30 novembre 2011

Sarkozy: "Maintenant qu'on sort de la crise..."

C'était en avril dernier, il y a 7 mois. Notre président visionnaire expliquait, lors d'un déplacement pré-électoral dans le Puy-de-Dôme, pourquoi il fallait renforcer les contrôles sur les chômeurs: « Maintenant qu'on sort de la crise... »

Ce mardi, la Sarkofrance avait la gueule de bois. Le chômage explose. L'euro menace toujours de sombrer. Le couple franco-allemand n'est toujours pas d'accord.

L'Europe sombre. Mais Sarkozy rend visite en jet présidentiel à des agriculteurs castés.

Chômage
Vous souvenez-vous de cette incroyable promesse, en janvier 2010, sur TF1 ? Elle émanait d'un Nicolas Sarkozy avide de convaincre: « Je sais que dans les semaines et les mois qui viennent, vous verrez reculer le chômage dans notre pays ». Un an plus tard, toujours en janvier, et toujours sur TF1, re-belote. Le 7 avril dernier, il expliquait encore: « Maintenant qu'on sort de la crise, c'est un problème de justice, de justice sociale envers les salariés et les ouvriers qui travaillent dur que de s'assurer que celui qui est au chômage et qui a des allocations grâce à la solidarité nationale fera tous ses efforts pour accepter une offre d'emploi, pour accepter une formation pour s'en sortir. (...) Ne pas contrôler, ne pas exiger des résultats de ce point de vue, me semble-t-il, est injuste »

Quelques mois plus tard, le constat est terrible. Le Monarque s'est trompé, gravement. Il a promis, pour rien. Les nouvelles sont mauvaises. Bien sûr, Nicolas Sarkozy n'a pas abandonné ses salves verbales contre la fraude sociale. Mais le chômage s'est aggravé.

Depuis qu'il a récupéré un strapontin ministériel voici tout juste un an, Xavier Bertrand a trouvé la bonne formule: il nous prévient la veille de la publication des chiffres mensuels du chômage que les statistiques du lendemain seront mauvaises. Dimanche soir, il s'était donc précipité à la télévision pour prévenir: « le chômage va progresser au mois d'octobre. (...) tant que la situation économique ne s'améliorera pas, je ne vois pas comment les chiffres de l'emploi pourront réellement s'améliorer. » Effectivement, les clignotants étaient au rouge: le nombre de demandeurs d'emploi atteint les 5.064.700 inscrits à Pôle Emploi, en hausse de 196.000 en un an (catégories A à D). Le chômage atteint ainsi un niveau inégalé depuis 1999. Sur le seul mois d'octobre, quelque 600.000 personnes ont perdu un emploi, après 700.000 le mois précédent. Les chiffres donnent le tournis. D'ici l'élection, le taux de chômage devrait dépasser les 10% de la population active.Toutes les catégories sont  touchées: les seniors de plus de 50 ans, les jeunes de moins de 25 ans, les hommes, les femmes, etc...

La performance est d'autant plus terrible que les conditions d'inscriptions à Pôle Emploi n'ont cessé de se durcir, des radiations définitives ou temporaires après 2 offres « raisonnables » refusées aux désinscriptions automatiques en fin de mois en cas de défaut d'actualisation informatique.

Accuser la récession sera bien facile. Outre-Rhin, le gouvernement allemand a massivement encouragé le chômage partiel (bien plus qu'en France), qui concernait quelque 1,5 million de salariés en 2009 (soit 26% de la population active, contre 18% en France). En raison d'une obstination idéologique coupable, le gouvernement de Sarkofrance a préféré maintenir la défiscalisation des heures supplémentaires. Comme le rappelait le blog Déchiffrages en février dernier: les Français travaillent davantage que les Allemands (« 1.309 heures pour l’Allemand, 1.468 heures pour son collègue français ») et sont plus nombreux au chômage... Merci qui ?

Incompétence
Une mauvaise nouvelle n'arrivant jamais seule, le Conseil d'Etat a annulé le gel des prix du gaz prononcé par décret gouvernemental en septembre dernier. Suite au renchérissement des prix de l'énergie, le gaz devait subir une augmentation d'environ 8% d'ici la fin de l'année. Soucieux de prouver que la privatisation de GDF n'aurait aucune incidence sur le contrôle de ce service public, le gouvernement, Eric Besson en tête, avait interdit toute augmentation des tarifs du gaz. C'était simplement... illégal. Les concurrents privés de GDF-Suez avaient déposé un recours, ils ont gagné. Ce gouvernement est incompétent.

Le ministre de l'industrie Eric Besson ne s'est pas précipité, mardi matin, pour commenter la mauvaise nouvelle sur les plateaux de radio-télévision. A quelques mois de la présidentielle, la peine est double : non seulement le candidat Sarkozy est à nouveau pris en défaut de mensonges, mais des millions de foyers subiront l'inévitable hausse juste avant l'élection... Car la hausse est inévitable et sera lourde, entre 8 et 10%.

Menaces
Depuis lundi, Nicolas Sarkozy et ses conseillers tremblent à nouveau. L'agence Moody's a menacé l'ensemble des 6 pays de la zone euro d'une dégradation de leur note. Nous payons deux années d'immobilisme politique européen. Merci qui ?

Pire, l'OCDE ajoutait une mauvaise nouvelle: selon l'organisation internationale, la croissance européenne ne sera que de 0,2% l'an prochain, et de 0,3% en France. L'organisation recommande un troisième plan de rigueur, à hauteur de 8 milliards d'euros. François Baroin, ministre de l'économie, s'est rapidement déclaré confiant que ce serait inutile puisqu'il avait 6 milliards de réserve. Où ça ? On ne sait pas. Et « son » budget reste fixé sur 1% de croissance. Allez comprendre. Depuis quelques jours, le fameux Fond Européen de Stabilité Financière a quelque difficulté à lever des fonds sur les marchés.

On imaginait donc qu'il y avait urgence à provoquer une rencontre Sarkozy/Merkel pour finaliser les négociations sur un éventuel nouveau traité européen. On se souvient du Nicolas Sarkozy bondissant qui, à peine élu en 2007, s'était précipité dans nombre de capitales européennes pour convaincre du Traité de Lisbonne. Ce temps-là est révolu depuis longtemps. Mardi soir, les ministres des finances de l'euro-group se réunissaient à Bruxelles.

Mais Sarkozy a préféré faire campagne à la campagne. Un déplacement encore une fois électoral et sans rapport avec l'urgence quasi-quotidienne de parvenir à un réel accord européen sur le sauvetage de l'euro. Il a prévu de parler d'Europe à Toulon, et pas avant. Il se contente de quelques coups de téléphones, ensuite médiatisés par ses proches ou un communiqué. On sait qu'il a causé avec Angela Merkel. Il n'arrive pas à la convaincre d'autoriser une intervention plus large de la BCE sur les marchés et le lancement d'eurobonds. Mme Merkel, au contraire, voudrait surtout un Super-Traité de Maastricht. Notre Monarque croyait parvenir à un accord avec elle avant son Grand Déplacement à Toulon jeudi. Mardi après-midi, il avait abandonné tout espoir, croyait savoir Arnaud Leparmentier.

Campagne
Devant quelques agriculteurs, mardi 29 novembre à Gimont, dans le Gers, Nicolas Sarkozy s'était assis pour une heure et demi de table ronde « verrouillée », comme le nota un journaliste local. Le village est rural, avec ses 3.000 habitants, et bien isolé pour éviter toute manifestations. La Préfecture du coin, transformée en agent recruteur, avait invité 1.600 personnes. Elle avait oublié l'Association des paralysés de France, qui le fit savoir. Les questions avaient été préparées, et certaines, jugées gênantes, interdites. Sarkozy était arrivé en jet présidentiel vers 11h. Plus tôt, il avait tenu son habituel petit-déjeuner politique avec quelques responsables UMP à l'Elysée.

Il voulait discuter des « conditions de vie » des agriculteurs, comme le précisait l'invitation officielle. Il ne fit qu'empiler des généralités et des tacles électoralistes. Ainsi nous eûmes droit au traditionnel couplet sur les retraites (« Nous vivons plus longtemps, il faut donc travailler plus longtemps ») assorti de l'habituel tacle contre la gauche (« En 2017, le régime des retraites sera équilibré. Où en serions-nous aujourd'hui si je n'avais pas fait ça ? Et les grands discours qui disent, si on est élu on reviendra dessus, vous verrez, ils seront oubliés dès que vous aurez voté. » ) et d'une auto-satisfaction narcissique (« Ce n'est pas facile de dire qu'il faut travailler deux ans de plus, mais j'ai préféré affronter la mauvaise humeur des gens »).

Sur le fond, il n'eut aucune réponse ni annonces concrètes. Il joua au président compréhensif de leur « souffrance », si fier de lui-même: « au moins je n'ai pas biaisé, je n'ai pas menti, je n'ai pas mis la poussière sous le tapis.» On sourit. Le Monarque avait servi la même formule, dans le Centre, en février 2010. C'était déjà pour une campagne, celle des élections européennes.

Sans surprise, le candidat officieux Nicolas Sarkozy tacla également les écologistes, évidemment qualifiés de « sectaires »:
« Je sais bien qu'il y a un petit courant de pensée qui pense que l'homme est un gêneur, que la terre serait tellement plus heureuse si les hommes ne vivaient pas, ne travaillaient pas, ne mangeaient pas, ne buvaient pas ».
« On met de côté les sectaires et on met de côté dans l'agriculture les comportements ou les propos »
« L'agriculture a joué le jeu du changement et de la raison, et quand je dis les sectaires, vous voyez bien ce que je veux dire ! »
Mais bien sûr, précisa le candidat: « Il ne faut pas opposer l'environnement et les agriculteurs ».

