14 septembre 2011

Les obsessions ethniques de Sarkozy/Guéant

Claude Guéant est-il raciste ou opportuniste ? On devrait lui poser la question. Pas sûr qu'il y réponde. Dimanche dernier, il avait bafouillé de piteuses explications sur les sales affaires en cours, de l'espionnage de journalistes à la corruption « françafricaine ». Guéant est plus à l'aise quand il fait du Le Pen, l'amalgame facile et les promesses sans moyens. De l'immigration comorienne jugée responsable de la flambée d'insécurité à Marseille à la délinquance attribuée aux Roumains dans les beaux quartiers de Paris, le ministre de l'intérieur ne sait plus quoi dire pour contrer les surenchères de Marine Le Pen.

Nicolas Sarkozy aurait pu se distinguer, en ces temps de faillite boursière. Il aurait pu conforter son « nouveau » statut présidentiel. Il n'en fut rien. Il parla de ... prisons pour jeunes et des bienfaits de l'encadrement militaire... On nous promit même une conférence téléphonique avec Angela Merkel...

Mais qui donc a parlé de crédibilité ?

Guéant dérape comme Le Pen
Dimanche soir, les Comoriens puis les Roumains en ont eu pour leur grade. Rappelons qu'en France, fut-elle Sarkofrance, nul ne dispose de statistiques ethniques, religieuses ou nationales en matière de délinquance.  L'Observatoire National de la Délinquance, dirigé par Alain Bauer, proche ami de Nicolas Sarkozy, ne publie rien de tel, et a toujours réfuté pouvoir établir de telles statistiques.

En août 2010, Brice Hortefeux, le prédécesseur de Claude Guéant à l'intérieur, s'était déjà fait piégé par les mêmes délires, en notant « qu'à la délinquance de nationalité roumaine avait augmenté l'année dernière de 138%». L'amalgame Rom=Roumain était déjà odieux. Pour se justifier, il avait expliqué qu'il «Il n'y a pas de statistiques sur la délinquance par communauté, mais il y a des statistiques par nationalité ».

Dimanche soir sur RTL, Claude Guéant avait déjà fustigé l'immigration comorienne qu'il accusait d'être la « cause de beaucoup de violences » à Marseille. Il n'avait aucun chiffre, aucune preuve : « Il y a une immigration comorienne importante qui est la cause de beaucoup de violences. Je ne peux pas la quantifier ».

Claude Guéant a-t-il des préjugés ?

Le lendemain, lundi 12 septembre, la charge visait les Roumains. Claude Guéant avait convoqué la presse et ses caméras pour présenter son grand plan contre la délinquance... roumaine. Comme Brice Hortefeux voici un an, il avait quelques chiffres à donner, parfois les mêmes qu'en 2010. Ainsi, selon Guéant, « près 1.200 ressortissants roumains ont été déférés devant la justice (...) pour les sept premiers mois de l'année à Paris. Les délinquants roumains représentent 1 déféré sur 10 dans la capitale ». Hortefeux expliquait qu'un acte de délinquance sur vingt serait commis par un Roumain. Près de 1.200 ressortissants roumains auraient été déférés devant la justice pour les 7 premiers mois de l'année. Guéant s'est aussi ravi d'avoir augmenté de 90% le nombre d'interpellations de Roumains, soit 4.800 sur les 7 premiers mois de 2011, contre 2.500 pour la même période en 2010. La moitié d'entre eux seraient mineurs.

« Je ne stigmatise rien, ni personne. C'est une réalité judiciaire. Il y a une montée très importante de cette délinquance » . Claude Guéant s'était placé à quelques encablures du Fouquet's, sur les Champs Elysées, pour délivrer cette maxime. Côté mesures, Guéant avait de grandes idées: un arrêté anti-mendicité sur les Champs-Elysées, la place de l'Etoile et le rond-point des Champs-Elysées signé par le préfet de Paris dès mercredi (quelle mesure !), un renforcement symbolique de la coopération entre les administrations françaises et roumaines (« 14 policiers roumains sont déjà en France, et 5 policiers français sont déjà en Roumanie » a expliqué le ministre), et, last but least, le « rapatriement des mineurs délinquants dans leur pays » grâce à l'installation d'un magistrat spécialisé. Guéant a tout prévu: « Si ces derniers ont des parents présents en France, ils leur seront remis avant d'être rapatriés. Dans le cas où on n'a pas connaissance de la présence des parents sur notre territoire, ces mineurs seront confiés au service d'aide à l'enfance roumain ». Et hop, à l'orphelinat !

La semaine dernière, le même Claude Guéant confirmait la suppression de 3.000 postes de policiers et gendarmes en 2012. Cherchez la cohérence...

La démarche fait pitié. Nicolas Sarkozy, au moins, aurait pu s'attarder sur le sujet politique du moment, le risque avéré de faillite de la Grèce. Après un nouveau mini-krach boursier lundi, les marchés se sont techniquement calmés mardi.

