1 octobre 2011

230ème semaine de Sarkofrance: finalement, Sarkozy a peur

Toute la semaine, il a fait comme si de rien n'était. Il ne s'est pas exprimé publiquement sur le climat délétère, la défaite sénatoriale, les instructions judiciaires qui atteignent ses proches. Nicolas Sarkozy a préféré louer son bilan universitaire, le soutien à la Grèce surendettée, ou le lancement d'un TGV au Maroc.

Mais en coulisses, il enrage de ces coups qu'il juge trop bas; cherche à remotiver ses troupes encore une fois.

Et il a peur.

La peur du fiasco
La semaine avait mal commencé. Nicolas Sarkozy venait de perdre son Sénat, la veille. A l'Elysée, il convoqua François Fillon et Jean-François Copé. Puis le lendemain, quelques autres ténors de Sarkofrance. Il était choqué et en rage. Il accusa les défaites passées (municipales, cantonales, régionales), qui ont réduit le nombre de grands électeurs de droite pour assurer, comme à chaque scrutin sénatorial intermédiaire depuis 1958, une confortable majorité à droite. Ce changement de majorité risque aussi de freiner l'adoption des dernières (rares) réformes sarkozyennes, ou permettre de lancer des quelques commissions d'enquête.


Pour remotiver ses troupes, le Monarque avait peu d'arguments. Il dénonça la calomnie malgré les preuves; et voulait rester optimiste dans l'épreuve. Cette semaine, il a aussi « labouré » ses thèmes favoris de campagne (famille, universités, Alzheimer), et ciblé quelques « communautés » électorales clés (cinéastes, seniors, arméniens).

A droite, on se reprend à douter de sa capacité à gagner la prochaine élection présidentielle. Jeudi soir sur France 2, Alain Juppé s'est dépensé pour convaincre de tout le bien qu'il pensait de la candidature du Monarque. Mais au passage, il confia qu'on n'était jamais à l'abri d'une surprise. Quel soutien !

A gauche, la primaire socialiste se déroule sans accroc, ou presque.

La peur de la Bourse
Nicolas Sarkozy est-il otage des marchés et des agences de notation ? La situation boursière l'angoisse. Pour 2012, son projet de loi de finances, le dernier de son mandat, affiche encore des comptes publics détestables.Près de 50 milliards d'euros iront encore régler nos agios. Au second trimestre, la dette publique de la France s'est accru de 46 milliards d'euros en 3 mois, pour atteindre 1.692 milliards d'euros à fin juin 2011. Quand Sarkozy est devenu président, elle n'était « que » de 1.250 milliards d'euros.

Cet homme-là ose encore donner des leçons de gestion.

Le projet de budget a été déposé pour examen à l'Assemblée nationale mercredi. Le coup de rabot sur les niches fiscales est encore modeste (11 milliards d'euros, comme en 2011). A ce rythme-là, il faudra attendre cinq ou six ans avant d'espérer approcher l'équilibre. La ministre du budget Valérie Pécresse promet que la dette publique baissera... à partir de 2013. La pauvre ne sait même pas où elle sera l'an prochain. Pour l'heure, ce projet de budget est déséquilibré, insuffisant et truffé de gadgets. Il repose sur une hypothèse de croissance de 1,75% (dégradée de 0,75 point l'été dernier), alors que la plupart des instituts nous promettent 0,8%. Les plus fortunés sont, comme souvent, plutôt épargnés: une micro-taxe temporaire de 3% pour les très riches, un relèvement d'un point des prélèvements sur les revenus du patrimoine, et une taxation progressive des plus-values immobilières des résidences principales qui ne frappe pas que les riches. En revanche, certaines réductions de crédits (-30.000 enseignants, policiers et autres fonctionnaires; -15% des crédits pour l'emploi; -7% des indemnités d'arrêt maladie dans le projet de financement de la Sécu), financièrement modestes, auront des conséquences désastreuses pour le plus grand nombre.

Bref, Pécresse, comme Sarkozy, espère bien convaincre agences et marchés de leur crédibilité. Vendredi, le Monarque pouvait souffler. La veille, les députés allemands ont voté en faveur du plan de sauvetage de la Grèce proposé le 21 juillet dernier. Ce vote angoissait l'Elysée au plus haut point. En juillet dernier, Nicolas Sarkozy nous avait présenté les décisions du sommet européen comme « la » solution miracle. Mais ces grandes mesures estivales, adoptées dans l'urgence des agences de notation et d'une nième crise de l'euro, nécessitaient une ratification des parlements des 17 Etats membres. Et oui. Il nous fallait 17 ratifications. Il en manque encore 3, dont la récalcitrante et minuscule Slovaquie.

Chez Nicolas Sarkozy, le problème se cache souvent dans les détails. Les communiqués de victoire sont souvent publiés avant la fin des combats. Vendredi matin, le président pouvait accueillir sereinement le premier ministre grec Papandréou. A l'issue d'une réunion qu'il voulait symbolique, le Monarque s'exprima, exceptionnellement, sur le perron de l'Elysée, avec micro et solennité:  « Lorsqu'un membre de la famille éprouve des difficultés, les autres membres de la famille doivent l'aider. »

Et ses conseillers tentent de convaincre Angela Merkel d'un mini-sommet improvisé à Berlin ... le 9 octobre, jour du premier tour de la primaire socialiste. Quelle coïncidence ! 

