31 octobre 2011

Chez OpinionWay, 58% des Français ont regardé Sarko à la TV

La dépêche AFP était triomphante, dès dimanche: « Sarkozy à la télé jugé convaincant pour 55% des Français ». Et lundi matin, le Figaro, commanditaire « officiel » dudit sondage (1), en remettait une couche:

« Face à la crise, les Français convaincus par Sarkozy »


En fait, il fallait lire le sondage Opinion Way publié in extenso ce lundi 31 octobre.

En préambule, l'institut prévient pourtant: il n'a interrogé que 1002 personnes, ce qui donne, précise-t-il, une marge d'erreur de « 2 à 3 points au plus.»

Ensuite, tout l'échantillon de 1002 personnes n'a pas écouté le chef de l'Etat jeudi 27 octobre. Et c'est là que c'est drôle et curieux: Sarkozy a été davantage regardé par les sondés d'OpinionWay que par les Français en général. Jeudi dernier, quelque 12 millions de Français s'étaient répartis sur les deux chaînes TF1 et France 2 pour regarder le Monarque. Soit environ un quart de la population en âge de voter.


L'écart est donc énorme. Ni l'AFP, ni le Figaro ne prirent la peine de préciser cette fâcheuse curiosité.

Dix-sept sujets ont été testés. Bizarrement, aucun ne concernait la forme de l'intervention télévisée: manquait-il des sujets d'actualité (tels le chômage ou la précarité) ? Les journalistes étaient-ils suffisamment précis dans leurs questions ? Auraient-ils dû pouvoir relancer le Monarque ? Les réponses étaient-elles suffisamment complètes ?

Nicolas Sarkozy ne fut pas jugé convaincant sur trois de ces 17 sujets: « sa possible candidature à l'élection présidentielle de 2012 », « la réindustrialisation de la France » et ... « le financement de la campagne d'Edouard Balladur ».

C'est même sur ce dernier thème qu'il recueille le pire score (62 % ne l'ont pas trouvé convaincant).


Plan européen: ce que Sarkozy ne nous a pas dit

Quatre jours après l'adoption, dans la douleur, d'un nouveau mini-plan européen de sauvetage de la zone euro, on s'interroge. Ce plan contient des zones d'ombre et des points peu commentés. Il fallait lire le relevé de décisions du 26 octobre dernier et ne pas se contenter des commentaires souvent lénifiants des commentateurs professionnels.

1. Les chefs d'Etats et de gouvernement membres de la zone euro se sont résolus à avouer que le plan du 21 juillet dernier était trop court. Cet aveu, dans le texte du relevé de décision, était curieusement écrit. Au premier paragraphe, on pouvait lire: « lors de notre réunion du 21 juillet, nous avons pris une série de décisions de première importance. La ratification, par l'ensemble des dix-sept États membres de la zone euro, des mesures liées au FESF renforce sensiblement notre capacité à faire face à la crise. » Ou encore: « L'euro continue à reposer sur des fondamentaux solides ». Mais dès le second paragraphe, sans transition ni explication, voici: « De nouvelles mesures s'imposent pour rétablir la confiance ». Ah ?!? Donc finalement, le plan du 21 juillet qui a mis 3 mois à être ratifié était insuffisant.... Sans blague ?

2. L'Italie du chaud Berlusconi est dans la ligne de mire de ses collègues. Le communiqué est explicite: « nous invitons l'Italie à présenter d'urgence un calendrier ambitieux pour ces réformes ». Les injonctions étaient précises: « L'Italie mettra maintenant en œuvre les réformes structurelles proposées afin d'accroitre la compétitivité en réduisant l'excès de formalités administratives, en abolissant les tarifs minimaux dans les services professionnels et en poursuivant la libéralisation des services publics et des services d'intérêt général au niveau local. » Et boum ! Et les 17 moins un étaient tous heureux de saluer le « projet d'introduire une règle relative à l'équilibre budgétaire dans la constitution d'ici la mi-2012 ». On ne sait même pas si Berlusconi sera encore président du conseil à cette date.

3. L'eurozone a sauvé la face l'espace de quelques jours, quelques heures. Dès vendredi, l'Italie avait toutes les peines à lever 8,5 milliards d'euros d'emprunt sur les marchés. Le Trésor italien leva finalement 7,94 milliards d'euros. Quelle réussite ! Son taux d'emprunt à 10 ans avait dépassé les 6%, un niveau jugé dangereux sur les marchés. La crise de la dette n'est pas terminée, a prévenu Jean-Claude Trichet. Quelques heures avant de quitter son poste, le patron de la BCE avait même quelques remords: « Le secteur financier doit changer ses valeurs. »

4. L'intégration européenne a progressé, sous la contrainte et dans la peur. Tout le monde l'a dit. Mais de quelle façon ? Les consignes désormais imposées aux Etats sont assez simples et bienvenues pour peu que l'on croit que la France et ses voisins ont besoin d'une plus forte intégration politique. Ils sont tous engagés à « la consultation de la Commission et des autres États Membres States avant l’adoption de quelque réforme majeure économique ou budgétaire pouvant avoir un impact sur le reste de la zone euro pour donner la possibilité d’une évaluation d’un possible impact pour la zone euro » (Cf. paragraphe 26). En d'autres termes, Nicolas Sarkozy n'aurait jamais pu faire passer son paquet fiscal de 2007.

5. Les banques européennes seront compensées à hauteur de 30 milliards d'euros (sur les 106 milliards de dette grecque effacée): « Les États membres de la zone euro contribueront à l'ensemble des mesures relatives à la participation du secteur privé à hauteur de 30 milliards d'euros » (Cf. paragraphe 12).

6. Les banques françaises ne recevront pas un centime d'euro de l'Etat. Nicolas Sarkozy comme ses ministres nous l'ont dit. C'est vrai, et faux. Pour la seule recapitalisation nécessaire suite à l'abandon de 50% de la dette grecque, les banques françaises devront puiser dans leurs résultats. Elles ne sont impactées qu'à hauteur de 10 milliards d'euros. Mais si le FESF était amené à intervenir sur un défaut de l'Italie ou de l'Espagne, qu'en sera-t-il ? « La situation de la Grèce appelle une solution exceptionnelle et unique. »

7. Sarkozy nous affirma que la règle d'or devait être inscrite dans la Constitution d'ici l'année prochaine. Le texte ne dit pas cela. Il précise simplement que chaque Etat membre devra adopter des « règles relatives à l'équilibre structurel des finances publiques traduisant dans la législation nationale, de préférence au niveau constitutionnel ou à un niveau équivalent, les règles du pacte de stabilité et de croissance, et ce avant la fin de 2012 » (Cf. paragraphe 26).

8. La BCE, qui change de patron cette semaine, ne sera pas davantage soumis à une quelconque gouvernance politique. Mais elle continuera à racheter des titres de dette souveraine parmi les plus fragiles.

9. La Chine, grosse contributrice du nouveau FESF renforcé, attend des contreparties. Certaines sont désagréables, comme l'arrêt des pressions droitsdelhommistes ou la reconnaissance de son pouvoir au FMI.


30 octobre 2011

Claude Guéant souffre en silence

Pendant que Sarkozy jouait sa composition de « Zorro » du monde, Claude Guéant, son ministre de l'intérieur, souffrait en silence. Mercredi, il avait reçu un curieux et inutile rapport, un Livre Blanc sur la Sécurité rédigé par deux proches que tout le monde ignora. On savait qu'il avait moins d'argent, moins de moyens, sacrifié comme d'autres sur l'autel de la Rigueur.

Après la PJ de Lyon, celle de Lille fut à son tour décapitée. A Paris, son grand patron de la police nationale échappait de justesse à une mise en examen à Paris dans une affaire d'espionnage de journalistes.

Et le ministre devait gérer le dernier mauvais bilan mensuel de sa lutte contre la délinquance.

Opération de communication
A quoi sert un Livre Blanc ? C'est une opération de communication. Des experts y livrent le fruit de quelques mois d'études, assorti de recommandations. Le commanditaire, un ministre voir un président, s'abrite ensuite derrière ces « blanches » paroles pour sa propre action. Cela fait moins subjectif ou orienté qu'une initiative gouvernementale.

Ce Livre Blanc sur la Sécurité ne déroge pas à la règle. La commande émanait de Brice Hortefeux en janvier dernier, quand il était encore ministre de l'intérieur. Le Livre a été rédigé par deux proches de la Sarkofrance: Michel Gaudin, préfet de police de Paris, et Alain Bauer, ancien conseiller Sécurité de Sarkozy, actuel président de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). Il n'est ainsi pas surprenant que leur critique du bilan des dix dernières années Sarkozy soit bien modeste: « La réactivité [des forces de l'ordre] et les bons résultats associés depuis le début des années 2000 n'ont pas toujours suffi à améliorer la perception, par la population, d'un climat de sécurité »

Les deux recommandations principales fuitées dans la presse de ces sarkozyens de coulisses sont l'amélioration de la présence sur le terrain et le renforcement du fichage personnel.

Le premier point est une critique, en creux, de la suppression de la police de proximité décidée par Nicolas Sarkozy dès 2002. Le ministre devenu Monarque a préféré les brigades de choc délocalisées aux interventions locales de policiers et gendarmes connaissant les populations. Les auteurs du rapport recommandent au contraire la mise en place d'une « police de contact ».

La seconde recommandation est la création d'une « base nationale de photographies». Les auteurs se justifient: « Grâce à l'évolution rapide des algorithmes de rapprochement, il est souhaitable de rendre les techniques d'identification encore plus précises et réactives, notamment en situation de mobilité, en développant les nouvelles biométries, en particulier au niveau du visage. (...) Le système de traitement des procédures judiciaires (TPJ) serait ainsi complété par un outil de rapprochement des photographies, notamment dans le système Canonge ». L'idée est de recourir aux logiciels de reconnaissance automatisée des visages et des corps. Les auteurs sont bien optimistes, promettant « d'importantes retombées pratiques ». Par exemple, il sera « également possible de travailler sur d'autres particularités morphologiques et physiques, tels les tatouages ».

Cette opération ne saurait masquer la réalité. La publication du rapport a d'ailleurs fait pschitt, effacée de l'agenda médiatique par la dramatisation des enjeux européens et ... une affaire proxénétisme qui frappe la police de Lille.

Super-flics décrédibilisés
François Mitterrand avait le capitaine Barril. Sarkozy a Péchenard et Squarcini.

