31 décembre 2011

Nicolas Sarkozy ne voulait pas que ses voeux soient les derniers

Quelques heures avant, un conseiller élyséen avait fini par lâcher quelques informations sur l'ampleur du coup que Nicolas Sarkozy voulait faire sur l'emploi, le 18 janvier prochain. On en salivait presque, tout y était ou presque. Tout ce que Nicolas Sarkozy n'a ni osé ni voulu faire depuis qu'il a été élu voici 4 ans et 7 mois: « une modulation de l’impôt sur les sociétés en fonction de la taille de l’entreprise ; la suppression des 35 heures et une flexibilisation très forte, à la hausse comme à la baisse, du temps de travail dans les entreprises qui s’engageraient à maintenir en contrepartie l’emploi ; un financement de la protection sociale via la CSG et la TVA pour faire contribuer plus fortement les importations et les revenus du capital à la protection sociale ; la suppression ou le relèvement de nombreux seuils.»

Samedi 31 décembre, 20 heures, le Monarque apparut à l'écran. Au fil du temps, il avait abandonné tout désir de paraître moderne. La crise l'avait rapetissé dans le costume finalement trop grand de ses prédécesseurs. Il était habillé en noir. On lui avait plaqué un décor vert des jardins de l'Elysée dans le dos. Il garda les sourcils froncés. Ses cheveux avaient visiblement été teints dans la matinée.

On retrouva, ce samedi, un condensé sans surprise des arguments du moment.

Réécrire l'histoire
Nous serions passé à côté du pire, cette crise « qui en trois ans a conduit à plusieurs reprises l'économie mondiale au bord de l'effondrement ». Une crise qui, évidemment, n'est pas de sa faute mais des trente dernières années (au moins !):  « Cette crise qui sanctionne 30 années de désordres planétaires dans l'économie, le commerce, la finance, la monnaie, cette crise inouïe, sans doute la plus grave depuis la Deuxième Guerre mondiale, cette crise n'est pas terminée ». Nicolas Sarkozy est le perdreau de l'année...

Avec lui, tout reste possible (« nous devons, nous pouvons garder confiance dans l'avenir ») car il est sur le pont, toujours et encore : « Mon devoir est de faire face et de vous protéger. Vous pouvez être sûrs que j'assumerai jusqu'au bout et en totalité, les lourdes responsabilités que vous m'avez confiées et que je n'aurai de cesse d'agir au nom de l'intérêt général.» D'ailleurs, si la France a si bien résisté, c'est sans doute grâce « au courage et au sang-froid » des Français, « à la solidité de nos institutions », « à notre protection sociale qui garantit la solidarité dans l'épreuve » (tiens, ce n'est plus de l'assistanat ? Où est passé Laurent Wauquiez ?), mais c'est surtout grâce à lui, « grâce aux réformes que nous avons accomplies ces dernières années ». Mais quelles sont donc ces réformes qui nous ont permis de résister à la crise ? Ami sarkozyste, aide-nous...

Il n'y a pas d'alternative sinon la catastrophe. Evidemment... « Ce qui se passe dans le monde, annonce que l'année 2012 sera celle de tous les risques mais aussi de toutes les possibilités. De toutes les espérances, si nous savons relever les défis. De tous les dangers, si nous restons immobiles. Différer les choix parce qu'ils sont difficiles est la pire des options. Quand on décide trop tard, le prix à payer est plus cher. Les souffrances plus grandes.» Car, si en 2012, vous ne le choisissez pas pour un second mandat... « le destin de la France peut une fois encore basculer ».

Réécrire le présent
Au passage, le Triple A, c'est pas si important que ça... « Je le dis pour que chacun l'entende, ce ne sont ni les marchés, ni les agences qui feront la politique de la France ». Et il enchaîne avec l'incroyable: nos comptes sont déjà redressés. On se frotte les yeux. Il a dit ça ? Oui, oui. Il l'a dit.

