30 septembre 2011

Le bilan budgétaire de Nicolas Sarkozy.

Nicolas Sarkozy était au Maroc. Comme souvent quand il s'agit d'annoncer quelques mauvaises nouvelles, le Monarque se débine. En novlangue sarkozyenne, on appelle cela se « re-présidentialiser ». Jeudi, le climat était pourri par les affaires. En Allemagne, on attendait le vote, finalement favorable, en faveur du plan de sauvetage de la Grèce. Mais surtout, en France, Valérie Pécresse devait seule défendre le projet de budget 2012.

Mercredi, la ministre l'avait présenté en Conseil des ministres. On l'a souvent répété, c'est le « dernier » budget de cette mandature Sarkozy. Que fallait-il en retenir ?

Story-telling budgétaire...
L'an dernier déjà, Christine Lagarde (Economie) et François Baroin (Budget) nous racontaient des bobards sur l'ampleur du redressement des comptes publics.  Pour 2012, c'est rebelote... Valérie Pécresse avait préparé son exercice de communication. Il fallait oublier que Nicolas Sarkozy, à cause d'un paquet fiscal rapide, injuste et inefficace, avait gâché quelque 23 milliards d'euros de recettes fiscales et sociales en 4 ans.

Dans le dossier de presse, on pouvait lire, dès la quatrième page: « Le PLF 2012 confirme le caractère intangible de la trajectoire de retour sous les 3% de déficit public en 2013 ». On croirait entendre un chauffard qui nous promet de rouler droit après 3 ans de zig-zag !

Fichtre ! Que s'est-il passé ? Le déficit budgétaire nous est promis à 82 milliards d'euros l'an prochain, soit 4,5 % du PIB en 2012 (après 95 milliards d'euros cette année).

Budget pas crédible
Le gouvernement espère 289 milliards de recettes fiscales. L'hypothèse de croissance du PIB a été maintenue à 1,75%, dans « un souci de prudence » (sic!). Lors du Conseil des ministres, Pécresse a justifié: « le Gouvernement constate que la demande intérieure est demeurée robuste durant l’été, de même que les chiffres de la production industrielle (+1,5% en juillet). Il convient donc de ne pas sur-réagir aux évolutions des marchés. »

Jeudi matin sur France Inter, la ministre du budget a expliqué que le gouvernement avait déjà réduit de 2,25 à 1,75% sa prévision « il y a quelques semaines », c'est-à-dire en août dernier. Et pourtant, comme le rappelle Thomas Bronnec de l'Express, « la plupart des instituts de conjoncture ont révisé à la baisse leurs calculs. En moyenne, ils tablent sur 0,8% ». Et avec 0,8% de PIB supplémentaire, on n'atteindra jamais les 289 milliards d'euros de recettes fiscales attendues l'an prochain.

L'impôt reste injuste
La révolution fiscale n'a pas eu lieu. Les recettes restent majoritairement « injustes »: la TVA pèsera pour 47% des recettes de l'an prochain. L'impôt sur le revenu, percé par des niches et exonérations, représentera encore 20% du total (58 milliards). Les entreprises, via l'impôt sur les sociétés, contribueront à hauteur d'un modeste 16%. 

La chasse aux niches continue, mais elle reste modeste. Comme François Baroin l'an passé, Valérie Pécresse a trouvé 11 milliards d'euros d'abandons de niches et/ou taxes nouvelles. Les prélèvements obligatoires augmenteront bel et bien. C'est encore une promesse non tenue du candidat Sarkozy.

Une dette record.
Pas un mot sur le niveau record atteint par la dette. En cinq années de mandat, Nicoalas Sarkozy aura fait progresser l'endettement public de quelques 400 milliards d'euros. Et la crise n'explique pas tout. En 2012, le budget présenté prévoit 49 milliards d'euros d'intérêts à payer.

République des Riches
Le gouvernement se cache derrière sur quatre mesures jugées significatives pour justifier que sa rigueur est « juste »: d'abord, il y a cette taxe temporaire pour quelques 20 à 25.000 foyers déclarant plus d'un million d'euros de revenu annuel ( pour un couple) ou 500.000 euros pour un célibataire (rendement attendu: 300 millions d'euros par an maximum). Soit, à ce seuil, un effort de ... 1.500 à 3.000 euros annuels. Quel effort ! Ensuite, les plus-values immobilières sur les résidences principales seront désormais taxées, avec un abattement plus la durée de détention sera longue, jusqu'à une exonération totale au bout de 30 ans. Pécresse argumente que les plus aisés sont concernés par cette mesure qui doit rapporter 2 milliards d'euros. Il y a aussi le relèvement des prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine de 12,3% à ... 13,5%. Alléluia ! Enfin, le gouvernement se félicite d'avoir supprimé quelques niches fiscales affectant l'IS, pour 2 milliards d'euros, « en faisant porter l’effort sur les grands groupes ».

