6 décembre 2011

Le jour où Angela Merkel est venue annoncer son accord à Paris

Ce lundi 5 décembre, Angela Merkel est venue déjeuner à Paris chez Nicolas Sarkozy. On nous avait promis un « déjeuner de travail » avant le Conseil européen de fin de semaine, une énième réunion de la « dernière dernière » chance. D'aucuns ont suggéré que ce rendez-vous, décidé en milieu de semaine dernière, avait été placé là pour gêner le déplacement du candidat François Hollande à Berlin.

Comme l'a justement rappelé le candidat socialiste, il a « plus de facilité à trouver des compromis avec [ ses ] amis du SPD que Nicolas Sarkozy a pu en trouver jusque-là avec Mme Merkel ». Effectivement, ce lundi, Angela Merkel n'avait pas l'intention de se laisser sur les pieds.

De l'arrogance Sarko-française...
Et pour cause ! Les relations franco-allemandes depuis 2007 ressemblent à une chronique d'un véritable gâchis. Candidat, il avait lancé, en mars puis en avril 2007, avec une violence gratuite et germanophobe assez remarquable: « la France n’a jamais cédé à la tentation totalitaire. Elle n’a jamais exterminé un peuple. Elle n’a pas inventé la solution finale, elle n’a pas commis de crime contre l’humanité, ni de génocide ». Elu président, il a d'abord joué le mépris et la distance. En juin 2007, il avait prévenu ses partenaires européens que la France ne respecterait le plafond des 3% du PIB de déficit budgétaire qu'un an plus tard (2013 au lieu de 2012) que ne l'avait promis le gouvernement français quelques mois auparavant... Le Monarque voulait faire rapidement passer son coûteux paquet fiscal, ce qui fut fait dès le mois d'août 2007. Ensuite, Sarkozy misa sur une Union européenne qu'il tenta d'imposer à l'Europe nordiste dont l'Allemagne; présidant pour 6 mois l'union européenne, il joua surtout sa carte personnelle aux détriments de la concertation, et pour le plus grande agacement de Mme Merkel.

Puis, au printemps 2009, le retournement fut complet. Sarkozy se précipita dans les bras de la chancelière allemande. Il n'avait plus le choix. La crise avait cassé ses espoirs de croissance et rupture. Il avait lui-même dégradé le déficit structurel du pays, et son plan de relance n'avait pas permis de sortir le pays de la crise aussi brillamment que le voisin allemand. Depuis, notre Monarque ne jure plus que sur la convergence franco-allemande.

... à l'obéissance
Lundi 5 décembre, Angela et Nicolas déjeunèrent donc ensemble, puis assurèrent une courte conférence de presse. « Les choses ne peuvent plus continuer comme elles ont prospéré jusqu'à aujourd'hui » a prévenu Nicolas Sarkozy. « Prospéré » ?

L'accord reprenait, sans surprise, les principaux points de la position... allemande.

En fait, Angela Merkel était venue annoncer à Paris son accord.

1. Aucun plan d'action immédiat
 Jeudi dernier, à Toulon, Nicolas Sarkozy s'était ému que l'Europe, face à la crise, n'aille pas « pas assez vite, pas assez loin, pas assez fort ». « Il y a urgence » avait-il dit à refonder l'Europe. Prêteurs, observateurs, institutions internationales attendaient aussi une initiative franco-allemande forte pour relancer la machine, un panaché de relance à court terme, de prêts européens et de rigueur à long terme. Partout, et même aux Etats-Unis, on s'inquiète de la récession qui s'annonce en Europe. Mais ce lundi, les deux dirigeants n'annoncèrent ... qu'un accord franco-allemand pour un nouveau traité pour renforcer la discipline budgétaire  des Etats.