L'homme qui valait 400 milliards d'euros de dette supplémentaire a bien dit: « Le problème posé n'est pas celui d'un nouveau train de réduction des dépenses pour l'année qui vient. Ce qui devait être fait a été fait par le Gouvernement. »

Rassurez-vous, le candidat Sarkozy a un projet. Il a même trois priorités pour son prochain quinquennat: la solidarité (ne pas laisser de « côté ceux qui souffrent déjà des conséquences douloureuses d'une crise dont ils ne sont pas responsables ») et l'emploi (« Nous devons changer notre regard sur le chômage »), le  financement de notre protection sociale « qui ne peut plus reposer principalement sur le travail, si facilement délocalisable » (bienvenue à la TVA sociale!) et - ne riez pas - « dérèglements de la finance ». Rooooooo... Nicolas Sarkozy nous sert cette soupe depuis l'automne 2008... Il en avait même fait l'objet de « sa » présidence du G20 l'an dernier...

Pour finir, le Monarque a encore « confiance dans les forces de la France. »

Qui a encore confiance en lui ?

11 commentaires:

  1. c'est pas possible Juan!
    déjà le commentaire de la prestatio du nain?
    mais tu te reposes quand?
    allez vas boire ta flûte de champagne et trinquer en famille et laisse tomber la politique un petit moment!
    bonne année

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  2. Merci pour l'analyse du monologue de Sarközy. Comment tenir plus de 5 secondes à l'écouter ? Ou peut-être couper le son et analyser la gestuelle.

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  3. Merci de m'épargner le visionnage des voeux de ce machin. Merci pour cet article, merci pour tous les autres, et sois heureux :)

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  4. Bonjour Juan et tous mes voeux vous accompagnent, vous et les votres.
    Hier soir, j'ai fait le même gros effort que vous et j'ai suivi les voeux présidentiels sans un mot, sans un bruit pour ne rien perdre des déclarations du mini-monarque.
    J'ai cru rêver. Il vient d'arriver, il a du, comme nous, subir...
    C'était la seule fois de l'année où je l'ai écouté intégralement. J'espère qu'il va disparaître du paf, du moins je participe à ce qu'il en soit ainsi.

    Merci Juan pour votre constance et bons voeux à tous.

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  5. "Ses cheveux avaient visiblement été teints dans la matinée." ... et ses talonnettes lustrées !!!

    Tiens un billet triple XL fort intéressant au sujet de la guerre, oui la guerre, que livre la finance aux Etats dans le cadre d'une reconfiguration cataclysmique de l'ordre civilisationnel !! C'est signé Michael Hudson, économiste professeur à l’université de Kansas City. C'est en trois volets. Traduction assurée par le non moins remarquable Philippe Brabel de Contre Info .

    Il en ressort que la mobilisation n'est pas tant contre l'insupportable personnage qui s'est subrepticement glissé dans l'habit présidentiel, mais plus largement contre les capitulards de tous bords qui font le jeu de l'univers étroit et surpuissant de la finance.

    Surpuissance qu'il détient du fait de la prostration du plus grand nombre d'entre nous, qui semble peu désireux d'ouvrir les yeux sur ce qui se joue et préfère déverser sa colère sur des boucs-émissaires de troisième zone dans le genre de ceux qu'affectionnent le FN et son avatar UMPiste : les étrangers, les délinquants et les assistés !

    La menace est ailleurs, bien plus insidieuse et bien plus effroyable ! Nous avons quatre mois pour renverser non seulement le clan au pouvoir, mais aussi tout ceux qui nous entrainent dans la supercherie du discours lénifiant sur la recevabilité des exigences avouées de la finance (sans parler de ses desseins inavoués, clandestins, de confiscation du pouvoir au prix de l'éradication de la démocratie !)

    Qu'on me dise si je me trompe, mais actuellement sur la scène politique les seules propositions RECEVABLES et cohérentes réellement à la mesure de l'enjeu proviennent du Front de gauche. Ce qui n'est pas une surprise et est on ne peut plus logique.

    Ne nous laissons pas endormir sous la chappe de plomb du politiquement correct qui domine et conditionne l'opinion. Pensons au plus près de nos propres convictions philosophico-politiques. La résistance est un chemin escarpé dont on ignore le nombre de virages ... avant que n'apparaisse le terminus !

