30 septembre 2011

Le bilan budgétaire de Nicolas Sarkozy.

Nicolas Sarkozy était au Maroc. Comme souvent quand il s'agit d'annoncer quelques mauvaises nouvelles, le Monarque se débine. En novlangue sarkozyenne, on appelle cela se « re-présidentialiser ». Jeudi, le climat était pourri par les affaires. En Allemagne, on attendait le vote, finalement favorable, en faveur du plan de sauvetage de la Grèce. Mais surtout, en France, Valérie Pécresse devait seule défendre le projet de budget 2012.

Mercredi, la ministre l'avait présenté en Conseil des ministres. On l'a souvent répété, c'est le « dernier » budget de cette mandature Sarkozy. Que fallait-il en retenir ?

Story-telling budgétaire...
L'an dernier déjà, Christine Lagarde (Economie) et François Baroin (Budget) nous racontaient des bobards sur l'ampleur du redressement des comptes publics.  Pour 2012, c'est rebelote... Valérie Pécresse avait préparé son exercice de communication. Il fallait oublier que Nicolas Sarkozy, à cause d'un paquet fiscal rapide, injuste et inefficace, avait gâché quelque 23 milliards d'euros de recettes fiscales et sociales en 4 ans.

Dans le dossier de presse, on pouvait lire, dès la quatrième page: « Le PLF 2012 confirme le caractère intangible de la trajectoire de retour sous les 3% de déficit public en 2013 ». On croirait entendre un chauffard qui nous promet de rouler droit après 3 ans de zig-zag !

Fichtre ! Que s'est-il passé ? Le déficit budgétaire nous est promis à 82 milliards d'euros l'an prochain, soit 4,5 % du PIB en 2012 (après 95 milliards d'euros cette année).

Budget pas crédible
Le gouvernement espère 289 milliards de recettes fiscales. L'hypothèse de croissance du PIB a été maintenue à 1,75%, dans « un souci de prudence » (sic!). Lors du Conseil des ministres, Pécresse a justifié: « le Gouvernement constate que la demande intérieure est demeurée robuste durant l’été, de même que les chiffres de la production industrielle (+1,5% en juillet). Il convient donc de ne pas sur-réagir aux évolutions des marchés. »

Jeudi matin sur France Inter, la ministre du budget a expliqué que le gouvernement avait déjà réduit de 2,25 à 1,75% sa prévision « il y a quelques semaines », c'est-à-dire en août dernier. Et pourtant, comme le rappelle Thomas Bronnec de l'Express, « la plupart des instituts de conjoncture ont révisé à la baisse leurs calculs. En moyenne, ils tablent sur 0,8% ». Et avec 0,8% de PIB supplémentaire, on n'atteindra jamais les 289 milliards d'euros de recettes fiscales attendues l'an prochain.

L'impôt reste injuste
La révolution fiscale n'a pas eu lieu. Les recettes restent majoritairement « injustes »: la TVA pèsera pour 47% des recettes de l'an prochain. L'impôt sur le revenu, percé par des niches et exonérations, représentera encore 20% du total (58 milliards). Les entreprises, via l'impôt sur les sociétés, contribueront à hauteur d'un modeste 16%. 

La chasse aux niches continue, mais elle reste modeste. Comme François Baroin l'an passé, Valérie Pécresse a trouvé 11 milliards d'euros d'abandons de niches et/ou taxes nouvelles. Les prélèvements obligatoires augmenteront bel et bien. C'est encore une promesse non tenue du candidat Sarkozy.

Une dette record.
Pas un mot sur le niveau record atteint par la dette. En cinq années de mandat, Nicoalas Sarkozy aura fait progresser l'endettement public de quelques 400 milliards d'euros. Et la crise n'explique pas tout. En 2012, le budget présenté prévoit 49 milliards d'euros d'intérêts à payer.

République des Riches
Le gouvernement se cache derrière sur quatre mesures jugées significatives pour justifier que sa rigueur est « juste »: d'abord, il y a cette taxe temporaire pour quelques 20 à 25.000 foyers déclarant plus d'un million d'euros de revenu annuel ( pour un couple) ou 500.000 euros pour un célibataire (rendement attendu: 300 millions d'euros par an maximum). Soit, à ce seuil, un effort de ... 1.500 à 3.000 euros annuels. Quel effort ! Ensuite, les plus-values immobilières sur les résidences principales seront désormais taxées, avec un abattement plus la durée de détention sera longue, jusqu'à une exonération totale au bout de 30 ans. Pécresse argumente que les plus aisés sont concernés par cette mesure qui doit rapporter 2 milliards d'euros. Il y a aussi le relèvement des prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine de 12,3% à ... 13,5%. Alléluia ! Enfin, le gouvernement se félicite d'avoir supprimé quelques niches fiscales affectant l'IS, pour 2 milliards d'euros, « en faisant porter l’effort sur les grands groupes ».

Le déficit budgétaire se réduit. Vraiment ?
Même le Monde s'en félicite: l'an prochain, « la part des dépenses publiques dans le PIB sera réduite de 0,5 % en 2012 après une baisse de 0,3 % en 2011 ». En fait, les dépenses budgétaires sont prévues à 362 milliards d'euros en 2011, puis de 366 milliards l'an prochain. Dans son « story-telling » adressé à la presse, les services de Bercy osent écrire: « l’augmentation moyenne en volume a été de 2,6 % par an entre 1978 et 2008, contre 0,8 % en moyenne ces deux dernières années, ce qui représente une économie annuelle, en 2011 comme en 2012, de près de 16 Md€ par an »... Rooo... Quelle jolie histoire! L'année 2009, qui sert de pivot à cette comparaison hasardeuse, est bien atypique, plombée par le Grand Emprunt et le plan de relance. Depuis, le gouvernement a tout coupé, et rien renouvelé. Présenter comme des économies la non-reconduction de dépenses exceptionnelles est une tartufferie.

Austérité cachée
Pour certains, l'austérité sera réelle. La suppression de 30.400 nouveaux postes de fonctionnaires, principalement sur les services publics essentiels du pays (14.000 sur l'éducation; 7.500 sur la défense; 3.600 dans la police) gênera surtout le plus grand nombre de nos concitoyens. La réduction de 15% des crédits affectés à l'Emploi (soit un milliard d'euros), après les 15% de perdus en 2011 par rapport à 2010, aggravera la condition des chômeurs.

Autre surprise, malgré les grandes déclarations humanitaires de Nicolas Sarkozy en faveur des pays en voie de développement, l'aide publique au développement devrait perdre 1,8 milliard d'euros (4,5 milliards en 2011, 2,7 milliards l'an prochain).

Fonctionnaires: le dernier totem
Le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite depuis 2007 (soit 150.000 postes perdus depuis 2007) n'aura quasiment rien « rapporté »: 200 millions d'euros sont attendus en 2012. Pour mémoire, la réforme de l'ISF a coûté... 1,8 milliards d'euros au budget de l'Etat ! Le gouvernement reconnaît qu'il a reversé 1,4 milliard d'euros aux agents de la fonction publique depuis 2007. En particulier sous forme d'heures supplémentaires ? Quelque 100.000 CDD ont également été recrutés sur la même période.

Au passage, on notera que les services du Premier ministre sont prévus en progression de ... 52 postes l'an prochain.

Les gadgets
Le gouvernement les a exhibé pour mieux divertir l'attention, au risque de paraître ridicule. La fameuse surtaxe sur les boissons sucrées rapportera ... 10 millions d'euros. Pour faire bonne figure, le gouvernement a aussi toiletté quelques autres niche. Le ménage était indispensable mais il reste financièrement symbolique: réduction de l'avantage "Censi-Bouvard" (quand même prorogé jusqu'à fin 2015 dans la location meublée non professionnelle) pour moins de 1 million en 2013; réduction de l'avantage Scellier pour 20 millions; rabotage complémentaire de 10 % de treize autres niches fiscales (investissements forestiers, Sofica…) déjà réduites en 2011, pour 340 millions. Certains rabots paraissent même anti-écolo, comme cette réduction du « crédit d'impôt développement durable et de l'éco-prêt à taux zéro » pour 10 millions.

Et pendant ce temps...
A Tanger (Maroc), Nicolas Sarkozy était souriant pour inaugurer un TGV local. Depuis son fiasco diplomatique lors du printemps arabe, le Monarque a trouvé urgent de s'afficher présent au Maghreb. Reconnaissons-lui l'effort. En France, l'ami Ziad Takieddine lui a réclamé, par média interposé, de lever le secret défense. On sent le Takieddine inquiet. Dans une confession télévisée à BFM-TV, l'homme d'affaires a commis un baiser de l'araignée, en déclarant, à propos de Nicolas Sarkozy : «Je connais la dignité de cette personne, qui a contrôlé toute mon action entre 1993 et aujourd'hui. C'est la dignité de la France qui est bafouée aujourd'hui.»

On comprend pourquoi, prévenu de cette interview, le Monarque préféra le Maroc.

29 septembre 2011

Sarkozy: après la déroute, la colère, l'angoisse et le choc.

Etait-il sonné, découragé ou simplement en colère ? Nicolas Sarkozy n'avait rien de prévu de grand, ce mercredi 28 septembre, alors que le second débat des primaires socialistes avait été organisé sur i-télé et Europe1. Pas de voyage impromptu en Libye ni déplacement provincial avec François Fillon... Sarkozy n'avait rien trouvé, cette fois, pour tirer la couverture médiatique à lui.

Il était sonné.

