2 octobre 2011

Sarkozy est-il épuisé par les affaires ?

Les révélations se succèdent, mais l'on s'y perd.Takieddine, Gaubert, Hortefeux, Bourgi ou une princesse yougoslave, les noms s'empilent. Karachigate, Agosta, Sawari, Miksa... les affaires se mélangent. La nausée monte.

Parfois, il faut s'arrêter, prendre du recul et comprendre où l'on est. Voici donc les quelques nouvelles de la semaine sur cette fin de règne sarkozyen.

Le juge a retrouvé les 10 millions ! 
Il y a des coïncidences coûteuses. 10 millions de francs est le prix de l'une d'entre elles. Le même jour, la même somme, 10 millions de francs (1,5 millions d'euros) a été trouvée à deux endroits.

Le juge Renaud van Ruymbeke a mis la main sur un échéancier de paiement du contrat Sawari II. Ce dernier, négocié par le gouvernement Balladur, avec le concours  l'homme d'affaires Takieddine, prévoyait la livraison d'équipements militaires français à l'Arabie Saoudite en 1995. Il rapporta quelque 200 millions d'euros de commissions à Ziad Takieddine, d'après les informations publiées dans la presse.

Jeudi 29 septembre, France Info révélait que le juge avait mis la main sur l'échéancier de paiement. Renaud van Ruymbeke y a trouvé une échéance de 10 millions de francs (1,5 millions d'euros): le contrat à peine signé en décembre 1994, le ministère de la Défense avait réclamé « un acompte de 10 millions de francs à verser impérativement avant le 31 mars 1995 ». L'Arabie Saoudite paya les 10 millions de francs le 26 avril 1995. le même jour, 10 millions de francs en espèces étaient versées sur le compte de campagne d'Edouard Balladur. Comme l'a expliqué Fabrice Arfi de Mediapart, qui a publie ledit échéancier, un acompte aussi petit et pressé est ... curieux: « Pour un contrat alors chiffré à 18,8 milliards de francs, réclamer le versement d'un acompte de dix millions – soit environ 0,05 % du marché – relève du jamais vu dans le milieu de l'armement et, surtout, ne recouvre aucune justification industrielle ou financière ».

Takieddine commence à parler
D'abord sur BFM-TV (jeudi), puis à Libération (samedi), l'homme d'affaires a pris la parole. On a appris cette semaine qu'il avait été mis en examen une seconde fois, pour faux témoignage. Son ex-épouse, Nicola Johnson, est l'une des récentes sources d'information du juge Renaud van Ruymbeke.

Sur BFM, Takieddine a réclamé la levée total du secret-défense dans l'affaire de Karachi. Quelle surprise ! Les ministres et défenseurs de Sarkozy dans cette affaire expliquent depuis des mois qu'il n'y a plus rien à déclassifier. Deuxième « exigence » de cet ami de Jean-François Copé, il aimerait être reçu par Nicolas Sarkozy lui-même... A Libération, il accuse Dominique de Villepin d'avoir empoché des commissions sur ces mêmes contrats pour le compte de Jacques Chirac, avant 2007.

Takieddine affirme aussi avoir toujours agi en « mission officielle » dans ses négociations et contacts avec l'Arabie Saoudite (1994 puis 2002), Syrie (2007) et Libye (2005): « Chacune de mes interventions correspondait à une mission officielle. Je suis allé voir Kadhafi en Libye ou Assad en Syrie uniquement sur autorisation et demande express de la part du président de la République, relayée par Claude Guéant (...) Tous mes actes depuis 1993, tous mes agissements avec la France ont toujours été dans l'intérêt de l'Etat. Je n'ai rien fait sans autorisation complète des décisionnaires.»

Hortefeux se débat dans ses bourdes
« J’ai été entendu comme témoin à ma demande. J’ai pu préciser et démontrer que je n’avais eu aucun accès à des éléments de l’enquête et de la procédure judiciaire. Les policiers ont repris le script de la conversation avec Thierry Gaubert et demandé des explications. C’était une audition normale avec des questions précises et fouillées ». C'est l'explication qu'il a donné à Arnaud Leparmentier, du Monde, peu après avoir été interrogé, à sa demande, par la police judiciaire.

On reproche à Hortefeux deux choses différentes: le 14 septembre, il a prévenu Thierry Gaubert, un proche de Sarkozy, que sa femme « balançait beaucoup » au juge van Ruymbeke, qui enquête sur l'existence de rétrocommissions dans les ventes Agosta et Sawari II. Le 20 septembre, Gaubert était mis en examen. Hélène Gaubert confiait aussi qu'elle avait reçu des menaces à la même période. Sur cette accusation d'entrave à la justice, Hortefeux ne répond pas.

En second lieu, on se demande comment Hortefeux a-t-il eu accès au dossier de l'instruction. Aux policiers, il a raconté qu'il n'avait que lu la presse... Sur France 2, vendredi soir, il compléta: « J'ai eu une première intuition qui s'est transformée en quasi-certitude quand j'ai appris qu'Hélène Gaubert avait pris le même cabinet d'avocats que Mme Takieddine».

L'ancien ministre a visiblement été écarté du dispositif présidentiel. Depuis le 21 septembre dernier, date de la révélation du scandale, Sarkozy ne l'a pas contacté. Avec un tel gaffeur comme collaborateur direct, on comprend.


