvelle Calédonie, Sarkozy pouvait donc facilement louer la République. Aux officiels Kanaks du Sénat coutumier qui le recevaient vendredi matin après sa descente d'avion, le Monarque leur déclara: « n'ayez pas peur de la République Française ». Ou encore: « Je reste convaincu, qu'y compris dans le camp des indépendantistes que je respecte, il y a un attachement, aussi, pour la France, pour l'histoire commune ; (...) il y a même de l'inquiétude à l'idée qu'on se sépare (...) mais réfléchissons, il va bien falloir faire des compromis ».

L'histoire
Troisième symbole,l'histoire. Sarkozy célébra sous sa traditionnelle grande tente qui le protégeait du soleil local, le 70ème anniversaire de la création des volontaires du bataillon du Pacifique. Nous n'en donc finirons pas avec les hommages à la seconde guerre mondiale. Sarkozy, accroché à son pupitre et son écriteau explicatif, sur la place Bir-Hakeim, pouvait rejouer au chef militaire.

Campagne oblige, Sarkozy était tout conciliant, au point d'approuver la levée du drapeau kanak aux côtés du drapeau tricolore. Il fallait faire oublier qu'il n'avait pas trouvé le temps, en 4 années et demi de mandat, de venir rendre visite. « L’avenir de la Nouvelle-Calédonie, c’est vous tous qui le définirez », même si, « vous connaissez l’importance que j’attache, à titre personnel, à la présence de la Nouvelle-Calédonie dans la République ». On se souvient aussi de la visite de son premier secrétaire d'État chargé de l'Outre-Mer, Christian Estrosi, en octobre 2007: « l’avenir de la Nouvelle-Calédonie était dans la France ». Les provocations du secrétaire furent si violentes que le haut-commissaire de la République, Michel Mathieu, avait demandé, à être relevé de ses fonctions. Estrosi avait demandé l'évacuation militaire d'un barbecue kanak trop « bruyant ». 18 mois plus tard, six membres du principal syndicat de Kanaky, l’USTKE, étaient condamnés à d’importantes peines de prison ferme et emprisonnés. Autant dire que l'archipel vit sous tensions depuis 4 ans. Mais c'était avant, ... avant le « nouveau » Sarkozy, celui de la campagne de 2012.

En métropole, on s'indignait de la récente nouvelle augmentation du chômage, on s'inquiétait du faux plan de rigueur Sarkozy/Fillon, on commentait les charniers découverts à Tripoli. Sarkozy, lui, nous offrait quelques images de carte postale calédonienne.

Merveilleux.

27 août 2011

225ème semaine de Sarkofrance: Sarko l'esquive

Pour ses premiers jours de rentrée avec de longues semaines de vacances, Nicolas Sarkozy est ... déjà reparti. A l'autre bout du globe, en Nouvelle Calédonie. A la dernière minute, il avait ajouté une escale à Pékin pour rencontrer le président Hu Jintao et discuter de la crise financière internationale. La Chine est l'un des gros prêteurs aux Etats occidentaux surendettés. Mais le fait était là, Nicolas le candidat ne voulait pas assumer ces mauvaises nouvelles. Sarkozy l'esquive était de retour !

La semaine avait bizarrement commencé. Dimanche, la situation en Libye avait brutalement évolué. La rébellion, aidée par l'OTAN, est entrée dans Tripoli. Des chaînes d'information nous annonçaient la chute du régime. Puis, 24 heures plus tard, on comprit que les combats avaient toujours lieu.Lundi, Sarkozy exhortait un colonel Kadhafi introuvable à cesser le combat. Le dictateur préféra la guérilla urbaine. En France, la retenue n'était plus de mise. Sarkozy avait enfin gagné sa guerre ! Même au Parti socialiste, certains ténors se sont engouffrés dans l'hommage. Ceux-là même qui s'inquiétaient de l'avenir de la Tunisie et de l'Egypte libérées ont célébré bien prématurément la « libération » du pays. On peut, et on doit se réjouir qu'un dictateur aussi « durable », corrompu et sanglant que le colonel Kadhafi tombe enfin. On peut, et on doit, rester lucide sur les difficultés de la situation. L'expérience irakienne devrait servir de leçon.

Les mêmes médias auraient pu aussi déployer la même énergie et le même enthousiasme à relayer ou approfondir l'enquête de Mediapart sur les relations d'un passé si proche entre l'équipe Sarkozy et l'ancien gouvernement libyen,grâce au concours de l'intermédiaire Ziad Takieddine. Mardi, le site a révélé comment la DGSE avait été mise à contribution pour protéger Takieddine de la curiosité des juges enquêtant sur d'éventuelles rétrocommissions sur des ventes de sous-marins.

Quelques ministres ont à nouveau fait parler d'eux. Le ministre du Travail et de la Santé Xavier Bertrand, qui a davantage peur de la canicule qui frappe le Sud du pays que du chômage qui frappe le pays, s'est rendu « sur le terrain ». Mercredi, il a quand même prévenu que les chiffres du chômage en juillet seraient « mauvais ». Effectivement, ils le furent: 34.000 sans emploi supplémentaire, le pire score depuis 11 ans !

Son collègue Eric Besson a promis que l'internet illimité ne sera pas supprimé, des FAI ayant laissé entendre qu'ils pourraient revenir à une facturation à la durée. Il a surtout confirmé qu'il planche sur un changement des normes techniques de diffusion pour les futures chaînes « bonus » de la TNT. Il s'agit d'éviter la création d'une chaîne gratuite par Canal+ (ce qui déplaît à ses concurrents), sans avoir à changer la loi ou à lui rembourser un quelconque dommage.