Les diversions furent pourtant énormes et terrifiantes: un procureur proche du pouvoir et du Monarque devait être mis en examen. Et une cascade de documents prouvant les liens directs entre Nicolas Sarkozy et Ziad Takieddine était publiée comme la triste confirmation de cette fin de règne.

La colère
Certains doutent de sa candidature, à nouveau. Depuis le printemps dernier, le Monarque était parvenu à effacer toute candidature concurrente à l'UMP. A coup de sondages catastrophistes sur l'éventualité d'un « 21 avril à l'envers», le candidat avait réussi à limiter la compétition. Même Jean-Louis Borloo ne représente plus que 7 à 8% des intentions sondagières.

La dernière déroute, au Sénat, a jeté le trouble. Le climat des affaires tout autant.

La défaite était partiellement prévisible, depuis les victoires successives de l'opposition aux élections locales. Mais cette défaite conserve un goût amer, à en croire la mauvaise tête du Monarque de ses derniers jours. Non pas qu'il reste persuadé de gagner le scrutin de 2012. Il a toute ses chances, contrairement aux habituels pronostics. Mais se voir rappeler combien le pays, même chez les grands électeurs vous déteste, est toujours désagréable.

Mardi matin, quand Pierre Méhaignerie, l'un des rares députés centristes restés à l'UMP l'interrogeait sur les conséquences de l'affaire Karachigate, Sarkozy tance: « Ce n'est pas l'affaire Hortefeux qui a été à l'origine des divisions en Bretagne, mon cher Pierre. »
Quand on l'interroge sur les raisons de la défaite au Sénat... il s'exonère rapidement, et l'attribue au «climat général de division» à droite et à «l’inquiétude provoquée par la crise économique et financière». «La division nous tue»...

Sarkozy avait peur. L'accusation de corruption est comme un virus. Il rêvait d'être réélu tel Mitterrand de 1988, il risque le déshonneur affairiste de 1993. « Il ne faut pas s'y tromper. Tout cela, c'est pour me salir moi »

Jean-François Copé a donc réclamé l'union sacrée autour du président. François Fillon s'est agacé des derniers atermoiements au sein de cette « majorité minoritaire » pour la préparation du budget. Le lendemain cependant, le scenario était calé. Le gouvernement allait présenté sa micro-taxe de 3% sur les revenus des couples gagnant un million d'euros par an. Et un gentil député UMP proposera de baisser le seuil à 500.000 euros.

Mercredi matin, Nicolas Sarkozy recevait ses ministres pour un conseil sans enjeu. Le projet de budget, présenté en grandes lignes et sans changement depuis les annonces estivales, n'est pas encore un sujet de commentaires. Sarkozy avait la tête ailleurs. Il avait dédié sa journée à l'Arménie. Il a des soutiens tout trouvés. Certains sont connus, tels Charles Aznavour, qui livre un mois de concerts à l'Olympia où Sarkozy s'est rendu mercredi soir. D'autres sont des déçus à reconquérir, tel Patrick Devedjian, le président du conseil général des Hauts-de-Seine qui a survécu à une attaque interne en règle de la part de quelques sbires de l'Elysée qui souhaitait le déloger de son strapontin pour y placer le Prince Jean. D'autres encore sont moins connus, comme Alain Terzian, fameux producteur ou ... le premier ministre arménien lui-même, avec lequel il déjeunait ce midi. Le 6 octobre prochain, Sarkozy filera en Arménie

L'angoisse
Henri Guaino, envoyé en « bouclier humain » sur un plateau de France 2 lundi soir, pour défendre Nicolas Sarkozy, n'aurait pas dû. Il n'aurait pas dû défier Edwy Plenel de prouver un quelconque lien entre Ziad Takieddine et Nicolas Sarkozy. Mediapart a facilement relevé le défi. Mercredi, le site publiait 6 documents liant Sarkozy à l'homme d'affaires mis en examen le 14 septembre pour abus de biens sociaux dans le cadre du volet financier de l'enquête sur l'attentat de Karachi.

Le dossier est énorme, solide, sans contestation. Certains de ces documents étaient connus. Ainsi ce un rapport (révélé en 2010), dans lequel la police luxembourgeoise présentait « Nicolas Sarkozy comme étant celui qui, avec Nicolas Bazire, alors directeur de cabinet d'Edouard Balladur, a validé la création de la société offshore Heine, boîte noire des secrets inavouables de Ziad Takieddine ». Et l'un des motifs de la mise en examen de Takieddine est qu'il a reçu 28 millions d'euros de commissions occultes de la part de la DCN dans une vente de sous-marins... un montage validé par le ministre du Budget Sarkozy (comme la réglementation fiscale de l'époque l'imposait). Les défenseurs de Nicolas Sarkozy aimaient à rappeler que le ministre Sarkozy ne s'occupait pas de tout. Raté ! Les policiers luxembourgeois ont exhumé un document, saisi chez M. Takieddine, selon lequel « les accords sur la création des sociétés semblaient venir directement de M. le Premier ministre Balladur et de M. le ministre des Finances Nicolas Sarkozy. »


Dans une autre note, écrite par Takieddine et datée du 29 octobre 2003, saisie chez lui, l'homme d'affaires faisait le compte-rendu d'une visite en Arabie Saoudite, en désignant Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, comme le « patron ». Dans une autre note du 3 novembre suivant, Takieddine récapitule les préparatifs de la visite de Nicolas Sarkozy en Arabie Saoudite. Mediapart publie également des courriers directs et sans détour entre Takieddine et Claude Guéant, quand ce dernier était directeur de cabinet du ministre. En particulier, Takieddine a été mandaté par Nicolas Sarkozy pour aider à la négociation du contrat d'équipements de surveillance de la société i2i (Bull) en Libye. Mediapart publie également un fax à en-tête de la présidence de la République, daté du 20 juillet 2007, très croustillant, au sujet des infirmières bulgares: envoyé par Claude Guéant alors secrétaire général de l'Elysée, il est adressé à ... Ziad Takieddine dans sa villa du cap d'Antibes.

Mardi après-midi à l'Assemblée nationale, Claude Guéant était sous pression pour démentir l'absence de tractations commerciales dans la libération des infirmières bulgares.

Le choc
Mercredi, le choc était immense, en Sarkofrance, quand on apprit que le procureur Philippe Courroye était convoquée par la juge Sylvia Zimmermann, pour être mis en examen ! Courroye, autre grand ami de Nicolas Sarkozy, décoré puis promu par ce dernier, avait multiplié les enquêtes préliminaires dans l'affaire Woerth/Bettencourt pour mieux saucissonner et enterrer le sujet. Cette fois-ci, il va devoir s'expliquer lui-même devant la justice. Le journal Le Monde a porté plainte contre l'espionnage de trois de ses journalistes. 

Selon le Monde, qui a révélé la prochaine inculpation - une première sous la Vème République - , Courroye pourrait être mis en examen pour « atteinte au secret des correspondances par personne dépositaire de l'autorité publique » et une « collecte de données à caractère personnel par moyen frauduleux, déloyal ou illicite». Le journal précise: « la magistrate a fait procéder à une perquisition, mardi 27 septembre, dans les locaux de l'inspection générale des services (IGS), pour saisir les archives de l'enquête menée en 2010 par les policiers, à la demande du parquet de Nanterre. La juge Zimmermann dispose désormais d'éléments qui lui permettent de penser que Philippe Courroye a personnellement supervisé la surveillance téléphonique, au cœur de l'affaire Bettencourt, de trois journalistes du Monde, Gérard Davet, Jacques Follorou et Raphaëlle Bacqué. »

Si la mise en examen est confirmée, comment Philippe Courroye peut-il rester procureur de la République à Nanterre ?

A l'Elysée, silence radio. On grimace: « ça démontre que nous sommes bien dans un Etat de droit ». L'argument, cette fois-ci répété par Luc Chatel sur BFM-TV en fin de journée, est toujours aussi drôle.« il s'agit d'une procédure judiciaire en cours qui n'appelle pas du gouvernement de commentaires » a commenté la porte-parole Valérie Pécresse. Philippe Courroye, lui, éructait.

Cela ne s'arrêtera donc jamais.

Et non.

Jeudi, Sarkozy file au Maroc. Il était temps.



28 septembre 2011

Sarkozy devra payer ses voyages. Et le reste.

Avant d'avoir un nouvel Airbus présidentiel, Nicolas Sarkozy aimait déjà voyager. Il voyageait même beaucoup. Mais désormais, la police traque ses déplacements passés, d'il y a 15 ans. L'affaire du Karachigate n'est pas terminée.

Le général Rondot n'a pas apprécié d'être une nouvelle fois approximativement cité par Ziad Takieddine dans ses pseudos confessions médiatiques. L'homme d'affaires, proche du premier cercle sarkozien, avait expliqué avoir connu le sieur Rondot en 2004. Puis en 2006. On ne sait plus. A vrai dire, on s'en fiche. La police, si elle parvient à conserver une relative autonomie contre son ministre de tutelle et proche de Ziad  Takieddine, trouvera un jour par qui Nicolas Sarkozy a bel et bien été invité dans les suites de l'hôtel Cipriani, à Venise. La nuité y coûte entre 2.400 et 8.000 euros, rappelle le site Mediapart : « Les enquêteurs ont été mis, ces derniers jours, sur la piste d'un luxueux voyage de Nicolas Sarkozy à Venise, payé dans les années 1990 sur les fonds de Thierry Gaubert. Ces fonds sont désormais suspects. »

Jean-François Copé, autre grand ami de Ziad Takieddine, a déjà été balancé. On l'a vu, tout l'été dernier, sur des clichés publiés publiés par Mediapart. Copé au Liban, Copé à Londres, Copé dans la piscine à Antibes... Takieddine avait l'amitié généreuse. Grâce à ses photos-souvenir, peut-être ne sera-t-il jamais président de la République. Quand Copé se laissait ainsi invité, en famille, il était ministre.