Mais notre Monarque avait prévu autre chose pour ce jour-là, un déplacement (électoral) « de terrain ».

Sarkozy pense à Le Pen
La seule victoire politique récente de Nicolas Sarkozy est sondagière: Il semble, pour le moment, qualifié pour le second tour. Voici 6 mois, on le disait menacé d'un 21 avril à l'envers. Mais la partie n'est pas gagnée, bien au contraire. Selon une récente enquête, il perd encore du terrain sur le coeur de son électorat, les plus âgés... et même les plus riches. Et la menace frontiste demeure. Marine Le Pen reste peu ou prou dans son étiage désormais habituel, autour de 20% des intentions de vote.

Mardi 13 septembre, le Monarque s'est rendu dans une prison en Seine-et-Marne, à Réau, et a pu inaugurer un centre éducatif fermé pour jeunes délinquants à Combs-la-Ville. C'est une « une première pour un président depuis quarante ans », notait le journaliste Arnaud Leparmentier. Notons donc l'effort ! Depuis son élection, il y a 227 semaines, Nicolas Sarkozy a ignoré la situation pénitentiaire. Le renforcement de l'arsenal législatif répressif (peines planchers, rétention de sûreté, etc) n'a pas été accompagné de moyens supplémentaires. Il a fallu attendre 2009, deux ans plus tard, pour qu'un toilettage sans moyens ni ambition soit finalement voté, qui entérinait la fin de la cellule individuelle.

Ce mardi, Nicolas Sarkozy lisait soigneusement ses notes. Le regard était rivé sur son texte, pendant les 30 minutes de son intervention. Il n'y connaît rien, et ne s'y intéresse pas plus que le temps d'un déplacement.

Au 1er août 2011, 64.052 personnes étaient incarcérées en France, pour 56.506 places opérationnelles, soit un taux d'occupation de 113%. Au 1er janvier 2008, la France comptait 61.076 détenus pour 50.693 , soit un taux d'occupation de 120,5 % (cinq points supplémentaires par rapport au 1er janvier 2007 et 22 points par rapport au 1er janvier 2001). Ce mardi, Sarkozy devait reconnaître son échec: « Aujourd'hui, nous ne sommes pas encore en mesure d'héberger convenablement les 65.000 personnes détenues en France, ni d'assurer rapidement l'exécution des peines en attente ».

Mais l'élection approche, et le « Sarko-nouveau » est arrivé. D'abord, il est doux, gentil et conciliant. Il faut oublier les coups de mentons, menaces et mépris des mois derniers. En février dernier, Nicolas Sarkozy avait perdu ses nerfs après le meurtre de la jeune Laëtitia. Cette fois-ci, il n'avait que des compliments à faire: « Je veux dire ma confiance, ma reconnaissance et mon estime pour le travail courageux que vous effectuez».

Ensuite, il a promis 30.000 places supplémentaires d'ici 2017 ainsi que « l'ouverture de 20 nouveaux centres éducatifs fermés » pour mineurs. Il paraît qu'il le fera voter dans une loi de programmation dès l'automne prochain: « Pour assurer une exécution normale des peines d’emprisonnement, la France a besoin de 80.000 places de détention. Cet objectif, qui figurera dans la loi de programmation, représente un effort d’équipement sans précédent qui devra être achevé en 2017 : il nous conduira à créer 30.000 places supplémentaires. Eu égard aux délais de construction, c’est dès aujourd’hui qu’il faut engager l’effort». Il s'est félicité des 6.000 places construites depuis 2007: 6.000 places depuis 5 ans, mais 30.000 d'ici 5 ans... cherchez l'erreur ! Demain, on rase gratis !

Enfin, Sarkozy a eu une révélation: « Nous ne pouvons pas continuer à enfermer de la même manière un récidiviste et un primo délinquant condamné à quelques mois de prison. » Ben voyons ! Et du coup, la promesse est évidente: il faudra « ouvrir rapidement des prisons dédiées aux condamnés pour courtes peines, ne présentant pas de dangerosité particulière ».
Le Monarque nous promit un service citoyen pour les « mineurs primo-délinquants ». Sarkozy eut le commentaire délicieux ey hors discours: « ça leur fera du bien ».

Un peu plus tard, on attendait un communiqué franco-allemand sur la situation de l'euro. Un conseiller l'avait confié, en marge du déplacement matinal. En début d'après midi, Angela Merkel démentit toute initiative commune. Un véritable coup dur pour la crédibilité sarkozyenne. Notre Monarque, ou ses conseillers (ce qui est la même chose) raconte donc n'importe quoi. Finalement, nous aurons droit à une visio-conférence entre Angela Merkel, Andréas Papandréou et notre Monarque mercredi. A l'Elysée, on se refuse à promettre une nationalisation même partielle de nos banques en future faillite.

