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4 décembre 2011

Sarkozy: ses surprises pour l'Education nationale en 2012

Depuis 2007, Nicolas Sarkozy et ses proches ont utilisé deux d'arguments pour légitimer la réduction du nombre d'enseignants au sein du service national d'éducation: la baisse supposée du nombre d'élèves depuis 2005, et les nécessaires économies budgétaires. A l'approche du prochain scrutin électoral, l'examen du dernier budget de l'Education nationale concocté par le gouvernement Sarkozy a permis de dresser le bilan d'une mandature gâchée.

La politique éducative de Nicolas Sarkozy peut se résumer en quelques phrases: moins d'enseignants, moins d'enseignements, davantage de décrochages, donc moins d'élèves, donc moins d'enseignants.

Un cercle vicieux assez inédit en France.

Premier degré: plus d'élèves, moins d'instituteurs. 
Le nombre d'élèves augmente dans l'enseignement élémentaire. « En 2010-2011, l’augmentation dans le premier degré public est de 19 274 élèves par rapport à 2009-2010 et de 24 807 élèves en deux ans». Le gouvernement ne le crie pas sur les toits, mais le nombre d'enseignants a finalement un peu progressé dans cette catégorie, sur la même période: 7 243 personnes en 2010-2011 (soit 5 147 ETPT sur l’année 2010), à cause d'un « désajustement entre les flux d’entrées et de sorties du fait principalement de départs en retraite inférieurs aux prévisions. »

Cette hausse du nombre d'élèves en primaire est une constante depuis 2006. Pour afficher des statistiques globales du nombre d'élèves en baisse, le gouvernement y ajoute les maternelles, où le nombre d'élèves est en baisse quasi-continue depuis 2006. Joli maquillage statistique, puisque la scolarisation en classe maternelle publique est loin d'être aussi répandue que la scolarisation en classes primaires publiques. Pour ces dernières, le nombre d'élèves est en forte hausse depuis 5 ans :

2006: 3 486,80 millions
2007: 3 511,60 millions, soit +25.000
2008: 3 526,80 millions, soit +15.000
2009: 3 532,90 millions, soit +6.000
2010: 3 544,80 millions, soit +12.000

Pour 2011, le gouvernement prévoit une baisse de 6.000 élèves, mais un rebond de +16.000 en 2012. A l'inverse, il supprime 7.645 postes d'enseignants l'an prochain.

Malgré cette hausse du nombre d'élèves en primaire, le nombre d'écoles baisse d'environ 500 par an: -523 en 2009, puis à nouveau 453 en 2010.

La proportion d'enseignants affectés au remplacement dans le primaire baisse: de 8,39% pour la saison 2007-2008, ce taux est monté à 8,44% en 2008/2009, pour descendre ensuite à 8,32% en 2009/2010 puis 8,05% en 2010/2011. Pour 2011/2012, le gouvernement s'est fixé comme objectif de remonter à 8,4%. Avec moins d'enseignants.

Pour 2012, le nombre d'enseignants du premier degré est prévu à 318.626, dont 162.327 en primaire, 84.296 en maternelle, et 26.134 pour des remplacements.

Collèges: l'arnaque continue.
Le nombre de collégiens dans les établissements publics souffre de la même présentation statistique biaisée: s'il a bien chuté de 1995 à 2006, il progresse régulièrement depuis 2007.
2006: 2 443,7 milliers
2007: 2 421,8 milliers, soit -22.000 élèves
2008: 2 425,3 milliers, soit + 4.000 élèves
2009: 2 440,4 milliers, soit + 15.000 élèves
2010: 2 453,2 milliers, soit +13.000 élèves
2011: 2 484,2 milliers, soit +31.000 élèves
Et pour 2012... le gouvernement s'attend à dépasser le cap symbolique des 2,5 millions d'élèves... 

Le nombre de professeurs en collège est prévu à 168.228 l'an prochain, en progression de ... 779 postes en deux ans.

Lycées: le décrochage ?
Cherchez l'erreur: le nombre d'élèves dans l'enseignement public primaire et dans le 1er cycle du secondaire augmente, mais il baisse (légèrement) au lycée. Une baisse qui, combinée à celle observée en classes de maternelles, permet au gouvernement de supprimer entre 7000 (l'an prochain) et 16.000 postes par an depuis 2007.

L'explication semble couler de source: les élèves décrochent ou filent dans le privé. Rappelons qu'une tranche d'âge correspond à environ 600.000 enfants. 

