16 septembre 2011

Sarkozy a réalisé son caprice à Benghazi

Jeudi 15 septembre, Nicolas Sarkozy a donc déboulé en Libye. On ne saura que trop tard, l'été prochain au mieux, combien a coûté cette gigantesque opération de communication, avec ses avions et hélicoptères, caméras et journalistes accrédités, et son dispositif de sécurité hors normes par nécessité puisque le pays est encore en guerre. Mais il ne fallait pas contrarier le Monarque ni ses caprices. Le candidat Sarkozy devait récolter les fruits de « sa »  victoire en Libye avant que la situation ne se détériore. De méchants journalistes ont suggéré qu'il avait attendu le premier débat de la primaire socialiste, le jour même, pour faire ce coup médiatique. Le déplacement fut évidemment expresse, il ne fallait pas s'éterniser.

Pourquoi est-il donc parti à Tripoli ce 15 septembre ?

1. C'était une question d'orgueil. Narcisse a encore frappé. Nicolas Sarkozy voulait être le premier chef d'Etat étranger à se rendre dans la Libye post-Kadhafi. Il a dû accepter la présence de David Cameron, le premier ministre britannique. C'est l'Entente Cordiale ! Comment comprendre autrement ce caprice ? L'actualité française et européenne est toute entière centrée sur la crise de la dette et les soubresauts boursiers

2. Ce déplacement était aussi, comme d'autres, à vocation électorale. Se montrer sur place, « chef de guerre » victorieux sur les ruines encore fumantes de l'ancien pouvoir participait de ses efforts de représidentialisation depuis des mois. Sur le tarmac de l'aéroport, Sarkozy déclara, tel le général de Gaulle s'exprimant à Paris le 25 août 1944 : « c'est une très grande émotion. Je suis à Tripoli... Tripoli libéré. » Et surtout, il voulait « occuper » l'espace médiatique. De ce point de vue, ce fut à peine réussi. Le soir, Nicolas Sarkozy est rentré dans l'indifférence. L'actualité, la vraie, avait repris ses droits:, pour le meilleur et pour le pire: premier débat des primaires socialistes, découverte de plumes de dinosaures dans de la résine d'arbre, gigantesque fraude (2 milliards d'euros) à la banque UBS, et ... Euro de basket !

3. Le coût du voyage, non communiqué, était vraisemblablement hors normes: l'impréparation est toujours coûteuse. « Certes le dispositif est imposant, mais la destination est pour le moins sensible » a commenté un haut-fonctionnaire de la police. La veille, quelques 160 CRS avaient été envoyés sur place pour protéger le Monarque, une première. « On n'a jamais vu tant de policiers déployés à l'étranger pour une telle mission » remarquait Jean-Dominique Merchet sur Marianne2. « Un signe de la police dans l'entourage du chef de l'Etat ».Tous les CRS étaient volontaires mais ils recevront tous, « selon plusieurs sources syndicales », une prime exceptionnelle de 500 euros. Si l'Elysée avait préféré envoyer des gendarmes habitués aux opérations extérieures, l'opération n'aurait pas coûté un centime d'imprévu.

4. Ce voyage a fait une victime, le procès Chirac. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères, devait être entendu comme témoin ce jeudi au tribunal. L'escapade libyenne lui a fourni un prétexte facile. Jacques Chirac sèche, Alain Juppé voyage. Le sabordage du procès des emplois fictifs de la Mairie de Paris est presque total. La chroniqueuse judiciaire du Monde, Pascale Robert-Diard, commente: « Depuis que sa comparution a été envisagée par le tribunal, M. Juppé a tout fait pour y échapper. » Merci Benghazi !

5. Il y avait tout de même une relative urgence à venir en Libye. La situation politique est loin d'être stabilisée. Nul ne sait de quoi l'avenir sera fait. Le pays peut basculer. Il n'est pas encore sécurisé, le clan Kadhafi court toujours. Le gouvernement libyen n'est pas formé. Le Monarque fut acclamé aux cris de Allah Akbar. Reviendra-t-il dans quelques mois  si le régime vire islamiste ? Il n'a promis aucun accompagnement politique du nouveau pouvoir.

6. Le voyage était « intéressé ». On soupçonne la France de vouloir se réserver une belle part du pétrole libyen. Le Monarque s'est défendu de toute arrière-pensée, à Tripoli: « Nous l'avons fait parce que c'était juste. Il n'y a aucun accord en sous-main, nous ne demandons aucune préférence et aucun passe-droit ».

