25 octobre 2011

Sarkozy: après la Grande Crise, voici la Grande Trouille

Devant les photographes, ils sourient et se complimentent. En coulisses, ils se menacent, se tancent, s'engueulent. Est-ce la peur de l'échec, les prémices d'un sauve-qui-peut politique généralisé ? Les dirigeants européens se retrouveront mercredi après un weekend de tractations non conclusives.

En Sarkofrance, c'est décidé. Quitte à suivre Angela Merkel, autant dramatiser la situation pour intéresser les Français à autre chose que la candidature de François Hollande ou le calamiteux bilan de Nicolas Sarkozy.

Sermons
Angela Merkel avait été fraîche voire froide à l'encontre de Nicolas Sarkozy la semaine dernière. Dimanche, les deux dirigeants s'étaient presque réconciliés sur le dos de Silvio Berlusconi. Le premier ministre italien s'est pris un savon franco-allemand, Sarkozy affirmant qu'il n'était plus question d'octroyer la solidarité européenne à ceux qui n'étaient pas « décidés à faire eux-mêmes des efforts ». Avec ses 1.800 milliards d'euros de dette publique, sa croissance atone et son immobilisme politique, l'ancien meilleur ami et modèle de Nicolas Sarkozy est devenu le vilain petit canard de l'Europe.

Lors de leur conférence de presse commune, Sarkozy et Merkel se sont silencieusement moqués de leur homologue italien. Interrogés sur leur confiance dans le leader italien, les deux se sont regardés avec un large sourire, provoquant l'hilarité de la salle.  «Nous faisons confiance au sens des responsabilités de l’ensemble des autorités politiques et économiques de l’Italie»… a complété le président français.

Lundi en fin de journée, Il Cavaliere se défendait: « personne n'est en mesure de donner des leçons à ses partenaires »

Disputes
Un autre échange, tout aussi vif mais plus équilibré, est intervenu entre David Cameron et Nicolas Sarkozy. Le premier ministre britannique s'était plaint de la déstabilisation des économies européennes par la crise de l'euro, que son pays n'a pas adopté: « La crise de la zone euro affecte toutes nos économies, y compris celle de la Grande-Bretagne, a martelé M. Cameron. Il est dans l'intérêt de la Grande-Bretagne que les pays de la zone euro règlent leurs problèmes. Mais cela devient dangereux – et j'en ai parlé franchement avec eux – s'ils prennent des décisions vitales pour les autres pays du marché unique, comme des décisions sur les services financiers, qui concernent tout le marché unique. »


Lundi, la presse britannique s'est fait l'écho de la réponse cinglante et peu diplomatique de Nicolas Sarkozy. « Vous avez perdu une belle occasion de vous taire Nous en avons assez de vous entendre nous critiquer et nous dire ce que nous avons à faire. (...) Vous dites détester l'euro, vous n'avez pas voulu le rejoindre et maintenant vous voulez vous ingérer dans nos réunions », a dit le président français à Cameron, selon le Daily Telegraph et The Guardian. Ce dernier a même titré: « Sarkozy à Cameron: ta gueule sur l'euro ! ». 

Angoisses
Il y a trois ans, en 2008, on avait cru revivre 1929. Les messages rassurants de nos dirigeants avaient fait illusion quelques mois. On avait cru s'échapper du Grand Cataclysme grâce, en France, aux titanesques efforts de notre Monarque: suppression des paradis fiscaux, mise au pas des traders, régulation des banques et des marchés, relance de l'économie et investissements « d'avenir » et « d'excellence ».

Depuis 12 mois, un Nicolas Sarkozy en pré-campagne sillonne la France pour répéter devant des audiences acquises à sa cause combien il nous a sorti de la Grande Crise.

Trois plus tard, après la Grande Crise, voici la Grand Trouille.

En fait, les paradis fiscaux sont toujours là, les traders se portent bien, quelque 16.000 milliards de dollars de spéculation financière mondiale échappent à tout contrôle. « Ça prend nécessairement du temps parce que c'est une terre nouvelle, d'une certaine manière, puisque ce qui était il y a trois ans l'une des meilleures signatures, celles des Etats ou des collectivités locales, est aujourd'hui questionné par les investisseurs et les marchés » a reconnu François Baroin lundi. « Le vrai problème, c'est celui des dettes et l'absence de régulation des marchés » a complété le ministre des affaires européennes Jean Leonetti lundi soir sur France 2.  Quels aveux !