On sourit.

Ou on pleure.




29 novembre 2011

Comment Sarkozy a réduit les aides à l'agriculture.

Nicolas Sarkozy rend une nouvelle fois visite à des agriculteurs ce mardi. En ces temps de disette budgétaire, de grands discours sur l'effort, la nation et l'identité, l'occasion était trop belle d'évaluer le dernier projet de budget du ministère de l'agriculture présenté par le gouvernement pour 2012.

La lecture de l'annexe détaillant les moyens budgétaires de la mission ministérielle « Agriculture, pêche, alimentation, forêt et affaires rurales » est instructive de l'effort contraint déployé par Nicolas Sarkozy envers ce qu'il estime être une cible électorale privilégiée, les agriculteurs et le monde rural.

Mépris, paroles...
Au début de son mandat, le Monarque avait lourdement ignoré et choqué le monde agricole: du « casse-toi pov'con » à un visiteur du Salon de l'agriculture aux menaces verbales et publiques contre un pêcheur protestataire, de son exhibition bling-bling à la rareté de ses visites sur le terrain, Sarkozy avait tout raté. Il avait même négligé de réagir à l'incroyable envolée du prix des matières premières et de l'énergie qui déstabilisa l'agriculture et la plongea dans la crise plus tôt que le reste du pays.

Ce n'est qu'après la débâcle aux élections européennes que l'Elysée prit conscience de l'ampleur du désaveu. Nicolas Sarkozy, déjà en pré-campagne pour sa réélection, se mit alors à sillonner la France agricole tous azimuts, à coups de discours sur l'identité rurale et autres promesses. Réformer la PAC par anticipation ? Bien sûr ! Protéger les marges des producteurs ? Evidemment !

Il y a un an par exemple, quasiment jour pour jour, le 28 novembre 2010, Nicolas Sarkozy visitait le village du Mayet-de-Montagne, dans le Bourbonnais (Allier). Lors d'un longue et énième table ronde, il répéta combien les marchés de matières premières devait être régulés, qu'il faut gagner la bataille de l'alimentation du XXIème siècle, et qu'il connaissait bien le prix de la carcasse de viande. Tendez l'oreille, ce mardi 29 novembre 2011, les mêmes exemples refleuriront dans son discours du jour.

Contre la volatilité excessive des prix des matières premières agricoles, Nicolas Sarkozy n'a finalement pas fait grand chose mais en a beaucoup parlé. Il faudra attendre 2013 et la réforme de la politique agricole commune (PAC), promet le gouvernement dans sa note de budget. Et la présidence française du G20 ne déboucha sur rien de concret en faveur de la régulation des prix des matières premières ou de l'énergie.

« Ce budget 2012 combine l’ambition d’une politique agricole forte et l’exigence d’une maîtrise des finances publiques » précisait le gouvernement dans sa note budgétaire. Quelle rigueur ? Hors pensions de retraites, l'Agriculture ne perdra que 17 maigres millions d'euros, sur 3,35 milliards, l'an prochain. En revanche, pour 2013, un an après les élections, le gouvernement a d'ores et déjà prévu de réduire de 100 millions d'euros.

A ce budget de dépenses, s'ajoutaient 1,9 milliard d'euros de niches fiscales. Pour 2012, le gouvernement n'affiche que 1,6 milliard d'euros: discrètement, il a supprimé pour environ 350 millions d'euros de déductions fiscales à un secteur en perdition.

... et austérité
A partir de la page 25 du document, le gouvernement a énuméré comme chaque année les dépenses fiscales maintenues en faveur du secteur agricole. La liste est bien longue. Certaines niches sont toujours troublantes, d'autres clairement ridicules en comparaison des enjeux qu'elles sont censées servir. Mais plus progresse la lecture, mieux on comprend. Nicolas Sarkozy parle beaucoup et agit peu: les agriculteurs savent-ils combien leur sera supprimé l'an prochain ?

1. La réduction du Taux de taxe intérieure de consommation applicable au fioul domestique utilisé comme carburant coûtera encore 1 milliard d'euros en 2012 (comme en 2010 et 2011). Le nombre d'entreprises bénéficiaires 2010 n'est pas connu, cette exonération partielle existe depuis 1970. C'est la plus grosse niche fiscale du secteur, la plus visible.

2. Exonération plafonnée de taxe intérieure de consommation pour l'alcool éthylique incorporé au gazole ou au fioul domestique, aux supercarburants ou au superéthanol : cette niche coûtait 366 millions d'euros en 2010, 280 millions cette année, et encore 250 millions l'an prochain. Elle vise à soutenir la production d'agrocarburants, mais ne bénéficie qu'à ... 58 entreprises, soit plus de 4 millions d'euros par bénéficiaire. Cette niche a été créée par le gouvernement Juppé et « améliorée » par Fillon. Elle est prévue de s'éteindre ... en 2013, après les élections.

3. Taux réduit de TVA (5,5 % bientôt ramené à 7%) applicable aux aliments pour le bétail et à certains produits et engrais à usage agricole. Coût annuel: 70 millions d'euros.

4. Exonération d'impôt sur les sociétés, sous certaines conditions, des coopératives agricoles. Coût annuel: 50 millions d'euros. La niche existe depuis 1948...

5. Crédit d’impôt en faveur des entreprises agricoles utilisant le mode de production biologique. L'effort public est modeste. Quelque 9.255 entreprises se partageaient ce petit cadeau de 33 millions d'euros en 2010. Le crédit d'impôt a été réduit de moitié pour 2012 (18 millions d'euros). Cette incitation avait été créée avant le Grenelle de l'Environnement.

6. Crédit d’impôt au titre des dépenses engagées par les exploitants agricoles pour assurer leur remplacement coûte 11 millions d'euros par an, pour 26.600 ménages, depuis 2006. L'an dernier, Nicolas Sarkozy l'a fait prolonger jusqu'en 2013, après les élections.

7. L'exonération TVA pour les produits de leur pêche vendus par les marins-pêcheurs, une ancienne niche fiscale qui date de 1934, coûtera encore 10 millions d'euros l'an prochain.

8. La déduction d'impôt sur les sociétés autorisée pour les réserves spéciales destinée à couvrir la responsabilité solidaire pour le paiement des dettes salariales des employeurs, coûtera toujours 6 millions d'euros l'an prochain.

9. Quelque 3.000 entreprises de boucherie/charcuterie bénéficient d'un taux de TVA de 2,10 % pour leurs ventes d’animaux de boucherie et de charcuterie à des personnes elles-mêmes non assujetties à la TVA. Coût annuel: 3 millions d'euros. 

10. L'étalement des plus-values à court terme réalisées sur les cessions de navires de pêche avant le 31 décembre 2010 coûtera 3 millions d'euros l'an prochain. La mesure datait de 1997.

11. Les cessions réalisées par les Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural
restent exonérées de droits d’enregistrement et de timbre .12 000 entreprises sont concernées pour un coût de 2 millions d'euros par an.

12. Le Sénat a voulu supprimer l'abattement spécial sur les plus-values réalisées lors de la cession d’un cheval de course ou de sport. le nombre d'heureux propriétaires n'était pas évalué dans la note budgétaire, mais le cadeau fiscal se chiffrait à 2 millions d'euros. Il s'agit d'« aider le secteur équestre ».

13. Les coopératives du secteur agricole restent exonérées de droits d’enregistrement et de timbre, pour un coût prévu de 1 million d'euros l'an prochain.

14. Particularité électorale sans doute, les bénéfices forfaitaires « issus de la culture d’arbres truffiers pendant quinze ans à compter de la plantation » sont exonérés d'impôt sur le revenu. Coût: 1 million d'euros par an.

15. Le salaire différé de l’héritier d’un exploitant agricole est également exonéré d'impôt sur le revenu. Coût : 1 million d'euros.

Il y a aussi ces avantages fiscaux qui ne sont pas chiffrés, pas même évalués:

1. Quelque 16.500 jeunes entreprises agricoles bénéficient d'un abattement d'imposition qui coûtait 42 millions d'euros en 2010 mais n'est pas chiffré pour 2012, alors qu'il est maintenu.

2. Quelque 85.000 entreprises agricoles ont bénéficié de « déductions spécifiques à l'investissement » pour 170 millions d'euros en 2010. Pour 2011 comme 2012, le cadeau fiscal n'est pas chiffré.

3.  L'exonération de la part communale et intercommunale en faveur des terres agricoles à concurrence de 20 % n'est pas davantage évaluée. Pourtant, en 2010 puis en 2011, la mesure a coûté quelque 176 millions d'euros. Rien que ça !

Il y a enfin deux niches fiscales purement et simplement supprimées dans la plus grande discrétion par le gouvernement: le remboursement partiel en faveur des agriculteurs de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques coûtait 134 millions d'euros en 2010, encore 140 millions en 2011. Quelque 230.000 entreprises étaient concernées. Seconde niche discrètement supprimée, l'exonération des parts départementales et régionales de taxe foncières sur les terres agricoles. Créée en 1992, la niche coûtait... 197 millions d'euros l'an dernier.

Amis agriculteurs, vous êtes prévenus.

Au moins, ce mardi, Nicolas Sarkozy arrivera avec un cadeau qui n'était pas de lui dans sa besace, mais qui fera plaisir à certains: le Conseil d'Etat vient d'annuler la suspension de la culture du maïs transgénique MON810, décidée sous la contrainte et la pression par le gouvernement français en 2008.

La décision est paraît-il sans appel. Sarkozy devait secrètement se réjouir. Les écologistes préparent la riposte. François Hollande a condamné. L'Elysée s'est tu.