Mardi, François Fillon recevait les partenaires sociaux. La rencontre était officielle mais rapide. Le premier ministre voulait les prévenir de quelques pistes de réflexion gouvernementale pour réduire encore davantage les déficits. Un dernier totem sarkozyen est en passe de tomber. L'arbre était pourri à la racine. Après le bouclier fiscal, la défiscalisation des intérêts d'emprunt, voici la défiscalisation des heures supplémentaires qui est menacée. La crise est trop grave, et cette niche est trop grosse et trop inutile. Avec quatre ans de retard, certains journalistes mesurent enfin l'ampleur  du gâchis: 22 milliards d'euros de recettes perdues pour le fisc et la sécurité sociale ! Et pour quels résultats ? Aucun, si ce n'est un formidable effet d'aubaine.

Mercredi, le Monarque a fait sa rentrée... pour quelques heures. L'exercice était délicat. Malgré un mois d'août tout entier placé sous le signe de la crise financière, Sarkozy ne voulait surtout pas endosser trop visiblement les prochaines mesures de rigueur concoctées pour rassurer les marchés. Quand il faut annoncer des mauvaises nouvelles, Sarkozy laisse toujours l'affaire à d'autres. Courageux... mais pas téméraire ! Il ne veut pas qu'on lui ressorte, au plus fort de la campagne présidentielle dans 5 ou mois, quelques déclarations d'austérité trop précises.

L'ordre du jour du conseil des ministres ne mentionnait donc même pas le plan de rigueur. Tout juste Sarkozy s'est-il permis une leçon de texte pour ses ministres, expliquant que la crise « n'est pas une crise de l'euro, mais une crise de l'endettement.» A l'heure du repas, l'agenda vide du Monarque cachait en fait un déjeuner avec Nicolas Hulot.

A 17h45, Sarkozy se montrait avec le premier ministre du Conseil National de Transition libyen, pour tenir quelques propos sans intérêt et volontiers provoquants sur la guerre en cours à Tripoli. Quasiment au même moment, François Fillon détaillait enfin les grandes lignes du fameux plan de rigueur, promis le 10 août dernier, au plus fort de la spéculation contre la dette souveraine du pays. On fut déçu. Dans son argumentaire, Fillon répéta un grossier mensonge, que l'aggravation de nos déficits et endettement actuels serait due à la crise. Dans son dossier de presse, le mensonge était plus explicite encore: selon Fillon, le déficit budgétaire « devait passer sous la barre des 2% en 2009 » mais « la crise l’a porté à 7,5 % du PIB cette année-là ». C'est archi-faux. En juin 2007, Nicolas Sarkozy s'était précipité à Bruxelles quémander un délai supplémentaire d'un an (2013 au lieu de 2012) pour ramener le déficit budgétaire du pays sous la barre des 3% du PIB. Et maintenant, Fillon nous annonce qu'on aurait pu atteindre les 2% dès 2009 ! Belle réécriture de l'histoire !

Le fidèle Fillon a aussi explicité les fameuses mesures. Certaines étaient risibles et consternantes, d'autres mesquines, opportunistes, insuffisantes ou incohérentes. Ainsi, l'augmentation de la taxation des boissons sucrées, des alcools fors et du tabac laisse entendre que l'on tolèrerait davantage l'obésité ou le cancer si nos comptes publics n'étaient pas si dégradés. Quel message ! Pire, si cette taxation accrue produit les effets espérés de renflouer les caisses de l'Etat, cela signifiera que les Français auront davantage consommé de produits cancérigènes. Quelle ambition ! Des personnels des parcs à thèmes se sont émus du relèvement de la TVA sur les billets d'entrée de 5,5% à 19,6%. L'effort demandé aux contribuables les plus fortunés est ridicule: une contribution temporaire de 3% des revenus supérieurs à 500.000 euros par an et par part sera demandée l'an prochain. Et la taxation des revenus du patrimoine sera modestement réévaluée de 1,2 point. On est bien loin du grand soir fiscal qu'exigerait la gravité de la situation. Côté dépenses, 500 millions de crédits sont gelés. La seule annonce d'importance fut la reconnaissance officielle que la croissance ne serait pas au rendez-vous des prévisions initiales. Même pour 2012, Sarkozy n'espère plus que 1,75% de PIB supplémentaire. La dégradation du scenario gouvernemental est terrible.

Même à droite, des voix se sont élevées pour critiquer l'insuffisance du plan Sarkozy/Fillon. Sarkozy n'a plus qu'à s'accrocher à sa règle d'or, celle-là même qu'il n'a jamais respectée.


Au passage, Fillon a enterré la réforme de la dépendance, le grand chantier de Sarkozy pour sa dernière année de mandat: « Traiter ce dossier dans le contexte économique et financier que nous connaissons aujourd'hui, dans l'urgence, ne serait pas responsable ».

Il valait mieux, finalement, que le Monarque ne fusse pas là pour commenter ces successions de trahisons.

Mercredi soir, le Monarque a dîné avec ... Jean-François Copé et Brice Hortefeux, juste avant de partir à l'autre bout du monde. La rencontre est curieuse. En pleine crise financière et combats en Libye, il préfère consacrer ses dernières heures à Paris avant un déplacement de 4 jours à parler ... petite soupe politicienne. Le contexte n'a pas fondamentalement changé. L'embellie sondagière, toute relative, de juillet dernier, a été enterrée fin août. A New-York, Dominique Strauss-Kahn était libéré de toute accusation, le juge ayant accédé à la demande d'abandon de charges proposée la veille par le procureur. DSK allait-il revenir polluer la campagne présidentielle ? 

