20 octobre 2011

Sarkozy, papa heureux, président des Riches crispé

Nicolas Sarkozy n'est évidemment pas en campagne. Il a un G20 à organiser dans 10 jours, un budget à faire voter. Ce mercredi, il a même dû passer à la clinique, sa femme Carla allait accoucher d'une petite fille. C'était raté pour les primaires socialistes.

Pas candidat ? Nicolas Sarkozy a quand même déjeuné avec les députés du Nouveau Centre, histoire de se rabibocher avec ces centristes égarés avant la campagne.

Dans l'apprès-midi, il s'est montré quelques instants à Francfort, pour le départ de Jean-Claude Trichet de la direction de la BCE et « préparer » un futur inutile sommet européen. Après, il est vite reparti à Paris.

Carla accouchait.

Fichue campagne
Fort opportunément, un sondage Harris Interactive réalisé pour VSD donnait Nicolas Sarkozy largement vainqueur d'une hypothétique primaire à droite: 47% des intentions de vote contre 19% à son meilleur concurrent, Alain Juppé. Fichtre ! C'était quasiment un plébiscite. Mieux, ce sondage estimait à 14% des électeurs le nombre de Français intéressés à voter à ce type de consultation. On se souvient que des sondages similaires donnaient des scores faramineux de 30% d'intéressés à la primaire socialiste.

A l'heure du déjeuner, ce mercredi, Nicolas Sarkozy avait invité les députés du Nouveau Centre. La belle affaire ! L'ambiance fut « beaucoup plus détendue » qu'en juin dernier, d'après le député Jean-Christophe Lagarde. Le candidat Sarkozy a sorti les grands arguments: «On n'a jamais travaillé aussi bien avec le Nouveau Centre. J'ai toujours tenu à la diversité de la majorité. Il y a entre nous partenariat et respect.» Davantage d'efforts aurait été été indécent.

Ce n'est plus de la courbette mais de la lèche, et présidentielle s'il vous plaît. Au Figaro, on parle « d'amorcer la réconciliation entre le chef de l'État et son ancien ministre de la Défense, Hervé Morin ». Ce même Hervé Morin qui expliquait, le jour même, qu'il était difficile d'« expliquer à des cons » pourquoi la France devait être en Afghanistan...

Slurp !

Sarkozy cherche ses soutiens. Jean-Louis Borloo a été « débranché » en septembre dernier. Reste Hervé Morin, son ancien ministre de la Défense qui se croit un destin national. Sa candidature est un parfait contre-feu contre l'ancien trublion François Bayrou. Hervé Morin, au moins, se ralliera au second tour de la présidentielle. A l'UMP, Thierry Mariani, par ailleurs, a donné une interview au magazine Minute. On ratisse large...

On nous expliquera, via Henri Guaino ou tout autre bouffon de conseiller interposé, que Nicolas Sarkozy « travaille » à sa charge présidentielle. Quelqu'un pourrait-il nous expliquer ce qu'il faisait avec des députés du Nouveau Centre ce mercredi midi ? 

Un bonheur n'arrivant jamais seul, l'accouchement tant attendu de Carla Bruni-Sarkozy est enfin arrivé, à Paris. L'heureux père a passé trente minutes à la clinique de la Muette. Il avait fort à faire. Il est président et les nouvelles étaient graves.

Fichue diplomatie
Une otage française est morte. Marie Dedieu, 66 ans, atteinte d'un cancer, avait été enlevée le 30 septembre dernier. Mercredi 19 octobre, le gouvernement a confirmé son décès comme l'hypothèse «la plus vraisemblable ». L'action clandestine des services secrets français n'a pas permis de retrouver puis sauver l'otage française, qui avait été capturé au Kenya puis emmenée en Somalie. Un échec qui rappelle combien la tâche est difficile.

En France, Nicolas Sarkozy a préféré rapidement récupéré à son profit la libération du franco-israélien Gilad Shalit. Dès mardi soir, l'Elysée publiait une lettre du Monarque au jeune soldat, capturé sur son char il y a 5 ans par le Hamas: « La France ne vous a jamais oublié. Elle s'est jointe sans relâche, avec opiniâtreté aux efforts de vos parents pour que ce jour, celui de votre liberté retrouvée, devienne une réalité ». Le lendemain, Radio J diffusait une courte interview du Monarque, réalisée la veille.