Lire aussi:

 

28 novembre 2011

Sarkozy se planque, ses ministres font campagne à sa place

Une nouvelle semaine de campagne débute. Nicolas Sarkozy ira rencontrer des agriculteurs pour discuter « de leurs conditions de vie », demain, mardi 29 novembre. Ce lundi, il n'a rien à faire sauf à se montrer pour une cérémonie de prise d'armes d'automne aux Invalides. La campagne clandestine de Nicolas Sarkozy est d'une hypocrisie inédite.

Et ses ministres masquent mal l'affaire.

UMP en roue libre
Ce weekend, l'UMP a tenté d'alimenter une micro-polémique le sort du droit de véto français au Conseil de Sécurité à l'ONU. Elle réunissait ses cadres dans une discothèque à Paris.  Jean-François Copé n'avait pas grand chose à promettre. Il organise des conventions à répétition pour convaincre que l'UMP élabore ainsi son programme pour 2012-2017. Mais Nicolas Sarkozy a prévenu qu'il n'en tiendrait pas compte. Il avait déjà fait retirer la présentation dudit programme de l'université d'été de l'UMP début septembre.

Copé aimerait aussi que l'UMP se calme. Si le paysage électoral s'est éclairci depuis le retrait de Jean-Louis Borloo de la course présidentielle et le décrochage de Dominique de Villepin, les disputes et chamailleries au sein du clan sarkozyste ont atteint un niveau inquiétant, en particulier à Paris: « La gravité de l'heure commande que celles et ceux qui ont envie de s'engager auprès du président de la République se lèvent, fassent fi de leurs moments de doute ou de déception, relativisent les critiques qu'ils ont pu émettre à tel ou tel moment de la politique que nous avons conduite »


Alors l'UMP meuble avec des micro-polémiques, comme cette dernière: l'accord EELV-PS prévoit que le droit de véto de la France à l'OU fasse l'objet d'une discussion en cas de victoire en 2012. Honnêtement, le sujet est loin d'être une priorité nationale et, de surcroît, Nicolas Sarkozy n'a cessé lui-même d'expliquer combien il fallait réformer la gouvernance de l'ONU.

Fillon dévalorise
Samedi, François Fillon « discoura » au séminaire des cadres de l'UMP. Il glissa: « En son temps et en son heure, Nicolas Sarkozy entrera en campagne ».

Comme le relevait hier notre confrère Guy Birenbaum, « La dévalorisation de la parole politique vient de la manière dont les plus hautes autorités politiques nient ou camouflent les évidences. ».

Ce weekend, on nous fit croire que Nicolas Sarkozy travaillait. Il allait proposer un nouveau traité européen, avec une « règle d'or » inscrite dedans et l'obligation de validation européenne des budgets des Etats-membres de la zone euro. Nous avons hâte d'entendre le candidat Sarkozy défendre cette nouvelle idée. Angela Merkel, en fait, ne pense à rien d'autre qu'un Super-Traité de Maastricht.

L'électeur partisan du NON au traité de 2005 appréciera.

Pécresse temporise
Valérie Pécresse, ministre du Budget, joua de voix suave et molle sur l'antenne de CANAL+, dans l'émission Dimanche+, pour expliquer combien son gouvernement dirigeait bien le pays. « Nous avons 6 milliards d'euros de réserve de précaution. »

Interrogée sur la vague d'investissements chinois en France, Valérie Pécresse était heureuse. « Evidemment, il faut créer un véritable partenariat franco-chinois ». Surtout, les Chinois « peuvent investir dans les dettes souveraines ».

Sur les retards à la mise en place du Fond européen de stabilité financière, Pécresse n'avait pas grand chose à dire. En Allemagne, Angela Merkel s'agace de l'attentisme européen.

L'électeur partisan du OUI au traité de 2005 appréciera.

Bachelot prédit
Roselyne Bachelot-Narquin posait en costume rose-bonbon dans les colonnes du Figaro, ce dimanche 27 novembre. Une interview « exceptionnelle » dont le titre était sans ambiguïté: «Hollande est un homme sous influence». Bacehlot faisait campagne à la place de son chef.
À quoi ressemblera la campagne de Nicolas Sarkozy ?
Elle ressemblera à Nicolas Sarkozy ! Une campagne électorale, c'est d'abord celle d'un homme devant les Français. Nous serons à ses côtés pour mener cette campagne présidentielle. Avec quelques ministres, autour de Bru­no Le Maire, je m'implique déjà beaucoup dans le projet de l'UMP. Ce travail intellectuel est essentiel.
 Elle est pourtant ministre des Solidarités Actives. Ce weekend, la Banque Alimentaire avait tenté de récolter un maximum de donations en nature, comme chaque dernier weekend de novembre. On pouvait imaginer que Mme Bachelot avait autre chose à faire que de se divertir en militante UMPiste. Les Restos du Coeur ouvrent leurs portes cette semaine.

L'électeur précaire appréciera.

Guéant «guéantise»
La Guéantise du jour fut sans surprise. Fidèle à son image et à sa mission, Claude Guéant a encore lâché dimanche une surenchère xénophobe. Le ministre de l'intérieur était encore l'invité dominical d'une émission de radio-télévision, cette fois-ci Europe 1/I-télé/Le Parisien.
«Nous acceptons sur notre sol chaque année 200.000 étrangers en situation régulière. C'est l'équivalent d'une ville comme Rennes, c'est deux fois Perpignan. Moi aussi je trouve que c'est trop »
Evidemment, le ministre compléta: « la France n'est pas un pays xénophobe ». La France peut-être, mais lui ? L'est-il ? Comment expliquer cette permanente obsession ? Et ses chiffres incorrects ? Nicolas Sarkozy a sous-traité le service après-vente de son discours de Grenoble à son ancien plus fidèle des proches.

L'électeur humaniste appréciera.





27 novembre 2011

Nucléaire: quand Sarkozy perd son sang-froid.

L'allocution était informelle, évidemment. Cela faisait longtemps qu'il n'avait joué à ce genre d'intervention surprise, faussement décontractée. On attendra quelques jours pour savoir comment les salariés avaient été castés pour le spectacle. Quelques caméra et photographes étaient là, évidemment.

Vendredi 25 novembre, pendant 18 minutes et 52 secondes, Nicolas Sarkozy monologua, micro en main et écharpe autour du cou, devant des salariés de l'entreprise Isover-Saint-Gobain. Cette entreprise fabrique de la laine de verre, un isolant thermique. On croyait donc que le Monarque serait écologiste, le temps d'un meeting électoral; qu'il parlerait d'économies d'énergie. Et bien, nous nous trompions.

Nicolas Sarkozy avait la rage atomique.

Paternalisme
« Mesdames et Messieurs, merci de me recevoir... Pardon de garder une écharpe mais... j'dois protéger mon instrument de travail ». François Mitterrand portait lui un chapeau, nota notre confrère Vogelsong sur Twitter.

Gros sourire, Sarkozy est quasiment hilare de son introduction. Les salariés sont tous en uniforme jaune et gris, casquette inclue. : « jsuis très heureux d'être parmi vous dans une des rares usines qui ne souffre pas et qui ne souffrira pas de la crise. Je le dis, parla,t sous le contrôle de Nathalie Kosciusko-Morizet, la meilleure des énergies, c'est l'économie d'énergie, et vous fabriquez les matériaux qui permettent cette économie d'énergie, notamment dans le secteur où nous en avons le plus besoin, qui est celui de l'habitation... qui représente 40% (il jette un regard à NKM)... 43% de la consommation d'énergie dans notre pays

Quand il est en meeting électoral, comme ce vendredi, le candidat Sarkozy est toujours pédagogue et caricaturale. « La France est un pays qui n'a pas d'énergie solaire, fossile... n'a pas de pétrole... On n'a pas de gaz... Et nous devons plus que les autres travailler les économies d'énergie... Et les économies d'énergie, c'est le métier d'Isover »

Connaissez-vous le bilan de Nicolas Sarkozy en matière d'économies d'énergies dans le bâtiment ?

Autosatisfaction
Le monarque continua le service après-vente de son mandat. Pour déraper très vite.

« Pour produire, vous avez besoin d'être compétitif. Pour être compétitif, il y a d'abord toute la partie innovation, recherche, ... C'est toute la nouvelle gamme de produits que je vous remercie d'avoir appelé Grenelle... ça nous fait plaisir... (...) c'est le crédit impôt-recherche, c'est tout ce sur quoi le ministre de l'Industrie Eric Besson travaille. Mais dans votre prix de revient, le prix de l'électricité que vous consommez... c'est 10% de votre prix de revient. »

Nous étions à 2 minutes et 35 secondes de l'intervention, et voici la véritable obsession du moment...

« La France a des atouts naturels - sa location géographique, son climat. Elle a des atouts dont elle s'est dotée: sa démographie, la qualité de sa main d'oeuvre... et l'énergie nucléaire. »

Tabou
Nous y sommes, la défense du nucléaire. Il répéta donc que tous ses prédécesseurs depuis 65 ans « qu'ils soient de gauche ou de droite, ont garanti un consensus au-delà des divergences naturelles en démocratie... mais depuis 65 ans, il y a un consensus selon lequel l'investissement dans le nucléaire permettra à la France de compenser l'absence de gaz et l'absence de pétrole. » Il loua donc tous les ouvriers, les ingénieurs, les techniciens qui contribuèrent depuis des « générations » à donner cette « avance technologique ».

« Grâce [au nucléaire], les Français, vous-mêmes, vous payez l'électricité deux fois moins cher que les Allemands. Pour une usine comme la vôtre, l'accès à une énergie peu chère, c'est absolument nécessaire pour la compétitivité de vos produits. »


« Je ne peux pas laisser détruire ce consensus.»


