Il emmènera Carla avec lui en Martinique et en Guadeloupe pour ses voeux aux Antilles, en fin de semaine. L'instrumentalisation de son épouse ex-top modèle à des fins politiques se confirme un peu plus chaque jour. « Il semble que l’on compte beaucoup sur l’effet Carla pour réussir cette arrivée populaire.» précise France Antilles. Expérimenté et protecteur, telles sont les deux qualités de Nicolas Sarkozy qu'on nous vend. Expérimenté, il l'est assurément quand il s'agit de mener une campagne. Protecteur, il l'est tout autant, mais de lui-même. Museler d'avance des anciens proches éconduits avec quelques hochets honorifiques, évacuer les encombrants, masquer la précarité, déstabiliser la justice, encourager les donateurs, le portrait de Sarkozy en précampagne pour 2012 est de plusieurs points de vue terrifiant.
Museler les opposants
Le jeu politicien se dévoile. Fadela Amara, ancienne fausse grande gueule du précédent gouvernement Fillon a reçu cette semaine deux jolies promotions pour qu'elle se taise : une Légion d'Honneur, un « honneur » qu'elle partage avec Christine Boutin, son ancienne ministre de tutelle entre 2007 et 2009; et une nomination à l'inspection générale des affaires sociales. A l'UMP, Jean-François Copé a chargé l'ancien villepiniste Bruno le Maire de travailler au projet du futur candidat UMP à l'élection présidentielle de 2012. Une autre ancienne villepiniste débauchée en novembre dernier, Marie-Anne Montchamp est mise en avant pour contrer un peu plus son ancien mentor. On se souvient que Mme Montchamp craignait pour son poste de députée après le redécoupage électoral, ce qui l'encouragea (sic !) à rejoindre les rives sarkozystes en devenant, en novembre dernier, Secrétaire d'Etat auprès de la ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale. Depuis, elle est inexistante, Roselyne Bachelot s'étant saisie du dossier de la dépendance, sauf pour tacler son ancien mentor Villepin.
Lâcher les encombrants
Non content de calmer les critiques éventuelles de l'intérieur, Nicolas Sarkozy se débarrasse sans souci ni complexe de ses plus fidèles dès lors qu'ils deviennent encombrants pour sa cause personnelle. En juillet dernier, Alain Joyandet, secrétaire d'Etat à la Coopération, plus sarkophile que Sarkozy lui-même, s'était tellement senti lâché après la polémique sur son permis de construire à Saint-Tropez et l'utilisation d'un jet privé aux frais de l'Etat qu'il en avait démissionné, dégoûté. Sarkozy avait poussé la courtoisie jusqu'à prétendre ensuite qu'il l'avait viré. Le soldat Woerth a subi le même sort. Evincé du gouvernement, il avait dû s'étrangler de rage en entendant son ancien patron expliquer à des millions de Français à la télévision qu'il ne pouvait garder Woerth au gouvernement à cause de ses probables rendez-vous devant le juge. Mardi, Woerth a voulu contre-attaquer ! La nouvelle a fait ... pschitt ! Mardi 4 janvier, l'ancien trésorier de l'UMP et ancien ministre a expliqué au Figaro qu'il n'avait pas pris seul la décision, en mars dernier, de vendre les 57 hectares de terrain de l'hippodrome de Compiègne à la Société des courses de Compiègne (SCC) - « association à but non lucratif » précise-t-il - juste avant de quitter le ministère du budget, pour la modique somme de 2,5 millions d'euros : « Ce dossier m'a occupé six minutes, peut-être sept. Le 12 mars 2010, c'est Matignon qui a tranché lors d'une réunion interministérielle informelle. Y assistaient les représentants de Bercy et de l'Agriculture. Le cabinet du premier ministre a arbitré dans le sens de France Domaine. » Eric Woerth botte donc en touche, oubliant de rappeler (1) que France Domaine était placé sous sa responsabilité, (2) qu'il est curieux qu'une telle cession d'une forêt publique se décide lors d'une réunion « informelle », et (3) que les dates avancées pour cette décision concordent mal avec d'autres précédemment évoquées. Pire, les services du premier ministre ont confirmé l'existence de cette réunion informelle, mais pas « l'arbitrage » de Fillon derrière lequel Woerth s'abrite : « Il y a eu une réunion informelle à Matignon, au niveau des conseillers, à la demande du ministère de l'Agriculture. Lors de cette réunion, les deux ministères de l'Agriculture et du Budget sont tombés d'accord sur la procédure de vente.» En d'autres termes, François Fillon, ou ses conseillers, n'ont pas imposé ni décidé cette vente.
Au printemps, le Canard Enchaîné avait rappelé que le président de la SCC était également l'un des dirigeants de France Galop, association dont Florence Woerth, épouse de l'actuel ministre du Travail, fait partie depuis 2003. Eric Woerth saura le 13 janvier prochain, s'il doit passer devant la Cour de justice de la République.
Déstabiliser la justice
En période (pré)électorale, la justice doit être tenue en laisse. Quand certaines affaires dérapent, comme le Karachigate, il faut calmer les impatients et les curieux. Sans surprise, le ministre de la Défense a ainsi décidé de déclassifier les 23 documents pour lesquels la Commission consultative du secret de la défense nationale a donné un avis favorable. 28 autres documents resteront au secret.
Plus généralement, un récent ouvrage d'une journaliste de l'AFP s'intéresse aux relations de Nicolas Sarkozy avec le monde judiciaire. Le titre est évocateur : « Le Justicier, enquête sur un président au-dessus des lois ». Dorothée Moisan décrypte ainsi la tactique sarkozyenne en trois temps : se placer du côté des victimes, rudoyer les magistrats (pressions, engueulades, accusations), inonder la justice de lois en tous genres sous le coup de l'émotion. Depuis 2002, 35 lois sur la sécurité et la justice ont ainsi été votées. Cette boulimie législative engorge la réglementation (voire les prisons), sans que des moyens supplémentaires soient accordés ni une quelconque modernisation amorcée. La situation carcérale, par exemple, est intolérable.
Dans sa manoeuvre pour affaiblir la justice, la réforme de la carte judiciaire a joué son rôle car elle affaiblit la justice de proximité. Après la suppression de 178 tribunaux d'instance et juridictions de proximité, 62 conseils des prud'hommes, 55 tribunaux de commerce et 85 greffes, 17 tribunaux d'instance en province ont fermé leurs portes depuis le 1er janvier, comme le rappelle Tefy Andriamanana sur Marianne2. Au total, près de 200 tribunaux ont été supprimés. On n'a jamais bien compris le sens de cette réforme de la carte judiciaire, passée au forceps par l'ancienne Garde des Sceaux Rachida Dati. S'agissait-il de faire des économies ? Pas le moins du monde. Très vite, on a pointé du doigt les surcoûts de la réforme (900 millions d'euros). S'agissait-il de rationaliser la couverture judiciaire ? Que nenni ! La réforme a supprimé des tribunaux, sans en créer d'autres. L'éloignement des tribunaux complique l'accès des justiciables, perturbe la tâche des forces de l'ordre, sans moyens supplémentaires pour assurer les transferts nécessaires, et engorge des tribunaux déjà sous pression. Le nouveau ministre de la Justice Michel Mercier a dû prévoir une enveloppe de 21,5 millions d'euros pour l'accompagnement social des personnels judiciaires concernés par les suppressions de juridictions (400 magistrats et 1400 fonctionnaires).20 autres millions sont prévus pour la réinstallation des avocats.
Cette déstabilisation de la justice se poursuivra en 2011. L'introduction annoncée de jurés populaires dans les tribunaux correctionnels ne sert qu'à cela : insinuer le doute quand à l'objectivité et au professionnalisme des magistrats.
Cacher la précarité
Pour que la manoeuvre soit complète, il faut, enfin, cacher la précarité croissante du pays. La précarisation de la société doit autant à la crise depuis 2008 qu'à des évolutions plus structurelles. Et L'homme du Fouquet's l'a bien compris. Pour preuve, ses efforts à paraître désormais « expérimenté et protecteur », lui qui n'avait que la rupture à la bouche en 2006-2008. Mais il lui faut éviter que ne se cristallise une contestation protéiforme contre la précarité, comme lorsqu'une fraction de la jeunesse s'était brutalement mobilisée contre la réforme des retraites en octobre dernier.
Jeudi, l'INSEE a publiésa dernière étude sur le logement. Quelque 3,2 millions de personnes sont mal logées en France. Se basant sur des données vieilles de 4 ans, l'INSEE évaluait à 133 000 le nombre de sans-domicile. 85 000 autres personnes vivaient dans des abris de fortune. Et 2,1 millions dans des logements « privés de confort ». Depuis, où est passée la rupture sarkozyenne ? On l'attend toujours. Cet « exemple » n'est pas isolé. On pourrait commenter la pauvreté des familles mono-parentales, les difficultés d'accès aux soins, l'ampleur du sous-emploi, etc.
Encourager les donateurs
Pour faire campagne, il faut de l'argent. Le Premier Cercle était pour cela. Il existe toujours. Et l'affaire Woerth/Bettencourt avait permis de mettre en lumière cette pratique légale mais curieuse des micro-partis, des associations politiques dédiées à une personnalité, qui leur permettait de contourner le plafond de financement par les donateurs privés et de s'accorder une relative autonomie par rapport au parti principal. La Commission Nationale des Comptes de Campagne et des Financements Politiques (CNCCFP) vient de publier au Journal Officiel son rapport 2009.
Si quelques cas marginaux existent à gauche ou à l'extrême droite (Jean-Marie Le Pen, via Cotelec, a perçu 263.000 euros de personnes physiques en 2009), l'essentiel de ces micro-partis se trouvent dans la galaxie UMP : Jean-François Copé (238.000 euros perçus de personnes physiques en 2009), Michèle Alliot-Marie (6 000 euros pour « Le Chêne »), Laurent Wauquiez (34.000 euros pour son « Nouvel Oxygène »), Nicolas Sarkozy (8 000 euros pour ses « Amis »), Eric Woerth (21 000 euros), Gilles Carrez (9 000 euros), François Fillon, et même Valérie Pécresse (« Changer, c'est possible »). Cette dernière, tête de liste UMP aux élections régionales de mars 2010, a recueilli 390 000 euros pour la seule année 2009, comme le révèle Mediapart. Les montants perçus par Valérie Pécresse sont quasiment du niveau que ceux recueillis par le Parti Socialiste cette même année (446.000 euros) et près du double de ceux des Verts (206.000 euros) ou du Modem (232.000 euros). Rappelons que ces dons de personnes privées, plafonnés à 7.500 euros par association et par an (et 4.600 euros en cas de campagne) sont défiscalisés à 66%...
Bref, la République irréprochable est bien loin.
Ami sarkozyste, où es-tu ?
vendredi 7 janvier 2011
jeudi 6 janvier 2011
L'armée, un sujet en or pour le candidat Sarkozy
Aux militaires, Nicolas Sarkozy s'est affiché sérieux et grave pour leur souhaiter la bonne année. Mardi 4 janvier 2011, sur la base aérienne de Saint Dizier en Haute Marne. Debout sur une estrade, entouré de soldats, hommes et femmes, il a lu son texte avec attention, sans quasiment jeter un regard à l'assistance. Le contraste était saisissant avec ses interventions passées, où il aimait habituellement sortir allègrement de son texte. Cette tribune était parfaite pour illustrer sa posture présidentielle sur le devoir de ses missions et la nécessité de la rigueur, gage d'indépendance nationale.
Sarkozy le candidat joue au petit soldat.
Dans ses efforts de présidentialisation et de prise de recul, une adresse aux armées est un moment privilégié. On sort le drapeau, on se montre devant des Rafales et autres équipements militaires, on prend la mine sombre pour évoquer nos morts pour la France, on peut parler devoir, patrie, sacrifice, honneur, engagement, valeurs et courage. Bref, que du bon pour un petit chef de clan impopulaire qui aimerait qu'on le considère comme un chef charismatique.
Les relations avec la Grande Muette sont pacifiées. Il y a deux ans, Sarkozy avait choqué en accusant d'amateurisme les autorités militaires après le drame de Carcassonne (où un soldat du 3e régiment parachutiste d'infanterie de marine avait blessé par erreur 17 civils lors d'une démonstration). Le chef d'état-major de l'Armée de terre avait démissionné après ces outrances présidentielles. La suppression de 54.000 postes puis la réforme de la carte militaire pour faciliter ces suppressions de postes lancée par Hervé Morin en 2009 avaient noirci le tableau. Depuis, la guerre en Afghanistan a pris le dessus. Le rapprochement de l'OTAN flatte aussi la gente militaire.
Ce mardi, il se fit photographier devant moult armements. Il fit semblant de s'intéresser et de connaître, jusqu'au FAMAS qu'il se rappela avoir utilisé pendant son service militaire, ... une bonne quinzaine d'année avant que ce dernier ne soit effectivement mis en service auprès des appelés du contingent...
Ensuite, Sarkozy lut avec attention son texte. Il débuta son discours des voeux par un hommage aux soldats tués l'an passé. « Mes pensées vont d'abord aux familles de ceux qui sont tombés au service de la France. En 2011, encore, des soldats sont allés au bout de leur engagement. 22 hommes ont consenti le sacrifice suprême, 22 hommes tués au combat ou mort en service commandé sur un théâtre d'opérations. » On sent l'émotion quasi-forcée. « Je m'incline, je m'incline avec respect devant leur mémoire, et j'exprime tout à la fois l'émotion, l'admiration et la gratitude de la nation envers ses hommes qui ont fait don de leur vie à la France.» Fichtre ! Il ne manquait que la larme à l'oeil. Sarkozy à Saint-Dizier voulait paraître Churchill. Oublié le Bling Bling des vacances à Marrakech, les petites misères que de grincheux opposants lui font sur les déremboursements de la Sécu, le bouclier fiscal ou les affaires Karachi et Bettencourt. En 3 minutes et 21 secondes d'hommage, Sarkozy s'envola.
« J'invite nos compatriotes à ne jamais oublier la raison d'être fondamentale de nos armées. Cette raison d'être fondamentale c'est d'assurer la sécurité des Français contre toutes les menaces et cela où qu'ils soient dans le monde, que ces menaces soient directes ou indirectes. Et cette sécurité c'est aussi la garantie des valeurs essentielles auxquelles nous sommes attachés et qui font que notre pays n'est pareil à aucun autre et que nous sommes heureux d'y vivre.»
« Par leur sacrifice, ils nous rappellent le sens de l'engagement militaire, la grandeur du choix de servir la patrie, d'accomplir la mission, au péril de sa vie, au nom de la France… en mon nom personnel… » la voix se casse, comme troublée par l'émotion forcée, «… je voulais honorer ces soldats morts pour notre pays. » Il évoque les familles « profondément meurtries », et les « nombreux blessés ». Sommes nous donc en guerre ? Non, mais le Monarque voulait faire comme si. Il rappelle l'hommage qu'il leur a récemment rendu à l'hôpital des Invalides, et leur « nouveau combat », la rééducation, un combat « profondément admirable ». Sarkozy, ce mardi était « profondément » sérieux. « Nous avons mis en oeuvre un plan d'équipement ambitieux. Les choses sont claires. Nous vous le devions.» Ah ! Le devoir ! Sarkozy fait son devoir. Répétez après lui...