Jeudi, Sarkozy s'est fait prendre en photo avec le dictateur chinois Hu Jintao. Ce rendez-vous, ajouté au périple au début du mois d'août, n'a aucun autre objectif que de montrer que la crise est mondiale et que Sarkozy n'y est pour rien. Il refusa de qualifier de rigueur le plan annoncé par son premier des ministres la veille, une « cachotterie puérile, hypocrite ou alors condescendante, mais en tout cas parfaitement inutile » commenta le rédacteur en chef du Point. Vendredi, le Monarque parvenait enfin en Nouvelle Calédonie avec sa flottille d'appareils élyséens. On ne saura que plus tard, après le scrutin de 2012, combien cette escapade électorale nous a coûté. Les longs voyages ont ceci d'intéressants qu'ils permettent de faire des confidences « off » aux journalistes accompagnants. Vendredi, on apprenait ainsi que Nicolas Sarkozy compte se rendre en Libye dès que le colonel Kadhafi sera arrêté. Rappelez-vous, en avril dernier, après quelques semaines de combat, on nous avait déjà promis la venue de Sarkozy à Benghazi. 

En Calédonie, Nicolas Sarkozy fut photographié et filmé devant des assistances joyeuses, « triées sur le volet » notait un journaliste de France Info, vendredi matin. Le Monarque dénonça la violence, « ici plus qu'ailleurs », qui avait agité l'archipel au début du mois. L'augmentation de l'insécurité inquiète. Comme prévu, il avait quelques promesses à faire - un renfort de 70 policiers, la création d’un Groupement d’intervention régional (GIR) et son accord de principe pour la construction d’une nouvelle prison. La sécurité, c'est sont ADN politique, n'est-ce pas ? En métropole, son bilan est encore très mauvais. A fin juillet, les violences aux personnes ont encore progressé.

Samedi, Nicolas Sarkozy inaugure les Jeux du Pacifique. Et ?

Ami sarkozyste, où te caches-tu ?


26 août 2011

Les mauvais comptes de la rigueur version Sarkozy

Au lendemain des annonces de François Fillon sur le nouveau plan d'économies proposé au Parlement le mois prochain, les réactions étaient mitigées. Nicolas Sarkozy n'était pas là. Il s'est affiché en Chine, comme convenu. A Paris, le compte n'y était pas.

Les traits tirés, Nicolas Sarkozy a commenté seul les conclusions de ces « entretiens » avec le président de la plus grande dictature du monde. Avait-il mal dormi dans le lit double de son Airbus A330 ? « Le président Hu Jintao n'est pas inquiet de la situation de la zone euro et il nous a indiqué la confiance qu'il avait dans l'euro », a rapporté Nicolas Sarkozy à quelques journalistes qui l'accompagnaient. Son escale chinoise fut rapide (5 heures sur place) et couteuse, avec plusieurs ministres mobilisés (dont François Baroin, le ministre de l'économie et des finances). Quoi d'autre ? Rien. Le président français a simplement répété qu'il fallait que des « décisions » soient prises au prochain G20 à Cannes en novembre. Il a raison. Cela fait bientôt un an qu'il « préside » l'organisation des G8 et G20 et on s'achemine vers un fiasco des plus complets. Le dictateur chinois a décliné tout commentaire officiel.

En France, on dressait le bilan des annonces de François Fillon de la veille. La Bourse n'avait pu réagir sur le moment. Jeudi, elle a fléchi. Les annonces de la veille étaient globalement ignorées. Le premier ministre avait calé son point après la clôture des marchés. La presse fut globalement négative. Le Figaro, bien sûr, fut dithyrambique. Sarkozy avait voulu « laisser la primeur des annonces à son premier ministre », lequel, dixit le quotidien, a présenté un « vaste plan anti-déficit». Fichtre ! Aurions-nous mal compris ?

L'un des premiers articles de l'AFP était plutôt cinglant: « Les riches contribueront, de manière cosmétique, à la lutte anti-déficit ». « Les riches ne donneront que 200 millions d'euros en 2012‎ » titrait la Tribune jeudi matin. « Le recul fiscal de Sarkozy le met en difficulté sur son bilan » complétait Reuters.  Dans le monde politique, les critiques étaient légions, de Martine Aubry, Marine Le Pen, Benoît Hamon à Jean-Luc Mélenchon. Même à droite certains n'hésitèrent pas. Jean Arthuis, président centriste de la commission des Finances du Sénat, a ainsi lâché à propos de « la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus » (200 millions d'euros de recettes attendues l'an prochain): « C'est assez symbolique et dérisoire ». A l'étranger, les jugements n'étaient pas plus cléments. Les mesures sont insuffisantes, jugeait une économiste allemande de la Commerzbank. L'un de ses confrères, à Capital Economics, jugeait même qu'« il est improbable qu'elles éviteront à la France de perdre sa note AAA au bout du compte ».

Les critiques portaient sur le fond: le plan est jugé insuffisant et injuste. Nicolas Sarkozy lui-même avait prévenu dès mercredi matin: « Ce n'est pas de la rigueur. Ne nous trompons pas !».

Valérie Pécresse a tenté de justifier l'équité du plan gouvernemental. Selon elle, les ménages aisés contribueront à hauteur de 3,7 milliards d'euros sur les 11 milliards d'économies annoncées, évoquant les autres coups de rabots sur quelques niches fiscales. Fillon, sur TF1, a complété: « 83% du plan porte sur les entreprises, les détenteurs de patrimoines et les ménages très aisés ». Quelle précision ! Effectivement, les services du premier ministre avaient remis mercredi soir quelques petites fiches aux journalistes, afin de leur faciliter les calculs. Le story-telling est plus efficace quand on mâche un peu le travail. L'addition gouvernementale des recettes fiscales attendues sur le dos des ménages aisés était donc toute simple:
- une contribution exceptionnelle et temporaire de 3% des revenus des ménages supérieurs à 500.000 euros par an et par part (que François Fillon ne savait dénombrer mercredi soir !): +200 millions d'euros.
- Une augmentation de 1,2 point des prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine (intérêts, dividendes, plus-values, produits d’assurance-vie, revenus fonciers...), dont, « selon l’INSEE, près de 60 % des revenus du patrimoine sont perçus par les 10% de ménages dont le niveau de vie est le plus élevé » : 1,3 milliard d'euros en 2012 X 60% = 780 millions d'euros.
- La suppression de l'abattement dérogatoire pour durée de détention sur les plus-values immobilières (hors résidence principale, qui reste exonérée), « au profit de la prise en compte de l'inflation réelle » (en considérant que la mesure ne concerne que les ménages aisés): 2,2 milliards d'euros.