Caricatures
Il enchaîna contre François Hollande, Eva Joly, les écologistes et tous ceux ou toutes celles qui espèrent replacer le nucléaire au centre du débat politique. Evidemment, il ne nommait personne. Il ne veut toujours pas reconnaître qu'il est en campagne.

Comme quelques heures plus tôt et plus au Nord, quand il visita l'usine d'enrichissement d'uranium d'Areva à Pierrelatte dans la Drôme, Nicolas Sarkozy plongea dans la caricature. Quelques éditorialistes considérèrent que le Monarque voulait imposer le nucléaire dans la campagne. C'est très certainement faux. Il voulait qualifier la moindre critique contre le nucléaire de trahison nationale ou d'erreur historique, au choix.

Comme lors de la catastrophe de Fukushima en mars dernier, le mot d'ordre était simple: circulez, y-a rien à voir. Nous eûmes donc droit à une salve assez inédite, qui témoignait d'un manque de sang-froid, d'une recherche désespérée d'angle d'attaque électorale pour sa campagne qu'il n'ose avouer.

« Mettre en cause la filière nucléaire, c'est mettre en cause la pérennité des usines dans le secteur électro-intensif (...), on ne peut pas dire 'je défends l'industrie' et 'je remets en cause la filière nucléaire'. Le jour où le prix de l'énergie sera multiplié par deux, posez-vous la question 'est-ce que Saint-Gobain pourra garder son usine ici en France ?'»

« On n'a pas le droit de rompre un consensus politique de soixante-cinq ans au risque de détruire les emplois de l'industrie française, c'est une folie. » 


«Quand l'intérêt national est à ce point mis en cause, ma responsabilité c'est de dire 'on n'a pas le droit'


L'argumentation porta peu. Dans leur ensemble, les commentaires, exceptés au Figaro, furent goguenards. Deux jours avant, Eva Joly s'était isolée de son propre camp, et caricaturer François Hollande comme l'otage de la candidate écologiste n'avait pas grand sens.

« La ville d'Avignon n'est pas prête d'être menacée d'un tsunami. » Roooo, on sourit.... En septembre dernier, l'Autorité de Sûreté nucléaire s'inquiétait justement de la sécurité de 8 centrales françaises face au risque sismique français de 8 centrales. Sarkozy continuait, s'emballait, argumentait sur la défense de l'atome. L'assistance, impassible, semblait s'interroger sur ce délire solitaire.  « 99% et demi des victimes de Fukushima sont des victimes du tsunami, du tremblement de terre, pas de la centrale.» Nicolas Sarkozy racontait n'importe quoi. La pollution nucléaire tue dans la durée. 80 000 personnes ont été évacuées  de la zone de 20 km autour de la centrale de Fukushima Daiichi. 

Et les retraites ?
Vers la fin, le Monarque reprit son service après-vente. L'exercice était rodé, personne n'avait de micro pour réagir et les salariés étaient encadrés. Si on ne réforme pas le régime des retraites, qui paye ? Il posa un silence, avant d'enchaîner par cet incroyable mensonge: « Grâce à la réforme, en 2017, le régime des retraites auquel vous appartenez sera équilibré... vos retraites seront payées. »

Nicolas Sarkozy oublia qu'un an à peine après l'adoption de sa réforme, 4 mois après son entrée en vigueur, Nicolas Sarkozy avait été contraint à l'amender, en avançant d'une année le passage à 62 ans/67 ans.

« J'aurais aimé me passer de l'épreuve de la réforme des retraites. »

Nous aurions aimé nous passer de l'épreuve de Sarkofrance.





La France peut-elle sortir du nucléaire ? (3/3) par alternativeseconomiques

26 novembre 2011

238ème semaine de Sarkofrance: Sarkozy se prend pour de Gaulle, en 2011.

Il pensait capitaliser sur les bisbilles à gauche. Les instructions avaient été données à son équipe de campagne. Il fallait continuer de taper sur François Hollande, caricaturer son projet, et dramatiser les conséquences de l'accord avec les écologistes. Le meurtre d'une adolescente permit de surfer sur un autre sujet favori, l'insécurité.

Nicolas Sarkozy en perdit ses nerfs, d'une surenchère à l'autre.  Nous pouvions vomir.

Lundi, Nicolas Sarkozy était ragaillardi par quelques baromètres sondagiers qui le créditaient d'une remontée au premier tour de la présidentielle de l'an prochain. Surtout, les commentaires ici ou là dans les médias furent particulièrement savoureux. On attribuait ce résultat à sa récente séquence internationale (G20) et télévisée, et aux conséquences de l'accouchement douloureux de l'accord écolo-socialiste. Insécurité et nucléaire s'imposèrent rapidement comme les deux thèmes électoraux à pousser cette semaine.

Trois jours avant, l'horrible meurtre d'une jeune adolescente de bientôt 14 ans prénommée Agnès par un autre adolescent, au Chambon-sur-Loire, avait secoué l'opinion. Cette fois-ci, Nicolas Sarkozy sous-traita l'instrumentalisation de l'affaire à ses sbires. François Fillon convoqua une réunion « de crise ». le soir-même, Claude Guéant promit une nouvelle loi sur la justice des mineurs après les élections de 2012. Il fallait en faire un sujet de campagne.

Le Monarque, lui, s'était engoncé un peu plus dans un costume trop grand et très vieux, qu'il pensait être au croisement de Kennedy et de Gaulle. Lundi, son agenda officiel était léger, un entretient avec des industriels européens, puis la remise d'un rapport sur les enfants placés rédigé par Dominique Baudis, le nouveau Défenseur des Droits.

Mardi, il célébrait la conquête spatiale, à l'occasion du 50ème anniversaire du CNES. Cela faisait de beaux clichés devant des statues. Il se prenait pour Kennedy avec des formules telles que « l’espace contient les clés de notre futur sur terre ».Le même jour, les agences de notation Moody's puis Fitch s'inquiétaient du sort du Triple A français. Nicolas Sarkozy ne réagissait pas. Ce n'était pas prévu dans l'agenda. Il demanda à François Fillon d'annoncer l'abandon d'une mesure qu'il avait lui-même annoncer 7 jours avant, le 4ème jour de carence d'indemnité maladie.

Mercredi, il recevait quelque 2.000 maires sélectionnés parmi les participants au 94ème Congrès des Maires de France qui se tient à Paris. Il avait refusé de s'y rendre, sans doute par crainte d'entendre trop de rancoeurs après la mise en oeuvre de la réforme territoriale et les gels de dotations publiques. Aux invités, il leur déclara combien il devait « tenir le cap ». Le sien ? Au passage, il exprima son refus d'accorder le droit de vote aux résidents étrangers aux élections locales, l'exact contraire de ce qu'il promettait en 2005. Sarkozy n'est pas indécis, il change d'avis souvent.

Son ministre de l'Education confirma un joli cadeau électoral: les jeunes enseignants seraient payés 2.000 euros par mois. A 5 mois de l'élection, tout est possible. Qui sera dupe ? Un autre ministre, François Baroin, se fait étriller par le Financial Times.

En fin de semaine, il confia à ses proches qu'il faudrait qu'on laisse « les Français en paix à partir du 15 décembre » car toute polémique politique « alors que nos concitoyens aspireront alors à un peu d'insouciance sera très mal perçu ». Sans blague ? Nicolas Sarkozy aurait-il prévu de partir à Marrakech avec Giulia et Carla dès le 15 décembre ?

Et la crise ? La crise attendra. Nicolas Sarkozy avait prévu d'en parler jeudi, à Strasbourg. L'occasion d'un micro-sommet avec Angela Merkel et le nouveau président du Conseil italien Mario Monti, cet ancien conseiller de Goldman Sachs. La rencontre fut un fiasco total et humiliant. La chancelière allemande n'avait cédé sur rien: elle ne voulait pas d'euro-bonds - que l'Allemagne serait seule à garantir en l'état actuel désastreux de la zone euro, ni davantage d'intervention de la BCE sur les marchés pour soutenir les dettes souveraines défaillantes. La grande conférence des trois de presse fut réduite à 31 minutes. Nicolas Sarkozy fait grise mine, légèrement vouté par l'échec. Il flippait. Un « écroulement de l'Italie amènerait inévitablement à la fin de l'euro » confia-t-il en coulisses à Mario Monti. Le lendemain, même la Belgique voisine perdait son AA+. En repartant sur Paris, Sarkozy promet de venir discourir à Toulon la semaine prochaine. Encore ?

Vendredi, le candidat était de nouveau d'attaque. Oubliée la crise financière ! Oubliées les menaces sur la dette française ! Nicolas Sarkozy était à nouveau concentré sur sa campagne. Ses conseillers lui avaient ajouté un dernier déplacement provincial, dans une usine d'enrichissement d'uranium d'Areva à Pierrelatte, dans la Drôme. Il n'allait là-bas que pour une seule et unique raison: profiter de son temps de parole déplafonné pour critiquer l'accord électoral écolo-socialiste. Le matin même, il avait été réjoui d'entendre une responsable CGT de la filière refuser toute sortie du nucléaire.  Le Monarque croit avoir trouver là un clivage prometteur pour sa campagne. Il plongea donc lui-même dans la caricature, dénonçant une « destruction de la filière », « une folie destructrice d'emplois ». Le candidat dérapait, il était en roue libre. « Sortir du nucléaire, c'est remettre en cause l'industrie » Ce vendredi, il était censé parler des économies d'énergie...