L'Afghanistan, nouvel Irak
Le président français enchaîne ensuite sur les interventions militaires extérieures. « L'année qui s'achève a été marquée par une forte activité opérationnelle. En 2011, les armées seront à nouveau très sollicitées. Qu'il s'agisse de mettre en oeuvre la dissuasion depuis Saint-Dizier, de concourir à sécurité des Français sur le sol national, d'intervenir sur des théâtres extérieurs pour participer au maintien ou au rétablissement de la paix, vous aurez tous l'occasion de vivre intensément votre métier au service du pays…. »
Il lève les yeux et sourit, décalage indécent avec l'hommage précédent. « Vous avez fait le choix de ce métier pour l'intensité. Vous ne serez pas déçus. » Il replonge sur son texte : « les opérations sont la finalité des armées. Au moment où je vous parle, plus de 12.000 hommes sont déployés sur des théâtres extérieurs. (…) Trois théâtres concernent plus particulièrement notre attention.» L'Afghanistan d'abord, avec 4000 hommes. « Soyons clairs : leur mission sera terminée quand les autorités afghanes seront en mesure d'assurer seules la sécurité de leur pays. » Et c'est pour quand ? Il ne sait pas. Dans longtemps. « Et ne nous voilons pas la face, cette mission restera très dangereuse, voire même meurtrière. » Il manquait le roulement de tambour.
Tel Nixon commentant la situation du Vietnam en 1972, Sarkozy s'affiche confiant : « vos efforts ne sont pas vains. Peu à peu avec méthode, avec obstination, nos forces réduisent sur le terrain l'initiative de l'adversaire et rendent un peu plus probable le retour à une vie normale pour les Afghans. » Mais il s'empresse d'ajouter : « Il ne peut y avoir de résultats spectaculaires. Il ne peut y avoir de bataille décisive. La construction de la paix dans la région exige de la durée. Elle exige de la patience, elle exige de la persévérance, elle exige du courage.» Quels termes inattendus dans la bouche de Sarkozy, habituellement toujours si pressé et agité! On comprend qu'il lui fallait rester les yeux rivés sur son texte. Quelques 10 000 personnes ont été tuées en Afghanistan en 2010, dont 2.100 policiers ou soldats afghans, 700 soldats étrangers (dont 16 Français), 5.200 insurgés et plus de 2.000 civils. Comme l'écrit Jean-Dominique Merchet, « pour une perte amie, on compterait moins de deux pertes chez les insurgés. » Quel progrès !
On sait, grâce aux révélations de Wikileaks, combien l'atlantisme de Nicolas Sarkozy l'avait poussé à des débordements inédits auprès de la diplomatie américaine quand il n'était que ministre de l'intérieur de Dominique de Villepin. En 2006, il se plaignait auprès du représentant d'une puissance étrangère, lui, le ministre de la République, des critiques françaises contre l'intervention américaine en Irak. Il suggérait aussi une intervention alliée pour remplacer les forces américaines. 4 ans plus tard, Sarkozy a trouvé son nouvel Irak. Par chance, il a même le soutien du (moins) populaire Barack Obama sur cette affaire. L'Afghanistan est pour Sarkozy comme l'Irak pour George W. Bush : « je l'affirme avec force : là-bas ce qui joue, c'est la sécurité du monde et donc la sécurité des Français, ici en France.»
Lisant avec attention son argumentaire concocté par ses conseillers, Sarkozy rabâcha donc une position commune : si les Talibans gagnent en Afghanistan, le pays deviendra, à nouveau, une base du totalitarisme religieux. Fichtre ! Et si Armid Karzaï, l'actuel président corrompu dans le trafic d'opium, l'emporte...
« J'ai le devoir d'empêcher cela » tonne-t-il. Ah ! Le devoir, toujours le devoir ! Les devoirs sarkozyens sont à géométrie variable. La corruption de quelques dirigeants africains, les camps de travail chinois, la torture des prisons libyennes ou syriennes, la boucherie à Gaza en janvier 2009 sont des situations qui gênent moins la conscience du devoir chez Nicolas Sarkozy. Il faut être pragmatique. Ces exactions n'entraînent pas d'attentats sur le sol français.
Sarkozy redécouvre la démocratie en Afrique
Autres terrains, le Liban, où Sarkozy compte beaucoup sur son nouvel ami la Syrie. Et, bien sûr, la Côte d'Ivoire. « Avec le ministre d'Etat, je suis personnellement et en temps réel la situation sur place et reste très attentif à la sécurité de nos compatriotes.» Sarkozy élargit. Ce qui se passe en Côte d'Ivoire dépasse ce seul pays. Ces enjeux concernent « toute l'Afrique, un milliard d'habitants.» Moins raciste qu'à Dakar en juillet 2007, ses propos restent quand même contempteurs. On croit lire dans Guaino entre les lignes : « Les Etats africains sont jeunes, encore. Ils construisent chacun dans le contexte qui est le leur une vie démocratique. Et la première exigence d'une vie démocratique, c'est le respect du suffrage universel. »
Il insiste : « Tous les Etats de la région savent les bienfaits de la démocratie. » Sarkozy exagère un peu. Nulle part en Afrique n'a-t-il encouragé la démocratie depuis qu'il est président de Sarkofrance. Au Gabon, il soutient le fils Ali du président Omar Bongo, élu dans des conditions contestées. En Guinée, la France fut l'une des rares à soutenir le général putchiste en 2008, jusqu'aux élections présidentielles de l'été dernier.
Dernier thème de ses voeux, la réforme des armées. Comment convaincre que les 3,5 milliards d'euros d'économies sur le budget de la Défense d'ici 2013 sont une bonne nouvelle ? « Pour l'avenir, j'entends bien que la priorité accordée à la défense demeure. (...) Nous avons décidé de réduire les effectifs de 54.000 hommes. Nous avons fermé des régiments, nous avons fermé des bases. Ces décisions n'ont pas été faciles, mais c'était le prix à payer pour avoir un outil de défense performant. »
Pourquoi n'assume-t-il pas sa réforme, annoncée au printemps 2009 ? La France n'aurait pas les moyens d'entretenir une telle armée. Elle n'a jamais donné non plus sa chance à une défense européenne. Elle continue de beaux gâchis comme le rapprochement des sites parisiens à Balard (+600 millions), la réintégration au sein de l'OTAN (+100 millions d'euros par an), la nouvelle base aux Emirats Arabes Unis (75 millions d'euros); Inutile de prétendre que réduire hommes et moyens est « le prix à payer pour avoir un outil de défense performant. »
Face à quelques militaires, Sarkozy ressort le même argumentaire que pour la police et la gendarmerie, également frappées par une baisse de leurs effectifs : « il vaut mieux un peu moins d'effectifs et davantage d'équipements, et d'équipements modernes.» Ou encore : « l'armée française n'est pas là pour faire de l'aménagement du territoire.» Quelle sombre erreur ! Et comme pour les infirmières (à Noël) ou les fonctionnaires (le 1er janvier), il répète le même argument sur la rigueur, c'est l'indépendance : « l'indépendance nationale, ce n'est pas simplement une armée efficiente, c'est aussi un pays qui ne croule pas sous la dette et sous les déficits. C'est ça aussi la protection des Français et l'indépendance de la France. Un pays qui sait tenir ses comptes ! » Quelle savante transition, quel habile parallèle : la misérable (et insuffisante) austérité promue en Sarkofrance agirait comme la dissuasion nucléaire.
Sarkozy, amical à Paris
Le lendemain, Nicolas Sarkozy tenait son premier conseil des ministres de l'année. Sarkozy l'a joué ouvert, souriant, amical et solidaire : « C'est tous ensemble, unis, dévoués corps et âme à l'accomplissement du mandat que nous avons reçu des Français, que nous parviendrons à transformer notre pays. » leur a-t-il déclaré. Pour celles et ceux d'entre nous qui l'ignoraient, la Garde républicaine joua l'hymne à l'amitié du compositeur belge Alain Crépin, comme nous l'a précisé le Figaro.
Le story-telling des voeux continue. Protecteur vendredi, courageux mardi, Sarkozy devait être amical mercredi.
Sarkozy a également dit à ses ministres combien il n'aimait pas « les polémiques qui pourraient donner aux Français le sentiment de faire passer le souci d'un avenir personnel avant celui de l'intérêt général. » Il ne pensait pas au financement de sa propre campagne par Liliane Bettencourt, ni aux récentes accusations d'Eric Woerth dans l'affaire de l'hippodrome de Compiègne, ni à la promotion de son fils Jean dans les Hauts-de-Seine. Non, le Figaro nous a décrypté le sens de la formule sarkozyenne : « Sans la citer, Nicolas Sarkozy visait en fait la ministre des Sports Chantal Jouanno qui s'était positionnée pour former un ticket avec François Fillon pour la mairie de Paris en 2014 et avait à la même occasion critiqué la maire du VIIe arrondissement Rachida Dati.»
Sarkozy le candidat joue au petit soldat.
Dans ses efforts de présidentialisation et de prise de recul, une adresse aux armées est un moment privilégié. On sort le drapeau, on se montre devant des Rafales et autres équipements militaires, on prend la mine sombre pour évoquer nos morts pour la France, on peut parler devoir, patrie, sacrifice, honneur, engagement, valeurs et courage. Bref, que du bon pour un petit chef de clan impopulaire qui aimerait qu'on le considère comme un chef charismatique.
Les relations avec la Grande Muette sont pacifiées. Il y a deux ans, Sarkozy avait choqué en accusant d'amateurisme les autorités militaires après le drame de Carcassonne (où un soldat du 3e régiment parachutiste d'infanterie de marine avait blessé par erreur 17 civils lors d'une démonstration). Le chef d'état-major de l'Armée de terre avait démissionné après ces outrances présidentielles. La suppression de 54.000 postes puis la réforme de la carte militaire pour faciliter ces suppressions de postes lancée par Hervé Morin en 2009 avaient noirci le tableau. Depuis, la guerre en Afghanistan a pris le dessus. Le rapprochement de l'OTAN flatte aussi la gente militaire.
Ce mardi, il se fit photographier devant moult armements. Il fit semblant de s'intéresser et de connaître, jusqu'au FAMAS qu'il se rappela avoir utilisé pendant son service militaire, ... une bonne quinzaine d'année avant que ce dernier ne soit effectivement mis en service auprès des appelés du contingent...
Ensuite, Sarkozy lut avec attention son texte. Il débuta son discours des voeux par un hommage aux soldats tués l'an passé. « Mes pensées vont d'abord aux familles de ceux qui sont tombés au service de la France. En 2011, encore, des soldats sont allés au bout de leur engagement. 22 hommes ont consenti le sacrifice suprême, 22 hommes tués au combat ou mort en service commandé sur un théâtre d'opérations. » On sent l'émotion quasi-forcée. « Je m'incline, je m'incline avec respect devant leur mémoire, et j'exprime tout à la fois l'émotion, l'admiration et la gratitude de la nation envers ses hommes qui ont fait don de leur vie à la France.» Fichtre ! Il ne manquait que la larme à l'oeil. Sarkozy à Saint-Dizier voulait paraître Churchill. Oublié le Bling Bling des vacances à Marrakech, les petites misères que de grincheux opposants lui font sur les déremboursements de la Sécu, le bouclier fiscal ou les affaires Karachi et Bettencourt. En 3 minutes et 21 secondes d'hommage, Sarkozy s'envola.
« J'invite nos compatriotes à ne jamais oublier la raison d'être fondamentale de nos armées. Cette raison d'être fondamentale c'est d'assurer la sécurité des Français contre toutes les menaces et cela où qu'ils soient dans le monde, que ces menaces soient directes ou indirectes. Et cette sécurité c'est aussi la garantie des valeurs essentielles auxquelles nous sommes attachés et qui font que notre pays n'est pareil à aucun autre et que nous sommes heureux d'y vivre.»
« Par leur sacrifice, ils nous rappellent le sens de l'engagement militaire, la grandeur du choix de servir la patrie, d'accomplir la mission, au péril de sa vie, au nom de la France… en mon nom personnel… » la voix se casse, comme troublée par l'émotion forcée, «… je voulais honorer ces soldats morts pour notre pays. » Il évoque les familles « profondément meurtries », et les « nombreux blessés ». Sommes nous donc en guerre ? Non, mais le Monarque voulait faire comme si. Il rappelle l'hommage qu'il leur a récemment rendu à l'hôpital des Invalides, et leur « nouveau combat », la rééducation, un combat « profondément admirable ». Sarkozy, ce mardi était « profondément » sérieux. « Nous avons mis en oeuvre un plan d'équipement ambitieux. Les choses sont claires. Nous vous le devions.» Ah ! Le devoir ! Sarkozy fait son devoir. Répétez après lui...
L'Afghanistan, nouvel Irak
Le président français enchaîne ensuite sur les interventions militaires extérieures. « L'année qui s'achève a été marquée par une forte activité opérationnelle. En 2011, les armées seront à nouveau très sollicitées. Qu'il s'agisse de mettre en oeuvre la dissuasion depuis Saint-Dizier, de concourir à sécurité des Français sur le sol national, d'intervenir sur des théâtres extérieurs pour participer au maintien ou au rétablissement de la paix, vous aurez tous l'occasion de vivre intensément votre métier au service du pays…. »
Il lève les yeux et sourit, décalage indécent avec l'hommage précédent. « Vous avez fait le choix de ce métier pour l'intensité. Vous ne serez pas déçus. » Il replonge sur son texte : « les opérations sont la finalité des armées. Au moment où je vous parle, plus de 12.000 hommes sont déployés sur des théâtres extérieurs. (…) Trois théâtres concernent plus particulièrement notre attention.» L'Afghanistan d'abord, avec 4000 hommes. « Soyons clairs : leur mission sera terminée quand les autorités afghanes seront en mesure d'assurer seules la sécurité de leur pays. » Et c'est pour quand ? Il ne sait pas. Dans longtemps. « Et ne nous voilons pas la face, cette mission restera très dangereuse, voire même meurtrière. » Il manquait le roulement de tambour.
Tel Nixon commentant la situation du Vietnam en 1972, Sarkozy s'affiche confiant : « vos efforts ne sont pas vains. Peu à peu avec méthode, avec obstination, nos forces réduisent sur le terrain l'initiative de l'adversaire et rendent un peu plus probable le retour à une vie normale pour les Afghans. » Mais il s'empresse d'ajouter : « Il ne peut y avoir de résultats spectaculaires. Il ne peut y avoir de bataille décisive. La construction de la paix dans la région exige de la durée. Elle exige de la patience, elle exige de la persévérance, elle exige du courage.» Quels termes inattendus dans la bouche de Sarkozy, habituellement toujours si pressé et agité! On comprend qu'il lui fallait rester les yeux rivés sur son texte. Quelques 10 000 personnes ont été tuées en Afghanistan en 2010, dont 2.100 policiers ou soldats afghans, 700 soldats étrangers (dont 16 Français), 5.200 insurgés et plus de 2.000 civils. Comme l'écrit Jean-Dominique Merchet, « pour une perte amie, on compterait moins de deux pertes chez les insurgés. » Quel progrès !
On sait, grâce aux révélations de Wikileaks, combien l'atlantisme de Nicolas Sarkozy l'avait poussé à des débordements inédits auprès de la diplomatie américaine quand il n'était que ministre de l'intérieur de Dominique de Villepin. En 2006, il se plaignait auprès du représentant d'une puissance étrangère, lui, le ministre de la République, des critiques françaises contre l'intervention américaine en Irak. Il suggérait aussi une intervention alliée pour remplacer les forces américaines. 4 ans plus tard, Sarkozy a trouvé son nouvel Irak. Par chance, il a même le soutien du (moins) populaire Barack Obama sur cette affaire. L'Afghanistan est pour Sarkozy comme l'Irak pour George W. Bush : « je l'affirme avec force : là-bas ce qui joue, c'est la sécurité du monde et donc la sécurité des Français, ici en France.»
Lisant avec attention son argumentaire concocté par ses conseillers, Sarkozy rabâcha donc une position commune : si les Talibans gagnent en Afghanistan, le pays deviendra, à nouveau, une base du totalitarisme religieux. Fichtre ! Et si Armid Karzaï, l'actuel président corrompu dans le trafic d'opium, l'emporte...
