27 octobre 2011

Sarkozy à Bruxelles: Au théâtre ce soir

Mercredi, Nicolas Sarkozy allait sauver le monde, l'euro, la France et l'Europe, pour la dizième fois sans doute en trois ans. Le sommet européen salvateur livra toutes ses promesses.

Grâce à l'abnégation du fameux couple Angela/Nicolas, nous devions à nouveau dormir tranquille. Et ce jeudi, notre Monarque avait déjà calé son intervention télévisée, produite, pour la première fois, par une société privée. Le show sera rodé et écoeurant.

Toute la journée, Nicolas Sarkozy avait autre chose à faire. Il se préparait tel un boxeur, si ravi que presse, radios et télévisions  alimentent la journée durant un insupportable compte-à-rebours politico-boursier. Notre Monarque tint son habituel Conseil des Ministres, puis, reçut les joueurs du XV de France, au Palais de l'Elysée.

Avant de partir, la chancelière Merkel avait tenté de motiver ses troupes, en leur promettant du sang et des larmes. Fantastique !  «Nous avons besoin que s'instaure une culture de la stabilité en Europe » a-t-elle expliqué au Bundestag. Elle a aussi promis de ne pas s'engager au-delà des 220 milliards d'euros de garanties allemandes au FESF, soit la moitié du fond voté en juillet. Mme Merkel avait besoin de rassurer sa majorité avant de filer à Bruxelles.

En France, rien de tout cela. Nous sommes en Monarchie républicaine. Sarkozy communique peu, théâtralise beaucoup, s'engage très peu. Arrivé avec un peu d'avance à Bruxelles, le candidat passa une heure avec Angela Merkel. Il fallait accorder les messages, c'est-à-dire, pour Sarkozy, prendre les consignes. Des conseillers élyséens expliquèrent ensuite que le président français était prêt à rencontrer des banquiers pour les convaincre de contribuer à l'effort de crise. Il obéissait. Angela Merkel était prête à forcer la main aux établissements bancaires.  

Quand le sommet démarra, sa première partie fut vite réglée. L'heure et demi de discussions cloitrées et conclues par l'inévitable communiqué de presse de l'Europe des 27 était une étape indispensable. Les 10 Etats européens non membres de l'euro, Royaume Uni en tête, en avaient assez de passer pour chose négligeable tout en étant régulièrement appelés à la rescousse le moment de crise venu.

Ensuite, mercredi dans la soirée, et des heures durant, nos chefs de gouvernement de l'eurozone se sont ensuite enfermés pour négocier la survie de leur système. Ils ont parlé, bataillé, négocié. On aurait dit une « auto-prise » d'otages.

On négocia d'abord l'ampleur de l'abandon de créances sur la Grèce, 210 milliards d'euros au compteur: vers minuit, ils en étaient à « un peu plus de 50% ». Quelques heures avant, la veille même, on évoquait déjà 60% voire 70% d'abandon de dette grecques. On apprit ensuite qu'il faudrait relever à 9% des placements le niveau des fonds propres exigés, ce qui coûtera environ 10 milliards d'euros aux banques françaises. Si le taux de fonds propres avait été relevé à 10%, l'effort aurait été de 23 milliards d'euros... Mais les banques ne voulaient pas abandonner quelque 100 milliards d'euros de créances sur la Grèce sans garantie.

Pendant quelques heures, l'intervention de la Grande Chine pour financer l'augmentation des moyens du Fond Européen de Stabilité Financière avait alimenté toute les conversations de faux et vrais experts. La Chine avait demandé que l'on reconnaisse son statut d'économie de marché (sic !), voire qu'on réévalue les droits de vote des pays émergents au sein du FMI.

Vers minuit, le FESF était renforcé de 1.000 milliards d'euros. Rien que cela. En juillet dernier, le FESF avait été doté de 440 milliards d'euros de garanties ou prêts, dont une centaine était déjà. Autre mesure, la BCE, dirigée dès mardi par Mario Draghi, un ancien de la sulfureuse Goldman Sachs, a confirmé s'engager à racheter de la dette souveraine des Etats européennes. Les députés allemands avaient pourtant refusé de donner leur accord à Mme Merkel sur ce point en début d'après midi.