Il aurait pu choisir, tout président qu'il prétend être, de discourir de la Syrie. La répression y est sanglante. Il y a peu, comme en Libye, Sarkozy voulait y vendre la fameuse technologie nucléaire française. Cet homme-là est dangereux. Contre la Syrie, seul Alain Juppé, ministre des affaires étrangères, s'efforce de convaincre les puissances du conseil de sécurité de l'ONU d'accepter de réelles sanctions ou, a minima, des corridors de sécurité. Sarkozy sous-traite, par indifférence.

Vendredi, la nouvelle, terrible, est tombée. Le parquet de Paris autorisait finalement les juges Renaud van Ruymbeke et Roger Le Loire, chargés du volet financier de l'enquête sur l'attentat de Karachi, à enquêter « sur une éventuelle corruption liée à des contrats d'armements après 1995 sous la présidence de Jacques Chirac ». L'information était du Point. Nous pensions, quelques semaines auparavant, que Nicolas Sarkozy avait donné quelques consignes d'apaisement envers le camp chiraquien.

Ami sarkozyste, où es-tu donc ?




25 novembre 2011

Les 6 indécisions de Sarkozy

« Ma responsabilité, c'est de tenir le cap ». Ainsi s'exprimait Nicolas Sarkozy devant quelques centaines de maires de France, mercredi dernier.

Nous avions le tournis.

Toute la soirée de mercredi soir, sur LCI, un journaliste répétait à chaque flash d'information une nouvelle terrifiante pour quiconque croyait encore que Nicolas Sarkozy était ce modèle fait de rocher qui nous guide dans la tempête malgré les secousses: le Monarque avait changé d'avis sur le droit de vote des étrangers. Reniement ou indécision ?

Et ce n'était pas tout.

Sarkozy est indécis...
... sur le droit de vote des étrangers
Mercredi, le président français s'était encore renié. Il n'avait pas honte, il l'a fait devant 2 ou 3.000 des 36.000 maires du 94ème  congrès des maires de France. En 2005, pour troubler à gauche, il avait déclaré soutenir le droit de vote aux élections locales pour les étrangers extra-communautaires. En 2011, pour satisfaire sa droite « populaire », il se déclare être opposé droit de vote aux élections locales pour les étrangers. Sarkozy serait-il indécis ?

Le timbre bas, la voix faussement calme, il a critiqué, de sa petite estrade élyséenne, la proposition socialiste examinée au Sénat d'élargir le droit de vote aux élections municipales : « Une telle proposition me paraît hasardeuse. Elle présente le risque de diviser profondément les Français au moment, où plus que jamais, nous avons besoin de nous rassembler. (...) Le droit de voter et le droit d’être élu, dans nos territoires, doit demeurer un droit attaché à la nationalité française ».  « Je suis très attaché à ce que notre Constitution n'aille pas au-delà, parce que je crois que le droit de voter et le droit d'être élu, dans nos territoires, doivent demeurer un droit attaché à la nationalité française ».

Sarkozy est indécis...
... sur son plan de rigueur.
 Mardi, François a annoncé qu'il renonçait au quatrième jour de carence d'indemnités maladie pour les salariés malades du secteur privé. François Fillon ne décide rien, ne refuse rien qui n'ait été approuvé par le Monarque.

Nicolas Sarkozy seul décide. Rappelez-vous. C'est le chef, le président qui décide dans l'adversité. On n'oserait croire que François Fillon ait eu une quelconque autonomie dans ce revirement si soudain.

Quelle indécision ! Sarkozy venait d'annoncer la mesure qu'il l'annule déjà. On applaudit.

Sarkozy est indécis...
... sur son plan de rigueur... (Bis)

Autre taxe, autre abandon. Il n'a fallu que 10 jours à Nicolas Sarkozy pour lâcher un autre prélèvement né des exigences de la rigueur: la taxe qui devait s’appliquer sur les factures hôtellières supérieures à 200 euros la nuit pour compenser l'abandon d'une autre taxe annoncée cet été sur les parcs d'attraction a été abandonnée ...

La séquence fut délicieusement illustrative de l'état de déshérence dans lequel vivote la Sarkofrance.

Comme le notait le site Lobbycratie, « Après avoir rencontré le secrétaire d’Etat à la consommation, aux PME et à plein d’autres choses, Frédéric Lefebvre, les représentants de l’hôtellerie de luxe avaient indiqué que cette taxe était abandonnée. Il est amusant de voir que le même sous-ministre avait lequel ils se sont entretenus est le même qui a fondé le cabinet PIC Conseil, propriétaire de parts dans l’agence de lobbying “Domaines publics”. Or, Domaines publics, parmi les secteurs d’activité qu’ils représentent, travaille depuis quelques temps pour l’hôtellerie de luxe. »

Finalement, sur cette taxe, Nicolas Sarkozy était indécis. 
 
Sarkozy est indécis...
... sur l'Europe. Il a beau répété, rabâché qu'il faut davantage de gouvernance européenne, il reste l'otage des décisions d'Angela Merkel. Il ne sait plus comment faire. Il est « ennuyé ». « Rien n'est fait. On est loin. On n'a pas d'accord pour l'instant»  a expliqué un conseiller élyséen.

Angela Merkel a bien eu quelques sueurs froides, jeudi, quand son Etat n'a pas réussi à lever les 6 milliards d'emprunts dont il avait besoin, la chancelière reste maîtresse du jeu en Europe. Elle est arrivé en retard, ce jeudi, pour ce micro-sommet franco-allemand-italien improvisé à Strasbourg. Une panne d'avion. A Strasbourg, l'Europe est de toutes façons restée en panne. Merkel a refusé qu'on touche à l'indépendance de la BCE. Ailleurs en Europe,  et surtout en France, on espérait que la BCE pourrait acheter quelques centaines de milliards de dettes souveraines si les « marchés » se mettaient à douter. Mais Angela a refusé.

Alors Sarkozy se satisfait de peu, de petit, de très petit. Arnaud Leparmentier, du Monde, est ironique: « Malgré tout, le président français estime avoir obtenu une petite victoire, en parvenant à ce que les dirigeants ne commentent les décisions de la BCE ni en positif ni en négatif.» Pour compenser son immobilisme, il s'agitera sur une estrade, la semaine prochaine, à Toulon. Il paraît que ce sera un clin d'oeil très appuyé à un précédent - et pourtant terrifiant - discours au même endroit en septembre 2008. A l'époque, il avait de grands mots, nous avions « Sarko le gaucho » qui allait nous sauver du méchant monde de la finance. Jeudi, quand la nouvelle fut connut,  le sénateur-maire de la ville, et ancien ministre de Sarkofrance, Hubert Falco, déclara: «Toulon a déjà reçu le président pour un discours sur la crise en 2008. C'est une ville qui lui porte chance».

Ces gens ont de l'humour.

Sarkozy est indécis...
... sur Eva Joly. Depuis trois jours, le microcosme politique s'est agité sur les états d'âmes d'Eva Joly. La candidate écologiste avait provoqué la stupeur de son camp en hésitant à reconnaître qu'elle appellerait  à voter Hollande au second tour, avant de se raviser quelques heures plus tard. Elle y perdit son porte-parole de campagne. A droite, ces bisbilles ont déclenché des réactions aléatoires, confuses ou contradictoires. L'isolement d'Eva Joly prive l'Elysée l'un de ses arguments favoris, prétendre que François Hollande serait otage de prétendus « Khmers verts ».

Habituellement, l'Elysée et Sarkozy en tête livrent les bons éléments de langage pour tacler l'opposition. Sarkozy fait campagne en coulisses, mais les argumentaires sont clairs et rodés à chaque réunion à l'Elysée. Mais depuis mercredi, c'est la confusion. L'UMP ne sait plus quoi dire. Les habituels perroquets s'agitent dispersés.

L'UMPiste « populaire » Lionnel Luca était ravi de ses bisbilles: « Merci Eva, continue le combat ». Il n'avait pas vu le danger. Jean-Pierre Raffarin a préféré souligné l'isolement d'Eva Joly, notant une prétendue « grave crise de confiance » entre la candidate verte et l'état-major d'EELV. A l'inverse, jeudi matin, Laurent Wauquiez louait la « sincérité » d'Eva Joly contre « l'indécision » de François Hollande. Il se trompe. C'est plutôt la fermeté du second qui a agacé la première. Et pour appuyer son raisonnement erroné, le jeune protégé de Nicolas Sarkozy vire au mensonge : « L'indécision de Hollande tourne au capharnaüm» et l'accord PS-EELV, « un gigantesque foutoir ». L'accord EELV/PS est pourtant clair, connu et public. Mais Wauquiez voulait sans doute se plaire à entretenir le flou.

Nicolas Sarkozy est indécis...
... sur sa candidature.
S'il fallait prendre au mot le Monarque, on ne peut que se résoudre à l'évidence. Nicolas Sarkozy hésite à être candidat. Sinon, il aurait pu l'annoncer. Un truc simple, « oui, j'ai envie de continuer ». Mais non, il préfère dire ou laisser dire qu'il attendra mars pour se déclarer. Il n'y a donc que deux options. Soit il hésite encore... ce qui ce serait curieux pour quelqu'un qui témoigne d'autant d'énergie pour faire campagne. Soit il s'est décidé mais le cache encore pour éviter l'épreuve d'une campagne... Et alors, nous sommes dans le mensonge ou l'hypocrisie.

Au choix.

Nicolas Sarkozy sera-t-il tenu par le programme présidentiel de l'UMP ? interrogea la journaliste Raphaëlle Duchemin ce jeudi matin. Wauquiez bafouilla son esquive : «Ce que je sais, c'est que Nicolas Sarkozy n'est pas dans l'indécision ».

Vraiment ?

Laurent Wauquiez est un sacré farceur !


24 novembre 2011

Faire plaisir à ses plaisir à ses amis riches.