« J'ai le devoir d'empêcher cela » tonne-t-il. Ah ! Le devoir, toujours le devoir ! Les devoirs sarkozyens sont à géométrie variable. La corruption de quelques dirigeants africains, les camps de travail chinois, la torture des prisons libyennes ou syriennes, la boucherie à Gaza en janvier 2009 sont des situations qui gênent moins la conscience du devoir chez Nicolas Sarkozy. Il faut être pragmatique. Ces exactions n'entraînent pas d'attentats sur le sol français.
Sarkozy redécouvre la démocratie en Afrique
Autres terrains, le Liban, où Sarkozy compte beaucoup sur son nouvel ami la Syrie. Et, bien sûr, la Côte d'Ivoire. « Avec le ministre d'Etat, je suis personnellement et en temps réel la situation sur place et reste très attentif à la sécurité de nos compatriotes.» Sarkozy élargit. Ce qui se passe en Côte d'Ivoire dépasse ce seul pays. Ces enjeux concernent « toute l'Afrique, un milliard d'habitants.» Moins raciste qu'à Dakar en juillet 2007, ses propos restent quand même contempteurs. On croit lire dans Guaino entre les lignes : « Les Etats africains sont jeunes, encore. Ils construisent chacun dans le contexte qui est le leur une vie démocratique. Et la première exigence d'une vie démocratique, c'est le respect du suffrage universel. »
Il insiste : « Tous les Etats de la région savent les bienfaits de la démocratie. » Sarkozy exagère un peu. Nulle part en Afrique n'a-t-il encouragé la démocratie depuis qu'il est président de Sarkofrance. Au Gabon, il soutient le fils Ali du président Omar Bongo, élu dans des conditions contestées. En Guinée, la France fut l'une des rares à soutenir le général putchiste en 2008, jusqu'aux élections présidentielles de l'été dernier.
Dernier thème de ses voeux, la réforme des armées. Comment convaincre que les 3,5 milliards d'euros d'économies sur le budget de la Défense d'ici 2013 sont une bonne nouvelle ? « Pour l'avenir, j'entends bien que la priorité accordée à la défense demeure. (...) Nous avons décidé de réduire les effectifs de 54.000 hommes. Nous avons fermé des régiments, nous avons fermé des bases. Ces décisions n'ont pas été faciles, mais c'était le prix à payer pour avoir un outil de défense performant. »
Pourquoi n'assume-t-il pas sa réforme, annoncée au printemps 2009 ? La France n'aurait pas les moyens d'entretenir une telle armée. Elle n'a jamais donné non plus sa chance à une défense européenne. Elle continue de beaux gâchis comme le rapprochement des sites parisiens à Balard (+600 millions), la réintégration au sein de l'OTAN (+100 millions d'euros par an), la nouvelle base aux Emirats Arabes Unis (75 millions d'euros); Inutile de prétendre que réduire hommes et moyens est « le prix à payer pour avoir un outil de défense performant. »
Face à quelques militaires, Sarkozy ressort le même argumentaire que pour la police et la gendarmerie, également frappées par une baisse de leurs effectifs : « il vaut mieux un peu moins d'effectifs et davantage d'équipements, et d'équipements modernes.» Ou encore : « l'armée française n'est pas là pour faire de l'aménagement du territoire.» Quelle sombre erreur ! Et comme pour les infirmières (à Noël) ou les fonctionnaires (le 1er janvier), il répète le même argument sur la rigueur, c'est l'indépendance : « l'indépendance nationale, ce n'est pas simplement une armée efficiente, c'est aussi un pays qui ne croule pas sous la dette et sous les déficits. C'est ça aussi la protection des Français et l'indépendance de la France. Un pays qui sait tenir ses comptes ! » Quelle savante transition, quel habile parallèle : la misérable (et insuffisante) austérité promue en Sarkofrance agirait comme la dissuasion nucléaire.
Sarkozy, amical à Paris
Le lendemain, Nicolas Sarkozy tenait son premier conseil des ministres de l'année. Sarkozy l'a joué ouvert, souriant, amical et solidaire : « C'est tous ensemble, unis, dévoués corps et âme à l'accomplissement du mandat que nous avons reçu des Français, que nous parviendrons à transformer notre pays. » leur a-t-il déclaré. Pour celles et ceux d'entre nous qui l'ignoraient, la Garde républicaine joua l'hymne à l'amitié du compositeur belge Alain Crépin, comme nous l'a précisé le Figaro.
Le story-telling des voeux continue. Protecteur vendredi, courageux mardi, Sarkozy devait être amical mercredi.
Sarkozy a également dit à ses ministres combien il n'aimait pas « les polémiques qui pourraient donner aux Français le sentiment de faire passer le souci d'un avenir personnel avant celui de l'intérêt général. » Il ne pensait pas au financement de sa propre campagne par Liliane Bettencourt, ni aux récentes accusations d'Eric Woerth dans l'affaire de l'hippodrome de Compiègne, ni à la promotion de son fils Jean dans les Hauts-de-Seine. Non, le Figaro nous a décrypté le sens de la formule sarkozyenne : « Sans la citer, Nicolas Sarkozy visait en fait la ministre des Sports Chantal Jouanno qui s'était positionnée pour former un ticket avec François Fillon pour la mairie de Paris en 2014 et avait à la même occasion critiqué la maire du VIIe arrondissement Rachida Dati.»
mercredi 5 janvier 2011
Comment le gouvernement joue au social, en vain.
Les Français sont paraît-il pessimistes pour 2011. Un sondage Gallup publié par le Parisien les place même au premier rang des pessimistes, devant les Irakiens et les Afghans. En décembre, une autre enquête de l'INSEE révélait que le moral des ménages avait gravement chuté. Cette baisse était inattendue. Le motif principal justifiant cette démoralisation soudaine en pleine période des fêtes serait une détérioration de l'opinion sur leur situation financière personnelle passée et future... Et pourtant, le gouvernement ne ménage pas ses efforts pour paraître social et attentionné, conformément aux incantations « protectrices » pour Nicolas Sarkozy pour ses voeux de nouvelle année.
Gouvernement social...
Le gouvernement s'essaye presque chaque jour à jouer au social. Nicolas Sarkozy l'a promis, notamment lors de ses voeux du 31 décembre. Protecteur, il doit paraître. Chaque ministre joue ainsi sa partition depuis quelques semaines.
Le 21 décembre, Roselyne Bachelot, ministre des Solidarités Actives, avait « installé » le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale (CNLE), un machin administratif de plus qui visait à masquer l'avalanche récente de mauvaises nouvelles sociales : hausse du chômage, ravages du froid sur les sans-abris, inflation des tarifs d'EDF, des transports et de santé; faible revalorisation des minima sociaux, etc. Imprudente, la ministre rappela que Sarkozy avait fixé l'objectif de réduire d'un tiers la pauvreté d'ici à 2012. Il ne reste qu'une grosse année, inutile, pour atteindre cet objectif : définie à 50% du revenu moyen, la pauvreté frappait 7,2% des ménages en 2007, et 7,1% en 2008. Crise oblige, il y a fort à parier que les années 2009 et 2010 seront au moins aussi mauvaises.
A la veille de Noël, François Fillon avait accordé le label de la Grande Cause nationale 2011 à la lutte contre la solitude.« Comment admettre qu'au cœur de la société, certains aient le sentiment terrifiant de n'exister pour personne ? » s'était-il exclamé.
Quelques jours plus tard, François Baroin, ministre du budget, et George Tron, son secrétaire d'Etat à la Fonction publique, se préoccupèrent de l'emploi des travailleurs handicapés dans les services publics. Le 27 décembre dernier, François Fillon a signé une circulaire sur le sujet, promettant « qu'à l'horizon 2013, 8 ministères sur 14 remplissent l’objectif de 6 % de travailleurs handicapés et que 4 d’entre eux dépassent le seuil fixé », soit 1500 à 2000 recrutements par an dans les administrations. Dès le début de l'année, le gouvernement lancera une jolie campagne de sensibilisation sur le sujet. Et Baroin et Tron devront organiser, dans l'année 2011, une « journée consacrée au handicap dans la fonction publique. »
Mardi 4 janvier, Roselyne Bachelot, ministre aux Solidarités Actives, a installé les quatre groupes de travail chargés de réfléchir à une meilleure prise en charge de la dépendance : « société et vieillissement, enjeux démographiques et financiers de la dépendance, accueil et accompagnement des personnes âgées, et stratégie pour la couverture de la dépendance des personnes âgées. » Elle a répété, quasiment mot pour mot, ses déclarations de novembre dernier, ciblant le problème de la dépendance sur deux sujets principaux d'inquiétude : « les départements très pauvres, qui ont beaucoup de personnes âgées, et qui ont évidemment du mal à financer cette dépendance », et « les classes moyennes qui ne peuvent pas toucher les aides et qui pour autant n'ont pas les moyens financiers de les financer sur leurs propres deniers.» En sériant ainsi un sujet aussi vaste, la ministre évite les sujets qui fâchent : dans son rapport publié en juin dernier, loué par Nicolas Sarkozy en novembre dernier, la jeune députée UMP Valérie Rosso-Debord avait souligné l'augmentation du coût annuel de la dépendance, tout en refusant, dans ses recommandations, un accroissement des financements publics : « il n’existe pas de véritable marge de manœuvre pour financer les politiques publiques (...). Les dispositifs actuels ne sauraient en effet perdurer en l’état tant en raison d’un risque d’implosion sous le poids du nombre grandissant de ses bénéficiaires que de ses imperfections dont le constat a été largement et communément partagé par la majorité des interlocuteurs la mission. » pouvait-on lire. Nicolas Sarkozy lui-même avait évoqué des pistes de financement privé, comme le recours à l'héritage ou, pire, la mise en place d'une assurance privée obligatoire. Devant les premiers tollés, le gouvernement semble jouer plus discrètement, en encadrant le « débat » sur deux questions isolées et symboliques, les départements pauvres et les classes moyennes.
... ou antisocial ?
Malheureusement, ces efforts pour paraître social passent quasiment inaperçus. Lundi, la filière agricole bio découvrait que le gouvernement avait sabré de moitié le déjà maigre crédit d'impôt bio, initialement de 4000 euros pour les agriculteurs qui se convertissent au bio. « Le crédit d'impôt devait remettre un peu de justice dans l'attribution des aides en faveur des petits; désormais, ces petits sont pénalisés. » commente Dominique Marion, président de la Fédération nationale de l'agriculture bio.
En novembre dernier, deux hauts fonctionnaires, l'un de l'inspection générale des finances, l'autre de l'inspection générale des affaires sociales (Igas) remettaient leur « analyse de l'évolution des dépenses au titre de l'aide médicale d'Etat » (AME) dont bénéficient les étrangers sans-papier. Ils devaient notamment évaluer les modalités de mise en place d'une contribution forfaitaire des bénéficiaires de l'AME sous forme d'un droit d'entrée dans le dispositif, et en évaluer le bénéfice-coût. Faisant fi des exigences morales et sanitaires, les députés UMP décidèrent de voter la proposition gouvernementale d'imposer un droit d'entrée forfaitaire de 30 euros aux bénéficiaires de l'AME. Bizarrement, il fallut attendre l'adoption de la loi de finances 2011 pour que la Documentation Française publie enfin, le 31 décembre dernier, le dit rapport. Et pour cause ! Dans leur rapport, les deux auteurs ont livré des conclusions fort contradictoire avec l'argumentaire sarkozyen :
- L'AME bénéficie quasi-exclusivement à des personnes seules (80% des bénéficiaires). « Les familles de six personnes ou plus constituent moins de 0,5% du total des ouvrants droits. La consommation de soins n'est par ailleurs corrélée à la taille de la famille.» Le mythe de familles étrangères nombreuses clandestines ponctionnant l'AME a vécu !
- En moyenne, un bénéficiaire de l'AMU consomme moins de soins qu'un bénéficiaire de la CMU : 1741 euros contre 2 606 euros par an. En d'autres termes, parmi les précaires, les sans-papiers pauvres sont plutôt économes !
- La forte progression du coût de l'AME ne s'explique pas par une croissance massive du nombre de bénéficiaires, mais par le coût très élevé de soins de quelques bénéficiaires (0,3% des soignés en Ile-de-France coûtent 5% des dépenses nationales d'AME : les arguments sarkozyens, ici encore, sont contredits par les faits.
- Le nouveau droit de timbre de 30 euros ne rapporterait que 6 millions d'euros par an, une économie dérisoire.
- Enfin, cette taxe découragera certains bénéficiaires, ce qui risque, concluent les auteurs, d'être contre-productifs : soigner tôt est moins cher qu'une hospitalisation tardive. Et un report de soin favorise la propagation des maladies.
Au final, les deux auteurs ne recommandaient pas la mise en oeuvre d'une telle contribution financière, jugée inefficace et contre-productive. Un avis que le gouvernement s'est bien gardé de communiquer avant de faire voter sa sinistre mesure.
Sur un autre sujet, pour prétendument sanctionner les médecins qui refusent d'utiliser la carte Vitale, les feuilles de soins seront désormais taxées de 50 centimes pièce si elles dépassent 25% des prescriptions d'un médecins. Les médecins récalcitrants pointent le coût de l'équipement nécessaire à leur informatisation. Et les patients seront finalement les seuls à payer l'addition... L'assurance maladie espère économiser 200 millions d'euros. Sensible aux arguments des médecins libéraux, Xavier Bertrand a concédé que « la taxe, si elle est nécessaire, s'appliquera avec discernement.»
Mardi, Xavier Bertrand devait également réagir à un article d'une revue médicale, « Prescrire », celle-là même qui avait publicisé les dangers du Mediator® en novembre dernier, qui demandait expressément le retrait du marché trois médicaments, dont le buflomédil (Fonzylane®, Buflomédil EG®) qu'elle juge « sans intérêt thérapeutique démontré ». est absente des débats. Xavier Bertrand, ministre du travail ne laisse aucun espace à sa secrétaire d'Etat à la Santé, Nora Berra. Mardi, il a reconnu que les procédures d'analyse risque/bénéfice sont trop longues. Rappelons que le buflomédil est commercialisé en France depuis ... 20 ans. «Est-ce que ces procédures (ne) durent pas très longtemps, trop longtemps ? C'est ça ma question et j'y apporterai des réponses dès le 15 janvier, dès la publication du rapport de l'Igas » a-t-il expliqué. Ce fameux rapport de l'Igas du 15 janvier fera-t-il la lumière sur les relations d'intérêts éventuelles entre laboratoires et autorités sanitaires ?
Rien n'est moins sûr.
Gouvernement social...
Le gouvernement s'essaye presque chaque jour à jouer au social. Nicolas Sarkozy l'a promis, notamment lors de ses voeux du 31 décembre. Protecteur, il doit paraître. Chaque ministre joue ainsi sa partition depuis quelques semaines.
Le 21 décembre, Roselyne Bachelot, ministre des Solidarités Actives, avait « installé » le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale (CNLE), un machin administratif de plus qui visait à masquer l'avalanche récente de mauvaises nouvelles sociales : hausse du chômage, ravages du froid sur les sans-abris, inflation des tarifs d'EDF, des transports et de santé; faible revalorisation des minima sociaux, etc. Imprudente, la ministre rappela que Sarkozy avait fixé l'objectif de réduire d'un tiers la pauvreté d'ici à 2012. Il ne reste qu'une grosse année, inutile, pour atteindre cet objectif : définie à 50% du revenu moyen, la pauvreté frappait 7,2% des ménages en 2007, et 7,1% en 2008. Crise oblige, il y a fort à parier que les années 2009 et 2010 seront au moins aussi mauvaises.