7. Cette visite permettait à Nicolas Sarkozy de sortir, quelques heures durant, du sale climat qui pollue sa pré-campagne en Sarkofrance. Mercredi, son ami Ziad Takieddine était mis en examen dans l'affaire du Karachigate. L'Elysée avait été, sans aucun doute, prévenu de l'éventualité. Le même jour, le livre de Pierre Péan « la République des mallettes » sortait en librairie. Le journaliste y dévoile les relations d'Alexandre Djouhri avec Nicolas Sarkozy dans de multiples affaires et multiples soupçons de corruption. Un quotidien algérien préférait, ce jeudi 15 septembre, revenir sur « les trois Arabes de Sarkozy », Takieddine, Djouhri et Bourgi: « Exécuteurs des basses œuvres élyséennes, ces trois personnages très sulfureux, liés au ministre de l’Intérieur, jettent le trouble sur la face cachée du pouvoir ». L'Algérie n'a pas apprécié l'intervention occidentale en Libye.

8. Sur place, Nicolas Sarkozy n'avait rien à y promettre. vers 13h, dans une salle protégée à Tripoli, le Monarque français voulait être solennel : « Je veux dire au peuple lybien qu'il peut compter sur l'amitié et l'admiration du peuple français. Nous avons la Méditerranée en commun, nous avons un destin en commun. Cela vaut pour tous les peuples arabes dans le monde qui voudront se libérer de leurs chaines. La France et l'Europe seront à leurs côtés.» Mais pour le reste, ses quelques mots, à Tripoli puis à Benghazi furent lénifiants ou prévisibles: ; « Kadhafi est un danger » ; «il y a un travail à terminer»; ou encore : « Monsieur Kadhafi doit être arrêté, et tous ceux qui sont inculpés par des juridiction intrenationalaes doivent rendre des comptes sur ce qu'ils ont fait ». Il a même dédié son déplacement « à tous ceux qui espèrent que la Syrie soit un jour libre ».

9. La mise en scène était énorme. Sur le site d'Elysée.fr, un grand dossier avec texte, discours et video rappelait « l'action forte, concertée et déterminée du Président Nicolas Sarkozy ». Les journalistes étrangers étaient présents sur le tarmac de l'aéroport pour ne pas rater l'évènement, l'arrivée de l'Airbus présidentiel. Le Monarque a même rencontré une famille dont l'enfant de 6 mois (né donc avant le début de la révolution) a été prénommé ... Sarkozy.

10. Le clou du spectacle fut à Benghazi. Sarkozy et Cameron s'adressèrent aux habitants sur la « Place de la Liberté ». La tribune, sur l'estrade, comprenait même son panneau, écrit en français et en arabe, « Benghazi, jeudi 15 septembre 2011 ». Les caméras étaient là, le moment était plus fort, la foule était là pour applaudir.  Moustafa Abdel Jalil, ancien ministre de la Justice du colonel Kadhafi et président du CNT parla en premier. David Cameron s'empara du micro. Nicolas Sarkozy attendit patiemment sur le côté. Quand se fut son tour, il se laissa applaudir, pour délivrer ensuite quelques phrases à peine, entrecoupées d'une traduction par une interprète. Il dû crier, sa voix manquait parfois de souffle.
«Jeunes de Benghazi ! jeunes de Libye, jeunes arabes, la France veut vous dire son amitié et son soutien. Vous avez voulu la paix... vous avez voulu la liberté, vous voulez le progrès économique, la France, la Grande-Bretagne, l'Europe seront toujours aux côtés du peuple libyen. Mais, amis de Benghazi, nous vous demandons une chose. Nous croyons dans la Libye unie, pas dans la Libye divisée. 


Peuple de Libye !! Vous avez démontré votre courage. Aujou vous devez démontrer un nv courage, celui du pardon et celui de la réconciliation.


Vive Benghazi ! Vive la Libye ! Vive l'amitié entre la France et la Libye ! »

Sarkozy décida ensuite de descendre dans la foule, au grand dam des forces de sécurité. On ne voyait plus rien. Après quelques instants, il fut contraint de s'éclipser sur les côtés. Il était temps de rentrer en France.

On ne sait pas si au retour, il a un instant envisagé de changer son ambassadeur à Tripoli et d'y nommer un fin connaisseur du pays. Boillon, Boris Boillon. 

En novembre dernier sur CANAL+, ce jeune diplomate expliquait combien le colonel Kadhafi était comme son père.