Le déficit budgétaire se réduit. Vraiment ?
Même le Monde s'en félicite: l'an prochain, « la part des dépenses publiques dans le PIB sera réduite de 0,5 % en 2012 après une baisse de 0,3 % en 2011 ». En fait, les dépenses budgétaires sont prévues à 362 milliards d'euros en 2011, puis de 366 milliards l'an prochain. Dans son « story-telling » adressé à la presse, les services de Bercy osent écrire: « l’augmentation moyenne en volume a été de 2,6 % par an entre 1978 et 2008, contre 0,8 % en moyenne ces deux dernières années, ce qui représente une économie annuelle, en 2011 comme en 2012, de près de 16 Md€ par an »... Rooo... Quelle jolie histoire! L'année 2009, qui sert de pivot à cette comparaison hasardeuse, est bien atypique, plombée par le Grand Emprunt et le plan de relance. Depuis, le gouvernement a tout coupé, et rien renouvelé. Présenter comme des économies la non-reconduction de dépenses exceptionnelles est une tartufferie.

Austérité cachée
Pour certains, l'austérité sera réelle. La suppression de 30.400 nouveaux postes de fonctionnaires, principalement sur les services publics essentiels du pays (14.000 sur l'éducation; 7.500 sur la défense; 3.600 dans la police) gênera surtout le plus grand nombre de nos concitoyens. La réduction de 15% des crédits affectés à l'Emploi (soit un milliard d'euros), après les 15% de perdus en 2011 par rapport à 2010, aggravera la condition des chômeurs.

Autre surprise, malgré les grandes déclarations humanitaires de Nicolas Sarkozy en faveur des pays en voie de développement, l'aide publique au développement devrait perdre 1,8 milliard d'euros (4,5 milliards en 2011, 2,7 milliards l'an prochain).

Fonctionnaires: le dernier totem
Le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite depuis 2007 (soit 150.000 postes perdus depuis 2007) n'aura quasiment rien « rapporté »: 200 millions d'euros sont attendus en 2012. Pour mémoire, la réforme de l'ISF a coûté... 1,8 milliards d'euros au budget de l'Etat ! Le gouvernement reconnaît qu'il a reversé 1,4 milliard d'euros aux agents de la fonction publique depuis 2007. En particulier sous forme d'heures supplémentaires ? Quelque 100.000 CDD ont également été recrutés sur la même période.

Au passage, on notera que les services du Premier ministre sont prévus en progression de ... 52 postes l'an prochain.

Les gadgets
Le gouvernement les a exhibé pour mieux divertir l'attention, au risque de paraître ridicule. La fameuse surtaxe sur les boissons sucrées rapportera ... 10 millions d'euros. Pour faire bonne figure, le gouvernement a aussi toiletté quelques autres niche. Le ménage était indispensable mais il reste financièrement symbolique: réduction de l'avantage "Censi-Bouvard" (quand même prorogé jusqu'à fin 2015 dans la location meublée non professionnelle) pour moins de 1 million en 2013; réduction de l'avantage Scellier pour 20 millions; rabotage complémentaire de 10 % de treize autres niches fiscales (investissements forestiers, Sofica…) déjà réduites en 2011, pour 340 millions. Certains rabots paraissent même anti-écolo, comme cette réduction du « crédit d'impôt développement durable et de l'éco-prêt à taux zéro » pour 10 millions.

Et pendant ce temps...
A Tanger (Maroc), Nicolas Sarkozy était souriant pour inaugurer un TGV local. Depuis son fiasco diplomatique lors du printemps arabe, le Monarque a trouvé urgent de s'afficher présent au Maghreb. Reconnaissons-lui l'effort. En France, l'ami Ziad Takieddine lui a réclamé, par média interposé, de lever le secret défense. On sent le Takieddine inquiet. Dans une confession télévisée à BFM-TV, l'homme d'affaires a commis un baiser de l'araignée, en déclarant, à propos de Nicolas Sarkozy : «Je connais la dignité de cette personne, qui a contrôlé toute mon action entre 1993 et aujourd'hui. C'est la dignité de la France qui est bafouée aujourd'hui.»

On comprend pourquoi, prévenu de cette interview, le Monarque préféra le Maroc.