A la veille de Noël, François Fillon avait accordé le label de la Grande Cause nationale 2011 à la lutte contre la solitude.« Comment admettre qu'au cœur de la société, certains aient le sentiment terrifiant de n'exister pour personne ? » s'était-il exclamé.
Quelques jours plus tard, François Baroin, ministre du budget, et George Tron, son secrétaire d'Etat à la Fonction publique, se préoccupèrent de l'emploi des travailleurs handicapés dans les services publics. Le 27 décembre dernier, François Fillon a signé une circulaire sur le sujet, promettant « qu'à l'horizon 2013, 8 ministères sur 14 remplissent l’objectif de 6 % de travailleurs handicapés et que 4 d’entre eux dépassent le seuil fixé », soit 1500 à 2000 recrutements par an dans les administrations. Dès le début de l'année, le gouvernement lancera une jolie campagne de sensibilisation sur le sujet. Et Baroin et Tron devront organiser, dans l'année 2011, une « journée consacrée au handicap dans la fonction publique. »
Mardi 4 janvier, Roselyne Bachelot, ministre aux Solidarités Actives, a installé les quatre groupes de travail chargés de réfléchir à une meilleure prise en charge de la dépendance : « société et vieillissement, enjeux démographiques et financiers de la dépendance, accueil et accompagnement des personnes âgées, et stratégie pour la couverture de la dépendance des personnes âgées. » Elle a répété, quasiment mot pour mot, ses déclarations de novembre dernier, ciblant le problème de la dépendance sur deux sujets principaux d'inquiétude : « les départements très pauvres, qui ont beaucoup de personnes âgées, et qui ont évidemment du mal à financer cette dépendance », et « les classes moyennes qui ne peuvent pas toucher les aides et qui pour autant n'ont pas les moyens financiers de les financer sur leurs propres deniers.» En sériant ainsi un sujet aussi vaste, la ministre évite les sujets qui fâchent : dans son rapport publié en juin dernier, loué par Nicolas Sarkozy en novembre dernier, la jeune députée UMP Valérie Rosso-Debord avait souligné l'augmentation du coût annuel de la dépendance, tout en refusant, dans ses recommandations, un accroissement des financements publics : « il n’existe pas de véritable marge de manœuvre pour financer les politiques publiques (...). Les dispositifs actuels ne sauraient en effet perdurer en l’état tant en raison d’un risque d’implosion sous le poids du nombre grandissant de ses bénéficiaires que de ses imperfections dont le constat a été largement et communément partagé par la majorité des interlocuteurs la mission. » pouvait-on lire. Nicolas Sarkozy lui-même avait évoqué des pistes de financement privé, comme le recours à l'héritage ou, pire, la mise en place d'une assurance privée obligatoire. Devant les premiers tollés, le gouvernement semble jouer plus discrètement, en encadrant le « débat » sur deux questions isolées et symboliques, les départements pauvres et les classes moyennes.
... ou antisocial ?
Malheureusement, ces efforts pour paraître social passent quasiment inaperçus. Lundi, la filière agricole bio découvrait que le gouvernement avait sabré de moitié le déjà maigre crédit d'impôt bio, initialement de 4000 euros pour les agriculteurs qui se convertissent au bio. « Le crédit d'impôt devait remettre un peu de justice dans l'attribution des aides en faveur des petits; désormais, ces petits sont pénalisés. » commente Dominique Marion, président de la Fédération nationale de l'agriculture bio.
En novembre dernier, deux hauts fonctionnaires, l'un de l'inspection générale des finances, l'autre de l'inspection générale des affaires sociales (Igas) remettaient leur « analyse de l'évolution des dépenses au titre de l'aide médicale d'Etat » (AME) dont bénéficient les étrangers sans-papier. Ils devaient notamment évaluer les modalités de mise en place d'une contribution forfaitaire des bénéficiaires de l'AME sous forme d'un droit d'entrée dans le dispositif, et en évaluer le bénéfice-coût. Faisant fi des exigences morales et sanitaires, les députés UMP décidèrent de voter la proposition gouvernementale d'imposer un droit d'entrée forfaitaire de 30 euros aux bénéficiaires de l'AME. Bizarrement, il fallut attendre l'adoption de la loi de finances 2011 pour que la Documentation Française publie enfin, le 31 décembre dernier, le dit rapport. Et pour cause ! Dans leur rapport, les deux auteurs ont livré des conclusions fort contradictoire avec l'argumentaire sarkozyen :
- L'AME bénéficie quasi-exclusivement à des personnes seules (80% des bénéficiaires). « Les familles de six personnes ou plus constituent moins de 0,5% du total des ouvrants droits. La consommation de soins n'est par ailleurs corrélée à la taille de la famille.» Le mythe de familles étrangères nombreuses clandestines ponctionnant l'AME a vécu !
- En moyenne, un bénéficiaire de l'AMU consomme moins de soins qu'un bénéficiaire de la CMU : 1741 euros contre 2 606 euros par an. En d'autres termes, parmi les précaires, les sans-papiers pauvres sont plutôt économes !
- La forte progression du coût de l'AME ne s'explique pas par une croissance massive du nombre de bénéficiaires, mais par le coût très élevé de soins de quelques bénéficiaires (0,3% des soignés en Ile-de-France coûtent 5% des dépenses nationales d'AME : les arguments sarkozyens, ici encore, sont contredits par les faits.
- Le nouveau droit de timbre de 30 euros ne rapporterait que 6 millions d'euros par an, une économie dérisoire.
- Enfin, cette taxe découragera certains bénéficiaires, ce qui risque, concluent les auteurs, d'être contre-productifs : soigner tôt est moins cher qu'une hospitalisation tardive. Et un report de soin favorise la propagation des maladies.
Au final, les deux auteurs ne recommandaient pas la mise en oeuvre d'une telle contribution financière, jugée inefficace et contre-productive. Un avis que le gouvernement s'est bien gardé de communiquer avant de faire voter sa sinistre mesure.
Sur un autre sujet, pour prétendument sanctionner les médecins qui refusent d'utiliser la carte Vitale, les feuilles de soins seront désormais taxées de 50 centimes pièce si elles dépassent 25% des prescriptions d'un médecins. Les médecins récalcitrants pointent le coût de l'équipement nécessaire à leur informatisation. Et les patients seront finalement les seuls à payer l'addition... L'assurance maladie espère économiser 200 millions d'euros. Sensible aux arguments des médecins libéraux, Xavier Bertrand a concédé que « la taxe, si elle est nécessaire, s'appliquera avec discernement.»
Mardi, Xavier Bertrand devait également réagir à un article d'une revue médicale, « Prescrire », celle-là même qui avait publicisé les dangers du Mediator® en novembre dernier, qui demandait expressément le retrait du marché trois médicaments, dont le buflomédil (Fonzylane®, Buflomédil EG®) qu'elle juge « sans intérêt thérapeutique démontré ». est absente des débats. Xavier Bertrand, ministre du travail ne laisse aucun espace à sa secrétaire d'Etat à la Santé, Nora Berra. Mardi, il a reconnu que les procédures d'analyse risque/bénéfice sont trop longues. Rappelons que le buflomédil est commercialisé en France depuis ... 20 ans. «Est-ce que ces procédures (ne) durent pas très longtemps, trop longtemps ? C'est ça ma question et j'y apporterai des réponses dès le 15 janvier, dès la publication du rapport de l'Igas » a-t-il expliqué. Ce fameux rapport de l'Igas du 15 janvier fera-t-il la lumière sur les relations d'intérêts éventuelles entre laboratoires et autorités sanitaires ?
Rien n'est moins sûr.
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mardi 4 janvier 2011
Des Rafales aux sous-marins de Karachi, Sarkozy a du mal avec les ventes d'armes
Mardi 4 janvier 2011, Nicolas Sarkozy quitte son Palais de l'Elysée pour délivrer ses voeux aux forces armées sur l'un des sites de production de l'avion Rafale, ce « fleuron de l'industrie aéronautique française » qu'il semble si difficile à exporter. D'autres ventes d'armes, conclues en 1994, continuent de faire polémique 16 années et 15 morts plus tard. L'affaire de Karachi occupe toujours l'actualité de Sarkofrance dès ces premiers jours de janvier. Lundi 3 janvier, le quotidien Libération a apporté un nouvel éclairage sur l'affaire : divers témoignages accréditent la thèse d'une vengeance des services secrets pakistanais. En fin de semaine dernière, l'avis tant attendu de la Commission de déclassification du Secret Défense sur les documents réclamés en octobre dernier par le juge antiterroriste Marc Trévidic était publié au Journal Officiel.
Sarkozy au chevet du Rafale...
Mardi, Sarkozy visite le pôle opérationnel et de maintenance des Rafale, ainsi qu'un centre de simulation de pilotage commun à l'armée de l'air et à l'aéronavale françaises. A l'Elysée, on assure « qu'il ne faut pas voir dans cette visite un message particulier de la part du chef de l'Etat », rapporte le Figaro. Bien sûr...
Depuis 2008, Nicolas Sarkozy s'est personnellement engagé pour tenter de convaincre certains partenaires étrangers d'acquérir le fichu Rafale... en vain. En visite au Brésil en octobre 2008, il avait prématurément annoncé que le Brésil allait en commander. Finalement, le président brésilien Lula a renoncé à prendre cette décision, et choisi de refiler le bébé à son successeur Dilma Roussef.
Officiellement, les deux pays discuteraient encore de l'ampleur des transferts de technologie que Dassault devrait consentir. Dans les câbles diplomatiques américains publiés par Wikileaks, on a appris que cet argument ne tient pas : une large part des composants du Rafale (système de visée, composants du radar et systèmes de sécurité ) seraient fabriqués... aux Etats-Unis.
Outre le Brésil, Nicolas Sarkozy a tenté de vendre le Rafale au Qatar, à la Libye et même à l'Inde, lors de son déplacement début décembre. Lors de cette visite, Sarkozy avait cru bon de critiquer le Pakistan voisin pour ses insuffisants efforts en matière de lutte contre le terrorisme. A Karachi, la remarque avait déçu. Sarkozy n'avait rien dit, le 30 juillet dernier, quand Nicolas Sarkozy avait reçu à Paris le président pakistanais Asif Ali Zardari. Ce dernier, veuf de Benazir Bhutto, ancien premier ministre dont le troisième anniversaire de l'assassinat a été célébré voici 4 jours. D'Inde au Pakistan, de Bombay à Karachi, il n'y avait qu'un pas. Celui d'une affaire.
Quelques mois plus tôt, le juge Marc Trévidic avait demandé aux autorités britanniques et suisse des informations sur le rôle éventuel de Zardari dans le contrat Agosta.
... mais silencieux sur Karachi
Une autre affaire de ventes d'armes empoisonne en effet l'Elysée depuis 18 mois. Le 8 mai 2002, un attentat à Karachi coûta la vie à 15 personnes dont 11 Français. Depuis, on tenta de faire croire qu'Al Qaida en était le responsable. Depuis bientôt deux ans, le juge Marc Trévidic, en charge de l'enquête, a la conviction que cet attentat a quelque lien avec l'arrêt du versement de commissions décidé par Jacques Chirac en 1995 dans le cadre de la vente de sous-marins au Pakistan par le gouvernement Balladur en 1994. L'ancien président soupçonnait ces commissions d'avoir bénéficié au camp Balladur pour son financement politique.
L'exécutif sarkozyen a résisté des mois durant pour éviter de transmettre les documents demandés par les juges, qu'il s'agisse des comptes-rendus d'audition auprès de la mission parlementaire (via le président UMP de l'Assemblée et celui, UMP également, de la dite mission, ou des rapports classés secret défense tenus au chaud dans les bureaux de la DGSE.
Le 30 décembre dernier, un avis positif de déclassification partielle a été publié au Journal Officiel : la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN) a autorisé la déclassification totale de 23 notes de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), celle partielle de 3 autres documents (dont deux titrés « Ziad Takieddine », l'un des intermédiaires imposés par le gouvernement Balladur à la vente des sous-marins au Pakistan et proche de Nicolas Sarkozy), mais s'oppose à la déclassification de 28 autres documents demandés par le juge antiterroriste Marc Trévidic. On attend maintenant la décision du ministre de la Défense Alain Juppé qui peut suivre, ou pas, l'avis de la CCSDN. On imagine le scandale si Juppé décidait de ne pas suivre les recommandations, déjà minimales, de la CCSDN.
Le 23 décembre dernier, le journaliste Benoît Collombat, pour France inter, avait publié plusieurs notes de la DCN dans lesquels le responsable juridique dénonçait le caractère fictif des contrats de commissions aux intermédiaires non pakistanais du contrat Agosta. Le 14 décembre, le juge Renaud Van Ruymbeke s'était vu refuser par le parquet d'élargir son instruction sur un contrat de ventes de frégates françaises à l'Arabie Saoudite, dans lequel il avait retrouvé la trace des mêmes intermédiaires balladuriens. Un autre juge a été désigné pour ce volet. Mais voici que l'affaire dérape vers ... l'Inde.
La piste pakistanaise
Dans son édition du 3 janvier 2011, Libération révèle que l'attentat de Karachi pourrait être une vengeance de l'ISI, les services secrets pakistanais, après la vente par la France à l'Inde voisine de sous-marins plus modernes que ceux cédés au Pakistan en septembre 1994 (i.e. le contrat Agosta).
Le journaliste Guillaume Dasquié fait en effet état de trois témoignages qui rendent cette piste « plausible »: le premier émane d'un officier pakistanais, « toujours en poste qui a autrefois collaboré avec les personnels de la DCN envoyés à Karachi.» Ce dernier, anonyme, affirme que l'ISI a mandaté l'attentat. Alain Richard, ancien ministre (socialiste) de la Défense jusqu'en mai 2002, confirme que l'ISI soutenait des groupuscules terroristes: « nous avons été alertés de façon récurrente par la DGSE et cette appréciation était partagée par tous les services de renseignement avec lesquels nous avions des relations de confiance.»
Le journaliste de Libération rappelle également que nombre de notes déclassifiées de la DGSE et obtenues par le juge Marc Trévidic en charge de l'instruction sur l'attentat désigne un chef islamiste comme responsable de l'attentat, par ailleurs présenté comme une recrue de l'ISI.
Le second témoin est Alain Juillet, ancien haut responsable de la DGSE. Il avait déjà été interrogé par le juge Renaud Van Ruymbeke il y a 15 jours, pour lui confirmer qu'il avait été mandaté par un conseiller de Nicolas Sarkozy début 2009 pour négocier le silence de Jean-Marie Boivin, ancien dirigeant de HEINE, la société écran créée en 1994 avec l'aval du ministre du budget de l'époque, pour faire transiter les commissions aux intermédiaires du contrat Agosta. Boivin réclamait 8 millions d'euros de dédommagement après la décision de fermeture de HEINE, et était allé jusqu'à envoyer une copie de facture de ce montant à Nicolas Sarkozy le 16 mai 2007, jour de l'intronisation de ce dernier à la Présidence. Cette fois-ci, Juillet explique que « l'hypothèse d'un attentat commis sur demande de l'ISI doit être retenu. » Libération cite en effet un ancien négociateur du contrat Agosta. Ce dernier, Henri Guittet, a affirmé au juge Trévidic que, dans le cadre du contrat Agosta signé en 1994 avec le Pakistan, le gouvernement Balladur avait promis de ne pas céder de sous-marins à leur rival indien. Cet évènement, additionné à l'interruption de versement des commissions aux intermédiaires du contrat pakistanais décidée par Jacques Chirac après 1995, aurait pu être l'élément déclencheur de l'attentat. L'ancien ministre Richard précise toutefois, à Libération, que les Pakistanais avaient été tenus au courant du contrat indien : « quand s’est ouverte la perspective d’un marché de sous-marins avec l’Inde (type de contrat dont la négociation prend des années), les assurances normales en pareil cas ont été données au partenaire pakistanais que les équipements éventuellement livrés à son voisin ne provoqueraient pas de déséquilibre militaire.»