La droite creuse la dette c’est vous qui payez... par PartiSocialiste

Sarkozy, le président qui se croyait encore en 1960.

Mardi 23 novembre, Nicolas Sarkozy célébrait les 50 ans du Centre National d'Etudes Spatiales (CNES). A priori, l'évènement n'est que protocolaire. On pouvait même légitimement s'interroger sur l'intérêt immédiat qu'avait le président français à mobiliser l'une de ses demi-journées à Toulouse alors que les marchés financiers étaient à nouveau secoués par de nouvelles menaces d'agences de notation.

Sarkozy, 1960
En fait, l'opération n'était qu'électorale. Toute la semaine dernière, médias et UMP ont amplifié la négociation difficile de l'accord EELV-PS pour le prochain scrutin législatif. S'afficher sur l'un des symboles de l'excellence industrielle de l'héritage gaulliste était une occasion de communication privilégiée pour notre Monarque. On avait d'ailleurs installé une tente immense. Pour 25 petites minutes de discours. Quand il faut célébrer, on ne compte plus en Sarkofrance !

Evidemment, le Monarque évoqua le nucléaire, pour mieux fustiger indirectement son adversaire François Hollande avec des formules lénifiantes: « J’ai la tristesse d’entendre de plus en plus de discours remettant en cause l’idée même du progrès. C’est un sujet grave car il implique un secteur industriel tout entier, des centaines de milliers d’emplois. Il doit y avoir un consensus lorsque l’intérêt de la nation est en cause. Engager la France sur cette voie, vos enfants le paieraient très cher. »

Ses conseillers lui ont ajouté un autre déplacement en urgence, ce vendredi, pour re-parler de l'atome. Il faut battre le fer pendant qu'il est chaud.

La conquête spatiale est un sujet évident et porteur pour qui veut paraître président. Nicolas Sarkozy, ce mardi, croyait endosser les habits de John F. Kennedy: « L'espace contient les clés de notre futur sur terre. Depuis 50 ans, l'espace est un élément déterminant du rayonnement de la France en Europe et dans le monde ». On pouvait rire devant le ridicule de la situation, l'incongruité de la posture.

Nicolas Sarkozy était totalement anachronique, hors sol et hors d'âge. Il nous parlait de conquête spatiale comme si nous étions encore en 1960, au beau milieu des Trente Glorieuses.

Sarko-dette, 2011
Il aurait mieux fait de s'occuper de son Triple A. L'écart de taux d'emprunts entre les obligations françaises et allemandes depuis une semaine préoccupe même les agences de notation. Mardi, l'agence Moody's a semé le trouble dans les marchés en s'inquiétant du renchérissement des emprunts français:  « les perspectives de croissance économique et la crise de la dette européenne - qui échappent tous deux au contrôle total du gouvernement -sont des facteurs de risque importants pour le bilan du gouvernement. » Mercredi, c'était au tour de l'agence Fitch, propriété du Français Marc Ladreit de Lacharrière, de s'inquiéter à son tour: « Le AAA de la France serait en danger », en cas d'intensification de la crise. Notons que Fitch avait été pourtant plus indulgente que ses consoeurs avec les Etats-Unis, dont elle a maintenu le Triple A.

Mais Sarkozy s'en fiche. Mercredi, son conseil des ministres adoptait quelques mesures contre la récidive des mineurs délinquants, dernière instrumentalisation en date d'un horrible fait divers. Et La crise financière pouvait bien attendre quelques heures. Ce jeudi, il rencontre Angela Merkel et Mario Monti, l'ancien conseiller de Goldman Sachs devenu président du Conseil italien la semaine dernière.Il paraît qu'il va montrer le nouveau visage du leadership européen. On craint le pire.

Marc Touati, directeur de la recherche d'Assya Compagnie financière, expliquait lundi dernier dans les colonnes du Monde combien la politique économique et budgétaire de Sarkofrance souffre de courte vue électorale: « Le but des plans de rigueur est de repousser l'échéance de six mois, après l'élection présidentielle. Ainsi, on ne prend pas la bonne méthode. La hausse des impôts apporte des liquidités à court terme dans les caisses de l'Etat mais elle casse la croissance : à moyen terme, nous perdrons ce que nous aurons gagné. Les marchés, qui prêtent aux Etats, ne demandent pas du marketing - un plan tous les trois mois - mais une stratégie durable ».

Le temps du Monarque n'est pas celui des marchés. Sarkozy se transforme en un de Gaulle rétréci et régressif. Comme si le monde n'avait pas changé, il pense imposer son agenda aux autres.

Drague ou trouille ?
Mercredi, le Monarque a invité quelques 3.0000 maires de l'Association des Maires de France à l'Elysée. Il les a choisi. Ce buffet courtisan ne sera pas décompté des frais de campagne du candidat Sarkozy, puisqu'il a décidé de n'officialiser sa candidature qu'à la veille du premier tour. La moitié des invités ont décidé de boycotter l'opération électoraliste du candidat Nicolas.

D'autres ont expliqué que Sarkozy avait la trouille. Le Monarque n'est pas venu, en effet, au 94ème Congrès de l'AMF qui se termine ce jeudi Porte de Versailles. Sarkozy a le temps d'aller à Toulouse pavaner devant une assistance silencieuse et choisie.

Mais il a snobé le Congrès, comme en 2009. L'an dernier, sa venue avait été sévèrement encadrée au point d'empêcher la moitié des participants d'assister à son intervention, rappelait un journaliste de RMC. Mardi, François Fillon a été dépêché sur place pour annoncer un joli et opportun cadeau: l'enveloppe de prêts publics pour les collectivités en 2011 2011 sera portée de 3 à 5 milliards d'euros. « Nous avons mobilisé trois milliards d'euros (…) pour permettre de financer à la fin de 2011 et au début de 2012 les projets d'investissements des collectivités et des hôpitaux publics. J'ai bien entendu vos inquiétudes et je vous indique que nous sommes prêts dès aujourd'hui à porter à 5 milliards ce montant.» En revanche, pas touche au gel des dotations prévu dans la loi de finances:  «L'effort relève d'abord de l'État, et nous l'assumons à travers l'un des budgets les plus rigoureux depuis l'après-guerre. Cet effort ne peut pleinement réussir que s'il engage aussi toute la nation, à tous les niveaux. Dire cela, c'est en appeler à une prise de conscience générale et à un sursaut national.» S'endetter plus pour dépenser plus ? Curieux slogan de fin de mandat...

Comme toujours, Nicolas Sarkozy n'était pas là pour assumer ses décisions. Une sénatrice et maire socialiste, François catron, a ainsi commenté l'attitude présidentielle: « Le congrès des maires se situerait à l’autre bout de la France, j’arriverais peut-être à comprendre, mais là on est à peine à 10 minutes du Palais de l’Elysée, donc ça ne va pas lui perturber son emploi du temps. Les maires se sentent méprisés. On les a montrés comme étant trop nombreux, trop dépensiers, incompétents… alors que la majorité des maires sont pratiquement des bénévoles, dévoués à leur commune, à leur territoire, et ils ressentent ça comme une insulte. Nicolas Sarkozy sait qu’il y a ce divorce-là, et il n’ose pas venir les affronter, parce que je crois qu’il ne les comprend pas ; c’est ça qui est terrible ».

Oui, c'est ça qui est terrible.


23 novembre 2011

Sarkozy instrumentalise le meurtre d'Agnès à distance

Il y a des affaires que l'on ne souhaite pas voir politiser. Mais depuis 2002 déjà, tout est possible.

Le meurtre de la jeune collégienne dénommée Agnès, 14 ans, en Haute-Loire n'a pas été instrumentalisée de la même manière qu'un autre meurtre, celui de Laëtitia, 18 ans, en janvier dernier à Pornic. La réaction gouvernementale a été gênée, compassionnelle, forcée et tardive. Sarkozy est volontairement et hypocritement resté en retrait. Il a laissé ses sbires agir à sa place.

Du meurtre de Laetitia...
En janvier, Nicolas Sarkozy était sorti de ses gonds quand la nouvelle du meurtre de Laëtitia avait été confirmée, 8 jours après sa disparition. Il avait parlé de l'indicible, s'était emporté au point de réclamer une nouvelle loi contre la récidive. « Il est indispensable que les récidivistes fassent l'objet d'un suivi spécifique et approprié dès leur sortie de prison. (...) Lors de la discussion à venir du projet de loi sur les jurés populaires, actuellement en cours de préparation, nous aurons l'occasion de débattre largement de cette problématique et d'adapter notre législation en conséquence.» Quelques jours plus tard, ses proches et ministres lui faisaient comprendre qu'une nouvelle loi serait inutile; qu'il suffisait déjà d'appliquer l'existant. Ses propres députés refusèrent tout nouveau texte.

Bref, en l'espace de quelques semaines, le ratage fut complet. Sarkozy apparut comme un incompétent (il gère le sujet sécuritaire depuis bientôt 10 ans) qui perd ses nerfs et n'est plus suivi par ses propres troupes.

Dix mois plus tard, une autre jeune fille est violée, tuée puis son corps brûlé. Agnès était plus jeune que Laëtitia, et son assassin a, lui, rapidement avoué. Il a 17 ans, et devait être jugé pour une autre agression sexuelle dans le Gard. Un fait gravissime mais dont l'internat Le Cévenol qu'il fréquentait comme la jeune Agnès n'était pas au courant. Dimanche, une grande marche blanche s'est déroulée en silence dans le village.

Lundi, le père d'Agnès a expliqué: « On veut éviter toute politisation. Je sais que c'est difficile, je sais que c'est illusoire surtout en période d'élection. C'est horrible à dire, mais on voudrait que d'une certaine façon, ce drame puisse servir d'exemple et mobiliser tous les acteurs de la prise en charge de ce type d'individus pour trouver les solutions ».

