31 décembre 2011

Nicolas Sarkozy ne voulait pas que ses voeux soient les derniers

Quelques heures avant, un conseiller élyséen avait fini par lâcher quelques informations sur l'ampleur du coup que Nicolas Sarkozy voulait faire sur l'emploi, le 18 janvier prochain. On en salivait presque, tout y était ou presque. Tout ce que Nicolas Sarkozy n'a ni osé ni voulu faire depuis qu'il a été élu voici 4 ans et 7 mois: « une modulation de l’impôt sur les sociétés en fonction de la taille de l’entreprise ; la suppression des 35 heures et une flexibilisation très forte, à la hausse comme à la baisse, du temps de travail dans les entreprises qui s’engageraient à maintenir en contrepartie l’emploi ; un financement de la protection sociale via la CSG et la TVA pour faire contribuer plus fortement les importations et les revenus du capital à la protection sociale ; la suppression ou le relèvement de nombreux seuils.»

Samedi 31 décembre, 20 heures, le Monarque apparut à l'écran. Au fil du temps, il avait abandonné tout désir de paraître moderne. La crise l'avait rapetissé dans le costume finalement trop grand de ses prédécesseurs. Il était habillé en noir. On lui avait plaqué un décor vert des jardins de l'Elysée dans le dos. Il garda les sourcils froncés. Ses cheveux avaient visiblement été teints dans la matinée.

On retrouva, ce samedi, un condensé sans surprise des arguments du moment.

Réécrire l'histoire
Nous serions passé à côté du pire, cette crise « qui en trois ans a conduit à plusieurs reprises l'économie mondiale au bord de l'effondrement ». Une crise qui, évidemment, n'est pas de sa faute mais des trente dernières années (au moins !):  « Cette crise qui sanctionne 30 années de désordres planétaires dans l'économie, le commerce, la finance, la monnaie, cette crise inouïe, sans doute la plus grave depuis la Deuxième Guerre mondiale, cette crise n'est pas terminée ». Nicolas Sarkozy est le perdreau de l'année...

Avec lui, tout reste possible (« nous devons, nous pouvons garder confiance dans l'avenir ») car il est sur le pont, toujours et encore : « Mon devoir est de faire face et de vous protéger. Vous pouvez être sûrs que j'assumerai jusqu'au bout et en totalité, les lourdes responsabilités que vous m'avez confiées et que je n'aurai de cesse d'agir au nom de l'intérêt général.» D'ailleurs, si la France a si bien résisté, c'est sans doute grâce « au courage et au sang-froid » des Français, « à la solidité de nos institutions », « à notre protection sociale qui garantit la solidarité dans l'épreuve » (tiens, ce n'est plus de l'assistanat ? Où est passé Laurent Wauquiez ?), mais c'est surtout grâce à lui, « grâce aux réformes que nous avons accomplies ces dernières années ». Mais quelles sont donc ces réformes qui nous ont permis de résister à la crise ? Ami sarkozyste, aide-nous...

Il n'y a pas d'alternative sinon la catastrophe. Evidemment... « Ce qui se passe dans le monde, annonce que l'année 2012 sera celle de tous les risques mais aussi de toutes les possibilités. De toutes les espérances, si nous savons relever les défis. De tous les dangers, si nous restons immobiles. Différer les choix parce qu'ils sont difficiles est la pire des options. Quand on décide trop tard, le prix à payer est plus cher. Les souffrances plus grandes.» Car, si en 2012, vous ne le choisissez pas pour un second mandat... « le destin de la France peut une fois encore basculer ».

Réécrire le présent
Au passage, le Triple A, c'est pas si important que ça... « Je le dis pour que chacun l'entende, ce ne sont ni les marchés, ni les agences qui feront la politique de la France ». Et il enchaîne avec l'incroyable: nos comptes sont déjà redressés. On se frotte les yeux. Il a dit ça ? Oui, oui. Il l'a dit.

L'homme qui valait 400 milliards d'euros de dette supplémentaire a bien dit: « Le problème posé n'est pas celui d'un nouveau train de réduction des dépenses pour l'année qui vient. Ce qui devait être fait a été fait par le Gouvernement. »

Rassurez-vous, le candidat Sarkozy a un projet. Il a même trois priorités pour son prochain quinquennat: la solidarité (ne pas laisser de « côté ceux qui souffrent déjà des conséquences douloureuses d'une crise dont ils ne sont pas responsables ») et l'emploi (« Nous devons changer notre regard sur le chômage »), le  financement de notre protection sociale « qui ne peut plus reposer principalement sur le travail, si facilement délocalisable » (bienvenue à la TVA sociale!) et - ne riez pas - « dérèglements de la finance ». Rooooooo... Nicolas Sarkozy nous sert cette soupe depuis l'automne 2008... Il en avait même fait l'objet de « sa » présidence du G20 l'an dernier...

Pour finir, le Monarque a encore « confiance dans les forces de la France. »

Qui a encore confiance en lui ?

243ème semaine de Sarkofrance: le chômage s'impose à Sarkozy

Dernière semaine de l'année, dernière semaine de vacances avant la Grande Campagne. Nicolas Sarkozy a disparu des écrans médiatiques depuis quelques jours, avant de réapparaître ce 31 décembre pour ses traditionnels voeux de bonne année.

La grève des agents de sûreté dans quelques aéroports français s'est essoufflée, après la dramatisation grotesque du gouvernement. Des attentats ont frappé l'Irak et le Nigéria, comme un triste bruit de fond. Deux légionnaires français ont été tués en Afghanistan, portant à 26 le nombre de morts au combat dans la zone. Les agences de notation ont accordé un peu de répit à la Sarkofrance, lui laissant terminer l'année avec son Triple A. Mais l'emploi, ou plutôt le chômage, s'est brutalement imposé à la faveur d'une publication statistique détestable.

A l'UMP, on masque mal la panique.

Une bombe qui s'appelle chômage
Au gouvernement et à l'Elysée, on préparait le sommet pour l'emploi du 18 janvier prochain. Mais les derniers chiffres du chômage, publiés le 26 décembre, sont pires que prévu. Tous les indicateurs sont mauvais: 5,2 millions de chômeurs, un nombre en hausse dans tous les âges, toutes les catégories. La durée moyenne d'inscription est de 250 jours, contre 222 jours un an avant. Les cessations d'inscription pour défaut d'actualisation ont bondi de 9% en un mois. Le nombre de plus de 50 ans inscrits à pôle emploi a explosé de +15% de décembre 2010 à novembre 2011. Les femmes sont plus particulièrement touchées: +17% versus +14% pour les hommes cinquantenaires et plus. On se souvient que l'âge légal de retraite a été reporté de 4 mois dès juillet dernier.

Nicolas Sarkozy ne voulait pas se laisser embarquer sur ce terrain glissant sans réagir. Le chômage officiel devrait franchir les 10% de la population active en mai prochain, un record depuis 1999. D'où son sommet du 18 janvier. Aux médias, on glisse déjà quelques idées. D'abord, la crise n'est pas que chez nous: « Le chômage n'est pas un problème franco-français » (Xavier Bertrand). L'excuse est facile.

Roger Karoutchi, fidèle grognard des Hauts-de-Seine, aimerait que Sarkozy soit encore porteur de « ruptures ». Notez le pluriel.  A Toulon, le Monarque avait évoqué la TVA sociale, sans la nommer bien sûr. Il voulait croire « qu'on n'avait pas tout essayé » pour lutter contre le chômage. Il faut avouer que sa politique nous a coûté cher en emplois: sa défiscalisation des heures supplémentaires a détruit l'emploi intérimaire et en CDD, puis découragé l'embauche. Comment expliquer autrement que le volume d'heures sup' progresse autant ... que le chômage ? A cause de la réforme des retraites, le nombre de retraités a déjà chuté d'un tiers en un trimestre.

En Sarkofrance, ça sent désormais la panique. Xavier Bertrand veut des «solutions rapides» pour lutter contre le chômage. L'UMP toute entière semble convaincue aux vertus du partage du temps de travail, qu'elle préfère baptisé chômage partiel. Attention, ce n'est pas qu'une affaire de dénomination politicienne. Notez la nuance, elle est crucial. A droite, on partage... le chômage ! Les ténors de Sarkofrance aimeraient imposer une plus large flexibilité. Chacun y va de sa proposition farfelue. Le MEDEF aimerait un CDD de 30 mois, les libéraux de l'UMP, Jean-François Copé en tête, voudraient supprimer toute durée légale hebdomadaire de travail afin de supprimer... les heures supplémentaires elles-mêmes... On attend les 34 heures de Sarkozy.

En 5 ans, se plaît à rappeler l'opposition de gauche comme de droite, Nicolas Sarkozy aura vu le nombre de chômeurs progresser d'un millions. Qui dit chômage de masse, dit précarisation massive.

Pauvreté oubliée
Il lui ont offert un kit de survie pour SDF. Une association nordiste d'aide aux sans-abris, le Groupe de secours catastrophe français (GSCF), a envoyé le kit qu'elle a conçu pour aider les SDF à passer l'hiver. En décembre 2006, le candidat Sarkozy promettait qu'il n'y aurait plus un sans-abri mort d'ici deux ans. En 2011, environ 360 sans-abris sont décédés dans la rue.