L'austérité à l'oeuvre aggrave la situation des pays endettés, précipitant leur dégradation de crédit auprès des agences de notation et des marchés. Après la Grèce, l'Irlande, et le Portugal, voici l'Italie qui devrait bénéficier d'un plan de sauvetage. Ce dernier fait l'objet de négociations discrètes ces jours derniers, nous rapportait le Monde. Un défaut partiel de paiement en Grèce déstabilisera nos banques européennes, qu'il faudra renflouer. En France, le directeur de la Banque Centrale était rassurant lundi matin: « Les banques françaises sont bien capitalisées, ne sont pas exposées à des risques particuliers. Le coût supplémentaire que peut avoir le traitement de la dette grecque est quelque chose qui est parfaitement absorbable ».

Récession ?
L'Allemagne de Merkel s'obstine à lâcher crédits et garanties avec parcimonie, pour mieux échanger des plans d'austérité en contre-partie. En France, les 14 milliards d'euros de réductions de niches fiscales et de dépenses ne suffiront pas. Le gouvernement s'apprête à réviser ses prévisions de croissance pour l'an prochain.

Avec +1% de PIB au lieu des +1,75% initialement prévus, ce sont quelque 8 à 10 milliards de recettes fiscales supplémentaires qui feront défaut, et autant de dépenses à réduire si l'objectif de déficit budgétaire doit être tenu. Un cabinet d'études anglo-saxon, Markit, nous promet une entrée en récession ce mois-ci d'octobre.

On comprend que Moody's soit inquiète. Vendredi, Standard and Poor's ajoutait qu'une éventuelle récession précipiterait la dégradation de la note de la France. Nous sommes prévenus.

Dramatisation
En coulisses, l'équipe Sarkozy espère quand même tirer quelque profit de ce contexte dramatique. On appelle cela la stratégie du pire. Depuis juillet et la mise en scène de l'intervention sarkozyenne pour décrocher un accord, notre Monarque s'était fait plutôt discret. Certes, il fut contraint parfois, comme en août, d'interrompre par deux fois ses quatre semaines de repos au Cap Nègre. Mais pour le reste, il continuait ses inaugurations d'usines, visites de fermes, ou autres discours de campagne. Depuis quelques jours, il paraît qu'il « mise énormément sur une sortie de crise pour rebondir » (L'Express).

Nicolas Sarkozy cherche une issue à son propre impasse. Tout le monde reconnaît qu'il ne fait que suivre Angela Merkel depuis des mois. Dimanche matin, The Guardian - encore lui - titrait: « Sarkozy ne parle plus qu'une langue, l'Allemand ». Samedi soir, l'envoyé spécial de Libération Jean Quatremer s'amusait de voir un Sarkozy en rage sourde regagner sa chambre d'hôtel à Bruxelles pendant qu'Angela Merkel préférait aller trinquer au bar du même établissement.

Depuis 8 jours, l'Elysée a donc choisi la dramatisation. Dimanche soir, Sarkozy parlait avec Merkel devant des journalistes, pour ne rien annoncer. Lundi, François Fillon accueillait les présidents de groupes de l'Assemblée nationale à Matignon.

Mercredi, ce sera donc le Grand Jour, le « Judgment Day »... pour le moment.


 


9 commentaires:

  1. C'est qu'après avoir durant des mois (depuis 2008) tenu des discours lénifiants sur la situation de la dette des Etats, élaborer des plans de sauvetage qui n'ont rien sauvé, on approche du précipice vertigineux en galopant comme une poule sans tête. Les citoyens européens sont convoqués presque chaque trimestre pour sauver la Grèce une nouvelle fois, l'Euro qui tangue encore, l'Italie en douce, suivie de près par la France qui s'accroche à son AAA avec l'énergie du désespoir alors que ses finances sont la proie de 40 ans de faiblesse voire de lâcheté budgétaire de la part de la droite comme de la gauche.
    Les plans d'austérité programmés s'ils sont mis en oeuvre tels que proposés notamment en France ne redresseront pas grand chose mais ruineront le peu de croissance. Ils se succèdent en Grèce et en Italie et n'améliorent pas les comptes. Il est à craindre que l'on ne doive la relative modération de l'austérité dans le budget de la France pour 2012 qu'à l'élection présidentielle.
    Les vrais sacrifices viendront ensuite.