L'otage a été échangé contre 1.000 détenus palestiniens, dont près de 500 ont été libérés dès mercredi. La diplomatie française n'y est pour rien dans cette tractation. Mais en ces temps pré-électoraux, le candidat Sarkozy a besoin de certaines cartouches électorales. Sur France Inter mercredi matin, son ministre de la Défense, Gérard Longuet, disait découvrir la situation de Salah Hamouri, un autre de nos compatriotes, mais franco-palestinien et cette fois-ci emprisonné par Israël. Salah Hamouri conteste les charges dont l'accuse la justice israélienne. Sarkozy, lui, a prévenu avoir demandé à Israël sa libération, sans obtenir aucune garantie.

En Afghanistan, l'armée française a entamé son retrait. Deux cent premiers soldats ont quitté le territoire. Dix ans quasiment jour pour jour après le début de l'intervention. Depuis 2007, Nicolas Sarkozy a d'abord trahi sa promesse de retrait, faite pendant la campagne électorale. En 2008, il avait au contraire entamé un renforcement des équipes françaises sur place, corollaire malheureux de la réintégration de la France au sein du commandement militaire intégré de l'OTAN. Depuis 2001, 75 soldats français ont été tués là-bas, dont 80% depuis que Nicolas Sarkozy est président.

Fichu triple A
Ce weekend, Nicolas Sarkozy prolongera son actualité internationale, avec un sommet européen ce dimanche. Quelle chance ! Lors du premier tour des primaires socialistes, il était allé jusqu'à Berlin pour promettre des solutions à la crise de l'euro, en particulier la recapitalisation des banques et le défaut partiel de la Grèce. Nous y sommes. Mais, comme souvent, le temps des bourses et des agences n'est pas celui du nain européen.

Après les menaces de Moody's contre le Triple A français, la même agence a de nouveau dégradé l'Espagne. En Grèce, manifestations historiques, parfois violentes, et grève générale contre les plans d'austérité à répétition ont marqué le pays mercredi.

Mercredi après-midi, Nicolas Sarkozy a fait un aller-retour express à Francfort pour convaincre, en vain, Angela Merkel, de laisser le Fond européen de Stabilisation financière recapitaliser les banques européennes. D'après un quotidien britannique, Saerkozy et Merkel seraient tombés d'accord pour porter la capacité du FESF à 2.000 milliards d'euros. Qui paiera ?

Il est ensuite revenu à Paris. Carla avait accouché d'une petite fille, vers 19h.

A Paris, justement, les députés ont enfin commencé l'examen de la loi de finances pour 2012. La veille, l'UMP avait organisé une mascarade de convention pour critiquer la « gabegie » du programme socialiste. Mercredi lors de la séance des questions au gouvernement, Jean-Marc Ayrault, le président du groupe socialiste à l'Assemblée, a annoncé que ses députés proposaient 12 milliards d'euros de suppressions supplémentaires de niches fiscales pour l'an prochain. La ministre du budget, Valérie Pécresse, sur les bancs, souriait jaune. Elle croyait avoir donné suffisamment de gages pour rendre son projet de budget « juste dans la rigueur ».

Pensez-vous ! Elle avait accepté d'abaisser à 250.000 euros par part fiscale le seuil d'imposition et d'augmenter à 4% (versus 3%) le taux au-delà de 500.000 euros de revenu fiscal par part dont allaient être frappés quelques dizaines de milliers de très riches ( 26.000 à 27.000 foyers !).

Un député UMP dénommé Piron avait quand même déposé un amendement pour créer un une tranche d'impôt supplémentaire de 46% pour les revenus supérieurs à 150.000 euros par part. Sacrilège ! Mardi puis mercredi, François Fillon, Jean-François Copé et Christian Jacob se sont démenés pour convaincre tous les députés UMP de refuser toute taxation des plus riches au-delà de l'alibi exceptionnel proposé par le gouvernement. Présidence des Riches, députés godillots. « On ne peut plus bouger sur ce sujet » a prévenu Fillon mardi matin. Qui a dit que Fillon incarnait la droite sociale-gaulliste ?