Les Restos du Coeurs ont quelque difficulté à satisfaire une demande qui explose. Il leur manque 5 millions d'euros. L'ont-ils réclamé au Monarque quand ce dernier est venu les voir le 22 décembre dernier ? Interrogé sur France 2 jeudi 29 décembre sur ce que le gouvernement comptait faire, le secrétaire d'Etat au commerce Frédéric Lefebvre a bafouillé une réponse incomplète: « il faut qu’on atteigne ce dont ils ont besoin, donc c’est l’objectif. » Ah... Et comment ? Lefebvre a provoqué une « réunion à Bercy », évoquée dès le lendemain midi au journal de 13 heures de TF1... Ouf! Nous sommes rassurés...


A Paris, la Mairie a informé que l'Etat avait coupé dans les vivres du Samu Social: 28 millions d'euros de moins en 2012 ! L'essentiel du budget de l'association est couvert par l'Etat: ces 115 millions d'euros de dotations en 2011 tomberont à 89 millions l'an prochain. En fin d'année, le gouvernement a aussi annulé quelques 153 millions d'euros de crédits pour la lutte contre la pauvreté, soit 10% des économies supplémentaires pour tenir l'objectif de réduction des déficits.

Au premier janvier prochain, toute une salve d'augmentations diverses viendront pénaliser les ménages les plus modestes. Le Conseil constitutionnel a validé cette semaine la loi de finances pour 2012. La TVA à 5,5% passera donc bien à 7%. Les sodas seront taxés d'une contribution particulière. De son côté, la SNCF a décidé d'augmenter les tarifs de ses TGV. Bien sûr, les plus riches paieront proportionnellement un peu plus: 3% de contribution provisoire par part fiscale dépassant les 500.000 euros, et un point d'impôt sur le revenu supplémentaire sur la dernière tranche du barème. Côté revenu, le RSA augmentera de 7 euros par mois (pour une personne seule). Laurent Wauquiez, le chantre de la Droite Sociale, en est tout retourné.


Electoralisme minable
On digère mal la loi sur les génocides, adoptée en première lecture à l'Assemblée nationale. Une députée UMP, Valérie Boyer, a même reçu des menaces de mort. La réélection de Nicolas Sarkozy serait-elle à ce prix ?

La cote de Sarkozy remonte chez les bookmakers anglais, paraît-il. En Sarkofrance, la cote reste basse et le trouillomètre remonte. Sarkozy est candidat, mais il n'ose toujours pas se présenter. Il n'aime pas que ses interventions et nombreux déplacements puissent être comptabilisés au titre de sa campagne. Juste avant une gigantesque tournée des voeux, cela ferait tâche... Pour le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, pourtant, Nicolas Sarkozy est davantage candidat que président.

Un ancien prestataire de la campagne Web de Nicolas Sarkozy en 2007, Arnaud Dassier, a quitté l'UMP. Le parti présidentiel ne veut pas de primaires pour désigner ses candidats aux prochaines législatives et Dassier lorgnait sur une circonscription en Val de Loire. Claude Guéant, lui, s'est trouvé une jolie circonscription pour les prochaines législatives. L'homme aime le combat, il sera député à Boulogne-Billancourt, 67% pour Sarkozy en 2007. Après François Fillon qui s'est choisi l'ultra-bourgeois 7ème arrondissement de Paris, voici un second ténor de Sarkofrance qui livre une belle leçon de courage !

Pour le reste, Nicolas Sarkozy accélère le placement de ses proches. Libération en a fait sa couverture, mercredi 28 décembre, en citant une dizaine de nominations récentes dans la magistrature, comme celle d'André Ride, décidée le 20 décembre, au parquet de Bordeaux où s'instruisent les affaires Woerth et Bettencourt. Plus visible, l'actuel secrétaire général de l'Elysée, Xavier Musca serait pressenti pour diriger la Caisse des Dépôts et Consignations...

Dette hors contrôle ?
La dette publique française a bondi d'une grosse centaine de milliards d'euros l'an dernier. Au troisième trimestre 2011, elle se chiffrait à 1.689 milliards d'euros. Trois ans avant, elle était inférieure de 400 milliards d'euros. Sur le trimestre, la dette a baissé de 3,6 milliards d'euros, « moins rapidement que prévu » s'inquiète le Monde. N'y voyez aucun effet de la rigueur gouvernementale du moment, l'évolution n'est que comptable.

Les bourses flanchent en fin d'année. La BCE, que l'on croyait avare de prêts aux établissements financiers européens, vient de lâcher quelque 489 milliards d'euros de prêts en quelques jours.  L'euro termine l'exercice à son plus bas niveau depuis 10 ans. Est-ce d'ailleurs si grave ?

Il était temps que cette année 2011 se termine.

Ami sarkozyste, je te souhaite une exécrable année 2012.

30 décembre 2011

Et oui, Sarkozy a bien aggravé le chômage.

Les derniers chiffres du chômage ont fait l'effet d'une bombe, en pleine période de vacances du pouvoir. Depuis quelques jours, le ministre du Travail s'exerçait à déminer le sujet, en suggérant toutes sortes de pré-annonces, y compris jusqu'à défendre le partage du temps de travail... 

Evidemment, le contexte économique n'est pas favorable. Les leaders européens ont cassé la reprise de plans de rigueur en mesures d'austérité. La France, la plus fragile des économies fortes, n'y coupe pas. Aux dires de l'INSEE, elle est en récession depuis quelques semaines.

Mais les facteurs exogènes ont bon dos. Les derniers résultats désastreux de l'emploi communiqués cette semaine sont aussi la conséquence de la politique de Nicolas Sarkozy:
 
L'ampleur du désastre
Mardi, la DARES a publié d'exécrables statistiques sur le nombre de demandeurs d'emplois inscrits à Pôle Emploi. Rappelons que tous les demandeurs d'emploi ne sont pas inscrits à Pôle Emploi. Et quelques 200.000 chômeurs quittent les statistiques de l'agence chaque mois pour défaut d'actualisation de leur statut.

Dans toutes les catégories, le chômage s'envole encore. « La forte dégradation de l'emploi marque l'entrée en récession de la France » résume le Monde. A fin novembre, Pôle emploi enregistrait 5,2 millions de demandeurs d'emploi inscrits, dont:
  • 2,84 millions sans aucune activité (catégorie A): +30.000  en un mois; +130.000 en un an...
  • 1,40 millions avec activité partielle (catégories B et C): +22.000 en un mois, +84.000 en un an...
  • 589.000 sans acte positif de recherche, avec ou sans une activité (catégories D et E): +7.000 en un mois, -16.000 en un an.
  • 369.000 dans les DOM-TOM (dont 265.000 en recherche active).
Dans le détail, on découvre que 703.000 touchent le RSA (+30.000 en un an); que seuls 39% des inscrits perçoivent une indemnité chômage (2,03 sur 5,20 millions); que 344.000 autres sont indemnisés par le régime de solidarité nationale (ASS, ATA, AER, etc). Les bonnes nouvelles sont rares: le nombre d'offres satisfaites a cru de 15% en un an, pour 252.000 sur le mois de novembre. Mais moins de la moitié (104.000) étaient pour des emplois durables.

... d'une triple incompétence
Nicolas Sarkozy aime se décrire (ou se faire décrire) comme un chef d'Etat pragmatique. La lecture de ces résultats de l'emploi est préoccupante. On y retrouve le signe d'un triple échec. Notre Monarque est incompétente.

1. La défiscalisation des heures supplémentaires aura été une erreur historique.
Il y a quelques mois, la DARES notait une progression du volume d'heures supplémentaires au second trimestre 2011 (derniers chiffres disponibles). Sur un an, la hausse s'est vue dans les entreprises de toutes tailles « et plus fortement dans les entreprises de 50 à 499 salariés ». Le volume moyen par salarié à temps complet est monté à 10,9 heures au 2ème trimestre 2011, en hausse de 6,9 % par rapport au 2ème trimestre 2010.

Il est frappant de comparer les deux courbes, celle de la progression du chômage et celles des heures supplémentaires déclarées depuis le 4ème trimestre 2007: depuis le 1er octobre 2007 et l'entrée en vigueur de la défiscalisation des heures supplémentaires, le nombre d'inscrits à Pôle emploi a augmenté, sans attendre la brutale dégradation de l'emploi de l'automne 2008.

2. La politique industrielle de Nicolas Sarkozy est une friche. L'industrie a été l'un des symboles de l'activisme sarkozyen face à la crise: suppression de la taxe professionnelle, prime à la casse automobile, encouragement au travail partiel, etc. Le Monarque a défendu de nombreux exemples de son action à chacun de ses déplacements en usine. Il ne voulait pas rester sur l'image de Gandrange, un site fermé malgré des promesses illusoires et contraires de Nicolas Sarkozy en février 2008.