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  2. ATTAC nous avait prévenus voici près de 15 ans
    DAVOS a décidé de réduire les charges sur le patronat et le capital avec en corollaire la baise des prestations sociales , retraites , etc
    le plan Juppé e 95 en était la première tentative de mise en oeuvre

    on a désormais passé le grand braquet

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  3. On ne peut pas gouverner de cette manière !
    On ne peut pas laisser les prédateurs financiers en liberté et prétendre prendre soin des populations. Le paradoxe est à présent entièrement dévoilé.
    C'est aux peuples européens de reprendre la main… ou de la mordre ! :-)

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  4. A Monsieur Poireau,

    "On" gouverne ainsi depuis des siècles jusqu'à ce que le peuple en ait assez. Alors il se met d'abord en grève et parfois se révolte un peu en se livrant à quelques actes de vile vengeance qui suffisent soit l'apaiser ou à l'effrayer puis il rentre à la maison où l'attend la soupe, sa femme et ses enfants. Il s'en remet alors quelque peu imprudemment à des représentants élus qui vont lentement dévoyer la démocratie. C'est qu'il n'a pas que ça à faire le peuple, il est très occupé à travailler durement pour gagner une maigre pitance, partir parfois en vacances et regarder quotidiennement la télévision durant 3 bonnes heures avant d'aller se pieuter en ayant l'impression d'avoir fait son devoir au lieu de surveiller ses mandataires en exerçant des droits pour lesquels il s'est battu comme un chien.
    Et c'est ainsi qu'il se laisse gentiment dépouiller au profit des élus qu'il a lui même désignés en renâclant qu'ils sont tous pourris et qu'il a laissé au marché le soin d'organiser sa pauvreté.

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  5. Brucolaque : c'est exactement ce que pensait Necker en 1788 !

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  6. Et pendant ce temps, notre "sauveur et saigneur national" prend trois fois l'avion pour rendre visite à ses reines et princesse". É la nave va!... (abc)

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  7. Comment faut-il comparer Schwarzy à Toopty en mieux ou en pire ?

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  8. Pour les désabusés, voici une pillule moins nocive que la vaseline : http://free.timeanddate.com/countdown/i2qapqk5/n195/cf12/cm0/cu4/ct0/cs0/ca0/co1/cr0/ss0/caca5ada5/cpc000/pct/tcfff/fs80/szw320/szh135/tatFin%20du%20mandat%20de%20N.%20Sarkozy/taca5ada5/tptTime%20since%20Event%20started%20in/tpc000/iso2012-05-06T20:00:00

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  9. Tous des bonimenteurs(euse)

    la plus part de nos hommes politique sont des bonimenteurs (1er Alain Juppé en revenant d'exil au canada en voulant reprendre la mairie de bordeaux a dit je jure se serai votre maire a plein temps) alors qu'il avait été juger d'avoir piller les collectivités.

    et maintenant remercier par SARKO avec une places en or pour avoir amener de l'argent au RPR.une honte a lui d'avoir cette places de ministre et grande honte pour la FRANCE. Et pourtant il parade le salopard ont ne voit que lui. en 1995 il me semble qu'il eu en France les plus grandes manifestation que j'ai vu de ma vie contre le plan Juppé ( sont RDS remboursement de la dette sociale qui devait durer 4 ans est toujours là) ont l'a même fait bruler son effigie sur les places publiques.
    Il et vrai les Français sont des bœufs ils ont la mémoires courtes.
    voila un hommes pourri de l"on a jeter par la porte (exil au canada) il nous revient par la fenêtre,tous ses hommes en col blanc sont toujours lavé plus blanc par OMO.
    jespére de tout mon coeur que SARKO avec des combines comme cela perdras les élections au printemps.

    En espérant que le prochain président(e) de la république soit une personne de grande valeur le pays en aura besoin, nous devons être la risée de toutes Europe avec des hommes qui n’auraient jamais du redevenir ministre (Juppé). pour moi j'ai honte d’être Français

    ont nous ment tous les jours bravo les bonimenteurs

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