Lundi, la presse jetait un nouveau témoignage dans le débat public. Miléna Gaubert dénonçait les « conneries » de sa mère Hélène Gaubert. « Il y a quelques mois, ma mère m'a confié qu'elle voulait emmerder mon père » a-t-elle affirmé lundi sur Europe1. Elle a même décrit sa mère comme « dépressive ». On ne sait pas d'où est venu ce témoignage fort à propos. Samedi, Hélène Gaubert avait confié les pressions subies de son ex-mari, après l'intervertion de Brice Hortefeux le 14 septembre.

Manque de chance, Nicola Johnson, ancienne épouse de Ziad Takieddine confirmait: Mediapart expliquait, lundi dernier, que « l'ex-femme du marchand d'armes a surtout confirmé devant les enquêteurs les révélations d'Hélène Gaubert, qui a évoqué un ballet d'argent liquide entre la Suisse et la France pour financer le camp Balladur en 1995 ».

Edouard Balladur, lâché par Nicolas Sarkozy, serait bientôt entendu par la justice. C'est ce qu'une source policière a confié au JDD dimanche dernier. L'étau se resserre. L'ancien premier ministre a été laissé bien seul par le Monarque. Sauve qui peut ?

Lundi soir, Henri Guaino, le conseiller spécial ès discours de Nicolas Sarkozy, affrontait Edwy Plenel sur le plateau de l'émission Mots Croisés sur France 2. « Vous mélangez tout, vous pratiquez l'insinuation ». Xavier Bertrand, autre proche, a évoqué une « chasse à l'homme » contre Nicolas Sarkozy. Fichtre ! On pourrait donc traquer le chef des Armées et des services secrets, l'omni-président, le président occulte de l'UMP, l'homme qui contrôle l'audiovisuel public

Autre affaire, même inquiétude. Les patrons de nos services secrets vont être convoqués ... par la Justice. Frédéric Péchenard, directeur général de la police nationale, et Bernard Squarcini, le directeur de la DCRI, attendent leur convocation dans l'affaire des fadettes. Un autre espion, rapporte Frédéric Ploquin sur Marianne2,le chef de cabinet de Frédéric Péchenard, le commandant Robert Martin, devrait être interrogé également. Il était garde du corps d'Edouard Balladur en ... 1995, quand ce dernier était premier ministre. L'affaire du Karachigate est décidément partout.

De ces affaires, Nicolas Sarkozy ne voulait pas en parler, malgré de nouvelles interventions publiques. Mardi, il était dans l'Oise, sur le thème de l'emploi. Encore quelques photos au milieu d'ouvriers en casque. L'allocution était « informelle », avec caméras, estrade pour que le Monarque domine d'une tête l'assistance, et micro en main. Informelle ? Le candidat Sarkozy reprit un argument connu, stigmatiser « la France qui travaille » contre celles des « fonctionnaires ». Le même jour, la mobilisation était historique. Enseignants du privé et du public s'étaient retrouvés pour contester les suppressions de postes dans l'éducation primaire et secondaire. Les images de défilés, piquets de grèves et enseignants en colère faisaient tâche dans sa communication présidentielle. Il n'a pu s'empêcher de tacler les manifestants et grévistes. Il était d'abord mielleux: « Je sais bien qu'aujourd'hui, il y a des protestations. C'est normal dans une démocratie ». Puis franchement désagréable : « Mon devoir de chef de l'Etat, c'est d'abord de penser aux ouvriers, aux salariés, aux cadres qui sont lancés dans la compétition internationale et qui ont besoin du soutien de l'Etat, plus que de penser à ceux qui ont un travail difficile mais qui ont un statut qui les protège ». Clivant ? Bien sûr. Enervé ? Evidemment.

Le matin même, Nicolas Sarkozy animait son traditionnel « petit-déjeuner » de la majorité, avec des parlementaires de son camp. A en croire les échos et le verbatim rapportés par quelques confidences livrées au Figaro, le Monarque était ivre de rage: « À chaque élection, on trouve quelque chose, s'est agacé Nicolas Sarkozy devant ses troupes. Une fois, c'est mon possible divorce, une autre fois, c'est l'affaire Clearstream… Cette fois, on sort un truc d'il y a seize ans ! Tout le monde sait que je n'ai rien à voir là-dedans. D'autant plus que j'avais été réservé sur ces contrats quand j'étais ministre du Budget. Tout cela est infâme. C'est toujours les mêmes, comme par hasard. C'est toujours la même volonté de nuire.»

Il paraît que la réunion, cette fois-ci, fut plus «sombre» que d'ordinaire, que Sarkozy adopta « un ton très grave ».

Etait-ce la débâcle sénatoriale, cinquième défaite dans les urnes depuis 2007, ou l'emballement des affaires ? Devant « ses » députés, Nicolas Sarkozy promit des initiatives. Il voulait rassurer. Certains s'interrogent à nouveau sur la candidature Sarkozy. Lui reste confiant« La présidentielle se jouera sur la crise, car la crise est systémique, la crise de confiance est systémique et la réponse doit être aussi systémique ».

Et la claque... « systémique » aussi ?


27 septembre 2011

Après la débâcle, les bonnes leçons de Docteur Sarkozy

Lundi, la Sarkofrance avait la gueule de bois. La perte de la majorité sénatoriale était le nième épisode de la déchéance politique du Monarque. Sarkozy a rapidement reçu Fillon et Copé. Mais il fallait masquer.

Il alla parler à un colloque sur l'université... la veille d'une grève dans l'éducation nationale. S'affranchissant parfois de son texte, le bon Docteur Nicolas prodigua ses conseils de bonne gestion et de courage politique à une assistance castée et silencieuse.

Comme toujours. 

La débâcle
Politiquement, la perte de la majorité sénatoriale est une belle épine dans le pied déjà nu de Nicolas Sarkozy. Et qu'importe de savoir qui présidera la haute assemblée après le scrutin de samedi. Exit la règle d'or dans la constitution. Sarkozy n'a plus aucune chance de convaincre les trois cinquièmes du Parlement réuni en Congrès à Versailles pour voter sa mal nommée règle d'or. Un Sénat à gauche sera également moins rapide à adopter les dernières (rares) réformes sarkozyennes, ou le projet de loi de finances pour 2012. On s'imagine aussi que ce nouveau Sénat sera peut-être plus prompt à lancer des commissions d'enquête sur quelques fâcheuses affaires du moment.

Comme chaque lundi matin, le Monarque a reçu François Fillon et Jean-François Copé. L'UMP comptait ses blessés. Chantal Jouanno, échaudée par le manque de soutien élyséen depuis plusieurs mois, a préféré démissionner du gouvernement pour le Sénat. David Douillet lâche son poste d'agent recruteur auprès des électeurs français de l'étranger pour reprendre le poste. Gérard Longuet, réélu sénateur, s'accroche à son maroquin. On notera l'hypocrisie de l'élu qui s'est ainsi garantit un poste de sortie (sénateur) en cas d'alternance en mai prochain.

Le Figaro s'inquiétait déjà d'un éventuel grand Chelem de la gauche en 2012:  « À moyen terme, dans l'hypothèse d'une victoire du PS à la présidentielle, suivie selon toute vraisemblance d'un succès aux législatives, la gauche pourrait, non seulement, appliquer son programme législatif, mais aussi adopter toutes les révisions constitutionnelles qu'elle jugerait bonnes. François Mitterrand lui-même n'avait pas eu une telle liberté ». Après près de 10 ans de majorité UMP sans contrôle, la remarque prête à sourire.

Les banques
Lundi, on s'attendait au pire. Au Sénat, la messe était dite, même si le clan Sarkozy paraît sonné. Mais sur les marchés financiers, rien n'est réglé. On attendait l'ouverture des bourses avec inquiétude.

Dimanche, le JDD relançait la rumeur d'une prochaine recapitalisation des banques françaises. C'est un véritable feuilleton. Il y a 3 semaines, Chirstine Lagarde au FMI prévoyait un nécessaire réajustement des fonds propres des banques européennes et françaises. Puis elle dut démentir. Puis un vice-président de la commission européenne confirma le besoin, en marge d'une rencontre du G20. Démenti officiel français.

Puis voici qu'une réunion « secrète » se serait tenue dimanche 11 septembre à la direction du Trésor, à Bercy, pour traiter du sauvetage des banques françaises. Le JDD, qui révélait l'information le 24 septembre dernier, dans le plus grand secret, évoque « une réunion de crise entre son directeur, Ramon Fernandez, et les dirigeants de BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole, Banque populaire-Caisse d’épargne et le Crédit mutuel ». Toujours selon l'hebdomadaire, le gouvernement aurait « proposé de soutenir les banques françaises de la même manière qu’en 2008. Le schéma consistait à injecter cette fois entre 10 et 15 milliards d’euros d’argent public pour renforcer leurs fonds propres ».

Le gouverneur de la banque centrale, Christian Noyer, a démentiIl n'y a aucun plan »), tout comme Valérie Pécresse (« Il n'y a pas de plan de recapitalisation des banques ») et même l'Elysée ! Il n'y a peut-être pas de plan, mais il y a des soucis. Lundi matin, les Echos rappelaient que la banque Dexia, nationalisée en septembre 2008, a encore quelque 20 milliards d'actifs dits toxiques à céder sur les marchés. Faute de quoi, il faudra fermer boutique: « La chasse aux liquidités est donc une guerre quotidienne pour éviter à Dexia le "cauchemar de 2008", confirme une seconde source ». L'Etat prépare donc le démantèlement de la banque. Certaines communes, surendettées à cause de sales manipulations, s'apprêtent à porter plainte, telle Rosny-sous-bois.