Jeudi, les Echos publiait les résultats d'une étude de l'institut Trendeo sur la désindustrialisation du pays depuis 2008: 880 usines ont été fermées, moins de 500 ont été créés. 
Au final, entre les postes créés et ceux supprimés, près de 100.000 emplois industriels ont été perdus en France ces trois dernières années, indique Trendeo. Un décrochage qui rappelle la période de 1978 à 1985 et ses cataclysmes industriels comme Creusot-Loire ou Manufrance. « Alors que, dès 2010, l'économie française prise globalement a recommencé à créer des emplois, l'industrie continue d'en supprimer », souligne David Cousquer, le gérant de l'observatoire.
3. Le contre-coup de la réforme des retraites est enfin évident. Les plus de 50 ans sont particulièrement frappés par l'envolée du chômage: leur durée moyenne d'inscription à Pôle emploi était de 393 jours, contre 250 jours en moyenne (en hausse de ... 39 jours en un an!). En un an, quelque 115.000 cinquantenaires ou plus supplémentaires sont venus grossir les inscriptions de Pôle emploi, en majorité des femmes (+65.000). Au total, les plus de 50 ans représentaient 859.000 inscrits en recherche active d'emploi à fin novembre.

Coïncidence, la DARES publiait une autre étude qui n'était pas sans rapport: les départs en retraites dans les entreprises de plus de 10 salariés ont chuté de 32% en un trimestre. La DARES avance une explication, l’entrée en vigueur au 1er juillet 2011 des mesures de recul de l’âge légal de départ à la retraite (qui ajoute 4 mois dès cette échéance). « Cette baisse concerne les trois secteurs d’activité (industrie, construction, tertiaire) et les petits comme les grands établissements.» Moins de retraités, mais davantage de chômeurs... On applaudit !


Ami sarkozyste, où es-tu ?


Un malheur n'arrivant jamais seul, il fallait être attentif, comme Menilmuche, pour débusquer le cadeau d'après-Noël du gouvernement dans la loi de finances validée lundi par le Conseil constitutionnel. Pour faire face au ralentissement économique, prévisible depuis août dernier, 10% des économies de fin d'année ont porté sur la lutte contre la pauvreté.

Ami sarkozyste, vraiment... où es-tu ?

29 décembre 2011

Laurent Wauquiez, révélation de l'année 2011.

2011, c'est un peu son année. Laurent Wauquiez s'est imposé parmi les premiers de la classe sarkozyenne. C'est un jeune gars qui compte. Le jeune ministre, et ancien porte-parole de Nicolas Sarkozy, a trouvé sa place sur la scène sarkofrançaise.

Il était conscient qu'il risquait la marginalisation politique prématurée. Il voulut se replacer au coeur, si ce n'est au centre, du dispositif sarkozyen pour 2012.

Le tout pour mieux préparer 2017.

Singer son maître ?
Laurent Wauquiez a choisi d'imiter Nicolas Sarkozy. Il est certes moins doué, ou il ne joue pas dans la même cour. Jugez plutôt. Il parle comme lui. Pourtant richement diplômé, Laurent Wauquiez se force à quelques expressions « populaires » ou autres fautes de Français « faites exprès ».

Il singe aussi certains tics d'argumentation. Ainsi, il y a quelques jours, il s'est engouffré dans la mode protectionniste du moment, (en réclamant « Un protectionnisme moderne, (...) un protectionnisme européen, qui accepte le bras de fer avec nos principaux rivaux ») reprenant à son compte les positions d'Arnaud Montebourg, avant de déclarer que « la démondialisation à la Montebourg, c'est un concept de bobos fondé sur l'idée que tous les pays vont s'unir et qui fait l'impasse sur la circulation des travailleurs ».

Allez comprendre...

Sa circonscription, en Haute-Loire, il l'a obtenu sur un plateau. Il était suppléant d'un plus centriste que lui, Jacques Barrot, ex-CDS . Elle est moins prestigieuse que Neuilly-sur-Seine, mais fait davantage « terroir ». A l'UMP, il fait des jaloux. Il agace même Jean-François Copé qui le concurrence sur le terrain de la « modernitude ».

Depuis l'élection de François Hollande comme candidat socialiste à la présidentielle, Laurent Wauquiez est l'un des portes-flingues de Nicolas Sarkozy tout désignés pour tacler le candidat.

Conflit d'intérêt ?
Le 13 décembre dernier, il reprenait l'un des arguments favoris de Marine Le Pen, impliquer François Hollande dans les scandales en cours qui affectent trois fédérations du parti socialiste: «On a trois fédés du PS - Pas-de-Calais, Nord, Bouches-du-Rhône - qui ont au mieux des pratiques crapoteuses».

Des pratiques « crapoteuses » ?

En juillet 2010, l'affaire Woerth bat son plein. Laurent Wauquiez est secrétaire d'Etat à l'Emploi. Il rencontre des hommes d'affaires, banquiers et responsables de Hedge Funds, à Londres. Il les sollicite pour qu'ils donnent quelques fonds à son micro-parti personnel, baptisé Nouvel Oxygène (sic!). La démarche est indécente.
« Le 28 juin, le secrétaire d'Etat à l'Emploi, Laurent Wauquiez, se rend à Londres pour une réunion sur le thème de l'emploi à La City. L'occasion aussi d'y évoquer le financement de son micro-parti politique, Nouvel Oxygène, lors d'un dîner avec des banquiers et des gérants français de fonds spéculatifs. »
Source: le JDD du 16 juillet 2010
D'après la Commission Nationale des Comptes de Campagne, le micro-parti de Laurent Wauquiez a récolté 14 dons de personnes physiques en 2009, de 2400 euros en moyenne, pour 34.452 euros au total. L'année précédente, il avait reçu quelques 52.000 euros. Rien de bien grave, juste une trentaine de SMIC mensuels pour alimenter un curieux parti en marge de l'UMP à laquelle Laurent Wauquiez est évidemment adhérent de plein exercice. Interrogé quelques jours plus tard, il s'est défendu: « Franchement, ce n'était pas des grosses sommes, c'est moins que ce qu'on peut avoir en d'autres occasions ».

« D'autres occasions » ? Lesquelles ?

Social ?
En mai 2011, Laurent Wauquiez fait enfin parler de lui. Nicolas Sarkozy lui a retiré la rédaction du projet de l'UMP pour 2012. Le jeune homme veut sans doute faire parler de lui. Il dénonce donc « l'assistanat », ce « cancer de la société » qui permet à des pauvres de cumuler les minima sociaux aux détriments de ces autres pauvres qui travaillent et cotisent. Cette salve antisociale est paradoxale de la part d'un jeune homme qui a profité d'une décennie d'études supérieures financées par la collectivité. Dans le détail, Wauquiez réclamait trois choses: (1) du travail obligatoire pour les bénéficiaires du RSA (il suggère 5 heures, Sarkozy retiendra une expérimentation sur 7 heures par semaine); (2) un plafonnement à 800 euros par mois des minima sociaux; (3) réserver le bénéfice de l'assurance sociale aux étrangers ayant cotisé au moins cinq ans en France mais avancer à trois mois (contre 6 mois actuellement) la période de résidence en France pour qu'un travailleur étranger soit assujetti à l'impôt.

En juillet 2011, Laurent Wauquiez est remercié. Et il remercie: « C’est pour moi un immense honneur que le Président de la République m’ait demandé de succéder à Valérie PÉCRESSE. Et c’est avec beaucoup d’émotion que je prends la tête du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Je sais tout ce que je lui dois dans mon parcours personnel : j’ai eu le bonheur de rencontrer des enseignants et des chercheurs d’une qualité exceptionnelle, de ceux qui marquent une vie et qui décident d’un engagement. »

En novembre, il confie qu'il n'est pas très responsabilisant d'indemniser les malade pendant leurs arrêts. Le gouvernement venait d'annoncer qu'il ajoutait une quatrième journée de carence de rémunération en cas de maladie, mesure à laquelle il renonça. « Si jamais, quand vous tombez malade, cela n'a aucun impact sur votre indemnité et votre salaire, ce n'est pas très responsabilisant. Du coup, on a un peu l'impression que la sécurité sociale est quelque chose sur lequel on peut tirer sans qu'il y ait un impact ».

Pour les classes moyennes ?
A l'automne 2011, le jeune Wauquiez sortait un livre sur les classes moyennes. C'est son dada. Ces dernières seraient les premières victimes d'un Etat providence qui ne se consacre qu'aux pauvres. Tout est bon pour marteler son argument. Wauquiez préfère les anecdotes aux statistiques, les exemples théoriques à la réalité de masse. En octobre, il s'en est pris aux HLM, qu'il voudrait voir réserver à ceux qui travaillent. Interrogé, il n'explique pas comment il compte loger ceux qui ne travaillent. Pour mémoire, près de 60% des HLM sont occupés par des gens en activité.

Laurent Wauquiez cherche à instrumentaliser au mieux la peur du déclassement. Il cherche régulièrement son inspiration chez Guillaume Peltier, un ancien (mais encore jeune) du Front National. Son indignation est à sens unique. On l'a peu entendu sur la hausse de TVA, les nouvelles franchises médicales, ou les faibles contributions demandées aux foyers les plus aisées (taxe temporaire en 2012, relèvement marginal de leur cotisation pour les retraites, etc). 

Ministre absent
On entend rarement Laurent Wauquiez sur l'action de son propre ministère.  En 2007, il fut porte-parole du gouvernement, sans autre porte-feuille précisément affecté. Au printemps 2008, il devient secrétaire d'Etat à l'Emploi.

Il assiste silencieux à l'envolée du chômage. La fusion de l'ANPE et des ASSEDIC est réalisée au pire moment, en décembre. Le nouveau pôle emploi recevra moins de 2.000 renforts temporaires (alors que le chômage s'envole d'un million de personnes !).
Wauquiez tait également l'échec de la sous-traitance privée du reclassement de certains chômeurs. Il travaille sous la tutelle de Raymond Soubie, conseiller social de Sarkozy jusqu'en septembre 2010.