13 commentaires:

  1. A quoi bon être président si l'on ne peut pas satisfaire ses caprices ?
    A quoi bon être ambassadeur si l'on ne peut pas jouer un peu à James Bond ?
    Un psy vous expliquerait sans doute mieux tout ça.

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  2. Au sujet de la comparaison avec De Gaulle, il n'a échappé à personne que De Gaulle en son temps fut un des libérateurs et défenseurs de la France et qu'il fut triomphalement accueilli sur le sol français !

    "Le Monarque s'est défendu de toute arrière-pensée, à Tripoli: « Nous l'avons fait parce que c'était juste." ==> comme pour la réception de Kadhafi quatre ans plus tôt, à grand renfort d'honneurs ! Il est des déclarations de présidents qui donnent envie de gerber ...

    un nouvel ambassadeur à Tripoli ? Pourquoi pas son fils Jean, un homme de qualité qui il n'y a pas si longtemps postula à de hautes responsabilités !! ;)

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  3. Un réflexe

    Sarkozy = combien d'euros coût-il par jour aux contribuables français?

    Sarkozy + sa clique = combien coûtent-ils aux contribuables français?

    Sarkozy c'est du vent. Du vent + du vent + du vent = tempête ou tornade ou encore typhon. Après son passage, c'est la désolation.

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  4. Nicolas Président! Nicolas Président! Président de la Libye si là bas, on en veut de Lui!

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  5. Les coûts de ses déplacements ? On s'en fout, il s'en fout. La fameuse dette, c'est pour la France et son peuple, par pour lui.

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  6. Sarkozy = combien il coute en tant que président.

    Sarkozy = continuera de couté après son mandat de président car la solde d'un président c'est à vie.

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  7. «Tu dis dans ton orgueil : - Je vais être historique. -
    Non, coquin ! le charnier des rois t'est interdit.
    Non, tu n'entreras point dans l'histoire, bandit !
    Haillon humain, hibou déplumé, bête morte,
    Tu resteras dehors et cloué sur la porte. »

    Victor Hugo – Les Châtiments

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  8. "À force d'insulter les vaillants et les justes,
    À force de flatter les trahisons augustes,
    À force d'être abject et d'ajuster des tas
    De sophismes hideux aux plus noirs attentats,
    Cet homme espère atteindre aux grandeurs ; il s'essouffle
    À passer scélérat, lui qui n'est que maroufle.
    Ce pédagogue aspire au grade de coquin.
    Ce rhéteur, ver de terre et de lettres, pasquin
    Qui s'acharne sur nous et dont toujours nous rîmes,
    Tâche d'être promu complice des grands crimes.
    Il raillait l'art, et c'est tout simple en vérité,
    La laideur est aveugle et sourde à la beauté.
    Mais être un idiot ne peut plus lui suffire,
    Il est jaloux du tigre à qui la peur dit : sire !
    Il veut être aussi lui sénateur des forêts ;
    Il veut avoir, ainsi que Montluc ou Verrès,
    Sa caverne ou sa cage avec grilles et trappes
    Dans la ménagerie énorme des satrapes.
    Ah çà, tu perds ton temps et ta peine, grimaud !
    Aliboron n'est pas aisément Béhémoth ;
    Le burlesque n'est pas facilement sinistre ;
    Fusses-tu meurtrier, tu demeurerais cuistre.
    Quand ces êtres sanglants qu'il te plaît d'envier,
    Mammons que hait Tacite et qu'admire Cuvier,
    Sont là, brigands et dieux, on n'entre pas d'emblée
    Dans leur épouvantable et royale assemblée.
    Devenir historique ! Impossible pour toi.
    Sortir du mépris simple et compter dans l'effroi,
    Toi, jamais ! Ton front bas exclut ce noir panache.
    Ton sort est d'être, jeune, inepte ; et, vieux, ganache.
    Vers l'avancement vrai tu n'as point fait un pas ;
    Tu te gonfles, crapaud, mais tu n'augmentes pas ;
    Si Myrmidon croissait, ce serait du désordre ;
    Tu parviens à ramper sans parvenir à mordre.
    La nature n'a pas de force à dépenser
    Pour te faire grandir et te faire pousser.
    Quoi donc ! N'est-elle point l'impassible nature ?
    Parce que des têtards, nourris de pourriture,
    Souhaitent devenir dragons et caïmans,
    Elle consentirait à ces grossissements !
    Le ver serait boa ! L'huître deviendrait l'hydre !
    Locuste empoisonnait le vin, et non le cidre ;
    L'enfer fit Arétin terrible, et non Brusquet.
    Un avorton ne peut qu'avorter. Le roquet
    S'efforce d'être loup, mais il s'arrête en route.
    Le ciel mystérieux fait des guépards sans doute,
    De fiers lions bandits, pires que les démons,
    Des éléphants, des ours ; mais il livre les monts,
    Les antres et les bois à leur majesté morne !
    Mais il lui faut l'espace et les sables sans borne
    Et l'immense désert pour les démuseler !
    Le chat qui veut rugir ne peut que miauler ;
    En vain il copierait le grand jaguar lyrique
    Errant sur la falaise au bord des mers d'Afrique,
    Et la panthère horrible, et le lynx moucheté ;
    Dieu ne fait pas monter jusqu'à la dignité
    De crime, de furie et de scélératesse,
    Cette méchanceté faite de petitesse.
    Les montagnes, pignons et murs de granit noir
    D'où tombent les torrents affreux, riraient de voir
    Ce preneur de souris rôder sur leur gouttière.
    Un nain ne devient pas géant au vestiaire.
    Pour être un dangereux et puissant animal,
    Il faut qu'un grand rayon tombe sur vous ; le mal
    N'arrive pas toujours à sa hideuse gloire.
    Dieu tolère, c'est vrai, la création noire,
    Mais d'aussi plats que toi ne sont pas exaucés.
    Tu ne parviendras pas, drôle, à t'enfler assez
    Pour être un python vaste et sombre au fond des fanges ;
    Tu n'égaleras point ces reptiles étranges
    Dont l'œil aux soupiraux de l'enfer est pareil.
    Tu demeureras laid, faible et mou. Le soleil
    Dédaigne le lézard, candidat crocodile.