Ces petites manipulations médiatiques ne sauraient cacher l'essentiel.

La peur du juge
Il n'y a pas que le climat économique qui est détestable. La multiplication des affaires et leurs rebondissements ont définitivement pourri cette fin de mandat. La presse est à nouveau unanime, ou presque : « Nicolas Sarkozy regarde ses hommes tomber » (L'Express), « Les coulisses d'une fin de règne » (Le Nouvel Obs); « Un parfum de fin de règne » (Le Point); « les affaires continuent » (Marianne)

Lundi, Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, monte en défense. Il affirme que rien ne lie Sarkozy à l'affaire Karachi. Le retour de bâton est cinglant. En direct sur le plateau de France2 puis ensuite sur le site de Mediapart, Edwy Plenel exhibe six documents incontestables et incontestés qui placent Nicolas Sarkozy, comme quelques-autres, au coeur du scandale. Trois jours plus tard, le coup se complète. Ziad Takieddine se confie à BFM TV et samedi à Libération. Il a été mis en examen une seconde fois, par un autre juge, pour faux témoignage. Il a décidé de parler. Il ne dit pas tout, mais il balance davantage. Il réclame une levée totale du secret défense sur les contrats d'équipement militaire qui le concerne. On croyait, comme nous l'avait encore expliqué tous les défenseurs du Monarque, qu'il avait été levé sur toutes les pièces nécessaires à l'instruction... Takieddine explique aussi qu'il a toujours agi sur ordre de Sarkozy dans ses négociations avec l'Arabie Saoudite (contrat Miksa, 2003), la Libye (depuis 2007) ou la Libye (2005-2007). Il appelle Sarkozy « le patron ».

Le même jour, Brice Hortefeux fait une autre bourde. Le Nouvel Observateur révèle que l'ancien ministre a estimé que l'avocat des familles de victimes de l'attentat de Karachi mériterait d'être « fracassé ». Ce dernier a porté plainte.

Mercredi, le choc est tout aussi grand. Philippe Courroye, l'ami des dîners, décoré d'une Légion d'honneur comme tant d'autres, allait être mis en examen pour son rôle dans l'espionnage de trois journalistes du Monde en juillet 2010 dans l'affaire Woerth/Bettencourt.
Un procureur de la République mis en examen ! Vendredi, la juge Isabelle Prévost-Déprez était entendue à la Cour d'appel de Versailles. Certains voudraient nous faire craindre une sanction. La juge s'était confiée dans le livre Sarko m'a Tuer. Elle y rapportait un témoignage embarrassant mais officieux, démenti depuis, sur le financement illégal de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. L'ancienne comptable de Liliane Bettencourt, autre témoin, confirme à Libération: (1) Nicolas et Cécilia Sarkozy visitaient régulièrement la milliardaire avant 2007; et (2) Patrice de Maistre lui a demandé de retirer 50.000 euros pour la campagne de Sarkozy.

L'étau se resserre. Et Sarkozy est contraint à faire sauter ses fusibles. Les hommes du président sont un à un écartés du premier cercle.

Après les mises en examen de deux proches du Monarque, Brice Hortefeux est allé s'expliquer chez la police judiciaire de Nanterre: « J’ai pu préciser et démontrer que je n’avais eu aucun accès à des éléments de l’enquête et de la procédure judiciaire » a-t-il déclaré à sa sortie. Vendredi soir sur France2, Hortefeux a baragouiné de mauvaises explications sur ses appels à Thierry Gaubert, ce proche de Sarkozy finalement inculpé la semaine dernière. Il aurait eu « l'intuition » que l'épouse de Gaubert parlait beaucoup au juge... Des écoutes téléphoniques avaient montré qu'il avait prévenu Thierry Gaubert, l'un des futurs mis en examen, avant son interpellation. Avec cette confession accélérée, Hortefeux espère avoir recouvrer quelque crédit. Sarkozy, depuis 15 jours et du propre aveu du ministre, ne l'a toujours pas appelé.

« Tout cela est infâme. C'est toujours les mêmes, comme par hasard. C'est toujours la même volonté de nuire.» Nicolas Sarkozy était en rage. 

Ami sarkozyste, où es-tu ?



5 commentaires:

  1. Midi Libre : Quelle est votre réaction à la mise en examen de Nicolas Bazire et Thierry Gaubert, proches du chef de l’État ?

    Sandrine Leclerc : Nous n’avons pas été surprises. Cela fait longtemps que nous, les familles des victimes, avons la conviction que l’attentat est lié au financement de la campagne de Balladur. Vu les entraves et les manipulations auxquelles on a eu droit, nous sommes heureuses que la justice puisse avancer. Et on enrage que des hommes aient préféré privilégier des affaires de fric et leurs carrières. On ne s’arrêtera pas tant que les auteurs de l’attentat, les commanditaires et ceux qui leur ont fourni le mobile, ne seront pas traduits au tribunal. On doit bien cela à nos pères...