Vers minuit trente, les négociations avec les banquiers semblaient échouer. Les Etats voulaient faire contraindre les banques à « effacer volontairement » près de 50 % de la dette grecque versus les 21 % prévus en juillet dernier. Mais les banques européennes ne voulaient pas participer à un effort aussi important. Ces dernières annonçaient dans un communiqué qu'il n'y avait aucun d'accord sur la décote grecque. Cela faisait pourtant depuis mardi déjà que les tractations étaient rudes.

Vers 5 heures du matin, Nicolas Sarkozy, blafard, arrivait enfin devant les journalistes. Il leur demanda de « ne pas être trop long » car «l'heure du premier biberon » , rapportait Nathalie Schuck, journaliste au Parisien. Le plan était là: 1.000 à 1.400 milliards d'euros de garanties, 50% de de la dette grecque annulée, une recapitalisation de 106 milliards des banques européennes, et même un engagement d'adopter « d'ici fin 2012 une règle d'or, de préférence au niveau constitutionnel ». Sacré Sarkozy, même à Bruxelles, il est toujours candidat.
« Nous avons adopté les éléments d'une réponse globale, d'une réponse  ambitieuse, d'une réponse crédible à la crise que traverse la zone euro. Je crois que le résultat sera accueilli avec soulagement par le monde entier qui attendait des réponses fortes de la zone euro

Triste suspense.

Mercredi après-midi, on apprenait du Monde que le gouvernement envisageait d'augmenter la TVA pour redresser ses propres finances. On attendait de Sarkozy qu'il accepte de revoir à la baisse ses perspectives de croissance pour 2012, et donc son budget de l'an prochain. Christian Jacob, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, expliquait maladroitement:  « Aujourd'hui, pour nous, le sujet n'est pas d'actualité. Les prévisions de croissance sont liées aux résultats du sommet européen. » Finalement, le budget de la France aussi dépendait, ce mercredi, du sommet européen.

En fin de journée, Valéry Giscard d'Estaing confiait son scepticisme sur l'ampleur de la crise européenne. VGE aime livrer quelques coups de poignards dans le dos de la communication sarkozyenne. Ecoutez l'ancien meilleur soutien centriste du Monarque: « Nous avons une monnaie unique. Aujourd'hui qu'est-ce-qu'elle fait ? Elle monte. Elle n'est pas en crise. Donc, dans toute cette affaire, je suis frappé par le fait qu'elle est traitée dans l'agitation et avec un niveau de compétence relativement faible », Et sur les politiques, il lâche:  "ils disent toujours que l'heure est grave parce que si cela va mal, ils l'auront annoncé et si cela tourne bien ils auront le mérite d'avoir résolu les problèmes »

Notre Monarque si occupé n'avait pas une seconde pour commenter les mauvais chiffres du chômage. La récession s'annonce en France, ce-pays-qui-a-si-bien-résisté-à-la-crise ne parvient pas à réduire son chômage. Sur 12 mois glissants, le nombre de chômeurs a progressé de 4%. La catégorie A des inscrits à Pôle Emploi, c'est-à-dire les sans-emploi en recherche d'emploi, a augmenté de 26.000 personnes sur le seul mois de septembre !

Pour la première fois depuis longtemps, Nicolas Sarkozy a réussi quelque chose. C'est un évènement. Depuis bientôt un an, notre Monarque souhaitait intéresser les Français à l'actualité internationale. Le clou du spectacle devait être le prochain G20 à Cannes les 3 et 4 novembre prochain. Las, Nicolas Sarkozy constata que cette actualité lui échappa, du printemps arabe aux soubresauts boursiers contre les dettes souveraines. Depuis quelques jours, il espérait au moins, que la conclusion des négociations de sauvetage de la Grèce et l'Italie, repoussée de dimanche à mercredi, allait au moins attirer l'attention médiatique et populaire.

Il a au moins réussi ce coup-là.

9 commentaires:

  1. réussit ce coup là ? Attendons l’audience de ce soir et le positionnement de la gauche qui je l'espère ne va pas tomber dans le piège et travaillera à rappeler à notre président les chiffres du chômage !

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  2. Sauver l'Euro, sauver les banques, instaurer la règle d'or dans la constitution, voilà le Programme. Plus de souveraineté monétaire avec l'Euro, bientôt plus de souveraineté budgétaire avec la règle d'or que les socialistes Grecs et Espagnols ont déjà approuvé. Bref la fin de la République au nom de la construction Européenne et bientôt l'esclavage à la Chinoise...Belles perspectives pour nos vieux jours et l'avenir de nos enfants.