Mais il est plus instructif de compléter l'addition avec les autres mesures.

Il y a d'abord les autres mesures de « rigueur » pour le plus grand nombre:
- La suppression de l'exonération partielle de taxe spéciale sur les conventions d'assurance pour les contrats « solidaires et responsables ». En échange, le gouvernement imposera d'un un malus de 9 % les contrats non solidaires : +1,1 milliard d'euros.
- La hausse du forfait social, un « impôt minimal » créé par Sarkozy en 2009 et qui concerne les revenus exonérés de cotisations sociales, de 6% à 8%: +410 millions d'euros.
- L'application de la CSG au complément du libre choix d’activité (un revenu versé par les CAF pour le parent s'arrêtant de travailler pour s'occuper des enfants), dans les mêmes conditions que les autres revenus de remplacement : +140 millions d'euros.
-  La réduction de l'abattement forfaitaire pour frais professionnels de 3% à 2%: +550 millions d'euros. Le gouvernement rappelle que cette déduction initiale de 3% visait à compenser, pour les salariés, le fait qu'ils ne peuvent déduire autant de frais professionnels de leurs revenus que les professionnels indépendants.

Il y a celles qui sont incohérentes ou incompréhensibles (550 millions d'euros en 2012):
- L'application du taux normal de TVA (19,6%) aux entrées dans les parcs à thème: +90 millions d'euros. Le gouvernement explique que les parcs aquatiques, les jeux de plein air (balançoires, toboggans...), et les activités sportives sont déjà « soumises au taux normal de TVA» et qu'une différence de TVA créait une « distorsion de concurrence ». Après Astérix, le Futuroscope et Disneyland... les théâtres ?
- La hausse de la fiscalité et des prélèvements sociaux sur les alcools forts, « seconde cause de mortalité évitable par cancers après le tabac »: +340 millions d'euros.  Le cancer est une excuse facile. Mélanger des enjeux de santé publique avec la lutte contre les déficits est une très mauvaise idée. Si nous n'étions pas aussi endetté, accepterions-nous davantage de cancer ?
- Une nouvelle taxe sur les boissons sucrées, car, rappelle le gouvernement , « entre 1997 et 2009, le poids moyen des Français a augmenté de 3,1 kg alors que leur taille progressait de 0,5 cm » : +120 millions d'euros. Sans déficit, tolérions-nous davantage d'obésité ?

Il y a aussi les mesures insuffisantes: Fillon prévoit une hausse de 5% à 10% de la quote-part des plus-values de long terme sur les titres de participation soumise à l'IS, soit +250 millions d'euros.  Pourquoi ces plus-values restent-elles autant exonérées ? Le débat fiscal n'a pas eu lieu.

Il y a aussi ces mesures dont on se demande pourquoi elles n'ont pas été adoptées plus tôt. Nous ne sommes plus dans la rigueur mais dans le nettoyage.
- L'augmentation de la taxe sur les véhicules de sociétés, en fonction d'exigences environnementales: +100 millions d'euros. La fiscalité écologique version Sarkozy est vraiment peu de chose...
- La limitation du report de déficits (antérieurs ou ultérieurs) des entreprises, « dans le cadre de la convergence franco-allemande »: +1,5 milliard d'euros.
- La suppression de l'abattement de 33% sur le bénéfice imposable des entreprises dans les DOM: +100 millions d'euros.
- Le relèvement des cotisations sociales du secteur de l'énergie (sur le régime commun): +210 millions d'euros.
- l'harmonisation de l'assiette de la contribution sociale de solidarité des sociétés (0,16% du chiffre d'affaires): +100 millions d'euros.

Il y a également quelques économies mesquines, sans rupture ni effort. Le gouvernement saupoudre.
- La suppression de l'abattement pour frais professionnels pour les revenus d'activité hors salaires (participation, intéressement, etc): +70 millions d'euros.
- L'augmentation des prix du tabac de 6% en 2011 et de 6% en 2012, sous prétexte de santé: +600 millions d'euros.

Il y a aussi et enfin les mesures oubliées: la Cour des Comptes, rappelait l'AFP, avait déjà dénoncé combien l'impôt sur le revenu est paradoxalement devenu dégressif pour les ménages les plus aisés grâce à l'ampleur des niches fiscales. Le gouvernement ne touche finalement pas à grand chose de significatif. Il rabote mais il ne change rien de fondamental. La France compte près de 500 niches fiscales. Le gouvernement s'est ainsi bien gardé de toucher à la TVA à taux réduite de la restauration.

L'année prochaine, buvez du Coca chez MacDo, ce sera encore moins cher que de l'acheter en magasin !


25 août 2011

Sarkozy laisse encore à Fillon le sale boulot.

Il y a une constance en Sarkofrance: Sarkozy n'est jamais là pour annoncer les mauvaises nouvelles.

Mercredi, Nicolas Sarkozy a laissé son premier collaborateur énoncer les mesures de « rigueur » qui doivent permettre à la France de recouvrir la « confiance » des marchés et maintenir, encore quelques mois, la fameuse note Triple A du pays auprès des agences de notation. On se souvient qu'en juin 2010, Eric Woerth avait du présenter seul la réforme des retraites. Sarkozy était resté terré à l'Elysée, pour confier à quelques journalistes triés combien il faisait son devoir.