Robert Bourgi, manipulé par l'Elysée ?
L'avocat avait créé le trouble, quelques heures durant voici 3 semaines. Intermédiaire et ami de chefs d'Etat africain, il avait accusé Chirac et Villepin d'avoir reçu une vingtaine de millions de dollars en espèces en 1995 et 2005 de la part d'autocrates de Françafrique. Ces « révélations », connues de tous mais jamais étayées par une quelconque preuve, servaient de belle diversion à un moment où deux autres dossiers faisaient surface. Il s'agissait

Cette semaine, Robert Bourgi a été entendu par la police. La diversion a fait pschitt. L'hebdomadaire Jeune Afrique a dévoilé comment l'Elysée a voulu récupérer l'opération Bourgi.
L’avocat est convoqué à l’Élysée l’après-midi à 16 h 30, après un passage dans le bureau de Guéant, Place Beauvau. Il y entre par la grille du Coq. Le président l’attend, furieux : « C’est du grand n’importe quoi ! Ce que tu dis va servir nos ennemis ! Qu’est-ce qui t’a pris ? »
Puis l’orage passé, on discute, en présence de Guéant, sur le thème du comment limiter les dégâts et peut-être du comment exploiter ce qui peut l’être. Est-ce au cours de cet entretien qu’est mis au point le plan médiatique du lendemain et qu’est échafaudée l’idée d’ajouter Jean-Marie Le Pen sur la liste des bénéficiaires de valises ? Bourgi, on l’a dit, est muet sur cela, mais c’est possible et peut-être probable.

Ami sarkozyste, as-tu compris ?


Notes
  • Agosta est le nom d'un contrat de vente de sous-marins français au Pakistan en 1994.
  • Sawari II est le nom d'un contrat de vente de frégates françaises à l'Arabie Saoudite en 1994.
  • Miksa désigne la vente, avortée, d'équipement de surveillance à l'Arabie Saoudite en 2002.
  • Le contrat Amesys  la vente, réussie, d'équipements de surveillance par la France à la Libye de Kadhafi en 2005/2007.

4 commentaires:

  1. A Juan et aux visiteurs de sarkofrance :

    que penser de la collision de l'affaire Neret avec les affaires du pouvoir ? Le hasard fait bien les choses tout de même en cela qu'il permet de dévier l'atension !

    On peut supposer que le coffrage d'une grosse pointure comme ce Neret ne se fait pas sans que le ministère de l'Intérieur soit informé et donne son feu vert, surtout dans un contexte politiquement aussi brulant !

    On a pu apprécier à cette occasion le zèle mis par Guéant à déclarer que tout serait mis en oeuvre pour que la vérité soit connue et que si faute il y avait eu, elle serait naturellement sanctionnée !

    Ou comment se dégoter un bouc-émissaire vers qui orienter, fut-ce provisoirement, la colère et le besoin de justice de la population qui en a marre du deux poids deux mesures, de la justice à deux vitesses : une pour les puissants, une pour les humbles ! Sans parler qui sait de règlements de compte en interne ou comment faire d'une pierre deux coups !

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  2. Je me suis fait la même réflexion. Mais c'est aussi un coup dur pour la police et donc la posture sécuritaire du Monarque. Au final, je pense que Sarkozy est davantage gêné par ce type d'affaire.

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  3. Une interview explosive de Liliane Bettencourt :

    L'héritière du géant des cosmétiques L'Oréal, Liliane Bettencourt, nie avoir donné de l'argent à Nicolas Sarkozy pour la campagne présidentielle de 2007 et se dit prête à la guerre nucléaire avec sa fille qui la menace d'une tutelle, dans des entretiens à la presse dimanche.

    Mme Bettencourt, 88 ans, a été au coeur d'une tentaculaire affaire politico-fiscale à l'été 2010, née d'un conflit familial qui a débordé sur le terrain politique et conduit au départ de l'ex-ministre Eric Woerth pour des soupçons de conflits d'intérêts et de financement illégal.

    Début septembre, un livre-brûlot de deux journalistes du Monde a relancé cette affaire: une magistrate y accuse le pouvoir d'avoir fait pression sur des témoins qui auraient vu Nicolas Sarkozy recevoir des sommes d'argent en liquide de la famille Bettencourt pour financer sa campagne de 2007. Des accusations rejetées comme mensongères par l'Elysée.

    Interrogée sur la chaîne de télévision M6 pour savoir si elle n'avait jamais donné d'argent à M. Sarkozy en 2007, Mme Bettencourt répond : "Franchement, non."

    "Pourquoi voulez-vous que je lui en donne ?", avait-elle dit peu avant.

    "Pour financer sa campagne", avait alors relancé le journaliste.

    "Non, mais alors, il y a belle lurette avant, alors, quand il était jeune homme", avait-elle répondu, comme déroutée par la question.

    http://www.romandie.com/news/n/_France_l_heritiere_de_L_Oreal_nie_avoir_donne_de_l_argent_a_Sarkozy_en_2007021020111310.asp

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  4. quand est-ce qu'on expliquera enfin tant des comportements de Sarkozy par son fondement psychologique : cet individu est un faible (voir sa dépendance envers les femmes fortes) qui règle ses problèmes par des colères perverses ; il a bénéficié d'un parcours privilégié grâce aux combines de la droite affairiste des Hauts-de-Seine (ne jamais l'oublier, c'est là où il y a le plus d'argent en France)et un indéniable talent de bateleur. Rien de plus.

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