29 octobre 2011

234ème semaine de Sarkofrance: Sarkozy, "vous n'avez rien compris"

Le « petit garçon », comme l'avait qualifié le journaliste Poivre d'Arvoir en 2007, était de retour. Certes, il maîtrise mieux ses nerfs mais l'impatience et le narcissisme sont intactes. Ces derniers jours, il était enragé d'être incompris.

Nicolas Sarkozy avait besoin de nous montrer qu'il était le Boss, le Patron, le Capitaine. Cette semaine, la 234ème depuis son élection à l'Elysée, fut exemplaire de cette tentative de reconquête.

Le spectacle fut au rendez-vous, avec un sommet de crise et forcément nocturne, puis de la pédagogie télévisée sur-mesure le lendemain.

Nous n'avons rien compris. Sarkozy n'est pas candidat.
Nicolas Sarkozy est évidemment candidat à sa réélection. Il n'ose pas nous le dire. Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel serait obligé de comptabiliser ses prises de paroles dans le quota radiotélévisé de l'UMP. Hypocrite jusqu'en février prochain, notre Monarque laisse donc ses sbires s'exprimer. En petit comité, il peaufine ses arguments contre le candidat socialiste. « Il n'y a pas de France de Hollande (sic), alors qu'il y avait une France d'Aubry, un peu aigrie, revendicative, fonctionnarisée » aurait-il déclaré lundi dernier. Il a même « sa campagne dans la tête », « comme Balzac, qui préparait le plan détaillé de ses romans avant d'écrire ». Ses conseillers invoquent régulièrement l'exemple de François Mitterrand en 1988, entré tardivement en campagne. On commande aussi régulièrement des sondages, comme ce dernier, « qualitatif », sur comment mieux comprendre et séduire l'électorat parti au Front national. Nicolas Sarkozy dépense l'argent des contribuables pour une cause qui n'est que la sienne, sa survie après le 6 mai prochain.


Nous n'avons rien compris. Sarkozy était notre sauveur.
Des jours durant, ses conseillers ont travaillé les médias et l'opinion sur un improbable sommet européen de la dernière chance. Sans accord européen, nous allions tous disparaître, le monde allait sombrer. Ce serait la faillite générale, la confrontation tous azimuts et pourquoi pas la guerre. Rappelez-vous 1929 ! Jeudi soir, 24 heures après les faits, Sarkozy n'avait pas de termes assez forts et anxiogènes devant les deux journalistes ébahis qu'il avait choisis pour expliquer combien nous avions frôlé la catastrophe:

Il ne ressemblait pas à un Sauveur. Assis derrière un bureau vide et sans tiroir, Sarkozy contrôlait mal ses tics. Il se penchait à répétition, agitait ses mains, haussait les sourcils en cascade. On mesurait combien il devait prendre sur lui, forcer le sourire et garder sa hargne. Il voulait être C-R-É-D-I-B-L-E.

Sarkozy était notre Sauveur. Les Bourses étaient d'accord. La fin de semaine fut faste


Nous n'avons rien compris. Il n'y avait pas que la Grèce. 
En juillet dernier, le « plan de l'avant-dernière chance » portait le Fond Européen de Stabilité Financière à 440 milliards d'euros, pour sauver une Grèce surendettée à 350 milliards. Il fallut attendre 3 mois pour que l'opération soit ratifiée dans chacun des 17 Etats membres de la zone euro. Le pseudo-leadership franco-allemand ne s'était pas pressé alors qu'il y avait urgence. Sarkozy était même parti en vacances. Il avait fini par revenir deux fois au mois d'août, dérangé entre deux ballades à vélo au Cap Nègre.

Depuis une semaine déjà, les tractations franco-allemandes s'étaient enlisées. Le sommet de dimanche fut reporté à mercredi. En fait, il ne s'agissait plus simplement de sauver  la Grèce mais aussi l'Italie. Le roitelet italien du « Bunga Bunga » ne tenait pas ses promesses de rigueur. Il fut même moqué publiquement dimanche par Sarkozy et Merkel. La scène était indécente.