2. Un nouveau traité... dans 6 mois ?
Faute de mieux, les deux dirigeants sont donc tombés d'accord sur la mise en place d'un « nouveau traité » de l'Union européenne, soit à 27 Etats-membres, soit à 17 (les membres de la zone euro) auxquels pourraient se joindre d'autres Etats volontaires: « notre préférence va vers un traité à 27, pour que personne ne se sente exclu de la démarche franco-allemande mais nous sommes tout à fait prêts à passer par un traité à 17 ouvert à tous les Etats qui voudraient nous rejoindre » a expliqué Sarkozy.

La proposition n'est évidemment pas à la hauteur de l'urgence: il faudra 6 à 12 mois de négociations puis ratifications avant que cette proposition franco-allemande ne se traduise dans les textes. Rappelez-vous: le plan de sauvetage d'urgence de la Grèce adopté le 21 juillet dernier a mis 3 mois avant d'être ratifié par les 27 !

3. Des sanctions automatiques
Les deux chefs d'Etat souhaitent l'imposition d'une règle d'or aux Etats-membres, qui les contraignent d'avoir des budgets annuels qui tendent vers l'équilibre. Pour les pays qui ne respecteront pas la discipline budgétaire, les sanctions seront « automatiques », et il faudra une majorité qualifiée par les ministres des finances de la zone euro pour y échapper. Nicolas Sarkozy a accepté le recours aux tribunaux, en l'occurrence la Cour Européenne de Justice, pour déterminer le non-respect éventuel de la règle d'or. La CEJ jugera de la conformité des règles d'or nationales avec les règles européennes. En revanche, maigre consolation, Sarkozy a obtenu que la CEJ ne puisse carrément annuler un budget national. Ce seront aux cours constitutionnelles nationales de juger du respect ou non des budgets nationaux avec la règle d'or... Quel succès !

4. Pas de contribution du secteur privé
C'est la maigre concession d'Angela Merkel à Nicolas Sarkozy. Ce dernier, sans doute soucieux de protéger les comptes des banques françaises, ne voulait pas imposer une participation automatique du secteur privé dans le futur Mécanisme Européen de Stabilité. Cette concession allemande était quasi-inévitable: imposer aux banques françaises d'abandonner leurs créances sur les pays défaillants aurait nécessité un plan de sauvetage franco-français impossible en cette période de menace sur le Triple A.

5. Pas d'eurobonds
Depuis le printemps 2010, Nicolas Sarkozy s'est aligné sur la position allemande: « les eurobonds ne sont en aucun cas une solution » a déclaré le Monarque.

6. Une BCE indépendante
Les deux dirigeants évacuèrent le cas de la Banque Centrale Européenne. C'était pourtant l'un des désaccords sérieux entre Sarkozy et Merkel. La BCE restera donc indépendante. Sarkozy s'est couché, faute de levier.

Au passage, le président français tacla les socialistes de germanophobie. Quand on se rappelle ses propres propos électoraux de mars 2007, on pouvait avoir honte:
«Jusqu'à présent, l'amitié franco-allemande faisait l'objet d'un consensus au sein de la classe politique française. Les paroles qui ont été entendues déconsidèrent ceux qui les ont prononcées à l'endroit de nos amis allemands (...). Je souhaite que, quel que soit le calendrier électoral, chacun sache se hisser à la hauteur des responsabilités et ne joue avec l'histoire de nos deux pays, qui a été trop dramatique pour qu'on se permette de se laisser aller à ce point.»

Lundi soir, le Financial Times révélait que l'agence Standard's and Poor avait prévenu le matin même les gouvernements allemand, français, autrichien, luxembourgeois, finlandais et hollandais qu'elle les plaçait en surveillance ,égative en vue d'une prochaine dégradation de note de crédit.

Les gesticulations de Merkozy ce lundi n'avaient servi à rien.