Frédéric Péchenard, directeur général de la police nationale, a passé son vendredi après-midi dans le bureau d'une juge, Silvia Zimmerman, qui instruit l'enquête sur l'espionnage du journaliste Gérard Davet, au Monde. Il en est ressorti libre et toujours pas mis en examen. On imagine qu'il s'est défaussé sur son subordonné Bernard Squarcini. Ce dernier, patron de la DCRI, a été mis en examen la semaine dernière. Et il avait laissé entendre qu'il ne souhaitait pas porter seul le chapeau.

Claude Guéant avait de toutes façons prévenu qu'il ne se séparerait pas de ses deux directeurs favoris. Il respecte tellement la présomption d'innocence !

Après Lyon, Lille
A Lille, la police du Nord vacille. Le patron de la police du Nord a été débarqué en quelques heures. La présomption d'innocence !

L'affaire de proxénétisme supposé du Carlton de Lille a pris de l'ampleur. A droite, certains se frottaient les mains voici quelques semaines, puisque le nom de Dominique Strauss-Kahn était à nouveau cité. L'ancien favori des sondages est soupçonné d'avoir passé quelques soirées en compagnie de prostituées. Mais l'enquête cible désormais des policiers, comme l'expliquait le Figaro. Un commissaire divisionnaire local, Jean-Christophe Lagarde, a été interpellé puis placé en garde à vue par l'IGPN, la police des polices. 4 autres policiers, en activité ou à la retraite, sont également visés.

Et voici le directeur  de la police du Nord, Jean-Claude Menault, également auditionné. La veille du fameux 14 mai dernier, à quelques heures de ces fameuses 9 minutes de contacts et relations sexuelles entre Nafissato Dialo, femme de ménage, et Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, au Sofitel de New-York, Ménault était sur place, prétendument pour conseiller DSK sur des questions de sécurité avec Lagarde, deux chefs d'entreprise nordistes et deux prostituées. Formidable image de la police de Sarkofrance !

En déplacement à Bordeaux, Claude Guéant, a nié toute mise à la retraite d'office du directeur Ménault : « Non, pour qu'il y ait une mise à la retraite d'office, il faut qu'il y ait une procédure disciplinaire et il n'y a eu aucune procédure disciplinaire à son encontre ». Menault a quand même été viré (« muté à Paris » dans le jargon administratif).

Guéant respecte toujours la présomption d'innocence.

A Lyon, autre direction décapitée par l'affaire Neyret, une nouvelle équipe sera installée dans quelques semaines.

Mauvais bilan
L'insécurité est une réelle préoccupation électorale chez le « patron ». Neuf ans après sa première nomination à l'Intérieur et quatre ans après son élection, le bilan réel de Nicolas Sarkozy en matière de lutte contre la délinquance est malheureusement détestable.

Le dernier état de la délinquance, à fin septembre, livrait encore de détestables résultats: sur 12 mois glissants, le nombre d'atteintes volontaires à l'intégrité physique a atteint 468.892 actes, soit 7.280 de plus que l'année précédente (+1,6%). 70% d'entre eux sont des violences physiques crapuleuses, en hausse de 4,3% sur un an.

L'an prochain, les forces de sécurité perdront encore des effectifs, en application de la sacro-sainte règle de non-remplacement d'un départ à la retraite sur deux, soit, pour 2012, 3.621 postes supprimés. Vendredi, le père de la jeune policière tuée d'un coup de sabre il y a 10 jours a ciblé le ministre Guéant : « J'accuse le ministre de l'Intérieur de ne pas donner à ses policiers les moyens de se mettre en sécurité »

En 10 ans, une décennie de gouvernance Sarkozy en matière de sécurité, les effectifs auront baissé de 1800 postes...

La boucle est bouclée, et Guéant peut déprimer.


29 octobre 2011

234ème semaine de Sarkofrance: Sarkozy, "vous n'avez rien compris"

Le « petit garçon », comme l'avait qualifié le journaliste Poivre d'Arvoir en 2007, était de retour. Certes, il maîtrise mieux ses nerfs mais l'impatience et le narcissisme sont intactes. Ces derniers jours, il était enragé d'être incompris.

Nicolas Sarkozy avait besoin de nous montrer qu'il était le Boss, le Patron, le Capitaine. Cette semaine, la 234ème depuis son élection à l'Elysée, fut exemplaire de cette tentative de reconquête.

Le spectacle fut au rendez-vous, avec un sommet de crise et forcément nocturne, puis de la pédagogie télévisée sur-mesure le lendemain.

Nous n'avons rien compris. Sarkozy n'est pas candidat.
Nicolas Sarkozy est évidemment candidat à sa réélection. Il n'ose pas nous le dire. Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel serait obligé de comptabiliser ses prises de paroles dans le quota radiotélévisé de l'UMP. Hypocrite jusqu'en février prochain, notre Monarque laisse donc ses sbires s'exprimer. En petit comité, il peaufine ses arguments contre le candidat socialiste. « Il n'y a pas de France de Hollande (sic), alors qu'il y avait une France d'Aubry, un peu aigrie, revendicative, fonctionnarisée » aurait-il déclaré lundi dernier. Il a même « sa campagne dans la tête », « comme Balzac, qui préparait le plan détaillé de ses romans avant d'écrire ». Ses conseillers invoquent régulièrement l'exemple de François Mitterrand en 1988, entré tardivement en campagne. On commande aussi régulièrement des sondages, comme ce dernier, « qualitatif », sur comment mieux comprendre et séduire l'électorat parti au Front national. Nicolas Sarkozy dépense l'argent des contribuables pour une cause qui n'est que la sienne, sa survie après le 6 mai prochain.


Nous n'avons rien compris. Sarkozy était notre sauveur.
Des jours durant, ses conseillers ont travaillé les médias et l'opinion sur un improbable sommet européen de la dernière chance. Sans accord européen, nous allions tous disparaître, le monde allait sombrer. Ce serait la faillite générale, la confrontation tous azimuts et pourquoi pas la guerre. Rappelez-vous 1929 ! Jeudi soir, 24 heures après les faits, Sarkozy n'avait pas de termes assez forts et anxiogènes devant les deux journalistes ébahis qu'il avait choisis pour expliquer combien nous avions frôlé la catastrophe:

Il ne ressemblait pas à un Sauveur. Assis derrière un bureau vide et sans tiroir, Sarkozy contrôlait mal ses tics. Il se penchait à répétition, agitait ses mains, haussait les sourcils en cascade. On mesurait combien il devait prendre sur lui, forcer le sourire et garder sa hargne. Il voulait être C-R-É-D-I-B-L-E.

Sarkozy était notre Sauveur. Les Bourses étaient d'accord. La fin de semaine fut faste


Nous n'avons rien compris. Il n'y avait pas que la Grèce. 
En juillet dernier, le « plan de l'avant-dernière chance » portait le Fond Européen de Stabilité Financière à 440 milliards d'euros, pour sauver une Grèce surendettée à 350 milliards. Il fallut attendre 3 mois pour que l'opération soit ratifiée dans chacun des 17 Etats membres de la zone euro. Le pseudo-leadership franco-allemand ne s'était pas pressé alors qu'il y avait urgence. Sarkozy était même parti en vacances. Il avait fini par revenir deux fois au mois d'août, dérangé entre deux ballades à vélo au Cap Nègre.

Depuis une semaine déjà, les tractations franco-allemandes s'étaient enlisées. Le sommet de dimanche fut reporté à mercredi. En fait, il ne s'agissait plus simplement de sauver  la Grèce mais aussi l'Italie. Le roitelet italien du « Bunga Bunga » ne tenait pas ses promesses de rigueur. Il fut même moqué publiquement dimanche par Sarkozy et Merkel. La scène était indécente.

Berlusconi parle beaucoup mais agit peu, cela vous rappelle-t-il quelqu'un ?

En France, Nicolas Sarkozy craignait pour son Triple A. Jeudi soir à la télévision, aucun des deux journalistes n'osa l'interroger sur les doutes de l'agence Moody's à propos de la France. A Paris, les députés UMP se chamaillaient sur les rabots de niches fiscales et autres augmentations d'impôts. Ils votèrent le gel des prestations familiales jusqu'en avril prochain. Depuis 2007, Sarkozy a créé une bonne trentaine de taxes nouvelles. Formidable ! Certains UMPistes ont quelques doutes. Vendredi, Xavier Bertrand, le ministre du travail, avait lâché sur la réduction des indemnités journalières. Mercredi, il avait tenté d'expliqué que les entreprises compenseraient via leurs mutuelles. Funeste arnaque. 

Nous avions trop compris. Les banques étaient encore sur son chemin.
Il était énervé, le Nicolas. Mercredi soir, le lobby bancaire a failli lui pourrir son sommet européen. Il fallut attendre 4 heures du matin pour faire une conférence de presse improbable. Les banques créditrices ne voulaient pas supporter seules et sans garantie l'effacement de la moitié de la dette grecque décidé par les dirigeants de l'eurozone (106 milliards d'euros). L'Europe est allée chercher la Chine à la rescousse, pour porter son FESF à 1.000 milliards d'euros de prêts et garanties. La quote-part française sera de 100 milliards, cinq points de PIB, rien que cela. Et Sarkozy nous promit qu'avec les banques, cette fois-ci, les « bonus et rémunérations invraisemblables », c'était « terminé». La Banque de France interdira-t-elle enfin aux banques de distribuer des dividendes ?

Sarkozy nous enfume, mais nous le savons. Quatre ans que cela dure.

Jeudi soir, Nicolas Sarkozy joua donc au professeur à la télévision. Ce Sarko-Show fut un croisement de C'est Pas Sorcier et Combien ça coûte. Il avait mobilisé deux chaînes de télévision (TF1 et France 2), pour une heure et 15 minutes d'explications, de leçons et d'agacements publics. Face à lui, deux intervieweurs choisis par l'Elysée qui ne maîtrisaient pas leur sujet, Yves Calvi et Jean-Pierre Pernault. Quelques blogueurs politiques leur avaient préparé les questions qui fâchent, mais elles furent rarement posées. Calvi et Pernault ne relancèrent jamais quand Sarko répondait à côté. Notre Monarque ne voulait parler que son rôle de sauveur du monde, et de rien d'autres. Douze millions de personnes regardèrent l'émission, un score moyen pour les deux chaînes. Le public, d'après Médiamétrie, était essentiellement masculin et âgé. Comme dirait Jean-François Copé, quelque 54 millions de Français n'ont pas regardé Sarkozy jeudi soir.