Berlusconi parle beaucoup mais agit peu, cela vous rappelle-t-il quelqu'un ?

En France, Nicolas Sarkozy craignait pour son Triple A. Jeudi soir à la télévision, aucun des deux journalistes n'osa l'interroger sur les doutes de l'agence Moody's à propos de la France. A Paris, les députés UMP se chamaillaient sur les rabots de niches fiscales et autres augmentations d'impôts. Ils votèrent le gel des prestations familiales jusqu'en avril prochain. Depuis 2007, Sarkozy a créé une bonne trentaine de taxes nouvelles. Formidable ! Certains UMPistes ont quelques doutes. Vendredi, Xavier Bertrand, le ministre du travail, avait lâché sur la réduction des indemnités journalières. Mercredi, il avait tenté d'expliqué que les entreprises compenseraient via leurs mutuelles. Funeste arnaque. 

Nous avions trop compris. Les banques étaient encore sur son chemin.
Il était énervé, le Nicolas. Mercredi soir, le lobby bancaire a failli lui pourrir son sommet européen. Il fallut attendre 4 heures du matin pour faire une conférence de presse improbable. Les banques créditrices ne voulaient pas supporter seules et sans garantie l'effacement de la moitié de la dette grecque décidé par les dirigeants de l'eurozone (106 milliards d'euros). L'Europe est allée chercher la Chine à la rescousse, pour porter son FESF à 1.000 milliards d'euros de prêts et garanties. La quote-part française sera de 100 milliards, cinq points de PIB, rien que cela. Et Sarkozy nous promit qu'avec les banques, cette fois-ci, les « bonus et rémunérations invraisemblables », c'était « terminé». La Banque de France interdira-t-elle enfin aux banques de distribuer des dividendes ?

Sarkozy nous enfume, mais nous le savons. Quatre ans que cela dure.

Jeudi soir, Nicolas Sarkozy joua donc au professeur à la télévision. Ce Sarko-Show fut un croisement de C'est Pas Sorcier et Combien ça coûte. Il avait mobilisé deux chaînes de télévision (TF1 et France 2), pour une heure et 15 minutes d'explications, de leçons et d'agacements publics. Face à lui, deux intervieweurs choisis par l'Elysée qui ne maîtrisaient pas leur sujet, Yves Calvi et Jean-Pierre Pernault. Quelques blogueurs politiques leur avaient préparé les questions qui fâchent, mais elles furent rarement posées. Calvi et Pernault ne relancèrent jamais quand Sarko répondait à côté. Notre Monarque ne voulait parler que son rôle de sauveur du monde, et de rien d'autres. Douze millions de personnes regardèrent l'émission, un score moyen pour les deux chaînes. Le public, d'après Médiamétrie, était essentiellement masculin et âgé. Comme dirait Jean-François Copé, quelque 54 millions de Français n'ont pas regardé Sarkozy jeudi soir.

Nous avions trop compris. Sarkozy avait un problème de crédibilité. 
De cette heure et 15 minutes de monologue, on retint surtout que Sarkozy avait la trouille de son bilan. Il n'évoqua pas le chômage. Ce fut heureux. Les dernières statistiques, publiées trois jours avant, montraient combien la situation était grave. Il ne parla non plus des 500 milliards d'euros de dette publique supplémentaire de son quinquennat. Il loua la fiscalité allemande, son grand dada depuis deux ans, mais qu'a-t-il fait depuis 5 ans ?


Il resta également bien évasif sur quelques points toujours obscurs du plan européen: quelles contre-parties avait-il lâché aux banques et à la Chine ? Car la Chine, la plus grande dictature du monde, est devenue le premier créancier d'Etats imprévoyants. A force de simplifier le débat, Sarkozy omit de dévoiler quelques croustillants détails de l'accord européen, comme celui-ci: dorénavant, chaque gouvernement de l'Union devra consulter ses voisins et la Commission « avant l’adoption de quelque réforme majeure économique ou budgétaire pouvant avoir un impact sur le reste de la zone euro ».