    Sois un cœur monstrueux, mais reste une âme vile."

    Victor Hugo - Anima Vilis

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  9. Le dernier trader d'UBS a fait un trou de quelques milliards d'euros. Quid de ce dernier élu Président?

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  10. J'ai entendu une journaliste de France Inter dire que le périmètre de la "Place de la Liberté" avait été fortement réduit pour que les images donnent l'impression qu'il y avait une foule immense (c'est le procédé utilisé par l'administration Bush lors du déboulonnage de la statue de Sadam à Bagdad)
    Avez-vous confirmation de ce fait ?

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  11. @Hervé : c'est bien ce que dit A. Leparmentier du Monde, qui était sur place, dans la description qu'il fait de ce qui n'est autre qu'une incroyable mise en scène de l'Elysée.

    http://elysee.blog.lemonde.fr/2011/09/16/benghazi-26-heures-de-galere-pour-2-minutes-40-de-discours-de-sarkozy/

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  12. Libye : Jeudi noir !

    Morte cette nuit
    15 septembre en plein cœur de Benghazi
    Morte de dépit
    Elle préféra le sommeil à l'insomnie
    Le silence aux cris
    Le cri de joie des ignorants et des mécréants
    Elle est morte sur le coup
    Sur la place Tahrir
    Et elle a bien fait de mourir
    Jeudi noir pour celui qui connait l'histoire
    On a chassé Kadhafi pour le remplacer par un chauffeur de taxi
    Qui a le pétrole, pas l'essence
    La voiture, pas les clés
    Ni dés, ni idées.
    Et une révolution bon marché
    Aux puces, aux dupes
    Avec les faux jetons de l'occident
    Qui croient avoir raflé la mise
    En nous libérant de nous-mêmes
    Avec des valeurs sans valeur
    Et un salaire sans labeur
    Leila... réveille-toi
    Rien que pour gouter la cerise sur le gâteau
    Réveille-toi
    Sinon, tu vas manquer le dernier acte
    Parce qu'on ne va pas en rester là
    Les libyens les vrais n'ont pas dit leur dernier mot
    Ils vont retourner l'histoire
    Reprendre le pouvoir
    Pour le confier à Dieu et à son prophète
    Et l'occident se mordra les doigts
    Parce qu'il ne pourra plus fermer les yeux
    Non, ce n'est pas toi, ce n'est pas moi
    C'est Dieu qui fait la loi
    C'est lui qui t'a enlevée hier
    Et qui te ressuscitera demain
    Leila... réveille toi
    Lève-toi et marche !
    Sur l'empire du non sens ...
    Yallah !!

    http://www.lejournaldepersonne.com/2011/09/libye-jeudi-noir/

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