Nous avions trop compris. Sarkozy avait un problème de crédibilité. 
De cette heure et 15 minutes de monologue, on retint surtout que Sarkozy avait la trouille de son bilan. Il n'évoqua pas le chômage. Ce fut heureux. Les dernières statistiques, publiées trois jours avant, montraient combien la situation était grave. Il ne parla non plus des 500 milliards d'euros de dette publique supplémentaire de son quinquennat. Il loua la fiscalité allemande, son grand dada depuis deux ans, mais qu'a-t-il fait depuis 5 ans ?


Il resta également bien évasif sur quelques points toujours obscurs du plan européen: quelles contre-parties avait-il lâché aux banques et à la Chine ? Car la Chine, la plus grande dictature du monde, est devenue le premier créancier d'Etats imprévoyants. A force de simplifier le débat, Sarkozy omit de dévoiler quelques croustillants détails de l'accord européen, comme celui-ci: dorénavant, chaque gouvernement de l'Union devra consulter ses voisins et la Commission « avant l’adoption de quelque réforme majeure économique ou budgétaire pouvant avoir un impact sur le reste de la zone euro ».

Nous avions trop compris. Sarkozy racontait n'importe quoi.
Les seules annonces furent le relèvement partiel de la TVA et l'abaissement de la prévision de croissance pour 2012. Avec quelques semaines de retard, le Monarque se ralliait au consensus général. Mais le Monarque reporta à plus tard les détails de l'inévitable seconde tranche d'austérité de 6 à 8 milliards d'euros. Courageux ... mais pas téméraire.

Notre Monarque « extrapola » souvent jusqu'à mentir. Ainsi sur les retraites, Sarkozy nous promit que « sa » réforme rapporterait 24 milliards d'euros chaque année au budget du pays. 24 milliards, c'est l'extrapolation gouvernementale ... dans 15 ans !

Sa rage sourde d'être incompris l'égarait. Il bafouilla une improbable explication sur les raisons de nos tourments. C'était la faute ... aux socialistes, avec leur fich passage à la retraite à 60 ans à l'aube des années 80 (« Invraisemblable » !) et leurs 35 heures vingt ans plus tard (Une « folie » !). Le même Sarkozy accusa les excès de la finance mondiale et la crise internationale tout en rappelant que la France depuis 2008 avait moins souffert que la plupart de ses voisins. Que fallait-il comprendre ? Que François Mitterrand et Lionel Jospin étaient responsables de la crise mondiale depuis 2008 ? Ou que le modèle social français nous avait protégé mieux qu'ailleurs ?

Ce jeudi soir devant le poste, on a bien rigolé.

C'était la faute des autres.

Quelle semaine !

Ami sarkozyste, où es-tu ?




28 octobre 2011

Sarkozy face à sa crise de crédibilité.

Jeudi 27 octobre au soir, en diffusion simultanée sur TF1 et France , Nicolas Sarkozy s'est donc imposé dans quelques millions de foyers français pour vanter son action européenne de la veille. L'exercice n'avait qu'un objectif, montrer combien il était crédible.

Car Nicolas Sarkozy, cruelle ironie, n'avait plus que son comportement comme argument électoral.

La nuit précédente avait été courte. Il avait fallu attendre 10 heures de discussions et négociations pour un accord minimaliste sur le sauvetage de la Grèce, la recapitalisation des banques européennes et le renforcement du Fond Européen de Stabilité Financière. Dans la journée, les Bourses du monde avaient célébré cet accord européen comme autant de perspectives spéculatives retrouvées. Les Etats avaient une fois de plus décidé de sauver le système, quitte à rallonger leurs garanties bancaires jusqu'à l'astronomique montant de 1.400 milliards de dollars.

Personne, répétons le mot, personne ne s'était demandé si l'occasion n'était pas trop belle d'imposer une quelconque régulation.

ce jeudi soir, Nicolas Sarkozy avait choisi deux intervieweurs très « pédagogues », selon les termes d'un communicant. On a souri. Sarkozy prenait donc les Français pour des abrutis au point de leur laisser le présentateur de Combien ça Coûte dans les pattes. Jean-Pierre Pernault de TF1 avait dû réviser le sujet de la crise mondiale pendant des heures durant pour comprendre l'énoncé des questions posées par et pour l'Elysée. Dur métier.

Ce soir-là, Nicolas Sarkozy était évidemment candidat.
Il avait préparé ses piques contre l'opposition:  « Je trouve un peu triste que nous ne soyons pas capables d'adopter cette règle d'or au prétexte qu'il y a des élections présidentielles » Les allusions politiciennes ne manquaient pas. Mais elles restaient suffisamment vagues pour que ces deux heures de monologue élyséen restent hors quota du temps de parole politique de l'UMP dans les décomptes du CSA. Mais il attaqua la démondialisation, le « candidat du système », les 35 heures (4 fois), et même la retraite à 60 ans (3 fois). Le Monarque remonta le temps jusqu'en 1983 (sur la retraite) ou 2001 (pour les 35 ans). On en oublierait presque que la droite gouverne depuis 2002 et lui depuis 2007.

« Quand en 1983 on a expliqué aux Français qu'on pouvait passer à la retraite à 60 ans les Allemands eux faisaient l'inverse (...) et quand en France on a fait les 35 heures, M. Schroeder, pourtant socialiste, faisait l'inverse...»

« Quand j'entend dire qu'il faut embaucher 60.000 enseignants de plus. Mais où est-ce qu'on va trouver l'argent ? » L'arnaque est facile. S'il avait prononcé le nom de François Hollande, dans cette attaque de candidat, sa parole serait tombée sous les fourches caudines du CSA.

Candidat hypocrite ?

Ce soir-là, Nicolas Sarkozy mentit beaucoup. 
Ainsi, il justifia qu'on « ne pouvait pas être président de la République et candidat ». Mais « le débat sur ma candidature sera tranché quelque part fin janvier, début février ». Comment alors expliquer ses multiples conseils politiques à l'Elysée, les confidences répétées de ses propres conseillers, ses propos « off » toutes les semaines contre l'opposition, ses instructions contre François Hollande ? Sarkozy est est en campagne depuis deux ans déjà.

« J'essaye de me faire comprendre d'une situation complexe sans être caricatural ».

On a sourit.

Nicolas Sarkozy ne voulait pas non plus avouer être à la remorque d'Angela Merkel. Il insista sur le faible écart de taux d'intérêt (2,31% pour l'Allemagne contre 3% pour la France). Ce qui était faux, la France emprunte vers 4% (dixit France Trésor). Mais qu'importe, la convergence franco-allemande, ça compte et ça veut dire « L'impôt sur le bénéfice des sociétés, la TVA, des échanges d'informations, une fiscalité du patrimoine qui soit la même ». 

Les deux journalistes, incompétents en la matière, ne contredisaient pas.

Ce soir-là, Nicolas Sarkozy jouait un rôle
Comme depuis des mois, il voulait être l'homme de la situation, quitte à dramatiser les enjeux ou sur-célébrer les résultats : « s'il n'y avait pas eu d'accord hier soir, ce n'est pas simplement l'Europe qui tombait dans la catastrophe, c'est le monde entier qui sombrait. » On savait pourtant ce qu'il en était. Il fallait un accord, même minimaliste, histoire de se procurer quelque répit en Bourse. Ce fut fait mercredi soir, sans gloire ni résultat définitif.

Mais Sarkozy, ce jeudi, voulait être Zorro.

Ce soir-là, Nicolas Sarkozy racontait n'importe quoi
Contre les banques, mais pas les nôtres - ces « banques françaises qui sont solides et vertueuses » - Sarkozy avait plein d'idées à quelques mois de la présidentielle. Ainsi, « il faut réguler le marché financier. Les banques ont choqué les Français par une pratique des bonus et des rémunérations incompréhensibles.»

Et Sarkozy promit que la banque de France allait enfin s'occuper de ces abus de bonus et rémunérations. Ah bon ? Mais pourquoi n'a-t-elle alors rien fait depuis la Grande Crise de 2008 ? Et pourquoi donc expliquer, dans la même interview, que les banques françaises ne posent aucun problème ?

Ce soir-là, Nicolas Sarkozy défendait les agences de notation
Serions-nous otages des agences de notation. Ben non ! ... On ne comprenait plus. Sarkozy avait perdu l'auditeur.  « Le problème, ce ne sont pas les agences de notation, le problème c'est que nous dépensons trop, il faut travailler plus. » Le raccourci était terrible. Fitch, Moody's et Standard's and Poor's n'avaient rien à se reprocher.

Ce jeudi soir, Sarkozy était leur attaché de presse.

Ce soir-là, Nicolas Sarkozy n'avait qu'une annonce à faire. 
Elle ne concernait ni les scandales en cours - espionnages de journalistes, corruption du Karachigate - ni même les injustices du moment (augmentation de la TVA, réduction des indemnités maladies). Nicolas Sarkozy ne voulait même pas commenter la réalité, comme la régulière hausse du chômage - le mot ne fut pas prononcé !  Le Monarque n'avait donc qu'une annonce à faire, la révision à la baisse de la prévision de croissance économique l'an prochain sur laquelle est bâtie l'hypothèse de recettes fiscales du projet de loi de finances: « Nous avons décidé de revoir notre prévision de croissance  et de la ramener à 1% pour l'année prochaine, comme nos amis allemands » Cela fait des mois qu'on le poussait, des semaines qu'on le savait, des jours qu'il hésitait. Il s'était gardé lui-même l'annonce de cette « preuve de réalisme ».

Mais, évidemment, notre candidat n'osa pas énoncer comment il comptait trouver les 8 à 10 milliards d'euros d'économies pour compenser cette baisse de recettes, à l'exception d'une hausse ciblée mais « pas généralisée » de la TVA. Tout juste facilita-t-il la tâche de son premier collaborateur, rebaptisé « Monsieur Fillon », en réduisant l'effort supplémentaire de rigueur à 6-8 milliards d'euros: « Nous allons adapter le budget à cette nouvelle réalité. Le premier ministre y travaille ».

Notre Monarque était trop trouillard ou trop en campagne pour annoncer lui-même les mauvaises nouvelles.

Ce soir-là, Nicolas Sarkozy se défendait.
Il avait fini par répondre à une question d'Yves Calvi, sur le financement de la campagne politique d'Edouard Balladur en 1995. « Cela fait bientôt 17 ans, est-ce-que vous imaginez que s'il y avait quoi que ce soit à reprocher à M. Balladur, on ne l'aurait pas trouvé en 17 ans ? » Le Karachigate menace. Sarkozy répéta sa défense depuis juin 2009, combien il était « odieux qu’on utilise la douleur de familles qui ont perdu leurs proches ». Nicolas Bazire, mis en examen dans l'affaire, reste son « ami ». Et contre les journalistes, il prévint: « Laissez la justice faire son travail; (...) n'inventez pas la présomption de culpabilité ».