Ce mercredi, tout était fait pour dégager Sarkozy des vraies mauvaises nouvelles du jour, et lui conserver le beau rôle. Une posture évidemment politique en prévision du prochain scrutin présidentiel.

L'agitation...
Ses conseillers lui avaient préparé un voyage ... en Nouvelle-Calédonie, un territoire bien lointain qui lui avait accordé 63% de ses suffrages exprimés en mai 2007. Officiellement, Sarkozy va inaugurer les Jeux du Pacifique, samedi. En réalité, le thème officieux du voyage est tout choisi, la sécurité. En métropole, le bilan de la lutte contre l'insécurité depuis 2007 est terrifiant. L'explosion du nombre de violences aux personnes est incontestable: 467.650 fin juillet 2011, versus 427.810 fin juillet 2006. Le maquillage statistique se contente désormais de noyer ces données dans la délinquance générale.

En Nouvelle-Calédonie, Nicolas Sarkozy jouera de sa grosse voix habituelle. Peut-être remplacera-t-il quelques fonctionnaires locaux - comme à Marseille, qui a un nouveau préfet depuis hier, le troisième en deux ans. Deux députés UMP l'avaient « alerté » voici trois semaines, évoquant, pour le premier semestre 2011, « une augmentation de 44,54 % de coups et blessures volontaires et de 60,87 % de destructions et dégradations ». En réponse, le Monarque a promis qu'il viendrait avec « un certain nombre de mesures qui [lui] semblent nécessaires pour contrer la hausse de la délinquance ».

Avant sa visite, qui ne débute que vendredi matin, Nicolas Sarkozy avait un emploi du temps chargé.

Mercredi, l'objectif était clair, et la démarche risible. Il fallait annoncer les mesures de rigueur pour rassurer les marchés, mais il fallait aussi et surtout dégager le candidat Sarkozy de cette vilaine affaire. Cette austérité, bien sûr, il ne l'a pas voulu. Et il ne faudrait pas que quelqu'un s'avise de la lui reprocher pendant la campagne de 2012 !

Ainsi, Sarkozy a d'abord tenu son conseil des ministres de rentrée. On s'attendait à quelques informations sur la rigueur ou la crise financière, le grand sujet de l'été. Une allusion au moins. Nada, rien, circulez... Le point n'était même pas à l'ordre du jour du Conseil des ministres !!

Sarkozy a préféré s'auto-féliciter de la situation libyenne. Il a déclaré (dixit sa porte-parole Pécresse), que « la ténacité des forces alliées avait payé (et) que le retour de la France dans l'Otan avait permis de renforcer son influence sur la scène internationale ». Il paraît aussi que « désormais la politique de la France dans les pays du Proche-orient et du Maghreb était claire et portait ses fruits, cette politique c'est que les tyrannies n'ont plus d'avenir face aux aspirations démocratiques des peuples ».

Ensuite, Sarkozy a rencontré Mahmoud Jibril, premier ministre du Conseil national de transition libyen et tenu un point presse. Le rendez-vous a été calé à 17h45. Coïncidence, le pauvre François Fillon devait présenter à la presse les mesures de rigueur à ... 18h.

Comme prévu, le Monarque n'a pas fait dans la modestie ou la mesure sur la Libye: « Les opérations militaires cesseront quand elles n'auront plus lieu d'être, quand M. Kadhafi et ses séides ne représenteront plus une menace pour le peuple libyen » Quand il parle de Kadhafi, Sarkozy parle ... comme Kadhafi.

Le pays est pourtant toujours livré au chaos, le clan Kadhafi introuvable, et nous apprenons chaque semaine de nouvelles révélations sur l'ampleur du rapprochement franco-libyen avant la révolution...

Le soir, Sarkozy aurait pu se montrer sur TF1 pour assumer l'austérité que son ministre venait de détailler à la presse. Non, il a laissé Fillon, encore une fois. Il a préféré dîner avec ses conseillers Copé et Hortefeux pour parler campagne, avant de s'envoler pour la Chine avec son Airbus présidentiel. Pour ce déplacement, l'aréopage est impressionnant. Sarkozy s'envole avec une petite flottille, dont son Airbus customizé, et un autre qui vole à vide (au cas où le premier tomberait en panne). Ce jeudi, il s'entretient avec le président chinois Hu Jintao, sur la crise financière. Cette rencontre ne débouchera sur rien de concret. Mais il faut convaincre l'électeur français que la crise est mondiale, que notre Monarque se démène comme il peut contre des éléments extérieurs défavorables. Mercredi, le Japon à son tour était dégradé par l'agence Moody's.

... et les vrais sujets
A Paris, François Fillon a donc tenu sa conférence de presse, à 18h, presque torpillée par le point presse de Sarkozy sur la Libye. Le Figaro nous avait prévenu que la France « devait » entamer une « sévère cure d'austérité ». La crise est mondiale, on vous le répète. Mais comme toujours en Sarkofrance, la cure est définitive pour les maigres, c'est-à-dire les classes modestes et populaires, et temporaire pour les plus gras.

C'était donc au premier ministre de nous annoncer les mauvaises nouvelles.

Le premier et fidèle des ministres commença par une excuse facile (« La crise économique et financière nous a conduit a creuser les déficits »), un grossier mensonge (« Sans cette crise, nous serions sans doute aujourd'hui à l'équilibre », alors que la Cour des Comptes a expliqué, dans sa livraison du bilan 2010 en février dernier, que le gouvernement Sarkozy avait accru le déficit structurel du pays de 0,6 point de PIB en 2009/10), et un auto-compliment habituel: « Depuis 2007, notre pays a conduit une politique de réforme structurelle et de maîtrise des dépenses publiques » (vous avez bien lu... « maîtrise des dépenses publiques »).

