20 août 2011

224ème semaine de Sarkofrance: le retour raté de SuperSarko

Il fallait oublier, et faire oublier, la grosse bourde de la semaine précédente, quand notre Monarque s'était précipité à Paris pour deux heures d'une réunion ministérielle sans annonce qui alimenta toutes les rumeurs et un nouveau mini-krach boursier.

Mardi était donc prévue une grande réunion franco-allemande, un mini-sommet de crise pour calmer les marchés en avançant d'un grand pas dans la gouvernance économique européenne. On allait voir ce qu'on allait voir. Certains journalistes, dès le weekend, lâchaient quelques articles frôlant l'enthousiasme des survivants. Angela Merkel venait à Paris et Nicolas Sarkozy également. Après tout, le Cap Nègre n'était pas un lieu de travail.

Lundi, la douche était froide, et allemande. 
Un porte-parole de la chancelière jeta un sacré froid dans l'assistance. Il ne fallait pas attendre grand chose de cette réunion, qui, de surcroît, était prévue de longue date, depuis le 21 juillet dernier précisément. Ce fonctionnaire en rajoutait un peu, car Sarkozy n'avait pas prévu de rentrer si tôt de vacances. Mais on était prévenu, il ne fallait pas attendre de grandes décisions. Et certainement rien sur les euro-bonds, ces obligations européennes qui pourraient prendre le relais des dettes souveraines défaillantes si un véritable gouvernement économique de la zone était enfin mis en place.

Avant le fameux mini-sommet, quelques parlementaires UMP ont osé s'attaquer à quelques tabous sarkozyen. Le sénateur UMP Philippe Marini a suggéré de revenir sur la réduction de TVA pour la restauration. Gilles Carrez, son collègue de l'Assemblée nationale, rapporteur général du budget, a souhaité une « une contribution exceptionnelle » des très riches.


Mardi, Sarkozy et Merkel discutèrent deux heures avant de se montrer, 48 minutes durant, devant des journalistes impatients.
Sans surprise, ils n'annoncèrent pas grand chose. Angela Merkel reste, comme son gouvernement, isolationniste et jalouse de sa croissance et de ses bonds comptes (malgré un ralentissement assez sérieux de la croissance du PIB au dernier trimestre). La ratification des mesures européennes du 21 juillet par les parlementaires allemands n'est pas acquis. De son côté, Nicolas Sarkozy n'a pas envie de passer sous tutelle européenne, ce qu'un véritable gouvernement économique européen n'hésiterait pas à faire compte tenu de l'état déplorable des finances publiques françaises. Il fallait donc faire croire à l'intégration mais sans plus !

Les deux compères de ce mardi d'infortune proposèrent donc la tenue d'un conseil européen spécifiquement dédié aux affaires économiques deux fois par an (ce que Sarkozy qualifia de « véritable gouvernement économique de la zone euro »), l'adoption par chacun des 17 membres de la zone euro d'une règle d'équilibre budgétaire dans leur constitution respective, une taxe sur les transactions financières (déjà votée par le Parlement en mars dernier !), et, quelques mesures franco-allemandes pour « donner l'exemple » (comme l'harmonisation des impôts sur les sociétés en 2013). Que la fameuse « règle d'or » fut brandie comme l'unique mesure de gestion financière était un piège assez minable de la part du candidat Sarkozy.

La ficelle était grosse. Angela Merkel n'avait sans doute pas lu combien la loi sur la règle d'or que Sarkozy a fait voter par l'UMP en juillet dernier était sans délai ni contrainte. Mais Sarkozy avait doublement besoin de ce soutien allemand. D'une part, la France a de grandes chances de perdre sa note Triple A d'ici l'élection présidentielle. D'autre part, Sarkozy a besoin de symboles et de postures. Jouer au vertueux en fait partie. Quand un journaliste lui demanda s'il pensait à des sanctions contre les Etats récalcitrant à appliquer cette règle d'or, il laissa Merkel répondre. Laquelle déclara qu'il faudrait leur suspendre le versement des aides européennes le cas échéant.