Plus important, le commissaire européen Olli Rehn a promis, le même jour, que le fonds de soutien européen pourrait être doté d'instruments supplémentaires.

Lundi, les bourses européennes se sont reprises. En France, le CAC40 progressait d'un timide 1,75%. A l'Elysée, à Matignon, comme à Bercy, on respirait.

Pendant ce temps, Carla et Nicolas...

Carla Bruni fit encore parler d'elle. Elle s'est confiée à son amie Christine Ockrent sur la BBC et a raconté ses premiers moments avec Nicolas Sarkozy: «Quand je l'ai rencontré, on marchait dans les jardins de l'Elysée, et il m'expliquait tout sur les tulipes et les roses (...) Je me suis dit : 'Mon Dieu, mais il faut que j'épouse cet homme. C'est le chef de l'Etat et il sait tout sur les fleurs également. C'est incroyable'.» D'ici quelques jours, on attend un grand évènement, la naissance du petit dernier, annoncée quelque part au moment des primaires socialistes.

Pour la rentrée universitaire, Nicolas Sarkozy avait choisi de s'exprimer dans un colloque organisé par l'institut Montaigne sur un thème prétendument prometteur « 15 ans de réforme de l'université ».

Le Monarque avait les traits tirés, mais il souriait. L'assistance était calme. Aucune interruption n'était à craindre pendant les 41 minutes de son monologue. « L'intitulé de ce débat appelle une remarque immédiate: 15 ans de projets de réformes, c'est sûr ... 15 ans de révisions à la marge, c'est sûr... 15 ans de tentatives d'adaptation à la réalité de plus en plus complexe, c'est certain... Mais 15 ans de réformes... n'exagérons pas.»
L'argument était planté. Les 39 minutes qui restaient seraient à la gloire du Monarque.

Tout ça pour ça.
« On peut tout dire... sauf que le monde universitaire... allez, ... même sur les 30 dernières années... a été balloté de grandes réformes en grandes réformes... On a parlé des réformes... On a débattu des réformes... Mais il y a une raison à cela... Mise à part la période de Claude Allègre... Je ne dis pas cela parce qu'il est présent mais parce qu'il avait compris qu'il y avait une nécessité à adapter nos universités au contexte européen... les ministres des universités n'ont pas pu... et ce n'était pas leur faute... ils ont voulu... qu'ils soient de gauche ou de droite... Mais ils n'ont pas pu mener leur projet de réforme...»
Ah... l'hommage à Claude Allègre... Sarkozy livra ensuite son explication sur l'erreur de ses prédécesseur: le ministre des universités était historiquement un « fusible » chargé de gérer les ennuis et de sauter quand ceux-ci arrivaient. Mais, grâce à lui, tout ceci n'était que passé. Avant de louer sa propre « réussite », Sarkozy dressa un rapide historique presque inquiétant des 40 dernières années universitaires: explosion démographique, changement social, délocalisation géographique... Sarkozy avait les yeux rivés sur son texte pour accabler le passé. Pensez-vous... Avant sa présidence, on n'osait pas « formuler » la réalité des problèmes ou les inégalités de facto entre universités. « C'est là qu'on oyait que le malade était bien atteint ... car il ne pouvait même pas entendre le diagnostic. (...) La situation était si bloquée qu'on ne pouvait même pas poser le diagnostic ».

Heureusement, le bon docteur Sarkozy est arrivé avec « l'autonomie », c'est-à-dire « faire confiance au milieu universitaire ». Tiens, aurions-nous raté une étape ? Le passage à la cogestion généralisé ? Des réductions de postes par dizaines de milliers dans l'enseignement « amont » (primaire et secondaire) faciliteront la surcharge des classes et renforceront l'écrémage. L'autonomie fera le reste.

Nicolas Sarkozy espère même la révolution permanente, ... « Je milite pour un système universitaire qui se réformerait en continu ». Evidemment, au passage, il s'est inquiété de la hausse des droits d'inscription. Il n'a rien contre, mais pas partout, cela ferait tâche... Ce serait « une très mauvaise idée que toutes les universités décident d'augmenter leurs droits d'inscription », cela donnerait l'image d'une «barrière économique».

«Ne laissez pas caricaturer notre réforme».


Ne laissons pas Nicolas Sarkozy se caricaturer.



26 septembre 2011

Sarkozy perd son Sénat.

Dimanche 25 septembre, le Sénat est passé à gauche pour la première fois depuis 1958. Merci qui ? Merci Sarko !

La claque est une nouvelle fois pour le Monarque élyséen. Depuis juin 2007, il a perdu, sans interruption, tous les scrutins intermédiaires. On dirait qu'il s'en fiche. Il ne réagit plus, préfère câliner les pompiers ou les harkis. Pour cette semaine, il s'est inventé un agenda surchargé pour éviter de parler des affaires.

Ignorer la débâcle

Ce scrutin sénatorial est une curiosité. Quelque 71.000 grands électeurs seulement étaient appelés aux urnes. La réaction UMPiste fut tout autant curieuse.

« La poussée de l'opposition est réelle et plus forte que je ne l'avais prévu » a déclaré Gérard Larcher, l'actuel président UMP. « Un coup de tonnerre », commentait Claire Chazal sur TF1 dimanche soir. « Une victoire historique » confirmait le Figaro. La réforme des collectivités territoriales n'a pas plu. Election locale après élection locale, la gauche a progressé. Jean-François Copé arrive bien tard au siège de l'UMP. Il refuse le constat d'échec de Nicolas Sarkozy.

Le rejet est pourtant personnel. A Paris, le symbole était encore plus fort. Pierre Charon, ancien fidèle du Premier Cercle, ancien conseiller de l'Elysée, a été élu malgré toutes les pressions élyséennes contre sa dissidence.

A l'Elysée, on « prend acte ». Sarkozy a l'habitude de la joue rouge. Il n'était même pas dans son palais dimanche soir.  Il était revenu en France vendredi matin.  Samedi, il est parti à Nantes rencontrer des pompiers. Il avait raison. Il y a le feu à l'Elysée. Mais pas sûr que les pompiers pouvaient lui être d'une grande utilité cette fois-ci. Il y avait urgence à leur promettre qu'ils pourraient toujours devenir éventuellement préfets. Il visitait leur 118ème Congrès «  C'est la 6e fois que Nicolas Sarkozy se rend, toujours avec plaisir, à ce Congrès (dont 2 fois en tant que Président de la République) » rappelait le site Elysée.fr. « Je souhaite qu'il y ait dans l'avenir de façon naturelle et normale des sapeurs-pompiers qui puissent devenir préfet, qui puissent être sous-préfet, qui puissent être sous-directeur dans l'administration centrale. Ainsi, c'est toute la profession qui sera rénovée et qui sera considérée ». Ouf ! Nous sommes soulagés !

Jeudi, Sarkozy avait célébré l'anniversaire d'une statue, avant de filer sans prendre de questions de journalistes. Vendredi, il revenait difficilement de son inutile périple new-yorkais. Il n'avait pas voulu attendre l'historique  discours de Mahmoud Abbas à l'ONU. Il avait plus important à faire: « Le corps préfectoral doit s'ouvrir, l'Ena  c'est parfait, mais c'est pas tout dans la vie l'Ena ». Ce soudain intérêt pour l'avenir préfectoral des pompiers vient de la nomination récente, par le gouvernement, du colonel Richard Vignon, président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF), comme préfet délégué pour la sécurité de la région Lorraine.

Et surtout du besoin d'éviter de discourir de la terrifiante affaire Karachi.

Faire comme si...
Plus que jamais, Nicolas Sarkozy veut montrer qu'il autre à faire que de commenter le climat en cours ou s'expliquer sur son rôle dans ce scandale. La semaine dernière, la tactique a relativement échoué. Dimanche, il s'est brièvement montré à un hommage aux Harkis aux Invalides. Pour cette nouvelle semaine, l'agenda du Monarque a été rempli comme jamais. Cela faisait bien longtemps qu'on n'avait vu un calendrier présidentiel aussi rempli. Depuis le printemps 2009, l'omni-président s'était progressivement effacé, pour frôler la disparition médiatique depuis un an. Mais puisque l'actualité vient brutalement à lui, il a fallu réagir. Jugez plutôt: lundi matin, après son traditionnel petit-déjeuner politique avec quelques pontes de l'UMP, il débute sa journée officielle à 10h avec une intervention dans un colloque sur la réforme des universités, organisé par un think-tank proche du Parti à la fac d'Assas, à Paris. Pourquoi n'a-t-il pas choisi une université plus populaire, en banlieue parisienne par exemple ? Une heure après, il file à l'Elysée retrouver Lula l'ancien président du Brésil. Ensuite, il aime consacrer ses déjeuners à des artistes. A 17h, le voici avec des syndicats de médecins, signataires de la nouvelle convention médicale. Puis, une heure trente plus tard, il s'exprime devant les ministres du travail et de l'emploi du G20.

Mardi, c'est visite de terrain, comme chaque mardi. Il ira parler biocarburants et chimie verte » dans l'Oise, le département de son ancien fidèle et protégé Eric Woerth. L'après-midi, il rencontrera le prince héritier d'Abou Dabi. Mercredi, conseil des ministres puis
Conseil des ministres, « Réunion de mobilisation des préfets de région sur l'emploi » et déjeuner le premier ministre d'Arménie. Jeudi, il file l'espace d'une journée à Tanger, au Maroc. Vendredi, c'est Alzheimer. Sarkozy anime une réunion de travail dès 9 heures du matin à l'Elysée, avant de remettre quelques médailles de la famille à l'Elysée l'après-midi même.