Il voulait aussi apparaître, comme depuis un an, comme un président protecteur. Les Français, « Je dois les protéger ». Il voulait s'abriter derrière un modèle allemand prétendument incarné par Angela Merkel. Il ne cessa de se présenter comme le réparateur des erreurs des autres, jamais des siennes. Tous coupables, sauf lui ! Pour un Monarque au bilan si détestable et contesté, à gauche comme à droite, la manoeuvre était facile.

Car le plus fascinant de ce nouveau monologue déguisé en interview fut l'incapacité de Nicolas Sarkozy à affronter son propre bilan. L'homme a peur qu'on lui oppose ses échecs, ses renoncements. Il choisit d'infantiliser son auditoire (« la dette c'est mal », « les méchants, c'est les autres »).

Ami sarkozyste, où es-tu ?

Ton mentor a toujours la trouille.




27 octobre 2011

Les 10 questions que nous aimerions poser à Nicolas Sarkozy ce soir.

Ce soir, Nicolas Sarkozy parlera à la télévision.

Parfois, les questions sont transmises à l'interviewé, afin qu'il se prépare à l'exercice. Quand il s'agit du président de la République, et de Nicolas Sarkozy en particulier, les questions sont même sévèrement encadrées.

Ainsi, ce jeudi 27 octobre 2011, comme lors des précédentes interventions télévisuelles, l'Elysée a tout choisi: le producteur (une société privée livrera l'émission clé en main), les chaînes (TF1 et France 2), les journalistes politiques (Yves Calvi et Jean-Pierre Pernault), le réalisateur (un ancien de sa campagne de 2007), le décor (le bureau « d'été » présidentiel, au rez-de-chaussée du Palais), ... et le sujet: le nouveau plan de sauvetage européen négocié la veille, l'ampleur de la crise, et rien d'autre. TF1 a précisé qu'il « ne sera pas amené à parler de l’élection présidentielle mais uniquement de la crise financière ».

L'émission est donc si contrôlée qu'on se doute qu'aucune question gênante ne sera posée. Voici les nôtres, quelques-unes de nos interrogations du moment. 

1. Que pensez vous de l'enquête sur l'attentat de Karachi ? Quelles sont les pièces du dossier pour lesquelles le secret défense est encore légitime ?

2. Qu'avez-vous négocié en Libye avec Ziad Takieddine en 2005-2007 ?

3. Est-il légitime que les services secrets recherchent les sources de journalistes ? Dans l'affaire Woerth/Bettencourt, y-avait-il atteinte aux intérêts de l'Etat ?

4. Ne regrettez-vous pas d'avoir laissé filer tranquille les banques entre 2008 et 2011 ?

5. Pourquoi avoir supprimé l'Allocation Equivalent Retraite ?

6. Comment envisagez-vous de compenser les 8 à 10 milliards de manque à gagner fiscal si la croissance du PIB en 2012 tombe à 1% ?

7. Pourquoi organisez-vous des réunions politiques à répétition à l'Elysée (conseil politique, réunion de l'UMP, invitations des parlementaires UMP) ? cela signifie-t-il que vous êtes déjà en campagne.

8. Depuis 2009, vous avez cédé à l'essentiel des exigences allemandes. Pourquoi ne pas le reconnaître ?

9. Vous avez créé 40 taxes nouvelles, plus ou moins ciblées, depuis votre élection en mai 2007. Vous avez supprimé environ 20 milliards d'euros de niches fiscales en 2011 puis 2012. Pourquoi nier ces hausses d'impôts ?

10. Envisagez-vous d'augmenter la TVA en 2012 ?


Sarkozy à Bruxelles: Au théâtre ce soir

Mercredi, Nicolas Sarkozy allait sauver le monde, l'euro, la France et l'Europe, pour la dizième fois sans doute en trois ans. Le sommet européen salvateur livra toutes ses promesses.

Grâce à l'abnégation du fameux couple Angela/Nicolas, nous devions à nouveau dormir tranquille. Et ce jeudi, notre Monarque avait déjà calé son intervention télévisée, produite, pour la première fois, par une société privée. Le show sera rodé et écoeurant.

Toute la journée, Nicolas Sarkozy avait autre chose à faire. Il se préparait tel un boxeur, si ravi que presse, radios et télévisions  alimentent la journée durant un insupportable compte-à-rebours politico-boursier. Notre Monarque tint son habituel Conseil des Ministres, puis, reçut les joueurs du XV de France, au Palais de l'Elysée.

Avant de partir, la chancelière Merkel avait tenté de motiver ses troupes, en leur promettant du sang et des larmes. Fantastique !  «Nous avons besoin que s'instaure une culture de la stabilité en Europe » a-t-elle expliqué au Bundestag. Elle a aussi promis de ne pas s'engager au-delà des 220 milliards d'euros de garanties allemandes au FESF, soit la moitié du fond voté en juillet. Mme Merkel avait besoin de rassurer sa majorité avant de filer à Bruxelles.

En France, rien de tout cela. Nous sommes en Monarchie républicaine. Sarkozy communique peu, théâtralise beaucoup, s'engage très peu. Arrivé avec un peu d'avance à Bruxelles, le candidat passa une heure avec Angela Merkel. Il fallait accorder les messages, c'est-à-dire, pour Sarkozy, prendre les consignes. Des conseillers élyséens expliquèrent ensuite que le président français était prêt à rencontrer des banquiers pour les convaincre de contribuer à l'effort de crise. Il obéissait. Angela Merkel était prête à forcer la main aux établissements bancaires.  

Quand le sommet démarra, sa première partie fut vite réglée. L'heure et demi de discussions cloitrées et conclues par l'inévitable communiqué de presse de l'Europe des 27 était une étape indispensable. Les 10 Etats européens non membres de l'euro, Royaume Uni en tête, en avaient assez de passer pour chose négligeable tout en étant régulièrement appelés à la rescousse le moment de crise venu.

Ensuite, mercredi dans la soirée, et des heures durant, nos chefs de gouvernement de l'eurozone se sont ensuite enfermés pour négocier la survie de leur système. Ils ont parlé, bataillé, négocié. On aurait dit une « auto-prise » d'otages.

On négocia d'abord l'ampleur de l'abandon de créances sur la Grèce, 210 milliards d'euros au compteur: vers minuit, ils en étaient à « un peu plus de 50% ». Quelques heures avant, la veille même, on évoquait déjà 60% voire 70% d'abandon de dette grecques. On apprit ensuite qu'il faudrait relever à 9% des placements le niveau des fonds propres exigés, ce qui coûtera environ 10 milliards d'euros aux banques françaises. Si le taux de fonds propres avait été relevé à 10%, l'effort aurait été de 23 milliards d'euros... Mais les banques ne voulaient pas abandonner quelque 100 milliards d'euros de créances sur la Grèce sans garantie.

Pendant quelques heures, l'intervention de la Grande Chine pour financer l'augmentation des moyens du Fond Européen de Stabilité Financière avait alimenté toute les conversations de faux et vrais experts. La Chine avait demandé que l'on reconnaisse son statut d'économie de marché (sic !), voire qu'on réévalue les droits de vote des pays émergents au sein du FMI.

Vers minuit, le FESF était renforcé de 1.000 milliards d'euros. Rien que cela. En juillet dernier, le FESF avait été doté de 440 milliards d'euros de garanties ou prêts, dont une centaine était déjà. Autre mesure, la BCE, dirigée dès mardi par Mario Draghi, un ancien de la sulfureuse Goldman Sachs, a confirmé s'engager à racheter de la dette souveraine des Etats européennes. Les députés allemands avaient pourtant refusé de donner leur accord à Mme Merkel sur ce point en début d'après midi.

Vers minuit trente, les négociations avec les banquiers semblaient échouer. Les Etats voulaient faire contraindre les banques à « effacer volontairement » près de 50 % de la dette grecque versus les 21 % prévus en juillet dernier. Mais les banques européennes ne voulaient pas participer à un effort aussi important. Ces dernières annonçaient dans un communiqué qu'il n'y avait aucun d'accord sur la décote grecque. Cela faisait pourtant depuis mardi déjà que les tractations étaient rudes.

Vers 5 heures du matin, Nicolas Sarkozy, blafard, arrivait enfin devant les journalistes. Il leur demanda de « ne pas être trop long » car «l'heure du premier biberon » , rapportait Nathalie Schuck, journaliste au Parisien. Le plan était là: 1.000 à 1.400 milliards d'euros de garanties, 50% de de la dette grecque annulée, une recapitalisation de 106 milliards des banques européennes, et même un engagement d'adopter « d'ici fin 2012 une règle d'or, de préférence au niveau constitutionnel ». Sacré Sarkozy, même à Bruxelles, il est toujours candidat.
« Nous avons adopté les éléments d'une réponse globale, d'une réponse  ambitieuse, d'une réponse crédible à la crise que traverse la zone euro. Je crois que le résultat sera accueilli avec soulagement par le monde entier qui attendait des réponses fortes de la zone euro

Triste suspense.

Mercredi après-midi, on apprenait du Monde que le gouvernement envisageait d'augmenter la TVA pour redresser ses propres finances. On attendait de Sarkozy qu'il accepte de revoir à la baisse ses perspectives de croissance pour 2012, et donc son budget de l'an prochain. Christian Jacob, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, expliquait maladroitement:  « Aujourd'hui, pour nous, le sujet n'est pas d'actualité. Les prévisions de croissance sont liées aux résultats du sommet européen. » Finalement, le budget de la France aussi dépendait, ce mercredi, du sommet européen.

En fin de journée, Valéry Giscard d'Estaing confiait son scepticisme sur l'ampleur de la crise européenne. VGE aime livrer quelques coups de poignards dans le dos de la communication sarkozyenne. Ecoutez l'ancien meilleur soutien centriste du Monarque: « Nous avons une monnaie unique. Aujourd'hui qu'est-ce-qu'elle fait ? Elle monte. Elle n'est pas en crise. Donc, dans toute cette affaire, je suis frappé par le fait qu'elle est traitée dans l'agitation et avec un niveau de compétence relativement faible », Et sur les politiques, il lâche:  "ils disent toujours que l'heure est grave parce que si cela va mal, ils l'auront annoncé et si cela tourne bien ils auront le mérite d'avoir résolu les problèmes »

Notre Monarque si occupé n'avait pas une seconde pour commenter les mauvais chiffres du chômage. La récession s'annonce en France, ce-pays-qui-a-si-bien-résisté-à-la-crise ne parvient pas à réduire son chômage. Sur 12 mois glissants, le nombre de chômeurs a progressé de 4%. La catégorie A des inscrits à Pôle Emploi, c'est-à-dire les sans-emploi en recherche d'emploi, a augmenté de 26.000 personnes sur le seul mois de septembre !