Début 2010, on s'inquiète du sort des centaines de milliers de demandeurs d'emploi de longue durée qui seront éjectés de l'indemnisation chômage à la fin de l'année. Deux ans auparavant, la mise en œuvre de la défiscalisation partielle des heures supplémentaires par le gouvernement avait déstabilisé l’emploi intérimaire et en CDD, bien avant la récession économique de l’été 2008, le krach boursier puis le resserrement du crédit de l'automne 2008. Laurent Wauquiez est encore secrétaire d'Etat à l'emploi. On pensait qu'il incarnait la droite dite sociale, on allait  déchanter. Il fait patienter. Pas question de lâcher un nouvel accompagnement social. Il suggère de «répartir» différemment l’assurance chômage car, selon lui, ce problème est avant tout une « question de gestion de l'assurance dans la crise ». En juin 2010, Sarkozy lâche 460 euros mensuels par personne, « sous conditions ».

Devenu ministre des Affaires européennes en 2010, il disparaît carrément du radar médiatique. Les crises se succèdent, la Grèce puis l'Irlande frôlent la faillite. Mais le sujet est préempté par Nicolas Sarkozy lui-même. Wauquiez n'existe plus.

Mi-2011, il récupère le porte-feuille de l'Enseignement Supérieur. Là encore, on l'entend peu détailler son action. C'est un ministre à temps partiel, du mardi au jeudi soir. Il a ravi la mairie du Puy-en-Velais à la gauche en 2008. Il écrit un livre. Il travaille au programme de l'UMP pour 2012.

A la rentrée 2011, il annonce enfin que la promesse présidentielle d'octroyer un 10ème mois de Bourse aux étudiants faite deux ans auparavant serait enfin réalisée ! Début novembre, il ne voit aucun problème avec la circulaire Guéant du mois de mai qui facilite l'expulsion d'étudiants étrangers.

Laurent Wauquiez, comme ses collègues ministres, aurait pu au moins faire le service après-vente de l'action sarkozyenne en matière d'enseignement supérieur. Nous étions curieux de savoir ce qu'il pensait des promesses de financement non tenues (4 milliards d'euros au lieu de 9 promis sur 5 ans), du retard de l'opération Campus, ou du maintien des statuts des personnels universitaires devenus autonomes. Mieux, en cette période de rigueur budgétaire, comment le ministre pense-t-il aider des universités autonomes à gérer la baisse de leurs dotations publiques ? En novembre dernier, les facs de Pau et Bretagne-Sud, Nantes et Bordeaux 3, et Limoges ont alerté leur personnel sur leurs déficits budgétaires. Le ministre a préféré enfumer la presse avec des chiffres aléatoires.

Ami sarkozyste, choisis mieux ta relève.




28 décembre 2011

Sarkozy: les livres qui l'ont décrypté en 2011

Année pré-électorale oblige, 2011 fut riche en ouvrages consacrés à Nicolas Sarkozy. Confidences « off », enquête sur quelques victimes directes du Monarque ou ses relations tumultueuses avec la Justice, le Monarque a été scruté, analysé, autopsié.

Personne ne pourra plus dire : « on ne savait pas ».

« Cet article est une saloperie qui mérite un cassage de gueule ! »
Avec cette simple citation de Nicolas Sarkozy, le patron de la rédaction du Point veut s'acheter un brevet d'indépendance. En avril 2011, Franz-Olivier Giesbert publie Monsieur le Président : Scènes de la vie politique 2005-2011. Pour un peu, FOG paraîtrait comme un dangereux dissident. Son émission hebdomadaire mais nocture, chaque vendredi soir sur France 3, est supprimée (et remplacée par un laborieux talk-show d'un pistonné du pouvoir dénommé Cyril Viguier). Mais la lecture de l'ouvrage révèle au contraire une formidable proximité du journaliste avec Nicolas Sarkozy. « oui, je suis un journaliste connivent, comme je dis, moi je n'ai pas de gêne là-dessus, mais je garde mon indépendance » concéda-t-il au Grand Journal de Canal+.

Sarkozy, Off
En mars dernier, Nicolas Domenach et Maurice Szafran, les patrons de l'hebdomadaire Marianne (dont le site internet héberge le blog Sarkofrance) confient sur papier quelques années de relations avec Nicolas Sarkozy. Relations professionnelles, bien sûr.

Cela donne «  [Off] Ce que Nicolas Sarkozy n’aurait jamais dû nous dire » . Leurs anecdotes sont souvent cocasses. Notre confrère blogueur Le Chaffouin constata qu'on y découvrait un Sarkozy « plus hargneux, plus vulgaire, plus émotif et plus instable que jamais ».


« Sarko m'a tuer »
Début septembre, le livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme fait rapidement polémique. Les médias s'attardent sur un témoignage, celui de la juge Isabelle Prévost-Delprez qui est d'ailleurs rapidement mais imparfaitement contredit. C'est dommage. Le reste du bouquin est passionnant et terrifiant. Il illustre combien la République fut carrément reprochable sous Nicolas Sarkozy. 27 témoins relatent comment Sarkozy les a professionnellement évincé. Certains sont connus (Aurélie Filippetti, Isabelle Prévost-Desprez, Yves Bertrand, Claire Thibout, Renaud Van Ruymbeke, Patrick Poivre d’Arvor, Patrick Devedjian, Dominique de Villepin, Julien Dray, Christine Boutin, Daniel Bouton).

D'autres le sont moins: David Sénat était ce conseiller de Michèle Alliot-Marie dont les fadettes furent étudiées par les services secrets français en juillet 2010, comme celles de deux journalistes du Monde, pour l'identifier comme la source de fuites de PV de l'affaire Woerth/Bettencourt. Il y a aussi Jacques Espérandieu, ancien directeur de la rédaction du JDD jusqu'à son éviction en 2008; Jean-Hugues Matelly, gendarme mais chercheur au CNRS, radié de la gendarmerie par décret présidentiel après avoir critiqué le rapprochement gendarmerie/police; Valérie Domain, journaliste dont l'ouvrage de confidences de Cécilia Sarkozy fut intégralement mis au pilon; Dominique Rossi, patron de la police en Corse limogé 24 heures après l'occupation bon enfant de la villa de Christian Clavier; Éric Delzant, préfet de Haute-Corse viré en 2003 après l'arrivée mouvementée du ministre Sarkozy dans l'île de Beauté; ou Pierre de Bousquet de Florian, ancien directeur de la DST au moment de l'affaire Clearstream.


« L’abus de biens sociaux est à l’homme politique ce que la petite culotte est au violeur »
Nicolas Sarkozy parlait à Renaud van Ruymbeke. La phrase est tirée d'un  livre, « Le Justicier, enquête sur un président au-dessus des lois », rédigé par une journaliste de France Info.  Dorothée Moisan s'est attardée sur le douloureux rapport de Nicolas Sarkozy avec la justice. Depuis qu'il s'est auto-saisi des affaires de l'intérieur, l'ancien maire de Neuilly s'est toujours confronté brutalement aux juges. Il ne s'est jamais concilié le juge van Ruymbeke. Il en a même gardé une profonde rancoeur, qu'il ressort régulièrement aux médias dès que l'on aborde l'enquête en cours sur le Karachigate.

Dorothée Moisan détaille aussi le rôle de l'ombre de Patrick Ouart (conseiller justice à l'Elysée jusqu'en 2010, et véritable garde des Sceaux); ou comment Nicolas Sarkozy a placé des fidèles, progressivement et dès 2002, à quelques postes  clés de la magistrature, souvent d'anciens membres de l'Association professionnelle des magistrats (APM), tel Yves Bot devenu procureur de la République de Paris (2002) ou le fameux Philippe Courroye au parquet de Nanterre (2007); ou les multiples pressions dans les affaires Karachi, Clearstream, Clavier ou Tapie.


A la place d'Henri Guaino ?
« Le Nègre du président » est un autre exercice. Daniel Carton, son auteur, s'identifie sans l'avouer à Henri Guaino et consorts. La perspective d'un prochain ouvrage de Nicolas Sarkozy d'ici mars, rédigé en un temps record malgré un agenda présidentiel que l'on nous promettait chargé, redonne un intérêt certain à l'ouvrage.

Henri Guaino a souffert des accusations de racisme portées contre lui après le discours - raciste - de Dakar prononcé par Nicolas Sarkozy en juillet 2007.  Mais Daniel Carton ne vient pas à sa défense. Il s'identifie à un énarque qui se vengerait, en faisant lire à son monarque deux fois le même discours. On se souvient de l'anecdote, réelle, quand Nicolas Sarkozy fut surpris prononçant le même texte à propos des agriculteurs à 6 mois d'intervalles.

Les mallettes de Sarko

« La République des Mallettes » était un ouvrage très craint en Sarkofrance. Pierre Péan voulait s'attarder sur un sombre intermédiaire, Alexandre Djouhri, proche de Dominique de Villepin, mais aussi du directeur de la DCRI Bernard Squarcini, et qui a des entrées visiblement très faciles auprès de Nicolas Sarkozy lui-même.