Le troisième témoin était délégué Pakistan au sein de la Sofma, la société mandatée par la DCN pour gérer le volet commercial du contrat Agosta. Jacques Jeandet a détaillé à Libération le dispositif de commissions versées à des décideurs locaux, dont l'un décida de porter l'affaire devant un juge arbitral à Londres en 2001 quand ses commissions furent stoppées.
Sarkozy au chevet du Rafale...
Mardi, Sarkozy visite le pôle opérationnel et de maintenance des Rafale, ainsi qu'un centre de simulation de pilotage commun à l'armée de l'air et à l'aéronavale françaises. A l'Elysée, on assure « qu'il ne faut pas voir dans cette visite un message particulier de la part du chef de l'Etat », rapporte le Figaro. Bien sûr...
Depuis 2008, Nicolas Sarkozy s'est personnellement engagé pour tenter de convaincre certains partenaires étrangers d'acquérir le fichu Rafale... en vain. En visite au Brésil en octobre 2008, il avait prématurément annoncé que le Brésil allait en commander. Finalement, le président brésilien Lula a renoncé à prendre cette décision, et choisi de refiler le bébé à son successeur Dilma Roussef.
Officiellement, les deux pays discuteraient encore de l'ampleur des transferts de technologie que Dassault devrait consentir. Dans les câbles diplomatiques américains publiés par Wikileaks, on a appris que cet argument ne tient pas : une large part des composants du Rafale (système de visée, composants du radar et systèmes de sécurité ) seraient fabriqués... aux Etats-Unis.
Outre le Brésil, Nicolas Sarkozy a tenté de vendre le Rafale au Qatar, à la Libye et même à l'Inde, lors de son déplacement début décembre. Lors de cette visite, Sarkozy avait cru bon de critiquer le Pakistan voisin pour ses insuffisants efforts en matière de lutte contre le terrorisme. A Karachi, la remarque avait déçu. Sarkozy n'avait rien dit, le 30 juillet dernier, quand Nicolas Sarkozy avait reçu à Paris le président pakistanais Asif Ali Zardari. Ce dernier, veuf de Benazir Bhutto, ancien premier ministre dont le troisième anniversaire de l'assassinat a été célébré voici 4 jours. D'Inde au Pakistan, de Bombay à Karachi, il n'y avait qu'un pas. Celui d'une affaire.
Quelques mois plus tôt, le juge Marc Trévidic avait demandé aux autorités britanniques et suisse des informations sur le rôle éventuel de Zardari dans le contrat Agosta.
... mais silencieux sur Karachi
Une autre affaire de ventes d'armes empoisonne en effet l'Elysée depuis 18 mois. Le 8 mai 2002, un attentat à Karachi coûta la vie à 15 personnes dont 11 Français. Depuis, on tenta de faire croire qu'Al Qaida en était le responsable. Depuis bientôt deux ans, le juge Marc Trévidic, en charge de l'enquête, a la conviction que cet attentat a quelque lien avec l'arrêt du versement de commissions décidé par Jacques Chirac en 1995 dans le cadre de la vente de sous-marins au Pakistan par le gouvernement Balladur en 1994. L'ancien président soupçonnait ces commissions d'avoir bénéficié au camp Balladur pour son financement politique.
L'exécutif sarkozyen a résisté des mois durant pour éviter de transmettre les documents demandés par les juges, qu'il s'agisse des comptes-rendus d'audition auprès de la mission parlementaire (via le président UMP de l'Assemblée et celui, UMP également, de la dite mission, ou des rapports classés secret défense tenus au chaud dans les bureaux de la DGSE.
Le 30 décembre dernier, un avis positif de déclassification partielle a été publié au Journal Officiel : la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN) a autorisé la déclassification totale de 23 notes de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), celle partielle de 3 autres documents (dont deux titrés « Ziad Takieddine », l'un des intermédiaires imposés par le gouvernement Balladur à la vente des sous-marins au Pakistan et proche de Nicolas Sarkozy), mais s'oppose à la déclassification de 28 autres documents demandés par le juge antiterroriste Marc Trévidic. On attend maintenant la décision du ministre de la Défense Alain Juppé qui peut suivre, ou pas, l'avis de la CCSDN. On imagine le scandale si Juppé décidait de ne pas suivre les recommandations, déjà minimales, de la CCSDN.
Le 23 décembre dernier, le journaliste Benoît Collombat, pour France inter, avait publié plusieurs notes de la DCN dans lesquels le responsable juridique dénonçait le caractère fictif des contrats de commissions aux intermédiaires non pakistanais du contrat Agosta. Le 14 décembre, le juge Renaud Van Ruymbeke s'était vu refuser par le parquet d'élargir son instruction sur un contrat de ventes de frégates françaises à l'Arabie Saoudite, dans lequel il avait retrouvé la trace des mêmes intermédiaires balladuriens. Un autre juge a été désigné pour ce volet. Mais voici que l'affaire dérape vers ... l'Inde.
La piste pakistanaise
Dans son édition du 3 janvier 2011, Libération révèle que l'attentat de Karachi pourrait être une vengeance de l'ISI, les services secrets pakistanais, après la vente par la France à l'Inde voisine de sous-marins plus modernes que ceux cédés au Pakistan en septembre 1994 (i.e. le contrat Agosta).
Le journaliste Guillaume Dasquié fait en effet état de trois témoignages qui rendent cette piste « plausible »: le premier émane d'un officier pakistanais, « toujours en poste qui a autrefois collaboré avec les personnels de la DCN envoyés à Karachi.» Ce dernier, anonyme, affirme que l'ISI a mandaté l'attentat. Alain Richard, ancien ministre (socialiste) de la Défense jusqu'en mai 2002, confirme que l'ISI soutenait des groupuscules terroristes: « nous avons été alertés de façon récurrente par la DGSE et cette appréciation était partagée par tous les services de renseignement avec lesquels nous avions des relations de confiance.»
Le journaliste de Libération rappelle également que nombre de notes déclassifiées de la DGSE et obtenues par le juge Marc Trévidic en charge de l'instruction sur l'attentat désigne un chef islamiste comme responsable de l'attentat, par ailleurs présenté comme une recrue de l'ISI.
Le second témoin est Alain Juillet, ancien haut responsable de la DGSE. Il avait déjà été interrogé par le juge Renaud Van Ruymbeke il y a 15 jours, pour lui confirmer qu'il avait été mandaté par un conseiller de Nicolas Sarkozy début 2009 pour négocier le silence de Jean-Marie Boivin, ancien dirigeant de HEINE, la société écran créée en 1994 avec l'aval du ministre du budget de l'époque, pour faire transiter les commissions aux intermédiaires du contrat Agosta. Boivin réclamait 8 millions d'euros de dédommagement après la décision de fermeture de HEINE, et était allé jusqu'à envoyer une copie de facture de ce montant à Nicolas Sarkozy le 16 mai 2007, jour de l'intronisation de ce dernier à la Présidence. Cette fois-ci, Juillet explique que « l'hypothèse d'un attentat commis sur demande de l'ISI doit être retenu. » Libération cite en effet un ancien négociateur du contrat Agosta. Ce dernier, Henri Guittet, a affirmé au juge Trévidic que, dans le cadre du contrat Agosta signé en 1994 avec le Pakistan, le gouvernement Balladur avait promis de ne pas céder de sous-marins à leur rival indien. Cet évènement, additionné à l'interruption de versement des commissions aux intermédiaires du contrat pakistanais décidée par Jacques Chirac après 1995, aurait pu être l'élément déclencheur de l'attentat. L'ancien ministre Richard précise toutefois, à Libération, que les Pakistanais avaient été tenus au courant du contrat indien : « quand s’est ouverte la perspective d’un marché de sous-marins avec l’Inde (type de contrat dont la négociation prend des années), les assurances normales en pareil cas ont été données au partenaire pakistanais que les équipements éventuellement livrés à son voisin ne provoqueraient pas de déséquilibre militaire.»
Le troisième témoin était délégué Pakistan au sein de la Sofma, la société mandatée par la DCN pour gérer le volet commercial du contrat Agosta. Jacques Jeandet a détaillé à Libération le dispositif de commissions versées à des décideurs locaux, dont l'un décida de porter l'affaire devant un juge arbitral à Londres en 2001 quand ses commissions furent stoppées.
lundi 3 janvier 2011
Sarkozy entame sa tournée des voeux
A chaque nouvelle année, on se souhaite de bons voeux. On prend de belles résolutions.
Nicolas Sarkozy a entamé sa tournée des voeux dès le premier de l'an. En fin de matinée, avant d'aller déjeuner dans un restaurant chic pas très loin de l'Elysée, il a voulu rendre hommage aux fonctionnaires d'astreinte pendant la nuit de la Saint-Sylvestre. A quelques-uns d'entre eux, il répéta qu'il saluait leurs efforts, qu'il comprenait leurs demandes, mais que la rigueur, pour eux, est nécessaire s'ils voulaient éviter de tomber dans la situation grecque.
Sarkozy est toujours président, il parle toujours de micro-sujets (la neige à Paris), alors que tous les traditionnels récapitulatifs d'actualité de l'année précédente rappelaient combien les Français s'inquiétaient de leur précarité. On ressasse déjà les éléments de langage élyséens sur cette nouvelle présidence française, celle des G20 et G8 alors qu'on mesure déjà l'écart entre discours et réalité sur un sujet aussi emblématique que l'apprentissage.
Bienvenue en 2011, rien n'a changé.
Le Monarque, la neige et la rigueur
Samedi 1er janvier, Nicolas Sarkozy a reçu un échantillon de fonctionnaires d'astreinte le soir de la Saint-Sylvestre en région parisienne. « Le chef de l'Etat souhaite ainsi rendre hommage aux hommes et aux femmes, de tous statuts (civils et militaires, magistrats, fonctionnaires ou salariés de droit privé, bénévoles agissant dans un cadre associatif) qui, dans toute la France, permettent la continuité des services indispensables à la population et assurent la sécurité du réveillon de la Saint-Sylvestre.» Silencieux sur les préoccupations principales du pays, Sarkozy, ce samedi, eut quelques mots à propos des difficultés de transports pendant les récents « épisodes neigeux » de ces dernières semaines.
« Chaque année, depuis 4 ans, je tiens à rendre hommage à celles et ceux qui assurent pendant la nuit du 31 décembre la continuité de la vie nationale et plus particulièrement la vie des services publics.» commença-t-il. Pour déplorer ensuite : « L'hiver qui est arrivé précocement sur le pays a mis à rude épreuve les services publics, contraints de faire face à des conditions climatique exceptionnelles, or dès que nous sommes confrontés à de telles situations, nos moyens d'action, nos modes d'organisation sont remis en question. » Quel scandale ! Mais que fait la police ?! Lisant ses notes pendant quasiment toute son intervention, il n'évita pas l'indignation facile : « La situation de désorganisation que nous avons ponctuellement pu connaître ces dernières semaines n'est pas acceptable ». Il loua pourtant les équipes d'EDF, de la police, et même les cheminots de la SNCF, avant de transiter rapidement sur l'insécurité : « La SNCF et RFF sont confrontées à une recrudescence de vols de cuivre sur le réseau. » Pire : « cette année, nous avons eu à déplorer, et à regretter, la mort de 5 policiers et de 12 gendarmes dans le cadre de leur activité... Quand même... En 2010... Dans un pays civilisé. Et j'ajoute que 12000 policiers et gendarmes ont été blessés. » (13 000 en réalité).
Sarkozy continua sur sa lancée. « L'année 2010 a été marquée par la mise en oeuvre du rapprochement de la police et de la gendarmerie sous le commandement unique du ministre de l'intérieur. En île de France, ce fut l'année de la mise en place de la police d'agglomération (...). Dans les mois qui viennent, nous iront plus loin, en réformant les structures territoriales afin de renforcer encore la présence sur la voie publique et les tâches d'investigation.» Il faut faire croire qu'on se préoccupe du sujet.
« Cette année encore, pour la huitième année consécutive, la délinquance générale a reculé de près de 3%. (...) Les violences physiques continuent de progresser ». Quel aveu ! «... même si c'est dans des proportions cinq fois moindre qu'il y a quelques années » s'empresse-t-il d'ajouter. Vraiment ? Son échec en matière de lutte contre l'insécurité est pourtant devenu un constat partagé. Ces violences se chiffraient à 228.000 actes en 1996, 381.000 en 2002 (+67%), 433.000 en 2007 (+14%). En 2010, elles dépassaient les 460 000 (+22% depuis 2002). Mais rapportés au nombre d'habitants, le nombre de violences physiques crapuleuses est passé de 1,8 pour 1000 habitants en 1997 à 2,5 en 2001 (+38% en 5 ans), puis à 3,4 en 2006 (+52% versus 2001) et encore 3,8 en 2009.
Avant de conclure, Sarkozy reprend un registre désormais habituel : « je connais la difficulté de vos métiers », commente-il, en faisant allusion aux demandes de moyens supplémentaires. « Mais je vous demande de comprendre que ma responsabilité de président de la République, c'est de garantir aux Français un avenir indépendant avec une protection sociale préservée. » Cette ode à l'indépendance, pour justifier la rigueur, est le nouveau phrasé sarkozyen de cette nouvelle année. Sarkozy l'avait testé, quasiment mot pour mot, devant une dizaine d'infirmières juste avant les fêtes. Gageons qu'il nous le ressortira à chaque voeux dans les semaines à venir.
Vers 13h45 le même jour, Carla et Nicolas se sont montrés ensuite dans les rues sécurisées du 8ème arrondissement de Paris pour aller déjeuner. « le chef de l’Etat se rassure en constatant la "gentillesse" des passants qu’il croise.» commente le JDD. Pourquoi n'est-il pas allé déjeuner à la Comète chez l'autre Nicolas ? Vendredi soir, onze millions de Français auraient regardé sa prestation télévisée. En fait, ce score est très médiocre. Diffusé à 20h en ouverture des journaux télévisés, le président français pouvait compter sur une quinzaine de millions de Français, soit l'audience cumulée habituelle des JT de TF1 et France 2 réunis. Pour l'heure, on décrypte, avec l'aide des conseillers élyséens, les intentions du Monarque pour les semaines à venir : il va continuer ses tables rondes « hors sol », rarement commentées, jamais dans l'actualité, toujours électoralistes. Leur coût sera-t-il imputé sur les comptes de campagne du futur candidat ? On souligne que ses voeux ont couvert un large spectre politique : un peu d'euro pour les centristes europhiles, un peu de laïcité pour les radicaux de Borloo et contre l'offensive frontiste de Marine Le Pen ; de la fermeté, évidemment, sur la sécurité. Un soupçon de nostalgie 2007 pour les électeurs déçus (heures sup' et réformes). Dès le 1er janvier, le story-telling a repris.
Brice Hortefeux avait pris soin de prévenir. Il ne communiquera pas le nombre de voitures incendiées dans la nuit du 31 décembre. Nous eûmes droit à une autre statistique : 501 personnes ont été interpelées. Un chiffre en hausse par rapport aux deux précédentes Saint-Sylvestre (405 personnes avaient été interpellées en 2010 et 288 en 2009). La nuit ne fut « pas si tranquille », notait le Figaro.