Mercredi, Nicolas Sarkozy était reparti au Cap Nègre.
Une journée de travail par semaine en pleine crise internationale, c'était bien suffisant. Le Monarque n'était pas là pour commenter le lancement de l'enquête contre son ancienne ministre de l'économie, Christine Lagarde, par la Cour de Justice de la République. Le site Mediapart a d'ailleurs publié le contenu des réquisitions de la commission des requêtes qui, le 4 août dernier, avait recommandé qu'une instruction pour « complicité de détournement de fonds publics et de faux» soit ouverte. Cette commission suspectait à l'époque l'ancienne ministre d'être « impliquée personnellement et de façon litigieuse dans un dossier qui n'avait pour but que de renflouer par tous les moyens Bernard Tapie, cela malgré un risque judiciaire très faible pour l'Etat, et en dépit de l'opposition de plusieurs hauts fonctionnaires ».

Sarkozy, ni personne d'autre à l'Elysée, n'avait non plus envie de commenter les dernières révélations de l'affaire Takieddine, du nom de cet intermédiaire formidablement enrichi par les ventes d'armes signées par l'équipe Balladur/Sarkozy en 1995. Mediapart avait révélé combien Ziad Takieddine était proche, invitations luxueuses à l'appui, des différents proches du clan Sarkozy. Cette semaine, le site a rajouté une belle information qui concerne directement la mandature actuelle: en 2009, l'intermédiaire a été rémunéré plus de 9 millions de dollar par le pétrolier Total, en échange de son lobbying pour obtenir un contrat gazier dans le bassin de Ghadamès avec le régime libyen, le tout avec l'aimable « coup de pouce » de Claude Guéant.

Ces dernières heures, le colonel Kadhafi négocierait son départ en Tunisie. Avec le soutien de Ziad Takieddine ?

Jeudi, les bourses ont la gueule de bois.
La veille, les annonces du couple Merkel/Sarkozy avaient été « fraîchement » accueillies. Morgan Stanley révise les prévisions de croissance de la zone euro à la baisse pour l'an prochain. France et Allemagne stagnent déjà. La récession n'est pas loin. Sarkozy et Merkel, comme leurs autres collègues européens, n'ont que le mot austérité à la bouche, ce qui n'arrange rien. Même Christine Lagarde, au FMI, s'en inquiète.

De l'austérité à la récession, il n'y a qu'un pas aisément franchi. Pire, l'annonce d'une nième taxe sur les transactions financières, distraction pour les uns, danger pour les autres, achève des traders surexcités Jeudi donc, les marchés s'effondrent à nouveau. Paris perd 5%, comme la quasi-totalité des autres places financières. A New-York, la FED s'interroge sur l'impact de la crise de la dette européenne sur les filiales américaines des banques européennes. Bref, Sarkozy et Merkel ont fait flipper les marchés, encore une une fois.

Quelques grands patrons, et pas des moindres, demandent une augmentation des impôts sur les plus fortunés, une option refusée jusqu'à maintenant par Nicolas Sarkozy. L'initiative est venue d'une tribune de Maurice Levy, le patron de Publicis, « pour en finir avec le déficit public ». Michel Pébereau, son collègue de BNP-Paribas, l'a publiquement soutenu. Aux Etats-Unis, le milliardaire Warren Buffet a suggéré à Barack Obama de faire de même. Son propre taux d'imposition, a-t-il déclaré, est inférieur à celui de sa secrétaire...

Vendredi, Sarkozy intrigue toujours au Cap Nègre.
Il s'active pour sa campagne. Il réactive, par morceaux, sa bande du Fouquet's. Cette fois-ci, les réunions étaient plus discrètes, mais révélées par le Monde voici une dizaine de jours. Des « groupes secrets », comme le démentait maladroitement Alain Carignon mercredi 17 août, se réunissent depuis des semaines, en parallèle de la démarche très officielle de Bruno Le Maire qui prépare le programme du candidat pour 2012 au sein de l'UMP.

Vendredi, on apprenait également la nomination, probable, d'un proche de Sarkozy à la préfecture de Marseille. Les affaires, et les nominations, continuent.

L'euro continue de baisser. Passera-t-il l'été ? La France, elle, a au moins 8 raisons de perdre son Triple A d'ici l'an prochain, explique un savant blogueur. La Bourse perd encore 2%. Elle est « déprimée », commentent les Echos. Mieux vaut acheter de l'or.