Il voulait éviter toute politisation. Il n'a pas été écouté au plus haut sommet de l'Etat.


... à celui d'Agnès
Pour ce meurtre, la réaction officielle fut très différente. L'Elysée n'a accusé personne, Nicolas Sarkozy est resté en retrait, aucun communiqué n'est venu polluer le site de l'Elysée. Il a laissé ses proches réagir, surenchérir et instrumentaliser l'affaire. Un conseiller a confié que « c’est lui qui a arbitré les mesures prises en matière de prévention de la récidive, et a prié François Fillon de réunir les ministres concernés », selon Jean-François Achilli. Le conseiller en communication, élu local du coin, en rajoute: « Nous ne voulons pas mettre de l’huile sur le feu, il y a des mineurs en jeu. (...)  Les socialistes réclament des centres éducatifs fermés alors qu’ils étaient contre ! Le débat sur la récidive est constant, il faut s’adapter au fur et à mesure », a expliqué Franck Louvrier. 6 lois contre la récidives en 7 ans... Quelle adaptation ? Pour quel bilan ?

En parallèle, on apprenait que Sarkozy réfléchit annoncer sa candidature ... en mars, à quatre ou cinq semaines de l'élection. Sans bilan, il veut être réélu sans campagne. Il fait quand même campagne. Mardi, il était à Toulouse. Il fustigea à nouveau les opposants au « progrès » nucléaire, réaffirma le besoin de revoir les traités européens pour une meilleure intégration de la gouvernance de la zone euro, rabacha sans surprise des platitudes sans saveur ni risque d'être contredit: « il faut une véritable convergence des politiques économiques au sens large, ce qui veut dire une convergence des politiques fiscales ». « Il faut », « y qu'à », « faut qu'on »... 

Mais de l'affaire Agnès, pas un mot présidentiel, ni même une allusion. Sarkozy agit en coulisses, jamais à découvert. Qui sera dupe ?

Sur le meurtre d'Agnès, Laurent Wauquiez était inévitable, le meurtre a eu lieu dans la commune de sa mère, Le Chambon-sur-Lignon. Le chouchou de Sarkofrance, lundi matin sur Europe 1, ne voulait pas commenter d'éventuels dysfonctionnements d'une justice que son camp dirige depuis 10 ans.

Claude Guéant, ministre de l'intérieur, est intervenu tardivement, dimanche soir sur RTL, puis lundi soir sur TF1: « Oui, il y a eu dysfonctionnement ». Depuis 9 mois, Nicolas Sarkozy lui a sous-traité les surenchères en tous genres.  Il répéta ainsi une si vieille antienne sarkozyenne qu'on se demande qui dirige le pays depuis une décennie: « à 17 ans et onze mois, vous êtes soumis à un droit, à 18 ans, vous êtes soumis à un autre droit ». Il a même promis une loi, une autre, et évidemment « profonde », sur la justice des mineurs.

Mais cette « réforme profonde » sera pour après les scrutins présidentiel et législatif.  Il faut que le meurtre d'Agnès serve la campagne Sarkozy jusqu'au bout !

Lundi, François Fillon, premier ministre, a convoqué l'inévitable réunion de crise, vers 16h30 à Matignon: « la prévention de la récidive doit être une priorité absolue de tous les services de l'Etat, et en particulier de tous ceux qui ont à gérer les questions liées aux viols et aux crimes sexuels. Ce que nous voulons tirer au clair, ce sont les éventuels dysfonctionnements dans la chaîne pénale ». Sans surprise, « une série de mesures ont été proposées pour éviter que ce type de drame ne se produise à nouveau » commentait un journaliste d'Europe1.

Son garde des Sceaux a ajouté son grain de sel, promettant d'ajouter « l'évaluation de la dangerosité » dans sa loi de programmation militaire, « au moins dans les affaires les plus graves » et la généralisation de l'internement en centre fermé.

Jamais en reste pour faire parler d'elle, Rachida Dati s'est jetée sur le fait divers pour regretter que son projet de loi de réforme de la justice des mineurs ait été « laissé sans suite » depuis son départ en 2009.

Mardi, on apprenait que la capacité d'accueil des centres éducatifs fermés, créés par la Loi d'orientation et de programmation pour la Justice du 9 septembre 2002, serait « renforcée ».

Amis sarkozystes, tenez-bon.



22 novembre 2011

Les cadeaux de Takieddine


Ziad Takieddine est un homme précieux. Ancien directeur salarié de la station de sports d'hiver Isola 2000, il a fait grande fortune dans les années quatre-vingt-dix grâce à quelques relations et de gros contrats d'armements. Quand on parle de grande fortune, on pense en fait à d'immenses fortunes, quelque chose qui dépasse l'entendement des citoyens normaux.

Depuis l'été dernier, nous avons beaucoup appris sur Ziad Takieddine. Le site Mediapart a lâché toutes sortes de révélations plus troublantes les unes que les autres: l'homme, proche de Jean-François Copé depuis 2001, n'a jamais payé d'impôt ni sur le revenu ni sur le patrimoine malgré une fortune qui se chiffre en dizaines de millions d'euros acquise grâce à des contrats d'armements français; Copé, quand débuta cette fabuleuse exonération fiscale, était à la fois ministre du Budget et fréquent invité de Takieddine, dans ses villas à Antibes ou à Beyrouth, yacht, ou piscine, ou des voyages à Londres, Venises ou au Liban. «J’ignorais évidemment que Takieddine ne payait pas d’impôts! » s'est défendu Copé. Evidemment.

Il a divorcé de sa femme en août, une opération qui a permis d'en apprendre davantage, et notamment sur son enrichissement personnel à partir de 1993. Ces dernières semaines, acculé par une mise en examen pour abus de bien sociaux et de nombreuses auditions, l'homme d'affaires a fini par progressivement céder.

Jean-François Copé confirmait il y a peu que Ziad Takieddine était son ami: « J’ai toujours assumé mes amitiés, je suis quelqu’un de très droit, très profond, très sincère » disait-il jeudi 17 novembre sur France 2. Il n'avait pas vraiment le choix. On l'a vu tout l'été en compagnie de l'homme d'affaire dans de nombreux clichés publiés par Mediapart.

Mais cette fois-ci, l'accusation franchit un cap.

1. Dimanche 20 novembre, le JDD publiait le procès-verbal de l'audition d'un témoin anonyme devant le juge Renaud van Ruymbeke. Ce témoin accuse Jean-François Copé d'avoir perçu de Ziad Takieddine de quoi règler les travaux d'aménagement d'un appartement de 160 mètres carrés acquis en 2004, rue Raynouard, pour 1,1 million d'euros: « Pour acheter ce bien, M. Copé aurait fait un prêt bancaire sur vingt ans. Par contre, M. Takieddine aurait remis de l’argent liquide à M. Copé pour l’achat et la rénovation ». L'ancien ministre s'est énervé: « On vient me rattacher à une histoire que je n'ai jamais vécue. Tout est bidon » a-t-il dénoncé à l'AFP dès dimanche. Et son ami Takieddine a complété: «Tout ça c'est de l'affabulation. Où sont les preuves ? ».

2. Selon le JDD, les juges enquêtent aussi sur un prétendu compte suisse « ouvert en juillet 2005 par la sœur du maire de Meaux et qui aurait été susceptible de lui servir de "compte de passage"». Copé a confirmé l'existence du compte mais nié en bloc toute malversation: « Tout cela est monstrueux et totalement faux! C’est n’importe quoi. Il n’a jamais été question d’argent entre Ziad Takieddine et moi, et je ne suis pas au courant d’un éventuel compte suisse de ma sœur. Vous me l’apprenez »

3. Mardi 22 novembre, ce témoin anonyme est sorti de son anonymat, il s'agit de Jean-Charles Brisard, un « consultant international » (précisent Match et Arrêt sur Images). Il réfute avoir accusé Copé d'utiliser un compte suisse (dont il confirme cependant l'existence) ni d'avoir touché de l'argent liquide de Ziad Takieddine pour financer les travaux de son nouvel appartement en 2004 (Mise à jour 12h45). Jean-Charles Brisard était un ancien responsable des jeunesses Balladuriennes pendant la campagne de 1995. Son nom a récemment fait surface dans l'affaire du Karachigate.

4. Dans la même période, un autre cadre de l'UMP, haut-fonctionnaire des douanes, fréquentait Ziad Takieddine qui, décidément, avait un carnet d'adresses bien fournis. Pierre-Mathieu Duhamel a été photographié en juillet 2002 sur le yacht de Takieddine, La Diva, fêtant sa récente Légion d'Honneur. Il était en compagnie de Thierry Gaubert, l'ami de Nicolas Sarkozy récemment mis en examen pour abus de biens sociaux dans le volet financier de l'affaire Karachi.  Pierre-Mathieu Duhamel avait commencé sa carrière de haut-fonctionnaire au Budget avant d'échouer dans les Hauts-de-Seine version Pasqua après la défaite de la droite en 1988, puis revenir directeur adjoint de cabinet d'Alain Juppé en 1995, puis Directeur général des douanes et droits indirects et secrétaire général de Tracfin, le service anti-blanchiment du ministère des finances de 1996 à 1999. Actuellement président du comité stratégique du géant de l'audit KPMG, il est passé par LVMH où Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet d'Edouard Balladur (également mis en examen dans l'affaire Karachi) émargeait depuis l'échec balladurien en 1995. L'homme s'est presque excusé auprès de Mediapart: « J'ai été imprudent, je veux bien concéder ça. Léger aussi, peut-être, mais ces photos sur un bateau ne font pas de moi un intime de M. Takieddine.»