Pour la première fois depuis longtemps, Nicolas Sarkozy a réussi quelque chose. C'est un évènement. Depuis bientôt un an, notre Monarque souhaitait intéresser les Français à l'actualité internationale. Le clou du spectacle devait être le prochain G20 à Cannes les 3 et 4 novembre prochain. Las, Nicolas Sarkozy constata que cette actualité lui échappa, du printemps arabe aux soubresauts boursiers contre les dettes souveraines. Depuis quelques jours, il espérait au moins, que la conclusion des négociations de sauvetage de la Grèce et l'Italie, repoussée de dimanche à mercredi, allait au moins attirer l'attention médiatique et populaire.

Il a au moins réussi ce coup-là.

26 octobre 2011

Sarkozy fatigue. Nous aussi.

Nicolas Sarkozy est fatigué. Le Monarque n'a plus le courage de partir dans les Deux-Sèvres, ce vendredi, nous apprend une journaliste. Comme Chirac en son temps, à quelques mois d'une élection présidentielle qu'il termina pourtant victorieux, Sarkozy serait-il déjà « fatigué, vieilli, victime de l'usure » ?

Quoique fatigué, Sarkozy parlera à la télévision, c'est confirmé, ce jeudi. Il « sera l'invité exceptionnel d'une émission consacrée à la crise jeudi dès 20 h 15 » et « répondra en direct de l'Elysée aux questions d'Yves Calvi pour France Télévisions et de Jean-Pierre Pernaut (TF1). Il fallait deux chaînes pour impressionner l'électeur.

Stress européen
L'information nous vient de Nathalie Schuck, la jeune journaliste du Parisien, accréditée à l'Elysée. « Selon nos informations, Nicolas Sarkozy devrait se rendre courant novembre dans le département des Deux-Sèvres, fief de son ex-rivale de 2007, Ségolène Royal. Initialement, le déplacement était prévu vendredi au lendemain de l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy consacrée à la crise sur TF1 et France 2, en direct depuis la bibliothèque du Palais de l'Elysée. Mais crise européenne oblige, le président est trop fatigué... » Vous avez bien lu: « crise européenne oblige.... » Le story-telling continue.


Il faut avouer qu'il se dépense beaucoup, notre Monarque. Mais ce n'est pas l'Europe et sa crise de gouvernance qui l'ont autant fatigué. Il a certes fait quelques allers-et-retour le weekend dernier entre Paris et Bruxelles, pour être près du berceau de la dernière-née du clan Sarkozy. Mais la fatigue vient d'ailleurs. Le stress de la situation épuise. Les nerfs sont à bout. A Paris, mardi encore, une certaine confusion des esprits régnait encore, à quelques heures de ce sommet européen de mercredi.

Jean-Pierre Jouyet, président de l'AMF, a prévenu que les banques françaises devraient accepter « des sacrifices ». François Fillon reconnaissait, mardi devant les députés, que la restructuration de la dette grecque coûterait « une dizaine de milliards d'euros ».

Juste avant le double sommet des chefs d'Etat, ceux de la zone euro puis ceux de l'Union européenne dans son ensemble, une réunion des ministres des finances initialement prévue a été annulée. L'affaire cache un conflit entre les membres de la zone euro et les autres. Cette réunion avait été demandée par ces derniers. David Cameron en tête, ils sont énervés de subir les contre-coups de la crise de l'euro. Cette annulation en a irrité plus d'un.

Visites électorales
Mais depuis dimanche soir, pour Sarkozy, l'Europe est passée au second plan dans son agenda. Lundi, il a rencontré quelques professionnels du cinéma pour leur promettre de faire réviser le plafonnement budgétaire de leur CNC.

Sarkozy fait aussi campagne, à raison de 150 visites en province par an. Ce mardi, la visite était encore éclair, moins de deux heures sur place, dont une inauguration d'hôpital et une table ronde. Bien sûr que tout cela fatigue !

Le candidat était à Carcassonne, pour monologuer sur la santé. Sans surprise, il a plaidé pour la maîtrise des dépenses, et omis de débattre des défiscalisations diverses qui plombent les comptes de la Sécu. Voyez l'exonération de charges sociales sur les heures supplémentaires depuis octobre 2007, inefficaces et coûteuses. Ou l'extension de la taxe Sodas aux boissons avec édulcorants pour financer une autre exonération de charges sociales, cette fois-ci en faveur des agriculteurs, votée la semaine dernière.

« Je comprends parfaitement le côté inépuisable des besoins mais je voudrais qu'on ait tous ensemble l'honnêteté de reconnaître que la France consacre à la santé des dépenses justifiées qu'aucun autre pays au monde ne fait ». Et il a parlé de son inévitable et épuisant devoir: «Mon devoir de chef de l'Etat, c'est de faire droit aux demandes (...) et de les mettre dans un contexte qui ne conduira pas la France dans les affres, (...) je suis bien obligé de tenir compte des réalités, je ne peux pas être la machine à dire oui à tout le monde ».

Vous avez bien lu, encore une fois: « je suis bien obligé de tenir compte des réalités ». Il faudra ressortir cet aveu. Depuis 2007, Nicolas Sarkozy-qui-ne-veut-pas-augmenter-les-impôts a créé ... 24 taxes. Rien que cela.

Déchirement à droite
Nicolas Sarkozy a un autre motif de fatigue. Son camp se déchire, gravement. Rachid Dati a fait fort. L'ancienne protégée du Monarque a accusé François Fillon d'avoir acheté des voix à l'UMP pour s'implanter à Paris dans « sa » circonscription. On oublierait presque que l'ancienne Garde des Sceaux ... n'est pas députée. L'UMP est ainsi. La perspective de la défaite législative de juin 2012 précipite les ambitions. La guerre des places à la députation fait rage. Sur France Inter, l'attaque de Dati a été particulièrement violente.

Primo, elle critiqua le désintérêt du premier ministre pour les affaires du pays: «Moi, je suis choquée qu’au lieu de s’occuper des Français et de leurs difficultés, il soit en Corée, au Japon, (...) choquée qu’il soit plus préoccupé par son avenir personnel ». Secundo, elle l'a accusé de venir se présenter à Paris par crainte de perdre dans sa Sarthe natale: « Il l'a dit à plusieurs ténors de l'UMP ». Tertio, elle a expliqué que Fillon avait imposé Dominique Tibéri, fils de l'ancien maire Jean, au ministère des Finances «contre l’avis du ministère des Finances», « une nomination en guise de remerciement au ralliement de la famille Tibéri à François Fillon » justifiait le Figaro. Le quotidien de Sarkofrance est venu en défense du premier collaborateur de Sarkozy: « Rien ne prouve (...) que François Fillon est intervenu personnellement pour obtenir la nomination du fils de Jean Tibéri en échange de son soutien ». Mais alors, pourquoi donc cette nomination qui, à l'époque, avait fait grand bruit ?

Ces bisbilles ne sont pas que parisiennes. Elles permettent d'oublier quelques instants le stress généralisé qui a envahi la « majorité » minoritaire. A ceux qui se rassuraient d'un éventuel affaissement de la candidature de Hollande, d'autres ont montré d'autres sondages prévoyant une défaite législative même en cas de victoire présidentielle. Philippe Goujon, maire du XVème arrondissement, président de cette fédération UMP déchirée de Paris, s'est énervé: « On ne peut pas quand on est membre de l'UMP, députée de surcroît, attaquer le Premier ministre ! » Valérie Pécresse, porte-parole du gouvernement UMP, a regretté les « propos irrespectueux » de Dati à l'encontre de Fillon.

Lundi soir, la réunion de conciliation organisée en urgence par Jean-François Copé n'a rien donné. Les sbires de Fillon attendaient une exclusion pure et simple de l'ancienne chouchoute de l'Elysée.

Radicalisation à droite
L'UMP serait un espace de débat. La Droite Populaire emprisonne les sarkozystes dans une surenchère avec l'extrême droite. Après le référendum contre le droit de vote des étrangers, les « Popu » veulent retirer le bénéfice du minimum vieillesse (ASPA, 742 euros par mois) aux étrangers présents en France. C'est l'une des surprises du débat en cours sur le budget de la Sécurité sociale pour 2012: « l'objectif (...) est de rétablir l'équité et de mettre fin à cette injustice qui permet, aujourd'hui, à un étranger hors Union européenne de bénéficier du minimum vieillesse sans jamais avoir travaillé et cotisé sur le territoire national  » a justifié l'un de leurs représentants, Philippe Meunier, co-fondateur du collectif UMPiste. On dénombre environ 22.000 étrangers, sur les 70.000 bénéficiaires de l'ASPA. Pourtant, l'ASPA est déjà réservé aux immigrés titulaires d'un permis de séjour (et résidant plus de 6 mois dans l'année en France). Combien d'étrangers de plus de 65 ans sont légalement installés en France sans avoir travaillé (et donc cotisé) au préalable en France ?

Contre la Droite Populaire, une fraction centriste de l'UMP avait créé le collectif des Humanistes, animé par Jean Léonetti. Ce dernier a peine à se faire entendre.

Un parti divisé, une Europe en flamme, un budget improbable, Nicolas Sarkozy a quelque raison d'être « fatigué, vieilli, victime de l'usure ».

Ami sarkozyste, où es-tu ?

25 octobre 2011

Sarkozy: après la Grande Crise, voici la Grande Trouille

Devant les photographes, ils sourient et se complimentent. En coulisses, ils se menacent, se tancent, s'engueulent. Est-ce la peur de l'échec, les prémices d'un sauve-qui-peut politique généralisé ? Les dirigeants européens se retrouveront mercredi après un weekend de tractations non conclusives.

En Sarkofrance, c'est décidé. Quitte à suivre Angela Merkel, autant dramatiser la situation pour intéresser les Français à autre chose que la candidature de François Hollande ou le calamiteux bilan de Nicolas Sarkozy.

Sermons
Angela Merkel avait été fraîche voire froide à l'encontre de Nicolas Sarkozy la semaine dernière. Dimanche, les deux dirigeants s'étaient presque réconciliés sur le dos de Silvio Berlusconi. Le premier ministre italien s'est pris un savon franco-allemand, Sarkozy affirmant qu'il n'était plus question d'octroyer la solidarité européenne à ceux qui n'étaient pas « décidés à faire eux-mêmes des efforts ». Avec ses 1.800 milliards d'euros de dette publique, sa croissance atone et son immobilisme politique, l'ancien meilleur ami et modèle de Nicolas Sarkozy est devenu le vilain petit canard de l'Europe.