Nous avions trop compris. Sarkozy racontait n'importe quoi.
Les seules annonces furent le relèvement partiel de la TVA et l'abaissement de la prévision de croissance pour 2012. Avec quelques semaines de retard, le Monarque se ralliait au consensus général. Mais le Monarque reporta à plus tard les détails de l'inévitable seconde tranche d'austérité de 6 à 8 milliards d'euros. Courageux ... mais pas téméraire.

Notre Monarque « extrapola » souvent jusqu'à mentir. Ainsi sur les retraites, Sarkozy nous promit que « sa » réforme rapporterait 24 milliards d'euros chaque année au budget du pays. 24 milliards, c'est l'extrapolation gouvernementale ... dans 15 ans !

Sa rage sourde d'être incompris l'égarait. Il bafouilla une improbable explication sur les raisons de nos tourments. C'était la faute ... aux socialistes, avec leur fich passage à la retraite à 60 ans à l'aube des années 80 (« Invraisemblable » !) et leurs 35 heures vingt ans plus tard (Une « folie » !). Le même Sarkozy accusa les excès de la finance mondiale et la crise internationale tout en rappelant que la France depuis 2008 avait moins souffert que la plupart de ses voisins. Que fallait-il comprendre ? Que François Mitterrand et Lionel Jospin étaient responsables de la crise mondiale depuis 2008 ? Ou que le modèle social français nous avait protégé mieux qu'ailleurs ?

Ce jeudi soir devant le poste, on a bien rigolé.

C'était la faute des autres.

Quelle semaine !

Ami sarkozyste, où es-tu ?




11 commentaires:

  1. Le mythe continue de se tisser d'un Sarkozy ayant permis que la France souffre moins de la crise que ses voisins. Il s'articule à présent avec l'alerte nouvelle : ce sont ces prédécesseurs qui ont mis l'Etat dans ce pays et François Hollande promet la même chose.
    D'un point de vue communication, c'est bien monté et ça risque de marcher…
    :-)

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  2. A propos du sommet européen :

    L’accord du jeudi 27 octobre n’a pas du tout rassuré les investisseurs internationaux. L’Italie est toujours obligée de payer des taux d’intérêt qui continuent à augmenter.

    Les taux d’intérêt de l’Italie sont repartis à la hausse.

    Italie : taux des obligations à 10 ans : 6,023 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GBTPGR10:IND

    Vendredi 28 octobre 2011 : l'Italie a lancé un emprunt sur les marchés internationaux. Et ça a été un carnage.

    Malgré l’accord européen pour tenter de juguler la crise, le coût de financement de la dette colossale de l’Italie a encore grimpé vendredi lors d’une émission obligataire test, les marchés continuant de douter de la crédibilité du gouvernement Berlusconi.

    Signe le plus inquiétant, les taux d’intérêt des titres à échéance 2022 ont dépassé la barre symbolique des 6 %, seuil considéré comme dangereux par les analystes, en s’inscrivant à un niveau record de 6,06 %, contre 5,86 % le 29 septembre, date de la dernière opération similaire.

    Les taux des titres à échéance 2014 ont eux progressé à 4,93 %, contre 4,68 % lors de la précédente émission, ceux des titres à échéance 2019 à 5,81 %, contre 4,03 %, et ceux des titres à échéance 2017 ont progressé à 5,59 %, contre 2,33 %.

    http://www.romandie.com/news/n/CRISELe_cout_de_la_dette_italienne_grimpe_encore_malgre_l_accord_europeen281020111510.asp

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  3. il a bonne vue paour la paille dans l'oeil du voisin mais il est aveugle pour la poutre dans les siens

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  4. Si on se pense à la loupe sur le personnage, comme Jean Rostang sur une grenouille, on tient là un specimen rare et complexe.

    Incarné avec autant de force et conviction, l'ignorance,la mauvaise foi,la prétention et la vulgarité ne relève pas seulement des caprices de la nature mais nous informe sur les phénomènes de dégénérescence liés à la consomation de produits stupéfiants.