Mais Péan balance bien d'autres choses. Comme lorsqu'il décrit le schéma des commissions du Karachigate: « c'est François Léotard, ministre de la défense, et son cabinet qui supervisent l'opération, mais c'est Renaud Donnedieu de Vabres qui est chargé de mettre les mains dans le cambouis: il présente l'intermédiaire El-Assir à Emmanuel Aris, responsable de la DCN-I. Pour garder les péages, là où se valident les commissions des contrats, est posté Nicolas Sarkozy, ministre du budget. »

L'auteur s'attarde également sur l'affaire Clearstream II (celle qui implique Villepin). Il explique comment Nicolas Sarkozy instrumentalisa cette manipulation pour mieux s'habiller en victime. Il détaille surtout pourquoi Nicolas Sarkozy a eu très peur. « La balle est passé à quelques millimètres ». Parmi les 895 comptes bancaires de Clearstream, l'un d'entre eux au moins était vrai, numéroté 16438 à la Banco Populare di Sondrio. Un compte qui abriterait, selon Péan, une part des rétrocommissions des ventes Agosta et Sawari II et qui aurait été placé là, toujours selon Péan, par Alexandre Djourhi.

Le livre de Péan fit si peur qu'un gigantesque contre-feu est allumé trois jours avant sa publication. Robert Bourgi, un avocat d'affaires, balance au JDD qu'il a transporté des mallettes d'argent en liquide provenant de chefs d'Etat africains jusque dans le bureau de Jacques Chirac, alors président de la République, et Dominique de Villepin, son secrétaire général. Evidemment, précise-t-il, ces trafics s'arrêtèrent quand Sarkozy fut élu. Entendu par la justice, ses propos furent classés faute de preuve quelques semaines plus tard.

Avant cette riche année 2011, d'autres enquêteurs avaient contribué à éclairer la présidence Sarkozy. Le désormais fameux « Le président des riches : Enquête sur l'oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy » de Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, édité en 2010, réédité en 2011, fait office de bible à toutes celles et tous ceux qui souhaitent comprendre la politique de classe à l'oeuvre sous ce mandat.  Il y a aussi l'enquête de Fabrice Lhomme et Fabrice Arfi sur l'affaire Karachi, « Le contrat: Karachi, l'affaire que Sarkozy veut oublier », publié en 2010 alors que l'enquête s'accélérait enfin grâce à l'action des nouveaux juges en charge du dossier, Marc Trévidic et Renaud van Ruymbeke. 


Ami sarkozyste, ... bonne lecture !



27 décembre 2011

Sarkozy le catholique se prend pour Jeanne d'Arc.

Vendredi soir, l'une des accréditées élyséennes du Figaro, Solenn de Royer, confiait que Nicolas Sarkozy avait reçu à dîner quelques jeunes prêtres catholiques pour discuter de foi et d'engagements. A quelques heures du réveillon de Noël, ce « dîner catholique de Nicolas Sarkozy » n'était évidemment pas le fruit du hasard.

L'actualité d'un weekend de Noël est toujours, sauf évènement extra-ordinaire, marquée par de multiples messages chrétiens, de messes de minuit ou déclarations papales. Au Nigéria, une trentaine de personnes ont été tuées lors d'attentats à la bombe qui visaient expressément des chrétiens. A l'Elysée, Nicolas Sarkozy  exprima sa « solidarité » et ses « condoléances ».

Le même jour, invité d'Europe1 dimanche dernier, jour de Noël, Dominique de Villepin s'est voulu oecuménique. « J'ai tourné la page, j'ai pardonné à Nicolas Sarkozy ». L'homme s'imagine toujours au-dessus des partis: « ce n'est pas à l'UMP de choisir le président de la République, ce n'est pas au Parti socialiste, pas plus qu'au MoDem ou au Front national, c'est aux Françaises et aux Français ! Je ne veux pas que cette élection présidentielle soit kidnappée par les partis politiques ».

Jeudi dernier, Nicolas Sarkozy a donc reçu une dizaine de prêtres à dîner. Le Figaro devait s'en faire l'écho. Sinon, ce dîner n'aurait servi à rien ou presque. L'un des proches conseillers, Camille Pascal, lui aurait organisé la chose. On dit cette « plume » du Monarque très pratiquante. Il y avait « un aumônier de prison, un aumônier militaire, des curés de campagne ou de banlieue. L'aumônier de l'Assemblée nationale, le P. Rougé, ainsi que le fondateur du cercle Léon XIII (qui organise des rencontres avec des responsables politiques ou économiques), le P. Pierre-Hervé Grosjean ».

Le président français a toujours un attachement particulier à la religion et au sacré. Et un manque de retenue laïque que pourtant sa position de président lui impose.

Rappelez-vous.

On se souvient de sa réception du pape Benoît XVI à Paris, en septembre 2007. Il avait défendu un fumeux concept de laïcité positive, comme si la République souffrait de trop de laïcité négative. En décembre 2007, son discours de Latran, à Rome, provoqua les applaudissements enthousiastes des dignitaires catholiques présents dans l'assistance. Et pour cause. Nicolas Sarkozy, pourtant président élu d'une République laïc qui sépara les affaires religieuses des affaires de l'Etat en 1905, avait lâché cette formule incroyable: « L'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé ». Quelques semaines plus tard, fin janvier 2008, le même Sarkozy s'exclamait à Ryad, en Arabie Saoudite - un pays où la loi religieuse règne encore douloureusement : « Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme. Dieu qui n’asservit pas l’homme mais qui le libère. Dieu qui est le rempart contre l’orgueil démesuré et la folie des hommes. »

En juillet 2010, son discours de Grenoble puis la traque des Roms avaient heurté l'Eglise catholique. L'archevêque d'Aix-en-Provence et d'Arles avait des mots très durs, fin août 2010, « Les discours sécuritaires qui peuvent laisser entendre qu'il y a des populations inférieures sont inacceptables. Ces personnes, citoyens européens, vivent pour la plupart paisiblement ici, un certain nombre depuis de longues années ».

Depuis, Sarkozy a multiplié les gestes de bonne volonté. Il drague comme il peut. Il a multiplié les références aux « racines chrétiennes » de la France. En octobre 2010, il a rendu visite au pape, au Vatican. Certes, il a commis la grossièreté d'arriver en retard d'une trentaine de minutes. Mais au moins, devant les photographes, il s'est signé dans l'Eglise. En mars dernier, il a ainsi longuement visité la cathédrale du Puy-en-Velais, le « fief » de Laurent Wauquiez. Il est parvenu à passer deux heures avec des bonnes soeurs, « dans le plus grand secret ». 

Jeudi dernier lors de son dîner, un conseiller anonyme confia combien le Monarque avait « redit » son attachement aux «racines chrétiennes de la France», et déploré la disparition des «grandes voix catholiques». Il fallait que cela se sache. La journaliste du Figaro qui relaya l'affaire eut droit à quelques citations du Monarque. Ainsi aurait-il déclaré aux prêtres présents « Au nom de quoi faudrait-il ignorer ce que vous représentez? Vous offrez une espérance. Les gens ont besoin d'espérance.» Et encore:  « Dites ce que vous avez à dire à la société, pas seulement à vos fidèles. À l'heure où l'on écoute ces experts en tout, pourquoi ceux qui défendent une religion n'auraient-ils pas le droit à la parole?»
On apprit que les participants discutèrent de « la jeunesse, l'éducation, la finalité de l'art, ou encore les souffrances des chrétiens d'Orient ». Ont-ils parlé de la chasse aux Roms ?

Mieux, quelques-uns de ces religieux questionnèrent Nicolas Sarkozy sur sa propre « vocation ». Evidemment... Quelle mise en scène ! Après les « courriers de soutien spontané» demandés aux sympathisants de l'UMP par Jean-François Copé, voici l'interview du Monarque par un Saint Homme sur le sens du devoir ! Goûtez donc la réponse de Nicolas Sarkozy, telle qu'elle nous est fidèlement retranscrite par le Figaro:
«La politique a sa part de sacrifice. Il faut accepter le regard des autres. Assumer une différence, des choix. Vous faites le sacrifice d'une vie de famille, d'un confort de vie. Avez-vous du mérite? Moi, ai-je du mérite à faire ce à quoi je me suis senti appelé? Je ne crois pas. La politique s'est emparée de moi, pas l'inverse.»

Il fallait, ensuite, reprendre son souffle, calmer son émotion, et remercier Dieu et la Sainte Miséricorde de nous avoir donné un si Grand Homme pour Sauver la France.

Ami sarkozyste, as-tu prié ?




26 décembre 2011

Sommet pour l'emploi: la dernière carte de Sarkozy

Le 18 janvier prochain, Nicolas Sarkozy a promis d'organiser un sommet pour l'emploi à l'Elysée. En 2009 déjà, il avait été contraint par les manifestations monstres du 29 janvier précédent à un exercice similaire. En étaient sortis de nombreux cadeaux et allègements, comme la suppression du second tiers provisionnel d'impôt sur le revenu pour les classes moyennes, l'octroi de chèques emploi-service pour quelques milliers de familles modestes, ou le report de TVA pour les PME.

En janvier 2012, Nicolas Sarkozy vise deux objectifs: meubler le temps avant sa déclaration officielle de candidature, et préempter quelques thèmes de l'agenda électoral.