Fichtre ! Il va frôler le surmenage.


Laisser les autres vous défendre
Les plus grands ténors de Sarkofrance se sont exprimés pour défendre la cause du Monarque. Exit les Nadine Morano et Eric Besson. Voici Claude Guéant et même Henri Guaino. Au même 118ème Congrès des pompiers, le lieu où il fallait visiblement être ce weekend en Sarkofrance, le ministre de l'intérieur et ancien homme des basses oeuvres du Monarque élyséen, s'était exprimé sur l'affaire de Karachi: « Je dis qu'il y a beaucoup trop d'amalgames, beaucoup trop d'insinuations, beaucoup trop d'approximations, qui sont graves et qui pervertissent notre vie démocratique: nous avons la chance d'avoir une justice en France, faisons lui confiance et ne faisons pas les procès dans la presse ou dans les communiqués ».

Le plus drôle fut l'explication donnée par Claude Guéant sur l'affaire Hortefeux. Son prédécesseur est accusé d'entrave à la justice et d'avoir eu connaissance du dossier de l'instruction du Karachigate. Guéant avait l'explication du jour: « Dans l'affaire de Karachi en particulier, le service de presse de l'Elysée a communiqué que le président n'était pas cité dans le dossier, évidemment il ne s'agissait pas du dossier judiciaire mais du dossier administratif » . La veille, on nous avait livré une autre explication: Hortefeux avait simplement lu la presse. Quelle version faut-il croire ?

Henri Guaino était là pour consolider le cordon sanitaire. Nicolas Bazire « est un ami du président de la République, mais ce n'est pas son proche conseiller, il ne l'a jamais été » et « Gaubert n'est plus dans l'entourage du président ».

Brice Hortefeux s'inquiète. Nicolas Sarkozy ne l'a pas appelé dès son retour des Etats-Unis. Il faut faire croire que cette accélération de révélations dans le Karachigate ne concerne pas le chef de l'Etat. Même si ce dernier a publié à chaud un communiqué rageur jeudi après-midi. A l'UMP, on commence déjà à prendre ses distances avec l'encombrant gaffeur. « Son copain Thierry Gaubert va lui coûter cher » a déclaré, sous couvert d'anonymat, un dirigeant du parti présidentiel.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

25 septembre 2011

Karachigate: « Si Sarko ne passe pas en 2012...»

L'affaire Karachi est immense. On comprend qu'elle stresse l'Elysée. Nicolas Sarkozy a décidé de lâcher Edouard Balladur. Il fallait établir un cordon sanitaire, et vite.

Cette affaire est d'abord un ensemble de révélations incroyables. La dernière victime médiatique s'appelle Brice Hortefeux. L'ancien ministre , désormais conseiller politique à l'Elysée, a informé l'un des prévenus, Thierry Gaubert, que le juge Renaud van Ruymbeke en savait beaucoup sur ces traffics et sur le dossier de l'instruction sur les rétrocommissions du Karachigate.

Comment a-t-il eu accès au dossier du juge ? Pourquoi a-t-il prévenu un futur mis en examen des charges, ruinant l'effet de surprise de sa garde à vue ?

Nicolas Sarkozy était-il au courant ?

Nous n'avons qu'une certitude: la Présidence de la République est inquiète. Très inquiète.

Hortefeux dans la tourmente
Quelques heures avant d'être interrogé en garde à vue par la police, Thierry Gaubert a reçu des appels téléphoniques de Brice Hortefeux, actuel conseiller politique de Nicolas Sarkozy, et de Jean-François Copé, actuel secrétaire général de l'UMP. Des écoutes téléphoniques l'attestent. Olivier Morice, avocat des familles des victimes de l'attentat de Karachi, a balancé le scoop. Ces interceptions, a précisé l'avocat vendredi 23 septembre, «citent le nom non seulement de BH mais aussi de Monsieur Copé mais aussi de la très grande inquiétude de Nicolas Sarkozy ».

Le 8 septembre, Hélène ex-Gaubert avait été interrogée par le juge Renaud van Ruymbeke. Interrogée samedi 24 par Gérard Davet et Fabrice Lhomme du Monde, elle confirme: « Il me disait régulièrement : " Je vais en Suisse chercher de l'argent ". » Ou: « Il m'a dit un jour qu'il allait chercher ces espèces en Suisse pour les remettre à Nicolas Bazire ».

Le 14 septembre, Hortefeux appellait Gaubert pour lui confier son inquiétude. Comme le note LeMonde, le conseiller élyséen avait visiblement connaissance du procès-verbal des auditions. La DCRi s'empressera-t-elle d'examiner les fadettes d'Hortefeux pour savoir qui lui a donné ces PV d'auditions théoriquement protégés par le secret de l'instruction ? 

Quelques instants après ces révélations, Hortefeux confirmait avoir parlé à Gaubert. LeMonde.fr. publie même les extraits de de cette conversation, le 14 septembre, à 19h23:
Brice Hortefeux: Elle balance beaucoup apparemment Hélène.
Thierry Gaubert: Qu'est-ce que tu as comme infos là-dessus, toi, parce qu'elle me dit qu'elle dit rien.
BH : Ça m'embête de te le dire par téléphone […] Il y a beaucoup de choses hein.
Le reste de la conversation, reproduite dans la presse, est à l'avenant. Hortefeux explique même qu'il trouve surprenant qu'Hélène Gaubert en sache autant.
BH : Mais Hélène, elle sait, elle était beaucoup, beaucoup au courant de tes activités ?
TG : Non, pas du tout.
BH : C'est pour ça, ça paraissait bizarre.
M. Morice a précisé ensuite, vendredi sur itélé, que Brice Hortefeux avait rencontré Thierry Gaubert et a porté à sa connaissance le témoignage de son épouse. Gaubert, mis en examen 6 jours plus tard, a reconnu cet échange avec Brice Hortefeux, tout comme il a reconnu l'ouverture de comptes en Suisse avec Ziad Takieddine. Mais il a nié toute remise d'espèces à Nicolas Bazire, autre mis en examen de ces derniers jours. Vendredi soir, la police récupérait chez lui la preuve d'un virement de 10 millions de francs effectué entre un compte en Suisse et un paradis fiscal.

Les femmes rebelles
« Si Sarko il passe pas en 2012, ils sont tous dans la merde…» C'est une confidence, criante, qui émane de la fille de Thierry Gaubert à son petit ami. Le reste de la conversation est tout aussi incroyable, tel que l'a publié le Monde.
Nastasia : En fait, ils ont trouvé un compte aux Bahamas, et euh... mon père l'avait mis au nom de ma mère.
David : Oui, oui.
N. : Donc voilà. Il a dit à ma mère : si tu craques euh..., toute la famille saute, on saute tous (...) Il lui a dit euh... vraiment, on est dans la merde.
D. : Putain.
N. : Ouais. Et euh... personne pour l'aider parce que euh... Copé est trop dans la merde. Hortefeux est trop dans la merde. Et si euh... Sarko ne... ne passe pas au deuxième tour, euh... lui aussi est (inaudible) dans la merde et personne ne l'aide. Il a dit... Mon père, il a dit à ma mère : personne m'aidera. Parce que tout le monde est dans la merde (...). Sarko, il veut même pas l'aider. Enfin là, ça va encore, mais si... si Sarko il passe pas en 2012 euh..., vraiment, ils sont tous dans la merde.
D. : Ah là je crois que si Sarko il passe pas, ils sont morts.
N. : Ah ouais. Tous.
Un autre avocat, William Bourdon, est aussi sur la brèche. Il représente les deux épouses divorcées, Nicola Johnson et Hélène Gaubert. William Bourdon anime aussi l'association Sherpa, spécialisée dans la lutte contre la corruption, il est également l'avocat de Transparency International. Il a reconnu, vendredi sur itélé, que l'ancienne épouse de Thierry Gaubert avait reçu des menaces. « On l'a traité de balance ».

Mardi 20 septembre, la conversation entre Hortefeux et Gaubert est plus courte.
Thierry Gaubert : Allo
Brice Hortefeux : Oui, c'est Brice
TG : Oui, je suis en garde à vue, là.
BH : Ah bon, d'accord, OK, bon, OK, à tout à l'heure.
A 21 heures, vendredi soir, Le parquet de Paris annonçait l'ouverture d'une enquête préliminaire pour «violation du secret professionnel» et «recel» à la suite de la publication des échanges téléphoniques entre Hortefeux et Gaubert. L'enquête vise directement l'ancien ministre.

Sera-t-elle, comme pour l'affaire Woerth/Bettencourt, l'occasion d'une gigantesque mascarade ?

Nicolas Sarkozy a balayé l'affaire. Il a peur. Il lâche Edouard Balladur, son ancien mentor, comme hier Jacques Chirac. Sarkozy n'a jamais de scrupule quand il s'agit de sa survie.

24 septembre 2011

229ème semaine de Sarkofrance: le Karachigate est arrivé.

L'attentat de Karachi a tué, voici bientôt 10 ans, onze Français, un jour de mai 2002. Après des années d'enquêtes, de fausse pistes, de blocages politiques, l'instruction est en passe de faire basculer la Présidence Sarkozy. Pour sa 228ème semaine à l'Elysée, Nicolas Sarkozy craint le pire et il a raison. La violence de sa réaction aux récents développements est à la mesure de la gravité de la situation: attentat, corruption, manipulation, obstruction, l'affaire est grave.