L'apprentissage, fausse promesse
Pour 2011, Sarkozy veut « mettre le paquet sur l'apprentissage ». C'est le Figaro.fr qui nous le confirme, dimanche soir. Pourtant, il a fallu attendre ce 1er janvier pour obtenir confirmation que le même Nicolas Sarkozy avait décidé de supprimer l'essentiel des dispositifs de soutien à l'apprentissage. Le motif que ces derniers avaient mis en oeuvre à cause de la crise dont nous serions tous sortis. Au 1er décembre 2008, 412 000 jeunes étaient sous contrats de travail en alternance, dont 253 000 en apprentissage et 159 000 en contrat de « professionnalisation. » Sept mois plus tard, le gouvernement décidait de trois aides : 1 800 euros pour toute embauche d'un apprenti dans les entreprises de moins de 10 salariés, exonération totale de charges pour tout apprenti embauché dans une entreprise de plus de 10 salariés, et primes de 1000 à 2000 euros pour l'embauche d'un jeune en contrat de professionnalisation. Le 1er décembre 2009, on comptait 373 000 jeunes en alternance, soit une baisse de 20% des contrats de professionnalisations de moins, et de 3% pour le nombre d'apprenti. Un vrai paradoxe ! Pire, un an plus tard, au 1er décembre 2010, leur nombre avait à peine augmenté : 130 000 professionnalisations et 256 000 apprentis, soit 377 000 jeunes en alternance, un niveau toujours inférieur de 8% à celui d'avant la crise... Et ce n'est pas tout : pour 2011, le gouvernement a décidé de supprimer les trois dispositifs sus-nommés. « Nous sommes maintenant dans un contexte de sortie de crise, donc il nous faut adapter nos réponses d'accompagnement des entreprises» a justifié Nadine Morano, la nouvelle ministre de la formation professionnelle depuis le remaniement de novembre dernier, le 15 décembre dernier.
L'apprentissage devait être l'une des rares causes nationales retenus par le pré-candidat Sarkozy pour 2011. Xavier Bertrand, son ministre de tutelle, nous avait promis, comme son patron élyséen, le passage rapide de 600 000 jeunes en alternance aujourd'hui à 800 000 en 2015... « voire un million dans un avenir assez proche », avait même rappelé Nadine Morano lors d'une visite à Berlin le 14 décembre dernier.
Que faut-il retenir de ces belles déclarations ? Qu'elles sont vaines, pour amuser la galerie politique, et endormir l'électeur.
Le G20, story telling international
Les mêmes journalistes qui s'amusent des histoires sarkozyennes ont affiché peu de recul sur la présidence française des G20 et G8. Que diable ! Faut-il qu'ils soient amnésiques ? Arnaud Leparmentier, pour le Monde, expliquait vendredi que « Nicolas Sarkozy s'est fixé des objectifs considérables pour la double présidence française de 2011 », détaillant ensuite, citation d'Hubert Védrine, ancien ministre socialiste des affaires étrangères, à l'appui, combien « ce que l'équipe française a préparé est assez astucieux.» Des rencontres délocalisées, un périmètre de discussions quasiment sans limite (réforme du système monétaire et des marchés de matières premières, gouvernance mondiale, débat sur Internet, trafics de drogue et corruption).
Pourrait-on rappeler aux Français que les deux précédentes expériences internationales de Nicolas Sarkozy, la présidence française de l'Union européenne puis le sommet de Copenhague sur le climat furent des échecs retentissants ? Pendant la première, Sarkozy a suivi ses collègues Brown (qui a imposé le soutien au crédit intra-bancaire) et Merkel (qui a lancé un plan de relance plus tôt que les autres). Pour la seconde, Sarkozy s'est révélé incapable de convaincre Obama comme Hu Jintao, malgré ses grandes déclarations.
Quelque soit le sujet, l'année 2011 commence donc comme prévu. Comme si rien n'avait changé.
Ami sarkozyste, où es-tu ?
Nicolas Sarkozy a entamé sa tournée des voeux dès le premier de l'an. En fin de matinée, avant d'aller déjeuner dans un restaurant chic pas très loin de l'Elysée, il a voulu rendre hommage aux fonctionnaires d'astreinte pendant la nuit de la Saint-Sylvestre. A quelques-uns d'entre eux, il répéta qu'il saluait leurs efforts, qu'il comprenait leurs demandes, mais que la rigueur, pour eux, est nécessaire s'ils voulaient éviter de tomber dans la situation grecque.
Sarkozy est toujours président, il parle toujours de micro-sujets (la neige à Paris), alors que tous les traditionnels récapitulatifs d'actualité de l'année précédente rappelaient combien les Français s'inquiétaient de leur précarité. On ressasse déjà les éléments de langage élyséens sur cette nouvelle présidence française, celle des G20 et G8 alors qu'on mesure déjà l'écart entre discours et réalité sur un sujet aussi emblématique que l'apprentissage.
Bienvenue en 2011, rien n'a changé.
Le Monarque, la neige et la rigueur
Samedi 1er janvier, Nicolas Sarkozy a reçu un échantillon de fonctionnaires d'astreinte le soir de la Saint-Sylvestre en région parisienne. « Le chef de l'Etat souhaite ainsi rendre hommage aux hommes et aux femmes, de tous statuts (civils et militaires, magistrats, fonctionnaires ou salariés de droit privé, bénévoles agissant dans un cadre associatif) qui, dans toute la France, permettent la continuité des services indispensables à la population et assurent la sécurité du réveillon de la Saint-Sylvestre.» Silencieux sur les préoccupations principales du pays, Sarkozy, ce samedi, eut quelques mots à propos des difficultés de transports pendant les récents « épisodes neigeux » de ces dernières semaines.
« Chaque année, depuis 4 ans, je tiens à rendre hommage à celles et ceux qui assurent pendant la nuit du 31 décembre la continuité de la vie nationale et plus particulièrement la vie des services publics.» commença-t-il. Pour déplorer ensuite : « L'hiver qui est arrivé précocement sur le pays a mis à rude épreuve les services publics, contraints de faire face à des conditions climatique exceptionnelles, or dès que nous sommes confrontés à de telles situations, nos moyens d'action, nos modes d'organisation sont remis en question. » Quel scandale ! Mais que fait la police ?! Lisant ses notes pendant quasiment toute son intervention, il n'évita pas l'indignation facile : « La situation de désorganisation que nous avons ponctuellement pu connaître ces dernières semaines n'est pas acceptable ». Il loua pourtant les équipes d'EDF, de la police, et même les cheminots de la SNCF, avant de transiter rapidement sur l'insécurité : « La SNCF et RFF sont confrontées à une recrudescence de vols de cuivre sur le réseau. » Pire : « cette année, nous avons eu à déplorer, et à regretter, la mort de 5 policiers et de 12 gendarmes dans le cadre de leur activité... Quand même... En 2010... Dans un pays civilisé. Et j'ajoute que 12000 policiers et gendarmes ont été blessés. » (13 000 en réalité).
Sarkozy continua sur sa lancée. « L'année 2010 a été marquée par la mise en oeuvre du rapprochement de la police et de la gendarmerie sous le commandement unique du ministre de l'intérieur. En île de France, ce fut l'année de la mise en place de la police d'agglomération (...). Dans les mois qui viennent, nous iront plus loin, en réformant les structures territoriales afin de renforcer encore la présence sur la voie publique et les tâches d'investigation.» Il faut faire croire qu'on se préoccupe du sujet.
« Cette année encore, pour la huitième année consécutive, la délinquance générale a reculé de près de 3%. (...) Les violences physiques continuent de progresser ». Quel aveu ! «... même si c'est dans des proportions cinq fois moindre qu'il y a quelques années » s'empresse-t-il d'ajouter. Vraiment ? Son échec en matière de lutte contre l'insécurité est pourtant devenu un constat partagé. Ces violences se chiffraient à 228.000 actes en 1996, 381.000 en 2002 (+67%), 433.000 en 2007 (+14%). En 2010, elles dépassaient les 460 000 (+22% depuis 2002). Mais rapportés au nombre d'habitants, le nombre de violences physiques crapuleuses est passé de 1,8 pour 1000 habitants en 1997 à 2,5 en 2001 (+38% en 5 ans), puis à 3,4 en 2006 (+52% versus 2001) et encore 3,8 en 2009.
Avant de conclure, Sarkozy reprend un registre désormais habituel : « je connais la difficulté de vos métiers », commente-il, en faisant allusion aux demandes de moyens supplémentaires. « Mais je vous demande de comprendre que ma responsabilité de président de la République, c'est de garantir aux Français un avenir indépendant avec une protection sociale préservée. » Cette ode à l'indépendance, pour justifier la rigueur, est le nouveau phrasé sarkozyen de cette nouvelle année. Sarkozy l'avait testé, quasiment mot pour mot, devant une dizaine d'infirmières juste avant les fêtes. Gageons qu'il nous le ressortira à chaque voeux dans les semaines à venir.
Vers 13h45 le même jour, Carla et Nicolas se sont montrés ensuite dans les rues sécurisées du 8ème arrondissement de Paris pour aller déjeuner. « le chef de l’Etat se rassure en constatant la "gentillesse" des passants qu’il croise.» commente le JDD. Pourquoi n'est-il pas allé déjeuner à la Comète chez l'autre Nicolas ? Vendredi soir, onze millions de Français auraient regardé sa prestation télévisée. En fait, ce score est très médiocre. Diffusé à 20h en ouverture des journaux télévisés, le président français pouvait compter sur une quinzaine de millions de Français, soit l'audience cumulée habituelle des JT de TF1 et France 2 réunis. Pour l'heure, on décrypte, avec l'aide des conseillers élyséens, les intentions du Monarque pour les semaines à venir : il va continuer ses tables rondes « hors sol », rarement commentées, jamais dans l'actualité, toujours électoralistes. Leur coût sera-t-il imputé sur les comptes de campagne du futur candidat ? On souligne que ses voeux ont couvert un large spectre politique : un peu d'euro pour les centristes europhiles, un peu de laïcité pour les radicaux de Borloo et contre l'offensive frontiste de Marine Le Pen ; de la fermeté, évidemment, sur la sécurité. Un soupçon de nostalgie 2007 pour les électeurs déçus (heures sup' et réformes). Dès le 1er janvier, le story-telling a repris.
Brice Hortefeux avait pris soin de prévenir. Il ne communiquera pas le nombre de voitures incendiées dans la nuit du 31 décembre. Nous eûmes droit à une autre statistique : 501 personnes ont été interpelées. Un chiffre en hausse par rapport aux deux précédentes Saint-Sylvestre (405 personnes avaient été interpellées en 2010 et 288 en 2009). La nuit ne fut « pas si tranquille », notait le Figaro.
L'apprentissage, fausse promesse
Pour 2011, Sarkozy veut « mettre le paquet sur l'apprentissage ». C'est le Figaro.fr qui nous le confirme, dimanche soir. Pourtant, il a fallu attendre ce 1er janvier pour obtenir confirmation que le même Nicolas Sarkozy avait décidé de supprimer l'essentiel des dispositifs de soutien à l'apprentissage. Le motif que ces derniers avaient mis en oeuvre à cause de la crise dont nous serions tous sortis. Au 1er décembre 2008, 412 000 jeunes étaient sous contrats de travail en alternance, dont 253 000 en apprentissage et 159 000 en contrat de « professionnalisation. » Sept mois plus tard, le gouvernement décidait de trois aides : 1 800 euros pour toute embauche d'un apprenti dans les entreprises de moins de 10 salariés, exonération totale de charges pour tout apprenti embauché dans une entreprise de plus de 10 salariés, et primes de 1000 à 2000 euros pour l'embauche d'un jeune en contrat de professionnalisation. Le 1er décembre 2009, on comptait 373 000 jeunes en alternance, soit une baisse de 20% des contrats de professionnalisations de moins, et de 3% pour le nombre d'apprenti. Un vrai paradoxe ! Pire, un an plus tard, au 1er décembre 2010, leur nombre avait à peine augmenté : 130 000 professionnalisations et 256 000 apprentis, soit 377 000 jeunes en alternance, un niveau toujours inférieur de 8% à celui d'avant la crise... Et ce n'est pas tout : pour 2011, le gouvernement a décidé de supprimer les trois dispositifs sus-nommés. « Nous sommes maintenant dans un contexte de sortie de crise, donc il nous faut adapter nos réponses d'accompagnement des entreprises» a justifié Nadine Morano, la nouvelle ministre de la formation professionnelle depuis le remaniement de novembre dernier, le 15 décembre dernier.
L'apprentissage devait être l'une des rares causes nationales retenus par le pré-candidat Sarkozy pour 2011. Xavier Bertrand, son ministre de tutelle, nous avait promis, comme son patron élyséen, le passage rapide de 600 000 jeunes en alternance aujourd'hui à 800 000 en 2015... « voire un million dans un avenir assez proche », avait même rappelé Nadine Morano lors d'une visite à Berlin le 14 décembre dernier.
Que faut-il retenir de ces belles déclarations ? Qu'elles sont vaines, pour amuser la galerie politique, et endormir l'électeur.
Le G20, story telling international
Les mêmes journalistes qui s'amusent des histoires sarkozyennes ont affiché peu de recul sur la présidence française des G20 et G8. Que diable ! Faut-il qu'ils soient amnésiques ? Arnaud Leparmentier, pour le Monde, expliquait vendredi que « Nicolas Sarkozy s'est fixé des objectifs considérables pour la double présidence française de 2011 », détaillant ensuite, citation d'Hubert Védrine, ancien ministre socialiste des affaires étrangères, à l'appui, combien « ce que l'équipe française a préparé est assez astucieux.» Des rencontres délocalisées, un périmètre de discussions quasiment sans limite (réforme du système monétaire et des marchés de matières premières, gouvernance mondiale, débat sur Internet, trafics de drogue et corruption).
Pourrait-on rappeler aux Français que les deux précédentes expériences internationales de Nicolas Sarkozy, la présidence française de l'Union européenne puis le sommet de Copenhague sur le climat furent des échecs retentissants ? Pendant la première, Sarkozy a suivi ses collègues Brown (qui a imposé le soutien au crédit intra-bancaire) et Merkel (qui a lancé un plan de relance plus tôt que les autres). Pour la seconde, Sarkozy s'est révélé incapable de convaincre Obama comme Hu Jintao, malgré ses grandes déclarations.
Quelque soit le sujet, l'année 2011 commence donc comme prévu. Comme si rien n'avait changé.
Ami sarkozyste, où es-tu ?
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dimanche 2 janvier 2011
Ces voeux que Sarkozy n'a pas prononcé
Vendredi soir, Nicolas Sarkozy était revenu d'une semaine à Marrakech pour délivrer ses 10 minutes de voeux de bonne année à ses concitoyens. Incroyable innovation, la brève allocution fut également diffusée sur Dailymotion. Internet a du bon, quand il s'agit de propager sans filtre la parole présidentielle.
Ce vendredi 31 décembre, Nicolas Sarkozy avait l'embarras du choix pour ses voeux aux Français. L'année 2010 fut exécrable. Sarkozy, d'ailleurs, commença par la même formule qu'en décembre 2008 et décembre 2009 : « l'année 2010 s'achève. Je sais qu'elle rude pour bon nombre d'entre vous. » Les bouleversements du monde furent suffisamment accélérés ces quatre dernières années pour que le « président de la cinquième économie du monde », comme il aime le rappeler si souvent, puisse trouver quelques voeux cohérents avec les angoisses du moment.
Des voeux de justice ?
Le président français aurait pu, dès les premières polémiques l'an dernier, se saisir du sujet à bras le corps, annoncer une grande réforme politique - lui qui aime tant le terme -, promettre une révision complète des exigences de transparence politique. On connaît les mesures, inutile de tergiverser : interdire les donations aux micro-partis de personnalités déjà affiliées à une organisation financée ; interdire le cumul d'une activité rémunératrice à titre privée pour les élus de la nation ; garantir l'indépendance des magistrats y compris les procureurs pour tout ce qui concerne les instructions particulières.