6 commentaires:

  1. Le grand creuseur de trous budgétaires va encore frapper sur les plus pauvres et les classes moyennes

    il n'y a qu'à comparer l'effort demander aux hauts revenus en France et dans les autres pays (3% contre 40% et plus)

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  2. Jamais ces 40 dernières années le budget de l'Etat n'a paru réellement crédible ne serait ce qu'à cause des hypothèses de croissance retenues (trop optimistes) et de l'absence de correction lorsque la déviation entre l'hypothèse loufoque et la dure réalité est trop patente.
    Même le sénat le dit, il faut retenir des hypothèses économiques prudentes http://www.senat.fr/rap/r10-456/r10-45617.html
    Porca miseria l'avenir appartiendrait alors aux comptables qui se lèvent tôt.

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  3. Et un petit coup en douce de plus, dans le projet de loi de financement de la Sécu pour 2012, présenté le 26 septembre : le calcul des indemnités d’arrêt maladie passe de 50 % du salaire brut à 60 % du salaire net, ce qui fait, pour un quidam touchant le salaire médian, une baisse de près de 8 % de ses indemnités journalières.

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  4. La sécu c'est 30 Mrds de déficits en 2010 et 17 attendus pour 2011. Roupie de sansonnet !
    Les charges sociales sont in-sou-te-na-bles et donc impossibles à augmenter soit les patrons hurlent à la mort et à terme récupèrent la hausse en minorant les augmentations futures de salaires, soit le pouvoir d'achat baisse et ne sera alors pas le fait d'un vague sentiment contredit par les statistiques de l'INSEE.
    D'ailleurs dans le même ordre d'idée et pour illustrer la hauteur de vue des gestionnaires de l'ACOSS, le calcul des indemnités journalières a déjà été modifié courant 2011 pour rabioter des queues de cerises (calcul sur 365 j au lieu de 360).

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  5. Vendredi 30 septembre 2011 :

    Affaire Karachi : Ziad Takieddine mis en examen pour faux témoignage.

    D'après Maître Olivier Morice, avocat des familles des victimes de l'attentat de Karachi, l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takkiedine a été mis en examen le 19 septembre pour faux témoignage par le juge d'instruction parisien René Cros.

    Une information judiciaire avait été ouverte à l'automne 2010, à la suite d'une plainte des familles des victimes, qui accusent M. Takieddine d'avoir menti au juge antiterroriste Marc Trévidic lors d'une audition en avril 2010. L'homme d'affaires avait affirmé au juge qu'il n'avait "rien eu à voir" avec le contrat Agosta de vente de sous-marins conclu en 1994 avec le Pakistan.

    Les avocats de M. Takieddine et le parquet de Paris n'ont pas pu être contactés dans l'immédiat pour confirmation.

    TAKIEDDINE CHEZ LE JUGE MERCREDI 5 OCTOBRE

    L'intermédiaire en armement Ziad Takieddine, mis en examen dans le volet financier de l'affaire Karachi, sera de nouveau entendu par le juge Renaud Van Ruymbeke, a indiqué, vendredi 30 septembre, une source proche du dossier, précisant qu'"une nouvelle audition est prévue le 5 octobre".

    M. Takieddine a été mis en examen le 14 septembre pour "complicité et recel d'abus de biens sociaux", ce qui lui a permis selon son avocat de commencer à travailler sur les pièces d'un dossier "volumineux". "La prochaine audience avec le juge permettra d'entrer dans le vif du sujet", a commenté Me Ludovic Landivaux.

    Les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire cherchent à savoir si des commissions, versées en marge de contrats d'armement conclus en 1994 avec le Pakistan (sous-marins Agosta) et l'Arabie saoudite (frégates Sawari II), ont donné lieu à des rétrocommissions qui auraient financé illégalement la présidentielle de l'ex-premier ministre Edouard Balladur en 1995.

    Outre M. Takieddine, deux proches de Nicolas Sarkozy et d'Edouard Balladur ont été mis en examen ces deux dernières semaines dans cette affaire : l'ex-conseiller de M. Sarkozy Thierry Gaubert et l'ancien directeur de campagne de M. Balladur, Nicolas Bazire.

    Hélène Gaubert, l'épouse de M. Gaubert dont elle est séparée, a raconté aux enquêteurs que son mari avait accompagné M. Takieddine en Suisse pour aller y chercher des valises de billets durant la période 1994-95. Des "mallettes" alors récupérées selon elle en France par M. Bazire.

    http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/09/30/takieddine-entendu-mercredi-par-le-juge-van-ruymbeke_1580739_3224.html

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  6. Le comble du foutage de gueule est atteint avec cette proposition de déficit à 4,5% présenté par ceux qui
    - doivent respecter le critère de Maastricht à 3,5 %
    - nous ont cassé les genoux tout l'été avec la règle d'or d'un budget à l'équilibre....
    Faites ce que je dis et ne faites pas ce que je fais....
    Monsieur Fillon et Cie, Société spécialisée en double langage

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