A Lyon, des chercheurs de l'Institut de physique nucléaire de Lyon auraient démonté la fameuse théorie de la relativité d'Albert Einstein: ils ont envoyé de Lyon à Milan des neutrinos «superluminiques», des particules très légères, plus rapidement que la lumière.

En Sarkofrance, c'est la République irréprochable qui a été relativisée.

Fillon, la gaffe préméditée
François Fillon a fait une gaffe. Une belle, une grosse. Jeudi, il a annoncé... une nouvelle réforme des retraites ! On croyait que la précédente, qui a été votée il n'y a pas un an, devait résoudre tous nos problèmes. Pire, Fillon s'est abrité derrière l'exigence de faire converger notre fiscalité et nos régimes sociaux avec ceux de nos voisins allemands.

Outre-Rhin, la retraite nous est annoncée à 67 ans... Dans ces raccourcis oratoires, le premier ministre oubliait de préciser l'essentiel: les Allemands n'ont besoin que de 35 annuités de cotisations pour bénéficier d'une retraite complète. La France, avec 41 annuités et demi, affiche déjà l'un des régimes les plus durs d'Europe. Vendredi matin, rétropédalage. Le secrétaire d'Etat Pierre Lellouche confie à France2 que Fillon voulait bien sûr parler de l'âge légal pour une retraite à taux plein...

Cette polémique volontaire a rapidement échoué. L'attention générale était ailleurs.

Agitation diplomatique
Nicolas Sarkozy avait préféré consacrer l'essentiel de sa semaine à s'agiter sur la scène des Nations Unies, à New-York. Avant de partir, il avait une fois rencontré son grand ami dictateur du Kazahstan, autoproclamé « père de la nation ». Le pays que dirige Noursoultan Nazarbaïev d'une main de fer a du pétrole, du gaz et de l'argent. Un client idéal. Quatre jours à peine après de grandes leçons de démocratie et d'odes au printemps arabe sur une tribune à Benghazi, le même Nicolas Sarkozy accueillait avec tous les honneurs, et une interminable déclaration commune, cet autocrate régulièrement épinglé par les associations de défense des droits de l'homme. On doit sans doute commercer avec tout le monde, on n'est pas obligé de ridiculiser l'exigence démocratique par de telles courbettes.

A New-York, Nicolas Sarkozy amusait la galerie. Son agenda était en fait très allégé. Il cherchait juste la bonne image à envoyer aux journaux télévisés français, lui sur une tribune onusienne, lui avec Barack Obama, lui avec Mahmoud Abbas. Effectivement, il a bien eu ses moments de petite gloire: un discours d'une vingtaine de minutes à l'Assemblée générale... comme 192 autres chefs d'État ou de gouvernement. Il eut aussi ses rencontres diplomatiques, mais peu nombreuses et très brèves. Et jeudi, troisième et dernière journée de son périple, il s'était consacré à un hommage à la ... Statue de la Liberté pour son 150ème anniversaire. Honnêtement, on s'en fichait un peu. Pendant quelques heures, les communicants élyséens ont même failli nous faire croire que Nicolas Sarkozy avait trouvé la solution miracle, le compromis idéal pour concilier Palestiniens et Israéliens. Quel Grand Homme ! En fait, il avait proposé un statut d'État observateur à la Palestine, une formule ... prévue dans les statuts de l'ONU. Mahmoud Abbas, le président de l'autorité palestinienne, ne s'est pas démonté. Vingt-quatre heures plus tard, il demandait officiellement la reconnaissance de la Palestine dans ses frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capital. Le moment était historique, mais Nicolas Sarkozy l'a raté. Sarkozy était déjà reparti.

Jeudi soir, il fallait bien rentrer à Paris. Il y avait le feu. A distance, Nicolas Sarkozy paniquait.

Panique politique
Mardi, l'Elysée avait été informée qu'un proche de Nicolas Sarkozy, Thierry Gaubert, était placé en garde à vue. C'était illégal, mais bon, nous avions l'habitude. Gaubert, un « intime » a juste eu le temps de prévenir Brice Hortefeux, qui travaille désormais à l'Elysée. Le juge Renaud van Ruymbeke, en charge de l'instruction sur le volet financier de l'affaire de Karachi, a pu passer à la vitesse supérieure après les révélations de deux femmes, les semaines précédentes. L'épouse de Ziad Takieddine, divorcée le 14 septembre, et Hélène Gaubert, également séparée mais depuis 5 ans. De leurs témoignages respectifs, le juge apprend que Ziad Takieddine, un homme d'affaires proche de Nicolas Sarkozy depuis des lustres dont le site Mediapart a révélé les liens et l'entregent, et Thierry Gaubert aimaient aller en Suisse déposer ou retirer des espèces en grande quantité. Lors de son audition, Gaubert reconnait l'existence de comptes en Suisse mais nie tout retrait significatif.

Le lendemain, Gaubert est mis en examen. Un autre ami, Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet d'Edouard Balladur et témoin de mariage de Sarkozy en février 2008, est placé en garde à vue, son domicile et son bureau perquisitionné. Jeudi matin, Bazire est à son tour mis en examen. Les charges sont lourdes, abus de biens sociaux. Toute la presse, ou presque, fait sa une sur ce Karachigate devenu Sarkogate. Même TF1, le soir, diffusera un reportage sur les comptes de campagne truqués d'Edouard Balladur en 1995.

Nicolas Sarkozy est en rage. Cette affaire l'a toujours fait sortir de ses gonds. Le compte Twitter de l'Elysée s'affole dans l'après-midi de démentis en contre-arguments. Un communiqué de la Présidence est lâché. Le ton sent la panique, le texte est court et se termine par « tout le reste n'est que calomnie et manipulation politicienne. » Toute la journée, les ténors de Sarkofrance se succèdent pour dénoncer la « calomnie » et la « diversion », réclamer le respect de la présomption d'innocence. Nadine Morano, très en pointe, oublie qu'elle est ministre de la République et devient porte-parole du candidat Sarkozy sur les ondes radio-télévisées. Elle dénonce l'amalgame, Sarkozy n'était que porte-parole du candidat Sarkozy... Mais on s'en fiche: c'est son intervention comme ministre du budget en 1994/1995 qui nous intéresse; ou ses ventes d'équipements à la Libye ou en Arabie Saoudite, par Takieddine interposé, quand il était ministre de l'intérieur après 2002. Eric Besson explique « ce n'est pas le chef de l'Etat qui est visé, ça n'est pas lui qui est mis en examen.»

On sourit.

Accélération judiciaire
Mais le soir même, catastrophe. L'avocat des familles de victimes de l'attentat accuse Hortefeux de conversations téléphoniques avec Thierry Gaubert avant et pendant sa garde à vue. Le détail des échanges est quasi-intégralement publié le lendemain. Le scandale est d'Etat. Un ancien ministre, proche collaborateur de l'actuel président Sarkozy, s'est donc procuré le dossier de l'instruction (première faute), a prévenu un futur prévenu des charges qui allaient être retenues contre lui (seconde faute).

La procédure s'accélère. Une enquête préliminaire est ouverte sur le cas Hortefeux. Ce dernier se défend: «Thierry Gaubert a travaillé avec moi en 1994-1995, c'est resté un ami, j'étais préoccupé pour lui, j'ai entendu des rumeurs donc je l'ai appelé pour lui en faire part, savoir si c'était fondé ou pas. Point barre, c'est tout.» Jean-François Copé, qui réclamait qu'on impose un serment d'allégeance aux armes aux Français, est aussi visé. Takieddine l'a grassement invité entre 2003 et 2005. La Commission consultative du secret de la défense nationale émet trois avis favorables et un avis défavorable à la déclassification de documents réclamés par les juges Trévidic, van Ruymbeke et Le Loir dans cette affaire. Reste aux ministères concernés de suivre, ou pas, ces recommandations. Au domicile de Thierry Gaubert, la police trouve vendredi la preuve d'un transfert de 10 millions de francs de l'un de ses comptes suisse, soit exactement la somme douteuse retrouvée dans les comptes de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995.

C'est la panique la plus complète. En quelques jours, quelques confessions et quelques aveux, des mois d'efforts en présidentialisation accélérée de notre Monarque ont été ruiné. Sarkozy perd tout le bénéfice de ses postures humanitaires en Libye ou protecteur en France.

Le Karachigate existe. Nous l'avons enfin rencontré. A Londres, le Guardian qualifie le Karachigate de « plus grand scandale de corruption depuis la Seconde Guerre Mondiale. »

Ami sarkozyste, où es-tu ?

23 septembre 2011

Karachigate: Sarkozy a encore perdu son sang-froid

On craque à l'Elysée. Sarkozy enrage. Un témoin de mariage a été mis en examen pour une sombre affaire de corruption sur fond de vente d'armes et d'attenta. Un vrai cauchemar. Nicolas Sarkozy peaufinait son activisme international pour mieux s'extirper du mauvais climat franco-français. Son épouse Carla allait bientôt accoucher, « vers le 3 octobre » prétend la rumeur. Le tableau était parfait.

Mais ce jeudi fut noir. Comme en Bourse. Comme à chaque fois que l'affaire Karachi approche trop près de Nicolas Sarkozy.

Rappelez-vous.