Samedi, François Fillon met en demeure les socialistes
Il leur demande, dans une tribune évidemment publique, et évidemment dans le Figaro, de faire preuve de sens de l’intérêt national, et de voter la règle d'or de son patron. Le « Premier Collaborateur » du Monarque responsable des quelque 400 milliards d'euros d'endettement public supplémentaire depuis 2007 répète les « éléments de langage » élyséens avec une fidélité très honorable et toute servile. En septembre 2007, il déclarait pourtant que les « caisses étaient vides ». Que doit-il penser aujourd'hui, 400 milliards d'euros plus tard ?

La règle d'or implique-t-elle d'augmenter les impôts de la bande du Fouquet's ?



Ami sarkozyste, où es-tu ?



7 commentaires:

  1. Je n'ai pas grand chose à ajouter....Que pouvons nous faire d'ailleurs ? Quand les gens comprendront que les hommes politiques ne sont pas grand chose en somme devant lacomplexité de notre économie voire de l'économie mondiale. Alors pourquoi votre pour lui.

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  2. On voit à quel point on n’aurait jamais dû avoir un tel personnage à la tête du pays.
    La France est elle capable de produire un responsable digne de ce nom.
    On a porté au pinacle, un DSK certainement compétent économiquement, mais en défaillance totale par rapport à l’image d’un chef d’Etat digne de ce nom.
    On se trouve dans une situation où on réclame la peau d’un NS complètement discrédité en se disant qu’à l’horizon on ne voit guère encore apparaître la solution de remplacement.
    Ce dont on peut être sûr, c’est que si NS est réélu la France ira de plus en plus dans la voie du délitement et il n’est pas sûr que cela n’ouvre pas la porte à une sorte de pronunciamento à plus ou moins court terme

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  3. http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/08/10/a-qui-appartient-la-dette-de-la-france_1558009_823448.html

    un article du 10 août du monde, sur le problème de qui a créé la dette. En générale les gens de droiche réponde à gautte et vice versa. je te souhaitee une bonne lecture Juan, car l'article est plutôt interressant.
    Merci d’être là depuis maintenant 4 ans.

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  4. je lance un appel sur ce site courageux pour nous donner une vision différente du spectacle que nous donnent les grands médias audiovisuels : qui pourrait réaliser une analyse (et une communication de cette analyse, bien sur !) des mensonges et autres approximations proférées par TF1 (mais ça n'étonnera personne...), par Fr2 (le journal actuel de la fille Drucker est un monument d'inepties et de contre-vérités bien mises en scène), par France-inter parfois (ça dépend des journalistes et des heures de diffusion).
    en tout cas, merci à juan pour ce travail irremplaçable (qui doit être aussi traumatisant compte tenu de ce qu'il faut se taper comme discours du monarque et autres propagandes insupportables...

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  5. Critiquer et cracher c'est bien ; proposer des solutions et entamer une réflexion, c'est mieux.

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  6. @ Anonyme 20:31

    Je te salue, ami du bien. Je ne doute pas que tu vas faire mieux.

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  7. Certes, certes nous avons à droite sieur Sarko, qui est payé à ne surtout pas levé le petit doigt à l' encontre des banques et des lobbies. Puis nous avons dame Marine qui a des propositions qui pourraient faire pâlir d'envie quelques candidats du P.S, au centre, quelques personnes intègres mais qui ne peuvent sortir du schéma dominant, payer la dette, serrer un peu moins fort la ceinture des salariés mais la serrer quand même au nom de la réal politique.

    A gauche commence à émerger deux candidats qui avaient raison avant tous les autres candidats du P.S (qui se dit de gauche): Mélanchon et Joly.
    Quand cette dernière dit qu'elle n' a jamais confondu l' argent public et l' argent privé, elle résume en quelques mots le comportement des partis (U M P, P.S.)dit de gouvernement.

    Sarko et sa clique ferait bien de se méfier, de finir de prendre les français pour des veaux ou des imbéciles. Les adhérents et sympathisants d' EELV, ne se sont pas trompés, ils ont élus une personne intègre, forte et qui connait parfaitement les rouages de la corruption et des paradis fiscaux. Elle sait que la France est riche tout autant qu' elle sait que le pays n'est pas à vendre au plus offrant. L' affaire Takieddine est une affaire d'état que tous les journalistes et média dominants mettent de coté. On n' en parle pas, c'est bien dommage pour eux car ils perdent encore un peu plus de leur crédibilité. Heureusement qu'il y a Juan pour nous tenir au courant du comportement de l'oligarchie qui nous gouverne.

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