Dans les voies générales et technologiques, le nombre d'élèves semble fondre depuis 5 ans:
2006: 1.182,6 milliers
2007: 1.160,2 milliers, soit -22.000 élèves
2008: 1.137,1 milliers, soit -23.000 élèves
2009: 1.121,8 milliers, soit -16.000 élèves
2010: 1.115,8 milliers, soit -6.000 élèves
Pour 2011, la rentrée affichait un nombre stable d'élèves, mais pour 2012, le gouvernement table pour une augmentation de 4.000.

Le constat est similaire pour les lycéens professionnels, dont le nombre a baissé de 9.000 entre 2006 et 2011, pour atteindre 553.000. L'an prochain, le gouvernement prévoit même une hécatombe, -33.000 élèves en une seule année !

Le bobard de Sarko
Résumons-nous: en cinq ans, le nombre d'élèves dans l'enseignement public a progressé de 43.000 en primaire, puis de 85.000 au collège, avant de chuter de 44.000 dans les lycées. Dans le même temps, le gouvernement explique qu'il faut réduire le nombre d'enseignants car le nombre d'élèves aurait baissé.

Si l'on observe l'évolution de la natalité, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre pourquoi le nombre d'élèves augmente. Depuis 2005, le nombre de naissances dépasse allègrement les 800.000 par an (828.000 l'an dernier). Hors nos classes de primaires, collèges et lycées sont calibrées pour 600.000 élèves parâge environ...

Cherchez l'erreur.

Pour masquer la misère de son argumentation, Nicolas Sarkozy a trouvé quelques parades, comme ses internats d'excellence. En septembre 2010, le Monarque s'était lui-même déplacé pour inaugurer l'un d'entre eux. Dans la note de présentation budgétaire, on comprend que l'affaire est bien modeste: « L’offre de places, internats d’excellence et places labellisées confondues, a ainsi fortement progressé : 1 800 à la rentrée 2008, 2 900 à la rentrée 2009, 6 300 à la rentrée 2010. Elle est portée à 10 200 places à la rentrée 2011, dont 75 % de places labellisées, et devrait être d’environ 16 200 places à la rentrée 2012, dont 66 % de places labellisées. L’objectif de 20 000 places devrait être dépassé à la rentrée 2013. ».

Quel effort ! Rappelons que le pays compte près de 2,5 millions de collégiens. Les internats d'excellence concernent donc ... 0,8% des places disponibles.

Formidable !





15 commentaires:

  1. Bonjour,
    Le nombre d'élèves baisse avant 6 ans et après 16 ans: La scolarité n'est pas obligatoire, il suffit de ne pas leur offrir de places.
    Bravo pour cet article argumenté et documenté.

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  2. Excellent article.
    On cherche à "étouffer" l'EN en supprimant tout simplement des postes et des écoles !

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  3. le pire c'est la désertification des campagnes par la suppression des écoles

    les gamins font toute leur scolarité de 3 ans à ..... en transport scolaire, c'est bon pour le moral

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  4. Vous croyez sérieusement que les professeurs d'anglais de Nicolas Sarkozy et François Baroin doivent continuer à exercer ?

    Virons ces incompétants de l'éducation nationale !

    Dehors les profs !!!

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  5. @anonyme 08:24
    Tout à fait d'accord! Allons plus loin dans le raisonnement et virons tous les français qui ont voté Sarközy

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  6. A anonyme de 8h24,

    qu'est-ce qui te dit que les profs des deux petits prodiges que tu cites ne sont pas allés dans le privé pour apprendre l'Anglais

    en tout cas une chose est sur le fils du premier qui persiste et insiste dans ses études de droit, je parle du Prince jean, il a été dans le privé et tu as vu le résultat!

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  7. Le prince Jean est bien le fils de son père, inapte aux études, je lui conseille de faire comme son papa, de passer ses diplômes de droit par correspondance. C'est un peu plus cher, mais plus facile.
    Ou mieux faire comme Baroin, acheter son diplôme dans une mascarade de boite privée réservée aux cancres de la bourgeaoisie.

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  8. C'est attristant que les problèmes de l'Education Nationale se limitent à des chiffres (invérifiables d'ailleurs par le français moyen!) A quand la remise en question des vrais problèmes de fond: des contenus, du lien avec le monde du travail? A quand l'honnêteté des syndicats pour reconnaître qu'il faut changer les choses même si leur petit confort personnel est atteint! Transparence et honnêteté sont-elles des valeurs encore connues??

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  9. Très bon article, très cherché. Sur ce sujet (enseignement et sarkozisme), j'ai lu l'année dernière le livre "Main basse sur l'EN", très documenté également et qui démonte les ficelles de la politique actuelle et les lobies présents derrière ...