Entre 2002, date de sa nomination comme Directeur du Budget, et jusqu'en 2006 au moins, Duhamel « a accepté d'autres invitations de M. Takieddine, qui dissimulait alors la totalité de ses propriétés au fisc » a révélé Mediapart.

Résumons-nous:
1. Depuis 2002, Ziad Takieddine, qui a fait notamment fortune grâce à son rôle d'intermédiaire dans la conclusion de ventes d'armes français, ne paye aucun impôt en France.
2. Depuis 2002, il est devenu l'ami proche de Jean-François Copé qui deviendra lui-même ministre du Budget à compter de 2004.
3. Depuis 2002, il fréquente le Directeur du Budget du ministre de l'Economie.


Qui dit mieux ?


21 novembre 2011

Délinquance: Sarkozy ouvre la la chasse aux jeunes.

La délinquance des jeunes est l'un des grands épouvantails de l'argumentaire sarkozyen, un élément clé de la grande mise en scène médiatique de l'insécurité.

La répression des jeunes racailles est l'une des composantes de l'ADN politique de l'ancien ministre de l'intérieur. Aussi, quand une récente étude d'un organisme pro-gouvernemental sur les délinquants a été publiée la semaine dernière, il faut s'attarder sur ses conclusions et sa méthodologie.
 

De quoi parle-t-on ?
L'ONDPR, présidée par son ami et proche conseiller Alain Bauer, vient justement de publier une bien curieuse étude des « caractéristiques de sexe et d'âge des auteurs de crimes et délits à partir d'une approche multi-sources », réalisée par Christophe Soullez, numéro deux de l'ONDRP et collaborateur au site d'informations Atlantico. Elle a consisté à rapprocher les enquêtes « Cadre de vie et sécurité » de l'Insee (qui sonde chaque année quelque 85 200 personnes de 14 ans et plus sur les délits subis dans les deux années précédentes), avec les propres données des « mis en cause » par les forces de l'ordre.

L'ONDPR note que « les statistiques sur les auteurs d’atteintes personnelles décrits par leur victime au sein de l’enquête de victimation présentent une cohérence avec celles sur les personnes mises en cause par la police et la gendarmerie ». C'est heureux. 

Faire peur avec la délinquance mineure
L'essentiel des conclusions des auteurs portent sur la délinquance des mineurs. On sait que Nicolas Sarozy y porte une attention toute particulière. Sans vouloir davantage responsabiliser les moins de 25 ans (et a fortiori les moins de 18 ans) comme en témoigne ses ridicules efforts en faveur des étudiants (le 10ème mois de bourse a été enfin octroyé... à 6 mois de la fin du mandat) ou des jeunes travailleurs (le RSA jeunes est si contraint qu'il ne concerne que moins de 10.000 personnes), le Monarque s'est en revanche attaché à tacler symboliquement les « petites racailles »: décret anti-cagoules, peines plancher, alignement du régime des mineurs sur celui des majeurs, etc.

Les principales conclusions semblent avoir été rédigées sur-mesure pour le programme du futur candidat à sa réélection. Jugez plutôt. Dès les premières pages, on annonce la couleur: « Près de la moitié des victimes de vols violents affirme qu’au moins un des auteurs de la dernière atteinte était mineur (49 % des victimes). » Ou encore: «  les mineurs se déclarent beaucoup plus fréquemment victimes que les majeurs d’actes commis par au moins un auteur mineur. » Les commentaires des tableaux statistiques qui suivent sont à l'avenant: «

On se perd sous l'avalanche de détails et de commentaires ultra-ciblés. Prenez celui-ci (page 11): « Environ trois mineurs de plus de 14 ans sur quatre victimes d’un vol personnel avec violences, d’un acte de violence physique ou de menace hors ménage déclarent que l’atteinte la plus récente a été commise par au moins un mineur.»  Les proportions frappent l'esprit: « trois quarts », « un sur deux » , « plus de la moitié », « neuf sur dix». La manoeuvre est évidente, la ficelle est très grosse.

Tout est rédigé de façon à nous faire flipper sur une France devenue la proie d'une jeunesse-racaille. Et d'ailleurs, les rares comptes-rendus reproduisaient ces raccourcis et amalgames. « Les mineurs commettent la moitié des vols violents » titrait le Monde dans son édition datée du 16 novembre. Le Point était à peine plus prudent: « Une étude confirme l'importance des mineurs dans la délinquance ».

Revenons aux résultats bruts.

La délinquance augmente
La véritable conclusion de cette étude n'est pas énoncée, et c'est un comble. La Sarkofrance s'acharne à nous convaincre que la délinquance générale baisse depuis que Nicolas Sarkozy s'occupe de la chose, soit 2002. En fait, si les atteintes aux biens diminuent régulièrement grâce notamment aux progrès technologiques, les atteintes aux personnes n'ont cessé d'augmenter. Et bien, justement, cette étude confirme que le nombre de mis en cause, adultes ou pas, pour des atteintes à l'intégrité physique ne cesse d'augmenter.


Cette étude soulève ainsi de vraies questions, notamment sur la perception de l'insécurité et ... l'échec de la politique du chiffre de Nicolas Sarkozy depuis bientôt 10 ans.

Précisons d'abord que cette étude ne traite pourtant pas de la délinquance des mineurs. Elle ne concerne d'ailleurs que certains mineurs, ceux de 14 à 18 ans.

Elle relève, en premier lieu, que le nombre de mis en cause a progressé d'environ 79.000 personnes en 4 ans (2005-2010), exclusivement pour des atteintes aux personnes:
- le nombre de personnes mises en cause pour atteintes aux biens a légèrement baissé de 3.633 entre 2005 et 2010, pour atteindre 315.000 l'an dernier.
- à l'inverse, le nombre de personnes mises en cause pour atteintes aux personnes a progressé de 43.000 en 4 ans.



En matière d'atteintes aux personnes, toutes les catégories d'âges et de sexe sont concernées: le nombre de mis en cause, de près de 240.000 au total, a progressé de 43.000 entre 2005 et 2010, dont +24.300 d'hommes adultes, +6.000 de femmes majeures, +9.000 de garçons mineurs et +3.400 de filles mineures. Ces chiffres sont à rapprocher avec l'explosion de la délinquance violente depuis une décennie. Sur la même période d'analyse (2005-2010), les atteintes aux personnes ont cru de 411.000 actes en 2005 à 467.000 en 2010.

Des mineurs plus délinquants ?
L'étude confirme une forte progression du nombre de mineurs mis en cause dans les actes de délinquance. Ainsi, la proportion des mineurs de 14 à 18 ans entre 2005 et 2010 représente :
- pour les vols violents, 46% des mis en cause et 49% des identifiés;
- pour les vols sans violence, 33% des mis en cause et 21% des identifiés;
- pour les actes de menaces, 13% des mis en cause et 23% des identifiés.
- pour les coups et blessures non mortels, 18% des mis en cause.

Alors ? Notre jeunesse serait-elle devenue une immense racaille ? Pas vraiment.

Il faut d'abord rappeler que pour atteindre de telles proportions de délinquance mineure, les auteurs de l'étude amalgament les infractions à auteurs multiples où « au moins un des auteurs était mineur » avec celles à auteur unique. Or la responsabilité d'un mineur dans un crime ou délit commis à plusieurs est évidemment plus difficile à évaluer.  

Ensuite, à l'exception des vols violents, il est assez surprenant de constater que le nombre de mineurs mis en cause par les services de police est systématiquement plus élevés que celui identifié par les victimes. Y-aurait-il des consignes de « chasse au jeune »

80% des délinquants sont adultes
Ensuite, depuis 2005, la hausse du nombre de mis en cause provient d'abord des hommes adultes (+43.000, soit +6% en 4 ans). Ces derniers représentent toujours le contingent majoritaire des mis en cause (70%). Les fameux mineurs, garçons ou filles, représentent 22.000 mis en cause supplémentaires entre 2005 et 2010, soit une progression respective de 8% pour les garçons (+13.000) et de 34% pour les filles (+9.000). Autrement dit, la délinquance adulte est la cause principale de la hausse de la délinquance en France depuis 4 ans.

Tout crimes et délits confondus, les mineurs ne représentent que 19% des mis en causes par les forces de l'ordre, soit 216.243 personnes l'an dernier (dont 84% de garçons et 26% de filles).  
« En 2010, 1.146.316 personnes sont mises en cause par la police et la gendarmerie pour crimes et délits. Parmi elles 781.137 sont des hommes majeurs, soit 68,1% de l’ensemble des mis en cause. Sont également dénombrés 181.127 hommes mineurs (15,8 % des mis en cause), 148.936 femmes majeures (13,0 % des mis en cause en 2010) et 35.116 mineures (3,1%).» 
La police a levé le pied sur la chasse aux clandestins
L'ONDPR relève également qu'en quatre ans, le nombre de garçons mineurs et de femmes adultes mis en cause n'a cessé d'augmenter: +14.000 pour chaque catégorie. A l'inverse, les hommes majeurs mis en cause sont chaque année moins nombreux depuis 2010. Et cette baisse provient d'une cause inattendue. L'ONDPR avance une étonnante explication: « Une part importante de la baisse des mises en cause d’hommes majeurs, tous crimes et délits confondus, enregistrée entre 2008 et 2010, est expliquée par les seules infractions à la police des étrangers. »

Vous avez bien lu. Depuis 2008, première année pleine du mandat Sarkozy, les forces de l'ordre ont moins interpelé de clandestins que les années précédentes. L'information est surprenante car Nicolas Sarkozy avait officiellement « mis le paquet » sur la traque aux sans-papiers, avec tous les abus que l'on connaît.