Conclusion attendue, il a constaté un « ralentissement très sensible de la croissance ». Les 2% espérés cette année ne seront pas atteints, Fillon table sur 1,75% en 2011 et en 2012. Quand la question fut posée à Sarkozy le 16 août dernier, le Monarque avait esquivé.

S'en suivit une litanie de slogans de multiple fois rabâchés: « Les fondamentaux économiques de la France sont solides » (aussi solides que les Etats-Unis ?); « notre pays ne peut pas vivre éternellement au dessus de ses besoins » (qui a accru la dette publique de 400 milliards d'euros depuis 2007 ?); « il ne faut pas sur-réagir aux variations quotidiennes des marchés » (Qui s'est donc précipité à Paris voici 15 jours ?).

Puis Fillon détailla enfin les fameuses mesures, évidemme,t guidées par la « préoccupation de l'équité ». Tout le monde paiera, mais les plus fortunés moins longtemps et moins fortement.

Comme il faut faire bonne figure et un peu diversion, le gouvernement s'est résolu à une contribution spéciale pour les ménages aisés. « Nicolas Sarkozy se résout à faire payer les riches », la une était belle, dans le Monde mercredi soir. Quelques très riches l'ont demandé publiquement ces dernières semaines. Cette contribution (« 3% sur le revenu fiscal de référence à partir de 500.000 euros ») sera, évidemment, temporaire, le temps de ramener le déficit budgétaire en deçà de 3% du PIB (c'est-à-dire jusqu'en 2013). Et pas question d'une tranche d'impôt supplémentaire, trop pérenne. Le gouvernement espère 200 petits millions d'euros en 2012.

Nicolas Sarkozy n'a pas non plus voulu toucher à l'une des plus grosses niches de son quinquennat, la TVA à 5,5% dans la restauration. La TVA restera aussi à 5,5% pour certains travaux du bâtiment (pour un coût d'environ 5 milliards d'euros par an). Mais, surprise du jour, Fillon a annoncé une majoration de la TVA sur « l'alcool, le tabac et les produits contenant des sucres ajoutés », pour « freiner la consommation de produits dont la consommation est un facteur de risques pour la santé ».  « Nous aurons une hausse du prix du tabac de 6% quasi immédiate, puis une taxation supplémentaire qui sera mise en place en 2012 sur l'alcool et sur les boissons dans lesquelles on ajoute du sucre.». Si on peut réduire les déficits en améliorant la santé publique, pourquoi se gêner ? Après deux années de visites sarkozyennes à caresser l'électorat agriculteur dans le sens du poil, certains vignerons apprécieront le résultat... Autre hausse de la TVA, celle sur les billets des parcs à thèmes sera relevée de 5,5% à 19,6% (?). Taxer Disneyland, Coca et le pinard, c'était ça le plan de rigueur ?

Quelques 500 millions d'euros de crédits budgétaires seront également annulés. Fillon n'a pas précisé lesquels.

Sarkozy avait prévenu: pas touche aux niches qui aident l'emploi. En 2011, l'effort avait porté sur 22 niches, pour une dizaine de milliards d'euros (au total). Cette fois-ci, Fillon promet un nouveau « coup de rabot » général de 10% pour 2012. Il attend 11 milliards d'économies supplémentaires en 2012, via de « nouvelles réductions ou suppressions de dispositifs fiscaux dérogatoires », sans préciser lesquelles sauf la taxation des plus-values immobilières.

Le gouvernement va aussi plafonner la défiscalisation des heures supplémentaires, une brèche de plus dans la loi TEPA. Il n'ose pas reprendre à son compte la proposition du libéral Copé, la suppression de la durée légale du travail. Cette modification permettrait ... de faire disparaître, ou de fortement réduire, la notion même d'heures supplémentaires. On se garde l'idée pour la prochaine présidentielle.

L'alignement de l'imposition des revenus du capital sur celle des revenus du travail n'est pas non plus pour demain. Tout juste Sarkozy s'autorise-t-il à relever de 12,3% à 13,5% les prélèvements sociaux sur les revenus du capital «dans un souci de rapprochement de la taxation des revenus du capital et du travail». Il écorne également l'intéressement, la participation et l'épargne salariale, qui seront réduits à cause d'un relèvement du forfait social payé par les entreprises, de 6% à 8%.

Pour les entreprises, le gouvernement ne proposera pas la suppression de l'incroyable niche Copé, l'exonération des plus-values de vente des filiales de holdings qui a coûté 22 milliards d'euros en 3 ans. Un scandale dénoncé par la Commission des finances de l'Assemblée (et la Cour des Comptes). Par distraction, Fillon annonce simplement que « l'effort sera équitablement demandé entre ménages et entreprises », et prévu une harmonisation du report des déficits en matière d'impôts sur les sociétés avec les règles en vigueur en Allemagne.

Au bout de 30 minutes, questions comprises, le premier ministre clôt son intervention. C'était bien court. On attendait mieux. Pas sûr que les marchés apprécient.
Et Sarkozy n'était pas là pour assumer ni commenter cette austérité comme souvent à sens unique.

La trouille ?




24 août 2011

La Libye ne sauvera pas Sarkozy

Il paraît qu'il est « vigilant », « clair sur ce qu'il veut faire, mais inquiet de la gravité de la crise », « soucieux », « serein », presque « grisé » devant ce « moment historique ».
Malgré ses déboires et ses gaffes aoûtiennes, le président français rentre de vacances, mais c'est encore Rambo revenant de l'entraînement que nous dépeignent certains journalistes. Pourtant, que de bourdes en quelques semaines !

Ce mercredi 24 août, Nicolas Sarkozy fait sa rentrée officielle, avec l'ensemble des membres de son gouvernement pour un premier conseil des ministres. La césure estivale n'a pas été aussi reposante que prévue. Et certains nous annoncent la guerre en Libye comme un sésame vers la popularité.