    1/ L’heure du reniement des social-démocraties européennes ==> http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3140

    2/ Reniements européens : une banque centrale incapable d’agir comme telle ==> http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3143

    3/ Reniements européens : la prise de pouvoir de la finance ==> http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3145

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  6. Tout à fait d'accord avec Pascal, il faut lire le livre de Jacques GÉNÉREUX. Nous ont peu, 10€. Trouvé sur le site Amazon, pour enfin comprendre le pourquoi de cette crise depuis sa mise en place dans les années 1973, par une dérégularisation de la finance avec l'accord des politiques en place.
    L'analyse est très compréhensible à la lecture avec les pistes à mettre en place pour en sortir.

    On nous dit que le partage risque de faire partir nos chers entreprises qui donnent du travail, en oubliant bien de préciser que ces chers entreprises fiscalement parlant préfèrent les Paradis fiscaux aux détriment des travailleurs qui les enrichissent. La redistribution n'existe déjà plus, alors, qu'avons nous à perdre???????
    Ils sont les seuls au Frond de Gauche à donner l'espoir d'en finir avec cet oligarchie de cette minorité de profiteurs au détriment de tous.
    Malheureusement, je pense fortement que les esprits en France trop gavés d'individualité depuis plus de 30 ans, ne réagiront pas à cette possibilité qui leur est offerte, craignant de perdre leurs acquis si précieux à leurs yeux, ne s’apercevant pas encore qu'on est déjà en train de les en déposséder. Le réveil risque d'être très douloureux pour certains qui se croient à l'abri. La fiscalité de 2012 va en faire réagir quelques uns, non par une augmentation d'impôt mais par un retrait d'acquis. Depuis 2007 on avance masqué, en choisissant le détournement d'attention par des effets d'annonce ou la stigmatisation.< Roms, chômeurs, vieux,RMI, malades, etc..etc..> Certains Français adore ça!!

    Merci à Juan de nous éclairer depuis 2007 sur les mensonges de cet oligarchie, personnellement j'en suis arrivé à ne plus pouvoir regarder ce personnage si imbu de sa personne, nous prenant pour des demeurés attardés et sans mémoire.

    Tous mes voeux à vous et votre famille,espérant que 2012 vous permettra de passer à autre chose.

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  7. La défaite de Sarkozy, en 2012, permettra de voir alors tout ce qui ne dépendait pas de lui, et auquel son successeur ne pourra changer grand-chose: la liste sera impressionnante...

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  8. "Nicolas Sarkozy ne voulait pas que ses voeux soient les derniers"
    Ben pourtant il aura vraiment tout fait pour que ce soit le cas...

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  9. @ Anonyme de 17.36?
    Certainement, mais nous pourrons aussi compléter les innombrables mauvaises décisions qui ont été les siennes et qui dépendaient de sa propre responsabilité.
    Il n'est en rien exonéré. Il a été élu sur sa propre décision de se présenter et en toute connaissance de cause.
    Dans les décisions, il en est qui viennent de la récente Constitution européenne pour l'application de laquelle il a milité jusqu'à l'imposer.

    Il en est donc pleinemenbt responsable.

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  10. Je réponds à la toute dernière question : Personne n'a plus confiance en lui. Du moins, personne de sensé. Même les jeunes (j'ai un fils de 19 ans) n'ont pratiquement pas fêté la nouvelle année ce 31 décembre. A part quelques uns qui n'en ont rien à foutre. L'immense majorité des jeunes est inquiète. Inquiète pour son avenir fait de petits boulots à répétition (dans la classe de maths sup' de mon fils, aucun des élève ne croit sérieusement qu'il trouvera facilement un boulot à l'issue de l'école d'ingénieur mais tous savent pertinemment que la bande de sarko est en train de les fumer en beauté). Il est terminé le temps où l'on pouvait faire n'importe quoi et dire ensuite qu'on avait fait le contraire. Le web est passé par là, les smartphones et les réseaux sociaux aussi. Les jours de sarko et de sa bande de truands sont comptés.

    Au fait Juan... Bonne année quand même. J'ai mis le champ' au frais.

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  11. Bonne année Juan, et merci pour ce blog toujours aussi rigoureux.

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