Maîtriser l'agenda politique
Cela fait des mois qu'il cherche ses thèmes de campagne pour le scrutin de 2012. Faute de formule magique, de slogan aussi simple et fédérateur que le «Travailler plus pour gagner plus » et autres « Ruptures » de 2007, il craint devoir répliquer à un tombereau de critiques sur son horrible bilan. Or Nicolas Sarkozy n'aime pas faire le bilan de ses actions. Il donne des leçons autant qu'il refuse d'en recevoir. Cela fait partie de son ADN politique. En 2007, il réclamait le temps de l'action avant d'être jugé. En 2011, il feint l'action pour éviter d'être jugé. L'année 2011, qu'il promettait « utile aux Français » se termine sur une curieuse impression. La Sarkofrance a fait du sur-place. L'Elysée s'est démené pour conserver son Triple A. Aucune réforme significative n'est venue habiller les derniers mois de cette mandature gâchée.

Nicolas Sarkozy cherche à occuper l'agenda politico-médiatique et trouver des diversions. Jusqu'à maintenant, ses tentatives ont fait chou blanc. En juillet 2010, le discours de Grenoble eut un effet calamiteux. Sarkozy le paye sans doute encore dans l'étonnante résistance du centre droit à son encontre. Plus récemment, le second discours de Toulon fut un flop, de l'avis même de quelques proches, déçu par le manque de visions et de propositions. 

A Toulon, pour ce second discours qu'il voulait historique le 1er décembre dernier, on retint qu'il voulait organiser un sommet social en janvier: «Ce n'est pas parce qu'il y a une élection présidentielle qu'il faut attendre ». La date du 18 janvier fut ensuite confirmée.  Sarkozy convoque patronat et syndicats. Pas question de laisser ses opposants politiques s'exprimer. Mais nous avions été prévenus à Toulon:  «J'inviterai en janvier prochain tous les partenaires sociaux à faire des propositions sur l'emploi. Il faudra alors avoir «le courage de lever les tabous pour lever les freins à la compétitivité français».

Pour Sarkozy, ce sommet est l'occasion de récupérer à son profit le thème de l'emploi, puisque le chômage, contrairement à ses promesses, ne cesse de dépasser des records historiques.

Quelques jours plus tard, quelques confidences fusèrent ici ou là dans la presse. Nicolas Sarkozy préparerait un « gros coup ». C'est toujours pareil. Quand il prévient d'une quelconque abstinence médiatique pour cause de vacances, le Monarque finit par lâcher des confidences en tous genres pour entretenir l'attention sur lui. Une démarche puérile mais habituelle.

Quelles mesures fortes ?
En guise de « mesures fortes », voici quelques-unes propositions « étonnantes » fuitées ici ou là dans la presse.

La TVA Sociale est de retour, et porte bien mal son nom. 
La TVA est un impôt injuste, tout le monde le sait. Elle ne distingue pas les revenus du consommateur. Mais c'est l'une des pistes évoquées pour pérenniser le financement de notre assurance sociale. Dans quelques jours, un Haut Conseil du Financement de la Protection Sociale sera installé. Sarkozy nous l'avait promis le 15 novembre dernier lors d'un déplacement à Bordeaux. Ce machin administratif devra réfléchir à un financement de la Sécu « favorable au développement et à la compétitivité de l'économie française, compatible avec les impératifs de solidarité et d'équilibre des finances sociales ». (dixit le projet de décret). Le Monarque a déjà prévenu qu'une hausse de la TVA était une piste à explorer pour financer la Sécu. Que les pauvres payent pour les pauvres ? A Toulon, le Monarque avait surenchérit: « On ne peut pas financer notre protection sociale comme hier en prélevant uniquement sur les salaires quand les frontières sont plus ouvertes et qu’il faut faire face à la concurrence de pays à bas salaires. La réforme du financement de notre modèle social est devenue urgente ».

La flexibilité du travail, jusqu'où ?
On le sait. La Sarkofrance lorgne du côté de ses voisins allemands, où le travail partiel occupe un quart des actifs. En France, on ne sait pas vraiment ce qu'on admire du modèle allemand.

1. En 2009, Nicolas Sarkozy avait été contraint de défendre le chômage partiel plutôt que le licenciement tout court. Il dût maintenir les contrats aidés qu'il voulait supprimer, appliquant ainsi les exactes mêmes solutions que ses prédécesseurs. C'est maintenant l'un de ses dadas. Le temps partiel plutôt que le chômage ! Pour 2012, Sarkozy a confié à des sénateurs UMP qu'il dégagerait même des « moyens supplémentaires » en matière d'indemnisation du chômage partiel. On se souvient qu'il avait sabré les crédits de la politique de l'emploi dès 2011. Les syndicats aimeraient qu'on simplifie les différents dispositifs.

2. En 2009, le gouvernement Fillon adoubait la rupture conventionnelle du contrat de travail. Cette formule a bien servi, surtout comme une pré-retraite déguisée.

3. La flexibilité du travail, version UMP, ce serait aussi la fin des 35 heures. Le sujet, pour Sarkozy, est délicat. Plus personne ne croit encore à l'idée que les 35 heures est encore un carcan imposé à tous. Les heures supplémentaires ont été déplafonnées, le rythme hebdomadaire moyen pour ceux qui ont la chance de travailler à temps plein est de 36 heures, et les Français travaillent annuellement plus longtemps que les Allemands.

La vraie question est ailleurs: Nicolas Sarkozy aimerait en fait supprimer toute référence légale de temps de travail. Nul besoin alors de calculer des heures supplémentaires ! La belle affaire !

4. Dernière idée en date, les contrats compétitivité /emploi, à la mode en Allemagne: les salariés concèdent sur leurs rémunérations et/ou leur durée de travail, les employeurs lâchent des garanties sur l'emploi. Sarkozy voudrait du « travail moins cher ». Le Monde explique: « En échange d'une flexibilité accrue des salariés, ceux-ci obtiendraient des garanties pour leur emploi ou des investissements. Ces accords s'imposeraient automatiquement aux salariés, sans nécessité de signer des avenants individuels au contrat de travail comme actuellement. »


Travailler moins et moins cher pour travailler tous ? On dirait une caricature sarkozyenne du passage aux 35 heures...



25 décembre 2011

Saint-Nazaire: retour sur une promesse de Sarkozy

Vous souvenez-vous de ce retour triomphal sur les Chantiers de Saint-Nazaire, en juillet 2010 ? Nicolas Sarkozy était là, au milieu des ouvriers casqués. On devinait quelques gardes du corps, une estrade lui avait été glissée sous les pieds pour qu'il domine un peu l'assistance. Deux caméras d'Elysée.fr filmaient ce moment mémorable. Quelques mois plus tard, il était de retour: « Je n'accepterai jamais la disparition des chantiers de l'Atlantique. Jamais. » Comme si ces chantiers en avaient remplacé d'autres, ceux de Gandrange où les agitations du candidat-président n'empêchèrent ps la fermeture du site.

La France a perdu 400.000 emplois industriels depuis mai 2007.

Juillet 2010
Le 23 juillet 2010, Nicolas Sarkozy avait une grande nouvelle: la Russie avait commandé quatre navires Mistral aux chantiers STX. L'information fit frémir ses partenaires de l'OTAN. Aucun Etat membre de l'alliance atlantique ne s'était risqué à céder un tel matériel militaire à la Russie de Poutine.

Mais Sarkozy voulait triompher quand même. En novembre 2008, l'Etat avait pris une participation minoritaire dans les chantiers. Et le Monarque ne voulait pas qu'on l'oublie. « Lorsque je suis venu en 2008, c'est très simple, y avait plus une commande. Personne ne voulait croire en l'avenir des chantiers.» Mais, «Si on ferme un chantier, la mémoire industrielle, la mémoire ouvrière, le savoir faire ouvrier, c'est mort.» Ah! Le savoir-faire ouvrier loué par le Président des Riches... Quelle ironie !

Heureusement, il était là. Il serait le sauveur des chantiers de Saint-Nazaire: «Dans notre pays, on ne croit plus aux mots, on croit aux décisions. Je vous avais dit que nous le ferions, on l'a fait.» Il l'a fait ! Il était revenu avec une grosse commande.

On comprit plus tard que la commande n'était pas ferme. Il fallut encore 5 mois de négociations, pour découvrir ensuite que les autorités françaises avaient concédé un joli transfert de technologie. Les Russes avouèrent qu'ils espéraient combler leur retard.

Décembre 2011
Il y a tout juste un an, le 25 décembre 2010, l'Elysée claironnait à nouveau: le contrat,  historique » était enfin conclu, les Russes venaient de le confirmer aux autorités françaises. En janvier dernier, Sarkozy était donc de retour à Saint-Nazaire : « mille deux cents emplois seront garantis pendant quatre ans par ce chantier.» Personne ne releva la supercherie. A Saint-Nazaire, les chantiers employaient encore 4.600 salariés (contre 12.000 il y a 10 ans). « J'ai vu des doutes sur les visages et j'ai entendu des critiques. Aujourd'hui, c'est signé ! »

Le 22 décembre dernier, l'armateur Viking Ocean Cruises confirmait une commande de deux navires de croisière haut de gamme. Pas un commentaire à l'Elysée. Nicolas Sarkozy n'y était pour rien. Cette annonce fut surtout l'occasion de mesurer l'ampleur des chimères racontées l'an dernier par notre Monarque.