En commission des affaires sociales, un autre amendement sur le budget de la Sécu, soutenu par le gouvernement, relevait « le plafond de ressources de l'assurance complémentaire santé au niveau du plafond de ressources de la CMU complémentaire majoré de 35 % alors qu'il ne l'est que de 26 % aujourd'hui » pour « améliorer l'état de santé de nos concitoyens les plus modestes et lutter contre les renoncements aux soins ». Le coût de cet effort est chiffré à 56 millions d'euros. Il est censé réduire l'impact des hausses tarifaires des mutuelles l'an prochain.

56 millions d'euros ? C'est à peine un gros quart de ce que le gouvernement a prévu de reprendre d'une autre main sur les indemnités maladie. Le scandale, dénoncé par notre indispensable confrère Slovar, fait la une de certains journaux. Quelque 220 millions d'euros seront récupérés l'an prochain, grâce à un changement du mode de calcul de ces indemnités. Leur assiette de calcul, initialement le salaire brut, sera le salaire net à partir de 2012. Conséquence, pour les salariés d'entreprises incapables de compenser, les indemnités maladies baisseront...

La ministre Roselyne Bachelot-Narquin avait aussi préparé un joli rapport au Parlement dans lequel elle assénait cette nouvelle incroyable: la pauvreté aurait reculé en France entre 2007 et 2009: « La proportion de pauvres dans la population est passée de 13,1% en 2006 à 11,8% en 2009. » Le quotidien Libération a levé le lièvre. Le rapport n'est pas encore public. On rigole doucement. Sa seule vocation est de servir d'argumentaire électoral pour le candidat Sarkozy. Ce dernier nous avait promis de faire baisser d'un tiers le nombre de pauvres dans le pays en 5 ans. L'échéance approche, et l'INSEE a déjà, à de multiples reprises, chiffré la malheureuse aggravation de la pauvreté en France depuis 2002 comme depuis 2007.

L'association Emmaüs a rétorqué immédiatement: « Cette manipulation est dangereuse car elle prétend valider une politique qui pourtant n'aide en rien les plus démunis, bien au contraire... Pensons à la casse de tous les dispositifs sociaux (formation, santé, insertion), lesquels devraient au contraire permettre à la France d'amortir les effets de la crise... La politique menée aujourd'hui n'est pas favorable aux plus démunis : elle vise à combattre les pauvres et non les causes de la pauvreté. »


Ami sarkozyste, où es-tu ?

7 commentaires:

  1. combien a encore couté aux contribuables l'inutile et rapide aller-retour à Francfort ?

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  2. Les électeurs de Sarko ne sont pas les pauvres, il peut taper dessus allègrement. Comme chacun le sait, un pauvre est pauvre parce qu'il le veut bien. Notre société généreuse et partageuse lui offre tous les moyens de s'enrichir, à lui de se débrouiller.

    Jusqu'où ira le cynisme de Sarko et de sa clique? Jusqu'à Daniel Ortéga au Nicaragua?

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  3. Yves Bur, député UMP et rapporteur du budget de la sécurité sociale à l'Assemblée Nationale s'oppose au changement du mode de calcul des indemnités journalières.
    « Cette mesure entretient l’idée fausse que les personnes en arrêt maladie le seraient abusivement et elle n’améliorerait pas l’efficience du système », a-t-il déclaré aux Echos. Il propose en contrepartie de soumettre aux cotisations sociales les indemnités de rupture (rupture conventionnelle, indemnités de licenciement …) supérieures à 73.000 euros.

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  4. On prépare les dossiers d'argumentaires pour la présidentielle. J'espère que cette fois les journalistes iront chercher l'info sur le terrain et pas dans les communiqués de presse de l'UMP !
    :-)

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  5. Pour montrer aux français qu'il bosse et que les affaires du pays ne peuvent attendre il s'est rendu à la clinique avec des dossiers sous le bras

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  6. Vous me faîtes rire.
    Arretez de critiquer Zarkozy et regardez un
    peu les magouilles de socialistes pour la
    primaire et hier avec les verts.

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