31 octobre 2011

Plan européen: ce que Sarkozy ne nous a pas dit

Quatre jours après l'adoption, dans la douleur, d'un nouveau mini-plan européen de sauvetage de la zone euro, on s'interroge. Ce plan contient des zones d'ombre et des points peu commentés. Il fallait lire le relevé de décisions du 26 octobre dernier et ne pas se contenter des commentaires souvent lénifiants des commentateurs professionnels.

1. Les chefs d'Etats et de gouvernement membres de la zone euro se sont résolus à avouer que le plan du 21 juillet dernier était trop court. Cet aveu, dans le texte du relevé de décision, était curieusement écrit. Au premier paragraphe, on pouvait lire: « lors de notre réunion du 21 juillet, nous avons pris une série de décisions de première importance. La ratification, par l'ensemble des dix-sept États membres de la zone euro, des mesures liées au FESF renforce sensiblement notre capacité à faire face à la crise. » Ou encore: « L'euro continue à reposer sur des fondamentaux solides ». Mais dès le second paragraphe, sans transition ni explication, voici: « De nouvelles mesures s'imposent pour rétablir la confiance ». Ah ?!? Donc finalement, le plan du 21 juillet qui a mis 3 mois à être ratifié était insuffisant.... Sans blague ?

2. L'Italie du chaud Berlusconi est dans la ligne de mire de ses collègues. Le communiqué est explicite: « nous invitons l'Italie à présenter d'urgence un calendrier ambitieux pour ces réformes ». Les injonctions étaient précises: « L'Italie mettra maintenant en œuvre les réformes structurelles proposées afin d'accroitre la compétitivité en réduisant l'excès de formalités administratives, en abolissant les tarifs minimaux dans les services professionnels et en poursuivant la libéralisation des services publics et des services d'intérêt général au niveau local. » Et boum ! Et les 17 moins un étaient tous heureux de saluer le « projet d'introduire une règle relative à l'équilibre budgétaire dans la constitution d'ici la mi-2012 ». On ne sait même pas si Berlusconi sera encore président du conseil à cette date.

3. L'eurozone a sauvé la face l'espace de quelques jours, quelques heures. Dès vendredi, l'Italie avait toutes les peines à lever 8,5 milliards d'euros d'emprunt sur les marchés. Le Trésor italien leva finalement 7,94 milliards d'euros. Quelle réussite ! Son taux d'emprunt à 10 ans avait dépassé les 6%, un niveau jugé dangereux sur les marchés. La crise de la dette n'est pas terminée, a prévenu Jean-Claude Trichet. Quelques heures avant de quitter son poste, le patron de la BCE avait même quelques remords: « Le secteur financier doit changer ses valeurs. »

4. L'intégration européenne a progressé, sous la contrainte et dans la peur. Tout le monde l'a dit. Mais de quelle façon ? Les consignes désormais imposées aux Etats sont assez simples et bienvenues pour peu que l'on croit que la France et ses voisins ont besoin d'une plus forte intégration politique. Ils sont tous engagés à « la consultation de la Commission et des autres États Membres States avant l’adoption de quelque réforme majeure économique ou budgétaire pouvant avoir un impact sur le reste de la zone euro pour donner la possibilité d’une évaluation d’un possible impact pour la zone euro » (Cf. paragraphe 26). En d'autres termes, Nicolas Sarkozy n'aurait jamais pu faire passer son paquet fiscal de 2007.

5. Les banques européennes seront compensées à hauteur de 30 milliards d'euros (sur les 106 milliards de dette grecque effacée): « Les États membres de la zone euro contribueront à l'ensemble des mesures relatives à la participation du secteur privé à hauteur de 30 milliards d'euros » (Cf. paragraphe 12).

6. Les banques françaises ne recevront pas un centime d'euro de l'Etat. Nicolas Sarkozy comme ses ministres nous l'ont dit. C'est vrai, et faux. Pour la seule recapitalisation nécessaire suite à l'abandon de 50% de la dette grecque, les banques françaises devront puiser dans leurs résultats. Elles ne sont impactées qu'à hauteur de 10 milliards d'euros. Mais si le FESF était amené à intervenir sur un défaut de l'Italie ou de l'Espagne, qu'en sera-t-il ? « La situation de la Grèce appelle une solution exceptionnelle et unique. »

7. Sarkozy nous affirma que la règle d'or devait être inscrite dans la Constitution d'ici l'année prochaine. Le texte ne dit pas cela. Il précise simplement que chaque Etat membre devra adopter des « règles relatives à l'équilibre structurel des finances publiques traduisant dans la législation nationale, de préférence au niveau constitutionnel ou à un niveau équivalent, les règles du pacte de stabilité et de croissance, et ce avant la fin de 2012 » (Cf. paragraphe 26).

8. La BCE, qui change de patron cette semaine, ne sera pas davantage soumis à une quelconque gouvernance politique. Mais elle continuera à racheter des titres de dette souveraine parmi les plus fragiles.