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  3. Pour la seconde fois, les banques bénéficient d'une aide des états....Leur pari de gagner de l'argent sur la Grèce étant un pari PERDANT, ces établissements seront sauvés par de l'argent qui vient...qui vient d'où d'ailleurs ? Du contribuable, de la Chine....On ne sait plus tant les montants sont colossaux et font tourner la tête des pauvres SMICARD, on parle de centaines de milliards d'euros , soit des billions de francs !!!
    Je suis dégouté de vivre dans un monde où je me sens mal, peu adapté et que je comprends pas....

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  4. A Renaud, les banques françaises du moins ne sollicitent pas l'Etat pour leur recapitalisation. Elles comptent sur leurs bénéfices et du côté de la Société Générale, Frédéric Oudéa a indiqué qu'il n'était pas prévu d'interrompre les distributions de dividendes. Voila qui fera certainement plaisir aux clients de la SG.

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  5. « Je suis dégouté de vivre dans un monde où je me sens mal, peu adapté et que je ne comprends pas.... »

    Renaud, une réponse, parmi toutes les saloperies balancées par cette bande de malfrats, (en voiture de fonction) :
    Dans les notes de « Vivre et penser comme des porcs », Gilles Châtelet reprend le commentaire, dans « Le Monde diplomatique » de mai 1995, d’un prédateur boursier : « Les prédateurs constituent un stimulant nécessaire… Dans une réserve sans prédateurs, les animaux finissent par mourir… C’est ce qui arriverait dans les affaires si on éliminait les prédateurs… »

    Qu’ils se cassent tous en suisse…

    N B : parasitisme du prédatisme ?

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  6. Erreur, encore que ?

    parasitisme ou prédatisme ?

    Suisse

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  7. Grèce : les marchés rassurés par le plan européen de sauvetage.

    Athènes n’a pas attendu longtemps pour tester les marchés. Après la décision prise par ses partenaires de voler à son secours en cas de difficulté, la Grèce a lancé aujourd’hui un emprunt de 5 milliards d’euros sur 7 ans, un placement porté par les banques Alpha Bank, Emporiki, Société Générale, Crédit agricole, ING et Merrill Lynch.

    Les marchés ont bien réagi : à midi, le livre d’offres se montait déjà à 7 milliards d’euros à un taux de 6 %, soit 310 points de base de plus que l’emprunt allemand sur la même durée. Il y a une semaine, le spread (écart de taux) était de 370 points de base sur 7 ans.

    Par comparaison, le Portugal emprunte sur 7 ans à 3,82 % et la Turquie, à 4,23 %, ce qui montre que la crise de confiance est loin d’être terminée. Néanmoins, dans les salles de marché, on estime que les spreads devraient continuer à se resserrer dans les prochaines semaines. L’Eurozone a-t-elle gagné son pari ?

    Lundi 29 mars 2010.

    http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2010/03/gr%C3%A8ce-les-march%C3%A9s-rassur%C3%A9s-par-le-plan-europ%C3%A9en-de-sauvetage.html

    C'est ça, le plus important : les marchés ont été rassurés par le plan européen de sauvetage.

    C'est d'ailleurs la caractéristique de tous les plans européens de sauvetage : à chaque plan européen de sauvetage, les marchés sont rassurés.

    Pronostic : après le prochain plan européen de sauvetage, les marchés seront de nouveau rassurés.

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  8. "Un des points de l'accord prévoit que des fonds spéciaux destinés aux investisseurs extérieurs, dont Pékin, soient créés pour renforcer la puissance d'intervention du FESF."
    Qu'en conclure ?
    L'UE serait-elle trop faible pour traiter elle-même les difficultés de ses membres ?

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  9. Grand merci Juan pour ce rappel salutaire des origines de la dette publique française.

    Il s'agit de la loi 73-7 du 3 janvier 1973 dite loi Pompidou-Giscard. Aux dire de Giscard, c'était LE moyen de limiter l'inflation. L'opposition disait alors qu'il avait vendu la France au banquiers.

    On voit le résultat aujourd'hui. Il est quand même intéressant de noter quu'en 1980, à la fin du mandat de l'accordéoniste, la dette publique représentait déjà près de 25% du PIB et que nous finissions une période ou l'inflation montait jusqu'à 14%/an.

    Bel effort de cet autre monarque.

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