15 commentaires:

  1. et comme d'hab , le futur nouveau traité sera négocié dans les arrière-cours sans avis du peuple et ratifié en France par un parlement croupion sortant

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  2. Zou emballé c'est pesé. Si ce traité est adopté avant les élections présidentielle et législatives, ainsi que le prédit Bobcestmoi, c'est un boulevard grand ouvert à Marine Le Pen.
    Espérons donc que les choses aillent plus lentement. la lenteur est une des caractéristiques les plus importantes du fonctionnement de l'UE, avec la versatilité de ses dirigeants et celle toute particulière du notre.
    Baroin dit encore non à un troisième plan d'austérité malgré un nouvel et sévère avertissement de S & P, tiendra t-il jusqu'à Noël ?

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  3. je ne joue pas au prophète
    hier aux "infos" ils ont parlé de régler la chose pour le mois de mars
    d'où ma réaction

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  4. Maintenant que l'Allemagne à pris les commandes de la France, celle qui a le plus de soucis à se faire c'est Anne Hidalgo !
    Vu l'état des trottoirs à Paris, elle va pas continuer à tortiller du cul dans les cocktails encore longtemps. Arbeit la grosse !

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  5. laisser sur les pieds ? sous entendu laisser marcher sur les pieds

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  6. L'euro n'est pas loin de tomber... Faites vos "courses de Noël"; car avec le retour du franc, les économies vont fondre sérieusement.
    Sarkozy aura été un incapable jusqu'au bout.

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  7. Quand Baroin utilise l'expression "fenêtre de tir" pour le futur traité, on se dit que ça va barder !

    A Pékin ils doivent être dans leur petits souliers, je sais pas si on pourra le retenir, Baroin.

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  8. Est ce que quelqu'un pourrait faire livrer quelques sacs de sable pour calfeutrer les fenêtres du ministère, le petit Baroin est en pleine guerre là.

    Donnez lui une onde radio sécurisée, on bosse nous, merde !

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  9. Allons citoyens réveillez-vous, il va falloir en mettre un coup, on va tous les virer.
    Vous êtes surpris! eh bien pas moi, pendant encore cinq mois, nous allons encore aller de surprise en surprise, de déception en déception et peut-être pire?
    Le nain a décidé de nous emmerder jusqu'au trognon et il le fera, son but c'est de foutre la pagaille, il l'avait dit au début de son mandat.

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  10. Je pensais que Sarkozy était nul lors de son élection.
    Au moins sur ce point il aura été au delà de mes prédictions en ayant été pitoyable du début à la fin, et surtout vers la fin....
    Nul à chier....aller, casse toi pov'.....

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  11. Selon le candidat du PS à la présidentielle, il faudrait «faire intervenir davantage la Banque centrale européenne». François Hollande n'est pas encore informé que la BCE est indépendante et que personne ne peut lui forcer la main ? Il compte aussi sans doute avec ses nouveaux amis du SPD faire plier la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe et le Bundestag pour des "Eurobonds" ?
    Que la droite nous prenne pour des billes après être arrivée au pouvoir en promettant le pouvoir d'achat et tout ça pour, au final, le résultat que l'on connait n'est pas surprenant mais si Hollande s'y met avant d'être élu... c'est d'un lassant.

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  12. "Ensuite, Sarkozy misa sur une Union européenne qu'il tenta d'imposer à l'Europe nordiste… "

    Sarkozy misa sur une Union Méditerranéenne…

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  13. Bon travail journalier monsieur Juan! vous êtes quelqu'un d'honnète, un pur.
    Tout simplement MERCI! pour votre travail

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  14. Le piège de la règle d’or est décidément redoutable. En août dernier, nous écrivions que la gauche eût bien mieux fait d’en accepter le principe et d’en discuter pied à pied les modalités, comme l’ont fait beaucoup de socialistes en Europe, plutôt que de lui opposer un refus abrupt qui prête le flanc à la propagande UMP.

    Bien sûr, Nicolas Sarkozy et ses partisans s’en servent comme d’un leurre pour faire oublier la responsabilité du président dans l’extraordinaire gonflement de la dette française. Au pouvoir depuis dix ans, la droite française a pratiquement fait doubler l’endettement du pays, alors que le gouvernement de Lionel Jospin (chacun peut vérifier les chiffres) l’avait légèrement réduit. Et pendant cette décennie de la dette, Nicolas Sarkozy fut successivement ministre de l’Intérieur, ministre du Budget (!) et Président.