On aurait pu comprendre que la violence et l'accélération des révélations l'avaient un temps troublé et tétanisé. Mais 6 mois et deux semaines après la publication des enregistrements pirates de l'affaire Bettencourt, la digestion devrait être terminée. L'indignation populaire apparaît si forte qu'il avait tout à gagner à un repositionnement nécessaire.
Ce vendredi, ses propos sur la justice faisaient sourire : « Le respect de la loi est intangible et on ne la bafoue pas. » L'année 2010 fut désastreuse. Dans l'affaire Woerth/Bettencourt, l'Elysée a manoeuvré pour freiner la recherche de la vérité. Dans l'affaire de Karachi, les obstructions furent tout aussi nombreuses. Contre des journalistes trop curieux, Sarkozy a lancé les services de renseignements, multiplié les menaces publiques. Que dire de son ministre Hortefeux, toujours en poste maisdéjà condamné pour injure raciste puis atteinte à la présomption d'innocence ? Que dire du projet de suppression du juge d'instruction sans garantie nouvelle d'indépendance accordée aux instructions ?
Des voeux d'équité ?
Conscient de la gravité de nos déficits publics, Nicolas Sarkozy aurait pu annoncer une vraie refonte de la fiscalité, de la suppression des niches fiscales bénéficiant aux revenus supérieurs et aux grandes entreprisesà la réintroduction d'une réelle progressivité de la charge de l'impôt comme des bénéfices sociaux. Son bouclier fiscal a démontré qu'il n'avait aucun impact contre l'expatriation fiscale. Et si les temps budgétaires sont réellement si difficiles, la rigueur nécessaire devrait être juste.
On aurait presque pu lui pardonner de n'avoir pas saisi l'occasion de l'élaboration du budget 2011. Les délais étaient peut-être trop court, la reprise trop fragile, l'équilibre entre rigueur et relance trop délicat à trouver. Mais pour 2011, il pouvait faire mieux. Et prouver qu'il comprenait que sa Présidence des Riches n'avait que trop durer, que son chantier en faveur de la dépendance n'était qu'un hochet insuffisant pour calmer l'amertume populaire. Il aurait pu promettre quelques mesures symboliques - les symboles comptent doublement en période de crise - comme la suppression de quelques privilèges d'Etat plus conséquents que la réduction du nombre de mètres carrés ou de véhicules dans la fonction publique. Vendredi, il a promis une année utile : « Nous allons donc continuer à réformer parce que c'est la seule façon de préserver notre modèle.»,
Des voeux de rassemblement ?
Depuis l'échec des élections régionales, et en préparation du scrutin de 2012, on nous avait promis, de petites phrases en fausses confidences, que Nicolas Sarkozy s'afficherait enfin comme le président de tous les Français, un vrai chef d'Etat rassembleur, protecteur de tous et surtout des plus fragiles. Au lieu de quoi, le Monarque a dérapé dans le discours xénophobe le plus primaire, et multiplié les réunions de pré-campagne. N'en déplaisent à celles et ceux qui l'on élu en mai 2007, Nicolas Sarkozy n'a jamais habité sa fonction. Il n'a jamais été été président de la République. Pour 2011, il aurait pu nous promettre, là aussi, un changement d'attitude.
Ni juste, ni social, ni rassembleur, Sarkozy a choisi ce vendredi 31 décembre d'apparaître inchangé, les promesses en moins. Il voudrait qu'on comprenne la difficulté de son action, qu'on excuse ses échecs en cascade, qu'on oublie qu'il est responsable de ses propres promesses. Il a osé affirmer qu'il serait le garanti de nos valeurs républicaines: « je ferai mon devoir en écoutant, en dialoguant mais, lorsque le moment sera venu, en prenant les décisions qui s'imposent dans un esprit de vérité et de justice. Je le ferai en respectant scrupuleusement nos principes républicains les plus chers ». Doit-on lui rappeler que la seule et unique rupture qu'il a imprimé au pays depuis son élection est justement avec les valeurs fondamentales du pays ? Il a promu, dans son discours de Grenoble, puis fait voter, dans la loi Besson sur l'immigration de l'automne dernier, la modularité des peines en fonction de l'ancienneté de naturalisation. De son discours de Dakar en juillet 2007 à la chasse aux Roms de l'été 2010, il a introduit une dimension discriminatoire dans la parole publique. Devant les Sages du Conseil Constitutionnel, il a récusé l'exigence de contre-pouvoirs. Il s'est attaqué à l'indépendance de la justice. Il a privatisé les moyens publics, y compris les services secrets, à son seul usage. Il a promu la confusion des intérêts publics et privés, du pantouflage de ses conseillers (cf. l'affaire Pérol) à la nomination avortée de son fils à la tête de l'Epad.
La préoccupation des Français est l'emploi. La menace du chômage, surtout de longue durée, est un épouvantail tout trouvé pour que rien ne change. La défense du pouvoir d'achat en moins, Sarkozy peut reprendre son argumentaire de 2007 sur « la revalorisation du travail », l'investissement et la flexibilité. Le développement de la précarité reste avant tout une arme de domination politique. Pour le reste, Sarkozy n'a pas compris, et ne comprend pas les critiques qui lui sont faites. Il n'a pas compris que son népotisme familial puisse choquer ; qu'un ministre viré qui retrouve automatiquement son poste de député sans élection puisse choquer; que les relations consanguines entre le Premier cercle de ses donateurs politiques et la gestion de l'Etat puissent révolter.
« L'année 2011 s'annonce comme porteuse d'espérance » déclara Sarkozy vendredi.
Très certainement.
Voeux du Président Nicolas Sarkozy aux Français pour 2011
envoyé par elysee. - L'actualité du moment en vidéo.
Ce vendredi 31 décembre, Nicolas Sarkozy avait l'embarras du choix pour ses voeux aux Français. L'année 2010 fut exécrable. Sarkozy, d'ailleurs, commença par la même formule qu'en décembre 2008 et décembre 2009 : « l'année 2010 s'achève. Je sais qu'elle rude pour bon nombre d'entre vous. » Les bouleversements du monde furent suffisamment accélérés ces quatre dernières années pour que le « président de la cinquième économie du monde », comme il aime le rappeler si souvent, puisse trouver quelques voeux cohérents avec les angoisses du moment.
Des voeux de justice ?
Le président français aurait pu, dès les premières polémiques l'an dernier, se saisir du sujet à bras le corps, annoncer une grande réforme politique - lui qui aime tant le terme -, promettre une révision complète des exigences de transparence politique. On connaît les mesures, inutile de tergiverser : interdire les donations aux micro-partis de personnalités déjà affiliées à une organisation financée ; interdire le cumul d'une activité rémunératrice à titre privée pour les élus de la nation ; garantir l'indépendance des magistrats y compris les procureurs pour tout ce qui concerne les instructions particulières.
On aurait pu comprendre que la violence et l'accélération des révélations l'avaient un temps troublé et tétanisé. Mais 6 mois et deux semaines après la publication des enregistrements pirates de l'affaire Bettencourt, la digestion devrait être terminée. L'indignation populaire apparaît si forte qu'il avait tout à gagner à un repositionnement nécessaire.
Ce vendredi, ses propos sur la justice faisaient sourire : « Le respect de la loi est intangible et on ne la bafoue pas. » L'année 2010 fut désastreuse. Dans l'affaire Woerth/Bettencourt, l'Elysée a manoeuvré pour freiner la recherche de la vérité. Dans l'affaire de Karachi, les obstructions furent tout aussi nombreuses. Contre des journalistes trop curieux, Sarkozy a lancé les services de renseignements, multiplié les menaces publiques. Que dire de son ministre Hortefeux, toujours en poste maisdéjà condamné pour injure raciste puis atteinte à la présomption d'innocence ? Que dire du projet de suppression du juge d'instruction sans garantie nouvelle d'indépendance accordée aux instructions ?
Des voeux d'équité ?
Conscient de la gravité de nos déficits publics, Nicolas Sarkozy aurait pu annoncer une vraie refonte de la fiscalité, de la suppression des niches fiscales bénéficiant aux revenus supérieurs et aux grandes entreprisesà la réintroduction d'une réelle progressivité de la charge de l'impôt comme des bénéfices sociaux. Son bouclier fiscal a démontré qu'il n'avait aucun impact contre l'expatriation fiscale. Et si les temps budgétaires sont réellement si difficiles, la rigueur nécessaire devrait être juste.
On aurait presque pu lui pardonner de n'avoir pas saisi l'occasion de l'élaboration du budget 2011. Les délais étaient peut-être trop court, la reprise trop fragile, l'équilibre entre rigueur et relance trop délicat à trouver. Mais pour 2011, il pouvait faire mieux. Et prouver qu'il comprenait que sa Présidence des Riches n'avait que trop durer, que son chantier en faveur de la dépendance n'était qu'un hochet insuffisant pour calmer l'amertume populaire. Il aurait pu promettre quelques mesures symboliques - les symboles comptent doublement en période de crise - comme la suppression de quelques privilèges d'Etat plus conséquents que la réduction du nombre de mètres carrés ou de véhicules dans la fonction publique. Vendredi, il a promis une année utile : « Nous allons donc continuer à réformer parce que c'est la seule façon de préserver notre modèle.»,
Des voeux de rassemblement ?
Depuis l'échec des élections régionales, et en préparation du scrutin de 2012, on nous avait promis, de petites phrases en fausses confidences, que Nicolas Sarkozy s'afficherait enfin comme le président de tous les Français, un vrai chef d'Etat rassembleur, protecteur de tous et surtout des plus fragiles. Au lieu de quoi, le Monarque a dérapé dans le discours xénophobe le plus primaire, et multiplié les réunions de pré-campagne. N'en déplaisent à celles et ceux qui l'on élu en mai 2007, Nicolas Sarkozy n'a jamais habité sa fonction. Il n'a jamais été été président de la République. Pour 2011, il aurait pu nous promettre, là aussi, un changement d'attitude.
Ni juste, ni social, ni rassembleur, Sarkozy a choisi ce vendredi 31 décembre d'apparaître inchangé, les promesses en moins. Il voudrait qu'on comprenne la difficulté de son action, qu'on excuse ses échecs en cascade, qu'on oublie qu'il est responsable de ses propres promesses. Il a osé affirmer qu'il serait le garanti de nos valeurs républicaines: « je ferai mon devoir en écoutant, en dialoguant mais, lorsque le moment sera venu, en prenant les décisions qui s'imposent dans un esprit de vérité et de justice. Je le ferai en respectant scrupuleusement nos principes républicains les plus chers ». Doit-on lui rappeler que la seule et unique rupture qu'il a imprimé au pays depuis son élection est justement avec les valeurs fondamentales du pays ? Il a promu, dans son discours de Grenoble, puis fait voter, dans la loi Besson sur l'immigration de l'automne dernier, la modularité des peines en fonction de l'ancienneté de naturalisation. De son discours de Dakar en juillet 2007 à la chasse aux Roms de l'été 2010, il a introduit une dimension discriminatoire dans la parole publique. Devant les Sages du Conseil Constitutionnel, il a récusé l'exigence de contre-pouvoirs. Il s'est attaqué à l'indépendance de la justice. Il a privatisé les moyens publics, y compris les services secrets, à son seul usage. Il a promu la confusion des intérêts publics et privés, du pantouflage de ses conseillers (cf. l'affaire Pérol) à la nomination avortée de son fils à la tête de l'Epad.
La préoccupation des Français est l'emploi. La menace du chômage, surtout de longue durée, est un épouvantail tout trouvé pour que rien ne change. La défense du pouvoir d'achat en moins, Sarkozy peut reprendre son argumentaire de 2007 sur « la revalorisation du travail », l'investissement et la flexibilité. Le développement de la précarité reste avant tout une arme de domination politique. Pour le reste, Sarkozy n'a pas compris, et ne comprend pas les critiques qui lui sont faites. Il n'a pas compris que son népotisme familial puisse choquer ; qu'un ministre viré qui retrouve automatiquement son poste de député sans élection puisse choquer; que les relations consanguines entre le Premier cercle de ses donateurs politiques et la gestion de l'Etat puissent révolter.
« L'année 2011 s'annonce comme porteuse d'espérance » déclara Sarkozy vendredi.
Très certainement.
Voeux du Président Nicolas Sarkozy aux Français pour 2011
envoyé par elysee. - L'actualité du moment en vidéo.
samedi 1 janvier 2011
191ème semaine de Sarkofrance : repos à Marrakech
Il n'était pas là. Sarkozy se reposait à Marrakech, avec Carla. Il est revenu pour ses voeux, présentés aux Français, comme les années précédentes, depuis le Palais. 2011 devait être sa dernière année de travail, elle est déjà sa première année de campagne. L'année s'est écoulée comme prévue, difficile. L'heure des bilans a déjà sonné puisque Sarkozy pense déjà, depuis plusieurs mois, à son second mandat et à rien d'autre.
Vacances dorées
A Marrakech, Nicolas Sarkozy a rencontré Ali Bongo, l'actuel président du Gabon. Justement, le quotidien El Pais a livré un nouveau (faux) scoop issu des 250 000 notes diplomatiques de Wikileaks. Quatre jours après la mort d'Omar Bongo, le 12 juin 2009, un haut fonctionnaire de la Banque des Etats d'Afrique centrale (BEAC) confiait à un diplomate de l'ambassade américaine au Cameroun que 28 millions d'euros de sa banque avaient été détournés au profit des autorités gabonaises. Il précisait surtout que « les dirigeants gabonais ont utilisé les fonds détournés pour leur enrichissement personnel et, suivant les instructions de Bongo, ont remis une partie de l'argent à des partis politiques français, y compris en soutien au président Nicolas Sarkozy. » Le Monde a expliqué pourquoi il n'avait pas jugé bon de publier la nouvelle, qui, pourtant, ne fait qu'étayer une rumeur connue depuis des lustres : « Cette ambassade n'est pas en mesure de vérifier la véracité de l'accusation selon laquelle des hommes politiques français ont bénéficié du détournement de fond. » Qu'un représentant officiel de la banque dont les fonds furent détournés témoigne ne suffisait pas au grand quotidien du soir.
De Marrakech, Sarkozy n'avait pas grand chose à dire aux familles des otages français en Afghanistan. Il eut une inévitable pensée pour eux, le soir du 31 décembre. On fêtait à Paris le triste premier anniversaire de la détention de Stéphane Taponier et Hervé Ghéquière, journalistes à France 3. Quand ils furent enlevés le 29 décembre 2009, Sarkozy critiqua leur imprudence. Depuis, le gouvernement endort leur comité de soutien avec des propos lénifiants sans qu'aucun progrès ne se concrétise.
De Marrakech, on apprend que Carla aimerait finalement adopter un garçon pour .... juste avant le scrutin de 2012. Que de contraintes ! La dame est déjà vieille, elle a choisi le sexe, et la date. Fichtre ! On attend l'origine du garçon.
Ministres actifs
De Marrakech, Nicolas Sarkozy a quand même pu féliciter de l'action de certains ministres. Prenez son ministre de l'intérieur : une patrouille avec la Bac en Seine-Saint-Denis le 26, une autre avec la brigade d'assistance aux sans-abris le 27, une annonce contre les vols dans le métro parisien le 30, une visite à Nantes le 31. Brice Hortefeux laboure son terrain de l'intérieur, échaudé par sa belle bourde neigeuse voici un mois. Pour la nuit de la Saint-Sylvestre, Hortefeux a dépêché 54 000 agents des forces de l'ordre sur le terrain... Rien que ça. Il ne communiquera plus le nombre de voitures brûlées. Cela fait désordre.