    J'en avais fait un article : http://lacasadicatwoman.blogspot.com/2011/05/main-basse-sur-lecole-publique.html

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  10. L'enseignement n'est pas fait pour préformater des jeunes esprits pour les besoins du monde de l'entreprise... Les "liens avec le monde du travail" sont nécessaires, mais vraiment si ça devient le but premier de l'école, autant laisser tomber...
    Pour moi, l'école et l'enseignement sont là pour instruire les élèves, leur permettre de développer leur capacité de raisonnement, leur esprit critique, bref leur donner les clés qui leur permettront de ne pas laisser embobiner, par qui que ce soit. Pas pour en faire des robots serviles. L'enseignement est là pour les cultiver, pour ouvrir leurs horizons.
    Il y a sûrement des choses à changer à l'EN, mais certainement pas comme ça et certainement pas en sabrant les profs.

    Cordialement,

    Val.

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  11. Bravo Juan encore un billet que j'aime.
    Il y a des éléments supplémentaires que je peux apporter car je fais partie de cette caste de "privilégiés" que sont les profs.
    J'interviens plus précisément en enseignement technologique et plus particulièrement en BTS IRIS et Licence Professionnelle. Ce sont des formations diplômantes et professionnelles (dans l'informatique industrielle en ce qui me concerne) avec des taux d'embauches et de poursuites d'études (Ecole d'ingés ou master pro) de l'ordre de 85%.
    Nous allons subir à nouveau la réforme des BTS qui consiste à fusionner les spécialités, tant qu'à faire un électronicien peut tout aussi bien devenir un informaticien. Je suis dans l'expectative car quand on interroge nos supérieurs hiérarchiques ( inspecteurs ) ils nous répondent :"il n'y a pas de soucis cette fusion est parfaitement logique puisque 50% des enseignements sont communs".
    Si on regarde les référentiels (programme) des deux BTS ( rédigés avec des professionnels il faut le rappeler) il n'y a de communs que les mathématiques et l'anglais (la physique diffère sur certains points), peut-on alors envisager qu'un électronicien puisse développer des applications systèmes et demander à un informaticien de concevoir des architectures à microprocesseurs? Par analogie, on pourrait demander à un comptable de s'occuper de la vente?
    mon cas est peut être très précis mais c'est que ce qui se trame à tous les niveaux dans l'EN (et dans le supérieur, l'université de rennes 1 doit revoir à la baisse les budgets des IUT de 4%, cela touche la licence pro dans laquelle j'interviens). Là où ça marche on casse aussi pour des raisons comptables (supprimer des postes) et comme cela touche moins de monde on en parle pas mais cela aura des répercussions à tous les niveaux et on ne s'en remettra pas, à moins qu'il y ait un véritable projet éducatif sur du long terme. Je suis , comme beaucoup de mes collègues, pour une réforme (pas une casse, une vraie réforme) où les enfants, les collégiens, les lycéens et les étudiants seront au centre.
    Pour finir, la démotivation est très présente et de nombreux collègues expérimentés jettent l'éponge, c'est un savoir énorme que l'on perd, quelle tristesse.

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  12. la seule politique menée à L'EN depuis 2007 est celle de la suppression de poste. Sans aucune réflexion. Celle qui revient à mettre une tronçonneuse dans les mains d'un aveugle... Sauf pour les internats d'excellence. On ne garde que ceux qui le méritent, les autres on les oublie... ça donne une idée de ce que va devenir l'école à partir de 2012. Sarkozy a en effet dit qu'il attendait son 2ème mandat pour s'en occuper personnellement... dans ce cas, au minimum je démissionne, au pire, je déménage, loin.

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  13. Bon article mais merci de citer la source de vos chiffres.
    Cela recoupe des informations que j'ai lues par ailleurs, mais qui se bornaient à signaler que les chiffres diffusés par le gouvernement ne correspondaient pas à la présentation initiale fourni par l'INSEE (ou je ne sais quel autre organisme).

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  14. tout à fait d'accord avec ça !
    la scolarisation baisse en maternelle en particulier parce qu'on n'offre plus de place aux enfants de 2 ans ou, quand ils sont scolarisés on n'en tient pas compte dans les chiffres officiels ... ainsi moi j'ai 24 enfants dans ma classe tous les jours mais l'administration (ne prenant pas en compte les 2 ans)n'en compte que 18 ! on va bientôt faire la même chose avec les 3 ans puis les 4 ans ... à partir de là, plus besoin de recruter ...

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  15. Bonsoir Juan...un incommensurable merci pour votre recherche...votre travail afin que nous restions vigilants...nous arrivons à la fin d'un cycle...une révolution économique...une espèce de 3ème guerre mondiale économique, dont personne ne mesure la gravité....la fin d'un système absolument désastreux en terme humain et écologique....surement...la question est...l'après...personne ne sait...bien cordialement à vous

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