    Certes, la crise explique en partie l’accroissement des déficits. Mais le laxisme chiraquien, puis la volonté sarkozyenne de réduire l’imposition des classes riches, ont joué un rôle au moins équivalent. En brandissant la règle d’or, le Président veut évidemment détourner l’attention de ce bilan calamiteux.

    Humaniser le capitalisme

    Aussi bien, si elle est comprise comme une interdiction totale et constitutionnalisée des déficits, elle doit être rejetée. Proposée à l’origine (entre autres) par les monétaristes proches de Milton Friedman, elle a pour fonction de limiter au maximum l’intervention de l’Etat dans l’économie et dessine donc en filigrane une société dominé par le libéralisme économique. Il est des périodes où il faut d’urgence réduire les déficits (c’est le cas aujourd’hui). Mais il en est d’autres où la relance par la dépense publique est indispensable, notamment quand un pays est soumis à un risque de récession grave. Quant au rôle de l’Etat, il doit être préservé si l’on veut humaniser le capitalisme et non systématiquement réduit. Adopter cette règle d’or-là, c’est inscrire dans la constitution qu’on accepte d’avance, et pour toujours, la logique des marchés.

    L’ennui, c’est que les règles d’or actuellement en vigueur, notamment en Allemagne, n’ont pas la même rigidité. Les sociaux-démocrates allemands ont voté une loi constitutionnelle qui prévoit un long délai d’adaptation (jusqu’en 2020) et qui ménage des exceptions en cas de récession. Sous cette forme, elle devient acceptable. D’ailleurs le candidat Hollande fustige la gestion de la dette par Nicolas Sarkozy et annonce lui aussi un calendrier contraignant de réduction des déficits. Ainsi s’est-il imposé à lui-même sa propre règle d’or.

    Le risque de la récession

    Comme il est trop tard pour se dédire, il n’est qu’une seule manière de sortir du piège : présenter une stratégie de sortie de crise alternative à celle de Nicolas Sarkozy. En multipliant brutalement les plans de rigueur, la méthode choisie par les droites européennes comporte l’immense risque de plonger le continent dans une récession. La gauche française doit prendre l’initiative, déjà esquissée dans les discussions avec le SPD allemand, de proposer un plan concerté de réduction progressive du déficit, de modernisation économique et d’équité sociale, qui ménage les chances de la croissance en accompagnant les efforts demandés aux populations par des mesures de justice fiscale et en redéployant les crédits en faveur de l’investissement, c’est-à-dire de l’avenir.

    On remarquera à ce propos que le risque de récession est l’un des paramètres essentiels aux yeux des agences de notation qui menacent de dégrader la note de l’Europe. Ainsi ce plan alternatif, tout en atténuant les souffrances de la population, peut fort bien rassurer plus les créanciers qu’une politique de simple austérité, qui en appellera nécessairement une autre encore plus sévère. Alors seulement, la gauche peut sortir du piège de la règle d’or.

    Laurent Joffrin - Le Nouvel Observateur

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  15. Depuis 1973, le pays vit de crise en crise (crise du pétrole, puis crise de...), il y a toujours une crise quelque part pour que la classe dominante se maintienne au pouvoir. Je n'appelle donc plus ce qui se passe actuellement "une crise" mais juste un élément d'ajustement pour permettre aux oligarchies de faire tomber les démocraties en évitant les soulèvement des peuples. Quand tous les acquis sociaux seront abolis, il y aura un miracle, la zone euro aura surmonté la "crise" avec des mesures "courageuses" selon l' U M P et l' ancien régime sera revivifié, plus d'inquiétude pour les marchés de la finance, ils auront la garantie de la privatisation de tout ce qui peut se vendre et s'acheter même la mort.

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