Nicolas Sarkozy pouvait également féliciter Nathalie Kosciusko-Morizet qui s'est « précipitée » à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle dès le 25 décembre au matin. Deux jours plus tard, elle a promis d'établir une liste noire des compagnies aériennes, basée sur le service et l'accueil des voyageurs. « Les compagnies aériennes sont responsables des passagers en rade, de leur assistance, éventuellement d'un cheminement alternatif, sauf en cas de force majeure.» La ministre, également en charge des Transports, s'est bien gardée de s'interroger sur l'affaiblissement des services publics. Botter en touche sur les compagnies aériennes était nécessaire mais facile. Après un retard de plus de dix heures d'un train de nuit Strasbourg-Port-Bou/Nice, la fédération CGT des cheminots a affirmé mardi que la SNCF « se détourn[ait] du service public pour faire du business ». Gageons que la SNCF sera même pénalisée de 2,5 millions d'euros de moins dans sa dotation publique l'an prochain : Sarkozy, il y a deux mois, avait surpris son PDG Guillaume Pépy lors d'un déplacement en province quand il lui annonça publiquement que la SNCF aurait un bonus ou un malus de cet ampleur en fonction de la qualité de service aux voyageurs.
Même Eric Besson aura peut-être aussi droit à quelques mots de félicitation. Le ministre de l'industrie a demandé des explications aux fournisseurs d'accès à internet qui ont tous annoncé, cette semaine, des hausses de tarifs à cause du relèvement de leur taux de TVA décidé dans la loi de finances pour 2011. Quelle surprise !
Avant de partir en vacances, Sarkozy avait conseillé à ses ministres de se reposer, mais de ne pas partir loin. Il avait également commenté très sobrement, rapporte le Canard Enchaîné du 29 décembre, sa propre situation dans l'affaire Servier : « j'ai été l'avocat de Servier, comme je l'ai été de dizaines d'autres clients. Je n'ai rien à me reprocher en ce qui concerne mon travail de conseil.» Jeudi 30 décembre, l'Elysée annonçait la nomination du professeur Jean-Luc Harousseau à la tête de la Haute autorité de santé. cet organisme public est, entre autres, chargé « d'évaluer scientifiquement l’intérêt médical des médicaments.» Le récent promu est centriste de l'UMP. Il a remplacé François Fillon à la la présidence du Conseil régional des Pays de la Loire en 2002 à 2004. Il fut éconduit d'une place éligible sur la liste UMP lors des dernières élections régionales. Joli lot de consolation !
Douches froides
Pour cette dernière semaine de 2010, les médias s'amusent à commenter ce qui attend les contribuables, ménages, riches et pauvres dès le 1er janvier. Mardi, l'INSEE a douché l'optimisme gouvernemental en révisant à la baisse ses estimations de croissance économique pour l'année. On atteindra péniblement 1,4%. Toujours extatique, la ministre de l'économie Christine Lagarde attendait un « gros » 1,6% pour cette année. D'ores et déjà, la prévision gouvernementale de 2% pour l'an prochain peut être bel et bien enterrée. Pour ce 1er janvier, le SMIC augmente modestement de 1,5%, le minimum légal, à l'instar de nombreux autres minima sociaux. Qu'importe si le SMIC est le salaire de référence d'une bonne moitié des salariés français. Sarkozy veut qu'on soit plus « compétitif », une notion qui s'applique toujours aux plus bas salaires, jamais aux plus élevés, y compris le sien.
On subit également, dès le 1er janvier, nombre d'augmentations d'impôts et de charges. Même le Figaro s'est livré au sinistre décompte des 5 milliards d'euros de taxes supplémentaires à la charge des ménages. On pouvait également répertorier les déremboursements de santé, les hausses des tarifs de mutuelles (2 à 5%), de la SNCF (3% sur les TGV), du gaz et de l'électricité, toutes supérieures au sacro-saint 1,5%.
La précarité est devenue massive, mais on la cache. La récente annonce, le 24 décembre dernier, des mauvaises statistiques du chômage en novembre, rappelle que la crise est toujours là. Le 31 au soir, Sarkozy réaffirme quand même que la crise est derrière nous. Le cap des 4 millions de chômeurs aurait été franchi. Que nenni ! La France compte 15 millions de précaires ! A l'Elysée, on serre la vis, et les fesses. Dans l'urgence, le gouvernement a décidé, à quelques heures de l'échéance du 31 décembre, de communiquer un projet de loi visant à réduire la précarité des agents contractuels de la fonction publique, dans un document d'orientation transmis aux syndicats.
Voeux inutiles
Vendredi soir, Nicolas sarkozy est filmé debout, les mains en bas de l'écran appuyant souvent ses propos. Pour ses voeux de 2011, il est passé chez le coiffeur. Il veut une année 2011 « utile aux Français.» Les 191 semaines écoulées depuis son accession à la Présidence ont-elles été utiles ?
Ces voeux sont joyeusement confus voire contradictoires : il loue les « avantages de notre modèle social » mais fait répéter que ce même modèle social doit être réformer pour être compétitif, c'est-à-dire qu'il faut réduire les dépenses sociales, celles-là même qui ont permis à l'économie française de maintenir un relatif pouvoir d'achat. Il se félicite de la défiscalisation des heures supplémentaires, passant sous silence, évidemment, les nombreux bilans critiquant l'inefficacité totale et contre productive de la mesure qui a découragé l'emploi. Il défend l'euro, qui suppose l'ouverture maintenue de nos frontières économiques, mais défend « la préférence communautaire », oubliant que même la taxe carbone européenne a dû être abandonnée cette année. Il critique « la naïveté dans les discussions commerciales avec nos principaux partenaires » mais il accepte tous les transferts de technologie qu'il faut pour convaincre les Russes d'acheter deux navires de guerre et demain les Brésiliens pour le Rafale. Il critique, facilement, « l'absentéisme » à l'école, « inacceptable car il condamne à l'échec ceux qui s'y abandonnent », mais ne dit mot sur la réduction du nombre de postes d'enseignants, ni l'absentéisme parlementaire de son clan pour cause de cumul de mandats encouragé comme règle d'or de la pratique sarkozyste. Il affirme défendre les valeurs républicaines, les droits de l'homme et la justice, après une année marquée par les affaires Karachi, Woerth, et Servier, le discours de Grenoble, et les accueils des dictateur turkmène, kazakh et surtout chinois. Vendredi 31 décembre, Sarkozy a raté ses voeux comme il a raté son année. En insistant lourdement sur l'échéance présidentielle de 2012, il a rappelé qu'il ne pensait qu'à ça.
Ami sarkozyste, réjouis-toi.
Voici la dernière année avant 2012 !
Vacances dorées
A Marrakech, Nicolas Sarkozy a rencontré Ali Bongo, l'actuel président du Gabon. Justement, le quotidien El Pais a livré un nouveau (faux) scoop issu des 250 000 notes diplomatiques de Wikileaks. Quatre jours après la mort d'Omar Bongo, le 12 juin 2009, un haut fonctionnaire de la Banque des Etats d'Afrique centrale (BEAC) confiait à un diplomate de l'ambassade américaine au Cameroun que 28 millions d'euros de sa banque avaient été détournés au profit des autorités gabonaises. Il précisait surtout que « les dirigeants gabonais ont utilisé les fonds détournés pour leur enrichissement personnel et, suivant les instructions de Bongo, ont remis une partie de l'argent à des partis politiques français, y compris en soutien au président Nicolas Sarkozy. » Le Monde a expliqué pourquoi il n'avait pas jugé bon de publier la nouvelle, qui, pourtant, ne fait qu'étayer une rumeur connue depuis des lustres : « Cette ambassade n'est pas en mesure de vérifier la véracité de l'accusation selon laquelle des hommes politiques français ont bénéficié du détournement de fond. » Qu'un représentant officiel de la banque dont les fonds furent détournés témoigne ne suffisait pas au grand quotidien du soir.
De Marrakech, Sarkozy n'avait pas grand chose à dire aux familles des otages français en Afghanistan. Il eut une inévitable pensée pour eux, le soir du 31 décembre. On fêtait à Paris le triste premier anniversaire de la détention de Stéphane Taponier et Hervé Ghéquière, journalistes à France 3. Quand ils furent enlevés le 29 décembre 2009, Sarkozy critiqua leur imprudence. Depuis, le gouvernement endort leur comité de soutien avec des propos lénifiants sans qu'aucun progrès ne se concrétise.
De Marrakech, on apprend que Carla aimerait finalement adopter un garçon pour .... juste avant le scrutin de 2012. Que de contraintes ! La dame est déjà vieille, elle a choisi le sexe, et la date. Fichtre ! On attend l'origine du garçon.
Ministres actifs
De Marrakech, Nicolas Sarkozy a quand même pu féliciter de l'action de certains ministres. Prenez son ministre de l'intérieur : une patrouille avec la Bac en Seine-Saint-Denis le 26, une autre avec la brigade d'assistance aux sans-abris le 27, une annonce contre les vols dans le métro parisien le 30, une visite à Nantes le 31. Brice Hortefeux laboure son terrain de l'intérieur, échaudé par sa belle bourde neigeuse voici un mois. Pour la nuit de la Saint-Sylvestre, Hortefeux a dépêché 54 000 agents des forces de l'ordre sur le terrain... Rien que ça. Il ne communiquera plus le nombre de voitures brûlées. Cela fait désordre.
Nicolas Sarkozy pouvait également féliciter Nathalie Kosciusko-Morizet qui s'est « précipitée » à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle dès le 25 décembre au matin. Deux jours plus tard, elle a promis d'établir une liste noire des compagnies aériennes, basée sur le service et l'accueil des voyageurs. « Les compagnies aériennes sont responsables des passagers en rade, de leur assistance, éventuellement d'un cheminement alternatif, sauf en cas de force majeure.» La ministre, également en charge des Transports, s'est bien gardée de s'interroger sur l'affaiblissement des services publics. Botter en touche sur les compagnies aériennes était nécessaire mais facile. Après un retard de plus de dix heures d'un train de nuit Strasbourg-Port-Bou/Nice, la fédération CGT des cheminots a affirmé mardi que la SNCF « se détourn[ait] du service public pour faire du business ». Gageons que la SNCF sera même pénalisée de 2,5 millions d'euros de moins dans sa dotation publique l'an prochain : Sarkozy, il y a deux mois, avait surpris son PDG Guillaume Pépy lors d'un déplacement en province quand il lui annonça publiquement que la SNCF aurait un bonus ou un malus de cet ampleur en fonction de la qualité de service aux voyageurs.
Même Eric Besson aura peut-être aussi droit à quelques mots de félicitation. Le ministre de l'industrie a demandé des explications aux fournisseurs d'accès à internet qui ont tous annoncé, cette semaine, des hausses de tarifs à cause du relèvement de leur taux de TVA décidé dans la loi de finances pour 2011. Quelle surprise !
Avant de partir en vacances, Sarkozy avait conseillé à ses ministres de se reposer, mais de ne pas partir loin. Il avait également commenté très sobrement, rapporte le Canard Enchaîné du 29 décembre, sa propre situation dans l'affaire Servier : « j'ai été l'avocat de Servier, comme je l'ai été de dizaines d'autres clients. Je n'ai rien à me reprocher en ce qui concerne mon travail de conseil.» Jeudi 30 décembre, l'Elysée annonçait la nomination du professeur Jean-Luc Harousseau à la tête de la Haute autorité de santé. cet organisme public est, entre autres, chargé « d'évaluer scientifiquement l’intérêt médical des médicaments.» Le récent promu est centriste de l'UMP. Il a remplacé François Fillon à la la présidence du Conseil régional des Pays de la Loire en 2002 à 2004. Il fut éconduit d'une place éligible sur la liste UMP lors des dernières élections régionales. Joli lot de consolation !
Douches froides
Pour cette dernière semaine de 2010, les médias s'amusent à commenter ce qui attend les contribuables, ménages, riches et pauvres dès le 1er janvier. Mardi, l'INSEE a douché l'optimisme gouvernemental en révisant à la baisse ses estimations de croissance économique pour l'année. On atteindra péniblement 1,4%. Toujours extatique, la ministre de l'économie Christine Lagarde attendait un « gros » 1,6% pour cette année. D'ores et déjà, la prévision gouvernementale de 2% pour l'an prochain peut être bel et bien enterrée. Pour ce 1er janvier, le SMIC augmente modestement de 1,5%, le minimum légal, à l'instar de nombreux autres minima sociaux. Qu'importe si le SMIC est le salaire de référence d'une bonne moitié des salariés français. Sarkozy veut qu'on soit plus « compétitif », une notion qui s'applique toujours aux plus bas salaires, jamais aux plus élevés, y compris le sien.
On subit également, dès le 1er janvier, nombre d'augmentations d'impôts et de charges. Même le Figaro s'est livré au sinistre décompte des 5 milliards d'euros de taxes supplémentaires à la charge des ménages. On pouvait également répertorier les déremboursements de santé, les hausses des tarifs de mutuelles (2 à 5%), de la SNCF (3% sur les TGV), du gaz et de l'électricité, toutes supérieures au sacro-saint 1,5%.
La précarité est devenue massive, mais on la cache. La récente annonce, le 24 décembre dernier, des mauvaises statistiques du chômage en novembre, rappelle que la crise est toujours là. Le 31 au soir, Sarkozy réaffirme quand même que la crise est derrière nous. Le cap des 4 millions de chômeurs aurait été franchi. Que nenni ! La France compte 15 millions de précaires ! A l'Elysée, on serre la vis, et les fesses. Dans l'urgence, le gouvernement a décidé, à quelques heures de l'échéance du 31 décembre, de communiquer un projet de loi visant à réduire la précarité des agents contractuels de la fonction publique, dans un document d'orientation transmis aux syndicats.
Voeux inutiles
Vendredi soir, Nicolas sarkozy est filmé debout, les mains en bas de l'écran appuyant souvent ses propos. Pour ses voeux de 2011, il est passé chez le coiffeur. Il veut une année 2011 « utile aux Français.» Les 191 semaines écoulées depuis son accession à la Présidence ont-elles été utiles ?
Ces voeux sont joyeusement confus voire contradictoires : il loue les « avantages de notre modèle social » mais fait répéter que ce même modèle social doit être réformer pour être compétitif, c'est-à-dire qu'il faut réduire les dépenses sociales, celles-là même qui ont permis à l'économie française de maintenir un relatif pouvoir d'achat. Il se félicite de la défiscalisation des heures supplémentaires, passant sous silence, évidemment, les nombreux bilans critiquant l'inefficacité totale et contre productive de la mesure qui a découragé l'emploi. Il défend l'euro, qui suppose l'ouverture maintenue de nos frontières économiques, mais défend « la préférence communautaire », oubliant que même la taxe carbone européenne a dû être abandonnée cette année. Il critique « la naïveté dans les discussions commerciales avec nos principaux partenaires » mais il accepte tous les transferts de technologie qu'il faut pour convaincre les Russes d'acheter deux navires de guerre et demain les Brésiliens pour le Rafale. Il critique, facilement, « l'absentéisme » à l'école, « inacceptable car il condamne à l'échec ceux qui s'y abandonnent », mais ne dit mot sur la réduction du nombre de postes d'enseignants, ni l'absentéisme parlementaire de son clan pour cause de cumul de mandats encouragé comme règle d'or de la pratique sarkozyste. Il affirme défendre les valeurs républicaines, les droits de l'homme et la justice, après une année marquée par les affaires Karachi, Woerth, et Servier, le discours de Grenoble, et les accueils des dictateur turkmène, kazakh et surtout chinois. Vendredi 31 décembre, Sarkozy a raté ses voeux comme il a raté son année. En insistant lourdement sur l'échéance présidentielle de 2012, il a rappelé qu'il ne pensait qu'à ça.
Ami sarkozyste, réjouis-toi.
Voici la dernière année avant 2012 !
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