Candidat en campagne
Au Cap Nègre depuis 8 jours, le candidat a multiplié les contacts... non pas tant au sujet de la situation internationale, qu'il s'agisse de la crise de l'euro ou du renversement du régime libyen. Certes, il a bien reçu à dîner le président ivoirien Ouattara le 19 août dernier, qui était présent en France pour l'enterrement d'un ami proche. Le château d'été de la famille Bruni est devenue résidence d'Etat. A moins que la visite n'était que privée. On ne sait plus. La confusion des genres, public/privé, est toujours dommageable en République.

Sarkozy travaillait surtout à sa réélection. Ses proches de campagne sont venus (Copé, Hortefeux, Fourtou sans doute). Il fallait préparer la stratégie, roder les argumentaires, discuter tactiques. Le weekend dernier, un sondage politique, pour ce qu'il vaut, était à nouveau mauvais. Les 938 personnes interrogées par l'Ifop dimanche dernier « veulent lui faire payer les conséquences de la crise » commentait un représentant de l'institut. Un conseiller élyséen commente : « Le climat n’est pas bon. La crise est là, difficile pour les gens et les rentrées ne sont jamais bonnes. » Tout de même, un ministre a confié à un éditorialiste des Echos que Sarkozy avait « la griserie de celui qui se sait confronté à un moment historique ».

Alors qu'il revenait à Paris, mardi 23 août dans l'après-midi, une autre nouvelle est venue de New-York. Le procureur Cyrus Vance demandait l'abandon de toutes les charges contre Dominique Strauss-Kahn. Cette « libération » pourrait clore un épisode perturbant pour quelques socialistes estomaqués. Elle termine aussi trop tôt une procédure judiciaire qui serait tel le sparadrap du capitaine Haddock sur les doigts de la campagne socialiste.

Chef de guerre
‎En Libye, le colonel Kadhafi était toujours introuvable mais le pouvoir ne lui appartient plus. La guerre de la communication fait rage. Les combats aussi. Des commandos français et britanniques aident les rebelles sur le terrain. Nicolas Sarkozy a attendu lundi pour son premier commentaire après l'accélération des évènements militaires du weekend. Des combats ont repris à Tripoli, près de la place verte. Et l'un des fils Kadhafi annoncé arrêté est apparu prétendument libre dans la nuit de lundi à mardi.

Sarkozy a quand même appelé « les forces qui sont encore fidèles au régime à se détourner sans délai de l'aveuglement criminel et cynique de leur chef en cessant immédiatement le feu, en déposant les armes et en se mettant à la disposition des autorités libyennes légitimes ». Les termes sont toujours extrêmes. Le cow-boy ne s'est pas calmé. Il patiente à peine pour réclamer son dû, la reconnaissance qu'il a gagné « sa » guerre.

Pour la presse, Sarkozy est déjà victorieux. Les médias, dans l'ensemble, lui accordent déjà toutes les médailles. « Une victoire à point nommé pour Sarkozy » (Les Echos), « Oxygène libyen pour Sarkozy » (Sud-Ouest), « Sarkozy salué » (AFP, repris par le Monde), « Le pari gagné de Sarkozy en Libye » (Le Figaro)‎, « La Libye, un succès de la diplomatie Sarkozy» (TF1.fr), « la victoire de Sarkozy » (JDD).

Les mêmes médias qui s'inquiétaient, en janvier ou en mars, de l'avenir politique de la Tunisie ou de l'Egypte après le renversement de leurs autocrates soutenus jusqu'à la dernière heure par les pays occidentaux, se félicitent aujourd'hui de la chute de Kadhafi sans se soucier de l'avenir. L'expérience irakienne n'aura donc servi à rien.

En Libye, la guerre n'est pas gagnée. 

« Alors qu'une phase de transition va s'ouvrir, le président de la République invite tous les Libyens à l'aborder dans un esprit de réconciliation et d'unité, avec pour objectif de jeter les fondations d'une Libye nouvelle et démocratique, respectueuse des droits de chacun, où le peuple libyen dans son ensemble et chacune de ses composantes pourront se sentir représentés. » Et il a conclu son communiqué par une invitation: « Le président de la République a invité le Premier ministre du CNT à se rendre en France mercredi prochain.» S'agissait-il de reprendre les discussions « commerciales » mais occultes entamées avec le gouvernement précédent ?

Président taclé
A Paris, l'auteur-compositeur Benjamin Biolay s'est lâché dans l'édition de rentrée du mensuel Technikart. Un an et demi après la rumeur d'adultère avec Carla Bruni, devenue affaire d'Etat. Le chanteur a d'abord démenti. Mais le plus direct est venu ensuite: « C'était quelqu'un que je n'avais pas vu depuis deux ans. Franchement, j'avais du mal à comprendre ce qui m'arrivait. Mais ça m'a surtout posé problème par rapport à ma fille,Quand ils ont commencé à lui parler de Carla Bruni à l'école, vraiment j'étais chaud ! Je l'ai appelée (Carla ndlr), je lui ai dit : 'Soit tu démens et tu fais quelque chose tout de suite, soit tu vas voir, je vais devenir très vulgaire.' Elle n'a rien fait et j'ai été très vulgaire. »

Benjamin Biolay explique ensuite: « Je me souviens encore du jour où elle m'a dit : 'Ça ne te dérange pas si mon mec vient au studio ?' Je lui réponds : 'Pas du tout.' Et là, je vois quinze mecs de la sécu débarquer pour checker les sacs. Je lui ai dit : 'C'est qui ton mec ? Parce que si c'est Jay-Z, dis lui que c'est cool, qu'il n'est pas obligé de se la raconter, on est en studio...' Et là, je vois arriver l'autre en chemise rose qui puait la cocotte et tout ! Et il me tutoie direct, en plus ! Depuis, je ne les ai jamais revus. Ils m'ont invité à dîner à l'Elysée, mais plutôt mourir.»
Mais pourquoi donc Nicolas Sarkozy a-t-il envoyé les services secrets enquêter sur cette affaire ?