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  5. Le prétexte ordinaire de ceux qui font le malheur des autres est qu'ils veulent leur bien.

    Vauvenargues.

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  6. Faut pas être méchant avec Sarko car après lui c'est le néant total qui nous attend.

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  7. " Faut pas être méchant avec Sarko car après lui c'est le néant total qui nous attend".

    Là, je ne suis pas d'accord, ce ne sera pas le néant total après lui mais le sort de la Grèce qui nous attend en France. C'est programmé depuis pas mal d'années, la crise de la "Dette", n'est qu'un moyen pour nous préparer à accepter l' inacceptable.

    Comment comprendre autrement que les chefs d'états de la zone euro livrent les peuples poings et mains liées aux marchés de la finance? Bientôt, l'oligarchie financière n' aura plus besoin de paradis fiscaux pour planquer son argent car ce sera la norme. Détournement de biens sociaux, argent sale de la drogue ou de la traite d'êtres humains, évasion fiscale, tout cela disparaitra des unes des média.

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  8. Ultime pied de nez du gnome avant de partir à la France qu'il a ruiné lire la lettre de Guy Mocquet aux banquiers chinois au Fouquet's !

    Ajoutant en saluant de la main son fameux :
    "Et merci, hein..."

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  9. Le problème reste celui des journalistes. On nous martèle qu'ils sont de gauche pourtant même les journaux que l'on dit de ce bord ne critiquent pas les mensonges de Sarkozy.

    Le pire reste la télévision dont l'influence est très forte sur les volatiles, je veux parler de ceux qui changent de camp facilement.

    La machine à nuire et à mentir est en marche.

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  10. Bonjour,

    De quoi est responsable le petit de l'Elysée. Pour un, il nous ferait croire qu'il n'a jamais habité L'Elysée, et que nous avons été victimes d'une hallucination collective en le voyant se moquer des Français au quotidien. s'il fallait un nouveau terme pour désigner la malédiction, ce serait Sarkozy. Cet homme est tout simplement en dessous de tout, il est extraordinaire de roublardise et de défausse. Pitoyable !

    A2N

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  11. Sarkozy : "Je demande simplement aux Français de se souvenir..."
    Pétain : "Français, vous avez vraiment la mémoire courte."
    Sarkozy : "En 2008, c'est la crise d'un monde financier - disons les choses - qui faisait n'importe quoi."
    Pétain : "Pour notre société dévoyée, l’argent, trop souvent serviteur et instrument du mensonge, était un moyen de domination."
    Sarkozy : "Il faut surtout dire la vérité."
    Pétain : "Ce n’est pas moi qui vous bernerai par des paroles trompeuses. Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal."
    Sarkozy : "On a expliqué aux Français qu'on pouvait passer de la retraite à soixante-cinq ans à la retraite à soixante ans."
    Pétain : "L’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu’on a servi. On a voulu épargner l’effort."
    Sarkozy : "Les trente-cinq heures ont ruiné la compétitivité du pays."
    Pétain : "Notre défaite est venue de nos relâchements. L’esprit de jouissance détruit ce que l’esprit de sacrifice a édifié."
    Sarkozy : "Je suis là pour faire un travail difficile, qui demande le courage de prendre des décisions impopulaires."
    Pétain : "Nous sommes en opposition d'idées avec un certain nombre de Français qui n'ont pas encore compris la nécessité d'un ordre nouveau, et restent attachés à l'espoir d'un retour à la vie facile."
    Sarkozy : "A un moment, il faut faire son devoir. Je suis président de la république."
    Pétain : "Lorsqu'on fait à son pays le don de sa personne, il n'est plus de sacrifice auquel l'on veuille se dérober."
    Sarkozy : "Le problème, c'est que nous dépensons trop ; qu'il faut travailler plus."
    Pétain : "A la veille du printemps, songeons, mes amis, au renouveau de la nature. Travaillons plus, produisons davantage, pensons mieux."

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