9. La Chine, grosse contributrice du nouveau FESF renforcé, attend des contreparties. Certaines sont désagréables, comme l'arrêt des pressions droitsdelhommistes ou la reconnaissance de son pouvoir au FMI.


8 commentaires:

  1. Et qu'aurait fait Hollande à la place de Sarkozy puisqu'ils défendent les mêmes intérêts ?

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  2. Lorsqu'on dit que les banques ne seront pas compensées de leur perte grecque, il faut songer à l'impôt sur les sociétés qui sera restitué à ces établissements lorsqu'ils auront constaté la perte dans leurs comptes.
    Comme la SG qui annonçait 5 Mrds de pertes occasionnées par Kerviel mais qui du fait du remboursement de l'impôt sur les sociétés correspondant n'en perdait plus que les deux tiers soit 3.33 Mrds.
    L'Etat par le biais de la fiscalité compenserait donc un tiers de la perte sur les créances grecques des banques et assurances françaises.

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  3. « L'Italie mettra maintenant en œuvre les réformes structurelles proposées afin d'accroitre la compétitivité en réduisant l'excès de formalités administratives, en abolissant les tarifs minimaux dans les services professionnels et en poursuivant la libéralisation des services publics et des services d'intérêt général au niveau local. »

    on rabote un peu plus les droits des pus pauvres

    et on baisse son froc devant l'empire du milieu ( mafia?)

    9. La Chine, grosse contributrice du nouveau FESF renforcé, attend des contreparties. Certaines sont désagréables, comme l'arrêt des pressions droitsdelhommistes ou la reconnaissance de son pouvoir au FMI.

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  4. Bonjour,
    En passant bravo au Figaro qui ose mettre en première page que Sarko a convaincu 55% des français lors de son passage télé. belle abnégation de ce journal qui poursuit son oeuvre de soutien au Président, malgré les secousses...C'est vraiment le SEUL journal de France à oser cette annonce qui ressemble plus à de la méthode Coué, voire de la servilité au petit Prince....

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  5. SVP pas d'ironie sur le sondage du Figaro, Monsieur Dassault lui doit bien cela à Sarkosy vu le nombre de Rafale qu'il a, avec les dents, réussi à vendre.

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  6. Samedi 29 octobre 2011 :

    Rien ne va plus pour l'Italie. Les investisseurs ne semblent pas croire à un miracle, redoutant semble-t-il que Rome sombre à son tour dans le chaos financier.

    Alors que le pays doit faire face à un endettement colossal, le coût de son financement s'est à nouveau envolé vendredi lors d'une émission obligataire test.

    De plus en plus inquiétant : les taux d'intérêt des titres à échéance 2022 ont dépassé la barre des 6 %, seuil considéré comme dangereux par les analystes.

    Pire encore, un niveau record a été enregistré avec un taux de 6,06 %, contre 5,86 % le 29 septembre, date de la dernière opération de même type.

    Les analystes considèrent la situation d'autant plus préoccupante, estimant qu'un tel niveau ne peut être longtemps soutenable pour l'économie italienne, cette dernière affichant une très faible croissance et le stock de dette demeurant très élevé, s'établissant désormais à 1900 milliards d'euros , soit environ 120 % du PIB. Des chiffres vertigineux qui pourraient effectivement en effrayer plus d'un ...

    Les taux des titres à échéance 2014 ont quant à eux progressé à 4,93 %, contre 4,68 % lors de la précédente émission, ceux des titres à échéance 2019 s'élevant désormais à 5,81 % contre 4,03 %, tandis que ceux des titres à échéance 2017 s'établissaient à 5,59 %, contre 2,33 %.

    http://www.leblogfinance.com/2011/10/italie-les-taux-dinteret-depassent-le-seuil-de-risques.html

    Lundi 31 octobre 2011 :

    Italie : taux des obligations à 10 ans : 6,150 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GBTPGR10:IND

    Plus les jours passent, plus l'Italie emprunte à des taux de plus en plus exorbitants.

    Plus les jours passent, plus l'Italie se rapproche du défaut de paiement.

    L'Italie sera le quatrième domino à tomber.

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  7. Et quand Libé titre 1/3 de ses unes contre Sarkozy (j'ai encore dans mon placard "68% des français voient Sarko battu" etc.), ce n'est pas un soutien à l'opposition ? Idem pour les caricatures de Plantu qui sont profondément anti-sarkozystes ? La neutralité n'est pas dans un seul sens, c'est-à-dire celui qui vous arrange. Allez aussi taper sur l'Huma et les différents hebdomadaires (qui ne sont pas si différents que ça) et qui titrent contre Sarkozy et pour Hollande.

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  8. Oui, j'ai bien lu et bien écouté les médias sur cet actualité gravement handicapante pour notre "avenir Européen"....
    _"A qui profite le crime mister watson"_.....
    Pour exemple:
    Un banquier discute avec un "pote fauché":
    Le banquier: t'as pas 100 Euros à me prêter, mon pote...???
    Le Pote: Nan, je n'ai que 80 Euros sur moi!!!
    Le banquier: C'est pas grave, mon pote, tu me devras 20 Euros!!!.

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