Monarque endetté
La véritable actualité française n'était pas en Libye, ni à New-York. Elle se juge, malheureusement, dans les marchés. Il s'agit de la dette, et de la crédibilité d'emprunteur de la France.

Nicolas Sarkozy a promis aux traders et prêteurs du monde des mesures d'économies ce mercredi. François Baroin (Economie) et Valérie Pécresse (Budget) devaient y travailler depuis le 16 août dernier. François Fillon les présentera ce mercredi soir. Quel suspense !

L'enjeu est déterminant. Les deux dernières interventions présidentielles cet été ont complètement foiré. Le 9 août, l'arrivée surprise de Sarkozy à paris pour une réunion inutile et sans décision avec ses ministres a affolé les marchés. Le 16 août, le mini-sommet Sarkozy/Merkel avait tout autant déçu. Les deux semblaient paralysés, sans proposition sérieuse pour améliorer la prise de décision et la responsabilité politique de la zone euro.

L'équation est difficile, on attend une nouvelle traque aux niches fiscales, pour 10 milliards d'euros de plus, au moins, que prévu dans le cadrage budgétaire initial adopté l'an dernier. L'exonération fiscale des heures supplémentaires serait menacée. Avec cette mesure entrée en vigueur le 1er octobre 2007, Nicolas Sarkozy a gâché environ 22,5 milliards d'euros pour le fisc et la sécurités sociale. Mardi, Fillon a prévenu les syndicats qu'il réfléchissait à un plafonnement de l'avantage fiscal. Mercredi, le premier ministre détaille le plan de rigueur. Le Monarque ne sera pas de la partie. Il reste tout en retrait.

Il avait deux raisons de laisser Fillon présenter les prochaines mesures d'austérité. Primo, Sarkozy déteste annoncer les mauvaises nouvelles. Secundo, il part en Nouvelle-Calédonie, un autre déplacement de campagne pour 2012 prévu de longue date, précédé d'un dîner avec Jean-François Copé et Brice Hortefeux.

Bonne rentrée !


23 août 2011

Sarkozy a-t-il fait rémunérer Takieddine par TOTAL en 2009 ?

Alors que la Libye se libère enfin du colonel Kadhafi, on nous s'imagine combien Nicolas Sarkozy peut espérer capitaliser sur l'affaire.

Depuis bientôt six semaines, le site Mediapart a multiplié les révélations sur un homme d'affaires franco-libanais, Ziad Takieddine, et ses relations avec Nicolas Sarkozy. Et la Libye était un territoire très prometteur pour cette curieuse association « amicale ».

M. Takieddine fut d'abord l'intermédiaire richement rémunéré dans le cadre de ventes d'armes conclues sous le gouvernement Balladur avec le blanc-seing fiscal du ministre du Budget de l'époque, Nicolas Sarkozy. Une activité qu'il a poursuivie avec la négociation de la vente d'équipement de surveillance pour l'Arabie Saoudite (contrat Miksa, en 2003), une opération finalement annulée par Jacques Chirac.

M. Takieddine a ensuite procédé à l'acquisition de riches biens immobiliers et yachts, dont il a profité pour inviter les membres les proches de Nicolas Sarkozy. Malgré sa domiciliation fiscale en France, Ziad Takieddine a cependant exonéré d'impôt sur la fortune ou sur le revenu depuis 2002, ses propriétés étant domiciliées dans des paradis fiscaux. Parmi ses fréquentations régulières, Jean-François Copé est un grand ami. Copé était ministre du budget à partir de mars 2004.

« C'est interdit d'avoir des amis ? » s'est exclamé Ziad Takieddine, sur France Inter le 10 août dernier. Il a démenti tout lien d'argent avec le clan Sarkozy mais a reconnu toutes ses fréquentations.

M. Takieddine entretenait également des relations « soutenues » avec le clan Kadhafi. Mediapart a dévoilé comment l'homme d'affaires avait usé de son influence pour faire libérer un neveu du colonel Kadhafi visé en 2007 par un procès au Royaume Uni pour avoir tabassé deux prostituées dans une villa louée par ... Ziad Takieddine.

Selon Mediapart, juste avant l'élection présidentielle, Ziad Takieddine était l'intermédiaire de la France, en l'occurrence représentée par son ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy et son directeur de cabinet Claude Guéant pour la conclusion de ventes d'armes à la Libye de Kadhafi. Sarkozy avait aussi dépêché son ami de 30 ans Brice Hortefeux pour cette affaire. A l'époque, Hortefeux était ministre ... des collectivités locales (sic !). Le site soutient, mémos de Takieddine à l'appui, que ces ventes s'accompagnaient de commissions occultes.

Depuis 2007, Ziad Takieddine a également beaucoup oeuvré pour le rapprochement entre Nicolas Sarkozy et Bachar el-Assad.

Le 18 août dernier, la dernière livraison de Mediapart concernait directement la présidence Sarkozy. L'affaire cette fois-ci dévoilée date de 2009, deux années après l'entrée en fonction de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Mediapart affirme que Takieddine a été rémunéré 9,8 millions de dollars par l'entreprise TOTAL pour la conclusion d'un contrat gazier en Libye. Vendredi 19 août, le pétrolier a confirmé avoir versé 7 millions d'euros à l'intermédiaire, qualifiant l'opération de « normale » et « courante ».

Mediapart évoquait « un coup de pouce » de Claude Guéant, alors secrétaire général de la présidence française, et « l'appui de l'Elysée » dans ce dossier. La Présidence de la République n'a pas daigné répondre à cette dernière accusation.