En juillet dernier, 6 mois à peine après les fanfaronnades de Nicolas Sarkozy, la direction des chantiers STX France à Saint-Nazaire avait annoncé 2.386 jours de chômage partiel sur les quatre derniers mois de l'année « faute de charge de travail suffisante ». Le 15 décembre dernier, le site Mer et Marine expliquait: « La découpe de la première tôle du M33 est intervenue il y a quelques semaines et, pour minimiser le creux de charge attendu l'an prochain, son sistership va voir sa construction débuter dès le premier trimestre 2012, alors qu'une année devait normalement séparer les deux BPC ».

Les syndicats s'inquiétaient également du poids de la sous-traitance étrangère. Mercredi 21 décembre, quelques heures avant l'annonce de cette commande suédoise, les représentants du personnel de STX, rejoints par des sous-traitants locaux, manifestaient leur grogne. L'envoyé spécial de Ouest France témoignait: « Les salariés d'ISS, partenaire de longue date des Chantiers, étaient les plus nombreux. Ils n'ont pas été retenus par STX pour un marché de nettoyage sur le navire Europa 2, le « H » de son nom de construction, réalisé pour l'armateur allemand Hapag Lloyd.»

Et oui, la « mirifique » commande de navires par la Russie, si elle était évidemment bienvenue, n'avait donné que quelques mois de répit aux chantiers de l'Atlantique. Et la nouvelle commande de Viking River Cruises arrive presque trop tard, confiait le directeur général de STX.

Mais cela, Nicolas Sarkozy ne voulait pas en entendre parler.

La gestion de la crise des chantiers navals de Saint-Nazaire illustre à merveille l'action industrielle de Nicolas Sarkozy: une survente agitée, puis aucun suivi.




24 décembre 2011

242ème semaine de Sarkofrance: le mauvais Noël de Sarkozy




Il ne partira pas au Maroc, pour une fois. Il reste finalement à Paris. Il a même enjoint ses ministres à la prudence. Il avait pourtant promis une quinzaine de jours d'abstinence médiatique, « afin de laisser les Français se reposer ». Il n'en fut rien. Tous les jours de cette semaine, il s'est montré. Et il a fait savoir qu'il préparait un gros coup.

Triste Noël
Pour d'autres, cette fin d'année est terrible. Un sondage international classe les Français parmi les plus pessimistes d'Europe. Le chômage est toujours de masse; les prix du gaz ont été relevés de 4% quand le SMIC ne progressera que de 2,4%; la TVA réduite augmentera dans quelques jours. Le camping sauvage des mal-logés a été interdit. Les saisies sur salaires n'épargneront plus qu'un RSA individuel.

Sarkozy s'est indigné contre une grève d'agents de sûreté dans quelques aéroports. Il était fâché. Les Français ont trop souffert, a-t-il dit à quelques proches. On ne peut pas leur imposer ce tracas. Les Français ne prennent pas tous l'avion pour ce Noël, aurait-on dû lui rappeler. Les habituels perroquets/ministres de l'Elysée sont allés fustiger cette atteinte au service public. Pourquoi donc avoir laissé privatiser la sécurisation des accès aux vols ? Sarkozy a envoyé la Police de l'Air et des Frontières assurer le service minimum.

Manipulations
Officiellement, il n'est toujours pas candidat. Il nous a promis un livre. Jean-François Copé a demandé aux militants UMP d'écrire au Monarque pour l'exhorter d'être candidat. La manipulation a été éventée par le Monde.  Il ne manquerait plus qu'un concert « spontané  » de soutien de Carla...

Nicolas Sarkozy s'est montré en Ardèche, un des rares départements qu'il n'avait pas encore visité. Il ne lui en reste plus que trois, et son tour de France sera complet. Là-bas, il a parlé médecine rurale. Pas de table ronde, Sarkozy préférait se montrer tout en proximité, auprès de quelques médecins et infirmiers. Il pouvait faire oublier la réduction des moyens de prévention sanitaire, après le vote définitif, la veille, de la loi de finances pour 2012.
Jeudi, c'était au tour des Restos du Coeur de recevoir le candidat. deux jours avant Noël, l'image était parfaite. L'homme du Fouquet's au chevet des ultra-précaires. On se souvint de son lointain prédécesseur Giscard d'Estaing qui invitait des éboueurs réveillonner à l'Elysée devant des photographes.

Ce jeudi, Sarkozy labourait un terrain difficile. Il avait promis de baisser de 30% la pauvreté pendant son quinquennat. Le nombre de pauvres s'est au contraire accru d'environ 350.000 personnes depuis 2008. Et les très pauvres sont encore plus nombreux. Devant quelques responsables locaux des Restos du Coeur, le Monarque fit diversion avec son argument favori, opposer les pauvres aux précaires et vice-versa. Sur le mal-logement, il fustigea l'occupation des HLM: « il se trouve dans ces logements des gens qui ne devraient pas y être, (...) le turnover dans les logements sociaux ne fonctionne pas. (...). A cela s'ajoute le problème de l'immigration ».

Obsession
En coulisses, Nicolas Sarkozy fait savoir et répéter combien il méprise François Hollande. Avec l'âge, le Monarque a désormais l'attaque sournoise et obsessionnelle. Il appelle le candidat socialiste « le petit ». Et a multiplié les propos désobligeants et peu courageux devant une quinzaine de proches sarkozystes (mardi midi), puis des députés UMP (mardi soir), puis encore des sénateurs UMP (mercredi midi). Il a aussi la menace facile: Hervé Morin a été publiquement prévenu qu'il ferait mieux de renoncer à sa candidature, car « s’il continue, on prendra les mesures nécessaires ».

Mercredi soir, un documentaire sur ARTE mettait la Sarkofrance en rage. Quelques 18 correspondants de médias étrangers étrillaient le bilan du président français. On mesurait, en une heure et trente minutes, combien l'image de notre pays s'est dégradée à l'étranger.

Nicolas Sarkozy est aussi obsédé par Marine Le Pen. Quelques 3000 étudiants étrangers devront quitter le territoire français d'ici la fin de l'année. Ils se sont diplômés en France, ont trouvé un boulot mais la République ne veut plus d'eux. La circulaire Guéant de mai 2011 durcit la titularisation des étudiants étrangers créé quelques malaises jusque dans la majorité et au Medef: « La France doit rester un pays ouvert et attractif ». Vendredi, le Monarque avait convoqué son ministre à l'Elysée. Mais le spectre d'un score trop important de Marine Le Pen angoisse Nicolas Sarkozy. Jeudi soir, Claude Guéant a proposé de nouvelles sanctions « spécifiques » à la délinquance étrangère après les élections. Et voilà le retour de la double peine, supprimée en 2003 par ... Nicolas Sarkozy. 

Inquiétudes
« Tout se passe comme je l'avais prévu ». En coulisses, il crâne devant ses visiteurs du soir ou du midi, pour les rassurer. Se rassurer aussi. Par exemple, quel sera l'effet du Karachigate ?

Brice Hortefeux a été entendu par des enquêteurs dans l'affaire de Karachi. L'homme aimerait être au centre de la campagne de son ami de plus de trente ans. Mais nombre d'affaires le suivent comme un mauvais sparadrap. On sait qu'il a fidèlement représenté Nicolas Sarkozy auprès des autorités libyennes en 2005/2007, quand il s'agissait de vendre, avec Claude Guéant, un gigantesque système d'espionnage informatique à la dictature du colonel Kadhafi.

En septembre dernier, Hortefeux avait informé Thierry Gaubert, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, que son épouse « balançait » beaucoup aux juges. Les familles des victimes de l'attentat de mai 2002 espèrent que deux autres protagonistes de l'affaire, l'ancien ministre de la Défense François Léotard et l'ancien juge Jean-Louis Bruguière (rallié depuis à l'UMP) puissent s'expliquer plus longuement devant la justice. Jeudi, le parquet de Paris décidait de classer sans suite l'enquête préliminaire pour violation du secret professionnel. Le Karachigate promet d'animer la campagne présidentielle.

Diversions
Jeudi, une loi réprimant la négation de tous les génocides, dont celui des Arméniens en 1915, provoque une crise diplomatique entre la France et la Turquie. Le premier ministre de cette dernière accuse la France de génocide en Algérie, rappelle son ambassadeur et menace de boycott économique. Ce vacarme est idéal pour le candidat Sarkozy. Il avait soutenu l'initiative en coulisses, depuis son voyage en Arménie le 6 octobre dernier. Il fallait s'attacher les faveurs électorales des 500.000 Français d'origine arménienne. Alain Juppé, son propre ministre des étrangères, a pris ses distances en jugeant l'initiative « pas opportune ».

Et une belle diversion s'imposait, en fin d'année, pour oublier la perte prochaine du Triple A ou des impostures budgétaires. On peut d'ailleurs enfin analyser ce budget 2012, adopté lundi soir, avant sa probable révision pour cause de récession. Le gouvernement se drape dans un costume de rigueur pour convaincre agences et marchés qu'il est bien plus vertueux que ces méchants Britanniques. La fameuse Révision Générale des Politiques Publiques ne génère que ... 102 millions d'euros d'économies par an. Une misère !