Lors de leur conférence de presse commune, Sarkozy et Merkel se sont silencieusement moqués de leur homologue italien. Interrogés sur leur confiance dans le leader italien, les deux se sont regardés avec un large sourire, provoquant l'hilarité de la salle.  «Nous faisons confiance au sens des responsabilités de l’ensemble des autorités politiques et économiques de l’Italie»… a complété le président français.

Lundi en fin de journée, Il Cavaliere se défendait: « personne n'est en mesure de donner des leçons à ses partenaires »

Disputes
Un autre échange, tout aussi vif mais plus équilibré, est intervenu entre David Cameron et Nicolas Sarkozy. Le premier ministre britannique s'était plaint de la déstabilisation des économies européennes par la crise de l'euro, que son pays n'a pas adopté: « La crise de la zone euro affecte toutes nos économies, y compris celle de la Grande-Bretagne, a martelé M. Cameron. Il est dans l'intérêt de la Grande-Bretagne que les pays de la zone euro règlent leurs problèmes. Mais cela devient dangereux – et j'en ai parlé franchement avec eux – s'ils prennent des décisions vitales pour les autres pays du marché unique, comme des décisions sur les services financiers, qui concernent tout le marché unique. »


Lundi, la presse britannique s'est fait l'écho de la réponse cinglante et peu diplomatique de Nicolas Sarkozy. « Vous avez perdu une belle occasion de vous taire Nous en avons assez de vous entendre nous critiquer et nous dire ce que nous avons à faire. (...) Vous dites détester l'euro, vous n'avez pas voulu le rejoindre et maintenant vous voulez vous ingérer dans nos réunions », a dit le président français à Cameron, selon le Daily Telegraph et The Guardian. Ce dernier a même titré: « Sarkozy à Cameron: ta gueule sur l'euro ! ». 

Angoisses
Il y a trois ans, en 2008, on avait cru revivre 1929. Les messages rassurants de nos dirigeants avaient fait illusion quelques mois. On avait cru s'échapper du Grand Cataclysme grâce, en France, aux titanesques efforts de notre Monarque: suppression des paradis fiscaux, mise au pas des traders, régulation des banques et des marchés, relance de l'économie et investissements « d'avenir » et « d'excellence ».

Depuis 12 mois, un Nicolas Sarkozy en pré-campagne sillonne la France pour répéter devant des audiences acquises à sa cause combien il nous a sorti de la Grande Crise.

Trois plus tard, après la Grande Crise, voici la Grand Trouille.

En fait, les paradis fiscaux sont toujours là, les traders se portent bien, quelque 16.000 milliards de dollars de spéculation financière mondiale échappent à tout contrôle. « Ça prend nécessairement du temps parce que c'est une terre nouvelle, d'une certaine manière, puisque ce qui était il y a trois ans l'une des meilleures signatures, celles des Etats ou des collectivités locales, est aujourd'hui questionné par les investisseurs et les marchés » a reconnu François Baroin lundi. « Le vrai problème, c'est celui des dettes et l'absence de régulation des marchés » a complété le ministre des affaires européennes Jean Leonetti lundi soir sur France 2.  Quels aveux !

L'austérité à l'oeuvre aggrave la situation des pays endettés, précipitant leur dégradation de crédit auprès des agences de notation et des marchés. Après la Grèce, l'Irlande, et le Portugal, voici l'Italie qui devrait bénéficier d'un plan de sauvetage. Ce dernier fait l'objet de négociations discrètes ces jours derniers, nous rapportait le Monde. Un défaut partiel de paiement en Grèce déstabilisera nos banques européennes, qu'il faudra renflouer. En France, le directeur de la Banque Centrale était rassurant lundi matin: « Les banques françaises sont bien capitalisées, ne sont pas exposées à des risques particuliers. Le coût supplémentaire que peut avoir le traitement de la dette grecque est quelque chose qui est parfaitement absorbable ».

Récession ?
L'Allemagne de Merkel s'obstine à lâcher crédits et garanties avec parcimonie, pour mieux échanger des plans d'austérité en contre-partie. En France, les 14 milliards d'euros de réductions de niches fiscales et de dépenses ne suffiront pas. Le gouvernement s'apprête à réviser ses prévisions de croissance pour l'an prochain.

Avec +1% de PIB au lieu des +1,75% initialement prévus, ce sont quelque 8 à 10 milliards de recettes fiscales supplémentaires qui feront défaut, et autant de dépenses à réduire si l'objectif de déficit budgétaire doit être tenu. Un cabinet d'études anglo-saxon, Markit, nous promet une entrée en récession ce mois-ci d'octobre.

On comprend que Moody's soit inquiète. Vendredi, Standard and Poor's ajoutait qu'une éventuelle récession précipiterait la dégradation de la note de la France. Nous sommes prévenus.

Dramatisation
En coulisses, l'équipe Sarkozy espère quand même tirer quelque profit de ce contexte dramatique. On appelle cela la stratégie du pire. Depuis juillet et la mise en scène de l'intervention sarkozyenne pour décrocher un accord, notre Monarque s'était fait plutôt discret. Certes, il fut contraint parfois, comme en août, d'interrompre par deux fois ses quatre semaines de repos au Cap Nègre. Mais pour le reste, il continuait ses inaugurations d'usines, visites de fermes, ou autres discours de campagne. Depuis quelques jours, il paraît qu'il « mise énormément sur une sortie de crise pour rebondir » (L'Express).

Nicolas Sarkozy cherche une issue à son propre impasse. Tout le monde reconnaît qu'il ne fait que suivre Angela Merkel depuis des mois. Dimanche matin, The Guardian - encore lui - titrait: « Sarkozy ne parle plus qu'une langue, l'Allemand ». Samedi soir, l'envoyé spécial de Libération Jean Quatremer s'amusait de voir un Sarkozy en rage sourde regagner sa chambre d'hôtel à Bruxelles pendant qu'Angela Merkel préférait aller trinquer au bar du même établissement.

Depuis 8 jours, l'Elysée a donc choisi la dramatisation. Dimanche soir, Sarkozy parlait avec Merkel devant des journalistes, pour ne rien annoncer. Lundi, François Fillon accueillait les présidents de groupes de l'Assemblée nationale à Matignon.

Mercredi, ce sera donc le Grand Jour, le « Judgment Day »... pour le moment.


 


24 octobre 2011

Sarkozy hésite entre nurserie et sommet européen.

L'opération médiatique fut indécente. En pleine crise, lors d'un sommet européen sur le renforcement des garanties bancaires avant un gigantesque défaut de paiement de la Grèce, Nicolas Sarkozy continuait de faire des allers-et-retours aériens avec Paris pour voir Carla et la toute jeune Giulia Sarkozy.

Qui paye ? Les contribuables.

On croyait que cette naissance devait être intime. Le dévouement du Monarque fut allègrement mis en scène.

Le ministre de l'intérieur s'est encore prononcé sur autre chose que son domaine d'incompétence. Vendredi, il avait quelques critiques à prononcer sur la stature présidentielle de François Hollande, lui aussi. D'après lui, François Hollande n'a pas la « carrure » d'être président.

Claude Guéant avait lui la carrure de l'homme des basses oeuvres. Ces derniers mois, on a célébré son amitié douteuse avec le trouble Alexandre Djhouri et l'inculpé Ziad Takieddine. On a découvert que Guéant avait négocié la vente d'un système d'espionnage informatique au dictateur Kadhafi, celui-la même dont on a vu le cadavre sur nos écrans télévisuels vendredi dernier. Claude Guéant a même une opinion sur la crise de l'euro: « Le rapport de Moody's reconnaît les efforts de la France ».

Faites-le taire.

La confidence avait surpris. Elle émanait d'un membre du conseil européen à l'encontre de Nicolas Sarkozy, rapportée par le journaliste Arnaud Leparmentier du Monde. Jugez plutôt: « Lorsque nous nous téléphonons entre dirigeants européens et que nous en venons à parler de Nicolas Sarkozy, nous nous disons: 'Tu me dis les méchancetés qu'il a dites sur moi, ou c'est moi qui commence?' » Parmi ses collègues chefs d'Etat ou de gouvernement européens, Nicolas Sarkozy jouit toujours d'une sale réputation, celle d'un goujat souvent publiquement hypocrite ou violent dans ses relations: « Nicolas Sarkozy s'est fait une spécialité d'agresser verbalement un de ses collègues pour s'imposer ».

En France, l'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin compléta le tableau, lors du 41e congrès de la Fédération des élus bourbonnais, samedi dernier à Vichy: « Dans cette crise, on a besoin du leadership de Nicolas Sarkozy. Même si je ne suis pas toujours d'accord avec lui?; je pense que, par moments, il a des comportements qui ne sont pas toujours idéaux. Il faut toujours respecter les gens : un Président ça ne dit pas "Casse toi pauvre con ».  En ces temps difficiles, Nicolas Sarkozy a pourtant besoin de bonnes relations avec ses partenaires européens.

L'incorrection n'est pas le seul travers de caractère de notre Monarque.  Samedi, il était à Bruxelles, mais il est allé à trois reprises retrouver Giulia et Carla, à Paris. Difficile d'être nouveau papa quand on affronte une telle crise. Il fallait mettre en scène le sens du devoir de notre Très Grand Homme.

Qui a payé ces 3 allers et retours Paris/Bruxelles dans la même journée pour aller au chevet de la mère Carla et de l'héritière Giulia ?

L'opération médiatique continua.  Un membre de la délégation française confiait dimanche qu'Angela Merkel avait offert un ours en peluche à la nouvelle-née. Elle rattrapait sa réaction initiale plutôt froide, mercredi, quand Sarkozy et elle avaient interrompu en pleine réunion imprévue à Francfort par la nouvelle de la naissance de Giulia. Quelques instants plus tard, on apprenait que David Cameron, le premier ministre britannique, avait offert une couverture de naissance à Giulia Sarkozy.

Dimanche 23 octobre, la Reine mère est sortie de clinique, relâchée avec la môme Giulia pour rejoindre son quartier barricadé de Montmorency dans le 16ème arrondissement de Paris, l'une des rares zones de la capitale fermée par une clôture et des vigiles à l'entrée. L'endroit rassemble quelques-uns des millionnaires du pays. La veille, Marine Le Pen avait livré un prévisible commentaire sur le prénom italien qu'elle « regrettait »: «Je pense que quand on est président de la République française, il m'apparait comme un signal fort de donner à son enfant un prénom français et que beaucoup de Français pensent la même chose que moi ! ». A côté de la plaque mais prévisible.