    Midi Libre : Votre avocat a demandé une enquête, suite aux conversations téléphoniques entre Thierry Gaubert et Brice Hortefeux...

    Sandrine Leclerc : On observe un troupeau aux abois. Quand un ancien ministre de l’Intérieur a l’imprudence de parler ainsi au téléphone, on se dit vraiment qu’ils sont dans la panique et qu’ils se serrent les coudes pour ne pas couler. Si tous ces gens n’ont rien à se reprocher, qu’ils s’expriment ! Malheureusement, les obstructions auxquelles nous avons fait face nous forcent à croire qu’il y a une volonté d’étouffer l’affaire. Nous sommes face à des gens de pouvoir et d’argent qui sont prêts à tout, même à violer le secret de l’instruction et à entraver la marche de la justice. On ne peut que rendre hommage à la volonté et au travail des juges Trévidic et Van Ruymbeke.

    Que demandez-vous aujourd’hui ?

    On demande que Brice Hortefeux et Renaud Donnedieu de Vabres soient entendus par le juge. Et nous estimons que Nicolas Sarkozy devrait s’exprimer de lui-même sur ce dossier, puisque son immunité l’empêche d’être entendu comme témoin. Il doit bien cela aux citoyens français. Car au-delà des 11 morts, l’affaire Karachi les concerne tous. Si la piste qui se dessine est exacte, c’est le citoyen français qui a mis la main à la poche pour financer des buts partisans.

    Vous reprochez à Nicolas Sarkozy de vous avoir abandonnés…

    Et surtout il nous a menti. Lors de notre unique rendez-vous avec lui, à notre demande en avril 2008, il s’était engagé à trois choses. D’abord, nous informer de l’avancée de l’enquête. Promesse non tenue ! Ensuite nous recevoir chaque année pour faire le point. Quand on l’a sollicité dans ce sens, suite aux nouveaux éléments, il a refusé en évoquant la séparation des pouvoirs. Enfin, il nous avait promis son soutien total pour connaître la vérité. On ne veut pas de la compassion, on veut du soutien. On veut la levée totale du secret défense.

    Le communiqué émis par l’Élysée indique que le nom du chef de l’État n’apparaît pas dans le dossier…

    Comment connaît-il le dossier ? Il y a là une violation manifeste du secret de l’instruction. En outre, c’est complètement faux. Nicolas Sarkozy est cité au moins deux fois en tant que ministre du Budget pour avoir validé la création de la société offshore Heine en vue de régler des commissions à des intermédiaires dans le cadre de ventes d’armes. Pourquoi monter une société offshore alors que les commissions étaient légales ? Par ailleurs, le dossier fait état de lettres de chantage adressées à Nicolas Sarkozy par un certain M. Boivin, patron de Heine, qui demandait de l’argent pour son silence.

    La vérité éclatera-t-elle un jour ?

    Oui, on a de l’espoir, même si on reste prudents. Mais aujourd’hui, on a moins peur que cette affaire soit classée ou qu’un des juges soit dessaisi du dossier. Mme Gaubert et Mme Takkiedine ne sont pas venues voir le juge les mains vides. Et Renaud Van Ruymbeke n’aurait pas procédé à ces mises en examen sans biscuits. Il y a des éléments et on est en droit d’attendre de nouvelles auditions et de nouvelles mises en examen dans les semaines à venir.

    http://www.midilibre.fr/2011/09/27/nicolas-sarkozy-nous-a-abandonnes-et-menti,394409.php

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  2. Proletarium

    Nous vivons dans un pays ou 80% des gens sont pauvres
    Qui n'ont jamais goûté et ne gouteront jamais les fruits de la croissance
    Supporter la crise, c'est leur seule et unique chance
    La moitié d'entre nous vit en dessous du seuil de pauvreté
    Nous ne vivons plus, nous survivons!
    Nous ne rêvons plus, nous crevons!
    Nous sommes les nouveaux prolétaires...

    http://www.lejournaldepersonne.com/2011/09/proletarium/

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  3. Et le Chef de l'Etat continue à ne pas s'adresser aux Citoyens ... Et le Chef de l'Etat s'obstine à se planquer près du ventre de sa femme ... Espère t'il un flot d'émotion favorable à ses sondages miteux lorsque l'enfant apparaitra ?
    Fin de règne oui, lamentable ...
    "Plus haut et vite tu monteras, plus la chute sera dure à encaisser"

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  4. Qu'on nous le laisse encore un peu ce Hortefeux : qu'est-ce qu'on se marre avec ce roi de la boulette !! Avec des amis comme ça tSarkozmzy n'a nul besoin d'ennemis !!

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  5. Depuis au moins 2002 la République de notre pays est présidée par des poli-tocards illégitimes dont certains depuis près de 40 ans s'arrogent le droit de donner des leçons aux citoyens. Traitres à la démocratie, traitres au pays et à sa population, ils devront être jugés pour ce qu'ils ont fait ici et ailleurs contre les droits des hommes.

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