Est-ce l'effet « Intouchables», ce film qui dépasse déjà les 15 millions d'entrées ? Ou l'approche du scrutin présidentiel ? François Fillon vient de signer un pacte pour l'emploi des personnes handicapées avec neuf associations. Il prévoit 3000 emplois subventionnés dans des entreprises adaptées. La France en compte déjà 28.000. Mais le chômage parmi les handicapés dépasse les 20%. Il a cru 50.000 personnes en 4 ans, pour frapper 273.000 handicapés cette année. Trois mille postes ?

Vendredi, Nicolas Sarkozy a fait un saut à Prague, pour l'enterrement de Vaclav Havel. Il s'est offert une micro-interview télévisée à TF1 et France 2. L'INSEE a revu à la baisse son estimation de croissance de juin à septembre dernier: 0,3% au lieu de 0,4%. Les Français sont-ils pessimistes ? Lui ne l'est pas. Sarkozy a crispé son visage, froncé les sourcils et lâché: « Il y a des décisions à prendre, je les prendrai bientôt. »

Enfin un peu de courage ?

Ami sarkozyste, triste Noël !


23 décembre 2011

Sarkozy: "le nain" s'échauffe contre le "petit"

« Combatif » «déterminé», «offensif comme jamais»,  «Extraordinairement mobilisé», « conscient de la difficulté du moment »... Les qualificatifs ne manquent plus pour décrire Nicolas Sarkozy en pleine vraie-fausse campagne de réélection. Sarkozy était Rocky, Nicolas était Balboa. Au début de son mandat, il pratiquait l'insulte ou la raillerie faciles. On se souvient de son incroyable visite au Salon de l'agriculture en 2008 (« pov'con »), ses altercations avec des pêcheurs, ou son inhabituelle conférence de presse de janvier 2008.

Ses communicants lui ayant suggéré de faire plus présidentiel, il s'était calmé depuis. Désormais, la raillerie se fait en coulisses, en « off » comme disent les journalistes, mais toujours devant suffisamment de témoins pour être certains que ses propos seront rapportés, amplifiés, commentés.

Mardi
Il se reprend donc à railler François Hollande. Mardi soir, devant une quinzaine de députés des plus sarkozystes invités à l'Elysée, il a qualifié son opposant socialiste de « petit ». Hollande le Petit. L'expression prête à sourire, émanant de l'un des plus petits présidents que la République ait connu. Devrait-on nous aussi tomber dans la caricature physique ? Faudrait-il donc à nouveau traiter notre Monarque de ... nain ?
«Son problème, c'est qu'il fait la même campagne après la primaire que pendant. Ce n'est pas lui qui a changé, c'est la lumière. Quand on est candidat à la présidentielle, on est dans une lumière où la moindre peluche sur le costume se voit.»
Nicolas Sarkozy est transparent depuis presque 4 ans. Il s'agace des maigres chiffres des adhésions à l'UMP. Depuis 2007, le parti présidentiel a été déserté, malgré des maquillages en tous genres, récemment dévoilés par un ancien fidèle...

Agacé ou inquiet, l'homme du scandale des sondages de l'Elysée dériva : «Celui qui regarde les sondages, il est comme un serpent devant une clarinette ». Rappelez-vous. En 2008, l'Elysée finançait de façon occulte environ un sondage politique tous les deux jours, ensuite publié par certains médias complaisants. En 2009 et après, il a continué, mais plus discrètement. La Cour des Comptes l'avait épinglé. Les sondages ont désormais été éparpillés dans les ministères.

Pour rassurer ses proches du jour, Sarkozy leur a promis d'aller « beaucoup plus loin, plus fort ».

Fantastique !


Il faudrait seulement qu'il ose s'afficher candidat.

Le courage est une qualité importante d'un candidat qui se prétend « capitaine ».

Mardi, bis
Quelques heures avant, mardi midi, un rendez-vous non mentionné dans son agenda officiel, Nicolas avait invité quelques ténors de la majorité à déjeuner à l'Elysée. Il s'est énervé contre « les candidatures solitaires ». Il ne cite personne mais s'énerve beaucoup.
La scène s’est déroulée mardi, dans les salons de l’Elysée. En plein déjeuner de la majorité, Nicolas Sarkozy s’en prend à Dominique de Villepin et Hervé Morin, sans jamais les citer. "Les candidats solitaires : faudrait que ça s’arrête !", lance t-il fermement. Le discours n’est pas nouveau, mais le ton solennel.
Source: LCP
Il s'adressa même à l'un des représentants du Nouveau Centre à l'Assemblée: « Il serait temps qu’il arrête de m’attaquer ». Rooooo... Le Monarque ne supporte pas cette multitude de candidats à droite qui le critiquent. Donc Sarkozy menace de le débrancher, lui aussi. Lisez cette confidence, incroyable de cynisme: «  On ne peut pas avoir été ministre pendant trois ans. S’il continue, on prendra les mesures nécessaires ». De l'Elysée, il sait comment faire.   « Il est physiquement fatigué, mais psychologiquement très en forme » commenta quand même un autre des visiteurs.

Curieuse confidence.

Mercredi
Mercredi soir, un proche de François Hollande confiait que la campagne 2012 serait sale. Elle l'est déjà, mais en coulisses. Sarkozy perd ses nerfs ou joue les fiers-à-bras en coulisses. Ou les deux.

Mercredi 21 décembre, l'agenda officiel ne mentionnait pas non plus ce déjeuner avec des sénateurs UMP à l'Elysée. Nicolas Sarkozy rinçait encore aux frais des contribuables. Il fut encore critique contre François Hollande. Tirer caché, quel courage ! Le Grand Homme se planque, vrai trouillard. Il se cache des critiques mais critique la « lente érosion» de François Hollande, son «patrimoine virtuel», son absence de projet. Parlait-il de lui ? Lui fallait-il convaincre ses proches de sa solidité ? Ses troupes ont la trouille. Il n'a pas non plus de projet puisque celui de l'Ump ne l'engage pas: «Le pire danger dans une campagne, c'est de ne pas avoir de projet». Sans rire ?

Le projet de Nicolas Sarkozy est 5 ans d'agitation immobile.

«Il est conscient de la difficulté du moment, mais il sait où il va et comment» confia un participant. Nicolas Sarkozy a promis «quatre ou cinq propositions fortes» sur l'emploi d'ici le sommet pour l'emploi qu'il a promis pour le 18 janvier. « Emploi : Sarkozy promet des mesures fortes » a renchéri Sophie Huet, journaliste au Figaro. Et de nous annoncer des mesures sur « le temps de travail et le travail «moins cher», l'indemnisation du chômage, la modernisation de la formation professionnelle, la compétitivité des entreprises, les charges patronales et la protection sociale ». Fichtre ! On est impatient ! Après bientôt 5 ans d'immobilisme, voici que le Monarque se réveille telle la princesse d'un mauvais remake d'un conte à la Disney.

L'électoralisme sarkozyen est à son comble. Jeudi après-midi, Nicolas Sarkozy allait caresser quelques pauvres diables bénéficiaires des Restos du Coeur. « En 5 ans, l’ancien maire de Neuilly, ville la plus riche de France, a considérablement réduit son train de vie. Alors que le 6 mai 2007 Nicolas Sarkozy dînait au Fouquet’s, il fréquente désormais les Restos du cœur. » commenta Najat Belkacem, porte-parole de Hollande. Comparaison cruelle. Son ministre des Transports a déboulé dans un aéroport avec quelques gendarmes et CRS. Il fallait montrer que Nicolas Sarkozy était partout.

Jeudi
Et à l'Assemblée, un hémicycle parsemé votait une loi élargissant la sanction des négations de génocides en général. Il faudra ensuite patienter jusqu'au vote du Sénat.  Depuis quelques jours, le gouvernement turc s'échauffe sur le sujet. Dès le vote par les députés, il a quasiment rompu ses relations diplomatiques avec la France, et rappelé son ambassadeur. Ce n'était pourtant pas la reconnaissance du génocide arménien, perpétré entre 1915 et 1917, mais la légalisation de sanctions. Comment ne pas penser à une instrumentalisation politique ? A Ankara, un journal turc titrait: « Sarkozyan joue avec le feu »

Après son tour du Caucase début octobre, Nicolas Sarkozy a donc attendu quelques mois avant l'élection pour satisfaire une promesse de ... 2007. S'il l'avait satisfait voici 4 ans, la polémique aurait été aussi forte, mais gérée à froid. En choisissant d'attendre la dernière ligne droite de son (premier) mandat, Nicolas Sarkozy a évidemment sciemment voulu jouer sur le sujet et provoquer une tension internationale forte pour s'attacher les faveurs de la communauté arménienne de France, quelques 500.000 personnes. Quel coup de maître ! Et quel cynisme...

Jeudi matin, l'Elysée était furax. La veille, ARTE avait diffusé un documentaire sur le Monarque vu par des journalistes étrangers, de prestigieux médias: les conservateurs Der Spiegel ou The Economist, les irréprochables New York Times ou The Independent, les vénérables BBC ou ZDF. Deux fidèles, Lionnel Luca et Nadine Morano se lachèrent contre cette propagande qualifiée de « soviétique » par l'un deux. Normal... Sarkozy était décrit comme ignoble, dégueulasse, populiste, instable, ridicule, presque obscène. « Sarkozy c'est un gros rien avec une énorme affiche ».

A l'étranger, notre Monarque a donc une piètre image. Y compris et surtout chez Angela Merkel.

Ami sarkozyste, où es-tu ?



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