La panique
La présidence française du G20 sera sans doute un bel échec. Il nous reste quelques semaines pour le savoir. Mais Nicolas Sarkozy s'en fiche un peu. Il a abandonné l'affaire. Il préfère sa croisade libyenne, ou, soudaine préoccupation majeure de Sarkofrance depuis quelques jours, la résolution du conflit israélo-palestinien, pour lequel il se donne un an (sic!) pour parvenir à une solution. La semaine prochaine, il sera au Maroc, autre « urgence » de présidentialisation électorale accélérée.

Quand l'affaire Karachi s'impose enfin dans l'actualité, la panique s'empare de l'Elysée. Et ce n'est pas la première fois.

Depuis l'attentat du 8 mai 2002 à Karachi qui causa la mort de 15 personnes dont 11 collaborateurs français de la Direction des Constructions Navales, il a fallu attendre le x juin 2009 pour l'affaire sorte du cercle des initiés à la chose judiciaire. Ce jour-là, un courageux journaliste de l'AFP demanda à Nicolas Sarkozy, en marge d’un Conseil européen à Bruxelles, ce qu'il pensait de la thèse du juge Marc Trévidic, le Monarque bafouilla d'un haussement d'épaules agacé qu'il s'agissait d'une fable: « Respectons la douleur des victimes. S’il vous plaît, mais qui peut croire à une fable pareille? ».

Quelques jours auparavant, Nicolas Sarkozy avait décidé de durcir le secret défense, en élargissant la notion à des bâtiments entiers et plus seulement des documents.

Marc Trévidic, en charge de l'instruction, avait abandonné la thèse de l'attentat islamistes, faute de preuve. Il privilégiait la piste d'une vengeance d'intermédiaires après la décision du président Chirac de leur verser leurs commissions occultes. Chirac soupçonnait ces derniers d'avoir financé en retour les réseaux Balladur.

Cette affaire, rapidement baptisée Karachigate, connut un second rebondissement médiatique, en novembre 2010. Lors d'un autre sommet européen, il est à nouveau interrogé sur l'affaire de Karachi, mais cette fois-ci en off. Et il dérape gravement. Au journaliste qui lui pose la question « Mais écoutez, on est dans un monde de fous. Il n'y en a pas un seul parmi vous qui croit que je vais organiser des commissions et des rétro-commissions sur des sous-marins au Pakistan? C'est incroyable et ça devient un sujet à la télévision. Et vous, j'ai rien du tout contre vous. Il semblerait que vous soyez pédophile... Qui me l'a dit? J'en ai l'intime conviction. » Dans l'heure, Claude Guéant resté à l'Elysée publiait un communiqué de défense paniqué.

Déjà.

Depuis, les révélations se sont accumulées, alimentées par les progrès d'une seconde enquête que le parquet de Paris tenta d'invalider, celle des juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loir sur le volet financier de l'affaire. Mais le silence du pouvoir était assourdissant. Depuis juillet dernier, dans la quasi-indifférence médiatique générale, Mediapart avait accumulé d'autres révélations sur le rôle central de l'un des intermédiaires de la vente des sous-marins Agosta au Pakistan, le fameux Ziad Takieddine. Ce dernier nie être intervenu. La semaine dernière, il a été mis en examen dans l'instruction sur les rétrocommissions des contrats Agosta et Sarawi II. Tout l'été, nous avons pu contempler les photos de ses voyages et loisirs avec Jean-François Copé, Brice Hortefeux et... Thierry Gaubert.

Mercredi puis jeudi, deux proches de Nicolas Sarkozy étaient mis en examen, Thierry Gaubert puis Nicolas Bazire. Le premier pour recel d'abus de biens sociaux, le second pour complicité d'abus de biens sociaux. Bazire tenait un rôle central dans la négociation des contrats d'armements au Pakistan et à l'Arabie Saoudite en 1995, comme le prouvent les documents publiés mercredi par Mediapart. Nicolas Sarkozy, lui, approuvait les montages fiscaux en sa qualité de ministre du budget. La police luxembourgeoise a publié un rapport édifiant sur le sujet voici deux ans déjà.

Au Nouvel Observateur, alors dirigé par Denis Olivennes, le Monarque expliqua quelques semaines plus tard: « Je fais de la politique depuis trente-cinq ans, je n’ai jamais été associé à un scandale quel qu’il soit ». 


Quel talent !

La défense
Jeudi 22 septembre 2011, l'Elysée avait donc envoyé quelques supporteurs et fidèles défendre la cause du Monarque. Certains arguments étaient prévisibles, d'autres révélaient l'état de nervosité qui règne en Sarkofrance. Cette affaire est en passe de plomber un peu plus la crédibilité morale du Monarque. En matière de défense, tous les arguments furent jetés en quelques heures.

1. Il y eut d'abord l'accusation principale: toutes ces polémiques ne seraient que des manipulations politiciennes qui n'intéressent que quelques médias et militants gauchistes. Même l'avocat des familles des victimes eut droit à l'invective: « Maitre Morice fait des propos diffamatoires à l'égard du chef de l'Etat » a dénoncé Nadine Morano sur CANAL+ jeudi soir.

2. Il y eut aussi le déni de réalité, argument facile: ces accusations ne seraient que des « amalgames » (Claude Guéant, jeudi 22).

3. Il  y aurait des évènements plus graves et sérieux pour les Français que ces polémiques (Jean-François Copé, encore, mercredi 21). Il y eut le rappel à la loi: Bazire et Gaubert sont peut être inculpés, mais « il faudrait respecter la présomption d'innocence ». C'est la défense version Guérini.

4. Il y eut aussi la pirouette, si improbable: si deux proches de Nicolas Sarkozy sont mis en examen, c'est que la République irréprochable fonctionne (Nadine Morano, jeudi 22 sur Canal+). On croit rêver. C'est faux.
On doit cette accélération de la procédure à deux anciennes épouses. Hélène de Yougoslavie, anciennement Mme Gaubert, et Nicola Johnson, anciennement Mme Takieddine. La première a balancé le 8 septembre dernier. Elle a témoigné avoir vu son mari accompagner Ziad Takieddine chercher des valises d'espèces en Suisse pour les ramener en France et les remettre à Nicolas Bazire, à l'époque directeur de cabinet d'Edouard Balladur. Lundi 19 septembre, Hélène de Yougoslavie a réitéré son témoignage devant le juge Van Ruymbeke, rappelle Mediapart. La seconde a divorcé l'été dernier et obtenu le gel des avoirs de son ex-mari. Elle réclamait 25 millions d'euros de pension. Elle a obtenu 3 millions d'euros. Elle a surtout détaillé au juge l'ampleur de la fortune de son ancien époux et son implication dans la vente des sous-marins Agosta au Pakistan en 1995.

5. La défense la plus curieuse est venue de l'une des rares fidèles du chef de l'Etat qui accepta d'être envoyée au front sur les plateaux de télévision, Nadine Morano. « Ce n'est pas parce qu'on est proche de quelqu'un, proche de Nicolas Sarkozy, que l'on est Nicolas Sarkozy » détailla-t-elle sur BFM TV.

6. La défense la plus légère fut celle de Jean-François Copé. Ce dernier accusa le PS d'être « prêt à tout pour salir le Président de la République ». Le patron par intérim et procuration de l'UMP s'est caché. Sa défense de Sarkozy fut très et trop modeste. Quelques lignes à peine. Il faut dire que Copé est au coeur des révélations estivales. Il était ministre du budget quand son ami qui l'invitait de yacht en piscines ou jets privés était exonéré de toute imposition en France malgré sa résidence fiscale. La candidature 2017 de Copé est en train de mourir sous nos yeux.

La panique, bis.
Mercredi soir puis jeudi matin, quasiment tous les médias français consacraient donc leur couverture à la récente accélération de l'affaire Karachi. Tous... sauf le Figaro, TF1 et le site d'information Atlantico récemment créé avec la participation minoritaire d'Arnaud Dassier. Mercredi 21 septembre, la direction de TF1 avait décidé de censurer un reportage sur l'affaire de Karachi, pourtant prêt, de son journal télévisé. La chaîne se rattrape le lendemain, en diffusant un édifiant reportage sur le bidonnage des comptes des campagne d'Edouard Balladur.

Tous les efforts de « présidentialisation » maîtrisée depuis des mois ont été ruinés en quelques heures. Sarkozy voulait apparaître serein et protecteur. Pour quelques articles et deux mises en examen, il s'est enragé. Jeudi après-midi, la Présidence de la République, c'est-à-dire Nicolas Princen, a tweeté en cascade toutes sortes de messages d'autodéfense. Au même moment, le « Communiqué de la Présidence de la République » ne laissait aucun doute sur l'état de fébrilité qui agite l'Elysée:

La Présidence de la République tient à apporter les précisions suivantes :
- M. Nicolas SARKOZY n'a jamais dirigé la campagne de M. Edouard BALLADUR.
- Il n'a jamais exercé la moindre responsabilité dans le financement de cette campagne. Il en était le porte-parole.
- S'agissant de l'affaire dite de « Karachi », le nom du chef de l'Etat n'apparaît dans aucun des éléments du dossier. Il n'a été cité par aucun témoin ou acteur de ce dossier. Il y est donc totalement étranger d'autant plus qu'à l'époque où il était ministre du Budget, il avait manifesté son hostilité à ce contrat comme cela apparaît dans les pièces de la procédure.
- Les familles des victimes de l'attentat de Karachi ont droit à la vérité et au respect de leur souffrance.
Tout le reste n'est que calomnie et manipulation politicienne.
On s'interroge. Maître Morice, avocat des familles de victimes, dégaine à son tour, sur Canal+: comment l'Elysée a-t-elle eu accès au dossier ? Et il accuse : « Brice Hortefeux, conseiller de Nicolas Sarkozy, a été en contact avec Thierry Gaubert pendant sa garde à vue ». 

