28 août 2011

Sarkozy: bons baisers de Kanaky

Quand Nicolas Sarkozy se déplace en Outre-Mer, le show est toujours mieux rodé qu'en France. On agite des drapeaux français, on le décore de quelques colliers de fleurs.

Il se promène donc en Nouvelle Calédonie. Non pas que ce territoire ne soit pas important. Mais avouez que le timing est exécrable. Toute la semaine, les communicants de l'Elysée nous ont donc expliqué combien il fallait assurer ce voyage prévu de longue date. Comme lorsqu'il pédalait sur les côtes du Lavandou en plein marasme boursier, il était « sur le pont ».

En réalité, Nicolas Sarkozy voulait profiter de cette fin d'août qu'il pensait tranquille pour visiter, enfin, le territoire qui lui donna 63% des suffrages en 2007. Au plus fort de la campagne, il sera trop tard de partir si loin. Quand il avait calé le déplacement, aux frais du contribuable, il n'avait pas prévu que le contexte international serait si chaud. Quel visionnaire !

Les messages à délivrer en Nouvelle Calédonie étaient faciles et bien utiles pour la métropole: sécurité, nation, histoire. Un trio symbolique idéal pour le candidat.

Sécurité
Début août, quatre personnes furent tuées, et un trentaine d'autres blessées (dont le haut commissaire de la République) en marge d'un conflit social agitait la compagnie Air Calédonie. Il fallait donc parler insécurité: « Rien ne justifie la mort de quatre personnes dans de pareilles circonstances. (...) Les luttes coutumières, syndicales ou politiques doivent se régler par le dialogue, l'échange, le cas échéant l'élection. Jamais par la violence, qui tombe sous le coup de la loi ». Depuis 2002, Sarkozy ne pense qu'à ça. Depuis 2008, on a découvert, enfin, que son bilan est finalement... désastreux. L'homme et ses « séides » sont parvenus à nous faire croire que le Monarque était efficace en noyant les vols de smartphones et d'autoradios avec les agressions d'hommes, femmes et enfants. En onze années de politique sarkozyenne sur le sujet, les violences aux personnes sont montées de 350.000 par an à ... 467.000. Bravo l'artiste ! Cette fois-ci, à Nouméa, Sarkozy était venu avec ses leçons et ses annonces. Il évoqua la « petite mèche ». « En Calédonie, moins qu'ailleurs, on ne peut tolérer la première violence, parce que la mèche peut être toute petite qui fait le grand incendie ». Côté promesses, il annonça un renfort de policiers dans l'archipel, son accord pour la construction d'une nouvelle prison (l'actuelle est occupée à 200%....) et la création d'un GIR, ces machins inter-régionaux qui masquent la misère des moyens.

Nation
Second thème du déplacement, la nation. La Nouvelle Calédonie s'interroge sur son indépendance. Un référendum doit être organisé entre 2014 et 2018. Sur place, Sarkozy promet déjà une relative autonomie (« Nous sommes prêts à aller très loin dans la spécificité de la Nouvelle-Calédonie ») pour se concilier les deux camps.  Un transfert de compétences a déjà été rendu possible par l'accord de 1998. Le processus est, dit-on, engagé. Hymne, devise, billets de banque et même double drapeau ont été adoptés. Sarkozy a dû marcher devant les couleurs kanaks, celles-là même que le leader indépendantiste Jean-Marie Djibaou portait haut et fort avant d'être assassiné dans la grotte d'Ouvéa, entre les deux tours de la présidentielle de 1988.

En Nouvelle Calédonie, Sarkozy pouvait donc facilement louer la République. Aux officiels Kanaks du Sénat coutumier qui le recevaient vendredi matin après sa descente d'avion, le Monarque leur déclara: « n'ayez pas peur de la République Française ». Ou encore: « Je reste convaincu, qu'y compris dans le camp des indépendantistes que je respecte, il y a un attachement, aussi, pour la France, pour l'histoire commune ; (...) il y a même de l'inquiétude à l'idée qu'on se sépare (...) mais réfléchissons, il va bien falloir faire des compromis ».

L'histoire
Troisième symbole,l'histoire. Sarkozy célébra sous sa traditionnelle grande tente qui le protégeait du soleil local, le 70ème anniversaire de la création des volontaires du bataillon du Pacifique. Nous n'en donc finirons pas avec les hommages à la seconde guerre mondiale. Sarkozy, accroché à son pupitre et son écriteau explicatif, sur la place Bir-Hakeim, pouvait rejouer au chef militaire.

Campagne oblige, Sarkozy était tout conciliant, au point d'approuver la levée du drapeau kanak aux côtés du drapeau tricolore. Il fallait faire oublier qu'il n'avait pas trouvé le temps, en 4 années et demi de mandat, de venir rendre visite. « L’avenir de la Nouvelle-Calédonie, c’est vous tous qui le définirez », même si, « vous connaissez l’importance que j’attache, à titre personnel, à la présence de la Nouvelle-Calédonie dans la République ». On se souvient aussi de la visite de son premier secrétaire d'État chargé de l'Outre-Mer, Christian Estrosi, en octobre 2007: « l’avenir de la Nouvelle-Calédonie était dans la France ». Les provocations du secrétaire furent si violentes que le haut-commissaire de la République, Michel Mathieu, avait demandé, à être relevé de ses fonctions. Estrosi avait demandé l'évacuation militaire d'un barbecue kanak trop « bruyant ». 18 mois plus tard, six membres du principal syndicat de Kanaky, l’USTKE, étaient condamnés à d’importantes peines de prison ferme et emprisonnés. Autant dire que l'archipel vit sous tensions depuis 4 ans. Mais c'était avant, ... avant le « nouveau » Sarkozy, celui de la campagne de 2012.

En métropole, on s'indignait de la récente nouvelle augmentation du chômage, on s'inquiétait du faux plan de rigueur Sarkozy/Fillon, on commentait les charniers découverts à Tripoli. Sarkozy, lui, nous offrait quelques images de carte postale calédonienne.

Merveilleux.

3 commentaires:

  1. QUAND va-t-il partir????????? abc

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  2. Merci pour cet éclairci, c'est vrai que ce voyage ne sert pas à grand chose pour la france si on regarde les choses d'un point de vue pragmatique.
    Bon, avec près de 250 000 habitants, c'est toujours quelques 0,1-0,2% de voies assurées pour les prochaines élections.

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  3. Juste une petite précision historique.
    JM Tjibaou n'est pas mort en 1988 lors de l'assaut de la grotte d'Ouvéa.
    Il fut assassiné (ainsi que Yewene Yewene, autre leader indépendantiste) 1 an plus tard, en 1989 par un indépendantiste kanak, Djubelly Wea, lors d'une cérémonie de levée de deuil à Ouvéa

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