Samedi, les dirigeants européens ont enfin envisagé de recapitaliser leurs banques, pour 108 milliards d'euros au cas où la Grèce ferait défaut. Cela revient à un relèvement à 9% du seuil de fond propres minimal par rapport aux placements.  Après avoir critiqué les euro-bonds, suivant ainsi Angela Merkel farouchement opposée à l'idée que les Etats faibles de l'Europe puissent puiser dans une dette prétendue européenne que seule l'Allemagne rembourserait, le président français a changé d'avis. Il aimerait que le Fond Européen de Stabilisation Financière devienne une banque de prêt pour Etats défaillants. Il était d'ailleurs soutenu par l'Espagne et l'Italie dans cette démarche. Une source française mais anonyme a tout expliqué au Figaro: « Le problème n'est pas la Grèce, mais d'installer un pare-feu efficace pour éviter une contagion au reste de la zone euro. Pour cela, il faut la taille et la rapidité. Le problème avec un véhicule spécial est que ça prendra du temps à mettre en place et que sa taille ne suffira pas nécessairement. Seule la BCE dispose de la taille et de la rapidité d'action nécessaire ».

Dimanche, les dirigeants de la zone euro ont décidé de confier à Herman van Rompuy, l'actuel président de l'Union européenne désignée voici deux ans, la présidence de la zone euro (16 Etats sur 27). Le communiqué officiel précise: « Le président des sommets de la zone euro sera désigné par les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro au moment où le Conseil européen élira son président, et pour un mandat de même durée. En attendant la prochaine élection, le président actuel présidera les sommets de la zone euro ». C'était la seule décision concrète de ce weekend d'effort européen. Angela Merkel n'avait pas envie de décider autre chose. «Pour moi il est important de répéter qu'aujourd'hui nous préparons les décisions de mercredi » avait-t-elle déclaré à son arrivée à Bruxelles.

Dimanche en fin de journée, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont tenu une conférence de presse commune. Il fallait bien annoncer quelque chose avant l'ouverture des marchés, lundi matin. «Il est essentiel que pour demain matin à l'ouverture des marchés, on ait fait assez de progrès pour ne pas mettre péril la crédibilité de la zone euro» avait expliqué le premier ministre belge dès samedi. Pourtant, les deux dirigeants français et allemand n'ont fait que confirmé ce que l'on savait déjà, aucune décision n'a été prise ce weekend. Il faut encore attendre. «Aucune décision ne sera annoncée à l'issue du sommet de la zone euro qui a lieu ce dimanche en fin d'après-midi à Bruxelles, même si les travaux avancent bien ». a déclaré Sarkozy. On sait pourtant que la proposition française a été rejetée. Une « défaite » commenta le Parisien. Sarkozy nous vendra autre chose.

Mme Merkel a ajouté que « dans les heures à venir, nous discuterons de la façon dont les pays d'Europe conduiront leurs réformes ».

Et mercredi, Sarkozy devra y retourner. Sinon, son agenda de la semaine n'est pas très européen. Lundi, repos, aucun rendez-vous officiel. Mardi et jeudi, les habituels déplacements de province, avec mercredi un conseil des ministres. Puis, vendredi, Sarkozy sera au repos pour un long weekend de 3 jours.

Encore.

Ami sarkozyste, où es-tu ?

23 octobre 2011

Quand Sarko l'écolo recycle de vieux arguments

Narcisse est de retour. L'avez-vous écouté, ce jeudi 20 octobre ? Nicolas Sarkozy parlait d'écologie. Il voulait faire le bilan de ses 4 années de Grenelle de l'Environnement. Il y eut deux interventions, un monologue préparé, avec pupitre, fond vert et drapeau pour délivrer son message d'autosatisfaction devant quelques centaines de militants, et une prise de parole faussement naturelle, au milieu des employés de l'entreprise Séché Environnement, pour les remercier de penser à sa nouvelle petite fille Giulia née mercredi soir.

A Changé, en Mayenne, il inaugurait un nouveau centre de tri de déchets.

Sarkozy adore le recyclage. On l'a vu à l'oeuvre ce jeudi.

Autosatisfaction
Quel est donc se fameux bilan écolo du Monarque, après 4 ans et quelques mois de mandat ? Le bilan de la France en termes d'émissions de Gaz à effet de serre serait « exemplaire ». Pour preuve, la réduction des GES a été de 10% depuis ... 1990. Tiens, Sarkozy s'attribue les vingt dernières années quand ça l'arrange. Sans rire, les communicants de l'Elysée explique que ce résultat « s'explique notamment par le succès du bonus-malus automobile qui a fait du parc automobile français l'un des plus sobres en énergie d'Europe ». On oubliera au passage que Sarkozy n'a rien fait, notamment à la faveur du plan de relance, pour encourager le transport collectif. Autre récupération d'héritage, la branche Est de la LVG Rhin-Rhône inaugurée le 8 septembre dernier, fut lancée bien avant son mandat.

Sarkozy recycla également d'autres mesures, comme l'éco-prêt à taux 0. L'an dernier, le Monarque avait dû supprimer la défiscalisation des intérêts d'emprunt, l'une des mesures de son paquet fiscal de 2007, inefficace et coûteuse. Au lieu de quoi, il a simplement élargi le bénéfice du Prêt à taux zéro aux ménages les plus fortunés... pour peu que l'immobilier concerné soit ecolo-compatible... Voici l'écologie « populaire ».

Sarkozy réécrit l'histoire, en s'arrogeant le bénéfice de l'adoption, en décembre 2008 et sous présidence française de l'Union européenne, de « l'ambitieux paquet énergie-climat». Nous avons déjà expliqué sur ce blog combien ce PEN était une tartufferie sans engagements

Le Monarque était aussi satisfait de la progression de la production électrique éolienne (+33% en 8 ans), mais il fallu attendre juillet 2011 pour qu'il lance le premier appel d'offres en matière d'éolien offshore. Un second appel d'offres sera lancé début 2012, au moment de la campagne. Les cafouillages administratifs en matière d'énergie solaire furent nombreux et mémorables. Le gouvernement avait défiscalisé sans contrôle l'installation de panneaux solaires, à tel point qu'il du suspendre le dispositif.

Le véritable bilan écologique de Nicolas Sarkozy est tout autre. Certes, il a placé le développement durable au coeur de sa communication gouvernementale, et ce dès mai 2007. Mais pour le reste, comment oublier l'échec du Grenelle d'octobre 2007, le soutien discret mais réel aux OGM, la construction de 3 nouvelles autoroutes à la faveur du plan de relance , le rejet des propositions de lois écolos de l'opposition (janvier 2009, juin 2009), le compromis minimaliste sur l'engagement européen à l'horizon 2020, la promotion de l'énergie nucléaire auprès des régimes dictatoriaux (avec la création de France Nucléaire International, la non-tenue des engagements du Grenelle en matière de transports; l'obstination à construire des EPR.

En campagne
Ce jeudi, la véritable information était ailleurs. Nicolas Sarkozy était en campagne, quoiqu'il en dise. Il était là pour tacler, délivrer ses petites phrases contre l'opposant honni François Hollande, devant une salle remplie de militants UMP. La première salve faisait écho à la pitoyable convention UMP de mardi dernier sur le prétendu chiffrage du programme socialiste.
« On me demande des postes de fonctionnaires, des dotations aux collectivités, des dépenses multiples, mais les Français seraient-ils plus contents de se retrouver dans un pays en situation de faillite ? Naturellement, ces décisions ne sont pas faciles, on est un peu seul quand on les prend. Mais si on ne veut pas prendre des décisions difficiles, alors il vaut mieux ne pas être candidat à la présidence de la République.»
Seconde attaque, contre le caractère de François Hollande. On avait ainsi la triste confirmation, en public et en direct, que toute la rage agitée de l'UMP contre la personnalité du candidat socialiste depuis dimanche soir était au moins partagée sinon téléguidée par Nicolas Sarkozy lui-même: « Mon devoir, c'est de prendre des décisions difficiles. Si on ne veut pas prendre des décisions difficiles, mieux vaut ne pas être candidat à la présidentielle ».  
 
Puis, il fallait bien appuyer sur l'éventuel désaccord entre François Hollande et le camp écologiste en matière de nucléaire. Et rien de mieux que d'invoquer François Mitterrand. Trop facile...
« Si la France possède une électricité plus propre et moins chère, elle le doit à l'importance de son parc nucléaire, construit pour la quasi-totalité sous les deux mandats de François Mitterrand. (...) 

Que ceux qui ont été [les] collaborateurs [de François Mitterrand] ne viennent pas aujourd'hui nous expliquer qu'il faut aujourd'hui démonter ce que Mitterrand avait monté. Ou alors, il y a une incohérence, une de plus (...) Je comprends qu'on soit contre le nucléaire, même si je suis pour. Mais ceux qui sont pour le moratoire [sur le nucléaire], c'est étrange. Soit c'est bien, et on continue avec de nouvelles centrales ; soit on est contre. Mais poursuivre en gardant les vieilles jusqu'en 2050... »
Ce jeudi, le candidat Sarkozy voulait faire oublier ses propres zig-zags. Très « écolo » à son arrivée à l'Elysée, il avait été douché froid à Copenhague en décembre 2009, lors du sommet éponyme. Finalement, la cause environnementale l'emmerdait. Ses deux années d'effort ne lui ont servi électoralement à rien. Ses fiascos électoraux successifs aux élections européennes puis régionales étaient là pour le lui rappeler. Pire, il s'était éloigné de son électorat agricole, un coeur de cible déterminant qui semblait lui échapper. Depuis 2009, notre futur candidat avait donc multiplié les signes de reconnaissance: visites d'exploitations en tous genres, dégustations champêtres, discours répétés parfois jusqu'au mot près, petites phrases bien à propos (« L'environnement, ça commence à bien faire »).

Qui est encore dupe ?


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22 octobre 2011

233ème semaine de Sarkofrance: Sarkozy, Père de la Nation ? Un rôle de composition !

Il est à nouveau papa, depuis mercredi soir. Les télévisions ont pu le montrer hyper-actif, de Frankfort à Paris, d'une réunion avec Angela Merkel à la clinique de la Muette au chevet d'une Carla accouchant. Jeudi, la mort du colonel Kadhafi consacrait la fin de l'intervention française en Libye et son rôle de chef de guerre. Il avait même prévu, pour une fois, de bosser un dimanche, avec un sommet européen qualifié de « décisif » ce dimanche.