L'accusation est gravissime.

On s'interroge encore: « tout le reste » serait de la calomnie. Dans une tribune publiée en 2010 dans le Figaro, Balladur expliquait qu'il n'était pas responsable du versement de commissions dans le cadre de ventes d'armes: « La décision d'autoriser l'octroi de commissions n'était pas de la responsabilité du Premier ministre ou de ses services. J'ignore si, en l'espèce, il a été décidé d'y avoir recours.» En 1995, la décision de verser des commissions à des intermédiaires lors de contrats d'armements était du ressort du ministre du Budget, un certain Nicolas Sarkozy.

Ce n'est pas de la calomnie, c'est un fait.


Lire aussi :

22 septembre 2011

Sarkozy et ses porteurs de valises

Quel décalage ! A New-York, les communicants de l'Elysée tentent de valoriser l'intervention de Nicolas Sarkozy en faveur de la cause palestinienne. En fait, l'initiative française est assez minime.

En France, on compte les points. Deux proches du Monarque viennent de tomber dans les mailles de la police dans l'une des pires affaires qui soit, l'attentat de Karachi.

On a aussi découvert les sales coulisses d'un autre déplacement présidentiel. Et un joli piston, un énorme.

La République reprochable s'effondre.

A New-York, Sarko joue des muscles
La tartufferie est trop visible, mais quelques journalistes tombent encore dans le panneau. Depuis mercredi matin, on nous explique donc que Nicolas Sarkozy « a un plan » pour sauver le projet palestinien de reconnaissance à l'ONU: il allait «secouer le cocotier». Il était « excédé par les sempiternels blocages, lassé par les vieilles inerties qui plombent le dialogue israélo-palestinien » ... Bref « Il était décidé à frapper fort - à "prendre ses responsabilités" » . En août dernier (2011, comme en 2010, ou en 2009), il avait prévenu ses ambassadeurs : «La méthode ne fonctionne plus, en fixant des préalables à la négociation, on se condamne à l'échec. En 60 ans, on n'a pas avancé d'un centimètre. (...) Cessons de croire qu'un seul pays, fût-il le plus grand, ou un petit groupe de pays peuvent résoudre un problème d'une telle complexité»

On attendait donc le discours promis « historique ». On tremblait d'impatience, on transpirait d'anxiété devant ce moment tout aussi historique. Notre Monarque n'avait quelques minutes pour livrer son Très Grand Discours qui allait débloquer le Proche Orient, le monde et la paix ailleurs. Au milieu d'une autre cinquantaine d'interventions de ses homologues du monde entier.

Et qu'a-t-il proposé ? Et bien... comment dire... Le président français a proposé une « étape intermédiaire »: le statut d'État observateur. On s'est pincé... On s'est dit qu'il y avait un malentendu... Car la Très Grande Proposition de notre Monarque n'avait finalement rien d'extraordinaire: elle est prévu dans les textes. Il suffit que Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité Palestienne, demande un simple vote en Assemblée générale, et la Palestine acquiert le statut d'Etat observateur. Inutile de nous vendre cela comme l'idée du siècle, le fruit d'une intelligence diplomatique hors normes de Nicolas Sarkozy.

Pour le Figaro, l'appel, évidemment, restait « vibrant » : «Rassurons Israël, donnons un espoir au peuple palestinien, la solution est sur la table, préférons cette solution de compromis au blocage qui mettrait en péril la liberté des peuples arabes. Ne manquons pas ce rendez-vous avec l'histoire.»

Les porteurs de valise de Sarkozy
L'un a été mis en examen mais relâché. L'autre a été placé en garde à vue au petit matin. A quelques milliers de kilomètres de New-York, deux proches de Nicolas Sarkozy ont été cueillis par le police pour des interrogatoires que l'on espère décisifs. Gageons que le Monarque, à New-York, a reçu quelques textos pour le prévenir du coup dur.

Le premier s'appelle Thierry Gaubert, ancien directeur de la communication à la mairie de Neuilly, puis chargé de mission au ministère du Budget en 1995, un ami de 30 ans. Il conseille actuellement ... François Pérol le président du groupe Banques populaires-Caisse d'épargne, lui-même ancien conseiller de Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2009. Que le monde est petit. Gaubert apparaît comme un « intime » de Ziad Takieddine, cet homme d'affaires au coeur des affaires de Sarkofrance depuis les révélations de Mediapart l'été dernier.

Le second est Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet d'Edouard Balladur, placé en garde à vue mercredi 21 septembre. Laurent Valdiguié du Journal du Dimanche relatait hier que « l’ancien directeur de cabinet d’Edouard Balladur a été interpellé rue d'Eylau, à deux pas du Trocadéro à Paris, par les policiers du juge Renaud Van Ruymbeke qui l’ont placé en garde à vue et ont entrepris une perquisition ».

Bazire est soupçonné d'avoir reçu des financements occultes pour la campagne présidentielle de son patron en 1995, issus de rétrocommissions versées en marge de contrats de vente de matériel militaire au Pakistan et à l'Arabie Saoudite. Voici 15 jours, un témoin avait accusé l'homme d'affaires Ziad Takieddine, intermédiaire dans cette vente, Nicolas Bazire et Thierry Gaubert d'avoir fait transiter des sommes d'argent, en espèce, depuis la Suisse. Et ce témoin n'est pas n'importe qui. Le Nouvel Observateur nous lève une partie du voile: il s'agit de la princesse Hélène de Yougoslavie, descendante du roi d’Italie, Umberto II. Pas vraiment une gauchiste anti-sarkozyste primaire. C'est l'ancienne épouse de Thierry Gaubert, récemment divorcée.

Nicolas Bazire est toujours un ami proche de Nicolas Sarkozy. Ce dernier l'a décoré de la Légion d'honneur dès janvier 2008, quelques semaines avant qu'il ne soit témoin de son mariage avec Carla Bruni en février 2008.

Selon le JDD, le juge Van Ruymbeke a également interrogé Roland Dumas, ancien président du conseil constitutionnel. Ce dernier valida les comptes de campagnes d'Edouard Balladur en 1995 malgré une dizaine de millions de francs en coupures de 500FF. 

Le casting imposé
Le 13 septembre dernier, Nicolas Sarkozy visitait un centre éducatif fermé pour jeunes délinquants. On se souvient de la visite. Le Monarque avait repris à son compte une proposition de Ségolène Royal de 2007 sur l'encadrement militaire des jeunes délinquants.

Il fallut attendre 8 jours pour découvrir quelques coulisses de ce déplacement présidentiel. Il avait aussi visité le centre pénitentiaire de Réau, qui n'ouvrira qu'en octobre prochain. Ce triste jour, 45 agents de la Protection Judiciaire de la Jeunesse ont été embarqués en minibus de prisons voisines pour jouer les figurants lors de ce show présidentiel ! Ils avaient été prévenus 48 heures avant.

Et ce n'est pas tout.

Certains surveillants voulaient refuser ce déplacement. La menace de sanction est tombé assez vite: « Lorsque j'ai demandé à mon supérieur ce qui se passerait si je refusais de me rendre à Réau, il m'a clairement dit qu'il s'agirait d'un acte de désobéissance »a confié l'un d'entre eux au Nouvel Observateur.

La semaine dernière, Nicolas Sarkozy a discrètement nommé l'une de ses conseillères à la Cour des Comptes. La nomination a été publiée au Journal Officiel le 14 septembre, et a fait grand bruit.  Cécile Fontaine était conseillère défense, finances publiques et réforme de l'Etat depuis le 6 juin 2007. Une fidèle du Monarque, énarque, administratrice civile hors classe, 40 ans à peine, a été propulsée, « conseiller maître » à la Cour des comptes. Un grade que l'on acquiert, même bien placé à l'ENA, qu'après 10 ou 15 années d'ancienneté supplémentaire.

Le piston du Roi
Le premier président de la Cour des Comptes, Didier Migaud, avait rendu un avis défavorable sur cette nomination. Il avait recueilli, au préalable, l'avis du procureur général, et ceux des huit présidents de chambres, comme le rapporte, avec plaisir et précision, le site Rue89. L'Elysée doit recueillir cet avis avant toute nomination, même s'il n'est que consultatif. Et cette fois-ci, l'Elysée est passé outre l'avis défavorable.

Nommer un conseiller de l'Elysée, par ailleurs inexpérimentée, au coeur d'une autorité indépendante ? La peine est double...

Le site Marianne2 a révélé la protestation écrite du premier président de la Cour des Comptes. Et l'on mesure combien l'Elysée se comporte en terrain conquis: « Certes, cet avis n’est que consultatif mais les motifs qui ont conduit le Premier président, après avoir recueilli le point de vue du Procureur général et des huit présidents de chambre, à se prononcer contre la nomination de la personne en cause auraient dû être d’autant plus respectés qu’un tel avis défavorable revêt un caractère exceptionnel. »

Mardi après-midi, et sans surprise, le parquet de Paris a requis la relaxe générale des 9 accusés, dont Jacques Chirac, dans le double procès des emplois fictifs de la Mairie de Paris. « La preuve n'est pas rapportée que Jacques Chirac avait connaissance des situations individuelles... Vous prononcerez la relaxe » a jugé l'un des procureurs. Son confrère, dans l'autre affaire mettant en cause Chirac seul, prononça un réquisitoire d'une complaisance toute aussi inédite.

Maître Kiejman, avocat de Chirac comme hier de Liliane Bettencourt, s'est évidemment félicité de cette clémence du ministère public. Le jugement est attendu pour vendredi.