En fin de journée, lundi, l'Elysée a publié un bulletin des plus sobres sur l'état de santé du Monarque: les résultats des différents examens « se sont révélés normaux ».

Aucun signe d'une quelconque nausée ?

 

7 commentaires:

  1. Il y a quelques "petites affaires" d'indélicatesses qui se collent aux fesses de Sarko. Je ne suis pas sûr que sa priorité soit la délinquance (petite ou grande)ou l' état de l' euro. Si Takieddine se met à table devant le juge ce matin, Sarko et sa clique auront quelques soucis. Les enfumages successifs commencent à être balayés par le grand vent des révélations qui s'accumulent dans une "république" qui se veut irréprochable selon le "Président".

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  2. @Anonyme de 07:21 -- que "Dieu" vous entende! Si seulement touts ces scandales pouvaient enfin être mis au grand jour! J'attends avec impatience ce grand jour. Viendra-t-il? (abc)

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  3. (abc) A vrai dire on se moque un peu de ce que Dieu entend ou pas. Il n'est pas encore inscrit sur les listes électorales.

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  4. S'il faut voter en son âme et conscience, les manipulateurs sondagiers ont poussé et poussent encore Hollande comme ce sauveur anti-Sarkoziste. Hélas, on a déjà donné pour ce genre de manipulation. Son "ex", sitôt désignée avec la complicité des media inféodés en 2007 avait été discréditée dès le lendemain par la fameuse "bravitude". J'irai donc aux primaires du PS mais pas pour voter Hollande ce favori d'une presse et des sondages aux ordres de Sarközy.

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  5. "Ce n'est pas le régime de Vichy, mais on s'en rapproche dangereusement."
    "Politique de rejet, de division, d'asservissement."
    "Ces gens me dégoûtent, et en plus ils me font très peur."
    René Heitz - Ancien résistant - au sujet de N. Sarkozy et sa politique...

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  6. Qu'ils soient "Portes flingues", "Rabatteurs de la droite radicales", "Ultras libéraux", "Simples ouvriers", mécontents.... Vous pourrez invoquer toutes les bonnes raisons du monde pour dire que rien ne va plus et qu"Il faut que sa change." De discours virulent en discours virulent nous ne voyons guère rien venir si ce n'est l'ombre de "La bête" jusque là plus ou moins en sommeil dans notre "Bonne société" consensuelle, qui n'attend plus rien depuis au moins 30 ans au moins de la soit disant bienveillance des politiques. C'est bien entendu un 21 avril 2002 bis auquel je crois fortement. La faute aux politique? C'est trop facile. Il va falloir sacrément serrer les dents; la société est malade d'elle même. A ceux qui pensent que le remède et facilement trouvable, je leur proposerais un placebo sous forme de pensée magique:"Jusque ici tout va bien ." A propos la maladie, (je ne suis en aucun cas médecin) cependant , je crois savoir savoir que la maladie est une forme d'adaptation de l'organisme à des changement profonds d'origine diverses(psychologiques, environnementaux, biologiques....) ; de la guérison au trépas, le vrai médecin sait lui, qu'il ne sert à rien de croire au miracle. Et si la maladie sociale avait une origine endogène....enquêtons....

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  7. Qu'ils soient "Portes flingues", "Rabatteurs de la droite radicale", "Ultras libéraux", "Simples ouvriers", mécontents.... Vous pourrez invoquer toutes les bonnes raisons du monde pour dire que rien ne va plus et que"Il faut que ça change." De discours virulent en discours virulent nous ne voyons guère rien venir si ce n'est l'ombre de "La bête" jusque là plus ou moins en sommeil dans notre "Bonne société" consensuelle, qui n'attend plus rien depuis au moins 30 ans au moins de la soit disant bienveillance des politiques. C'est bien entendu un 21 avril 2002 bis auquel je crois fortement. La faute aux politique? C'est trop facile. Il va falloir sacrément serrer les dents; la société est malade d'elle même. A ceux qui pensent que le remède est facilement trouvable, je leur proposerais un placebo sous forme de pensée magique:"Jusque ici tout va bien ." A propos de la maladie, (je ne suis en aucun cas médecin) cependant , je crois savoir savoir que la maladie est une forme d'adaptation de l'organisme à des changement profonds d'origine diverses(psychologiques, environnementaux, biologiques....) ; de la guérison au trépas, le vrai médecin sait lui, qu'il ne sert à rien de croire au miracle. Et si la maladie sociale avait une origine endogène....enquêtons....
    Désolé de répéter mon commentaire, mais j'avais fait quelques erreurs grossières d'orthographe; cependant l'esprit est le même: Je pense comme vous JuanSarko, et tant d'autres personnes qui souffrent de la bêtise;"Inconsolable...." mais pas toujours gaie, pour paraphraser un certain Guy Bedos.Loin de vouloir jouer les "Cassandre", j'estime que votre blog est salutaire....à la résistance, et donc, à la création. Merci donc à vous.

    Franck

    Franck

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