Malheureusement, cette image de Père de la Nation protecteur et rassembleur ... n'est qu'une image. La désignation de François Hollande dimanche dernier comme candidat socialiste l'a mis en rage. Sarkozy est entré en campagne, multipliant les mots doux aux centristes désemparés par le retrait du débranché Borloo, et les attaques personnelles souvent ignobles contre l'adversaire Hollande. Sur le terrain économique, l'Europe est enlisée, Sarkozy n'a aucun ascendant ni leadership. Et Moody's a menacé de dégrader notre fameux Triple A national d'ici Noël...

Patatras !

Giulia Sarkozy
Elle a quelques jours, elle s'appelle Giulia et ses parents, Nicolas et Carla, font tout pour nous convaincre que sa naissance doit finalement restée intime. Tout au long de sa grossesse, Carla Bruni a été régulièrement exhibée en renfort médiatique de son mari. Le 14 juillet dernier, l'invitation par la Reine Carla de dix épouses de soldats au Fort de Brégançon faisait même partie du programme officiel des cérémonies. Les magazines people s'étaient disputés les photos « exclusives ». Après l'étalage Bling Bling des années 2007-2009, le couple Sarkozy préfère la « starification » version show-biz, avec paparazzis, photos volées et petites allusions. Comme par hasard, jeudi 20 octobre, le lendemain de la naissance de Giulia Sarkozy, France 2 diffusait une quelques mots d'interview de Carla Bruni qui annonçait sa participation à la campagne de réélection de son « mari ». Et la radio publique France Inter réservait 9 minutes de son journal de 13H à la naissance royale.

Nicolas Sarkozy profite évidemment de son rôle de nouveau papa, il a même pris le micro, jeudi en Mayenne, pour expliquer combien son bonheur était privé: «Tous les parents ici peuvent comprendre la joie très profonde que Carla et moi ont ressent, et en même temps, chacun peut comprendre que c'est une joie d'autant plus profonde qu'elle est privée. Donc je me contenterait de ces quelques mots: elles vont très bien. ». Depuis trois semaines, les rumeurs d'un accouchement imminent se multipliaient. On avait même cru que l'opération avait été calée pour le dernier weekend des primaires socialistes. Finalement, ce fut mercredi, dans une clinique du bourgeois 16ème arrondissement.

Impuissance européenne
Entre deux visites à la clinique, Sarkozy a eut le temps d'un aller-et-retour à Frankfort. La crise financière s'est aggravée. Mardi, l'agence Moody's a donné trois mois à la Sarkofrance pour prouver qu'elle tiendra le rééquilibrage promis de ses comptes publics. Mercredi, l'Espagne perdait encore un cran de note. Angela Merkel refusait toujours d'élargir le fond européen de stabilisation financière. Le plan du 21 juillet dernier prévoyait 440 milliards d'euros de prêts ou garanties bancaires supplémentaires. Sarkozy en voudrait davantage. Il sait qu'il en aura besoin pour nos propres banques nationales.

Jeudi, le couple franco-allemand annonçait le report des décisions de restructuration de la dette grecque à mercredi. Ni rééchelonnement des remboursements, ni l'ampleur de la participation du secteur privé bancaire ne seraient finalisés avant ce dimanche. Sarkozy espérait conclure dimanche, puis se montrer à la télévision le lendemain. L'émission est prête, avec son décor façon « C'est à vous », et les deux journalistes sélectionnés par les communicants élyséens. Le show a été décalé à jeudi prochain. En fin de semaine, les marchés financiers anticipaient une dégradation prochaine du Triple A français. Cela se mesure facilement, à l'importance du fameux « spread » (l'écart) de rémunération entre les obligations d'Etat françaises et allemandes.

Campagne accélérée
Le Monarque est en campagne, il n'attend plus. Il s'est doté d'un conseil politique pour 2012. Ses proches répètent qu'il annoncera sa candidature en janvier, mais les allusions perfides et sans débat au contexte politique ne trompent personne. Ses ministres sont chargés d'accélérer le maquillage du bilan. Kadhafi tué (dans des circonstances non éclaircies), Alain Juppé pourra célébrer la victoire de la démocratie, pour mieux masquer les courbettes passées, les échecs en Egypte et en Tunisie, et ... les ventes d'équipements négociés par le couple Takieddine/Guéant. Mercredi, une otage est morte, un autre était libéré. Le moment fut vite « récupéré».

De son côté, Roselyne Bachelot, ministre aux Solidarités Actives, devait livrer un rapport au Parlement « prouvant » que la pauvreté avait baissé en France depuis 2007. L'imposture a été rapidement démasquée. Jeudi, Nathalie Kosciusko-Morizet accompagnait son Patron en Mayenne célébrer les 4 années de Grenelle de l'Environnement. Depuis l'échec du sommet de Copenhague, puis les succès électoraux d'Europe Ecologie Les Verts, Nicolas Sarkozy avait délaissé l'environnement de son agitation de campagne. Il préférait choyer les agriculteurs, victimes de la crise et surtout écoeurés par la désinvolture du Monarque élyséen. De discours dans les champs en visites de fermes, de mots doux en soutiens discrets (cf. le silence gouvernemental sur l'affaire des algues vertes en Bretagne), Sarkozy espérait regagner le terrain perdu. Mais la campagne approche, et le candidat devait rejouer à l'écolo.

Pour couronner le tout, vendredi, le candidat Sarkozy a réitéré sa demande de création d'une taxe sur les transactions financières internationales: « Je suis persuadé que, dans les semaines et les mois à venir, les opinions publiques des pays qui ne se seront pas dotés de cette taxe interrogeront avec beaucoup de violence leurs gouvernements en disant : pourquoi refusez-vous de faire ce geste ?" » Il a même refusé d'attendre que « le monde entier s'en dote ». Et bien chiche ! Vas-y Sarko, vas-y Nico !


Doutes français
En France, l'examen du projet de loi de finance 2012 a débuté mardi. Le gouvernement a lâché un lest minimum pour calmer les impatients. La grogne vient de toutes parts. Contre la gauche, il faut faire croire que ce budget est juste et rigoureux. A droite, certains fustigent la surestimation des recettes fiscales, pour 10 milliards d'euros au moins. On fait la chasse aux niches, de la défiscalisation des ventes de chevaux aux dons aux partis politiques. Même la taxe sur les boissons sucrées a été étendue aux boissons light, vendredi. Sarkozy l'avait promis aux agriculteurs, voici dix jours, pour leur financer un nouvel allègement de charges sociales. D'autres députés de son camp voulaient alourdir l'impôt sur le revenu des plus riches, via la création d'une nouvelle tranche. François Fillon a concédé un durcissement de la fameuse taxe exceptionnelle et temporaire qu'il avait prévu dans son micro-plan de rigueur: de 3% du revenu fiscal, elle passera à 4% pour les revenus supérieurs à 500.000 euros. Et elle s'appliquera dès 250.000 euros de revenu.

Quel effort ! Pécresse espère ainsi gratter 2 milliards d'euros supplémentaires. Seuls 26.000 foyers sont concernés. La France est le pays européen qui compte le plus de millionnaires.

Mais la véritable inquiétude est ailleurs, y compris et surtout chez les agences de notation: le projet de budget français n'est pas crédible. Les perspectives de croissance sont maintenues à 1,75% l'an prochain, une estimation à laquelle aucun institut ne croit plus; et le rabot des niches fiscales reste modeste. Mercredi après-midi, les députés socialistes ont proposé 12 à 15 milliards d'euros de suppression de niches fiscales complémentaires. Le lendemain, François Baroin (Finances) a laissé entendre que le gouvernement allait se résigner à réduire sa prévision de croissance. Il craque.

Parti des Riches
Depuis lundi, le Monarque était furax. Le sacre tant redouté de François Hollande a bien eu lieu. Le candidat socialiste l'a emporté haut la main face à Martine Aubry lors du second tour des primaires socialistes, de surcroît avec une participation plus importante qu'au premier tour. Dès lundi, la charge était lancée. Jean-François Copé, debout sur sa petite estrade au siège l'UMP rue de la Boétie à Paris, traita Hollande de poltron. La riposte du clan sarkoyenne sera personnelle et ad nominem. Toute une équipe de sous-ministres, députés médiatiques et conseillers de l'ombre ne travaillent qu'à cela.

Mardi, les ténors de l'UMP et du gouvernement se sont succédés sur la tribune du Pavillon Gabriel, face aux jardins de l'Elysée, pour fustiger le coût du programme socialiste, 255 milliards d'euros en 5 ans (alors qu'un institut patronal le chiffrait à 30 milliards, avant recettes nouvelles), Fichtre ! Copé avait fait installer un gros compteur sur le mur. Valérie Rosso-Debord, la jeune députée et nouvelle égérie du Sarko-fan-club, égrénait les charges comme une animatrice de Téléthon, micro en main. Le spectacle amusa la galerie médiatique et les réseaux sociaux. Une telle rage illustrait surtout l'inquiétude qui règne au coeur de l'aréopage sarkozyen.

Parti des affaires
La Sarkofrance, c'est aussi des scandales, ses affaires, une République irresponsable et si reprochable. Mardi, coup de théâtre, Bernard Squarcini, le patron de nos services secrets, un fidèle du Chef de l'Etat, était mis en examen pour « atteinte au secret des correspondances, collecte illicite de données et recel du secret professionnel » dans l'affaire des fadettes du Monde. Squarcini n'est pas content. Il n'a fait qu'exécuter les ordres. Son propre patron, Frédéric Péchenard, directeur de la police nationale, devrait suivre.

Jeudi, on apprenait que l'ancien ami du Monarque Thierry Gaubert, inculpé pour recel d'abus de biens sociaux, était en plus visé par une plainte pour subornation de témoin. Des enregistrements de conversations téléphoniques avec sa femme montreraient qu'il l'a menacé si elle en confiait trop au juge.

Une autre proche de Nicolas Sarkozy, Joelle-Ceccaldi-Raynaud, maire UMP de Puteaux, avait été entendue cet étécomme témoin assisté par un juge de Nanterre dans une enquête sur des soupçons de malversations financières, dans le cadre du renouvellement d'un contrat de chauffage urbain du quartier d'affaires de la Défense. De nouvelles révélations du Canard Enchaîné ont provoqué l'ire de l'élue qui a fait acheté tous les exemplaires du journal dans sa ville.

On croit rêver.

Dans 10 jours, le SMIC n'augmentera pas. Le mois dernier, l'inflation officielle n'était « que » de 1,96%. Cela tombe bien, la revalorisation mécanique du SMIC ne se déclenche qu'à 2% d'inflation.

C'est aussi ça, la Présidence des Riches.

Ami sarkozyste, où es-tu ?